Cent jours pour apaiser : le plan de l’exécutif pour sortir de la crise

Cent jours pour apaiser : le plan de l’exécutif pour sortir de la crise

Mercredi 26 avril, la Première ministre Elisabeth Borne a présenté « la feuille de route » du gouvernement, qui doit offrir des « solutions concrètes […] qui changent la vie » des Français dans de nombreux domaines, de l’immigration à l’écologie, en passant par la santé et l’éducation.

« Cent jours d’apaisement ». Tel était le souhait du président Emmanuel Macron pour tourner la page des retraites et de la crise politique qui en a suivi, et ainsi se projeter dans l’avenir. Parmi les missions confiées à Elisabeth Borne figuraient notamment celles d’élargir la majorité et de tracer une feuille de route pour le gouvernement, pour « agir » et « apaiser ».

Quant à l’épineuse question de l’élargissement de la majorité, les services de la Première ministre assurent qu’après avoir écouté « la voix de tous les groupes politiques », aucune logique « de coalition » n’a pu émerger. Dès lors, « il n’est pas question de regarder d’un seul côté [à droite] », expliquait Matignon mercredi matin. La cheffe du gouvernement s’est dite « confiante » dans le fait de pouvoir dégager « des majorités projet par projet ou par blocs de textes ».

La première victime de ce manque de majorité absolue est le projet de loi sur l’immigration souhaité par le président, et impulsé par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le texte ne verra pas le jour avant l’automne et ses détails sont encore flous.

Mais l’exécutif pourrait choisir de porter un texte d’ensemble et « équilibré », qui mêlerait une facilitation de l’intégration des étrangers travailleurs avec une simplification des procédures d’expulsion — ce que la droite refuse. Alternativement, le gouvernement pourrait présenter plusieurs textes thématiques et plus courts, pouvant recueillir le soutien de la droite pour certaines des mesures, de la gauche pour d’autres.

Il n’est pas question, en revanche, d’abandonner la question de l’immigration dans l’attente d’un projet de loi. « Dès la semaine prochaine », a annoncé la Première ministre, « cent cinquante policiers et gendarmes supplémentaires » seront mobilisés « face à une pression migratoire accrue à la frontière italienne ».

La Première ministre Elisabeth Borne et le président Emmanuel Macron le 18 avril dernier à l’Elysée. [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ/POOL MAXPPP OUT]

Priorité à la transition écologique

Matignon insiste sur « la place particulière » que la Première ministre voudrait consacrer à la transition écologique. Chargée de la « planification écologique » dans l’intitulé de son poste, la Première ministre a annoncé un projet de loi pour le développement de l’« industrie verte » à la mi-mai et débattu à partir de l’été au Parlement. Pendant ce temps, les négociations du Net Zero Industry Act au niveau européen ne font que débuter, peu après la présentation du texte par la Commission. En outre, « une nouvelle gestion de nos forêts » sera déployée, après l’annonce d’un « plan sobriété de l’eau » afin de faire face aux problèmes liés à la sécheresse.

Logement

Un « accompagnement personnalisé » pour la rénovation thermique des logements sera montée en puissance, alors que les premières interdictions de location des passoires thermiques, c’est-à-dire de logements très énergivores, deviennent effectives dès 2023.

Toujours en matière de logement, l’exécutif souhaite « faciliter l’accès au logement » en rachetant, par exemple, via la Caisse des dépôts, des logements neufs qui ne trouveraient pas preneur. Un « plan pour la jeunesse » devra aussi voir le jour, contenant notamment des mesures d’urgence pour les logements universitaires dégradés.

Education

Côté éducation, Mme Borne promet une « réelle transformation de notre école », en effectuant les remplacements de courte durée grâce à des enseignants du même établissement et en généralisant les cours de soutien en français et en mathématiques à l’école primaire.

Justice sociale

Pour répondre aux exigences exprimées par les Français en matière de justice sociale, la cheffe du gouvernement français promet de débattre d’un « projet de loi transposant l’accord entre les partenaires sociaux sur le partage de la valeur », tout en appelant les entreprises à « agir » pour la revalorisation des salaires.

Le seuil obligeant une entreprise à se doter d’un dispositif de partage de la valeur sera abaissé de 50 salariés à 11 salariés. Au-delà de 50 salariés, la loi obligera les entreprises obtenant des résultats exceptionnels à « négocier » un tel dispositif avec les partenaires sociaux.

Pouvoir d’achat

En matière de pouvoir d’achat, Elisabeth Borne a confirmé que les boucliers tarifaires sur les prix de l’énergie seraient maintenus.

Numérique

Début mai, un projet de loi régulant l’espace numérique doit être présenté, pour « lutter contre le cyberharcèlement », contre la fraude en ligne et pour « prévenir l’exposition des enfants à des contenus pornographiques », explique Mme Borne.

Santé

En matière de santé, Elisabeth Borne annonce le recrutement de 6  000 assistants médicaux supplémentaires pour libérer du temps de travail pour les médecins, et l’ouverture de 2  000 places de formation pour le métier d’infirmier.

Retrouver une dynamique

« Alors que beaucoup nous prédisaient l’immobilisme et le blocage, le rythme des réformes n’a pas ralenti », a déclaré Elisabeth Borne. Cela n’a pas empêché les oppositions de critiquer vivement la présentation de ce programme.

Pour la gauche radicale, l’eurodéputée La France insoumise Manon Aubry pointe la déconnexion de l’exécutif, qui « s’entête à continuer comme si de rien n’était »« Cette stratégie de l’autruche face à la crise de régime ne mènera nulle part », conclut-elle sur Twitter.

Selon le président du groupe socialiste à l’Assemblée Boris Vallaud, la prise de parole de la Première ministre montre « un grand malentendu » « la crise en France n’a pas un problème “d’agenda”, elle a un problème politique ».

Marine Le Pen se désole de l’« impuissance » du couple exécutif qui, après avoir « vidé les caisses de l’État », serait contraint à une « administration des affaires courantes ».

Malgré ces réticences, « nous allons continuer de rechercher des alliances au sein de l’arc républicain », a précisé Elisabeth Borne. Et en dehors de l’hémicycle, malgré une séquence sociale mouvementée contre la réforme des retraites, la Première ministre veut « bâtir un nouvel agenda social », autour du travail, en renouant le dialogue avec les syndicats.

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