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  • Voyager avec son animal de compagnie

    Voyager avec son animal de compagnie

    En ce début du mois d’avril, Air France a fait décoller ses tarifs pour les animaux de compagnie à bord, l’occasion pour nous de faire le point pour les Français de l’étranger sur les modalités pour voyager avec son animal de compagnie !

    Première barrière : les règles sanitaires

    Si vous voyagez ou vous vous expatriez avec votre animal de compagnie, la première chose que vous devez vérifier c’est la réglementation à l' »importation/exportation » d’animaux vivants !

    Dans l’Union européenne

    Les règles qui s’appliquent pour les mouvements de chiens, de chats et de furets (animaux de compagnie) entre les États membres de l’Union européenne ont été harmonisées.

    Les chiens, chats et furets doivent disposer d’un passeport européen. Ce passeport est harmonisé pour tous les pays membres de l’Union européenne. Il est délivré au moment de l’identification de l’animal ou au moment de la vaccination contre la rage. Attention, l’Irlande, la Suède ou la Finlande appliquent désormais la législation de l’Union Européenne mais un traitement contre les vers plats est cependant exigé et doit être réalisé entre 24 et 120 heures avant l’entrée sur leur territoire. Ce traitement doit être attesté par le vétérinaire. 

    Si vous venez d’un pays hors de l’Union européenne, les animaux doivent être accompagnés d’un certificat individuel dont le modèle a été fixé au niveau européen. Les exigences sanitaires diffèrent suivant le pays de provenance. Il est indispensable de vous adresser à un vétérinaire pour connaître les modalités en vigueur lors d’un déplacement en provenance d’un pays hors de l’Union européenne.

    Passeport européen pour animaux de compagnie émis en France ©Stockadobe

    Hors de l’Union européenne

    Si vous voyagez à destination d’un pays en dehors de l’espace européen, il faudra vous renseigner auprès des autorités locales. En effet, outre les dispositions prévues par la législation européenne en cas de réimportation éventuelle, les conditions fixées par le pays de destination doivent être remplies. S’il subsiste des imprécisions au sujet des conditions exactes, il faut s’informer auprès de l’ambassade ou du consulat du pays concerné.

    Quel mode de transport ?

    Selon l’éloignement, il vous sera possible d’accéder à différents modes de transport. Si vous devez prendre l’avion, attention, certaines races ne peuvent tout simplement pas voyager sur certaines destinations.

    Le train

    Si vous voyagez au sein de l’Union européenne, le plus simple c’est de privilégier le train. L’ensemble des compagnies (à l’exception de l’Eurostar) acceptent les animaux de compagnie.

    Les tarifs sont souvent abordables pour un chien de moins de 8 kg, entre 3€ et 15€. Une certaine tolérance est appliquée sur le poids de l’animal. Mais pour les « grands chiens », le prix peut vite déraper de 50€ à la moitié de la valeur du billet pour un adulte dans certains compagnies comme la SNCF et ses filiales (Thalys, etc.).

    Le bateau

    Si certaines compagnies ont compris que les chiens étaient des membres de la famille et qu’à ce titre ils ne devaient pas voyager comme de simple « bagages », la plupart du temps, votre chien voyagera dans un chenil climatisé ou pire, il sera invité à rester dans votre voiture dans la cale du navire. Dans de nombreuses compagnies, c’est désormais totalement interdit après quelques tragiques histoires… Si la compagnie sur laquelle vous voyagez vous le propose, c’est qu’a priori les cales sont ventilées et que votre chien ne risque pas de coup de chaleur.

    Pour les compagnies qui vous autorisent à prendre votre chien avec vous sur le navire, bien souvent, votre chien n’aura accès qu’aux extérieurs du navire, pour des raisons d’hygiène.

    Selon les compagnies, on vous demandera d’avoir une cage de transport pour votre chien. Il voyagera dedans, solidement arrimé dans le chenil prévu à cet effet.

    Renseignez-vous donc bien sur les conditions de voyage de votre chien pendant le voyage pour éviter les mauvaises surprises à l’embarquement. Et n’oubliez pas les règles sanitaires si vous partez pour un pays hors de l’Union européenne, si vous restez dans l’UE, le passeport est indispensable.

    L’avion

    Voyager avec votre animal en avion, en particulier, les chiens, relève souvent du parcours du combattant. Actuellement, on constate que les compagnies low cost refusent la présence d’un animal et les compagnies nationales demandent des prix “vraiment très élevés”. 

    A l’instar d’Air France qui vient d’augmenter sa grille tarifaire, en ce début avril 2023, pour les animaux de compagnie. Concrètement, la note va plus que doubler pour les passagers à 4 pattes de la compagnie tricolore. De 75 euros jusqu’à maintenant, le tarif passe à 200 euros pour un animal en soute. Il passe de 55 à 125 euros pour les petits gabarits de chiens et chats pouvant voyager en cabine. Une pétition  a été lancée après l’affichage, par la compagnie, de ces nouveaux tarifs.

    Ces tarifs sont ceux que vous retrouverez dans la plupart des compagnies aériennes internationales. En sus, dans la grande majorité des cas, votre animal voyagera en soute en cage. De fait, après de multiples accidents, les animaux au « nez aplati » sont désormais interdits de vol en soute, comme les bouledogues français ou anglais. Mais alors comment faire dans ces cas ?

    Votre animal, un soutien émotionnel

    Le chien de soutien émotionnel est un chien d’assistance spécifique aux personnes présentant des troubles psychiques. Les chiens de soutien émotionnel (emotional support animal en anglais) permettent de rassurer, tranquilliser les personnes victimes d’anxiété, de dépression, de troubles paniques, etc.

    Les chiens d’assistance, tout comme les chiens de soutien émotionnel, sont en règle générale acceptés par les compagnies aériennes et ce gratuitement. De par leur nécessité auprès des personnes en situation de handicap, leur présence à bord des avions est tolérée de manière totalement différente des autres chiens. Sachez tout de même que leur présence à bord d’une cabine ne déroge pas à certaines règles dictées par les compagnies aériennes (identification du chien, chien attaché, etc.) ou le pays de destination (vaccination, quarantaine, etc.).

    On constate que de nombreux certificats complaisants sont émis par les psychiatres ou médecins de ville pour permettre aux animaux frappés d’interdiction de vol en soute (on le rappelle c’est pour leur bien, ils peuvent en effet décéder pendant le vol du fait de la raréfaction de l’oxygène dans la soute) d’accompagner leur maître au bout du monde.

