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  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 02.05.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 02.05.23

    Bonjour à tous, j’espère que votre week-end du premier mai c’est bien passé. En France, il fut souvent pluvieux et surtout marqué par la mobilisation contre la réforme des retraites ce lundi, en Europe, les Français de l’étranger ont aussi fait entendre leur voix. On reviendra aussi dans votre flash quotidien des expatriés sur l’évacuation du Soudan qui a soulevé des questions. Enfin, on s’attardera sur les élections en Polynésie, région cruciale pour la France. 

    Mobilisation importante ce premier mai 

    Malgré la pluie, malgré le pont traditionnel, les Français étaient dans les rues, 2,5 millions pour les syndicats, 700 000 selon d’autres décomptes. Des violences liées aux Blackblocs ont émaillés certains des 300 cortèges de la journée, en particulier à Paris, Lyon et Toulouse. Les Français de l’étranger étaient aussi mobilisés, en tout cas en Europe, à Madrid, ils ont apporté une touche française au défile des forces syndicales locales avec un concert de casseroles, à Barcelone et à Londres, après s’être donné rendez-vous devant le consulat, ils ont rejoint les défilés prévus dans ces villes. La gauche et les syndicats étaient, conjointement, à l’origine de ces opérations. Tous les détails sur le site Lesfrancais.press ou celui de votre radio. 

    Français mobilisés à Londres ce 01 mai ©Alexander Seal

    « Presque tout est à revoir » 

    C’est la déclaration choc du Président de la Commission pour la sécurité et services sanitaires de l’Assemblée des Français. Interrogé dans un podcast à retrouver sur toutes les plateformes de streaming, via le site Lesfrancais.press, Avraham Benhaim revient sur les problèmes que nos compatriotes lui ont remontés lors de l’opération d’évacuation du Soudan. Bi-nationaux contraints de sortir des avions, îlotiers, en charge de regrouper les Français par ville ou quartier en vacances, abandon des animaux domestiques, et familles abandonnées dans la rue à leur retour en France, sont quelques-uns des périples que les Français du Soudan ont vécus. Avraham Benhaim propose de nombreuses pistes pour une meilleur efficacité. 

    Avraham Benhaim

    Les indépendantistes au pouvoir en Polynésie 

    La France détient le second domaine maritime en France ainsi qu’une des plus grandes réserves de métaux rares, et bien d’autres atouts, qu’elle doit à la Polynésie. Après un référendum actant l’adhésion de la population à la République, retournement de situation dans les îles du pacifique où les indépendantistes ont obtenu 44% des voix face à deux listes autonomistes. Pour autant de l’aveu même des leaders de ces mouvements, il n’y aura pas de nouveau référendum avant au moins 15 ans. 

    ©Polynésie première – FranceTV

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain mercredi pour un nouveau bulletin des Français de l’étranger !

    Ecouter le bulletin des Français de l’étranger 

  • 1er Mai 2023 : Violences à Paris et Casseroles à Madrid

    1er Mai 2023 : Violences à Paris et Casseroles à Madrid

    Ce 1er mai 2023, l’intersyndicale, toujours unie, misait sur « un raz-de-marée » dans la rue ce lundi pour réclamer « l’abrogation » de la réforme des retraites. Et si les chiffres ne sont pas historiques, les Français ont répondu présents que ce soit en France où plus de 300 rassemblements étaient organisés mais aussi à Londres, Madrid, Munich, etc.

    Français mobilisés à Londres contre la réforme des retraites ce 1er mai 2023 ©Alexander Seale

    2,5 millions de personnes dans les rues en France

    Selon la CGT, 2 500 000 manifestants ont déjà défilé dans les rues, par contre selon le décompte réalisé par Fig Data à partir des chiffres préfectoraux, on atteindrait les 700 000 personnes mobilisées. Dans tous les cas, c’est un chiffre important pour un premier mai.

    « Ne vous laissez pas domestiquer, quoi qu’il en coûte. Si vous êtes des insoumis, des insoumises, soyez-le jusqu’au bout »

    Jean-Luc Mélenchon, place de la République, entouré de plusieurs députés de La France insoumise

    Pour faire face à cette mobilisation, 12.000 policiers et gendarmes, dont 5000 dans la capitale, ont été déployés afin d’assurer la sécurité. 4 unités de forces mobiles ont elles occupé le terrain à Rennes et à Nantes, a aussi annoncé le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

    Carte de la mobilisation en France ©AFP/Le Figaro

    Violences à Paris, Lyon, Marseille, etc.

    Selon une source policière à CNEWS, 500 individus radicaux ont été repérés dans le 11e arrondissement de Paris. 100 autres personnes à risque ont été vues derrière une banderole Black Lines aux alentours du Boulevard Voltaire. Ainsi, les forces de l’ordre ont procédé à 2.740 contrôles en amont de la manifestation, notamment pour rechercher des armes ou des objets qui pourraient être utilisés comme armes sur les forces de l’ordre. Un policier a été blessé après avoir été visé par un cocktail Molotov en marge de la manifestation syndicale à Paris. Son équipement a pris feu.

    On a noté aussi la présence de représentants des sections dédiées aux Français de l’étranger des syndicats, UNSA, FSU, etc. En première ligne, en tête de cortège, ils ont dû reculer, selon notre source présente dans le cortège, suite aux heurts avec les policiers.

    Queue de Cortège à Paris ce 1er mai 2023 ©AFP

    A Lyon, la manifestation fut aussi le théâtre de violences et affrontements avec les forces de l’ordre. Un pré-cortège composé de 2.000 personnes s’est formé à l’avant du cortège syndical, dont 1.000 black blocs, indique la préfecture du Rhône. Des véhicules et des commerces ont été dégradés, deux magasins ont été pillés.

