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  • Le grand oral d’Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger

    Le grand oral d’Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger

    La 38eme session de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) s’est ouverte ce lundi 27 mars, et elle promet d’être « animée et inédite dans le contexte actuel », selon les propos introductifs de la présidente de l’AFE, Hélène Degryse. Dans ce même discours, l’élue des Pays-Bas a ajouté que le « plaisir » des retrouvailles avec Olivier Becht, Ministre délégué en charge du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger, s’en trouvait ainsi « contrasté ». 

    Une liste de problématiques pour les Français de l’étranger qui s’étire

    En effet, dix mois après la réélection d’Emmanuel Macron à l’Elysée de nombreuses questions attendent une réponse. La liste des problématiques concernant les Français de l’étranger reste longue : effectifs dans les consulats, montant des aides sociales, débancarisation, discrimination fiscale, prise de rendez-vous dans les consulats, retard dans le déploiement de la dématérialisation, statut des élus… et bien évidemment, la réforme des retraites et ses conséquences pour nos compatriotes établis hors de France. 

    Sur ce dernier point, le groupe Ecologie et Solidarité avait réservé son créneau du midi pour organiser une table ronde avec des représentants syndicaux FSU et CFDT du corps enseignant. Au cours de cet échange, Audrey Leclerc, Vice-Présidente du groupe Ecologie et Solidarité, a notamment accusé le gouvernement actuel de commettre un « délit démocratique manifeste » en « n’écoutant pas les revendications de la rue ».

    Derrière cette opposition à la réforme des retraites, les syndicats ont aussi pointé du doigt toute la stratégie de développement du réseau d’enseignement en français à l’étranger voulue par le Président de la République. Pour conserver l’excellence de notre réseau à l’étranger et éviter la concurrence entre les établissements, les syndicats ont réaffirmé leur volonté de créer un « durcissement des critères d’homologation pour les établissements qui souhaiteraient rejoindre le réseau de l’AEFE afin aussi que soit préservé le droit social et les protections en découlant pour les personnels ».

    Réunion du groupe Ecologie et Solidarité ce lundi 27 mars dans le cadre de l’AFE ©EELV hors de France

    Olivier Becht fait le point sur ses engagements

    C’est dans ce contexte singulier que le Ministre Becht est donc venu s’exprimer devant les conseillères et conseillers de l’AFE en ce début de session, en faisant le point sur sa feuille de route autour des engagements pris par Emmanuel Macron. 

    Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger ce lundi 27 mars 2023 ©LFP

    Parmi ceux-ci, Olivier Becht a annoncé que pour la première fois depuis trente ans, le budget alloué à la diplomatie serait en hausse.

    « C’est ainsi 118 emplois nouveaux dans les postes diplomatiques dont une partie pour les sections consulaires qui résulteront de ces nouveaux crédits ».

    Olivier Becht, ministre délégué aux Français de l’étranger – 27 mars 2023 à l’AFE

    Le ministre s’est aussi prononcé sur le déploiement de France Consulaire. Lancé en 2021, cette initiative est disponible aujourd’hui dans 22 pays, et Oliver Becht s’est déclaré favorable à une accélération du déploiement du dispositif avec comme objectif 2025 au lieu de 2027.

    « Je souhaite que nous puissions – mais cela dépendra des moyens humains que nous arriverons à dégager dans les prochaines lois de finances – je souhaiterais qu’on puisse accélérer le calendrier qui prévoyait son déploiement dans le monde entier jusqu’à 2027. J’aimerais que l’on arrive à gratter 2 ans, que l’on arrive à couvrir l’intégralité de la surface du globe d’ici à la fin 2025. Ce serait effectivement un service majeur que l’on pourrait rendre à l’ensemble de nos concitoyens à l’étranger »

    Olivier Becht, ministre délégué aux Français de l’étranger – 27 mars 2023 à l’AFE

    Autre engagement, celui du renouvellement des passeports et la mise en place de la dématérialisation du processus. « Nous sommes en retard sur ce chantier » a avoué le Ministre, informant que le Ministère de l’Intérieur avait repoussé à mars 2024 le test grandeur nature, préalable à son déploiement effectif. Oliver Becht espère toutefois que ce nouveau système sera opérationnel, pour tous nos compatriotes à l’étranger, en 2025.

    Résidence de repli et Pass culture : aux élus de décider  

    Deux autres points font actuellement grincer les dents de nombreux élu(e)s de tous bords, y compris au sein de la majorité présidentielle, à savoir la résidence de repli et la création du Pass culture. N’évitant pas le sujet, Olivier Becht a présenté différentes options possibles pour chacun de ces dispositifs annoncés pendant la campagne présidentielle.  

    Concernant la résidence de repli, « les engagements seront tenus » rappelle le ministre et il propose que cette création se fasse en deux temps. Un premier qui serait un texte de loi en 2023 qui définira ce qu’est une résidence de repli : soit celle-ci sera « une résidence qu’un Français de l’étranger possède en France », soit elle sera considérée comme « une résidence qu’un Français de l’étranger vivant dans un pays dit à risques possède en France ».

    Oliver Becht propose aux parlementaires de décider par eux-mêmes. Par ce biais, est-ce un manque de courage de l’exécutif, ou bien une affirmation de la reconnaissance du travail parlementaire ? Une fois cette définition arrêtée, la résidence de repli fera alors l’objet d’une deuxième séquence par le biais de son introduction dans le projet de loi de finances pour 2024. Celui-ci votera(it) alors les dispositifs fiscaux adaptés et les éligibilités financières aux différentes primes pour ces résidences de repli. 

    Autre sujet en débat : le Pass culture. Sur ce point, le ministre délégué aux Français de l’étranger laisse également le soin aux élus de l’Assemblée des Français de l’étranger de lui faire des propositions. Oliver Becht met toutefois des bémols à un système qui, selon lui, obligerait à la France à passer des conventions avec de nombreux pays dans le cas où l’option retenue serait de rendre éligible ce Pass culture dans le pays de résidence de nos compatriotes vivant à l’étranger. 

    Le ministre Olivier Becht s’est aussi félicité de l’organisation du vote par internet aux dernières élections législatives. Certes dans la majorité des 11 circonscriptions le vote a été validé, mais deux connaissent actuellement une élection partielle pour la seule raison de l’utilisation de ce vote électronique et des problèmes de transmission des codes dans certains pays.

