Le ministre de la Santé et des Solidarités, Olivier Véran, a annoncé lundi 18 octobre un plan d’investissement de 650 millions d’euros, répartis en cinq axes, pour accélérer sa stratégie du numérique en santé, dans le cadre du plan innovation santé 2030.
Rapprocher les patients du système de santé
« Les dispositifs médicaux numériques ne sont pas des gadgets ou une simple tendance vaguement futuriste. Ils sont l’avenir de notre système de soins et les moteurs d’une triple ambition : anticiper, prévenir, traiter », a déclaré Olivier Véran lundi soir (18 octobre) à Station F à Paris.
Le ministre de la Santé était entouré de la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal, de la ministre déléguée en charge de l’Industrie Agnès Pannier-Runacher, et du secrétaire d’État chargé du Numérique Cédric O.
« Le numérique en santé ne se substitue en aucun cas à la médecine humaine et au face-à-face avec un professionnel de santé. Au contraire, le numérique en santé permet de rapprocher les patients de notre système de santé », a précisé M. Véran.
Pour développer le digital en santé, la stratégie s’articulera autour de cinq axes. Pour le cabinet du ministre, il s’agit d’un réel « tournant » pour le secteur médical, une véritable « arme » pour diversifier l’offre de soins.
La majeure partie du budget de l’État, 202 millions d’euros, sera dédiée à l’émergence d’un leadership français en matière de recherche et d’innovation. Numérique pour la prévention, téléconsultations, robotique chirurgicale, dispositifs médicaux basés sur l’intelligence artificielle… Les ambitions de la stratégie du numérique en santé en termes d’innovation couvrent de nombreux domaines.
« La France a tous les atouts pour être leader de la santé numérique et à l’heure où l’on entend des discours nostalgiques, voire déclinistes, sur la grandeur supposée perdue de notre pays, je crois qu’il y a dans le numérique en santé une occasion en or de retrouver le goût des conquêtes, pour faire rayonner notre savoir partout dans le monde », a déclaré le ministre à Station F lundi.
Le deuxième plus gros investissement, 168 millions d’euros, servira au financement de programmes d’expérimentations afin de tester les innovations des services numériques de santé sur le terrain, c’est-à-dire dans des structures médicales.
« Une difficulté récurrente et importante des projets en santé numérique est le passage de la conception d’un prototype à un produit éprouvé dans des conditions réelles », constate le gouvernement dans un communiqué de presse.
Evaluations cliniques
À cela s’ajoute la réalisation d’évaluations cliniques, « dans le respect des démarches de qualité et réglementaires indispensables aux dispositifs médicaux », afin d’obtenir des marquages comme le CE qui prouve que le produit répond aux exigences européennes en matière de sécurité, de santé et d’environnement.
81 millions d’euros seront ensuite consacrés à la formation des professionnels de la santé afin qu’ils puissent développer les compétences nécessaires pour répondre de façon efficace à la digitalisation de leur secteur. Les patients seront également formés afin de lutter contre la fracture numérique.
« Parler numérique en santé, cela peut faire craindre une médecine déshumanisée où chaque patient serait laissé seul avec les nouvelles technologies », a expliqué Olivier Véran.
Le gouvernement prévoit également le lancement de programmes et équipements prioritaires de recherche exploratoires (PEPR) afin de concentrer les efforts des scientifiques dans le but de « positionner la France comme leader dans ses innovations du futur », peut-on lire dans le communiqué de presse. Au total, 60 millions d’euros supplémentaires seront consacrés à l’innovation scientifique.
Enfin, la dernière partie du budget, 35 millions d’euros, servira au déploiement « à grande échelle » du numérique en santé en France puis à l’international. Pour suivre le développement du secteur et son attractivité, un baromètre de la santé numérique sera publié courant 2022.
Les fonds restants, une centaine de millions d’euros, seront versés aux projets retenus dans le cadre de « Santé Numérique » début 2022.
Pour finir le mois, TV5MONDEplus, la plateforme francophone 100% gratuite et accessible du monde entier, vous propose une immersion en Afrique à l’occasion du FESPACO.
Le Fespaco, kezaco ?
Initialement prévue du 27 février au 6 mars, l’édition 2021 du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) a été repoussée pour se tenir du 16 au 23 octobre, en raison de la pandémie de coronavirus dont une deuxième vague frappait le pays. Des films événements, des innovations et des personnalités venues de tous les horizons géographiques et artistiques… Le programme de la 27e édition du Fespaco promet beaucoup !
Et TV5MONDE, partenaire du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (Burkina Faso), propose en octobre sur sa plateforme TV5MONDEplus une sélection de 6 programmes en compétition lors de cette édition 2021. Tour d’horizon de ce palmarès !
6 programmes pour découvrir l’art cinématographique africain
Bendskins
Drame – 89’
Réalisation : Narcisse Wandji (Cameroun, 2021).
Avec : Danilo Melande (Sani), Merveille Akamba (Marie), Christian Aliguena (Hawa)…
À Yaoundé, pour échapper au chômage, beaucoup de jeunes Camerounais gagnent leur vie en tant que conducteurs de mototaxis ou, plus trivialement, de « bendskins ». Ce film propose une immersion dans le quotidien de trois d’entre eux : Sani, Marie et Franck.
Avec : Camara Guèye (le peintre), Éric Torres (le berger), Kya Loum (la chanteuse)…
Dakar, à quelques jours de la fête de Tabaski, un peintre travaille sur le thème du sacrifice rituel du bélier. La peinture rouge coule des esquisses suspendues à des cordes à linge. Trois personnages et un mouton gravitent autour de lui et le raccrochent à la réalité.
Bobo-Dioulasso, dans un quartier populaire. Chaque soir, à l’heure où ferment les garderies classiques, Maman Coda accueille les enfants des prostituées. Elles ne les récupèreront qu’au lever du jour. Mais à plus de 80 ans, Mme Coda commence à fatiguer…
1962. Valdiodio N’Diaye, héros de l’indépendance du Sénégal, est injustement accusé d’avoir fomenté un coup d’État avec le président du conseil, Mamadou Dia. Des témoins directs reviennent sur une procédure orchestrée par le président Senghor, aidé par la France.
À quelques heures du « Voyage de rêve » qu’il organise, Sea Dangah découvre l’état de délabrement du véhicule qui devrait transporter ses clients. Catastrophé, il abandonne ses responsabilités à son apprenti, Bruno Koné. Débute une odyssée rocambolesque !