    A Marseille, selon les informations de BFMTV, les syndicats ont dénombré pas moins de 130 000 manifestants ce lundi 1er mai. La police, de son côté, avance le nombre de 11 000 personnes.

    Tandis qu’à Toulouse, la situation fut particulièrement tendue avec une foule très dense et de nombreux black blocs. En milieu de journée, un ordre de dispersion a été donné par les autorités. Cinq agences bancaires et une dizaine d’abribus ont subi des dégradations sur le parcours de la manifestation.

    Les villes moyennes aussi

    A Tarbes, la traditionnelle manifestation du 1er mai avec la réforme des retraites en toile de fond a mobilisé ce lundi matin. Le cortège, qui s’est formé à la bourse du travail, a défilé dans le calme dans le centre-ville de Tarbes. L’intersyndicale a dénombré 8 000 participants à la manifestation. Selon la police, les manifestants étaient 5 000.

    A Albi, le cortège du 1er mai s’est élancé vers 11h de la place du Vigan au son des chants et des casseroles. Les syndicats estiment l’affluence à 5 000 personnes.

    Des heurts ont éclaté à Nantes devant la préfecture de Loire-Atlantique. La police nationale a affirmé qu’un « groupe violent commet des dégradations sur la préfecture » et a appelé les manifestants à « ne pas rester dans ce secteur ».

    A Nice, selon les syndicats, 20.000 personnes participaient à cette mobilisation, 2.000 d’après la police. Partis de la place de l’Ile de Beauté à 10h, certains manifestants ont fait un arrêt devant un yacht de 80 m de long. C’est à ce moment-là qu’ils l’ont aspergé de peinture rouge et noir. Des fruits ont également été jetés sur la coque du navire d’une valeur de 125 millions de dollars. Propriété du Saoudien Fahad al Athel, le « Element » est amarré au quai Infernet au port de Nice.

    Des manifestants anticapitalistes ont jeté des fruits et de la peinture sur ce yacht amarré au port de Nice. ©/Nice Matin – Laure Bruyas

    Transports aériens perturbés en France

    Dans le même temps, le trafic aérien fut très perturbé aujourd’hui : un quart des vols a été annulé à Roissy-Charles-de-Gaulle et un tiers à Orly. Même chose dans de nombreux aéroports régionaux (Marseille, Lyon, Bordeaux, Nantes et Toulouse), tandis que 25% des mouvements ont été supprimés à Nice et à Beauvais, selon la Direction générale de l’aviation civile (DGAC). En revanche, aucune perturbation n’était à signaler sur les rails, à la SNCF. Bison Futé avait de surcroît classé la journée orange en Île-de-France dans le sens des retours et verte sur le reste du territoire.

    Mobilisation des Français de l’étranger en Europe

    Comme chaque année le 1er mai les Français célèbrent la Fête du Travail mais ce ne sont pas les seuls. Ainsi certains Français de l’étranger ont organisé des actions liées à l’opposition à la réforme des retraites ou en rejoignant les cortèges des syndicats nationaux.

    A Londres

    Les événements de cette année ont enregistré une participation plus importante que les années précédentes, car les restrictions de Covid-19 ont été considérablement assouplies et l’opposition s’est centrée sur la manière dont les plans économiques des gouvernements affecteront les travailleurs.

    Voulant joindre leur voix à celles des manifestants en France appelé à protester contre la récente décision du président Emmanuel Macron de relever l’âge de la retraite de 62 à 64 ans, les organisateurs à Londres ont voulu marquer le coup. Eux aussi considèrent la réforme des retraites comme une menace pour les droits des travailleurs et le filet de sécurité sociale en France.

    Charlotte Minvielle, Co-Secrétaire de EELV nous a expliqué sa présence.

    Le projet de loi sur les retraites a déclenché les plus grandes manifestations de France depuis des années, et les rassemblements du 1er mai devraient être parmi les plus importants à ce jour.

    Adèle, une touriste de passage à Londres, nous a dit aussi pourquoi elle était venue se joindre aux Français de Londres.  

    La manifestation s’est finie dans le calme à Trafalgar Square au centre de Londres.

    En Espagne, les Français ont battu le pavé à la mode espagnole

    Depuis le 19 janvier, un collectif citoyen interprofessionnel, intersyndical et intergénérationnel s’est formé et mobilisé pour manifester en Espagne son opposition à la réforme des retraites injuste pour toutes et tous notamment pour celles et ceux qui ont des carrières fractionnées à l’étranger.

    Plusieurs actions ont été proposées à commencer par des grèves dans les Lycées français, au consulat et à l’Institut français, mais aussi des rassemblements devant le consulat et devant l’Ambassade, la création d’une caisse de solidarité, des projections-débats (Grandpuits et petites victoires, La Sociale, Lettre à G., « Repenser la société » avec André Gorz), une pétanque solidaire, un point d’information sur les retraites pour la journée internationale du droit des femmes, la création d’un site d’information sur Pearltrees, la création d’une plate-forme de communication sur Twitter, une flash-mob de professeurs et donc un défilé avec casseroles ce 1er mai. On n’oublie pas aussi l’action d’un militant LFI lors de la venue du Président de la République à Barcelone.

    « Des temps de rencontres ont eu lieu , dans un esprit de convergence des luttes, avec COESPE Madrid et UGT Madrid. Plusieurs projets verront le jour car la mobilisation perdurera jusqu’au retrait de la réforme des retraites.« 

    Un participant adhérant au SNES-FSU Hors de France et membre de la commission de communication de la plateforme citoyenne DecimosNoMacron

    Ainsi à Barcelone, près d’une vingtaine de Français se sont rassemblés suite à l’appel à manifester lancé conjointement par la plateforme « DecimosNoMacron » et la NUPES.