    Il n’est pas certain que les députés élus en 2022, mais devant à nouveau concourir devant les électeurs suite à l’annulation de leur élection respective, soient du même avis.   

    Des réactions contrastées chez les élu(e)s AFE

    Attentifs aux propos tenus par le ministre, la réaction des élu(e)s de l’AFE restent contrastée.

    Ainsi, Warda Souihi, membre du Groupe Solidaires et Indépendants, souligne « certaines avancées concrètes du Ministre » et reconnait un « pas encourageant, bien que modeste, pris en faveur des effectifs dans les postes consulaires ». Pour autant, l’élue des Etats-Unis « regrette le retard pris dans l’expérimentation de la dématérialisation du renouvellement des passeports », sujet sur lequel elle est particulièrement attentive tant « les déplacements engendrent des frais considérables pour nos compatriotes qui vivent loin des consulats » .

    Au sein du Groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants, le président Laurent Rigaud s’inquiète de la situation et affirme que « la France peine de plus en plus à rayonner ». Il demande également une accélération de la dématérialisation et la fin de la discrimination fiscale, notamment sur les résidences d’attache. Olivier Piton, élu du même groupe à l’Assemblée des Français de l’étranger, a d’ailleurs interpellé le ministre sur la soudaine obligation pour les Français de l’étranger de déclarer leur résidence secondaire au fisc français avant le 30 juin. Olivier Becht, n’ayant pas une réponse précise à apporter sur cette nouvelle contrainte à respecter, a promis de revenir, avant la fin de la session AFE, avec des éléments concrets.

    Laurence Helaili-Chapuis, siégeant au sein du groupe des Indépendants, reconnaît qu’elle a eu « des explications détaillées du Ministre sur la mise en place des divers chantiers pour les Français de l’Etranger : Pass culture, Pass éducation, dématérialisation des demandes de passeports… », mais regrette de ne pas avoir pu obtenir « un calendrier fiable ». « Ça se comprend bien sûr » nous informe-t-elle, « mais de la visibilité nous permettrait de mieux assumer le service après-vente des annonces ».

    Pour Florian Bohême, du groupe Ecologie et Solidarité, « Olivier Becht a fait sa rentrée avec sa liste de bonnes résolutions. Il s’est surtout attaché à défendre les engagements présidentiels qui pour certains sont attendus depuis plus de 5 ans ». Le conseiller nous confie aussi qu’« il est temps d’aller vers les résultats, nous n’avons plus le temps d’attendre ». 

    Du côté de la majorité présidentielle, Loïc Le Gland, membre du groupe Indépendants, démocrates et progressistes souligne « le point très positif qu’est celui de la première augmentation depuis 30 ans du budget pour les Français de l’étranger, tout en ignorant comment cela se traduira dans (ma) propre circonscription consulaire à San Francisco, et aux États-Unis en général ». Loïc Le Gland ajoute « que toute bouffée d’oxygène est bonne à prendre » et reste aussi très attentif au projet de dématérialisation car « un Français du Colorado doit aujourd’hui se rendre à Los Angeles pour ses actes d’état civil », enfin « il est optimiste sur la mise en place du Pass Culture », il « ne doute pas que la grande majorité de (mes) collègues élus à l’AFE, de tous partis, le veulent. »

    Le Pass culture serait donc un sujet de consensus, comme l’est celui de la revalorisation des indemnités des élu(e)s, tant au niveau de l’Assemblée des Français de l’étranger qu’au niveau des conseils consulaires. Oliver Becht a ainsi découvert que le traitement des élu(e)s des Français de l’étranger n’était pas encore indexé au « point de la fonction publique » Il promet que cette « demande de revalorisation » sera « satisfaite car elle est légitime. » 

    Pour conclure, Olivier Becht a dit aux conseillères et conseillers de l’AFE qu’ils ne se « connaissaient pas encore très bien » et qu’il aimait « les choses pragmatiques », et encore plus quand « celles-ci avancent ». Au-delà des sujets évoqués et de la liste des questions partagées, il reste à savoir si le temps de la délibération politique et administrative permettra de véritablement passer de la parole aux actes, et si oui, quand le sera-t-il réellement ?

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.03.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.03.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés du mardi 28 mars. Aujourd’hui, on revient sur l’ouverture de l’Assemblée des Français de l’étranger par le ministre Olivier Becht, on analyse la politique française des visas pour les Marocains et on fait le point sur la grève générale en France et chez les Français de l’étranger. 

    10 engagements pour les Français de l’étranger 

    C’est le point fort du discours inaugural de la 38ème session plénière des Français de l’étranger d’Olivier Becht, notre ministre délégué. Parmi ces 10 points, que vous pouvez retrouver dans l’article de Jérémy Michel sur le site Lesfrançais.press, on retient la hausse du budget de la diplomatie, une première depuis 1993, l’annonce de la fin du déploiement de France Consulaire dans tous les pays d’ici la fin de l’année 2025 et enfin la planification cette année d’une loi sur la résidence de repli. Sur ce dernier point, deux options sont possibles : soit limiter ce dispositif aux Français résidant dans des pays dits sensibles soit à tous ceux qui résident hors de France. Nous aurons l’occasion d’y revenir. 

    Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger ce 27 mars 2023 ©LFP

    La France augmente le nombre de visas pour les Marocains 

    Les quotas de visas pour les citoyens marocains ont été historiquement bas en raison de problèmes de sécurité et d’immigration. Bien que ces objections soient compréhensibles, elles ont créé des obstacles pour les Marocains qui souhaitent se rendre en France pour des raisons de tourisme, de commerce ou de réunification familiale. Sous la pression des associations de résidents français au Maroc et de résidents marocains en France, le gouvernement Français a décidé d’augmenter le nombre de visas distribués au cours de l’année 2023. On fera le bilan en fin d’année. 

    Grève générale en France 

    C’est la 10 ème journée de mobilisation organisée par l’intersyndicale en France, comme à chaque fois, les syndicats des Français travaillant à l’étranger appellent les fonctionnaires à débrayer. Au niveau de l’administration consulaire, il devrait y avoir peu de répercussions tandis que les Lycées devraient encore suivre massivement le mouvement ce mardi 28 mars. 

    réforme des retraites en France

    On en parlera demain dans l’édition du mercredi 29 mars, d’ici là prenez soin de vous où que vous soyez ! A demain. 