    Pensez à assurer votre animal

    Si vous pouvez être victime d’un pépin de santé lors de votre voyage, votre animal aussi. Il faut donc bien vérifier sa couverture, les tarifs des soins vétérinaires peuvent s’envoler rapidement.

    Heureusement, de nombreuses assurances voyage couvrent les frais médicaux et/ou le rapatriement de votre animal. Les compagnies d’assurance considèrent comme animaux de compagnie les chiens, les chats ou les chevaux. Les animaux non enregistrés tels que les cochons d’Inde, les poissons rouges, les lapins… ne sont, eux, pas couverts par votre assurance voyage.

  • Bercy floué par Uber ?

    Bercy floué par Uber ?

    Neuf mois après les révélations des « Uber Files », une Commission d’enquête parlementaire, mise sur pied pour faire la lumière sur les pratiques d’Uber, a auditionné le lanceur d’alerte à l’origine du scandale, Mark MacGann. Dans un entretien exclusif avec EURACTIV France, le partenaire européen de votre site, Lesfrancais.press, il revient sur les « Uber Files » et le refus sans ambages d’Uber de salarier les chauffeurs VTC.

    Mark MacGann est un ancien lobbyiste, notamment responsable des affaires publiques Europe d’Uber et en charge des affaires publiques du New York Stock Exchange. Il est l’ancien directeur général de DigitalEurope.

    Euractiv France : Il y a neuf mois, un consortium de journalistes révélait l’affaires des « Uber Files », dont vous êtes l’instigateur. Aujourd’hui, comment allez-vous ?

    Mark MacGann : Je vais bien, même si je ne m’attendais pas à être toujours autant sollicité pour parler d’Uber, si longtemps après les révélations.

    C’est une bonne chose : je remarque que de nombreuses institutions publiques en Europe et outre-Atlantique se saisissent de ce sujet.

    La création de commissions parlementaires en France et aux Pays-Bas sont la preuve d’une certaine prise de conscience.

    Euractiv France : Les « Uber Files » ont-ils eu des effets sur la manière dont fonctionne Uber aujourd’hui ?

    Mark MacGann : Non, je ne note aucun changement de substance, tant sur le fonctionnement d’Uber et le traitement qu’ils réservent à leurs chauffeurs que sur la mise en place d’une réglementation plus forte pour encadrer les pratiques des lobbies.

    « La volonté d’Uber de bloquer, ou de réduire à peau de chagrin, toute réforme protégeant les chauffeurs de VTC reste intacte », avance Mark MacGann, lanceur d’alerte des « Uber Files », dans un entretien avec EURACTIV France [Assemblée nationale]

    Euractiv France : Uber affirme pourtant qu’elle a changé, notamment depuis le départ de l’ancien PDG Travis Kalanick en 2017.

    Mark MacGann : Ce n’est pas vrai !

    Certes, Travis Kalanick est parti. Les « kill switch » [qui bloquaient l’accès aux serveurs de l’entreprise automatiquement, une pratique largement utilisée lors de perquisitions] n’existent plus, et le système de « Greyball » [qui empêchait tout responsable public soupçonné de travailler contre Uber de réserver un taxi] non plus.

    Mais la volonté d’Uber de bloquer, ou de réduire à peau de chagrin, toute réforme protégeant les chauffeurs de VTC reste intacte.

    Uber a par ailleurs longtemps fait de l’optimisation fiscale en passant par les Pays-Bas, au nez et à la barbe des autorités françaises. Ces pratiques ne sont pas près de changer.

    Euractiv France : Vous expliquiez lors de votre audition face à la Commission d’enquête avoir les preuves qu’Uber a tenté d’éviter le fisc français. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Mark MacGann : Les données que j’ai accumulées prouvent qu’Uber n’a pas été transparent avec le fisc.

    On expliquait aux autorités que les équipes françaises se bornaient à faire le marketing d’Uber, ce qui n’était pas vrai. Faire état de la réalité de nos activités en France aurait justifié qu’Uber soit sujette à l’impôt sur les sociétés.

    Uber a mené Bercy en bateau afin d’éviter toute imposition en France, en redirigeant ses profits vers les Pays-Bas.

    Euractiv France : Il n’y a donc aucun espoir qu’Uber change réellement ?

    Mark MacGann : Uber est la parfaite incarnation d’une multinationale : ils cassent les règles, enfreignent les lois, agissent de manière immorale… et rien ne se passe.

    En réalité, Uber est une arnaque, qui ne fait que remplacer le monopole des taxis par celui des VTC.

    Euractiv France : Pourtant, beaucoup reconnaissent à Uber d’avoir révolutionné le service des taxis.

    Mark MacGann : Le modèle économique de l’entreprise n’a rien de révolutionnaire.

    Uber utilise l’argent des investisseurs pour subventionner les courses, faire baisser les prix et attirer de nouveaux chauffeurs.

    Au fur et à mesure, l’entreprise augmente sa commission pour chaque course : 10 %, puis 15 %, puis 20 % et maintenant 25 %.

    Enfin, ils obligent les chauffeurs à payer la TVA sur 100 % du prix de la course, malgré la commission. Ajoutez à cela le prix de la location d’une voiture, l’essence, l’entretien ou encore l’assurance, il ne reste plus grand-chose pour les chauffeurs.

    C’est du capitalisme pur et débridé, qui ne crée ni emplois pérennes, ni recettes fiscales.

    Euractiv France : Pourquoi des personnes aussi éminentes qu’Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, étaient-elles prêtes à soutenir Uber ?

    Mark MacGann : Emmanuel Macron [alors ministre de l’Economie, entre 2014 et 2016] était très proche des milieux de la tech française. Pour lui, Uber était certes controversé mais « sexy », il y avait quelque chose à exploiter.

    En même temps, M. Macron se positionnait en porte à faux avec son propre gouvernement, qui faisait preuve d’immobilisme sur la question des taxis.

    Emmanuel Macron semblait être favorable à une ouverture générale de la concurrence pour les taxis, comme c’était déjà le cas pour les notaires ou les pharmaciens.

    Euractiv France : Dans les faits, les lois qui sont passées, notamment la « loi Grandguillaume » ont limité l’accès à la profession, notamment par l’obligation d’un long cycle de formation.

    Mark MacGann : Les 250 heures de formation nécessaires pour devenir chauffeur VTC, c’était du grand n’importe quoi.

    En même temps, les demandes d’Uber étaient tout aussi insensées. Nous ne voulions aucune obligation de formation, il suffisait simplement d’avoir un permis de conduire en règle et un casier judiciaire vierge.