Les contes de Raya
Jeunesse 16×9’
Raya adore lire. Son livre préféré ? Il est magique : il s’anime lorsqu’elle tourne les pages. Grâce à lui, elle part à la découverte de l’Afrique, de ses cultures et de ses légendes.
Découvrez le cinéma et la télévision du continent africain gratuitement
Le 16 juillet 2016 à 13 h 40, Simon Bachelet, 26 ans, s’est éteint à l’hôpital Jolimont de Warquignies en Belgique, après avoir passé la nuit au poste de police. L’autopsie conclura à une mort par overdose, le jeune Français ayant absorbé des substances illicites durant la soirée dans un festival belge précédant son décès.
Non-assistance à personne en danger
Mais un peu plus de cinq ans après les faits, on apprend aujourd’hui que la chambre du conseil du tribunal de première instance du Hainaut, division Tournai, a finalement décidé de renvoyer quatre policières devant le tribunal correctionnel, du chef de non-assistance à personne en danger. Une première victoire pour Maître Mayence, qui représente la famille de la victime, partie civile, alors que le ministère public plaidait le non-lieu à l’égard des policières impliquées dans ce qui se rapproche d’une affaire Chovanec bis. Contacté par nos soins, Maître Mayence n’a pas souhaité commenter le dossier à ce stade.
Simon Bachelet avait pourtant un avenir bien tracé devant lui. Originaire de Saint-Chamassy, un petit village français au plein cœur de la Dordogne, le jeune homme, guitariste à ses heures perdues, avait migré en 2015 pour le nord de la France, à Lille, pour intégrer l’équipe de Décathlon France en tant qu’ingénieur tests. Avec quelques amis, il avait acheté un pass pour le festival de Dour.
LSD trop fortement dosé
Et alors que la fête battait son plein, Simon et deux de ses amis ont été abordés, le vendredi 15 juillet vers 23 h 30, par un dealer qui leur a vendu à chacun un buvard de LSD, une drogue dont ne trouvera pourtant trace dans le sang et les urines de Simon. Une sorte de timbre imprégné de LSD que Simon placera sur sa langue. « On s’est rendu compte immédiatement que la dose était trop forte et qu’on aurait dû la couper, confiera un ami de Simon. J’ai recraché le buvard. Pas Simon. Il fumait occasionnellement des joints mais n’était pas habitué au LSD. »
Après quelques minutes, Simon commencera à délirer. « Il deviendra incontrôlable et ingérable, dira un ami. Il a disparu vers 0 h 45. » Vers 2 h 30, Simon sera aperçu, nu avec un simple T-shirt, courant sur le site du festival. C’est à ce moment qu’il sera intercepté par les services de sécurité du festival qui décideront d’appeler les forces de l’ordre. Interpellé administrativement à 2 h 54, Simon sera conduit dans la foulée, menotté, au commissariat où il sera placé, à 3 h 01, en cellule, sous vidéo-surveillance.
Délire psychotique en cellule
Dans les minutes qui suivirent sa mise sous écrou, Simon poursuivra son délire psychotique, restera très agité, plongera sa tête dans la cuvette des toilettes dont il ira jusqu’à boire l’eau, frappera à plusieurs reprises contre les murs et la porte de sa cellule avec ses bras et sa tête, hurlant des propos incohérents. Sans que les deux policières chargées de sa surveillance et que nous appellerons Julie et Sarah ne pensent à intervenir. « Il était vêtu uniquement d’un T-shirt qu’il a mis dans les toilettes du cachot. Il était déchaîné , expliquera Julie, auditionnée par le juge d’instruction. […] Il a ensuite mis sa tête dans les toilettes comme s’il essayait de sortir des toilettes. C’est ce que j’ai dit à ma collègue. Et cela nous a fait sourire. »
« Il se tapait un peu partout dans le cachot. […] Tant qu’il était comme ça, il n’y avait pas grand-chose à faire. Il fallait attendre qu’il se calme. […] Il hurlait, je ne comprenais pas ce qu’il hurlait. […] Après quelques heures à continuer son délire, il a fini doucement par se calmer. Il a fini par s’allonger sur le lit. J’ai vu sa jambe tendue contre le bord du lit et je voyais sa jambe trembler. »
Une des policières mises en accusation devant le juge
Pas de soutien médical
Il est alors 5 h et, étonnamment, aucun médecin n’a encore été appelé pour l’ausculter. Julie avise alors sa supérieure hiérarchique, la commissaire X, qui envoie un policier fédéral s’enquérir de l’état de Simon. « Je l’ai vu toucher le pied et la personne et, après, il est reparti. »
Au moment de quitter son service à 6 h, Simon était toujours allongé sur le lit.
« On voyait qu’il respirait fort. Pour moi, il n’avait pas l’air bien et, en même temps, je ne suis pas médecin. […] À la fin de mon service, on pouvait distinguer des hématomes un peu partout sur son corps mais qui n’étaient pas présents au début de sa détention. D’après moi, ces hématomes proviennent du fait qu’il s’est tapé un peu partout dans la cellule durant plusieurs heures. »
Une des policières mises en accusation devant le juge
Auditionnée à son tour, la policière Sarah expliquera qu’à son arrivée en cellule, Simon était « agité mais cependant pas agressif. […] Il était complètement dans un délire car il prenait l’eau des WC et la buvait. […] On a demandé à la commissaire X d’aller voir s’il était possible de calmer le jeu. […] Il a commencé à dormir vers 4 h-4 h 30 (NdlR : 4 h 55 selon les images des caméras de surveillance). Et comme je ne sais pas utiliser le système de caméra, j’ai utilisé mon propre GSM pour filmer son attitude pour la montrer à X. Comme elle était fort occupée et qu’elle n’a pas eu l’occasion de le voir, j’ai filmé l’écran pour lui montrer plus tard. »
Vers 5 h 50, les commissaires X et Y, responsables hiérarchiques cette nuit-là, se rendent sur les lieux pour vérifier l’état de Simon.