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Politique des visas : le Maroc

    Politique des visas : le Maroc

    Les problèmes de visa entre la France et le Maroc sont un sujet de préoccupation pour de nombreux citoyens marocains et français depuis de nombreuses années. Alors que les deux pays ont des relations historiques et culturelles étroites, les règles de visa strictes et les quotas limités ont créé des obstacles pour les citoyens marocains qui souhaitent visiter ou s’installer en France.

    Ces difficultés ont des répercussions sur la vie quotidienne de milliers de personnes, qu’il s’agisse de couples binationaux, d’étudiants, de professionnels ou de simples touristes. Face à cette situation, les expatriés français au Maroc ont décidé de se mobiliser pour tenter de faire entendre leur voix et faire progresser la situation.

    Pourtant le Maroc et la France ont une relation historique étroite qui remonte à plusieurs siècles. Le Maroc a été un protectorat français de 1912 à 1956, et depuis lors, les deux pays ont maintenu des liens étroits en matière de commerce, de diplomatie et de culture. La France est le deuxième partenaire commercial du Maroc après l’Espagne, et de nombreux Marocains vivent en France.

    Les problèmes de visa entre la France et le Maroc

    Les citoyens marocains sont tenus d’obtenir un visa pour se rendre en France, que ce soit pour une courte visite ou pour s’installer de manière permanente. Cependant, l’obtention d’un visa peut être un processus difficile et frustrant pour de nombreux Marocains en raison des conditions strictes et des quotas limités.

    Les exigences de visa comprennent une documentation complète, des entretiens, des frais et des délais d’attente souvent prolongés. Les citoyens marocains doivent, ainsi, fournir des preuves de leur situation financière, de leur emploi, de leur lieu de résidence et de leur intention de quitter la France à la fin de leur séjour.

    De plus, les quotas de visas pour les citoyens marocains ont été historiquement bas en raison de problèmes de sécurité et d’immigration. Bien que ces objections soient compréhensibles, elles ont créé des obstacles pour les Marocains qui souhaitent se rendre en France pour des raisons de tourisme, de commerce ou de réunification familiale.

    Mobilisation des expatriés français au Maroc

    Face à ces problèmes, les expatriés français au Maroc ont commencé à faire pression sur le gouvernement français pour augmenter le nombre de visas accordés aux citoyens marocains. Les expatriés ont organisé des manifestations, des pétitions et des campagnes médiatiques pour attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par les citoyens marocains.

    En 2019, l’Association des Résidents Etrangers au Maroc (AREM) a lancé une campagne appelée « Visas pour tous » pour exiger que le gouvernement français augmente le nombre de visas accordés aux citoyens marocains. L’AREM a organisé des manifestations devant les ambassades et les consulats français au Maroc, ainsi que des campagnes de sensibilisation dans les médias locaux et internationaux.

    L’un des collectifs les plus actifs est « Visa en péril », créé en 2018. Il s’agit d’un regroupement de Français et de Marocains qui ont décidé de se battre ensemble pour améliorer la situation des visas entre les deux pays. Le regroupement citoyen organise régulièrement des actions de sensibilisation et des manifestations pour interpeller les autorités françaises et marocaines.

    Une autre organisation, l’Association Marocaine des Expatriés en France (AMEF), créée en 2014 pour représenter les intérêts des Marocains résidant en France et pour promouvoir le dialogue et la compréhension entre les deux pays, s’est aussi fortement mobilisée. Depuis sa création, l’AMEF a travaillé en étroite collaboration avec les autorités françaises pour améliorer les procédures de demande de visa et pour augmenter le nombre de visas accordés aux citoyens marocains.

    L’une des réalisations les plus significatives de l’AMEF a été la mise en place de centres de visas en dehors de Rabat, la capitale marocaine, pour faciliter l’accès aux demandeurs de visa. Ces centres de visas ont été créés dans les villes de Casablanca, Marrakech, Agadir et Fès, offrant aux demandeurs une alternative

    Les expatriés français ont également travaillé en étroite collaboration avec les organisations de la société civile marocaines pour faire pression sur le gouvernement français. Ils ont aussi activé via les élus consulaires leurs réseaux au sein des parlementaires français et européens.

    Des visas en hausse

    Ces efforts ont porté leurs fruits, car la France a récemment annoncé une augmentation du nombre de visas délivrés aux citoyens marocains. En 2021, plus de 214 000 visas ont été accordés, soit une augmentation de 8,8% par rapport à l’année précédente.

    Les expatriés ont également souligné l’importance de la coopération entre les gouvernements français et marocain pour améliorer les procédures de délivrance de visas, notamment en simplifiant les formulaires de demande, en réduisant les délais de traitement et en améliorant la communication.

  • Mondialisation, fin de partie ou nouvelle partie ?

    Mondialisation, fin de partie ou nouvelle partie ?

    Après une phase de mondialisation sans précédent entre 1990 et 2007, la tentation de la fragmentation semble depuis s’accélérer avec le retour au protectionnisme. 

    De l’interdiction d’accéder aux réseaux sociaux américains en Chine à la menace d’interdiction de Tik Tok aux États-Unis, en passant par l’instauration d’embargos à l’encontre de la Russie ou de l’Iran, les barrières commerciales se multiplient. Le département du Trésor américain élaborerait des plans pour arrêter les investissements dans les technologies de pointe au sein de pays qui mettraient en œuvre des politiques contraires aux intérêts américains. La vente à la Chine de microprocesseurs avancés et d’équipements de leur fabrication est désormais interdite. Dans le même temps, le gouvernement fédéral propose des subventions pour rapatrier les chaînes de fabrication des semi-conducteurs, des batteries, des voitures électriques et des équipements indispensables pour les énergies renouvelables. 

    L’Union européenne recourt aux mêmes armes afin de limiter sa dépendance à la Chine et aux États-Unis. À l’échelle de l’Histoire, la planète a connu plusieurs grandes phases de développement du commerce international et des reculs marqués. Sans revenir à l’Empire romain, Les entreprises européennes ont commencé à rayonner au-delà de leurs frontières à partir du XVIe siècle avec l’essor des maisons de commerce coloniales. La deuxième grande vague s’est produite au XIXe siècle avec le développement du transport maritime. Elle a cessé au début du XXe siècle avec l’opposition croissante entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, opposition qui déboucha sur la Première Guerre mondiale. Le commerce international a mis soixante ans pour retrouver l’ampleur qu’il avait en 1912.