    Euractiv France : Le Conseil européen examine en ce moment une directive « Travailleurs des plateformes », qui doit entériner la création d’une présomption légale de salariat. Voyez-vous cette directive d’un bon œil ?

    Mark MacGann : La directive permettra aux travailleurs de mieux pouvoir se défendre face à Uber, dont l’auto-entrepreneuriat est au cœur du business model.

    L’entreprise se bat activement contre la reclassification des travailleurs des plateformes en salariés devant les tribunaux et au niveau européen : il en va de sa survie économique et financière.

    Uber préfère largement quelques procès isolés, même s’il faut payer.

    En outre, les temps de la justice sont longs. Les tribunaux français font figure de mauvais élève en la matière, et peinent à défendre les intérêts des travailleurs.

    Euractiv France : La France s’active en coulisses contre toute directive qui créerait une présomption de salariat…

    Mark MacGann : C’est fou : sérieusement, la France, avec son Histoire de luttes sociales et de protection des travailleurs !

    Le sujet est plus vaste qu’Uber : il s’agit là de « l’ubérisation » de l’économie, qui marque un changement radical de paradigme.

    Fut un temps, l’économie des plateformes visait à mettre en relation des personnes pour des services divers, de manière informelle. Aujourd’hui, économie des plateformes rime avec précarité.

    J’implore le gouvernement français à faire preuve d’honnêteté intellectuelle et à revoir sa position pour se ranger du côté des travailleurs.

    Euractiv France : Des représentants des plateformes de VTC et des chauffeurs ont signé un accord pour un revenu minimal par course en janvier. Est-ce une avancée ?

    Mark MacGann : Un dialogue est pertinent à partir du moment où toutes les parties prenantes sont prêtes à faire des compromis, ce qui n’est pas le cas d’Uber.

    Les négociations ont eu lieu sous l’égide de l’ARPE [Autorité des relations sociales des plateformes d’emploi], présidé par Bruno Mettling, un ancien consultant pour Uber* ! Cela revient à être juge et partie, ce qui n’est pas tenable.

    Ces négociations ne font que mettre de la pommade sur une jambe de bois.

    [Propos recueillis par Théo Bourgery-Gonse le 23 mars 2023]

    *En réponse à ces accusations, révélées par l’Humanité en mai 2022, M. Mettling a précisé avoir fourni une expertise pour Uber, sans jamais être salarié de l’entreprise.

  • Le temps de la Chine est-il passé ? 

    Le temps de la Chine est-il passé ? 

    La Chine entend occuper la première place de tous les grands podiums économiques d’ici 2049 et ainsi supplanter les États-Unis. Si la Chine a connu une croissance sans précédent de 1990 à 2019 lui permettant de s’imposer comme une grande puissance commerciale, elle est confrontée depuis à une série de difficultés qui pourraient compromettre la réalisation de ses ambitions. 

    Le calcul de la croissance potentielle de la Chine, à partir des gains de productivité et de la croissance de la population active, conduit à conclure à un inévitable ralentissement de la croissance chinoise à long terme. À court terme, la Chine connaît une situation de sous-emploi, en particulier avec le chômage élevé des jeunes. Des mesures de stimulation de la croissance (baisse des taux d’intérêt, déficits publics, etc.) peuvent donc être efficaces. À long terme, si on exclut le recours à l’immigration, la seule solution pour conserver une croissance forte est de faire progresser plus vite la productivité du travail. En théorie, cela est possible avec le déficit de productivité de la Chine vis-à-vis des pays de l’OCDE, avec l’effort de modernisation de l’économie (robotisation, hausse des dépenses de Recherche Développement) et avec les progrès du niveau d’éducation moyen de la population. Mais le recul des gains de productivité en Chine depuis plusieurs années tient peut-être à la politique économique menée (les entreprises publiques ont été privilégiées au détriment des entreprises privées) ou au contrôle politique étroit de la société qui freine l’initiative individuelle.

    La croissance potentielle chinoise ne peut que s’éroder 

    La croissance qui était de 10 % l’an avant 2010 est désormais inférieure à 6 %. Elle devrait continuer à diminuer. En additionnant gains de productivité et évolution de la population active, la croissance potentielle ne peut, en effet, que s’éroder. La tendance des gains de productivité est maintenant de l’ordre de 2 % par an en 2022 contre plus de 5 % dans les années 2000/2010. Ce déclin de la productivité pourrait se poursuivre. 

    La population active de la Chine devrait reculer de plus de 1 % entre 2022 et 2030. Elle se contracte depuis 2014. En 2022, la Chine a perdu 850 000 habitants. Avec un taux de fécondité de 1,15, la contraction de la population devrait s’accentuer dans les prochaines années. S’élevant, en 2022, à 1,4 milliard de personnes, elle reviendrait à un milliard en 2070. Avec ces hypothèses, la croissance potentielle de la Chine serait de 1 % par an entre 2025 et 2030, contre 8,5 % par an entre 2002 et 2007, et 5 % par an entre 2010 et 2019. Une telle chute freinerait l’ascension de la Chine. Elle pourrait avoir comme conséquence un durcissement du régime en place. 

    Comment surmonter la panne de croissance ? Comme les pays de l’OCDE, la Chine est dans l’obligation d’améliorer sa croissance potentielle en jouant sur les leviers disponibles, à savoir l’augmentation du nombre d’actifs et l’amélioration de la productivité. 

    La difficile amélioration du taux d’emploi 

    Les pouvoirs publics chinois sont contraints de trouver des solutions pour accroître le taux d’emploi. Ils peuvent améliorer l’employabilité des jeunes et des seniors. Le taux de chômage des 15/25 ans atteint, en effet, 18 % en Chine contre moins de 5 % pour l’ensemble de la population. L’autre voie est de retarder l’âge légal de départ à la retraite qui est de 60 ans pour les hommes et de 55 ans pour les femmes. Cet âge est assez théorique car la faiblesse du montant des pensions contraint les Chinois à continuer de travailler au-delà de l’âge légal à défaut d’avoir constitué une épargne suffisante. 

    ©Stockadobe

    Pour le moment, le gouvernement chinois n’a pas prévu de reporter l’âge légal, tout comme il ne souhaite pas jouer sur le volet de l’immigration. Il a essayé, en revanche, de favoriser la natalité mais sans réels résultats. 

    La panne de productivité 

    La Chine a encore des marges de manœuvre importantes en matière de productivité du travail qui demeure nettement inférieure à celle de la zone euro ou des États-Unis. Le niveau de productivité par tête est de 20 000 dollars en 2022, contre 80 000 en zone euro et 135 000 aux États-Unis. Mais, depuis 2008, les gains de productivité diminuent continûment en Chine malgré un effort accru en matière de Recherche-Développement et de robotisation de l’industrie. 