« Il avait les deux yeux ouverts, il était calme, il respirait normalement. Je lui ai demandé s’il allait bien. Il n’a pas prononcé un mot mais plutôt un acquiescement muet. Comme il semblait se reposer, nous sommes sorties et nous avons vaqué à nos occupations. […] Son état ne nous a pas semblé anormal et nous n’avons décelé aucun signe de danger lors de notre entrevue. »
Une des commissaires mise en accusation devant le jufe
Une déclaration qui ne corrobore pas avec les images des caméras de surveillance qui montrent que Simon respirait anormalement rapidement dès 5 h 38. Or, ce n’est finalement que vers 6 h 24, alors que le jeune homme avait chuté de son lit, « avait les yeux ouverts et émettait des sons inquiétants » , que les commissaires X et Y consentiront enfin à faire appel au service médical. Qui, après avoir stabilisé le jeune homme, l’évacuera, intubé, vers l’hôpital de Warquignies sur les coups de 7 h. Il y décédera à 13 h 40.
Dans ses conclusions, la chambre du conseil estime qu’il « ressort clairement du dossier répressif et de l’ensemble des témoins que monsieur Bachelet était en danger. […] Son attitude et sa détresse durant sa détention ont consisté en un péril grave pour son intégrité physique. Le péril était réel et actuel, sa mise en danger était plus que sérieuse et le péril était grave. Son comportement fautif n’exclut pas qu’une aide lui soit prodiguée. Monsieur Bachelet a été jeté en cellule sans le moindre soin alors qu’il était visiblement sous l’influence de produits stupéfiants et qu’il se portait des coups sans pouvoir se maîtriser. »
En résumé, estime la chambre du conseil, les quatre policières aujourd’hui renvoyées en correctionnelle auraient dû demander l’intervention d’un médecin et qu’elles ont failli à leur tâche d’assurer la sécurité de Simon. « Les images des caméras, le comportement de monsieur Bachelet, ses appels, sa détresse sont tels que les inculpées n’ont pu que se rendre compte du danger [qu’il encourait]. »
Le dealer qui a fourni le LSD à Simon devra quant à lui répondre de détention et vente de produits illicites ayant entraîné la mort du jeune Français.
Simon Bachelet
Le récit des dernières heures de Simon Bachelet (rapporté par le journal La Libre)
Il aura fallu 3 h 23 pour qu’un médecin soit enfin appelé pour ausculter Simon.
Depuis son arrivée au commissariat et jusqu’à son départ en ambulance, Simon Bachelet n’a jamais disparu des caméras de surveillance. L’analyse des vidéos ne laisse planer aucun doute sur l’état délirant du jeune Français. Nous sommes parvenus à nous en procurer le procès-verbal. Voici le compte-rendu des faits, minute par minute.
3 h 01 : Simon est placé en cellule, en présence de 3 puis 5 policiers qui, en le traînant, cognent sa tête contre le lit du cachot. Il ne porte sur lui qu’un t-shirt. Pas de pantalon ni sous-vêtement. Les policiers lui retirent ses menottes. Simon se débat. Un policier lui apporte un caleçon qu’il ne met pas.
3 h 03 : Les policiers quittent la cellule. L’un d’eux marche sur Simon. Le jeune homme se relève puis frappe la porte de la cellule avec ses mains. Il le fera de nombreuses fois par la suite. Il enlève son t-shirt et l’on constate des rougeurs sur son épaule et son genou. Il se couche, s’assied, se lève, tombe.
3 h 05 : Il plonge sa tête dans les toilettes du cachot et s’asperge le visage. Il est agité, glisse et tombe.
3 h 15 : Il tape à plusieurs reprises la porte avec ses poings et crie à nouveau.
3 h 19 : Il chute puis frappe à nouveau violemment la porte avec son poing.
3 h 30 : Il frappe la caméra.
3 h 32 : Il frappe très violemment contre la porte de la cellule, d’abord avec son poing, ensuite avec ses deux mains. Deux marques sont visibles sur le bras droit.
3 h 34 : Il chute au sol en arrière puis se cogne la tête contre le W.-C. Il continue à être agité mais ses mouvements sont plus lents.
4 h 23 : Des traces rougeâtres apparaissent sur son visage.
4 h 39 : Debout, il vacille, s’appuie sur le W.-C. puis sur se redresse. Il semble perdre l’équilibre et est plus ralenti dans ses mouvements.
4 h 47 : Il se recroqueville et a visiblement du mal à tenir la position debout. Il parvient à se redresser mais présente des troubles de l’équilibre.
4 h 53 : Assis sur son lit, il tombe vers l’arrière. Il se couche et respire fort. Il continue à bouger ses jambes et ses pieds. Par moments, les mouvements de poitrine semblent s’arrêter (apnée).
5 h 03 : Sa jambe gauche tremble. Sa respiration s’accélère puis se calme.
5 h 04 : Une personne rentre dans la cellule. Cette personne lui touche la jambe en la tapotant. Pas de réaction de la part de Simon.
5 h 25 : Il bouge plus fort ses bras et ses jambes pendant un bref instant puis reprend sa position.
5 h 26 : Sa respiration commence à être saccadée. Les mouvements de respiration sont plus secs et irréguliers.
5 h 38 : Les mouvements du corps sont plus saccadés. Il a des petites secousses et sa respiration s’accélère.
6 h 04 : Il présente des mouvements du corps qui font penser à des secousses.
6 h 09 : Des spasmes violents provoquent un déplacement de la victime vers le bord du lit.
6 h 21 : Suite à de multiples convulsions, la victime tombe du lit. Les convulsions se poursuivent.
6 h 24 : Les commissaires X et Y entrent dans la cellule. Un médecin est appelé.
C’est une lettre adressée à ses amis, écrite dans la cellule d’une prison des Seychelles, un cri d’innocence. Incarcéré depuis le 5 mai, Thomas Debatisse, un Français âgé de 34 ans, est soupçonné du meurtre d’Emmanuelle, la jeune femme de 32 ans qui partageait sa vie. « On m’a volé mon deuil, sali mon nom et empêché de rendre un dernier hommage, entouré de mes proches, à ma compagne, c’est une douleur insupportable et permanente », écrit-il dans ce courrier daté du 12 septembre, où il s’affirme « détenu sans aucune preuve » et « impuissant ».
Pendue dans la salle de bain
Que s’est-il passé le 27 avril dernier au Club Med de l’île Saint-Anne, sur l’archipel des Seychelles? Ce jour-là, en vacances avec sa compagne Emmanuelle Badibanga, Thomas Debatisse, street artiste connu sous le pseudonyme d’Otom, la retrouve pendue dans la salle de bains de leur chambre d’hôtel. Malgré les tentatives de réanimation, rien n’y fait, la trentenaire succombe à ses blessures.