    La Chine continue de protéger son marché intérieur 

    La dernière vague est celle des années 1990 – 2007, marquée par l’essor de la Chine comme atelier du monde. En une trentaine d’années, le poids de ce pays dans le commerce mondial est passé de 3 à 10 % du PIB. Il est devenu, pour un très grand nombre de pays, leur premier fournisseur. Pour la première fois depuis le début de la révolution industrielle, un État d’obédience communiste, doté d’un régime autoritaire, s’est hissé au premier rang pour les échanges internationaux. 

    Cette montée en puissance a été facilitée par les États occidentaux qui ont accepté, en 2001, l’adhésion de ce pays à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La Chine bénéficie d’un statut dérogatoire en tant que pays en développement, ce qui lui permet de continuer à protéger son marché intérieur. Les pays occidentaux ont accepté cet état de fait car ils ont bénéficié de gains de productivité et de pouvoir d’achat grâce aux importations des pays à bas coûts de production. La dernière vague d’internationalisation a pris fin avec la crise financière de 2007/2009.

    Une contestation croissante de la mondialisation 

    La croissance du commerce international est désormais inférieure à celle du PIB quand elle pouvait être deux fois plus rapide durant les décennies précédentes. La crise financière a révélé la fragilité des économies occidentales. Elle s’est accompagnée en leur sein d’une contestation croissante de la mondialisation accusée de détruire les emplois des classes moyennes. Les entreprises occidentales ont été les grandes opératrices de la dernière phase de mondialisation. Elles ont été à l’origine des trois quarts des flux d’investissement de capitaux permettant l’industrialisation des pays émergents.

    Après la crise financière, les entreprises occidentales ont réduit leurs investissements à l’étranger. Les flux annuels d’investissements étrangers américains et européens (hors bénéfices réinvestis) sont passés de 659 milliards de dollars en 2015 à 216 milliards de dollars en 2021. Entre 2010 et 2021, la part de l’Occident dans le stock mondial d’investissement direct étranger (IDE) est passée de 78 % à 71 %. Grâce à leur puissance financière, les entreprises chinoises ont multiplié les filiales et les acquisitions à l’étranger. Elles concurrencent de plus en plus les firmes multinationales sur leurs marchés. En 2022, quatre des cinq plus grandes marques de smartphones en Inde, par exemple, sont désormais chinoises. L’année dernière, la Chine a dépassé l’Allemagne en tant que deuxième exportateur mondial de voitures, derrière le Japon. 

    Les revenus issus de l’étranger pour les multinationales occidentales stagnent depuis une dizaine d’années, quand ils avaient été multipliés par trois de 1990 à 2010. Cette stagnation s’explique par la faible croissance des ventes internationales des sociétés américaines et européennes cotées. Elles ont augmenté de moins de 2 % de 2010 à 2022 contre 8 % dans les années 2000 et 10 % dans les années 1990. Les multinationales occidentales réduisent leur nombre de filiales à l’étranger. Cette baisse s’explique par leur départ de Russie ou d’Iran mais aussi d’un certain nombre de pays émergents ou en développement en raison de problèmes de sécurité.

    La Chine opère de plus en plus dans le cadre de partenariats 

    Les autorités chinoises entendent également réduire l’influence des entreprises occidentales en augmentant les contraintes pesant sur ces dernières. Les règles financières sont de plus en plus tatillonnes afin de dissuader les investissements étrangers. Le contrôle politique est de plus en plus pesant avec une fermeture technologique se traduisant par un découplage de l’Internet chinois du monde occidental. La Chine opère de plus en plus dans le cadre de partenariats afin de sécuriser ses approvisionnements et ses exportations. Elle a ainsi noué des relations privilégiées avec la Russie, l’Iran, le Venezuela, l’Éthiopie, la Hongrie, la Grèce et la Corée du Nord. Si le marché chinois demeure essentiel pour des pays comme l’Allemagne, il l’est de moins en moins pour les firmes américaines. 

    ©StockAdobe

    Certes, les entreprises occidentales de semi-conducteurs réalisent environ 30 % de leurs ventes en Chine mais la fabrication de ces derniers ne représente que 400 milliards de dollars sur les 12 000 milliards de dollars d’exportations réalisées par les sociétés occidentales cotées. La Chine serait responsable de moins d’un huitième des revenus étrangers de ces entreprises.

    L’Inde, un marché de plus en plus important pour les entreprises occidentales 

    Les multinationales américaines gagnent beaucoup plus d’argent avec leurs ventes en Europe qu’avec les pays émergents. Pour les entreprises européennes, le marché chinois est assez modeste en ce qui concerne les exportations. Selon The Economist, seuls 8 % des revenus totaux des entreprises européennes proviennent, en effet, de ce pays. Pour leurs homologues américains, le chiffre serait de 4 %. 

    L’Inde est, en revanche, un marché de plus en plus important pour les entreprises occidentales. Leurs ventes y ont progressé entre 2017 et 2020 de 6 % par an. 

    La fragmentation du monde ne se traduit pas encore en chiffres par une réindustrialisation des pays occidentaux. La production manufacturière reste inférieure à ce qu’elle était avant la crise financière aux États-Unis et à peu près inchangée en Europe, grâce à l’Allemagne, le processus de désindustrialisation s’étant accéléré notamment pour la France. Les grandes entreprises réduisent le nombre de leurs implantations à l’étranger en privilégiant les États en forte croissance et politiquement stables. L’Inde, le Vietnam, le Mexique, le Canada, sont privilégiés pour l’implantation d’unités industrielles. 

    En Europe, la République tchèque et la Slovénie demeurent attractives. La France accueille peu de nouvelles usines mais attire des capitaux pour la création de sièges administratifs. Tesla a choisi Berlin pour l’installation de son usine de véhicules électriques mais ses dirigeants estiment que les contraintes réglementaires ont pesé sur la réalisation du projet, retardé de nombreux mois.

    Les multinationales se désengagent de la production pour se concentrer sur la recherche, sur l’immatériel 

    Face à la montée du protectionnisme, les multinationales sont contraintes d’opérer des transferts de technologie. Elles acceptent également de délocaliser leurs centres de recherche. Avec l’amélioration du niveau de formation dans les pays émergents, elles arrivent à recruter à des conditions intéressantes des chercheurs de haut niveau. Les dépenses des multinationales américaines en recherche et développement (R&D) dans les pays à bas coûts ont à peu près doublé entre 2010 et 2020. En novembre dernier, Boeing a annoncé qu’il construirait une installation de R&D de 200 millions de dollars dans la ville indienne de Bangalore. Walmart, Rolls-Royce, Alphabet, Amazon et Microsoft ont également ouvert des centres de R&D dans cette ville qui devient un haut lieu de la recherche. 

    Les multinationales se désengagent de plus en plus de la production pour se concentrer sur la recherche, sur l’immatériel. La fabrication est laissée à des sous-traitants interchangeables, l’objectif étant de ne pas être dépendant d’une entreprise et d’une zone géographique.

    L’internationalisation n’a pas dit son dernier mot.  

    Siemens se définit désormais comme une « entreprise technologique » axée sur les simulations numériques et l’analyse de données. Walmart emploie désormais 25 000 spécialistes du numérique soit autant que les effectifs combinés de Pinterest, Snap, Spotify et Zoom. Les entreprises gagnent de plus en plus d’argent sur les brevets et de moins en moins sur la production. 

    L’internationalisation n’a pas dit son dernier mot. La rentabilité des firmes multinationales dont le chiffre d’affaires dépasse 10 milliards de dollars est plus de quatre fois plus élevée que celle des entreprises réalisant moins d’un milliard de chiffre d’affaires. Leur rentabilité a augmenté de 6 points (12 à 18 %) entre 1990 à 2021 quand celle des entreprises de moins d’un milliard de dollars de chiffres d’affaires a été divisée par deux sur la même période (8 à 4 %). Les premières ont réalisé plus de 43 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger contre 32 % pour les secondes. Si le monde se fractionne, les grandes entreprises entendent maintenir leurs positions dominantes le plus longtemps possible.

  • Industrie verte : le nucléaire n’est « pas stratégique », selon Ursula von der Leyen

    Industrie verte : le nucléaire n’est « pas stratégique », selon Ursula von der Leyen

    Ursula von der Leyen a souligné jeudi soir (23 mars) les limites du soutien de l’UE à l’énergie nucléaire dans le cadre du règlement pour une industrie « zéro net » qui vise à soutenir la production domestique de technologies propres.

    « Le nucléaire peut jouer un rôle dans notre effort de décarbonation, c’est important », a déclaré Mme von der Leyen à l’issue de la première journée du sommet européen de Bruxelles ces 23 et 24 mars, au cours duquel les dirigeants ont discuté de la réponse de l’UE aux subventions vertes américaines.

    « Dans notre règlement pour une industrie “zéro net” [Net-Zero Industry Act], un large éventail de technologies propres — y compris le nucléaire de pointe — ont accès à des règles simplifiées et à des incitations », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse jeudi soir (23 mars).

    « Mais seules les technologies à zéro émission que nous jugeons stratégiques pour l’avenir — comme les panneaux solaires, les batteries et les électrolyseurs, par exemple — ont accès à l’ensemble des avantages et des bénéfices », a-t-elle ajouté.

    « Le nucléaire de pointe est donc présent dans certains domaines, mais pas dans tous. » Une situation qui a le don d’agacer Paris.

    Le Net-Zero Industry Act, présenté la semaine dernière, cite l’énergie nucléaire parmi les huit technologies censées apporter « une contribution significative à la décarbonation » en Europe. [Copyright: European Union]

    Nucléaire oui, mais pas « stratégique »

    Le Net-Zero Industry Act, présenté la semaine dernière, cite l’énergie nucléaire parmi les huit technologies censées apporter « une contribution significative à la décarbonation » en Europe.

    Encore que le texte ne prend en considération que les « technologies avancées pour produire de l’énergie à partir de procédés nucléaires avec un minimum de déchets issus du cycle du combustible » et de « petits réacteurs modulaires ».

    De plus, il ne figure pas dans une annexe distincte du règlement, qui définit des « technologies stratégiques à zéro émission » qui « bénéficieront d’un soutien particulier » et seront soumises à un « critère de production nationale de 40 % » afin de promouvoir l’industrie européenne.

    Pour ces industries « stratégiques », les besoins d’investissement totaux devraient s’élever à environ 92 milliards d’euros sur la période 2023-2030, avec des besoins de financement public de 16 à 18 milliards d’euros, a déclaré la Commission dans un document de travail publié en même temps que le règlement.

    Le nucléaire n’y est pas mentionné une seule fois.

    Ce n’est donc pas pour ravir la France à la tête d’une campagne visant à obtenir une plus grande reconnaissance du nucléaire dans le cadre des efforts déployés par l’Europe pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050.

    Le mois dernier, Paris a même lancé une alliance de 11 pays pour promouvoir le nucléaire comme source d’électricité à faible teneur en carbone et travailler sur des « projets industriels communs ».

    Mais l’octroi d’un financement européen à des projets nucléaires constituerait un pas de trop pour des États comme l’Allemagne, l’Autriche ou le Luxembourg, opposés à l’énergie atomique.

  • Deux ponts sur le fleuve Amour

    Deux ponts sur le fleuve Amour

    Un avenir radieux est promis à l’humanité : « Au cours de ces dix années, les valeurs communes de l’humanité – la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté – se sont enracinées plus profondément dans le cœur des gens. Un monde ouvert, inclusif, propre et beau, avec une paix durable, une sécurité universelle et une prospérité commune, est devenu l’aspiration commune d’un nombre croissant de pays. », Xi Jinping dixit. Voir quelqu’un plus optimiste qu’un Californien sur l’avenir du monde virtuel réchauffe le cœur. Celui des Russes en particulier : « Comme nos amis chinois, nous plaidons en faveur du strict respect de la Charte des Nations unies et des normes du droit international, y compris du droit humanitaire », répond Vladimir Poutine, qui vient d’accuser réception du mandat lancé contre lui par la Cour pénale internationale en menaçant les juges… d’une frappe. Cet humour à la Prigogine ! On le singerait s’il n’y avait des morts.

    « Je t’aime plus que jamais et jusqu’à la mort. »

    Les deux amis se sont rencontrés quarante fois ce dernières années. Les optimistes songent à ce qu’est l’amitié en politique : « Je t’aime plus que jamais et jusqu’à la mort. Dans ce moment je suis toi-même. » écrivait Robespierre à Danton. Un an plus tard, il le faisait décapiter. Xi n’a pas les mêmes effusions que l’Incorruptible. Le volume des échanges entre la Chine et la Russie a doublé.  Leur ambition est de le porter à 200 milliards. Ensemble ils construiront un nouveau gazoduc. Ils forment, pour la paix du monde, le pôle de convergence de tous ceux qui contestent ou jalousent les Etats-Unis et leurs alliés européens. 

    Voici qui est affiché. Première lecture simple, évidente. Dans les annales chinoises, ce qui important, c’est moins ce qui est dit que ce qui est tu. Or, ce qui fut tu, c’est l’aide militaire. Biden a confirmé que la Chine n’avait pas franchi la ligne rouge, celle de livrer des armes. Aucun acte, aucune promesse. Au contraire, la Turquie, qui aime les courants alternatifs du Bosphore, bloque enfin le transit des produits interdits en direction de la Russie. La Chine, au moment de mettre en scène son pacte anti occidental, a rétabli les vols avec Taïwan. L’ancien Président de Taïwan Ma Ying-jeou (rival et prédécesseur de l’actuelle présidente Tsai Ing-wen), se rendra en Chine pour la première visite d’un dirigeant taïwanais depuis 1949. La stratégie chinoise est toujours double.

    Devenir l’empire du milieu 

    Ce que fait la Chine, c’est devenir l’empire du milieu. Elle affirme une politique mondiale. Avec la Russie, mais sans fâcher vraiment l’Ukraine. Xi Ping devait accueillir Lula, vieille figure anti yankee de l’Amérique latine, qui a refusé de condamner la Russie, qui représente surtout 150 milliards d’échanges commerciaux, presqu’autant que la Russie. Il accueille Pedro Sanchez, qui sort d’un Conseil européen où il aura beaucoup été question de la Chine, et qui est chargé de rappeler la position européenne : soutenir l’Ukraine, affirmer sa souveraineté dans ses frontières internationales. Puis Emmanuel Macron emmènera Ursula von der Leyen  à Pékin pour montrer l’unité européenne. 

    L’Europe est le premier marché chinois, l’enjeu majeur de la politique chinoise, parce que les Etats-Unis, sans l’Europe, seraient réduits. La maîtrise de l’Europe est la maîtrise du monde. Il ne faut pas agresser l’Europe, mais l’encercler, la menacer doucement, la séduire, l’annihiler. Par l’est (la Russie), le sud (l’Afrique), la mer (les ports), le discours (la paix), l’intérêt (le commerce). Et la diviser : menacer la Lituanie, cajoler les Balkans (3 milliards), flatter la France et acheter allemand. Éviter, tout en affichant l’amitié sino-russe, que ne se forme un axe anti-chinois. Une logique de bloc nuirait à la Chine, encore trop faible pour la supporter. Elle doit se renforcer.

    Vladimir Poutine et Xi Jinping

    Des relations d’Etat à Etat, et non le simple jeu du libre commerce 

    En Mer de Chine, elle a affirmé avoir chassé un destroyer américain des îles Paracelse, un chapelet d’îles qu’elle revendique, qu’elle occupe militairement depuis 1974. C’est d’ailleurs la France, qui, les ayant intégré dans l’Indochine française, permet au Viêt-Nam de les réclamer. La Chine revendique aussi les Spratleys. Elle veut contrôler la mer de Chine, malgré ses voisins : Taïwan, Vietnam, Philippines, Malaisie, Brunei, Indonésie, qui voient progresser l’impérialisme chinois, à leur porte et chez eux. De quoi se ranger du côté des Américains. La moitié du commerce mondial, l’essentiel du commerce chinois, passe par la mer de Chine. 

    La force -construire la première marine du monde, installer des bases militaires- sécurise les voies maritimes. Mais aussi la diplomatie : dénoncer l’expansion de l’Otan en Asie. Fortifier les axes stratégiques à partir des liens commerciaux, mais par des relations d’Etat à Etat, et non par le simple jeu du libre commerce : c’est l’enjeu de l’amitié sino-russe pour les hydrocarbures à bas coût, mais aussi de la réconciliation irano-saoudienne parrainée par la Chine. L’union des polices politiques et religieuses, bénie par le pétrole, est un pied de nez aux « impérialistes ». 

    Mais toute action engendre réaction. C’est pourquoi la Chine a toutes les raisons d’être prudente, de n’avancer que pas à pas, garder plusieurs fers au feu. Ses actions en mer de Chine inquiètent. L’Inde s’affirme. Les Européens se hérissent.

    Un cessez-le-feu aujourd’hui garantirait une guerre longue, un conflit gelé en Europe.

    Sur l’Ukraine, la Chine a ainsi fait référence à la Charte des Nations Unies et a conduit la Russie à faire de même. Elle esquisse la possibilité d’un cessez-le-feu, qui, aujourd’hui favoriserait les Russes et garantirait une guerre longue, un conflit gelé en Europe. Elle parie sur la lassitude occidentale. 

    La seule réponse, c’est lui signifier que l’Europe veut terminer la guerre, vite, conformément «  à l’ordre international », et y mettre le prix. Que les pays qui confortent l’agression russe sont suspects d’être des adversaires, que cette logique vaut pour elle comme pour le Brésil ou les pays africains. Tel peut être le message de Macron, porte-parole de la première puissance militaire européenne, la France, premier pays occidental à avoir reconnu la Chine, malgré les États-Unis. 

    Rien n’est plus important que d’expliquer que nous ne défendons pas l’Ukraine à cause des États-Unis mais que c’est l’inverse : les Américains défendent l’Ukraine à cause de nous. Nous ne défendons pas l’Otan, l’Otan nous défend. L’agression russe n’est pas contre les États-Unis, mais contre l’Europe. La Chine, si elle soutient la Russie « en pensée, en parole, par action ou par omission », ne peut espérer avoir des relations amicales avec l’Europe. 

    Dans la superbe, les failles. 

    L’Europe, et la France, sont plus forts qu’ils ne le croient. Par leur cohérence, et par leur alliance avec les Etats-Unis. Le découplage qu’attend la Chine est d’autant plus improbable qu’elle met en scène son alliance avec la Russie et l’Iran. C’est une posture assez maladroite. 

    Chacun s’effraie de la montée en puissance de la Chine, mais elle n’a pas atteint le degré d’influence, de richesse, de puissance, ni de l’Europe, ni des États-Unis. L’avantage de la Chine, c’est qu’elle a une politique à long terme. Xi vient d’être réélu à l’unanimité par 2952 voix contre zéro pour un troisième mandat. Biden n’en fera pas autant. Le camp occidental, qu’il désigne comme adversaire, dont nous faisons partie, quelles que soient courbettes et circonvolutions, affiche aussi un modèle, qui vaut bien celui de la Chine pour les peuples du monde. La preuve par Xi : « les valeurs communes de l’humanité – la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté – se sont enracinées plus profondément dans le cœur des gens. ». Xi reprenant la phraséologie droit-de-l’hommiste de l’Occident décadent, cela valait bien la peine de vanter avec Poutine les deux ponts sur le fleuve Amour ! L’hommage des tyrans à la démocratie n’est pas de l’autodérision, plutôt une abdication mentale inconsciente, révélatrice de leurs profondes faiblesses. Dans la superbe, les failles.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 27.03.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 27.03.23

    Bonjour, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés qui ouvre la semaine des Français de l’étranger à Paris. Aujourd’hui, dans votre édition, on parle évidemment de l’ouverture de la session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger, de la faible participation au scrutin en ligne des élections législatives partielles et enfin on fera le point à la veille d’une nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites.

    La 38ème session de l’AFE

    Elle s’ouvre ce lundi 27 mars à Paris, réunissant les 90 conseillers consulaires autour d’Hélène Degryse, la présidente et élue consulaire aux Pays-Bas. Au programme : la désignation du représentant des élus locaux au conseil d’administration de l’AEFE, un projet de réforme fiscal sur la CSG/CRDS, mais aussi les sénatoriales. Les candidats vont courtiser les élus tout au long de la semaine. Nous ferons écho aux événements dans chacun de nos flashs. 

    Hélène Degryse et les 2 vice-présidents de l’AFE ©AFE

    5% de participation 

    C’est le taux maximum à 18h ce dimanche que le bureau de contrôle du vote en ligne a publié après plus de 48h d’ouverture de la plateforme. En France, lors des élections partielles, la participation est aussi faible mais pas à ce point, il est encore possible de voter en ligne pour les circonscription d’Amérique latine, du bassin est de la Méditerranée ainsi qu’au Maghreb et en Afrique de l’ouest jusqu’à mercredi midi (heure de Paris). Samedi en Amérique latine, et dimanche ailleurs, des bureaux de vote seront disponibles, direction le site de votre consulat pour connaître les adresses. 

    Emmanuel Macron se prépare pour la nouvelle journée contre la réforme des retraites 

    Libéré de la visite d’Etat de Charles III, le président de la République va réunir ce lundi la Première ministre et ceux concernés à l’Elysée pour préparer un plan de sortie de crise. Mais les syndicats comme l’opposition ont déjà prévenu, la mobilisation va continuer. Verdict demain ! 

    ©Sipa

    C’est tout pour ce lundi, prenez soin de vous où que vous soyez ! A demain.

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Amélia Lakrafi : une députée sur tous les terrains

    Amélia Lakrafi : une députée sur tous les terrains

    Dans ce podcast, nous recevons Amélia Lakrafi, la députée d’une des plus vastes circonscriptions des Français de l’étranger. Du Cap en Afrique du Sud à Dubaï, la discrète mais ô combien compétente parlementaire exerce son mandat avec passion et engagement.

    Ecoutez le podcast avec Amélia Lakrafi 

    Une francophone dans un espace anglophone

    On commence cette interview exclusive avec Amélia Lakrafi en jetant un regard sur sa circonscription géante qui comprend plus de 50 pays, dont la grande majorité ne sont pas francophones.
    Et alors qu’en Afrique francophone et ailleurs, on évoque souvent le recul de la France, Amélie Lakrafi se félicite de la dynamique de notre pays et des communautés françaises dans ces pays au fort potentiel économique, culturel et diplomatique.

    Mais dans cette vaste région, il y a aussi le futur premier pays francophone, la République Démocratique du Congo (RDC). L’occasion pour nous de revenir sur le voyage d’Emmanuel Macron au début de ce mois de mars. Acteur majeur, « mastodonte » de l’Afrique, Félix Tshisekedi, le chef de l’Etat de la RDC, n’avait pas réservé le meilleur accueil au Président de la République. Amélia Lakrafi, fine connaisseuse de sa circonscription, nous dévoile les dessous de ce rapport diplomatique et ses racines dans la politique locale dont les liens avec le Rwanda.

    La fin de la Françafrique ?

    Ce voyage fut précédé d’une déclaration du Chef de l’Etat français au Gabon martelant la fin de la Françafrique. Une position à laquelle Amélia Lakrafi adhère, tout en rejetant toute culpabilité, elle approuve d’ailleurs le projet de mémorial. Un avis franc et direct, sans langue de bois, qu’on vous laisse découvrir dans le podcast.

    « Nous ne sommes pas comptables des choix politiques faits avant nous ! (…) On ne va pas se flageller toute la vie parce que la France a été un grand colonisateur. »

    Amélia Lakrafi – Députée des Français de l’étranger
    4 août 2022 ©Amélia Lakrafi

    Le volontariat international

    Regardant vers l’avenir, la députée Amélia Lakrafi veut rapprocher les peuples à travers une intensification du Volontariat international. Elle a d’ailleurs présidé un colloque ce vendredi 24 mars à l’Assemblée nationale sur ce thème.

    On en profite pour découvrir ce dispositif, si peu connu, ce que la députée déplore, ouvert aux Français, aux citoyens de l’Union européenne et à certains pays francophones en Afrique. Disposant d’un budget annuel de 9 millions, il permet à des jeunes d’aller confronter leur mode de vie, leurs certitudes, à la réalité du terrain. Avec Amélia Lakrafi, on y apprend d’ailleurs que des citoyens de pays africains viennent dans ce cadre découvrir l’Europe et la France en particulier. L’occasion de faire tomber de chaque côté de la Méditerranée les stéréotypes et préjugés !

    « Un volontaire malien a été surpris de découvrir que des blancs dormaient aussi dans la rue »

    Amélia Lakrafi – Députée des Français de l’étranger

    Comme chaque citoyen de notre pays, les jeunes Français de l’étranger ont aussi accès à cette expérience et peuvent ainsi découvrir d’autres pays.

    Les communautés françaises de la circonscription

    Dans la deuxième partie du podcast, on zoome sur les communautés des Français de l’étranger dispersées sur le vaste territoire de la circonscription d’Amélia Lakrafi. Comme beaucoup, titillés par la curiosité qu’inspire Dubaï, nous avons voulu commencer en évoquant cet émirat : miroir aux alouettes ou véritable opportunité ?

    Dubaï : un émirat attractif

    Le nombre de Français dans l’émirat explose depuis une décennie avec une intensification ces 5 dernières années. Amélia Lakrafi vous révèle que les émirats attirent de nombreux citoyens pour des raisons pratiques : la météo, la position géographique, etc. Mais aussi et surtout sur ce territoire musulman, nos compatriotes d’origine maghrébine, souvent encore victimes de discriminations en France, accèdent à des emplois qualifiés qu’ils ne décrochent pas dans l’hexagone.

    La sécurité est aussi un avantage que met en avant Dubaï, ainsi que sa tolérance religieuse.

    « Là bas, personne ne ferme sa maison à clef (…). Les femmes voilées et celles en bikini se croisent à la plage et personne ne se regarde »

    Amélia Lakrafi – Députée des Français de l’étranger

    L’autre point qui explique ce boom, Amélia Lakrafi nous le relève, c’est la vivacité des services de communication de l’émirat. Pendant la pandémie, les autorités locales ont lancé une grande campagne de communication, profitant de la généralisation du télétravail enclenchée par les mesures liées à la Covid-19 dans les pays occidentaux.

    Mais cette qualité de vie a un coût, celui de la liberté ! La députée Amélia Lakrafi s’étonne que les Français opposés à la multiplication des caméras de surveillance, au fichage et autres mesures de contrôle des populations, acceptent le « flicage » intensif des autorités doubaïotes.

    Liban : « un pays en demande d’ingérence »

    Autre pays qui capte les projecteurs, le Liban. Malheureusement pour des raisons différentes, comme vous le savez, ce pays, un grand ami de la France, où les binationaux sont très nombreux, traverse une crise économique et financière sans aucune mesure.

    Pendant que les négociations politiques s’enlisent, le Liban s’enfonce un peu plus chaque jour dans une grave crise économique et sociale déclenchée en 2019, dont la sortie ne pourra qu’être lente et douloureuse. « L’activité économique semble s’être stabilisée en 2022, en raison d’une certaine reprise du tourisme, d’une poursuite du désendettement du secteur privé et des transferts de fonds toujours élevés de l’étranger », mais l’économie du pays reste malgré tout « profondément déprimée », analyse le FMI dans une déclaration publiée jeudi 23 mars 2023 au terme d’une mission de plusieurs jours dans le pays.

    Mais comme nous le rappelle la députée Amélia Lakrafi, la France se tient toujours aux côtés des Libanais. Les établissements français sur place ont reçu des enveloppes exceptionnelles pour maintenir l’accès à l’Education française et procéder aux travaux de sécurisation nécessaires (en octobre 2021, des tirs avaient atteint la cour du Lycée géré par La Mission Laïque à Beyrouth). Mais les établissements libanais aussi ont été soutenus avec le centre de crise du Quai d’Orsay, un consulat impliqué et des ONG.

    La mobilisation de ces acteurs est allée bien au-delà. Médicaments, nourritures, matériels, ont été envoyés. Mais les autorités françaises ont facilité le retour des binationaux et accordé de nombreux visas à leurs proches non-français.

    Cependant, pour ceux encore sur place, la situation est toujours difficile, la chute de la Livre libanaise ayant entraîné une chute du pouvoir d’achat sans aucune mesure. Pour autant, la solution n’est pas forcément dans un retour en France, notre pays étant aussi confronté à ses difficultés, sans famille ou projet dans l’hexagone la députée Amélia Lakrafi déconseille le retour en France.

    La retraite et les Français de l’étranger

    Enfin dans la dernière partie du podcast, on s’attarde sur les sujets d’actualité qui touchent tous les Français de l’étranger. Mais pas seulement, comme dans le cas du premier thème, la réforme des retraites, tous les Français sont concernés.

    Si on a peu parlé de la situation des expatriés, aux retraites complexes à calculer, dépendant de nombreuses dispositions légales et accords de la France avec le pays où a travaillé la ou le Français de l’étranger, c’est tout simplement pour Amélia Lakrafi que l’enjeu est de « sauver notre système par répartition » et non de résoudre des problèmes spécifiques.

    Naturellement, elle soutient la proposition du gouvernement et regrette que « les oppositions se soient cristallisées sur le passage à 64 ans. »

    « En 2030, on aura 20 millions de retraités. On ne peut pas passer de 10 millions à 20 millions de retraités sans rien faire quand le nombre d’actifs ne croit pas aussi vite. On n’a pas besoin d’avoir fait des études supérieurs pour reconnaître qu’il y a un problème. »

    Amélia Lakrafi – Députée des Français de l’étranger

    Dans cette interview, elle revient sur les dernières semaines mouvementées que vient de traverser l’Assemblée nationale.

    La débancarisation

    Deuxième thème qu’on aborde, c’est celui de la débancarisation des Français de l’étranger. Un thème transversal pour tous ceux qui vivent hors de France et dont Amélia Lakrafi s’est emparé, avec ses collègues de l’Assemblée nationale. Elle travaille ainsi avec le ministère de l’Economie, la fédération des banques françaises et avec la Banque de France, afin de trouver une solution pérenne pour faire appliquer le droit aux comptes.

    « Se retrouver sans banque c’est un stress ! « 

    Amélia Lakrafi – Députée des Français de l’étranger

    Au cours du premier mandat, la majorité présidentielle avait déjà renforcé ce droit aux comptes tout en simplifiant les démarches mais de nombreux écueils sont encore présents. Ainsi les fermetures de comptes ou les refus d’ouverture se multiplient toujours.

    Un sujet qui nous amène logiquement sur la problématique de la numérisation des états civils qui est toujours laborieuse et qui complique, un peu plus, les démarches auprès des banques mais pas seulement. Pourtant c’était un engagement d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle, mais comme le Pass culture et la résidence de repli, ces projets ne sont pour l’instant pas prioritaires.

    Amélia Lakrafi nous explique qu’elle tient, comme ses collègues, à ce que les promesses soient tenues. Un engagement que peu de politiques prennent ! On a donc pris rendez-vous avec elle pour faire un point sur ces dossiers dans quelques mois. A suivre !