    De 2002 à 2022, les dépenses de R&D en Chine sont passées de 1 à 2,4 % du PIB. Elles sont désormais au même niveau que celles de la zone euro et un point au-dessous de celles des États-Unis. En matière de robots manufacturiers par emploi, la Chine fait jeu égal avec les États-Unis (3 pour 100), soit plus qu’en zone euro (2,4 pour 100). La baisse de la productivité en Chine peut s’expliquer par une diminution de l’investissement. 

    Par ailleurs, ces dernières années, la croissance a été portée par l’immobilier qui dégage peu de gains de productivité tout comme les services domestiques qui ont été également favorisés. La reprise en main de l’économie par le parti communiste nuit par ailleurs à la croissance. Les entreprises publiques sont avantagées au niveau des financements au détriment de celles à capitaux privées. Le contrôle politique des individus réduit l’innovation et sa diffusion. 

    Le dopage de la croissance 

    À court terme, le gouvernement chinois peut accroître de manière artificielle la croissance en abaissant les taux d’intérêt et en augmentant les déficits publics. Ces derniers dépassent désormais 4 points de PIB, contre 2 points avant la crise sanitaire. 

    À long terme, sans recours à l’immigration et sans report de l’âge légal de la retraite, l’économie chinoise court le risque de s’étioler d’autant plus que la tentation du repli est à nouveau à l’œuvre au sein des sphères dirigeantes. La volonté de moins dépendre des Occidentaux pourrait se traduire par une moindre croissance du commerce extérieur qui a, ces quarante dernières années, assuré le développement rapide du pays.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.04.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.04.23

    Bonjour à tous, ce mardi 18 avril 2023 dans le flash quotidien des expatriés, on fait le point sur les ambitions du nouveau président de l’UFE, on s’inquiète alors qu’un retour à une inflation de 2% s’éloigne selon la Banque de France et on décrypte le message d’Emmanuel Macron qui s’est exprimé ce lundi soir sur les chaînes de télévision. 

    Alain-Pierre Mignon a de grandes ambitions pour l’UFE 

    Dans un podcast disponible sur votre radio et le site Lesfrancais.press, nous avons reçu Alain-Pierre Mignon, le nouveau président de l’Union des Français de l’étranger depuis le 25 mars dernier. Il nous y dévoile ses projets pour l’association, soit la création d’une application, le renforcement des activités dans les antennes locales, avec un nouvel axe : les moins de 40 ans. Son objectif : doubler le nombre d’adhérents en 2 ans ! 

    Alain-Pierre Mignon
    Alain-Pierre Mignon

    2% fin 2024 ou 2025 

    Lors d’une conférence en ligne, le gouverneur de la banque de France  a affirmé qu’à court terme, la BCE se concentrera sur la lutte contre l’inflation sous-jacente, qui est « beaucoup trop élevée« . Pour lui, nous le citons, « La politique monétaire doit agir et la politique monétaire est capable d’agir pour contrer la hausse de l’inflation sous-jacente« . Pour autant, il ne prévoit pas de retour aux 2% connus avant la pandémie avant la fin de cette année ou de celle qui suivra. A suivre.

    inflation
    François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France

    Emmanuel Macron tente de reprendre la main 

    Emmanuel Macron s’est adressé aux Français à 20 heures ce lundi pour tenter de relancer son second quinquennat ! Le chef de l’État a assuré qu’il entendait la « colère » des Français, estimant que « personne ne peut rester sourd à cette revendication de justice sociale et de rénovation de notre vie démocratique ». En réponse, il a ouvert 3 grands chantiers soit un nouveau pacte autour du travail, une planification écologique et un renforcement de la sécurité. Quel sera l’accueil des Français à ces propositions ? Réponse le 1er mai ! 

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau bulletin !

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Emmanuel Macron tente de relancer son second quinquennat avec trois grands chantiers

    Emmanuel Macron tente de relancer son second quinquennat avec trois grands chantiers

    Le président de la République a pris la parole ce lundi 17 avril 2023 à 20 heures lors d’une allocution télévisée. L’occasion pour lui de tenter de clore le chapitre de la réforme des retraites et de se projeter sur la suite de son second quinquennat avec trois grands chantiers !

    La réforme des retraites

    Evidemment, Emmanuel Macron a commencé par le dossier de la réforme des retraites. Lors de son allocution, le président de la République a confirmé qu’il ne mettrait pas entre parenthèses la réforme des retraites comme le demandaient syndicats et oppositions. Une fois ce point réglé, il a justifié la nécessité de porter l’âge légal de la retraite à 64 ans. Autre précision, le président qui dit « avoir logiquement promulgué » la lois sur les retraites ce vendredi, annonce qu’elle s’appliquera « progressivement à l’automne« .

    « Personne et surtout pas moi, ne peut rester sourd à cette revendication de justice sociale et de rénovation de notre vie démocratique. Personne, et moi en particulier »

    Emmanuel Macron ce 17 avril 2023 à 20h

    Pour autant, il a admis que la réforme n’était pas acceptée par la population, entraînant une colère des Français qui s’est exprimée dans les rues de France. Une colère qui pour le Président de la République mérite une réponse.

    Et celle-ci ne peut passer que par une union des citoyens et une quête d’indépendance économique comme diplomatique. La réforme des retraites fait partie d’un plan pour relancer notre nation mais il a promis de s’attaquer aussi au pouvoir d’achat.

    Diffusion sur BFM de l’allocution ce 17 avril 2023

    Un nouveau pacte sur le travail

    Dans la seconde partie de son allocution, le président a indiqué vouloir lancer un « nouveau pacte de la vie au travail« . Emmanuel Macron a « proposé de recevoir les organisations patronales et syndicales dès demain pour celles qui y sont prêtes« .

    « La réponse » face à la crise sociale « ne peut être ni dans l’immobilisme, ni dans l’extrémisme »,

    Emmanuel Macron ce 17 avril 2023 à 20h

    Par ce pacte, le Président de la République veut renouer le dialogue avec les syndicats. Ainsi « La porte sera toujours ouverte aux syndicats« , a avancé le président alors que les relations avec les centrales sont au point mort.

    Les enseignants comme les acteurs du secteur de la Santé seront parmi les premiers bénéficiaires de ce nouveau pacte !

    Une planification écologique

    Emmanuel Macron a aussi évoqué la mutation de notre économie pour intégrer les enjeux écologiques.

