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  • Réforme de la justice : Israël paralysé par une colère générale

    Réforme de la justice : Israël paralysé par une colère générale

    Une quinzaine de personnalités lancent un appel au Parlement Européen pour sauver la démocratie en Israël à la réforme de la justice voulue par Benyamin Netanyahou. Parmi les signataires de cet appel Élie Barnavi, historien, ex-ambassadeur d’Israël en France que TV5MONDE a reçu.

    Élie Barnavi

    Une contestation sans précédent

    Il n’y a pas qu’en France que les citoyens battent le pavé depuis 3 mois, en Israël un mouvement de contestation sans précédent mobilise la population. Depuis dimanche, les manifestations se succèdent et dans la foulée, un appel à la grève générale a été lancé par la plus grosse centrale syndicale de l’Etat hébreux.

    On vit donc l’apogée de l’un des plus grands mouvements de mobilisation populaire de l’histoire d’Israël, mais aussi un tournant puisque Benyamin Netanyahou a annoncé, ce lundi, mettre le projet « en pause », reportant l’adoption définitive des différents projets de loi de la réforme à la prochaine session parlementaire, au mois d’avril.

    Au cœur de cette contestation, donc, un projet de réforme du système judiciaire, qui entend « corriger un déséquilibre en renforçant le pouvoir des élus sur celui des magistrats » en s’attaquant au rôle de la Cour suprême. En voici les quatre points qui soulèvent la polémique.

    • Une « clause dérogatoire »

    Le texte prévoit « une clause dérogatoire », qui permettrait au Parlement, par un vote à la majorité simple, de prémunir une loi contre toute annulation par la Cour suprême. Il s’agit d’une sorte de « droit de veto » pour bloquer l’action de la Cour suprême. 

    • L’influence des conseillers juridiques revue à la baisse

    Le gouvernement souhaite également réduire l’influence des conseillers juridiques au sein des ministères. Aujourd’hui, leurs recommandations sont citées par les juges de la Cour suprême lorsqu’ils statuent sur la bonne conduite du gouvernement.

    • La nomination des juges entre les mains de la coalition

    Le projet entend aussi revoir le système de nomination des juges de la Cour suprême, pour donner davantage de pouvoir au gouvernement, aux dépens de la société civile et des avocats.

    • Les nominations ministérielles enlevées du portefeuille de la Cour suprême

    Enfin, dernier point de contestation de cette réforme, et non des moindres, un projet d’amendement à une loi fondamentale, surnommé « Deri 2 », vise à placer les nominations ministérielles hors du champ de compétence de la Cour suprême.

    La diaspora mobilisée

    Le Conseil représentatif des institutions juives de France a demandé lundi 27 mars au gouvernement israélien de « suspendre la réforme » judiciaire très contestée depuis des mois. Il invoque la nécessité de « préserver l’unité du peuple juif » et « les principes démocratiques ».

    Ce n’est pas la première fois dans l’histoire contemporaine que des mouvement juifs de la diaspora prennent part au débat sur les grandes questions qui concernent l’avenir de l’Etat d’Israël comme ce fut le cas lors du processus de paix et des accords entre Israël et l’OLP des années 1990.

    De façon générale cependant  la diaspora juive évite de commenter la politique israélienne. Mais cette fois, les organisations pro-israéliennes de gauche commencent à s’impliquer en Europe et aux Etats-Unis. Des associations et de personnalités juives qui justifient cette immixtion par le fait qu’ils s’inquiètent de « la dérive d’un Etat considéré jusqu’alors comme une démocratie à toute épreuve ».

    Ainsi JCall, le réseau juif européen pour Israël et pour la paix, et le CCLJ, le Centre communautaire laïc juif, ont ainsi lancé ce lundi soir au Parlement européen, à Bruxelles, un appel à «sauver la démocratie israélienne».

    Ecoutez l’interview d’Elie Barnavi sur TV5MONDE

  • Comment endiguer la dette publique ?

    Comment endiguer la dette publique ?

    Depuis une quinzaine d’années, les pays occidentaux ont eu recours à l’endettement pour juguler les crises qui se sont succédées à un rythme rapide, et pour compenser le déficit de croissance. Les émissions d’emprunts atteignent des records. L’abondance de l’épargne et les politiques monétaires accommodantes ont permis le financement des États à des coûts jusqu’à maintenant réduits. Avec l’augmentation des besoins d’investissement, en lien avec la transition énergétique, les taux d’intérêt pourraient être durablement orientés à la hausse d’autant plus que les banques centrales avec la résurgence de l’inflation sont contraintes de durcir leur politique monétaire.

    Aucun État n’a pas pu échapper à un moment ou un autre à une limite en matière d’endettement 

    La notion de dette publique acceptable ou soutenable est difficile à définir. L’idée que la dette soit inférieure à 60 points de PIB pour éviter son emballement a été longtemps soutenue. Cette barre est devenue inopérante avec la baisse des taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, les États pouvant s’endetter sans limite ou presque. Le retour de l’inflation et les augmentation des taux d’intérêt pourraient changer la donne. Au-delà de la barre des 60 %, le passage des 100 % du PIB de dette était également censée rédhibitoire pour la pérennité de la croissance. 

    Aujourd’hui, la grande majorité des États occidentaux ont des dettes publiques supérieures à 100 % et la croissance tend à s’éroder. Si la corrélation n’est pas en l’état prouvée, dans l’histoire des finances publiques, aucun État n’a pas pu échapper à un moment ou autre à une limite en matière d’endettement. Les taux d’endettement public sont élevés dans beaucoup de pays de l’OCDE. En 2022, la dette publique représentait 250 % du PIB au Japon, 145 % en Italie, 124 % aux États-Unis, 120 % en Espagne, 113 % en France, 100 % au Royaume-Uni et 68 % en Allemagne. 

    En dix ans, la dette publique a, en moyenne, progressé de 25 points de PIB au sein de l’OCDE. La transition énergétique devrait accroître les besoins d’investissement de 4 points de PIB afin d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Celle-ci pourrait réduire dans un premier temps la croissance économique, limitant d’autant l’épargne disponible. Elle est également une source d’inflation tout comme le vieillissement démographique qui réduit le nombre d’actifs. 