    Français à Barcelone manifestant contre la réforme des retraites ©NUPES Barcelone

    A Madrid, nos compatriotes ont rejoint le cortège des syndicats nationaux, mais ils y ont apporté une touche bien française… En effet, il était facile de les distinguer, ils jouaient de « la casserole ».

    Français à Madrid dans le cortège festif des syndicats nationaux ©NUPES Madrid

    A Munich, les Français aussi présents

    En Allemagne, les Lycées Français ont rythmé les mouvements de protestation, mais en fin de vacances, en plein pont du premier mai, il fut difficile de mobiliser. Pourtant, certains comme Michaël Faugeroux (responsable FSU) étaient bien sur le terrain et ont rejoint les nombreux défilés prévus outre-Rhin.

    Michaël Faugeroux à Munich ce premier mai ©Michaël Faugeroux
  • Polynésie française : le parti indépendantiste remporte les élections

    Polynésie française : le parti indépendantiste remporte les élections

    Les électeurs de Polynésie française ont choisi le parti indépendantiste. Le Tavini, mené par Oscar Temaru, est arrivé en tête des élections territoriales lundi 1er mai 2023, avec 44,3 % des voix selon les résultats provisoires du Haut-Commissariat de la République en Polynésie, relayés par Polynésie la Première .

    Le Tapura, la liste autonomiste du président sortant Édouard Fritch, arrive deuxième avec 38,5 % des suffrages. À Here là, autre liste autonomiste, est troisième en ayant récolté 17,2 % des voix.

    ©Polynésie 1er / France Télévisions

    Arrivée en tête du scrutin, la formation bleue remporte les 19 sièges de la prime majoritaire. Le Tavini devrait donc disposer d’une très large majorité avec 38 sièges sur les 57 de l’hémicycle de Tarahoi. Ils disposent donc d’une majorité stable pour gouverner pendant cinq ans la collectivité du Pacifique sud.

    Les résultats ont été confirmés par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sur Twitter.

    « La liste Tavini huiraatira remporte les élections territoriales en Polynésie française et devra élire le futur président de l’archipel. Avec Jean-François Carenco, nous félicitons Oscar Temaru et Moetai Brotherson pour leur victoire« 

    Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, sur Twitter

    Sur le même réseau social, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a également félicité Oscar Temaru pour sa victoire.

    Vers un référendum pour l’indépendance ?

    La triangulaire du second tour a mis en scène plusieurs projections du statut polynésien.

    L’autonomie classique, proche de la France, version Fritch, prend une nouvelle tournure plus souverainiste avec l’alliance Tapura/Amuitahiraa. Pour Gaston Flosse, à l’origine du statut de 1984, l’évolution doit se poursuivre vers une pleine souveraineté grâce à un statut d’Etat associé qui donnerait à la Polynésie toutes les compétences régaliennes jusqu’ici contrôlées par l’Etat. Un Etat redevable financièrement à la Polynésie pour sa puissance nucléaire. 

    « La Polynésie est la seule collectivité d’outre-mer qui a donné à la France la possibilité de posséder l’arme atomique. Grâce à cela, elle est dans la catégorie des pays les plus forts… La France a eu une dette à l’égard de la Polynésie française, a dit Emmanuel Macron à papeete en juillet 2021. La France doit continuer à nous accompagner en reconnaissance »

    Martèle Gaston Flosse, président du Amauitahiraa

    De là à arriver à un référendum d’autodétermination, il n’y a qu’un pas. Un référendum d’ailleurs envisageable pour le candidat de A here ia Porinetia dont la vision de l’autonomie reste plus proche de la France. Un statut triplement avantageux pour Nuihau Laurey. 

    « C’est une triple appartenance, on est citoyen d’une communauté, la communauté polynésienne ; on est Français et on est Européen. Donc, pour nous, cette triple appartenance est un avantage… Il faut sortir du clientélisme et de cet assistanat, d’où les mesures que nous proposons en termes de limitation de mandats, d’incompatibilité des fonctions, et la nécessité de changer de modèle économique et de faire confiance aux petites entreprises pour permettre notre développement »

    Explique le leader de A Here ia Porinetia

    Face à ces versions divergentes de l’autonomie, le Tavini Huiraatira conserve sa position ferme d’une indépendance à long terme, même si au sein du parti, les anciens sont aujourd’hui confrontés à une vision rajeunie du concept. 

    « Le combat indépendandiste de nos anciens n’est plus tout à fait le même que le combat que nous menons aujourd’hui, parce que la société a changé aussi. A titre personnel, je n’ai pas vécu dans ma chair les essais nucléaires, je n’ai pas vécu, je l’espère, les maladies radio-induites. De fait, de ma génération, nous sommes dans une continuité de ce discours-là, mais le fil rouge reste le même cest-à-dire conduire notre pays un jour, dans ce processus-là pour que les Polynésien(ne)s puissent décider »

    Steve Chailloux, député de Polynésie.

    Dans tous les cas après l’échec du référendum de 2021, il n’y aura pas de nouveau scrutin sur le thème de l’indépendance avant 15 à 20 ans.

  • Pannes diplomatiques

    Pannes diplomatiques

    Tous les sites web dédiés aux publics des ambassades, consulats et représentations françaises, y compris celui de l’Assemblée des Français de l’étranger, sont tombés en panne, il y a quelques jours. Au bout de quelques heures, le ministère a fait savoir qu’un serveur avait provoqué cette défaillance mondiale. Libre à chacun de croire qu’il n’y avait pas de système de secours alternatif. Si le gouvernement veut croire à cette explication, son affaire devrait être alors de rechercher les responsabilités d’une telle incurie. Sinon, il doit – et je crois que c’est ce qu’il fait- renforcer son arsenal dans la cyberguerre qui a déjà commencé. 

    Comme les nouvelles formes de guerre n’effacent pas les anciennes, l’opération Orion, qui a réuni 12000 hommes, dont 17000 étrangers sous commandement français, mimait un « entraînement virtuel à la guerre de haute intensité ». Originalité : si deux divisions sont engagées dans Orion, l’une est virtuelle ; il s’agit de tester les capacités de commandement, de liaison, de coordination. Belges, Allemands, Espagnols sont physiquement présents, Britanniques et Américains ne le sont que virtuellement.

    Aux opérations de terrain, la guerre moderne anticipe le cyber, l’espace, l’information. Anticipe-t-elle aussi une panne mondiale de tous les postes diplomatiques ? 

    Il n’y a pas si longtemps, la diplomatie française était reconnue pour son excellence. L’influence de la France, par son action diplomatique, sa capacité d’intervention militaire, son réseau culturel, était disproportionnée par rapport à son poids démographique et économique. Est-ce que cela était utile à la France ? Sans doute. A L’Europe ? Certainement. Au monde ? Incontestablement, car les positions françaises étaient équilibrées, défendaient les principes de liberté et de dignité.

    « C’est normal. Vous êtes la France » 

    Après un coup d’Etat au Honduras, jeune ambassadeur, j’avais été choisi par le pouvoir comme par l’opposition, et par mes collègues, pour négocier un retour à la démocratie. Celui avec lequel je négociais me disait, dans un excellent français : « C’est normal. Vous êtes la France : supériorité du pouvoir civil sur le pouvoir militaire. Droits de l’Homme ». J’ai même été appelé à haranguer officiers et soldats dans les casernes : la voix de la France. Dans la banlieue, une école créée par un médecin, en terre cuite, s’appelait « República francesa ». Personne n’y parlait français, mais ils avaient appris la Marseillaise. Les Lycées français se multiplient dans le monde. La langue française gagne, naturellement, et pas à cause de cette organisation malade qu’est devenue l’OIF. Les principes vantés par la France, quoi que fassent les thuriféraires post fascistes ou post communistes des régimes autocratiques, progressent dans la conscience universelle. L’armée française entend aussi regagner en puissance. Pourtant l’influence française recule. 

    On ne peut pas tendre la sébile et tenir le haut du pavé. L’économie française est atone. La dette publique, 700 milliards de plus qu’il y a cinq ans, nous fait passer du côté des pays fragiles. Sans l’Allemagne et la BCE, la France serait soumise à une cure d’austérité gravissime. Et à une crise sociale. La BCE, en rachetant les titres de dette des États entre 2015 et 2021, a permis à la France d’économiser une centaine de milliards d’euros ces dernières années.

    On devrait manifester contre les fauteurs de dette   

    L’agence de notation internationale Fitch a abaissé la note française. La signature de la France s’affaisse. Les taux d’intérêt sont montés à 3%, ce qui provoque mécaniquement une augmentation du remboursement de 17 milliards par an. Bien plus que l’économie faite par la réforme des retraites. On devrait manifester contre les fauteurs de dette ! Si l’on veut « combattre la finance internationale », comme le disait Hollande, alors il faut un budget en équilibre. L’inconséquence du « toujours plus de dépenses » n’a comme parallèle que l’inconséquence des « souverainistes » qui prétendent qu’une France isolée de ses alliés serait plus forte. Pas de puissance ni d’influence sans finance. Demandez à Athènes, Elisabeth d’Angleterre, Richelieu.

    A l’impasse budgétaire, s’ajoute l’impasse diplomatique  

    Mais il n’y a pas que la dégradation financière, économique. A l’impasse budgétaire, s’ajoute l’impasse diplomatique. Pour l’Europe, l’ambition présidentielle était affirmée dans le discours de la Sorbonne. Aujourd’hui, le bilan européen est alarmant. L’autonomie stratégique, fortement revendiquée, suscite la méfiance alors qu’elle est une évidence. Les pays de l’est européen considèrent que la France n’est pas fiable. L’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni non plus. Même la Suisse. Mille maladresses ont saboté cette urgente nécessité. La récente sortie taïwanaise de Macron en est l’illustration, elle explique à quel point la « stratégie indopacifique » de la France est peu solide, malgré la mise en œuvre de manœuvres navales dans la Pacifique, malgré la présence régulière de la marine dans le détroit de Taïwan (la France est le seul pays européen à être présent en Asie, plus d’un million et demi de Français y vivent). Explique aussi pourquoi les Australiens préfèrent les Etats-Unis à la France ; pourquoi l’Inde, premier pays du monde par sa population, n’entend pas plus que le Brésil les arguments géopolitiques français sur la Russie ou l’Ukraine. Mais le Maroc ou la Tunisie écoutent-ils plus ?  

    Quant à la Chine, entre deux voyages présidentiels, le déficit commercial a été multiplié par deux, et la France est apparue manipulée dans les mains de l’Empereur du milieu. S’il se passe quoi que ce soit à Taïwan, « évidemment nous ne ferons rien », laisse entendre la France, pour reprendre la lamentable expression de Cheysson, ministre de Mitterrand, sans doute inspiré par son conseiller Puisais, agent du KGB, lors du Coup d’état en Pologne qui envoya Walesa en prison.

    Impasses en Europe, faux pas en Asie, retraites en Afrique, absences aussi au Moyen-Orient   

    Tout cela vient de loin : d’un manque de stratégie. Impasses en Europe, faux pas en Asie, retraites en Afrique. Absences aussi au Moyen-Orient, malgré la présence militaire : Liban, Syrie, Israël, Irak, ne sont plus que d’anciennes places fortes de l’influence française. Vendre des armes aux Emirats et en Arabie ne fait pas une politique étrangère, mais mène à une étrange politique, la France est aussi bien à l’écart des « Accords d’Abraham » que du virage saoudien vers la Chine et la réconciliation avec l’Iran. Quant à l’Amérique latine, elle reste en friche, ce qui, il est vrai, n’est pas nouveau, alors qu’elle est le continent le plus proche de la France par sa latinité, et par ses frontières : la plus grande frontière de la France est avec le Brésil, par la Guyane, gangrénée par le narcotrafic. Cela mérite de regarder l’Amérique latine autrement que selon le seul prisme de l’Amazonie. 

    Pourtant la France peut s’appuyer non seulement sur un réseau culturel, un soft power bien ancré, mais aussi sur une force militaire qui reste parmi les plus efficaces. On l’a vu lors de l’évacuation de 1000 personnes (dont 216 Français) du Soudan. Seules la France, le Royaume-Uni (et les États-Unis) patrouillent dans le détroit de Taïwan et affirment ainsi la liberté de navigation. 

    Jamais les dépenses militaires n’ont été aussi élevées dans le monde : 2240 milliards en 2022. + 13% en Europe, effets de la guerre d’Ukraine. La loi de programmation militaire devrait confirmer la capacité militaire de la France. Il n’y a pas de bonne diplomatie sans appui militaire. Mais aucune politique ne peut se définir seulement par la puissance, fixer les objectifs ne dépend pas des soldats. On l’a vu en Afrique.

    Il faut un « reset » au ministère des Affaires étrangères  

    Lors de l’évacuation de nos ressortissants du Soudan, les moyens opérationnels ont été à la hauteur. La cellule de crise du Quai a réagi promptement. Pourtant, les témoignages recueillis interrogent. Est-on vraiment préparé, dans les différents pays, consulats, ambassades, aux crises ? Les pannes de tous les sites informatiques de tous les consulats, toutes les ambassades, en même temps, révèlent plus que de la défaillance. Cela mérite une enquête. 

    Soudan
    Evacuation de Français et Européens du Soudan en avril 2023 ©AFP

    Il faut un « reset » au ministère des Affaires étrangères. La bonne volonté ne suffit pas. Un reset stratégique, un reset opérationnel. Voilà un beau défi qui pourrait mobiliser toutes les ressources du Quai, toutes ses intelligences et compétences. Encore faut-il le demander.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • La Méditerannée est un pays – le dernier mot de François Léotard pour lesfrancais.press

    La Méditerannée est un pays – le dernier mot de François Léotard pour lesfrancais.press

    François Léotard est mort. Sa célébrité politique n’était qu’une des facettes de sa personnalité. Il nous faisait l’amitié de nous offrir de temps en temps quelques unes de ses réflexions. Nous publions le texte sur la Méditerranée qu’il nous avait envoyé quelques jours avant sa disparition.


     Si l’on préfère la confrontation des ressentiments à l’intelligence on pourrait continuer à engager une guerre posthume avec la culture musulmane. Ce serait vain, ridicule et indigne. La Méditerranée, volcan de tous les imaginaires, restera à tout jamais un lieu de rayonnement de la pensée, de fructification des civilisations. On y trouve les dieux et les monstres, les femmes et les guerriers, les danseurs et les rois, les paysans et les marins qui, pendant des millénaires ont inventé avant nous : Œdipe, le Minotaure, Cassandre, Achille, Éros et Dionysos, Icare et Adonaï, la beauté d’Hélène et… la bibliothèque d’Alexandrie.

    Une histoire universelle

    Elle n’est pas plus une mer arabe, grecque ou juive, qu’elle n’est européenne, chrétienne ou latine : elle est tout cela et bien plus que cela. Un Irlandais génial a écrit Ulysse, un Français pédagogue a raconté les aventures de Télémaque, un Grec a inventé le théorème de Pythagore, un Arabe y a écrit le manuel de base pour l’enseignement de la médecine, un Britannique nous a parlé du Caire, de la Crète et des citrons acides, de Justine, un Florentin de l’enfer et un Espagnol d’un « Nouveau Monde ». Il faut avoir le courage d’accepter comme cadeaux ce qui, bien avant nous, fut préislamique et préchrétien pour mettre à leurs places nos querelles pétrolières ou religieuses… La Méditerranée n’a qu’un géniteur : l’histoire universelle du langage. Pour nous c’est avec l’alpha, la première lettre, que commence le récit des cornes de taureau et l’enlèvement de la princesse Europe, la petite Phénicienne que Zeus emmène vers l’Ouest. Ici, le brassage des cultures n’est pas un fardeau mais une chance. Ici, l’on ne fait la guerre que contre soi-même. Car la Méditerranée est un pays.

    Lieu de rencontres et de réflexions à Marseille , la Villa Méditerranée propose de nombreuses expositions, autour de la culture méditerranéenne.

    Accepter toutes les identités

    Un pays qui ne doit son identité singulière qu’à la volonté d’accepter toutes les identités qui la composent. Ici, l’on a voulu traverser la nuit du monde. Si la Méditerranée n’est plus la « Mare Nostrum » des Latins, elle appartient depuis toujours à l’aventure humaine de l’écriture. Malgré les Traités, les conflits, les haines et les massacres, elle est « notre mère », le lieu d’élection des trois grandes religions monothéistes, tout comme le point de rencontre, la cristallisation, de l’incroyance et du doute. Si Dieu y est né, il y est mort aussi… Bien sûr j’entends les murmures : vous êtes un rêveur, un obsédé du multiculturalisme. Mais oui ! Bien sûr. Quel est celui d’entre nous qui n’a pas dans son ADN une certaine allégresse : un peu de sang grec, arabe, ou juif ? Accompagnons Albert Camus à Tipasa : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure… » Inutile de dire que, quelque part, en Corse, nous avons pensé cela ! 

  • À mon frère qui n’est pas mort

    À mon frère qui n’est pas mort

    François Léotard est mort. Sa célébrité politique n’était qu’une des facettes de sa personnalité. Il nous faisait l’amitié de nous offrir de temps en temps quelques unes de ses réflexions. Lesfrancais.press publie l’hommage de son ami corse Constant Sbraggia, écrivain, éditeur et journaliste.


    C’est un exercice extrêmement difficile que de faire l’éloge d’un ami disparu. On est d’abord submergé de souvenirs, et de sentiments divers ; et puis on fouille sa mémoire, à la recherche de ce qui est resté au fond de nous. Là il convient de chasser la mélancolie. Rien ne doit être regardé fixement. Il faut regarder comme on regarde l’horizon : libre, sans savoir où l’on va. 

    Ajaccio

                   Un beau jour, au hasard de nos déambulations ajacciennes, je lui demandai pourquoi il ne s’était pas présenté à la présidence de la République, m’efforçant en vain de ne pas laisser paraître le reproche que dissimulait ma question. Il me répondra tout en marchant d’un bon pas qu’il « ne s’était jamais senti prêt à franchir ce palier ». Sur le moment je ne le crus qu’à moitié, autrement dit pas du tout, j’avais tort. Me reviennent ces trous dans l’existence dont il était coutumier, il les creusait en secret pour mieux renoncer à tout rapport extérieur. Ses absences nous étaient familières, nous en connaissions la teneur. François était en butte à des demandes métaphysiques qui le taraudaient au point de le détacher du commun. Ne s’était-il pas retiré tout une année au couvent bénédictin de l’abbaye de la Pierre-qui-Vire à sa sortie de l’ENA ? « Léo » est entré en politique à la demande expresse de sa mère qui, m’a-t-il dit, lors des obsèques de son père lui glissa ces mots définitifs : « François tu ne peux pas laisser faire ça » (André Léotard, conseiller de la Cour des comptes et maire de Fréjus de 1959 à 1971 avait été fortement critiqué lors de la rupture du barrage de Malpasset en 1959 et avait perdu les élections municipales qui suivirent). De ce jour il sera le héros de son propre roman, appelé à changer comme dans tout bon roman quitte à être à la fin le même qu’au début (la formule, étincelante, est de Charles Dantzig). Sa grandeur d’âme, sa puissance intellectuelle, sa culture – son champ fertile – et bien sûr son patriotisme le conduiront aux sommets. Mais les cimes politiques ne lui donneront pas d’ivresse. La littérature sera son pont d’Arcole, il se meut en héros stendhalien : son grand idéalisme produit un décalage énorme entre sa personne et la société qu’il jugera bientôt « de plus en plus liberticide », et donc insupportable. De là son panache.

    François Léotard à Ajaccio ©Corse-Matin

    L’écriture chevillée au corps

                   François ne me disait que rarement « comment vas-tu ? » son inquiétude pour moi – et d’autres sans doute – était ailleurs, se confondait j’en suis convaincu avec ce « est-ce que tu écris ? » qui ouvrait invariablement nos échanges téléphoniques. Il affectionnait des lectures difficiles comme Ulysse de Joyce et l’écriture très épurée, fluide de Milan Kundera. Souvent il citait René Char, une impudeur tant il donnait chaque fois l’impression de se recueillir à voix haute : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». 

                   Le plus bel hommage que je puisse lui rendre, c’est-à-dire au plus près de sa vérité, nous projette dans les pages solaires de cet essai qu’il proclamera À mon frère qui n’est pas mort, son acte littéraire absolu – ce livre est un éblouissement. « À Fréjus, il y avait la plage sur laquelle, pendant longtemps tu as régné. Dans ma mémoire, cette plage des années cinquante est encore à peu près déserte. Notre peau était encore plus méditerranéenne que la mer. Elle brunissait au fil de l’été, le sable s’accrochait aux cheveux, nos sexes étaient salés et les filles s’allongeaient comme des royaumes. » C’est sa présence-absence qui danse dans les vagues sous ces soleils révolus.

  • Avraham Benhaim : « Evacuations d’urgence : quasi tout reste à améliorer”

    Avraham Benhaim : « Evacuations d’urgence : quasi tout reste à améliorer”

    Alors que les opérations d’évacuation du Soudan s’achèvent, nous avons reçu le 27 avril 2023 en fin de journée, Avraham Benhaim, élu local pour l’Angola, Conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription incluant entre autres son pays de résidence et le Soudan, mais aussi Président de la commission de la sécurité et des risques sanitaires de l’AFE. Ensemble, nous faisons le bilan de ces « évacuations d’urgence », qui comme en Ukraine ou en Afghanistan, ont semblé surprendre nos autorités entraînant une longue période de flottement alors que des vies sont en danger.

    Ecoutez le podcast avec Avraham Benhaim

    Un démarrage poussif

    Avec Avraham Benhaim, on revient sur cette semaine marquée par des opérations d’évacuations d’urgence qui furent complexes à mettre en place. Au point que certains ont pris la route pour rejoindre l’Ethiopie par leurs propres moyens.

    En effet, les 3 premiers jours, du samedi 22 au lundi 24 avril, les autorités françaises ne sont pas arrivées à mettre en place les dispositifs de sécurité nécessaires pour permettre l’évacuation de ses ressortissants. Tandis que l’Arabie Saoudite, elle, comme les Américains, mettait en place une évacuation par voies maritimes.

    Des dysfonctionnements relevés par les citoyens

    Une fois le pont aérien vers Djibouti mis en place, les difficultés étaient toujours présentes comme les remontées de terrain qu’Avraham Benhaim partage avec nous dans le podcast nous le révèlent.

    « Nous sommes à Djibouti, on va essayer de se reposer, on morfle depuis 9 jours, on a tout abandonné sur place, nos biens et surtout nos souvenirs, certains ont même dû laisser leur animaux. Personne n’est pas préparé à ça surtout pour les familles. Bir Hakeim à côté de ce qu’on vécu c’est de la rigolade. La vraie réalité c’est celle du terrain. Vous aurez des retours d’expériences à ne pas en douter. Beaucoup de dysfonctionnements ont été constatés. Dire que nos familles ont été lamentablement gérées est un euphémisme »

    Témoignage reçu par Avraham Benhaim via Whatsapp d’un Français arrivé à Djibouti

    Le manque d’anticipation du ministère des Affaires étrangères est montré du doigt tant par les expatriés que les responsables politiques locaux. Un constat qui ne date pas d’aujourd’hui, lors de l’audition de l’ambassadeur de France en Afghanistan, David Martinon, suite à l’évacuation de Kaboul en 2021, déjà les élus de l’Assemblée des Français déploraient que les signes avant-coureurs n’étaient pas pris en compte et que des évacuations préventives ne soient pas mises en place.

    En 2023, Avraham Benhaim, s’il reconnaît que la crise en elle-même fut bien gérée par la cellule du Quai d’Orsay, bien rodée et organisée, déplore que les familles n’ont pas été alertées en amont et que les opérations ne furent mises en place qu’au dernier moment.

    Avraham Benhaim

    Les îlotiers

    En commission, les élus de l’Assemblée des Français de l’étranger ont d’ailleurs transmis au Sénat une analyse des dispositifs qui encadrent les procédures d’évacuation. A ce jour, le système est basé sur un maillage par des îlotiers, des Français résidant sur place et bénévoles.

    Ces derniers ont la charge de contacter et regrouper nos compatriotes présents dans leur secteur en cas de crise. Mais de nombreux problèmes liés à leur statut semi-officiel sont souvent à l’origine de dysfonctionnements et de perte de temps.

    Ainsi, ils ne sont pas tenus de transmettre leurs disponibilités, si un îlotier part en vacances, son secteur se retrouve, sans qu’en soit forcément informé le poste diplomatique, sans relais vers l’ambassade. En sus, la liste des personnes qui constituent ce quadrillage des territoires est tenue secrète pour des raisons de sécurité, ainsi les Français sur place ne connaissent pas, à l’avance, leur personne de référence lors d’une crise. Par ailleurs, Avraham Benhaim regrette que les élus ne soient pas intégrés au dispositif d’encadrement des îlots et que les îlotiers ne disposent pas d’un suivi spécifique au-delà d’un léger exercice mensuel. Il revient longuement sur ces procédures dans le podcast.

    Les crises se renforçant, la population des Français de l’étranger étant de plus en plus importante, Avraham Benhaim, comme les conseillers des Français de l’étranger, réclame une refonte de ce dispositif.

    Des Français toujours bloqués

    Via le réseau des élus consulaires de la zone, Avraham Benhaim nous révèle que des Français de l’étranger sont encore bloqués, comme 5 médecins bénévoles au Sud du Soudan.

    Des informations de terrain que les élus locaux ont du mal à faire remonter à Paris. Une situation qu’Avraham Benhaim déplore alors que la mise en place d’un canal de communication direct entre les autorités de tutelle et les conseillers des Français de l’étranger permettrait une couverture plus exhaustive des points de crispations sur le terrain. Au Soudan, comme les autres fois, les élus de terrain sont exclus des « boucles » réunissant ministère, politiques nationaux et administration locale.

    Un retour en France mal anticipé

    Enfin, on conclut le podcast en faisant un point sur la gestion du retour de nos compatriotes, déjà meurtris par cette évacuation soudaine et périlleuse, en France. Dans l’hexagone, c’est l’association « France Horizon » qui est à la manoeuvre quant aux opérations de prise en charge des expatriés de retour en France suite à une crise.

    Un dispositif bien maîtrisé pour les « expatriés » mais beaucoup moins pour les Français qui sont installés depuis des décennies voire des générations dans leur pays de résidence.

    « Il y a des trous dans la raquette de France Horizon. Une mère et ses enfants se sont retrouvés à la rue. Sans l’intervention d’un élu consulaire, on n’aurait pas pu récupérer cette famille »

    Avraham Benhaim

    En effet, si pour certains il est aisé de pouvoir rejoindre sa résidence (d’attache), retrouver sa famille ou recevoir l’aide d’amis, pour d’autres, la France est, finalement, un nouveau pays où il va falloir tout construire. Et là, Avraham Benhaim regrette qu’aucune solution ne soit imaginée pour accompagner nos compatriotes qui doivent reconstruire leur vie, trouver un logement, un emploi.

    « On est les représentants de ces Français dispersés à travers le monde »

    Avraham Benhaim

    Des sujets déjà évoqués lors des commissions et sessions plénières de l’Assemblée des Français de l’étranger, car l’AFE, pour Avraham Benhaim, c’est là que les autorités nationales peuvent accéder à une retranscription de ce que vivent nos compatriotes sur le terrain, et cette assemblée doit être attendue.

  • Cent jours pour apaiser : le plan de l’exécutif pour sortir de la crise

    Cent jours pour apaiser : le plan de l’exécutif pour sortir de la crise

    Mercredi 26 avril, la Première ministre Elisabeth Borne a présenté « la feuille de route » du gouvernement, qui doit offrir des « solutions concrètes […] qui changent la vie » des Français dans de nombreux domaines, de l’immigration à l’écologie, en passant par la santé et l’éducation.

    « Cent jours d’apaisement ». Tel était le souhait du président Emmanuel Macron pour tourner la page des retraites et de la crise politique qui en a suivi, et ainsi se projeter dans l’avenir. Parmi les missions confiées à Elisabeth Borne figuraient notamment celles d’élargir la majorité et de tracer une feuille de route pour le gouvernement, pour « agir » et « apaiser ».

    Quant à l’épineuse question de l’élargissement de la majorité, les services de la Première ministre assurent qu’après avoir écouté « la voix de tous les groupes politiques », aucune logique « de coalition » n’a pu émerger. Dès lors, « il n’est pas question de regarder d’un seul côté [à droite] », expliquait Matignon mercredi matin. La cheffe du gouvernement s’est dite « confiante » dans le fait de pouvoir dégager « des majorités projet par projet ou par blocs de textes ».

    La première victime de ce manque de majorité absolue est le projet de loi sur l’immigration souhaité par le président, et impulsé par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le texte ne verra pas le jour avant l’automne et ses détails sont encore flous.

    Mais l’exécutif pourrait choisir de porter un texte d’ensemble et « équilibré », qui mêlerait une facilitation de l’intégration des étrangers travailleurs avec une simplification des procédures d’expulsion — ce que la droite refuse. Alternativement, le gouvernement pourrait présenter plusieurs textes thématiques et plus courts, pouvant recueillir le soutien de la droite pour certaines des mesures, de la gauche pour d’autres.

    Il n’est pas question, en revanche, d’abandonner la question de l’immigration dans l’attente d’un projet de loi. « Dès la semaine prochaine », a annoncé la Première ministre, « cent cinquante policiers et gendarmes supplémentaires » seront mobilisés « face à une pression migratoire accrue à la frontière italienne ».

    La Première ministre Elisabeth Borne et le président Emmanuel Macron le 18 avril dernier à l’Elysée. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ/POOL MAXPPP OUT]

    Priorité à la transition écologique

    Matignon insiste sur « la place particulière » que la Première ministre voudrait consacrer à la transition écologique. Chargée de la « planification écologique » dans l’intitulé de son poste, la Première ministre a annoncé un projet de loi pour le développement de l’« industrie verte » à la mi-mai et débattu à partir de l’été au Parlement. Pendant ce temps, les négociations du Net Zero Industry Act au niveau européen ne font que débuter, peu après la présentation du texte par la Commission. En outre, « une nouvelle gestion de nos forêts » sera déployée, après l’annonce d’un « plan sobriété de l’eau » afin de faire face aux problèmes liés à la sécheresse.

    Logement

    Un « accompagnement personnalisé » pour la rénovation thermique des logements sera montée en puissance, alors que les premières interdictions de location des passoires thermiques, c’est-à-dire de logements très énergivores, deviennent effectives dès 2023.

    Toujours en matière de logement, l’exécutif souhaite « faciliter l’accès au logement » en rachetant, par exemple, via la Caisse des dépôts, des logements neufs qui ne trouveraient pas preneur. Un « plan pour la jeunesse » devra aussi voir le jour, contenant notamment des mesures d’urgence pour les logements universitaires dégradés.

    Education

    Côté éducation, Mme Borne promet une « réelle transformation de notre école », en effectuant les remplacements de courte durée grâce à des enseignants du même établissement et en généralisant les cours de soutien en français et en mathématiques à l’école primaire.

    Justice sociale

    Pour répondre aux exigences exprimées par les Français en matière de justice sociale, la cheffe du gouvernement français promet de débattre d’un « projet de loi transposant l’accord entre les partenaires sociaux sur le partage de la valeur », tout en appelant les entreprises à « agir » pour la revalorisation des salaires.

    Le seuil obligeant une entreprise à se doter d’un dispositif de partage de la valeur sera abaissé de 50 salariés à 11 salariés. Au-delà de 50 salariés, la loi obligera les entreprises obtenant des résultats exceptionnels à « négocier » un tel dispositif avec les partenaires sociaux.

    Pouvoir d’achat

    En matière de pouvoir d’achat, Elisabeth Borne a confirmé que les boucliers tarifaires sur les prix de l’énergie seraient maintenus.

    Numérique

    Début mai, un projet de loi régulant l’espace numérique doit être présenté, pour « lutter contre le cyberharcèlement », contre la fraude en ligne et pour « prévenir l’exposition des enfants à des contenus pornographiques », explique Mme Borne.

    Santé

    En matière de santé, Elisabeth Borne annonce le recrutement de 6  000 assistants médicaux supplémentaires pour libérer du temps de travail pour les médecins, et l’ouverture de 2  000 places de formation pour le métier d’infirmier.

    Retrouver une dynamique

    « Alors que beaucoup nous prédisaient l’immobilisme et le blocage, le rythme des réformes n’a pas ralenti », a déclaré Elisabeth Borne. Cela n’a pas empêché les oppositions de critiquer vivement la présentation de ce programme.

    Pour la gauche radicale, l’eurodéputée La France insoumise Manon Aubry pointe la déconnexion de l’exécutif, qui « s’entête à continuer comme si de rien n’était »« Cette stratégie de l’autruche face à la crise de régime ne mènera nulle part », conclut-elle sur Twitter.

    Selon le président du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud, la prise de parole de la Première ministre montre « un grand malentendu » « la crise en France n’a pas un problème “d’agenda”, elle a un problème politique ».

    Marine Le Pen se désole de l’« impuissance » du couple exécutif qui, après avoir « vidé les caisses de l’État », serait contraint à une « administration des affaires courantes ».

    Malgré ces réticences, « nous allons continuer de rechercher des alliances au sein de l’arc républicain », a précisé Elisabeth Borne. Et en dehors de l’hémicycle, malgré une séquence sociale mouvementée contre la réforme des retraites, la Première ministre veut « bâtir un nouvel agenda social », autour du travail, en renouant le dialogue avec les syndicats.