    « Grâce à la planification écologique qui sera dévoilée d’ici l’été, nous irons vers un nouveau modèle productif et écologique »

    Emmanuel Macron ce 17 avril 2023 à 20h

    Pour lui ces nouvelles industries et nouveaux services sont les pourvoyeurs d’emplois de demain. Il invite tous les Français à les intégrer et à se former pour répondre à ces défis.

    Plus de sécurité

    Alors que la première partie de l’allocution tendait la main à l’aile gauche de ses partisans, il n’a pas oublié ceux de droite en s’appuyant sur une valeur cardinale de cette frange de la population, soit la sécurité.

    Pour cela, le président a annoncé vouloir s’atteler au chantier de « la justice et de l’ordre républicain » avec la volonté de recruter « plus de 10.000 magistrats » et la création de « 200 nouvelles brigades de gendarmerie dans nos campagnes« .

    Autre point pour son électorat de droite, alors que le projet de loi immigration est pour l’instant suspendu, le président veut renforcer « le contrôle de l’immigration illégale » « tout en intégrant mieux ceux qui rejoignent notre pays« .

    Rendez-vous le 14 juillet

    Emmanuel Macron a conclu son allocution en donnant rendez-vous aux Français le 14 juillet pour un premier bilan sur ces 3 chantiers.

  • Alain-Pierre Mignon, le nouveau président de l’UFE – Interview exclusive

    Alain-Pierre Mignon, le nouveau président de l’UFE – Interview exclusive

    Résident depuis des décennies en Indonésie, Alain-Pierre Mignon est un chef d’entreprises aux multiples succès en plus de diriger, aussi, le bureau de représentation de la banque du Crédit industriel et commercial (CIC) sur place. Cette riche et active carrière ne l’a pas empêché de s’investir au quotidien pour ses compatriotes à l’étranger. Tout en étant élu des Français de l’étranger à Jakarta et président de l’UFE locale, Alain-Pierre Mignon était de 2015 à avril 2022 le Président de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE).

    Lors de la 89ème assemblée générale de l’Union des Français de l’étranger (UFE), le 25 mars dernier, les 28 administrateurs, représentant l’ensemble des associations constituant le réseau dans plus de 80 pays, ont élu Alain-Pierre Mignon comme président. Il succède à François Barry Delongchamps et devient le 11ème président de l’Union des Français de l’étranger.

    6 membres du Conseil d’administration de l’UFE dont Alain Pierre Mignon (le second à gauche de l’image) ©UFE

    Pour sa première interview, il a choisi votre site d’actualités Lesfrancais.press.

    Ecoutez le podcast avec Alain-Pierre Mignon

    La CFE, une présidence au service de tous

    On commence ce podcast en revenant sur ses 6 ans de présidence de la Caisse des Français de l’étranger. Nous l’avions d’ailleurs interviewé en juillet 2021 pour faire un pré-bilan.

    Alain-Pierre Mignon

    « C’est une chance pour nos compatriotes, ils ne le comprennent pas toujours »

    Alain-Pierre Mignon, ancien président de la CFE de 2015 à 2022

    A la tête de cette caisse unique au monde, entre sécurité sociale classique et assurance privée, il a amorcé la révolution digitale tout en lançant une série de nouvelles formules, des nouveaux produits mieux adaptés aux territoires ciblés, etc. Cependant, il regrette que son action soutenue par un bureau et conseil d’administration volontaires, comme il l’indique dans le podcast, n’ait pas réussi « à mieux dynamiser les services de la caisse« .

    Une candidature de conviction

    Alain-Pierre Mignon partage une longue histoire avec l’Union des Français de l’étranger, il avait accompagné Gérard Pélisson, dès son premier mandat en rejoignant le conseil d’administration puis en étant Vice-président de l’association qui chapeaute le réseau mondial des UFE.

    C’est donc tout naturellement, à l’annonce du départ de François Barry Delongchamps, qu’Alain-Pierre Mignon a déposé sa candidature. Au coeur de l’association depuis des années, sa connaissance des atouts mais aussi des chantiers à mener, sera un avantage décisif pour conduire l’Union des Français de l’étranger alors que de nombreux défis, nés de lévolution du profil des expatriés et des nouvelles règles dans leur pays d’accueil, seront à relever au cours des prochaines années.

    « Je me suis préparé depuis de nombreuses années, car connaissant les faiblessesses de notre organisation, j’ai eu le temps de penser à sa modernisation, son développement et à une offre nouvelle adaptée à l’expatriation d’aujourd’hui ! »

    Alain-Pierre Mignon, président de l’UFE depuis le 25 mars 2023

    L’UFE, une présence dans 80 pays et une nouvelle dynamique

    Avec 110 représentations dans 80 pays, 7 chargés de mission et 2 correspondants, l’Union des Français de l’étranger est la première association réunissant des expatriés sur les 5 continents.

    Après un ralentissement lié à la pandémie, la dynamique d’adhésion est aujourd’hui de retour. Ainsi, Alain-Pierre Mignon pense que l’objectif de retrouver 15 à 17 000 membres, est possible rapidement. Mais il veut aller bien plus loin en se donnant 2 ans de son mandat pour franchir la barre des 30 000 membres.

    Dîner de gala de l’Assemblée générale de l’UFE ©UFE

    Pour cela, le nouveau président veut intensifier la politique d’accompagnement des expatriés lors de leur arrivée dans leur pays d’expatriation ou lors de leur retour en France. Afin de régler les problématiques administratives dans leur pays d’accueil et en France, l’UFE s’appuie sur un réseau de notaires, d’avocats, mais pour les sujets sensibles, l’association peut aussi faire appel aux responsables politiques ou administratifs.

    Il souhaite également ouvrir de nouvelles représentations, proposer une nouvelle série d’activités sur place, sans oublier les jeunes… Comme il l’a fait à la CFE, il va améliorer la digitalisation de l’Union des Français de l’Etranger avec une application et un nouveau service d’information accessible partout et en permanence.

    L’héritage de Gérard Pélisson

    S’il veut insuffler un nouveau cap à l’UFE, il n’en oublie pas l’héritage de cette association créée en 1927 et réinventée par Gérard Pélisson au cours de ses 21 ans de présidence. Il lui rend d’ailleurs un vibrant hommage dans ce podcast.

    « Sa disparition a été un énorme choc pour l’UFE et tous ses membres, on a perdu un père, un ami, un mentor. Son nom restera associé pour toujours à l’Union des Français de l’étranger »

    Alain-Pierre Mignon, président de l’UFE depuis le 25 mars 2023

    Une association aux finances saines

    Dans ce podcast, on n’évite aucun sujet. On aborde donc aussi la question des finances, que certains voyaient en danger à la suite du décès de Gérard Pélisson.

    Une question à laquelle Alain-Pierre Mignon répond en rendant hommage à François Barry Delongchamps et à son équipe qui se sont attachés tout au long de leur mandat à équilibrer les finances malgré la crise du Covid-19. Sur la base de ce travail de longue haleine, Alain-Pierre Mignon réfléchit aux divers modes de financement possibles pour l’association et ainsi se donner les moyens de créer de ses ambitions.

    Avec Alain-Pierre Mignon, l’UFE souhaite mieux faire entendre la voix des expatriés afin de les défendre face aux préjugés et aux injustices dont ils font l’objet !

    Vous désirez rejoindre l’UFE de votre pays ? Cliquez sous le bouton ci-dessous – Adhésion dès 17 euros par personne.

    Les prix varient selon les pays, votre âge, si vous adhérez seul(e) ou en couple, etc.

  • Europe : inflation à 2% , d’ici fin 2024 ou 2025

    Europe : inflation à 2% , d’ici fin 2024 ou 2025

    Les taux ultra-bas, voire négatifs, appartiennent au passé. La Banque centrale européenne n’aura pas besoin de revenir à des taux d’intérêt ultra-bas car l’inflation s’installera dans un nouveau régime proche de son objectif à moyen terme de 2%, selon François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France et donc membre de droit du Conseil des gouverneurs de la BCE.

    Niveler les taux d’intérêt

    « Je pense personnellement qu’une fois que nous aurons combattu l’inflation et que nous serons revenus à 2%, nous serons dans un nouveau régime d’inflation, probablement plus proche de notre objectif. Alors nous aurons probablement à moyen terme un niveau de taux d’intérêt qui sera plus normal que dans le passé récent ».

    Le gouverneur de la Banque de France cité par Bloomberg

    Lors d’une conférence en ligne, le dirigeant a affirmé qu’à court terme, la BCE se concentrera sur la lutte contre l’inflation sous-jacente, qui est « beaucoup trop élevée« . « La politique monétaire doit agir et la politique monétaire est capable d’agir pour contrer la hausse de l’inflation sous-jacente« .

    « La BCE ramènera l’inflation vers 2% d’ici fin 2024 ou 2025. Ce n’est pas seulement notre prévision, c’est aussi notre engagement », a ajouté François Villeroy de Galhau.

    « Ce que nous voyons jusqu’à présent sur l’activité dans la zone euro, que ce soit en Allemagne, en France ou ailleurs, est une meilleure nouvelle que ce que nous craignions il y a quelques mois. Nous éviterons très probablement une récession cette année… Je ne pense pas que nous ayons à choisir entre lutter contre l’inflation ou éviter la récession ; nous éviterons une récession et nous lutterons contre l’inflation. Ce meilleur environnement économique facilite probablement notre tâche monétaire ».

    François Villeroy de Galhau – gouverneur de la Banque de France
    Le taux d’inflation annuel en hausse à 11,5 % dans l’Union européenne en 2022 (Eurostat) © Crédit photo : VISACTU

    L’interview de François Villeroy de Galhau – gouverneur de la Banque de France

  • Le président du Conseil européen s’explique sur ses voyages coûteux

    Le président du Conseil européen s’explique sur ses voyages coûteux

    Le président du Conseil européen, Charles Michel, a été critiqué pour ses voyages fréquents et coûteux. Face à cela, il s’est défendu auprès de nombreux médias belges.

    Charles Michel, qui était Premier ministre de Belgique avant de devenir président du Conseil européen, a vu son budget 2024 — qui est actuellement en cours d’adoption — augmenter de 27,5 % par rapport à 2023, rapportait le média Politico le mois dernier.

    Ses frais de voyage, ainsi que ceux de son personnel, auraient augmenté de plus d’un tiers par rapport à 2023, soit près de quatre fois les dépenses de ses prédécesseurs Donald Tusk (2014-2019) et Herman Van Rompuy (2010-2014).

    Ce dimanche (9 avril), le journal français Le Monde expliquait que cette augmentation serait en partie due au fait que M. Michel voyageait en jet privé.

    Certains, comme l’eurodéputée écologiste belge Saskia Bricmont (Verts/ALE), attirent également l’attention sur le coût climatique de ces voyages. Au vu des derniers rapports du GIEC, « il n’est pas normal de continuer à voyager en jet privé », estime-t-elle selon le quotidien Le Soir.

    Ce budget doit être discuté par le Parlement lors d’une session plénière en mai et devrait susciter des débats, notamment parmi les socialistes et les verts, expliquent plusieurs analystes.

    Le budget du président du Conseil européen a également été critiqué par neuf États membres, notamment l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, qui ont demandé au président des « clarifications » à ce sujet lors d’une réunion le 9 mars dernier.

    M. Michel et son porte-parole ont souligné que les voyages sont mis en œuvre et contrôlés par des fonctionnaires du Conseil, sur lesquels le président du Conseil n’a aucun pouvoir. Il y a également une « transparence totale » sur les règles régissant le budget et sur le budget lui-même, puisque les dépenses de M. Michel sont également disponibles en ligne.

    Le président du Conseil européen Charles Michel (à droite) sort du palais présidentiel après avoir rencontré le président de la Moldavie à Chisinau, en Moldavie, le 28 mars 2023. [EPA-EFE/DUMITRU DORU]

    Un contexte différent

    M. Michel et son porte-parole, Jurek Kuczkiewicz, ont souligné lors de divers entretiens accordés à la presse cette semaine que le contexte international avait changé de manière significative au cours des trois dernières années. En tant que président du Conseil européen, M. Michel doit se rendre dans des endroits éloignés, et ce dans des délais très courts, avec pour conséquence une augmentation des coûts.

    L’augmentation du nombre de voyages serait donc liée au contexte international « instable » dans le cadre duquel « il est important que l’UE tienne son rôle international », a expliqué M. Kuczkiewicz au média Le Vif. « Comme lorsque Charles Michel a été le premier à faire dire au président chinois Xi Jinping qu’il ne livrerait pas d’armes à la Russie. Était-ce un déplacement inutile  ? Je ne pense pas », a-t-il ajouté. Outre, l’augmentation du nombre de voyages, l’inflation (15 à 20 %) peut également expliquer l’augmentation du budget, poursuit le porte-parole.

    M. Kuczkiewicz indique également que dans l’agenda stratégique, décidé par le précédent Conseil européen, l’une des principales tâches du président de l’institution est de « renforcer le rôle de l’UE sur la scène internationale », et selon lui, c’est ce que Charles Michel a fait jusqu’à présent. Pour l’ex-Premier ministre belge, ces voyages étaient nécessaires aux intérêts de l’UE.

    Lors d’une interview accordée à la chaîne de télévision RTL, Charles Michel a fait référence à la mission qui lui a été confiée dans le traité de Lisbonne.

    Dans celui-ci, on retrouve une définition quelque peu évasive du rôle de représentation du président de l’institution, qui « assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l’Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité ».

    Ainsi, M. Michel doit assurer, conjointement avec le Haut représentant Josep Borrell, mais également la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, la fonction de représentation de l’UE. Et parfois, les trois dirigeants semblent marcher sur leurs plates-bandes.

    Et justement, M. Michel exerce son rôle de représentation « depuis le début de son mandat », affirme son porte-parole, et cela ferait « grincer des dents » et « dérangerait » certains diplomates de voir le Conseil européen « jouer sa propre partition à l’international »« Cette vague injustifiée de critiques à l’encontre de Charles Michel est peut-être aussi liée à cela. »

    Une tentative de déstabilisation

    M. Michel voit ces critiques comme « une tentative de déstabilisation ou d’intimidation » à son égard, d’une part, et à l’égard du Conseil, d’autre part, a-t-il expliqué à plusieurs médias, ajoutant qu’il préférait qu’on lui reproche d’en faire « trop » plutôt que « pas assez ».

    Selon le responsable politique, ces attaques « largement injustifiées et infondées » à son encontre pourraient potentiellement provenir de candidats qui « commenceraient à se positionner » et souhaiteraient donc « mettre de l’ombre » sur lui.

    Sur le plateau de RTL, Charles Michel a également indiqué qu’en raison de la guerre en Ukraine notamment, les voyages de la Commission européenne et du Haut représentant de l’Union avaient eux aussi augmenté. Il a déclaré souhaiter que l’UE ne se contente pas de « subir » les événements, mais qu’elle défende ses intérêts.

  • Méditerranée, la mer minée

    Méditerranée, la mer minée

    Avec le mauvais temps, les mines placées devant le port d’Odessa en Ukraine, ont dérivé. Turcs, Bulgares et Roumains ont fait un travail remarquable « pour détecter les mines à la dérive et les neutraliser ». Certes, elles n’auraient pu franchir le Bosphore. Même les navires militaires russes ne le peuvent plus. Une partie de la flotte russe reste bloquée en Méditerranée, une autre s’en est allée vers l’Atlantique. La Méditerranée serait-elle un lac de paix ? Ou est-ce le calme avant la tempête ? 

    La VIème flotte américaine s’était peu à peu retirée, gardant ses bases : Rota, Moron, Naples, Aviano, Souda ou Izmir. La Russie s’était réinstallée en Syrie, à Tartous, mais aussi en Algérie et en Libye. La Chine achetait le port du Pirée, en Grèce. La Turquie, considérant qu’elle pouvait agir avec impunité, parce qu’elle abritait les missiles américains à Incirlik, parce qu’elle menaçait l’Union Européenne d’une vague migratoire, rêvait de redevenir le pivot du monde musulman. Active en Syrie, en Libye, menaçante face à la Grèce et Chypre, entre Russie, Iran, Azerbaïdjan, États-Unis et Union Européenne, elle jouait de ses relais islamistes avec les Frères musulmans.

    Qui paie commande, dit-on : l’Europe paie et subit. 

    Comme 65% de l’apprivoisement énergétique de l’Union européenne et 30% du commerce mondial passent par la Méditerranée, tout chantage effraie, toute crise, en Crimée, au Moyen-Orient, en Afrique, s’y déverse.

    Curieusement, l’Europe, dont la Méditerranée est la façade la plus trouble, comme en témoignent les drames des migrants ou les routes de la drogue, n’a pas de politique définie. Premier donateur des pays du sud, elle est aussi l’ensemble politique qui y a le moins d’influence, que ce soit en Algérie, en Libye, au Liban ou en Syrie. Qui paie commande, dit-on : l’Europe paie et subit.

    Près de 2000 personnes ont été secourues en mer sur le mois de juillet 2022 en Méditerranée centrale, rapporte l’ONG SOS Méditerranée. 

    Le Med 7 (France, Espagne, Italie, Portugal, Grèce, Chypre et Malte) essaie de renforcer sa coopération. Mais on reste loin, très loin, d’une vision stratégique commune. En témoignent les divergences entre la France et l’Italie, sur l’énergie, les migrations, la Libye ou l’Algérie. Les signatures du traité du Quirinal avec l’Italie (2021), de Barcelone avec l’Espagne (2023), restent plus symboliques qu’opérationnelles.

    L’Europe est passée près de la catastrophe stratégique.

    Avec l’invasion de l’Ukraine, la militarisation de la mer s’est accrue. Les Russes avec une victoire rapide, avaient mis leurs pions en place : Algérie, Libye, Syrie, Liban, Turquie. Une victoire éclair leur aurait donné les clés de la Méditerranée et de l’Afrique. L’Europe est passée près de la catastrophe stratégique, en Ukraine, mais aussi en Méditerranée. Si elle a déjà pu vivre avec une Ukraine russe, elle n’a plus vécu avec une Méditerranée hostile depuis Lépante. C’est dire ce qu’eut été l’ampleur d’une telle défaite. 

    Les navires russes s’essaient encore aux provocations. En janvier, la frégate « Amiral Gorshkov » a été repérée au large des côtes espagnoles. En février le chef d’état-major de la marine italienne, Enrico Credendino, prévenait que la marine russe adoptait une « attitude agressive » entraînant un risque d’incidents.

    Des bateaux de guerre russes à Baltiysk le 19 juillet 2022 ©afp.com/Vasily Maximov

    En réalité, avec leurs déconvenues en Ukraine, le dispositif russe s’est étiolé ; il n’y a plus aujourd’hui qu’une quinzaine de bâtiments en Méditerranée, deux fois moins qu’au début de la guerre. Les États-Unis, au contraire, ont redéployé un groupe aéronaval permanent. Là comme en Baltique ou en Roumanie, le dispositif de l’Otan s’est renforcé. La France organisera bientôt en Méditerranée un exercice qui mobilisera 12.000 militaires.

    Avec l’échec russe, la Turquie joue un peu moins double jeu. Elle met fin petit à petit aux trafics des produits sous sanctions qu’elle réexportait. Sa débâcle économique y est pour beaucoup. Mais l’élection présidentielle à venir pourrait inciter Erdogan à tenter un conflit pour provoquer une réaction nationaliste en sa faveur. Comment imaginer Erdogan lâcher le pouvoir, lui qui se prend pour un sultan, pire, pour un génie ?

    La route du gaz russe étant coupée, celles de Méditerranée deviennent plus stratégiques.

    L’enjeu gazier en Méditerranée orientale gonfle, au fur et à mesure de la taille des gisements. La route du gaz russe étant coupée, celles de Méditerranée deviennent plus stratégiques encore, qu’elles viennent de Bakou, du Qatar, de Chypre, de Libye ou d’Algérie. Un sabotage du type de celui de Nordstream 2 est dans la tête des états-majors.  

     © Infographie OUEST-FRANCE

    Un sabotage des câbles sous-marins aussi. De Marseille, 7ème « hub » mondial en matière de communications par câble, ils vont jusqu’en Asie. A la maîtrise de la mer s’ajoute le besoin de surveillance des fonds marins, ce qui suppose des investissements nouveaux. La prochaine loi de programmation militaire française, en pleine élaboration, en tient compte. Sébastien Lecornu, le ministre des Armées, parie sur les nouvelles technologies : drones sous-marins, investissement dans le renseignement, humain ou spatial, dans le cyber, le calcul quantique, la surveillance des détroits…

    La militarisation de la Méditerranée gagne tous les pays, à commencer par les plus pauvres.

    La militarisation de la Méditerranée gagne tous les pays, à commencer par les plus pauvres. Le Maroc augmente le tonnage de sa marine de guerre de 50%. L’Algérie, de 120%. L’Egypte de 170%. La puissance militaire est une méthode de chantage efficace. Et chaque transaction donne lieu à des commissions qui réconfortent les militaires, bien utiles dans des régimes qui reposent sur la loyauté des officiers supérieurs.

    La situation intérieure des pays du sud s’aggrave. Kais Saied concentre les pouvoirs en Tunisie, le pays est au bord de la banqueroute, manifestations et arrestations se multiplient. Giorgia Meloni appelle le FMI à donner sans contrepartie pour éviter une émigration massive des Tunisiens. Donner à fonds perdus, conforter les pouvoirs en place, comme en Turquie, pis-aller ou aveu d’impuissance ? 

    Algérie, Maroc, Français, Russes et Américains

    Le Président algérien Tebboune continue sa répression du « Hirak », le mouvement qui menace de mettre fin au régime. Tout en accusant régulièrement la France, il affiche un semblant de réconciliation avec elle. C’est le résultat de l’échec russe. La Russie est le premier fournisseur d’armes de l’Algérie, son allié stratégique. Le budget militaire algérien est un des plus élevés du monde (6% du PIB, la France moins de 2%). Il a doublé en 2023, 20 milliards ! Juteuses commissions. Mais l’alliance russe, le matériel russe, sont dévalués. D’où ce ballet avec la France. Son but est de provoquer une brèche entre le Maroc et la France, ce qui est en train de se passer. 

    Jamais les relations entre la France et le Maroc n’ont été aussi froides. Le Maroc a rejoint les Accords d’Abraham entre Israël, le Bahreïn et les Emirats Arabes Unis. Les États-Unis ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, comme l’ont fait d’autres pays européens (Espagne, Allemagne, Pays-Bas), alors que la position française se veut « équidistante » entre l’Algérie et le Maroc. Tout rapprochement avec l’Algérie, qui a rompu les relations diplomatiques avec le royaume chérifien, éloigne la France du Maroc. Est-ce vraiment une bonne stratégie ?

    Chamboule-tout au Moyen-Orient, entre Accords d’Abraham et réconciliation irano-saoudienne.  

    Du détroit de Gibraltar jusqu’à celui des Dardanelles, tous s’arment et se raidissent. Tandis que la Syrie revient en grâce avec la reprise des relations diplomatiques entre l’Iran et l’Arabie saoudite, sous parrainage chinois. Le chamboule-tout au Moyen-Orient, entre Accords d’Abraham et réconciliation irano-saoudienne ne sera pas sans conséquences en Méditerranée. On le voit au Maroc, on le voit au Liban.

    L’Iran, confortée par l’alliance chinoise et russe, est au seuil de l’acquisition de la bombe nucléaire. Elle a un pied en Méditerranée avec le port de Beyrouth que contrôle le Hezbollah. En proie à la « Révolution des femmes », le régime joue sa survie. N’importe quel dirigeant menacé peut être tenté de trouver dans une aventure extérieure une légitimité nouvelle.

    « Dark diplomatie » : les réseaux criminels agissent avec la connivence des Etats.

    Aux menaces qui pèsent sur l’interruption des circuits commerciaux, comme on l’a vu avec les céréales, s’ajoute, à l’inverse, l’amplification des réseaux de contrebande : les trafics humains de l’immigration, des produits sous embargo, armes ou composants électroniques, les trafics de drogue. Autant de menaces permanentes : une « dark diplomatie » menée par les Etats. Chantages aux flux migratoires (Turquie, mais aussi Maghreb et Libye), circuits de la drogue (la Syrie est un narco-état), les réseaux criminels agissent avec la connivence des Etats et se mêlent aux réseaux terroristes. 

    Saisie en mer de drogues par la Marine nationale ©SIRPA Marine

    Ce qui, heureusement, permet aussi des coopérations. Bien des Etats se sentent menacés par ces réseaux criminels et terroristes (comme l’Algérie ou l’Egypte). D’autres profitent des flux financiers qui les accompagnent.

    Hélas, l’Europe, enjeu de la plupart des chantages et des menaces, n’a, de fait, aucune véritable politique méditerranéenne. Si France, Italie, Espagne, Grèce se coordonnent et improvisent, l’aveuglement européen – celui des pays du nord et de l’est – est coupable.  C’est ce vide européen qui attire autant les appétits.

    C’est à la France de définir et partager une stratégie pour la Méditerranée.  

    Face à la Russie, les Américains, heureusement, sont là. Sans eux, l’Ukraine serait vassalisée. En Méditerranée, les Etats-Unis n’ont pas le même regard que les Européens. Ils ont moins d’intérêt pour Gibraltar que pour Ormuz. Sans parler de la mer de Chine. 

    C’est à la France de définir et partager une stratégie pour la Méditerranée. Inutile de parler d’ « autonomie stratégique européenne » si l’on navigue au gré du vent des intérêts du moment, comme le font en désordre les pays européens. Si l’Union européenne existait en Méditerranée, alors chacun, au nord et au sud, pourrait vivre au bord d’une « mare nostrum » commune, un lac de paix. Aujourd’hui, la mer est minée. 

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press