    Les banques centrales seront ainsi amenées à maintenir des taux directeurs plus élevés que dans le passé. Tout concourt à une hausse des taux d’intérêt à long terme. Si ces derniers passent au-dessus de la croissance potentielle, des contraintes de soutenabilité de la dette publique pourraient survenir, contraignant les pouvoirs publics à durcir leur politique budgétaire.

    Baisse des dépenses publiques ou augmentation de la pression fiscale

    Les déficits publics atteignent des niveaux records depuis le début de l’épidémie. En 2022, ils étaient, en moyenne, de 4 % du PIB en zone euro et de 5,5 % du PIB au Japon. Aux États-Unis, ils sont légèrement plus faibles, 2,5 % du PIB. Pour limiter un emballement des dettes publiques qui pourrait, à un moment donné, saper la confiance dans la monnaie, les États ont la possibilité de jouer sur deux variables : la politique budgétaire ou la politique monétaire. 

    Une diminution de la dette passe par un excédent budgétaire primaire (solde positif hors paiement des intérêts de la dette). Si les États-Unis dégagent un tel excédent, ce n’est pas le cas pour la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon. La réduction des déficits peut passer soit par une baisse des dépenses publiques, soit par une augmentation de la pression fiscale. 

    Les exemples passés prouvent que la diminution des dépenses est plus efficace que l’augmentation des impôts. Depuis de nombreuses années, les États ont réduit les dépenses régaliennes et d’investissement au profit des dépenses sociales. Or, la diminution de ces dernières pose le problème de leur acceptabilité par les populations qui en bénéficient. 

    Compte tenu des besoins en matière de défense, de santé ou d’éducation, les marges de manœuvre sont faibles au sein des pays de l’OCDE, en proie à des tensions politiques et sociales croissantes. L’augmentation des impôts a été utilisée après la crise des subprimes, en particulier en Europe et plus spécialement en France. Elle a également contribué à l’exacerbation des populations.

    ©Stockadobe

    Maintenir les taux d’intérêt le plus bas possible 

    La tentation populiste se traduit par une pression forte de taxation plus élevée des contribuables les plus riches, la question étant de savoir à partir de quel niveau de richesses et pour quelles conséquences économiques. Les pays de la zone euro, la France en tête, disposent de moins en moins de marges de manœuvre au niveau des prélèvements obligatoires. Il n’est pas néanmoins impossible qu’une augmentation des impôts et taxes ne soit pratiquée dans les prochains mois. 

    L’autre voie possible pour garantir la soutenabilité des dettes publiques est de maintenir des taux d’intérêt le plus bas possible. Cette solution a été pratiquée après la Seconde Guerre mondiale. En dix ans, de 1945 à 1955, la dette publique américaine avait été ramenée de 135 à 80 % du PIB. Les banques centrales pourraient accepter durablement une inflation plus importante qui érode la valeur du capital et permet des taux d’intérêt réel négatifs. Toujours aux États-Unis, entre 45 et 49, le taux d’inflation a été supérieur à 8 %. En France, de 1945 à 1948, il a dépassé, chaque année les 45 %. 

    Cette voie revient à taxer les épargnants. Elle contribue à la hausse des actifs (actions et immobiliers). Elle amène les États à intervenir en permanence pour compenser les effets de l’inflation sur les plus modestes. Elle alimente donc sans fin les déficits et la dette qu’elle est censée contenir. Dans les prochaines années, les gouvernements devront choisir entre deux maux : la réduction des déficits ou l’inflation afin d’endiguer la dette publique. L’évolution parallèle des États occidentaux limite les risques d’arbitrage entre les pays en fonction de leur degré d’exposition à la dette publique. En revanche, les États n’ayant pas une masse critique suffisante comme le Royaume-Uni pourraient être fragilisés. 

    Aujourd’hui, la dette des États est considérée comme un placement sûr, qu’en sera-t-il demain si la croissance persiste à se dérober et que la fragmentation des populations s’accroît ?

  • Fin des aides PAC après 67 ans : une mesure « discriminatoire » pour certains agriculteurs

    Fin des aides PAC après 67 ans : une mesure « discriminatoire » pour certains agriculteurs

    Des agriculteurs ont récemment protesté contre la fin du cumul des aides PAC et des pensions de retraite. Une décision « discriminatoire » pour les uns, utile au renouvellement des générations pour les autres.

    Le 15 mars, la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne a voté une motion demandant à ce que « l’ensemble des agriculteurs puissent bénéficier des aides de la PAC sans aucune discrimination liée à l’âge tout en conservant leurs droits fondamentaux ». 300 exploitants du département portent cette revendication.

    Jusqu’à maintenant, les agriculteurs prenant leur retraite après l’âge de départ à taux plein, soit 67 ans, pouvaient continuer à percevoir des aides européennes en plus de leur pension, notamment pour de petites parcelles, dites de subsistance.

    Selon les chiffres du ministère de l’Agriculture de 2021, 10 % des bénéficiaires des aides PAC ont plus de 67 ans.

    Avec la nouvelle PAC 2023-2027, l’UE demande aux États membres de définir le statut de « travailleur actif », seule situation permettant de toucher les subventions de la PAC.

    Or, depuis le décret du 30 décembre 2022, l’agriculteur dit actif doit répondre à deux conditions : être en âge inférieur ou égal à l’âge légal de départ à la retraite à taux plein (67 ans) et être adhérent à une assurance contre les accidents du travail (ATEXA). L’exploitant peut tout de même continuer à percevoir les aides après 67 ans s’il renonce à ses droits de pension.

    « Cette définition doit permettre d’éviter qu’après 67 ans, un exploitant cumule les aides de la PAC et les droits à la retraite, particulièrement en cas de retraite d’un régime non agricole », expliquait l’ancien ministre de l’Agriculture Julien de Normandie en janvier dernier.

    L’objectif ? « Inciter à la transmission » et « freiner le phénomène de rétention du foncier par des agriculteurs retraités, qui constitue parfois un obstacle à l’installation de jeunes et nouveaux agriculteurs ».

    Cette loi est d’autant plus légitime, selon le ministère, depuis la récente loi de 2021 sur la revalorisation des pensions de retraite agricoles, à 85 % du SMIC pour les carrières complètes.

    Jusqu’à maintenant, les agriculteurs qui prennent leur retraite après l’âge de départ à taux plein, soit 67 ans, peuvent continuer à percevoir des aides européennes en plus de leur pension, notamment pour de petites parcelles, dites de subsistance. [Budimir Jevtic / Shutterstock]

    Disparition des parcelles de subsistance

    Pour le syndicat La coordination rurale et de nombreux agriculteurs, il s’agit d’une mesure « discriminatoire et contraire à la liberté d’entreprendre et de disposer de son patrimoine ».

    « De nombreux agriculteurs à l’âge de la retraite souhaitent maintenir une activité sociale. L’utilité sociale est très importante pour eux. Cette décision revient à leur dire qu’ils ne sont plus utiles, et qu’ils empêchent les jeunes de s’installer », regrette auprès d’EURACTIV Agnès Chabrillanges, directrice de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne.

    Pour elle, cette loi ne facilitera pas plus l’accès aux jeunes, puisqu’il s’agit de petites parcelles, de deux ou trois hectares, et non d’exploitations. Pire : cela mettrait en péril les parcelles de subsistance, ces petites cultures que le fermier peut garder légalement, pendant la retraite, pour ses besoins personnels.

    « Cela va entraîner la disparition des parcelles de subsistance, déplore Agnès Chabrillanges. Alors qu’elles donnent un sens à la vie de l’agriculteur retraité, une raison de se lever le matin ».

    « Les surfaces de subsistances sont plus rares, les agriculteurs veulent pouvoir profiter comme tout le monde de leur retraite », nuance Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA contacté par EURACTIV.

    Exception française

    Cette spécificité française au sein de l’Union reste en conformité avec les règles de l’UE, comme le confirme à EURACTIV la Commission européenne.

    L’exécutif explique avoir « revérifié que l’inclusion de ce critère n’était pas discriminatoire » en raison de l’âge, lors de l’évaluation du plan stratégique national, et qu’il ne l’était pas « puisque fondé sur l’objectif de renouvellement des générations ».

    Toutefois, devant la complexité des situations individuelles et les contestations qui se multiplient ces derniers mois, la FNSEA a demandé au gouvernement un moratoire d’un an, le temps de trouver des solutions.

    « Nous ne voulons pas que les agriculteurs découvrent le 15 mai, au moment des déclarations PAC, qu’ils n’auront plus de droits. Il faudra un peu de souplesse, et regarder presque au cas par cas, car les situations sont complexes », annonce Luc Smessaert.

    Alors que le décret devait s’appliquer à partir du 15 mai 2023, il devrait être repoussé en 2024 selon nos informations.

    « Notre motion vient d’être transmise au ministère. Nous espérons que ce vote fera avancer le débat », confie la directrice de la chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne.

  • Le grand oral d’Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger

    Le grand oral d’Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger

    La 38eme session de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) s’est ouverte ce lundi 27 mars, et elle promet d’être « animée et inédite dans le contexte actuel », selon les propos introductifs de la présidente de l’AFE, Hélène Degryse. Dans ce même discours, l’élue des Pays-Bas a ajouté que le « plaisir » des retrouvailles avec Olivier Becht, Ministre délégué en charge du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger, s’en trouvait ainsi « contrasté ». 

    Une liste de problématiques pour les Français de l’étranger qui s’étire

    En effet, dix mois après la réélection d’Emmanuel Macron à l’Elysée de nombreuses questions attendent une réponse. La liste des problématiques concernant les Français de l’étranger reste longue : effectifs dans les consulats, montant des aides sociales, débancarisation, discrimination fiscale, prise de rendez-vous dans les consulats, retard dans le déploiement de la dématérialisation, statut des élus… et bien évidemment, la réforme des retraites et ses conséquences pour nos compatriotes établis hors de France. 

    Sur ce dernier point, le groupe Ecologie et Solidarité avait réservé son créneau du midi pour organiser une table ronde avec des représentants syndicaux FSU et CFDT du corps enseignant. Au cours de cet échange, Audrey Leclerc, Vice-Présidente du groupe Ecologie et Solidarité, a notamment accusé le gouvernement actuel de commettre un « délit démocratique manifeste » en « n’écoutant pas les revendications de la rue ».

    Derrière cette opposition à la réforme des retraites, les syndicats ont aussi pointé du doigt toute la stratégie de développement du réseau d’enseignement en français à l’étranger voulue par le Président de la République. Pour conserver l’excellence de notre réseau à l’étranger et éviter la concurrence entre les établissements, les syndicats ont réaffirmé leur volonté de créer un « durcissement des critères d’homologation pour les établissements qui souhaiteraient rejoindre le réseau de l’AEFE afin aussi que soit préservé le droit social et les protections en découlant pour les personnels ».

    Réunion du groupe Ecologie et Solidarité ce lundi 27 mars dans le cadre de l’AFE ©EELV hors de France

    Olivier Becht fait le point sur ses engagements

    C’est dans ce contexte singulier que le Ministre Becht est donc venu s’exprimer devant les conseillères et conseillers de l’AFE en ce début de session, en faisant le point sur sa feuille de route autour des engagements pris par Emmanuel Macron. 

    Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger ce lundi 27 mars 2023 ©LFP

    Parmi ceux-ci, Olivier Becht a annoncé que pour la première fois depuis trente ans, le budget alloué à la diplomatie serait en hausse.

    « C’est ainsi 118 emplois nouveaux dans les postes diplomatiques dont une partie pour les sections consulaires qui résulteront de ces nouveaux crédits ».

    Olivier Becht, ministre délégué aux Français de l’étranger – 27 mars 2023 à l’AFE

    Le ministre s’est aussi prononcé sur le déploiement de France Consulaire. Lancé en 2021, cette initiative est disponible aujourd’hui dans 22 pays, et Oliver Becht s’est déclaré favorable à une accélération du déploiement du dispositif avec comme objectif 2025 au lieu de 2027.

    « Je souhaite que nous puissions – mais cela dépendra des moyens humains que nous arriverons à dégager dans les prochaines lois de finances – je souhaiterais qu’on puisse accélérer le calendrier qui prévoyait son déploiement dans le monde entier jusqu’à 2027. J’aimerais que l’on arrive à gratter 2 ans, que l’on arrive à couvrir l’intégralité de la surface du globe d’ici à la fin 2025. Ce serait effectivement un service majeur que l’on pourrait rendre à l’ensemble de nos concitoyens à l’étranger »

    Olivier Becht, ministre délégué aux Français de l’étranger – 27 mars 2023 à l’AFE

    Autre engagement, celui du renouvellement des passeports et la mise en place de la dématérialisation du processus. « Nous sommes en retard sur ce chantier » a avoué le Ministre, informant que le Ministère de l’Intérieur avait repoussé à mars 2024 le test grandeur nature, préalable à son déploiement effectif. Oliver Becht espère toutefois que ce nouveau système sera opérationnel, pour tous nos compatriotes à l’étranger, en 2025.

    Résidence de repli et Pass culture : aux élus de décider  

    Deux autres points font actuellement grincer les dents de nombreux élu(e)s de tous bords, y compris au sein de la majorité présidentielle, à savoir la résidence de repli et la création du Pass culture. N’évitant pas le sujet, Olivier Becht a présenté différentes options possibles pour chacun de ces dispositifs annoncés pendant la campagne présidentielle.  

    Concernant la résidence de repli, « les engagements seront tenus » rappelle le ministre et il propose que cette création se fasse en deux temps. Un premier qui serait un texte de loi en 2023 qui définira ce qu’est une résidence de repli : soit celle-ci sera « une résidence qu’un Français de l’étranger possède en France », soit elle sera considérée comme « une résidence qu’un Français de l’étranger vivant dans un pays dit à risques possède en France ».

    Oliver Becht propose aux parlementaires de décider par eux-mêmes. Par ce biais, est-ce un manque de courage de l’exécutif, ou bien une affirmation de la reconnaissance du travail parlementaire ? Une fois cette définition arrêtée, la résidence de repli fera alors l’objet d’une deuxième séquence par le biais de son introduction dans le projet de loi de finances pour 2024. Celui-ci votera(it) alors les dispositifs fiscaux adaptés et les éligibilités financières aux différentes primes pour ces résidences de repli. 

    Autre sujet en débat : le Pass culture. Sur ce point, le ministre délégué aux Français de l’étranger laisse également le soin aux élus de l’Assemblée des Français de l’étranger de lui faire des propositions. Oliver Becht met toutefois des bémols à un système qui, selon lui, obligerait à la France à passer des conventions avec de nombreux pays dans le cas où l’option retenue serait de rendre éligible ce Pass culture dans le pays de résidence de nos compatriotes vivant à l’étranger. 

    Le ministre Olivier Becht s’est aussi félicité de l’organisation du vote par internet aux dernières élections législatives. Certes dans la majorité des 11 circonscriptions le vote a été validé, mais deux connaissent actuellement une élection partielle pour la seule raison de l’utilisation de ce vote électronique et des problèmes de transmission des codes dans certains pays.

    Il n’est pas certain que les députés élus en 2022, mais devant à nouveau concourir devant les électeurs suite à l’annulation de leur élection respective, soient du même avis.   

    Des réactions contrastées chez les élu(e)s AFE

    Attentifs aux propos tenus par le ministre, la réaction des élu(e)s de l’AFE restent contrastée.

    Ainsi, Warda Souihi, membre du Groupe Solidaires et Indépendants, souligne « certaines avancées concrètes du Ministre » et reconnait un « pas encourageant, bien que modeste, pris en faveur des effectifs dans les postes consulaires ». Pour autant, l’élue des Etats-Unis « regrette le retard pris dans l’expérimentation de la dématérialisation du renouvellement des passeports », sujet sur lequel elle est particulièrement attentive tant « les déplacements engendrent des frais considérables pour nos compatriotes qui vivent loin des consulats » .

    Au sein du Groupe Union des Républicains, des Centres et des Indépendants, le président Laurent Rigaud s’inquiète de la situation et affirme que « la France peine de plus en plus à rayonner ». Il demande également une accélération de la dématérialisation et la fin de la discrimination fiscale, notamment sur les résidences d’attache. Olivier Piton, élu du même groupe à l’Assemblée des Français de l’étranger, a d’ailleurs interpellé le ministre sur la soudaine obligation pour les Français de l’étranger de déclarer leur résidence secondaire au fisc français avant le 30 juin. Olivier Becht, n’ayant pas une réponse précise à apporter sur cette nouvelle contrainte à respecter, a promis de revenir, avant la fin de la session AFE, avec des éléments concrets.

    Laurence Helaili-Chapuis, siégeant au sein du groupe des Indépendants, reconnaît qu’elle a eu « des explications détaillées du Ministre sur la mise en place des divers chantiers pour les Français de l’Etranger : Pass culture, Pass éducation, dématérialisation des demandes de passeports… », mais regrette de ne pas avoir pu obtenir « un calendrier fiable ». « Ça se comprend bien sûr » nous informe-t-elle, « mais de la visibilité nous permettrait de mieux assumer le service après-vente des annonces ».

    Pour Florian Bohême, du groupe Ecologie et Solidarité, « Olivier Becht a fait sa rentrée avec sa liste de bonnes résolutions. Il s’est surtout attaché à défendre les engagements présidentiels qui pour certains sont attendus depuis plus de 5 ans ». Le conseiller nous confie aussi qu’« il est temps d’aller vers les résultats, nous n’avons plus le temps d’attendre ». 

    Du côté de la majorité présidentielle, Loïc Le Gland, membre du groupe Indépendants, démocrates et progressistes souligne « le point très positif qu’est celui de la première augmentation depuis 30 ans du budget pour les Français de l’étranger, tout en ignorant comment cela se traduira dans (ma) propre circonscription consulaire à San Francisco, et aux États-Unis en général ». Loïc Le Gland ajoute « que toute bouffée d’oxygène est bonne à prendre » et reste aussi très attentif au projet de dématérialisation car « un Français du Colorado doit aujourd’hui se rendre à Los Angeles pour ses actes d’état civil », enfin « il est optimiste sur la mise en place du Pass Culture », il « ne doute pas que la grande majorité de (mes) collègues élus à l’AFE, de tous partis, le veulent. »

    Le Pass culture serait donc un sujet de consensus, comme l’est celui de la revalorisation des indemnités des élu(e)s, tant au niveau de l’Assemblée des Français de l’étranger qu’au niveau des conseils consulaires. Oliver Becht a ainsi découvert que le traitement des élu(e)s des Français de l’étranger n’était pas encore indexé au « point de la fonction publique » Il promet que cette « demande de revalorisation » sera « satisfaite car elle est légitime. » 

    Pour conclure, Olivier Becht a dit aux conseillères et conseillers de l’AFE qu’ils ne se « connaissaient pas encore très bien » et qu’il aimait « les choses pragmatiques », et encore plus quand « celles-ci avancent ». Au-delà des sujets évoqués et de la liste des questions partagées, il reste à savoir si le temps de la délibération politique et administrative permettra de véritablement passer de la parole aux actes, et si oui, quand le sera-t-il réellement ?

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.03.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 28.03.23

    Bonjour à tous, bienvenue dans le flash quotidien des expatriés du mardi 28 mars. Aujourd’hui, on revient sur l’ouverture de l’Assemblée des Français de l’étranger par le ministre Olivier Becht, on analyse la politique française des visas pour les Marocains et on fait le point sur la grève générale en France et chez les Français de l’étranger. 

    10 engagements pour les Français de l’étranger 

    C’est le point fort du discours inaugural de la 38ème session plénière des Français de l’étranger d’Olivier Becht, notre ministre délégué. Parmi ces 10 points, que vous pouvez retrouver dans l’article de Jérémy Michel sur le site Lesfrançais.press, on retient la hausse du budget de la diplomatie, une première depuis 1993, l’annonce de la fin du déploiement de France Consulaire dans tous les pays d’ici la fin de l’année 2025 et enfin la planification cette année d’une loi sur la résidence de repli. Sur ce dernier point, deux options sont possibles : soit limiter ce dispositif aux Français résidant dans des pays dits sensibles soit à tous ceux qui résident hors de France. Nous aurons l’occasion d’y revenir. 

    Olivier Becht à l’Assemblée des Français de l’étranger ce 27 mars 2023 ©LFP

    La France augmente le nombre de visas pour les Marocains 

    Les quotas de visas pour les citoyens marocains ont été historiquement bas en raison de problèmes de sécurité et d’immigration. Bien que ces objections soient compréhensibles, elles ont créé des obstacles pour les Marocains qui souhaitent se rendre en France pour des raisons de tourisme, de commerce ou de réunification familiale. Sous la pression des associations de résidents français au Maroc et de résidents marocains en France, le gouvernement Français a décidé d’augmenter le nombre de visas distribués au cours de l’année 2023. On fera le bilan en fin d’année. 

    Grève générale en France 

    C’est la 10 ème journée de mobilisation organisée par l’intersyndicale en France, comme à chaque fois, les syndicats des Français travaillant à l’étranger appellent les fonctionnaires à débrayer. Au niveau de l’administration consulaire, il devrait y avoir peu de répercussions tandis que les Lycées devraient encore suivre massivement le mouvement ce mardi 28 mars. 

    réforme des retraites en France

    On en parlera demain dans l’édition du mercredi 29 mars, d’ici là prenez soin de vous où que vous soyez ! A demain. 

    Ecoutez le bulletin des Français de l’étranger

  • Politique des visas : le Maroc

    Politique des visas : le Maroc

    Les problèmes de visa entre la France et le Maroc sont un sujet de préoccupation pour de nombreux citoyens marocains et français depuis de nombreuses années. Alors que les deux pays ont des relations historiques et culturelles étroites, les règles de visa strictes et les quotas limités ont créé des obstacles pour les citoyens marocains qui souhaitent visiter ou s’installer en France.

    Ces difficultés ont des répercussions sur la vie quotidienne de milliers de personnes, qu’il s’agisse de couples binationaux, d’étudiants, de professionnels ou de simples touristes. Face à cette situation, les expatriés français au Maroc ont décidé de se mobiliser pour tenter de faire entendre leur voix et faire progresser la situation.

    Pourtant le Maroc et la France ont une relation historique étroite qui remonte à plusieurs siècles. Le Maroc a été un protectorat français de 1912 à 1956, et depuis lors, les deux pays ont maintenu des liens étroits en matière de commerce, de diplomatie et de culture. La France est le deuxième partenaire commercial du Maroc après l’Espagne, et de nombreux Marocains vivent en France.

    Les problèmes de visa entre la France et le Maroc

    Les citoyens marocains sont tenus d’obtenir un visa pour se rendre en France, que ce soit pour une courte visite ou pour s’installer de manière permanente. Cependant, l’obtention d’un visa peut être un processus difficile et frustrant pour de nombreux Marocains en raison des conditions strictes et des quotas limités.

    Les exigences de visa comprennent une documentation complète, des entretiens, des frais et des délais d’attente souvent prolongés. Les citoyens marocains doivent, ainsi, fournir des preuves de leur situation financière, de leur emploi, de leur lieu de résidence et de leur intention de quitter la France à la fin de leur séjour.

    De plus, les quotas de visas pour les citoyens marocains ont été historiquement bas en raison de problèmes de sécurité et d’immigration. Bien que ces objections soient compréhensibles, elles ont créé des obstacles pour les Marocains qui souhaitent se rendre en France pour des raisons de tourisme, de commerce ou de réunification familiale.

    Mobilisation des expatriés français au Maroc

    Face à ces problèmes, les expatriés français au Maroc ont commencé à faire pression sur le gouvernement français pour augmenter le nombre de visas accordés aux citoyens marocains. Les expatriés ont organisé des manifestations, des pétitions et des campagnes médiatiques pour attirer l’attention sur les difficultés rencontrées par les citoyens marocains.

    En 2019, l’Association des Résidents Etrangers au Maroc (AREM) a lancé une campagne appelée « Visas pour tous » pour exiger que le gouvernement français augmente le nombre de visas accordés aux citoyens marocains. L’AREM a organisé des manifestations devant les ambassades et les consulats français au Maroc, ainsi que des campagnes de sensibilisation dans les médias locaux et internationaux.

    L’un des collectifs les plus actifs est « Visa en péril », créé en 2018. Il s’agit d’un regroupement de Français et de Marocains qui ont décidé de se battre ensemble pour améliorer la situation des visas entre les deux pays. Le regroupement citoyen organise régulièrement des actions de sensibilisation et des manifestations pour interpeller les autorités françaises et marocaines.

    Une autre organisation, l’Association Marocaine des Expatriés en France (AMEF), créée en 2014 pour représenter les intérêts des Marocains résidant en France et pour promouvoir le dialogue et la compréhension entre les deux pays, s’est aussi fortement mobilisée. Depuis sa création, l’AMEF a travaillé en étroite collaboration avec les autorités françaises pour améliorer les procédures de demande de visa et pour augmenter le nombre de visas accordés aux citoyens marocains.

    L’une des réalisations les plus significatives de l’AMEF a été la mise en place de centres de visas en dehors de Rabat, la capitale marocaine, pour faciliter l’accès aux demandeurs de visa. Ces centres de visas ont été créés dans les villes de Casablanca, Marrakech, Agadir et Fès, offrant aux demandeurs une alternative

    Les expatriés français ont également travaillé en étroite collaboration avec les organisations de la société civile marocaines pour faire pression sur le gouvernement français. Ils ont aussi activé via les élus consulaires leurs réseaux au sein des parlementaires français et européens.

    Des visas en hausse

    Ces efforts ont porté leurs fruits, car la France a récemment annoncé une augmentation du nombre de visas délivrés aux citoyens marocains. En 2021, plus de 214 000 visas ont été accordés, soit une augmentation de 8,8% par rapport à l’année précédente.

    Les expatriés ont également souligné l’importance de la coopération entre les gouvernements français et marocain pour améliorer les procédures de délivrance de visas, notamment en simplifiant les formulaires de demande, en réduisant les délais de traitement et en améliorant la communication.

  • Mondialisation, fin de partie ou nouvelle partie ?

    Mondialisation, fin de partie ou nouvelle partie ?

    Après une phase de mondialisation sans précédent entre 1990 et 2007, la tentation de la fragmentation semble depuis s’accélérer avec le retour au protectionnisme. 

    De l’interdiction d’accéder aux réseaux sociaux américains en Chine à la menace d’interdiction de Tik Tok aux États-Unis, en passant par l’instauration d’embargos à l’encontre de la Russie ou de l’Iran, les barrières commerciales se multiplient. Le département du Trésor américain élaborerait des plans pour arrêter les investissements dans les technologies de pointe au sein de pays qui mettraient en œuvre des politiques contraires aux intérêts américains. La vente à la Chine de microprocesseurs avancés et d’équipements de leur fabrication est désormais interdite. Dans le même temps, le gouvernement fédéral propose des subventions pour rapatrier les chaînes de fabrication des semi-conducteurs, des batteries, des voitures électriques et des équipements indispensables pour les énergies renouvelables. 

    L’Union européenne recourt aux mêmes armes afin de limiter sa dépendance à la Chine et aux États-Unis. À l’échelle de l’Histoire, la planète a connu plusieurs grandes phases de développement du commerce international et des reculs marqués. Sans revenir à l’Empire romain, Les entreprises européennes ont commencé à rayonner au-delà de leurs frontières à partir du XVIe siècle avec l’essor des maisons de commerce coloniales. La deuxième grande vague s’est produite au XIXe siècle avec le développement du transport maritime. Elle a cessé au début du XXe siècle avec l’opposition croissante entre l’Allemagne et le Royaume-Uni, opposition qui déboucha sur la Première Guerre mondiale. Le commerce international a mis soixante ans pour retrouver l’ampleur qu’il avait en 1912.

    La Chine continue de protéger son marché intérieur 

    La dernière vague est celle des années 1990 – 2007, marquée par l’essor de la Chine comme atelier du monde. En une trentaine d’années, le poids de ce pays dans le commerce mondial est passé de 3 à 10 % du PIB. Il est devenu, pour un très grand nombre de pays, leur premier fournisseur. Pour la première fois depuis le début de la révolution industrielle, un État d’obédience communiste, doté d’un régime autoritaire, s’est hissé au premier rang pour les échanges internationaux. 

    Cette montée en puissance a été facilitée par les États occidentaux qui ont accepté, en 2001, l’adhésion de ce pays à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). La Chine bénéficie d’un statut dérogatoire en tant que pays en développement, ce qui lui permet de continuer à protéger son marché intérieur. Les pays occidentaux ont accepté cet état de fait car ils ont bénéficié de gains de productivité et de pouvoir d’achat grâce aux importations des pays à bas coûts de production. La dernière vague d’internationalisation a pris fin avec la crise financière de 2007/2009.

    Une contestation croissante de la mondialisation 

    La croissance du commerce international est désormais inférieure à celle du PIB quand elle pouvait être deux fois plus rapide durant les décennies précédentes. La crise financière a révélé la fragilité des économies occidentales. Elle s’est accompagnée en leur sein d’une contestation croissante de la mondialisation accusée de détruire les emplois des classes moyennes. Les entreprises occidentales ont été les grandes opératrices de la dernière phase de mondialisation. Elles ont été à l’origine des trois quarts des flux d’investissement de capitaux permettant l’industrialisation des pays émergents.

    Après la crise financière, les entreprises occidentales ont réduit leurs investissements à l’étranger. Les flux annuels d’investissements étrangers américains et européens (hors bénéfices réinvestis) sont passés de 659 milliards de dollars en 2015 à 216 milliards de dollars en 2021. Entre 2010 et 2021, la part de l’Occident dans le stock mondial d’investissement direct étranger (IDE) est passée de 78 % à 71 %. Grâce à leur puissance financière, les entreprises chinoises ont multiplié les filiales et les acquisitions à l’étranger. Elles concurrencent de plus en plus les firmes multinationales sur leurs marchés. En 2022, quatre des cinq plus grandes marques de smartphones en Inde, par exemple, sont désormais chinoises. L’année dernière, la Chine a dépassé l’Allemagne en tant que deuxième exportateur mondial de voitures, derrière le Japon. 

    Les revenus issus de l’étranger pour les multinationales occidentales stagnent depuis une dizaine d’années, quand ils avaient été multipliés par trois de 1990 à 2010. Cette stagnation s’explique par la faible croissance des ventes internationales des sociétés américaines et européennes cotées. Elles ont augmenté de moins de 2 % de 2010 à 2022 contre 8 % dans les années 2000 et 10 % dans les années 1990. Les multinationales occidentales réduisent leur nombre de filiales à l’étranger. Cette baisse s’explique par leur départ de Russie ou d’Iran mais aussi d’un certain nombre de pays émergents ou en développement en raison de problèmes de sécurité.

    La Chine opère de plus en plus dans le cadre de partenariats 

    Les autorités chinoises entendent également réduire l’influence des entreprises occidentales en augmentant les contraintes pesant sur ces dernières. Les règles financières sont de plus en plus tatillonnes afin de dissuader les investissements étrangers. Le contrôle politique est de plus en plus pesant avec une fermeture technologique se traduisant par un découplage de l’Internet chinois du monde occidental. La Chine opère de plus en plus dans le cadre de partenariats afin de sécuriser ses approvisionnements et ses exportations. Elle a ainsi noué des relations privilégiées avec la Russie, l’Iran, le Venezuela, l’Éthiopie, la Hongrie, la Grèce et la Corée du Nord. Si le marché chinois demeure essentiel pour des pays comme l’Allemagne, il l’est de moins en moins pour les firmes américaines. 

    ©StockAdobe

    Certes, les entreprises occidentales de semi-conducteurs réalisent environ 30 % de leurs ventes en Chine mais la fabrication de ces derniers ne représente que 400 milliards de dollars sur les 12 000 milliards de dollars d’exportations réalisées par les sociétés occidentales cotées. La Chine serait responsable de moins d’un huitième des revenus étrangers de ces entreprises.

    L’Inde, un marché de plus en plus important pour les entreprises occidentales 

    Les multinationales américaines gagnent beaucoup plus d’argent avec leurs ventes en Europe qu’avec les pays émergents. Pour les entreprises européennes, le marché chinois est assez modeste en ce qui concerne les exportations. Selon The Economist, seuls 8 % des revenus totaux des entreprises européennes proviennent, en effet, de ce pays. Pour leurs homologues américains, le chiffre serait de 4 %. 

    L’Inde est, en revanche, un marché de plus en plus important pour les entreprises occidentales. Leurs ventes y ont progressé entre 2017 et 2020 de 6 % par an. 

    La fragmentation du monde ne se traduit pas encore en chiffres par une réindustrialisation des pays occidentaux. La production manufacturière reste inférieure à ce qu’elle était avant la crise financière aux États-Unis et à peu près inchangée en Europe, grâce à l’Allemagne, le processus de désindustrialisation s’étant accéléré notamment pour la France. Les grandes entreprises réduisent le nombre de leurs implantations à l’étranger en privilégiant les États en forte croissance et politiquement stables. L’Inde, le Vietnam, le Mexique, le Canada, sont privilégiés pour l’implantation d’unités industrielles. 

    En Europe, la République tchèque et la Slovénie demeurent attractives. La France accueille peu de nouvelles usines mais attire des capitaux pour la création de sièges administratifs. Tesla a choisi Berlin pour l’installation de son usine de véhicules électriques mais ses dirigeants estiment que les contraintes réglementaires ont pesé sur la réalisation du projet, retardé de nombreux mois.

    Les multinationales se désengagent de la production pour se concentrer sur la recherche, sur l’immatériel 

    Face à la montée du protectionnisme, les multinationales sont contraintes d’opérer des transferts de technologie. Elles acceptent également de délocaliser leurs centres de recherche. Avec l’amélioration du niveau de formation dans les pays émergents, elles arrivent à recruter à des conditions intéressantes des chercheurs de haut niveau. Les dépenses des multinationales américaines en recherche et développement (R&D) dans les pays à bas coûts ont à peu près doublé entre 2010 et 2020. En novembre dernier, Boeing a annoncé qu’il construirait une installation de R&D de 200 millions de dollars dans la ville indienne de Bangalore. Walmart, Rolls-Royce, Alphabet, Amazon et Microsoft ont également ouvert des centres de R&D dans cette ville qui devient un haut lieu de la recherche. 

    Les multinationales se désengagent de plus en plus de la production pour se concentrer sur la recherche, sur l’immatériel. La fabrication est laissée à des sous-traitants interchangeables, l’objectif étant de ne pas être dépendant d’une entreprise et d’une zone géographique.

    L’internationalisation n’a pas dit son dernier mot.  

    Siemens se définit désormais comme une « entreprise technologique » axée sur les simulations numériques et l’analyse de données. Walmart emploie désormais 25 000 spécialistes du numérique soit autant que les effectifs combinés de Pinterest, Snap, Spotify et Zoom. Les entreprises gagnent de plus en plus d’argent sur les brevets et de moins en moins sur la production. 

    L’internationalisation n’a pas dit son dernier mot. La rentabilité des firmes multinationales dont le chiffre d’affaires dépasse 10 milliards de dollars est plus de quatre fois plus élevée que celle des entreprises réalisant moins d’un milliard de chiffre d’affaires. Leur rentabilité a augmenté de 6 points (12 à 18 %) entre 1990 à 2021 quand celle des entreprises de moins d’un milliard de dollars de chiffres d’affaires a été divisée par deux sur la même période (8 à 4 %). Les premières ont réalisé plus de 43 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger contre 32 % pour les secondes. Si le monde se fractionne, les grandes entreprises entendent maintenir leurs positions dominantes le plus longtemps possible.

  • Industrie verte : le nucléaire n’est « pas stratégique », selon Ursula von der Leyen

    Industrie verte : le nucléaire n’est « pas stratégique », selon Ursula von der Leyen

    Ursula von der Leyen a souligné jeudi soir (23 mars) les limites du soutien de l’UE à l’énergie nucléaire dans le cadre du règlement pour une industrie « zéro net » qui vise à soutenir la production domestique de technologies propres.

    « Le nucléaire peut jouer un rôle dans notre effort de décarbonation, c’est important », a déclaré Mme von der Leyen à l’issue de la première journée du sommet européen de Bruxelles ces 23 et 24 mars, au cours duquel les dirigeants ont discuté de la réponse de l’UE aux subventions vertes américaines.

    « Dans notre règlement pour une industrie “zéro net” [Net-Zero Industry Act], un large éventail de technologies propres — y compris le nucléaire de pointe — ont accès à des règles simplifiées et à des incitations », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse jeudi soir (23 mars).

    « Mais seules les technologies à zéro émission que nous jugeons stratégiques pour l’avenir — comme les panneaux solaires, les batteries et les électrolyseurs, par exemple — ont accès à l’ensemble des avantages et des bénéfices », a-t-elle ajouté.

    « Le nucléaire de pointe est donc présent dans certains domaines, mais pas dans tous. » Une situation qui a le don d’agacer Paris.

    Le Net-Zero Industry Act, présenté la semaine dernière, cite l’énergie nucléaire parmi les huit technologies censées apporter « une contribution significative à la décarbonation » en Europe. [Copyright: European Union]

    Nucléaire oui, mais pas « stratégique »

    Le Net-Zero Industry Act, présenté la semaine dernière, cite l’énergie nucléaire parmi les huit technologies censées apporter « une contribution significative à la décarbonation » en Europe.

    Encore que le texte ne prend en considération que les « technologies avancées pour produire de l’énergie à partir de procédés nucléaires avec un minimum de déchets issus du cycle du combustible » et de « petits réacteurs modulaires ».

    De plus, il ne figure pas dans une annexe distincte du règlement, qui définit des « technologies stratégiques à zéro émission » qui « bénéficieront d’un soutien particulier » et seront soumises à un « critère de production nationale de 40 % » afin de promouvoir l’industrie européenne.

    Pour ces industries « stratégiques », les besoins d’investissement totaux devraient s’élever à environ 92 milliards d’euros sur la période 2023-2030, avec des besoins de financement public de 16 à 18 milliards d’euros, a déclaré la Commission dans un document de travail publié en même temps que le règlement.

    Le nucléaire n’y est pas mentionné une seule fois.

    Ce n’est donc pas pour ravir la France à la tête d’une campagne visant à obtenir une plus grande reconnaissance du nucléaire dans le cadre des efforts déployés par l’Europe pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050.

    Le mois dernier, Paris a même lancé une alliance de 11 pays pour promouvoir le nucléaire comme source d’électricité à faible teneur en carbone et travailler sur des « projets industriels communs ».

    Mais l’octroi d’un financement européen à des projets nucléaires constituerait un pas de trop pour des États comme l’Allemagne, l’Autriche ou le Luxembourg, opposés à l’énergie atomique.

  • Deux ponts sur le fleuve Amour

    Deux ponts sur le fleuve Amour

    Un avenir radieux est promis à l’humanité : « Au cours de ces dix années, les valeurs communes de l’humanité – la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté – se sont enracinées plus profondément dans le cœur des gens. Un monde ouvert, inclusif, propre et beau, avec une paix durable, une sécurité universelle et une prospérité commune, est devenu l’aspiration commune d’un nombre croissant de pays. », Xi Jinping dixit. Voir quelqu’un plus optimiste qu’un Californien sur l’avenir du monde virtuel réchauffe le cœur. Celui des Russes en particulier : « Comme nos amis chinois, nous plaidons en faveur du strict respect de la Charte des Nations unies et des normes du droit international, y compris du droit humanitaire », répond Vladimir Poutine, qui vient d’accuser réception du mandat lancé contre lui par la Cour pénale internationale en menaçant les juges… d’une frappe. Cet humour à la Prigogine ! On le singerait s’il n’y avait des morts.

    « Je t’aime plus que jamais et jusqu’à la mort. »

    Les deux amis se sont rencontrés quarante fois ce dernières années. Les optimistes songent à ce qu’est l’amitié en politique : « Je t’aime plus que jamais et jusqu’à la mort. Dans ce moment je suis toi-même. » écrivait Robespierre à Danton. Un an plus tard, il le faisait décapiter. Xi n’a pas les mêmes effusions que l’Incorruptible. Le volume des échanges entre la Chine et la Russie a doublé.  Leur ambition est de le porter à 200 milliards. Ensemble ils construiront un nouveau gazoduc. Ils forment, pour la paix du monde, le pôle de convergence de tous ceux qui contestent ou jalousent les Etats-Unis et leurs alliés européens. 

    Voici qui est affiché. Première lecture simple, évidente. Dans les annales chinoises, ce qui important, c’est moins ce qui est dit que ce qui est tu. Or, ce qui fut tu, c’est l’aide militaire. Biden a confirmé que la Chine n’avait pas franchi la ligne rouge, celle de livrer des armes. Aucun acte, aucune promesse. Au contraire, la Turquie, qui aime les courants alternatifs du Bosphore, bloque enfin le transit des produits interdits en direction de la Russie. La Chine, au moment de mettre en scène son pacte anti occidental, a rétabli les vols avec Taïwan. L’ancien Président de Taïwan Ma Ying-jeou (rival et prédécesseur de l’actuelle présidente Tsai Ing-wen), se rendra en Chine pour la première visite d’un dirigeant taïwanais depuis 1949. La stratégie chinoise est toujours double.

    Devenir l’empire du milieu 

    Ce que fait la Chine, c’est devenir l’empire du milieu. Elle affirme une politique mondiale. Avec la Russie, mais sans fâcher vraiment l’Ukraine. Xi Ping devait accueillir Lula, vieille figure anti yankee de l’Amérique latine, qui a refusé de condamner la Russie, qui représente surtout 150 milliards d’échanges commerciaux, presqu’autant que la Russie. Il accueille Pedro Sanchez, qui sort d’un Conseil européen où il aura beaucoup été question de la Chine, et qui est chargé de rappeler la position européenne : soutenir l’Ukraine, affirmer sa souveraineté dans ses frontières internationales. Puis Emmanuel Macron emmènera Ursula von der Leyen  à Pékin pour montrer l’unité européenne. 

    L’Europe est le premier marché chinois, l’enjeu majeur de la politique chinoise, parce que les Etats-Unis, sans l’Europe, seraient réduits. La maîtrise de l’Europe est la maîtrise du monde. Il ne faut pas agresser l’Europe, mais l’encercler, la menacer doucement, la séduire, l’annihiler. Par l’est (la Russie), le sud (l’Afrique), la mer (les ports), le discours (la paix), l’intérêt (le commerce). Et la diviser : menacer la Lituanie, cajoler les Balkans (3 milliards), flatter la France et acheter allemand. Éviter, tout en affichant l’amitié sino-russe, que ne se forme un axe anti-chinois. Une logique de bloc nuirait à la Chine, encore trop faible pour la supporter. Elle doit se renforcer.

    Vladimir Poutine et Xi Jinping

    Des relations d’Etat à Etat, et non le simple jeu du libre commerce 

    En Mer de Chine, elle a affirmé avoir chassé un destroyer américain des îles Paracelse, un chapelet d’îles qu’elle revendique, qu’elle occupe militairement depuis 1974. C’est d’ailleurs la France, qui, les ayant intégré dans l’Indochine française, permet au Viêt-Nam de les réclamer. La Chine revendique aussi les Spratleys. Elle veut contrôler la mer de Chine, malgré ses voisins : Taïwan, