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  • Isabelle Frej : « la CFE reste un organisme dynamique »

    Isabelle Frej : « la CFE reste un organisme dynamique »

    Écouter l’interview d’Isabelle Frej, présidente de la CFE

    La présidente du conseil d’administration de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) est notre invitée du jour. Pour Lesfrancais.press, Isabelle Frej, qui est également conseillère des Français de Rabat, fait ainsi le bilan de santé de la sécurité sociale des expatriés. Issue du monde associatif, elle est membre de l’ADFE-Français du monde, Isabelle Frej préside le CA de la CFE depuis 2022. Au cours de cette interview, l’état financier de cette organisation et les projets sont, entre autres, abordés. Toutefois, à notre micro, Isabelle Frej l’assure « la CFE reste un organisme dynamique ».

    À qui appartient la Caisse des Français de l’étranger (CFE) ?

    Depuis plusieurs mois, certains s’interrogent sur la façon dont est administrée la Caisse des Français de l’étranger. Les Cassandre prévoient même le pire pour cette structure, pourtant pilier de la communauté des Français de l’étranger. Cependant, pour Isabelle Frej, laissons « les à leur pessimisme ambiant. La guerre de Troie n’aura pas lieu ». Notre invitée rappelle que

    « La CFE, c’est une maison qui appartient à la grande communauté des Français de l’étranger »

    Isabelle Frej, Caisse des Français de l’étranger

    Créée en 1978, la Caisse des Français de l’étranger répondait alors aux besoins des entreprises qui salariaient leur personnel français hors du territoire national. L’expatriation évoluant, la CFE s’est donc peu à peu ouverte aux autres catégories socio professionnelles, et cela de manière individuelle. Pour autant, aujourd’hui encore, la CFE continue d’accompagner les entreprises françaises.

    La CFE et l’expatriation des Français évoluent-elles au même rythme

    Cependant, « l’expatriation reflète également la configuration de la pyramide d’âge » nous rappelle notre invitée. « Celle-ci est vieillissante, sous-entendu consommatrice de soins » poursuit-elle. Depuis une cinquantaine d’années, le visage de nos compatriotes hors de France évolue, qu’en est-il de la structure qui gère à l’étranger leur sécurité sociale :   

    « L’expatriation a changé mais les pourtours réglementaires de la CFE peut-être pas assez ».

    Isabelle Frej, Caisse des Français de l’étranger

    Au cours de cette interview, Isabelle Frej partage un autre constat : celui d’une concurrence plus importante.

    Caisse des Français de l'étranger
    Caisse des Français de l’étranger

    En effet, les systèmes locaux de protection développent leurs offres, notamment liées à l’hospitalisation. C’est ainsi que la présidente avec le conseil d’administration s’interroge sur « les modalités de la pérennité de la Caisse des Français de l’étranger ». Un groupe de travail interne a été mis en place.

    « Une mission de l’IGAS* devrait débuter sous peu sur le sujet de l’équilibre économique de la CFE »

    Isabelle Frej, Caisse des Français de l’étranger

    Les conclusions de ces travaux, sous forme de recommandations, devraient être publiées d’ici quatre à cinq mois, informe notre invitée. Pour Isabelle Frej, avec ces actions, « on anticipe l’avenir ».

    Quel équilibre financier pour la CFE ?

    Toutefois, l’équilibre financier est toujours un sujet. Il est rappelé que les « comptes de la CFE ont été une nouvelle fois certifiés sans réserve par le commissaire aux comptes ». Certes, le résultat financier de 2023 est excédentaire, mais des « contrats restent encore en déficits », prévient Isabelle Frej. Ceux-ci sont souvent liés aux missions de service public de l’organisme, et, qui ne sont, pour autant, pas financées par l’Etat.

    « La CFE accepte tout le monde sans questionnaire médicale, sans barrière d’âge, ce qui n’est sans risque financier ».

    Isabelle Frej, Caisse des Français de l’étranger

    En écoutant cette interview, vous pourrez aussi connaître les règles d’adhésion à la CFE et les principales missions de service public de cette organisation. Pour trouver un équilibre financier, pourtant imposé par la loi, la question de la participation de l’Etat français se pose donc de plus en plus, comme l’explique notre invitée.

    Pour autant, les initiatives sont nombreuses, « la CFE reste un organisme dynamique » déclare Isabelle Frej. Il y a d’ailleurs de nombreux projets.

    Les projets de la CFE pour 2025

    Au cours de cet échange, Isabelle Frej aborde entre autres les nouveaux services aux assurés, comme celui de la refonte des espaces personnels, ou bien ceux dédiés aux entreprises. Le tiers payant, qui permet, pour certaines prestations médicales, de ne pas avancer les frais de santé par le patient, a été mis en place au Brésil par la CFE. Cette prise en charge directe de la dépense par la Caisse des Français de l’étranger va-t-elle pouvoir être accessible pour d’autres pays ? Vous le saurez en écoutant le podcast.

    CFE
    @CFE

    Les actions permettant une meilleure prévention de la santé sont aussi développées dans le réseau, nous dit notre interlocutrice. Notamment pour encourager les bilans de santé. Vous aurez les modalités en écoutant l’interview. Quels sont les autres projets pour l’année prochaine ? En 2025, ce sera aussi la dernière année de la convention de partenariat entre l’Etat et la CFE. Une réflexion sera menée sur une possible reconduction. La relation client sera toujours une priorité selon notre invitée du jour.

    « L’hospitalisation et la réponse téléphonique restent encore perfectibles. Nous y travaillons »

    Isabelle Frej, Caisse des Français de l’étranger

    En 2025, le service dédié aux entreprises évolue aussi avec un seul interlocuteur tout au long du contrat, et la téléconsultation est aussi un sujet de développement pour les prochains mois. Pour conclure, la présidente du conseil d’administration de la Caisse des Français de l’étranger nous l’assure : « La CFE est une entreprise qui avance, et qui a besoin d’être soutenu ».

    *IGAS = Inspection générale des affaires sociales

  • Nos Français au Liban : des expatriés entre vigilance et inquiétude

    Nos Français au Liban : des expatriés entre vigilance et inquiétude

    Il y a un mois, en août dernier, les autorités françaises recommandaient aux ressortissants Français de ne surtout pas se rendre au Liban. Et pour nos compatriotes vivant sur place, un retour sur le territoire national était alors fortement conseillé par le Quai d’Orsay. En effet, la mort, fin juillet, d’Ismaïl Haniyeh, le chef du Hamas présumé tué par Israël avait, une nouvelle fois, embrasé une zone déjà en état d’alerte. Qu’en est-il aujourd’hui ? Stress et inquiétudes accompagnent-ils encore le quotidien de nos Français sur place ?

    Nos compatriotes au Liban : un retour à la vie « normale » ?

    À la lecture des « Conseils aux voyageurs » du Ministère de l’Europe et des affaires européennes (MEAE) concernant le Liban, le danger semble diminuer par rapport aux informations relayées le mois dernier par France Diplomatie. C’est ainsi qu’aujourd’hui, on peut lire sur le site du MEAE la consigne suivante : « les ressortissants français se trouvant actuellement au Liban sont appelés à rester vigilants ».

    Ghassan Ayoub, Conseiller des Français Liban et Syrie
    Ghassan Ayoub, Conseiller des Français Liban et Syrie

    Pour nos compatriotes vivant sur place, la vie continue de s’organiser presque normalement, et la tension du mois d’août semble ainsi diminuer. C’est ce que confirme également Ghassan Ayoub, Conseiller des Français du Liban :

    « La vigilance reste de rigueur, mais l’inquiétude s’est atténuée. La plupart de nos compatriotes vivent normalement ».

    Ghassan Ayoub, Conseiller des Français Liban et Syrie

    Toutefois, ajoute-t-il « une crainte pour l’avenir persiste tant que la guerre continue. ». Dans un article publié le 3 août dernier par Lesfrancais.press, Lucas Lamah, également Conseiller des Français du Liban, parlait alors « d’un état de stress considérable » dans les rues de Beyrouth. Une grande incertitude régnait alors à la suite du double assassinat présumé d’Ismaël Haniyeh, le chef du Hamas, et de Fouad Chokor, un chef militaire du Hamas.

    Lucas Lamah avec la communauté française au Liban
    Lucas Lamah, Conseiller des Français du Liban devant nos ressortissants à Beyrouth

    Si pour le moment les représailles redoutées n’ont pas eu lieu, Lucas Lamah rappelle que « cette période d’incertitude a été aggravée par la suspension des vols d’Air France vers et depuis le Liban. Ceci a accentué le sentiment d’isolement et d’instabilité pour les expatriés et voyageurs français ». En ce mois de septembre, les vols sont à nouveau organisés. Cela « reflète un retour à une certaine sérénité » nous informe l’élu consulaire. Pour lui :   

    « Au Liban, la vie a repris son cours quasi normalement » Lucas Lamah, Conseiller des Français Liban-Syrie

    Lucas Lamah, Conseiller des Français Liban-Syrie

    Pour autant, si le climat s’apaise au Pays du Cèdre, les Français qui envisageraient de se rendre au Liban peuvent-ils organiser sereinement leur déplacement ?

    Français, quelles précautions prendre lors de votre déplacement au Liban ?

    La ville de Beyrouth n’est plus isolée, elle est accessible à tous. Pour autant, dans le cas d’un déplacement au Liban, nos élus consulaires sur place recommandent de suivre quelques dispositions. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la zone reste sous tension. Aussi,

    « Concernant les Français qui désirent venir au Liban mon conseil est de ne pas prendre le risque de se déplacer s’ils n’ont pas de raisons valables »

    Ghassan Ayoub, Conseiller des Français Liban et Syrie

    Si au-delà de cette recommandation, certains Français se rendent au Liban, les voyageurs sont, en outre, très fortement invités à s’inscrire sur le dispositif Ariane mis en place par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.

    Service_Ariane
    Service Ariane @MAEDI – CDCS

    Cette démarche permettra notamment aux autorités françaises de localiser les personnes de passage et/ou de les contacter directement en cas de danger ou d’événements particuliers. Un autre conseil est également partagé par Lucas Lamah :

    « Il est également crucial de suivre les consignes du consulat de France à Beyrouth, qui sont régulièrement mises à jour. » Lucas Lamah, Conseiller des Français Liban-Syrie

    Lucas Lamah, Conseiller des Français Liban-Syrie

    Cependant, il est également important de signaler que des zones restent particulièrement à risque sur le territoire libanais. C’est ainsi que la diplomatie française suggère à nos ressortissants « de reporter tout déplacement dans le sud du Liban ».

    Français du Liban, quels messages au prochain Ministre des Affaires étrangères ?

    Se faisant le relais de notre communauté française vivant au Pays du Cèdre, les élus consulaires que Lesfrancais.press a pu interroger ont d’ores et déjà plusieurs messages à adresser au futur locataire du Quai d’Orsay. Le prochain détenteur du portefeuille des Affaires étrangères.

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    Le Quai d’Orsay

    L’ancien président du Conseil consulaire, Ghassan Ayoub, constate que « beaucoup de nos compatriotes sont dans la précarité et cela augmente de jour en jour ». Il souhaite ainsi que le prochain « ministre soit à l’écoute des doléances de nos ressortissants. » Celles-ci se résument selon lui par :

    « une augmentation des aides sociales dont nos Français au Liban ont besoin suite à la spoliation de leurs économies dans les banques libanaises »

    Ghassan Ayoub, Conseiller des Français Liban et Syrie

    Plus largement, la présence de la France au Liban est considérée comme stratégique à bien des égards. Outre le sujet de la Francophonie, de nombreux autres paramètres, notamment économique et sécuritaire sont en jeu. Stéphane Séjourné, alors ministre démissionnaire des Affaires étrangères s’est déplacé au Liban en août dernier. À cette occasion, il avait alors « réaffirmé l’engagement de la France à œuvrer sans relâche pour rétablir une paix durable » dans cette région du monde.

    Depuis, un nouveau Premier Ministre a été nommé à Matignon, Michel Barnier. Ce dernier a d’ailleurs été Ministre des Affaires étrangères de 2004 à 2005. Pour Lucas Lamah :

    « Bien que traditionnellement, les Affaires étrangères soient le domaine privilégié du Président de la République, je suis convaincu que Michel Barnier apportera une valeur ajoutée »

    Lucas Lamah, Conseiller des Français Liban-Syrie

    Ainsi, pour le candidat LR lors des dernières élections législatives anticipées, l’expérience du nouveau Premier Ministre sera importante pour préserver le « lien qui unit nos deux nations. »

    Notre communauté française au Liban a donc pu vivre une rentrée presque comme les précédentes, malgré les événements de cet été. Les activités quotidiennes ont ainsi pu reprendre. Cependant, la vigilance reste de vigueur que ce soit pour les personnes sur place, ou bien les visiteurs de passage. Au-delà des événements de ces dernières semaines, la pérennité des liens entre Paris et Beyrouth sera, entre autres, sur le bureau du prochain locataire du Quai d’Orsay. Celui-ci pourra, sans doute, compter sur nos ressortissants vivant au Pays du Cèdre pour soutenir ces démarches, à la condition d’une écoute réciproque.

  • Michel Barnier : 58% des expatriés soutiennent sa nomination

    Michel Barnier : 58% des expatriés soutiennent sa nomination

    Régulièrement, la rédaction du site Lesfrancais.press vous demande votre avis sur de grands sujets de société. En ce début septembre, la nomination surprise de Michel Barnier par Emmanuel Macron à Matignon a étonné et parfois divisé les Français de métropole. Qu’en est-il des Français de l’étranger ? Après vous élus, c’est à vous qu’on a donc posé la question. Du samedi 07 au jeudi 12 septembre, nous avons ouvert une consultation, vous avez été 4911 à y répondre. Encore une fois, merci à vous tous !

    Pour rentrer au cœur du sujet, chez les expatriés, cette nomination a aussi été inattendue, mais une majorité, en tout cas parmi ceux qui ont participé à notre consultation, se dégage pour lui laisser sa chance. On détaille les résultats ci-dessous.

    ¼ des expatriés totalement opposés

    Si comme on l’annonce dans le titre, 58, 7% des participants ont déclaré soutenir cette nomination, il est important de noter qu’ils ne sont que 15,9% à adhérer pleinement à l’homme. Pour 42% des répondants, c’est surtout un soutien à Emmanuel Macron et à sa politique qui s’est exprimé.

    De l’autre côté de l’échiquier, 25% des participants à notre consultation se disent choqués par une nomination d’une personnalité non issue du Nouveau Front Populaire. Pour rappel, l’alliance des 3 partis est arrivée en tête avec 183 députés. Mais son premier parti, La France Insoumise n’a que 72 députés alors que le RN, seul, a 126 députés. Une légitimité pour Matignon, donc relative, que le chef de l’État a décidé de ne pas retenir sous le prétexte de vouloir éviter une censure immédiate du nouveau gouvernement.

    Bienveillance des Français de l’étranger

    Si les Français de l’étranger, dans leur majorité selon cette consultation, soutiennent cette nomination, ils sont encore plus nombreux à avoir pris une position attentiste mais bienveillante.

    En effet, vous l’avez peut-être remarqué, mais Michel Barnier, dès sa prise de fonction, a fait des appels du pied aux Français de l’étranger. Une attention qu’il renouvelât encore, le soir, au JT de TF1, en rappelant l’importance de cette communauté dynamique, forte de près de 3 millions de citoyens.

    Logiquement, nous vous avons demandé ce que vous en aviez pensé. Et 51% des répondants ont apprécié la démarche, près d’1/4 voit même en Michel Barnier, un de leur « frère d’expatriation » après ses années bruxelloises.

    Et si on ajoute les 36,15% des personnes ayant participé à notre consultation, qui ont décidé de ne pas prendre en compte ces petits gestes mais qui lui accorde le bénéfice du doute en attendant ses actes pour les Français de l’étranger, c’est plus de 87% des expatriés qui croient en la capacité de Michel Barnier d’agir pour la France et ses enfants expatriés. Bien sûr, il faut ne pas oublier que c’est une consultation libre et non un sondage basé sur un panel représentatif.

  • Le sombre diagnostic de Mario Draghi

    Le sombre diagnostic de Mario Draghi

    Dans son rapport sur « l’avenir de la compétitivité européenne » remis le lundi 9 septembre aux institutions européennes, Mario Draghi a dressé un état des lieux sans concession de l’économie européenne. L’ancien Président de la Banque centrale européenne y souligne le décrochage inquiétant de l’Union européenne par rapport au reste du monde, et en particulier par rapport aux États-Unis.

    Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : la fin de l’énergie bon marché, l’instabilité géopolitique, le ralentissement du commerce mondial, le mauvais positionnement de l’économie et le recul de la productivité. Le rapport propose plusieurs pistes de réformes pour que l’Europe gagne en compétitivité et rattrape son retard.

    Le défi de la croissance et de la productivité

    L’Europe est confrontée depuis plusieurs décennies à un ralentissement de sa croissance économique, en grande partie à cause d’une baisse de la productivité. Depuis 2000, le PIB par habitant a crû presque deux fois plus vite aux États-Unis qu’au sein de l’Union européenne. Si le PIB de l’Union européenne était, de 4 % supérieur à celui des États-Unis en 2002, il était de 12 % plus faible en 2023 (calcul en parité de pouvoir d’achat sur la base de l’Europe à 27). En termes bruts, l’écart atteignait 30 % en 2023, ce qui est considérable. Environ 70 % de cet écart est imputable au déficit de productivité de l’Union, dû en grande partie à un sous-investissement.

    La faiblesse de l’investissement explique le recul de la productivité. En 2021, l’Union a dépensé 270 milliards d’euros de moins que les États-Unis en recherche et innovation (R&I). En 2023, l’investissement productif a atteint 18 % du PIB aux États-Unis, contre 16,8 % pour l’Union européenne. En 2000, ces niveaux étaient équivalents de part et d’autre de l’Atlantique. Le décrochage a commencé en 2010.

    Mario Draghi pointe également le nombre insuffisant d’entreprises dans le secteur des hautes technologies. Parmi les 50 premières entreprises technologiques mondiales, seulement quatre sont européennes. À titre de comparaison, six entreprises américaines ont une capitalisation boursière supérieure à 1 000 milliards d’euros, alors qu’aucune des entreprises européennes créées depuis 50 ans n’a atteint cette taille.

    Aux États-Unis, les trois premières entreprises investissant le plus appartenaient au début du siècle aux secteurs automobile et pharmaceutique. Dans les années 2010, les entreprises informatiques américaines ont pris le relais en matière d’investissement, avant de céder la place dans les années 2020 à celles du secteur de l’information et de la communication. De son côté, la structure industrielle européenne est restée statique ces 30 dernières années. Les trois premières entreprises qui investissent le plus en Europe appartiennent toujours au secteur de l’automobile. Selon Mario Draghi, au sein de l’Union, l’investissement est resté concentré sur des technologies matures et dans des secteurs où la croissance de la productivité ralentit.

    L’effacement commercial relatif de l’Union européenne

    Longtemps, la croissance de l’Union européenne a reposé sur la force de ses exportations, notamment celles de l’Allemagne et des Pays-Bas. Or, depuis la pandémie de Covid, la part des Vingt-Sept dans le commerce mondial a reculé. Les États-Unis ont connu un effondrement de leurs parts de marché au début du siècle, bien plus important que celui de l’Europe, mais ils ont stabilisé, voire amélioré, leurs positions ces quatre dernières années. Néanmoins, le poids commercial de l’Europe reste supérieur à celui des États-Unis.

    De 2002 à 2022, les parts de marché de l’Union européenne dans le commerce mondial sont passées de 16,5 % à 13,5 %, tandis que celles des États-Unis ont baissé de 15 % à 10 %. Le commerce extérieur européen subit une double pression : d’une part, les entreprises européennes souffrent d’une demande mondiale moins dynamique, notamment en provenance de la Chine ; d’autre part, elles sont confrontées à une concurrence accrue des entreprises de ce pays sur les marchés mondiaux.

    La montée en gamme de l’industrie chinoise menace, en effet, les positions de nombreuses entreprises occidentales. Près de 40 % des secteurs industriels exportateurs de la zone euro sont en concurrence directe avec des entreprises chinoises, contre 25 % en 2002.

    Le défi démographique

    Tous les pays développés sont touchés par des pénuries de main-d’œuvre, mais la gravité du problème est plus prononcée en Europe. 86% des entreprises allemandes n’arrivent pas à recruter le personnel nécessaire. Ce taux est de 80% en France. Aux États-Unis, cette proportion est également élevée (75%), mais inférieure à la moyenne mondiale. En maintenant les flux migratoires actuels, la population active européenne passerait de 264 millions de personnes aujourd’hui à 223 millions en 2070, soit 41 millions de travailleurs en moins.

    Sans le soutien de l’immigration, le recul serait deux fois plus important (87 millions). Si la productivité en Europe continue de croître à son rythme actuel de 0,7 % par an (moyenne depuis 2015), cela suffira tout juste à maintenir le PIB constant d’ici 2050. Cette baisse de la population active, combinée à des niveaux élevés de dette publique et à des besoins croissants en investissements, met en péril la capacité de l’Europe à répondre aux défis de la décarbonisation, de la digitalisation et de la défense.

    Ce déclin démographique affaiblit l’économie. Le rejet de l’immigration par les populations européennes pèsera sans nul doute sur l’évolution de la population active dans les prochaines années. L’Europe est également handicapée par un nombre insuffisant de diplômés dans les matières scientifiques et technologiques. Elle ne compte que 850 diplômés pour un million d’habitants, contre plus de 1 100 aux États-Unis. Les États membres de l’Union subissent une fuite des cerveaux en raison des opportunités professionnelles plus nombreuses et attractives à l’étranger, notamment aux États-Unis. Plus de 60 % des entreprises de l’Union affirment que le manque d’ingénieurs est un frein à l’investissement et au développement.

    La décarbonisation, une opportunité pour l’Union européenne

    L’Europe a tout à gagner en opérant sa transition écologique. Les entreprises européennes sont aujourd’hui confrontées à des coûts énergétiques élevés qui pénalisent leur compétitivité. Les prix de l’électricité sont deux à trois fois plus élevés qu’aux États-Unis, et ceux du gaz naturel quatre à cinq fois plus élevés.

    La hausse des prix de l’énergie, provoquée notamment par la réduction des importations de gaz russe, a coûté à l’Union plus d’une année de croissance du PIB. Cependant, les États membres disposent d’atouts en matière de technologies propres. Plus d’un cinquième des technologies propres développées dans le monde sont d’origine européenne. L’Europe figure en tête des classements pour la production d’éoliennes, d’électrolyseurs et de carburants à faible teneur en carbone.

    Les dépendances extérieures de l’Union

    Les dépendances de l’Europe en matière de matières premières critiques, notamment vis-à-vis de la Chine, constituent une vulnérabilité importante. Par exemple, 75 à 90 % de la capacité mondiale de fabrication de microprocesseurs est concentrée en Asie, ce qui expose l’Europe à des risques géopolitiques accrus, en particulier dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie et la Chine.

    En matière de dépenses de défense, l’Union est le deuxième plus grand investisseur mondial, derrière les États-Unis. Cependant, le secteur européen de la défense est fragmenté, avec 12 types de chars d’assaut utilisés à travers l’Europe, contre un seul aux États-Unis. Pour les avions de chasse, les divisions passées n’ont pas facilité la conquête de marchés ni la réalisation d’économies.

    Plan d’action pour relancer la compétitivité

    Le rapport identifie trois domaines d’action principaux pour relancer la croissance européenne :

    Innover davantage : l’Union doit réduire son écart d’innovation avec les États-Unis et la Chine, notamment dans les technologies avancées. Une harmonisation des règles comptables, financières et fiscales au niveau européen est souhaitable pour faciliter le développement des entreprises. Entre 2008 et 2021, près de 30 % des « licornes » (start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars) fondées en Europe ont déplacé leur siège social à l’étranger, principalement aux États-Unis ;

    Un plan conjoint pour la décarbonisation et la compétitivité : l’Europe doit tirer parti de la décarbonisation pour renforcer ses industries, tout en veillant à réduire les coûts énergétiques. Cela nécessitera une meilleure coordination des politiques énergétiques et industrielles ;

    Renforcer la sécurité et réduire les dépendances : l’Union doit renforcer sa capacité industrielle de défense et réduire sa dépendance à certains fournisseurs critiques, notamment par la création de partenariats industriels pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement des technologies clés. Les besoins d’investissement pour digitaliser, décarboner et renforcer la défense européenne sont estimés à environ 5 points de PIB chaque année, un niveau jamais atteint depuis les années 1960 et 1970.

    Le secteur privé ne pourra pas financer seul ces investissements, ce qui signifie que le secteur public devra fournir un soutien important.

    L’Union européenne ne pourra pas maintenir son modèle social ni atteindre ses objectifs de décarbonisation et d’autonomie stratégique sans une augmentation significative de la productivité.

  • Quel avenir pour le vin dans le monde ?

    Quel avenir pour le vin dans le monde ?

    Depuis une dizaine d’années, le monde du vin semble vivre au rythme des catastrophes climatiques. Gel, grêle, sécheresse, attaque virulente de maladies cryptogamiques, rien n’épargne la vigne. Le 7 novembre dernier, l’Organisation internationale de la vigne et du vin publiait ses premières statistiques de production de l’année 2023, avec pour résultat la production mondiale la plus faible de ces soixante dernières années. En cause, le climat extrême auquel ont été confrontés les vignobles de l’hémisphère Sud. La planète vin est en surchauffe comme le reste de la planète.

    Une filière mobilisée

    Pour autant, vignerons, chercheurs et l’ensemble de la filière ne restent pas les bras ballants. Des solutions commencent à émerger, des initiatives originales qui montrent des voies alternatives pour amortir l’impact du réchauffement climatique sur les vignobles.

    Benoist Simmat

    Entre enthousiasme et réalisme quant aux défis à venir, les professionnels insistent sur l’importance d’une réaction immédiate aux problématiques environnementales, tout en renouvelant leur confiance dans les consommateurs et les générations à venir pour célébrer les grands vins. Parmi les solutions évoquées, l’émergence de nouveaux cépages au sein des appellations, le soutien à la conversion en bio et biodynamie des domaines ou l’adaptation des pratiques à la vigne.

    Alors le vin est-il vraiment en crise ? Va-t-il connaître une révolution ? Benoist Simmat (journaliste économique, spécialiste des vins et spiritueux. Il collabore au Journal du Dimanche et au magazine Capital, après avoir travaillé pour nombre de titres de la presse nationale) nous livre son regard sur les évolutions qui attendent le secteur viticole et les défis à venir.

    Regarder l’interview de TV5MONDE

  • L’UE a produit plus de 50 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables au premier semestre 2024

    L’UE a produit plus de 50 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables au premier semestre 2024

    La Commission européenne a annoncé mercredi 11 septembre que la production d’énergies renouvelables de l’Union européenne (UE) avait dépassé au premier semestre 2024 celle des combustibles fossiles. Elle a également exhorté les États membres qui ne l’ont pas encore fait à présenter leurs plans énergie-climat (PNEC).

    Le rapport annuel sur l’État de l’Union de l’Énergie permet à la Commission d’évaluer les progrès de la transition énergétique et de contrôler l’application des principales législations en la matière. Pour Kadri Simson, commissaire à l’Énergie sortante, la neuvième édition du rapport, présentée mercredi, est l’occasion de faire le point sur un secteur secoué ces dernières années par des chocs, crises et changements structurels profonds.

    « L’UE est désormais bien équipée pour atteindre ses objectifs de neutralité climatique », a-t-elle déclaré aux journalistes.

    « Malgré la période troublée que nous continuons à vivre et les défis qui nous attendent, le rapport […] montre les progrès sans précédent que nous avons accomplis pendant ce mandat pour renforcer notre Union de l’énergie. Les émissions diminuent et les énergies renouvelables jouent aujourd’hui un rôle de premier plan dans notre système énergétique », a pour sa part noté le commissaire chargé du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), Maroš Šefčovič.

    L’Union a en effet produit plus de la moitié de son électricité à partir de sources renouvelables, surpassant ainsi les combustibles fossiles — et ce grâce à une bonne année pour l’hydroélectricité, l’énergie éolienne et solaire, couplée à une baisse de la demande.

    Entre janvier et juin 2024, l’éolien a par exemple dépassé le gaz pour devenir la deuxième source pour la production d’électricité de l’UE juste derrière le nucléaire.

    « L’éolien et le solaire ont atteint de nouveaux sommets, dépassant pour la première fois les combustibles fossiles dans notre bouquet électrique », a expliqué la commissaire estonienne, ce qui « nous donne la crédibilité nécessaire pour mener les efforts internationaux en faveur des énergies renouvelables ».

    Un résultat qualifié d’« énorme réussite » par le Dr Jan Rosenow, expert en énergie et directeur du groupe de réflexion sur les énergies propres Regulatory Assistance Project (RAP).

    Les plans énergie-climat nationaux se font attendre

    Malgré ces progrès, un problème de crédibilité majeur subsiste pour l’UE : l’absence des plans énergie-climat définitifs de certains États membres. Ces derniers sont essentiels pour suivre les progrès accomplis pour se conformer aux objectifs climatiques de l’Union d’ici 2030.

    « Je demande instamment aux États membres de soumettre leurs plans énergie-climat nationaux définitifs », a appelé Kadri Simson. « À ce jour, nous n’avons reçu que dix plans, et nous avons largement dépassé la date limite ».

    Le Danemark, la Finlande, la France, l’Allemagne, l’Irlande, l’Italie, la Lettonie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède ont déjà remis leurs PNEC. Les États membres avaient jusqu’au 30 juin dernier pour les soumettre.

    Nombre d’acteurs du secteur de l’énergie interrogés par Euractiv en amont de la publication du rapport regrettent la soumission tardive de ces plans nationaux sur l’énergie et le climat, comme Brigitta Bozsó de CAN Europe, qui a qualifié ces retards de « honteux ».

    La commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, lors de la présentation du rapport sur l’État de l’Union de l’Énergie 2024, à Bruxelles, le 11 septembre 2024. ©EPA-EFE/OLIVIER HOSLET

    Certains craignent également que ces délais ne cachent une certaine inaction de la part des États membres. Charly Heberer, conseiller principal en matière de climat auprès de l’ONG Germanwatch explique ainsi que « dans les domaines des transports, de la construction, de l’agriculture et des puits [de carbone] naturels en particulier, les efforts doivent être considérablement accélérés et dans certains cas même inversés ».

    Compétitivité et sécurité énergétique

    Le rapport revient également les questions de la compétitivité et de la sécurité énergétique de l’Union.

    L’objectif visant à tripler d’ici 2030 les technologies « zéro net » pour atteindre environ 600 milliards d’euros par an nécessite de nouveaux instruments pour renforcer la compétitivité industrielle et la résilience des chaînes d’approvisionnement, note la Commission.

    Dans un communiqué, elle constate que « sur les marchés mondiaux et nationaux, les fabricants de l’UE sont confrontés à une concurrence croissante dans le domaine des technologies “zéro net” », soulignant l’importance des règlements tels que celui pour une industrie « zéro net » et celui sur les matières premières critiques, tant pour la compétitivité que pour la sécurité énergétique du continent.

    Dans son discours de réélection devant le Parlement européen en juin, Ursula von der Leyen avait annoncé un Pacte pour une industrie propre qui favoriserait la compétitivité des industries européennes et accélérerait la planification, l’octroi de permis et les appels d’offres concernant les projets dans le domaine de l’énergie verte. Cet objectif a été réitéré dans le rapport sur l’État de l’Union de l’Énergie, qui appelle à une coordination accrue, l’intégration des marchés et des actions communes.

    Concernant le financement, la Commission insiste sur le rôle du Fonds pour l’innovation (40 milliards d’euros jusqu’en 2030) ou encore sur celui de la Banque européenne de l’hydrogène, financée par le Fonds pour l’innovation du système d’échange de quotas d’émissions de l’UE (SEQE). La banque a mené un premier cycle d’appels d’offre qui a permis d’attribuer près de 720 millions d’euros à sept projets d’hydrogène renouvelable en Europe.

    Avis des acteurs du secteur

    Un sondage réalisé par Euractiv avant la publication du rapport auprès d’associations industrielles, d’ONG et des think tanks suggère que les acteurs du secteur de l’énergie à Bruxelles sont partagés sur la question de savoir si l’Union de l’énergie de l’Europe est dans une meilleure situation qu’il y a un an.

    Si 45 % des personnes interrogées se sont dites « confiantes » ou « très confiantes » quant à l’amélioration de la situation, près d’un tiers d’entre elles ne sont pas confiantes et plus d’un quart d’entre elles ne peuvent ou ne veulent pas prendre position.

    Concernant les priorités que l’UE devrait prendre en compte, la décarbonation reste la première préoccupation de l’industrie, des think tanks et des ONG, suivie par la sécurité et l’efficacité énergétique. Par contraste, l’innovation, la compétitivité et l’intégration du marché sont loin derrière.

    Plusieurs parties prenantes se sont cependant déclarées satisfaites du nouveau « pragmatisme » des responsables politiques sur les dossiers de l’énergie et du climat. Thierry Bros, expert en énergie à l’université française Science Po, a indiqué que l’Europe était « revenue à la réalité » après « le départ du dogmatique vert [de l’ancien commissaire européen] Frans Timmermans ».

    L’électrification a été au centre des préoccupations de nombreux participants au sondage. Le secrétaire général d’Eurelectric, Kristian Ruby, a qualifié ce processus de « lien critique entre la décarbonation et l’amélioration de la compétitivité ».

    Elisabetta Cornago, chargée de recherche au Centre for European Reform, a fait remarquer que les réseaux électriques devront être une « préoccupation majeure » du prochain commissaire à l’Énergie — potentiellement Teresa Ribera, qui a déjà manifesté son intérêt pour le sujet.

    D’autres ont insisté sur le fait que l’efficacité énergétique ne devait pas être négligée. Rémi Collombet, responsable de la politique européenne d’Efficient Buildings Europe, a fait remarquer que l’efficacité énergétique « peut créer un cercle vertueux qui non seulement fait baisser les prix du marché de l’électricité, mais rend également l’industrie européenne plus résiliente ».

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 16.09.2024

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 16.09.2024

    Bonjour à toutes et à tous, une nouvelle semaine s’ouvre et vous écoutez le flash quotidien des expatriés. Dans les titres de lundi 16 septembre : 1 mois avant l’AFE toujours aucun ministre des Français de l’étranger – Le retour du mythe des frontières étanches en France – Clap de fin pour les JO Paris 2024

    Assemblée à la recherche de son ministre

    La situation actuelle de notre pays fait qu’à un mois de l’ouverture de la deuxième session de l’Assemblée des Français de l’étranger de l’année, les élus ne connaissent toujours pas le ministre avec qui ils devront se charger des dossiers en attente. C’est l’occasion de se poser la question de la continuité des dossiers se pose. Alors que le gouvernement Attal avait, par exemple, accepté la tenue d’assises de la protection pour les expatriés, ces dernières seront-elles remises en cause ? Des questions qu’on posera au nouveau ministre dès qu’il sera connu.

    plénière

    77% des Français pour le retour des frontières  

    L’Allemagne a annoncé rétablir des contrôles aux frontières dès le 16 septembre et durant six mois afin de lutter contre l’immigration illégale. L’occasion pour la chaîne d’informations conservatrices CNEW de publier un nouveau sondage CSA pour CNEWS, le JDD et Europe 1, ce dimanche 15 septembre, où on apprend que 77% des Français, soit plus de trois sondés sur quatre, souhaiteraient que la même initiative soit mise en place en France, 22% sont contre et 1% ne se sont pas prononcés. 

    Les Français ont dit adieu aux JO ce samedi lors d’une parade

    Ça y est, c’est fini. Six jours après la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques, la parade olympique, organisée sur les Champs Élysées, a définitivement fermé la page des Jeux de Paris. De Léon Marchand à Teddy Riner, tous les athlètes qui ont marqué les jeux ont défilé sur la plus belle avenue du monde, pour être célébrés une dernière fois, et aussi dire au revoir à une olympiade qui a marqué les esprits.  

    D’abord par sa réussite. Car tous sont unanimes pour dire que ces Jeux olympiques ont été réussis, y compris sportivement. C’était attendu, mais aussi, la France a battu son record de médailles de l’ère moderne.

    C’est sur cette note de nostalgie olympique que se conclut ce flash quotidien des expatriés. Bon début de semaine où que vous soyez et à demain !

    Écouter le bulletin d’actualités des Français de l’étranger

  • Comment chat va ?

    Comment chat va ?

    Aux États-Unis, où se joue le sort du monde, les chats sont au cœur de la campagne. Tout a commencé par Vance, le candidat à la Vice-présidence de Trump, qui se moquait de Kamala Harris, « femme à chat sans enfant ». Lors du débat, Trump affirma que les migrants mangeaient des chats et des chiens. Choquée, Taylor Swift, pop star mondiale docteur es honoris causa de l’université de New York, apporta son soutien à Harris, soutien d’une femme à chat à une autre. De ces griffures, Kamala sort gagnante, puisque les États-Unis comptent 68 millions de félins ayant adopté un électeur. À moins que Trump n’aille flatter l’encolure des chiens. Chiens et chats en disent long sur la pauvreté du débat, la vulgarité qui se veut populaire, le racisme et le sexisme sous-jacents, mais plus encore.

    Tout y est : ce que l’on mange et ce que l’on ne mange pas, ce que font les migrants, ce que font les hommes et les femmes, des enfants, qu’ils ne font plus. Les chats, comme tous les animaux domestiques, sont des signes de civilisation, autrement dit de politique. Alors, chère petite planète, comment chat va mal ?

    Éros Kamala face à Trump Thanatos ? Pulsion de vie contre pulsion de mort ?  

    Bastet la féline rassemblait pour sa fête 700 000 personnes dans le delta du Nil il y a plus de trois mille ans. Déesse de l’amour dit-on, comme on dit d’Anubis le chien, ou de Cerbère, qu’il garde les enfers. Éros Kamala face à Trump Thanatos ? Pulsion de vie contre pulsion de mort ? Trop simple. Les chats sont des créatures humaines comme tous les animaux domestiques. Chats, chiens, chevaux, ânes, moutons, chèvres, vaches, espèces créées par l’homme en même temps qu’il se domestiqua. La civilisation industrielle mena à son paroxysme la vieille société agricole. L’immense majorité des animaux sur la planète sont domestiques, soit pour la compagnie, soit pour le ventre. Les animaux sauvages sont presque tous des espèces menacées. Il reste moins de 5000 tigres pour 600 millions de chats, 700 millions de chiens, 500 millions de porcs, 1,5 milliard de bovins, 25 milliards de volailles. Le règne animal est devenu servile.

    Trump dit que les migrants mangent des chats et des chiens. Il visait les Haïtiens. Erreur. C’est en Asie que l’on cuisine chats et des chiens : Corée, Chine, Philippines, Cambodge, Vietnam. Mais aussi Mexique, Slovaquie, Polynésie, Groenland et Alaska. Le parlement coréen a désormais interdit la consommation de chiens depuis janvier 2024. Pas la Suisse. La dernière boucherie canine a fermé en Allemagne après-guerre.

    Manger chat et chien est incompatible avec l’American Way of Life, où l’on ne mange que des steaks et des French Fries. Les bisons ont été éradiqués, comme les Peaux-Rouges. Toute civilisation commence à la cuisine où la ressource se transforme en mets.  Il n’est pas de société sans interdits alimentaires. La Bible en témoigne : tu mangeras tous les fruits, sauf un. Patatras, Ève et Adam mangent le fruit interdit. Bonne nouvelle : Jésus abolit les restrictions alimentaires du Lévitique (la cacherout). Contrairement aux Juifs et aux Musulmans, qui bannissent, entre autres, le porc, les Chrétiens mangent de tout. Mangent-ils du cheval ? En 732 le pape Grégoire III l’interdit. Pour lui comme pour les Gaulois, le cheval est tabou (sinon Vercingétorix eut évité la famine à Alesia). Les Mormons ne boivent pas de Coca.

    Trump mange-t-il des insectes, des larves de guêpes confites au soja, appréciés en Asie du Sud-Est ? La division en Europe entre protestants économes du nord et catholiques dépensiers du sud recoupe-t-elle la culture du vin et de la bière ? L’Orient et l’Occident se définissent-ils par le blé et le riz ? La patate allemande vient d’Amérique, comme la tomate italienne, l’orange, elle, de Chine, par la Perse. Bigre, rien n’est naturel, tout migre.

    L’élection américaine ne se fait ni sur l’économie, ni sur les guerres, ni sur la démocratie, ni sur l’avortement, mais sur l’étranger.

    Si l’on mange du chien, est-on pauvre migrant ou riche chinois ? La saillie de Trump attaque l’étranger dans son étrangeté. L’élection américaine ne se fait ni sur l’économie, ni sur les guerres, ni sur la démocratie, ni sur l’avortement, mais sur l’étranger.

    Hormis les promesses de nouvelles dépenses publiques -1.400 milliards de dollars de déficit supplémentaires pour Harris, 4.500 milliards pour Trump- qui ne sont que des promesses, le débat américain porte sur « l’étranger ». Original dans un pays où les seuls autochtones sont les Indiens dans des réserves. Comme Kamala Harris est fille d’étrangers, cela permet des attaques directes, comme celles de Vance ou de Musk (lui-même immigré).

    Ce qu'il faut retenir du débat Harris-Trump
    La vice-présidente américaine et candidate démocrate Kamala Harris (droite) et l’ancien président républicain Donald Trump, lors d’un débat à Philadelphie le 10 septembre 2024 © AFP SAUL LOEB

    La diversité des Etats-Unis met face à face une fille de Jamaïcains face à un Trump sexiste et raciste, qui ne pense pas que les Américains vont élire une femme, fille d’immigrés, sans enfant, présidente.

    Personne ne veut des immigrés ; or le monde ne peut survivre sans migration, mouvement de régulation qui évite les conflits.

    Les populations ne veulent pas d’immigrés. À Springfield, les Haïtiens (qui ne mangent pas de chat) sont 15.000 sur une population de 60.000. Haïti est dirigé par des gangs. Pourquoi un Haïtien ne tenterait-il pas sa chance, aux États-Unis ou ailleurs ? L’Allemagne a décidé de rétablir les frontières, à rebours de sa politique antérieure, suite aux succès des partis anti-immigrés. Les Sociaux-démocrates danois externalisent les demandes de réfugiés, comme veut le faire l’Italie. Les Suédois paient 30.000€ chaque immigré pour s’en aller. Les Travaillistes britanniques se veulent plus fermes que les Tories sur l’immigration.

    Personne ne veut des immigrés ; or le monde ne peut survivre sans migration, mouvement de régulation qui évite les conflits. Ni l’Europe, ni la Chine ne peuvent maintenir leur niveau de vie sans un accroissement de population qui ne peut venir que de l’extérieur. Le Japon et la Corée parient sur les robots pour remplacer les humains. Il y a aussi des robots chiens, des robots chats. 

    Toute la question est dans la régulation des migrations, les capacités d’accueil et d’insertion. Un débat serein est-il possible ? Est-il possible en Europe, alors que le pacte européen n’est pas encore en vigueur, que chaque pays s’agite dans le désordre sous le coup des populismes et des clientélismes de banlieue ? Est-ce le seul défi planétaire ? Ou est-ce l’absence de réponses aux questions du monde qui focalise le débat sur les frontières ? Trump, ayant compris qu’il avait perdu le débat, mais pas l’élection, se tait. Des images fabriquées le montrent embrassant chatons et canards. Le canard est comestible.

    « Un monde où l’amour de l’ordre se confond avec le goût des tyrans et le culte saint de la liberté avec le mépris des lois. »

    Le monde va-t-il si mal ? Ma langue au chat de Tocqueville, (La démocratie en Amérique, 1835) : « Tous les siècles ont-ils donc ressemblé au nôtre? L’homme a-t-il toujours eu sous les yeux, comme de nos jours, un monde où rien ne s’enchaîne, où la vertu est sans génie, et le génie sans honneur ; où l’amour de l’ordre se confond avec le goût des tyrans et le culte saint de la liberté avec le mépris des lois ; où la conscience ne jette qu’une clarté douteuse sur les actions humaines ; où rien ne semble plus défendu, ni permis, ni honnête, ni honteux, ni vrai, ni faux? » Au temps de Tocqueville, la famine tuait 1 million d’Irlandais. En 1950, les deux tiers de la population mondiale souffraient de malnutrition. Aujourd’hui moins de 10%, 730 millions, alors que la population est passée de 2,5 milliards à 8,3 milliards d’habitants. Dont 900 millions d’obèses.

    « Quand il n’y eut plus d’animaux à manger, les hommes, tenaillés par la faim, se nourrirent de charognes et d’autres choses immondes. Ils allèrent jusqu’à dévorer de la chair humaine. » écrivait Raoul Glaber (XIème). Aussi, comme le disait ce grand affameur Mao, idole des jeunes plus encore que Taylor Swift : « Le monde progresse, l’avenir est radieux, personne ne peut changer ce courant général de l’histoire. »

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et de France pay

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