La situation va vite s’obscurcir pour ce Niçois de 34 ans. Selon l’enquête des autorités locales et après autopsie du corps, la victime ne serait pas morte d’une pendaison mais d’une strangulation et Thomas Debatisse est placé en prison le 5 mai, où il se trouve depuis maintenant six mois pour ce qui serait en réalité un meurtre déguisé en suicide. Selon la justice seychelloise et l’article 194 de son Code pénal, il risque la prison à vie.
Contre-autopsie
En parallèle de l’enquête locale, une autopsie menée en France après le rapatriement du corps vient contredire les conclusions des Seychelles. « Selon les examens effectués lors de l’autopsie en France, les éléments sont en faveur d’une pendaison et pas d’une strangulation », souligne ainsi Xavier Bonhomme, procureur de la République de Nice. Le rapport ne fait pas non plus état de coups et écarte des violences.
A cela, il faut rajouter d’autres éléments qui pourraient innocenter Thomas Debatisse, listés auprès de BFMTV par Richard Sédillot, l’avocat de l’artiste.
« En retrouvant les témoins, en examinant les films et les caméras de surveillance, il ne fait pas l’ombre d’un doute qu’il ne pouvait pas se trouver dans la chambre où le drame est intervenu à l’heure du décès », explique-t-il.
Thomas Debatisse dans un courrier à sa famille
De son côté, l’avocat de la famille de la jeune femme rappelle uniquement qu’une enquête est en cours.
« Une douleur insupportable »
Depuis sa cellule, Thomas Debatisse a écrit une lettre à sa famille et ses amis dans laquelle il clame son innocence et décrit la situation et l’état d’esprit dans lesquels il se trouve.
« On m’a volé mon deuil, sali mon nom et empêché de rendre un dernier hommage, entouré de mes proches, à ma compagne. C’est une douleur insupportable et permanente »
Thomas Debatisse dans un courrier à sa famille
Thomas Debatisse
Même sentiment pour l’artiste Brian Caddy, qui a raconté à 20 Minutes sa relation avec le prévenu. Il assure ne pas croire à un coup de folie.
« Ça fait 15 ans que je peins avec lui, que je le côtoie, il a toujours tout fait pour partager dans l’art, pour rassembler, pour transmettre énormément d’amour. Et là, il aurait tué la femme qui partageait sa vie depuis plus d’un an et avec qui il avait énormément de projets ? »
Brian Caddy
En juin dernier, 20 Minutes expliquait que la police seychelloise pourrait également être sur la piste d’un second suspect, une information qui n’avait pas été confirmée par le procureur de la République de Nice. Comme souligné par Le Parisien, Thomas Debatisse, récemment transféré dans le centre de détention principal du pays, attend désormais la fin de l’enquête seychelloise et un renvoi devant le tribunal.
S’il est condamné, il pourra demander une mesure de transfèrement afin de faire la peine selon le code pénal français.
La Chine s’est donnée pour objectif d’occuper la place de première puissance mondiale dans les prochaines années, en détrônant sans coup férir les États-Unis. Dans les années 1980, le Japon a pu, un temps, espérer occuper cette place avant de connaître trente ans de stagnation qui ont ruiné ses espoirs. La Chine pourrait imiter son rival asiatique en étant frappée par les mêmes maux.
Dans les prochaines années, le vieillissement de la population chinoise ralentira sa croissance. Le secteur public risque d’être appelé à l’aide de plus en plus fréquemment pour éponger les pertes du secteur privé. L’interventionnisme public conduira à une politique monétaire expansionniste favorisant la constitution de bulles spéculatives sur les actifs. L’épargne abondante sera orientée vers les collectivités publiques en lieu et place du privé.
Déclin démographique, perte de croissance
Depuis 2012, la croissance chinoise s’érode, passant de 10 à 5 %, en parallèle à la baisse des gains de productivité. La progression de l’investissement des entreprises a disparu. Les exportations qui ont joué un rôle clef dans l’expansion du pays sont de moins en moins dynamiques. En 2007, les exportations représentaient 45 % du PIB. En 2019, ce ratio était de 19 %. L’économie chinoise se normalise à une vitesse aussi rapide que celle qu’elle a connue pour sortir du sous-développement.
Comme le Japon, elle doit faire face à un vieillissement démographique important. La population active est en déclin depuis 2016, la baisse atteignant plus de 0,5 % par an. Le Japon connait ce phénomène depuis 1998, le recul de la population active atteignant, en 2020, plus de 1 % par an. Une population de plus en plus âgée s’accompagne traditionnellement d’un recul de la productivité. En retenant ces deux critères, Patrick Artus, chef directeur de la recherche et des études de Natixis, estime que la croissance potentielle de la Chine devrait rapidement se situer entre 2 et 2,5 %.
La hausse de la dette publique assèche l’épargne
La ville de Pékin.
Comme le Japon dans les années 1980, la demande chinoise a été soutenue depuis 20 ans par la hausse de l’endettement du secteur privé qui est passé de 75 à 230 % du PIB. Au Japon, cette dette a culminé à 220 % du PIB en 1992, avant de revenir à 150 % du PIB en 2016. Depuis, elle est repassée au-dessus de 180 %. Quand l’endettement privé augmente, la consommation s’étiole obligeant à un soutien public qui aboutit inévitablement à une hausse de l’endettement public. Celui-ci capte alors une part croissante de l’épargne intérieure.
Si pendant des années, la dette publique chinoise fut faible, elle progresse depuis 2015 pour dépasser désormais 80 % du PIB. Les collectivités locales et les structures parapubliques sont responsables de son doublement en moins de dix ans. Au Japon, la dette publique est passée de 90 à 240 % du PIB de 1995 à 2020. Trois cycles de forte progression ont été constatés, entre 1995 et 1997, entre 2007 et 2009, enfin depuis 2020.
En Chine, les dépenses publiques prennent une part plus importante dans la croissance. Elles augmentent désormais de plus de 6 % par an contre 2,5 % à la fin des années 1990. Si jusqu’à maintenant, les autorités chinoises ont utilisé les politiques monétaires expansionnistes avec parcimonie, il pourrait en être tout différemment dans le futur. La forte hausse de l’endettement public et les difficultés que rencontrent certains secteurs d’activité, dont l’immobilier, risquent de contraindre la Banque centrale à maintenir des taux bas comme le fait celle du Japon depuis des décennies.
Le prix de l’immobilier multiplié par sept
Les taux d’intérêt en Chine sont orientés à la baisse comme ceux des pays occidentaux, les autorités monétaires rencontrant les mêmes problèmes pour les remonter même en période d’expansion. La Chine doit également faire face à des hausses anormales des prix des actifs. Depuis 1995, le prix de l’immobilier y a été multiplié par sept. Certes, cette hausse est la conséquence de l’enrichissement du pays mais ce dernier n’échappe pas à un processus spéculatif facilité par l’augmentation des liquidités disponibles.
Dans une moindre mesure, il en est de même pour les marchés «actions». La Chine pourrait être confrontée à un effet d’éviction, l’épargne étant de plus en plus destinée à financer des déficits publics en lieu et place des investissements privés. Cette situation prévaut déjà au Japon, pays dans lequel les profits des entreprises sont supérieurs à leurs investissements (le taux d’autofinancement est nettement supérieur à 100 %). Les entreprises comme les ménages contribuent par leur épargne au financement des structures publiques. L’investissement hors construction est passé de 20 à 14 % du PIB de 2005 à 2020. Celui dans la construction a atteint l’année dernière 35 % du PIB contre 23 % en 1995. Les dépenses en bâtiments et en infrastructures publiques prennent le pas sur les investissements privés.
Cette allocation de l’épargne est porteuse de gaspillages à travers la réalisation d’équipements peu utiles. Pour contrecarrer l’affaiblissement de la croissance, le gouvernement chinois tend à devenir de plus en plus interventionniste en régulant notamment le secteur du numérique.
A l’approche de la présidence française de l’Union européenne, l’Assemblée nationale a adopté lundi dernier la contribution du pays au budget de l’UE pour 2022. Avec une participation de 26,4 milliards d’euros, elle apparait comme très élevée depuis la crise sanitaire et le Brexit.
Si la député LR Marie-Christine Dalloz, a noté le bond de 25% de la contribution par rapport à l’an dernier, elle a aussi reconnu le soutien « utile » de l’Union Européenne pendant la crise sanitaire et depuis la relance.
Pour sa part, Clémeant Beaune, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, s’est félicité que « depuis un an, le choix d’une réponse budgétaire commune et ambitieuse porté par la France a été validé et mis en oeuvre ». Il fait ici référence au plan de relance européen post-Covid de 750 milliards d’euros, pour lequel la France est la troisième bénéficiaire avec 40 milliards d’euros, dont 5,1 déjà décaissés. Nous précèdent l’Italie et l’Espagne.
Deputies during the weekly session of questions to the government at the national Assembly.
Paris-FRANCE-26/05/2020//01JACQUESWITT_choix006/2005261618/Credit:Jacques Witt/SIPA/2005261623
Mais des inquiétudes persistent en France
Le rapporteur général Laurent Saint-Martin (LREM) s’est, pour sa part, inquiété pour l’avenir des règles budgétaires communes. « Le pacte de stabilité a montré ses limites » dès avant la crise, a-t-il souligné. Il plaide donc pour des règles permettant d’ « encourager l’investissement ».
Les députés socialistes, par la voix de Lamia El Aaraje, ont aussi soutenu un assouplissement « durable » des règles européennes. Ce sera l’un des enjeux de la présidence française de l’UE, au premier semestre 2022, alors que le débat est ouvert en Allemagne dans le cadre de la formation du futur gouvernement.
Pour éviter un effondrement économique dans le contexte de pandémie, l’Union européenne avait mis de côté temporairement le « pacte de stabilité ». Ce dernier limite les déficits publics à 3% et la dette à 60% du produit intérieur brut (PIB). Avec le retour de la croissance, se pose la question de sa remise en place.
Seuls les élus communistes et LFI n’ont pas voté en faveur du prélèvement au profit de l’UE, dénonçant « une Europe libérale » synonyme de « rigueur ». « Dire qu’on est aujourd’hui encore dans l’Europe de l’austérité, ce n’est pas sérieux », leur a rétorqué M. Beaune.
La nouvelle Carte nationale d’identité (CNI) est distribuée depuis le lundi 2 août en France et dans les postes diplomatiques. Plus petite, elle contient aussi plus d’informations que la précédente. Son déploiement avait commencé au mois de mars dans les départements de l’Oise et de La Réunion avant de s’étendre progressivement dans de nombreuses régions de la métropole, ainsi qu’en Outre-Mer.
Mais qu’est-ce qui change concrètement, du document au format peu commun qu’il était parfois si difficile de glisser dans un portefeuille ? La taille justement… Mais pas uniquement. La carte sera également dotée d’une puce électronique et d’un QR code en mesure de fournir des éléments plus complets de votre identité, notamment des données biométriques.
Format carte de crédit
Celles et ceux qui ont passé leur permis de conduire après septembre 2013 ne devraient pas être trop chamboulés. La carte d’identité est réduite, et prend désormais la forme des permis de conduire lancés il y a presque huit ans : celle de n’importe quelle carte bancaire. A priori, la glisser dans son portefeuille ne devrait plus poser de problème. Attention néanmoins à ne pas la confondre avec les cartes de crédit ou de fidélité…
Le format de la carte d’identité n’avait plus changé depuis 1995, lorsque le document plastifié que nombre d’entre nous ont encore sans doute en leur possession, aux dimensions 105 × 74 mm, et aux teintes bleues et vertes, avait été généralisé. Avant 1995, il s’agissait d’un papier cartonné encore plus encombrant : 149 mm × 119 mm.
Biométrie
Autre nouveauté de la carte d’identité, la présence au dos d’une puce électronique. La puce contiendra toutes les informations déjà présentes sur la carte – à savoir prénoms / noms / sexe / nationalité / date et lieu de naissance / taille / adresse / dates de délivrance et d’expiration du document / numéro du document – mais également les données biométriques du titulaire. En effet, la photo et les empreintes digitales seront intégrées.
Le QR code, également nouvel arrivé sur le document, permettra à ceux qui y auront accès de trouver, en plus des informations de la carte, une signature, le CEV (cachet électronique visible). Un gage d’authenticité du document qui doit faciliter les relations avec les autorirés des autres pays.
Internationalisation
La nouvelle carte d’identité est aussi marquée par l’arrivée de la langue anglaise. Rassurez-vous, les renseignements seront bien écrits en français, mais juste à côté, les termes seront également traduits en anglais. Par exemple : NOM / Surname. Une mesure prise pour faciliter les contrôles d’identité lors de voyages à l’étranger, la carte permettant notamment de se déplacer au sein de l’Union européenne.
Un affichage « bilingue » qui n’est cependant pas du goût de tout le monde. Lors de l’annonce du changement de modèle de carte d’identité, en mars dernier, le sujet avait fait débat sur internet et parmi les élus politiques.
Faire renouveler sa carte ?
Comme les cartes précédentes, la nouvelle carte d’identité n’est pas obligatoire. Elle reste cependant demandée la plupart du temps pour effectuer diverses démarches administratives. Si votre carte actuelle n’est pas expirée, alors elle reste valide. Nul besoin de demander la nouvelle carte.
Si vous avez besoin de la renouveler, c’est gratuit ! Excepté si vous avez égaré ou que vous vous êtes fait voler votre carte précédente… Il vous en coûtera 25 €. Les nouvelles cartes seront valables dix ans, contre quinze pour les cartes actuelles.
Comme pour les anciennes cartes d’identité, il faudra vous rendre au consulat dont vous dépendez pour faire la demande. Dans certains cas, si vous êtes inscrit au registre national, que vous avez déjà fourni vos données biométriques et que l’établissement de votre dernière carte n’est pas trop ancien, vous pourrez solliciter le service à distance. Solution miracle, les consulats n’ayant pas encore pu partout assimiler le retard pris lors des pics de la pandémie.
Pour tout savoir sur la carte nationale d’identité, vous pouvez retrouver l’article du gouvernement français ici.
Des terrasses vides, des équipes au chômage technique, un secteur soutenu par l’Etat mais des responsables souvent au bord de la crise de nerf, la réouverture des bars et restaurants en juin 2021 aura rappelé à tous la fonction sociale et économique vitale de ce secteur. Sans bars moins de convivialité, sans restaurants plus de bonne chère, et une vie citadine qui perd de sa saveur. Le blues du restaurateur pendant la crise épidémique aura fait écho à la déprime du client.
« Rendez-nous nos terrasses, rendez-nous la vie sociale qui va avec ! »
Ce cri du cœur nous l’avons tous formulé secrètement ou plus bruyamment jusqu’à la libération du printemps dernier. Au Luxembourg le secteur Horeca emploie 20 000 personnes sans compter les nombreux emplois induits et aura connu une seconde période de fermeture sèche, à l’image de ses voisins du Benelux, dès l’automne 2020, le 26 novembre marquant le début de six nouveaux mois de gel d’activité. Une épreuve de plus pour un secteur déjà éprouvé !
Une année asphyxiante pour les restaurateurs
Au final, l’année 2020 aura été impactée fortement par les confinements avec des chiffres d’affaires qui se seront rétractés d’environ 60 pour cent avec un manque à gagner important au printemps 2020 et lors des fêtes de fin d’année. L’aide de l’Etat luxembourgeois qui est arrivée rapidement aura évité bien des faillites dont le nombre sera au final resté limité. Mais que de stress et de fébrilité chez les professionnels ! Gabriel Boisante est un compatriote français qui possède, avec ses associés, sept établissements dans le secteur Horeca luxembourgeois. Restaurateur expérimenté, l’homme est aussi un acteur engagé dans la cité, à la fois élu local et homme de théâtre, il nous raconte avec ses mots la crise Covid en acteur économique de premier plan et observateur politique avisé.
Nous sommes allés à sa rencontre au Bazaar, cet établissement de l’hypercentre de Luxembourg que d’aucuns comparent à un café de Flore local en raison de sa clientèle de décideurs, de jeunes branchés et d’hommes et femmes politiques puisque la brasserie se trouve à deux pas du palais ducal et de la chambre des députés. Maintenant que l’horizon épidémique est un peu moins chargé, nous lui avons posé cette question volontairement provocatrice : « Alors la Covid, plus jamais ça ? »
Le 17 octobre, les Algériens se sont arrêtés une minute en devoir de mémoire.
Le souvenir du massacre du 17 octobre 1961 perpétré contre les Algériens français par la police française, est encore cuisant aujourd’hui. Longtemps resté caché en France mais aussi en Algérie, il sort peu à peu de l’ombre. Pour la première fois, les deux présidents concernés ont évoqué ce massacre. Chacun pour des raisons différentes. Accentuant, ainsi, un peu plus la crise entre les deux gouvernements.
Si en Algérie, la population s’arrête le temps d’une minute pour chaque fête officielle, la mobilisation n’a pas été particulièrement retentissante. C’est surtout en Ile-de-France que la mobilisation a été importante.
Des manifestants défilent dans les rues de Paris pour commémorer le massacre du 17 octobre 1961, perpétré contre les Algériens. AFP
Regarder le reportage de TV5MONDE
Slimane Zeghidour, journaliste et écrivain franco-algérien, spécialiste du monde arabe, revient pour TV5 Monde sur ce jour de deuil et sur l’amitié entre l’Algérie et la France.
Tous les dix ans, l’hydrogène est présenté comme le carburant du futur. Pour autant, il n’arrive jamais à dépasser le cap des intentions. Son coût de production baisse lentement et les problèmes de stockage et de transport sont importants. Les caractéristiques de l’hydrogène l’ont prédisposé jusqu’à maintenant à des usages de niche, la fabrication d’ammoniac pour les engrais et les explosifs, le carburant pour les moteurs des fusées. Son utilisation plus large comme carburant suppose un changement de dimension et la création d’une véritable filière.
Devenir le leader de l’hydrogène vert
Lors de la présentation de son plan « France 2030 », le Président de la République, Emmanuel Macron, a souligné que le développement de la filière « hydrogène » constituait un enjeu majeur. Il a affirmé que le pays devait « devenir le leader de l’hydrogène vert en 2030 ». Il considère que la France « doit pouvoir compter sur son sol au moins deux gigafactory d’électrolyseurs » et qu’elle « produira massivement de l’hydrogène et l’ensemble des technologies utiles à son utilisation ».
Depuis plus de deux siècles, l’hydrogène apparait, de manière épisodique, comme un espoir d’énergie propre. Les premiers pas de cette source énergétique sont liés à la découverte de l’électrolyse de l’eau, permettant la séparation de l’oxygène et de l’hydrogène, en 1800, par William Nicholson et Sir Anthony Carlisle. Le principe de la pile à combustible utilisant de l’hydrogène est découvert, en 1839, par le chimiste suisse Christian Friedrich Schönbein. En 1845, William Robert Grove réalise la première pile à combustible. En 1874, Jules Verne écrit dans son roman « L’Île mystérieuse » que « l’eau sera un jour employée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène, qui la constituent, utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir ». Avec le dépôt du brevet sur l’ammoniac par Fritz Haber, l’hydrogène est utilisé pour la fabrication d’engrais. Le procédé Haber est amélioré par Georges Claude qui fonde la société Air Liquide.
L’hydrogène devient par ailleurs une matière première pour la fabrication d’explosifs. À défaut de pouvoir accéder au pétrole du Moyen Orient, l’Allemagne nazie s’engage dans un programme de production d’hydrogène à partir de charbon. En 1959, Francis Thomas Bacon, de l’université de Cambridge, construit le premier prototype de pile à combustible qui servira de modèle à celles utilisées lors des missions spatiales Apollo. Après le premier choc pétrolier, des projets de substitution de l’hydrogène au pétrole sont engagés sans pour autant aboutir à des résultats tangibles.
En 1990, la première centrale de production d’hydrogène à partir d’énergie solaire est mise en service en Bavière. En 2002, Jeremy Rifkin publie un livre intitulé « L’économie hydrogène : après la fin du pétrole, la nouvelle révolution économique » et l’évoque à nouveau dans son livre de 2011 sur « La troisième révolution industrielle».
95% de l’hydrogène est extrait des combustibles fossiles
Pour être une source de décarbonation, l’hydrogène doit être issu des énergies renouvelables ou du nucléaire. En 2019, plus de 95 % de l’hydrogène consommé dans le monde est extrait des combustibles fossiles, principalement du gaz naturel, sous l’action de la vapeur d’eau surchauffée. La production mondiale d’hydrogène est responsable de l’émission d’environ un milliard de tonnes de CO2 chaque année soit l’équivalent des émissions de l’Indonésie et du Royaume-Uni.
L’hydrogène produit à partir des énergies fossiles avec une forte émission de gaz à effet de serre est qualifié de gris. En cas de captation du CO2, l’hydrogène ainsi décarboné est alors qualifié de bleu. L’hydrogène vert est, de son côté, produit par électrolyse de l’eau grâce à de l’électricité issue d’énergies renouvelables. S’il est produit par une proportion importante d’électricité d’origine nucléaire (comme en France), il se verra plutôt attribuer la couleur jaune. Au mois de juin 2021, la Commission de Bruxelles a décidé d’abandonner ce code couleur. L’hydrogène sera désormais soit «propre» – exclusivement produit à partir de renouvelables – soit « bas carbone », une notion que la Commission définit comme produit à partir d’électricité majoritairement nucléaire (l’hydrogène anciennement jaune) ou de combustibles fossiles avec captage et stockage du carbone (l’hydrogène bleu).
Les différents types d’hydrogènes par chem.4.us, lauréat de la vulgarisation scientifique 2021.
La nécessaire réduction des coûts de production
En 2021, la production d’hydrogène est une activité marginale à l’échelle mondiale. 90 millions de tonnes sont produites chaque année, générant des revenus de 150 milliards de dollars, ce qui correspond à la taille d’une compagnie pétrolière comme ExxonMobil. Le processus utilise 6 % du gaz naturel mondial et 2 % du charbon. Cette industrie émet plus de 800 millions de tonnes de dioxyde de carbone. Les premiers usages de l’hydrogène ne sont pas énergétiques mais industriels. Il est utilisé pour traiter le pétrole dans les raffineries et pour produire du méthanol, nécessaire pour la fabrication des plastiques. L’hydrogène est indispensable pour la production de l’ammoniac industriel qui est le principal ingrédient des engrais artificiels.
La production de l’hydrogène est aujourd’hui coûteuse et sale. Son utilisation comme carburant impose un changement de dimension et de modèle. L’hydrogène a un potentiel énergétique élevé. La combustion d’un kilo fournit 2,6 à 3 fois plus d’énergie que celle d’un kilo de gaz naturel. Quand il est brûlé dans l’air, il n’émet pas de sulfates ou de monoxyde de carbone. Utilisé dans une pile à combustible, sa combustion ne produit que de l’eau. Fabriqué par électrolyse, ou à partir du charbon, le prix de l’hydrogène est relativement insensible aux aléas géopolitiques à la différence du pétrole ou du gaz naturel. En revanche, son stockage est délicat et coûteux. Peu dense, il a tendance à s’évaporer facilement. Sa liquéfaction est la solution usuelle pour contourner ce problème, ce qui nécessite de le refroidir fortement.
L’hydrogène produit à partir de renouvelable encore cinq fois plus cher
Selon Morgan Stanley, le marché de ce nouveau carburant devrait être multiplié par plus de cinq pour atteindre plus de 500 millions de tonnes d’ici 2050. Afin d’atteindre cet objectif, le recours à plusieurs techniques sont envisagés. L’hydrogène qui resterait produit avec des énergies fossiles devrait s’accompagner d’un stockage du dioxyde de carbone émis. L’autre voie est la fabrication d’hydrogène grâce à l’électricité produite à partir d’énergies renouvelables. Pour rendre cette technologie rentable, un renchérissement de la tonne de carbone serait nécessaire afin d’inciter les entreprises à passer à l’hydrogène vert. En 2021, l’hydrogène gris fabriqué à partir du gaz naturel coûte environ 1 dollar le kilogramme. L’hydrogène vert à partie d’énergie renouvelable coûte plus de 5 dollars le kilogramme. Le département américain de l’Énergie développe un projet « Hydrogen Shot » qui vise à réduire le coût de l’hydrogène vert, d’environ quatre cinquièmes à 1 dollar le kilogramme d’ici 2030. Pour cela, le prix de l’électricité renouvelable doit fortement diminuer tout comme les électrolyseurs.
Réduire les coûts de 75%
Les capacités de production des électrolyseurs à l’échelle mondiale sont d’environ trois gigawatts, soit l’équivalent de trois centrales nucléaires. Selon McKinsey, cette capacité devrait atteindre plus de 100 gw d’ici 2030. Ce changement de dimension pourrait entraîner une réduction des coûts de 65 à 75 %. L’objectif serait à terme la fabrication d’un kilogramme d’hydrogène vert pour deux dollars.
Du stockage des énergies renouvelables au carburant des moyens de transports
Compte tenu des conditions climatiques, les énergies renouvelables produisent des quantités d’électricité supérieures à la demande. Cette électricité peut être retirée des réseaux, récupérée à travers des batteries ou transformée en hydrogène. Cette affectation des excès de production électrique n’est pas, en l’état, rentable. Un projet, dans l’Utah aux États-Unis, de Mitsubishi, prévoit la fabrication de l’hydrogène à partir d’énergies renouvelables locales avec un stockage dans des mines de sel. En fonction des besoins, l’hydrogène sera utilisé pour produire de l’électricité destinée à alimenter la ville de Los Angeles. Des entreprises dont notamment la SNAM, une société italienne qui exploite l’un des plus grands réseaux d’oléoducs au monde, travaille sur un projet d’alimentation de l’Allemagne en hydrogène vert produit par des centrales solaires en Tunisie. L’Australie et le Chili espèrent exporter par bateau de l’hydrogène produit à partir de sources d’énergies renouvelables.
Schéma du Syndicat Départemental d’énergie d’Ille-et-Vilaine (SDE35), sur les différentes applications des surplus d’hydrogène dans la mobilité.
L’hydrogène vert permettrait de réduire les émissions des gaz à effet de serre de plusieurs secteurs industriels. Pour la sidérurgie qui est responsable de 8 % des émissions, l’hydrogène pourrait être une source de chaleur et remplacer le carbone pour la production de l’acier. ArcelorMittal a récemment engagé un programme de 10 milliards de dollars pour réduire les émissions de gaz à effet de serre en utilisant l’hydrogène. US Steel a formé un partenariat avec la société norvégienne Equinor, un producteur d’hydrogène. Hybrit, un groupe suédois, a livré le premier lot d’acier vert au mois d’août 2021. Pour l’aviation, de nombreuses recherches sont menées. ZeroAvia, une startup soutenue par British Airways et Jeff Bezos, a, en 2020, effectué le premier vol à pile à combustible dans un avion de taille commerciale en Grande-Bretagne. Airbus a confirmé, au mois de septembre, un projet de motorisation des avions à l’hydrogène d’ici 2035. Selon le PDG de ce groupe, Guillaume Faury, « l’hydrogène a une densité énergétique trois fois supérieure à celle du kérosène, il est fait pour l’aviation ». La limite à l’utilisation de l’hydrogène est liée à sa faible densité. À température et pression ambiantes équivalentes, l’hydrogène est le gaz le moins dense. Si un kilogramme d’hydrogène a un potentiel énergétique trois fois supérieur au kérosène, il occupe 3 000 fois plus de place. Pour réduire cet inconvénient, le gaz doit être liquéfié à -253°C. Face à cette problématique, Boeing a décidé de ne pas emboiter le pas à Airbus. Les ingénieurs de l’entreprise américaine estiment que faire voler un 747 à travers l’Atlantique en utilisant de l’hydrogène liquide nécessiterait de remplir tout son espace passagers et cargo avec du carburant.
L’industrie investit
Pour contourner ce problème, certains penchent pour le recours à l’ammoniac fabriqué à base d’hydrogène propre ou à des hydrocarbures synthétiques. Au niveau du chauffage des logements et des bureaux, en termes d’efficacité, les pompes à chaleur électriques sont plus performantes que les chaudières domestiques alimentées à l’hydrogène. Néanmoins, pour une production de masse de chaleur, il peut s’avérer plus rentable de brûler de l’hydrogène dans des chaudières que d’installer un grand nombre de pompes à chaleur qui, en outre, coûtent cher en entretien.
En août dernier, le gouvernement britannique a rendu public un plan de production d’hydrogène portant sur 5 gigawatts d’ici 2030 pour remplacer le gaz naturel dans les applications domestiques et industrielles.
La décarbonation des transports terrestres passe pour le moment essentiellement par le recours au moteur électrique alimenté par des batteries coûteuses et polluantes. L’autonomie et le temps de recharge constituent, actuellement, les principaux handicaps des voitures électriques. L’utilisation de l’hydrogène permettrait de s’en affranchir sous réserve de disposer de réseaux de stations et de réduire le coût des piles à combustible. Toyota a investi dans cette technologie dès le début des années 1990. BMW, Mercedes ou Renault ont également des programmes de recherche sur ce mode de motorisation. Si les résultats en termes d’efficacité par rapport aux moteurs alimentés par des batteries sont décevants pour les véhicules particuliers, ils sont plus encourageants pour les camions qui doivent parcourir de longues distances.
Le Coradia iLintTrain, premier train à hydrogène d’Alstom. Crédit photo : Samuel Dhote)
Alstom exploite des trains à hydrogène en Allemagne. L’entreprise pense que bon nombre des 5 000 trains diesel qui seront retirés en Europe d’ici 2035 pourraient être remplacés par des trains à hydrogène. D’ici 2030, les trains à hydrogène pourraient représenter un dixième de ceux qui ne sont pas encore électrifiés. Selon le Boston Consulting Group (BCG), l’hydrogène pourrait être compétitif en termes de prix par rapport aux autres sources d’énergie pour les trains d’ici 2030, même sans tarification du carbone. Les opérateurs de ferries en Norvège et sur la côte ouest des États-Unis expérimentent actuellement des ferries court-courriers alimentés par des piles à combustible à hydrogène.
L’hydrogène est également exploité dans les charriots élévateurs qui sont utilisés, en particulier, dans les entrepôts de stockage, en permanence. L’absence d’émissions polluantes et la rapidité des ravitaillements constituent des atouts par rapport aux autres sources d’énergie. En France, des collectivités locales (Territoire de Belfort) s’engagent en faveur de l’hydrogène avec un objectif de maintenir ou de développer des pôles industriels tout en décarbonant la production.
Une compétition s’engage entre les batteries électriques et l’hydrogène pour s’imposer comme moyen de stockage de l’énergie électrique décarbonée. Pour le moment, les batteries ont pris une longueur d’avance. Si des progrès sont réalisés rapidement en termes d’autonomie et de rapidité de charge, elles pourraient supplanter l’hydrogène qui conserverait son image d’éternel perdant. Ce dernier est handicapé par sa faible densité et par son caractère explosif. L’issu de ce match n’est pas certain. Au début du vingtième siècle, les moteurs électriques avec batteries avaient cru l’emporter sur les moteurs thermiques avant d’être abandonnés. Leur retour en force prouve que des solutions anciennes peuvent avoir une seconde jeunesse.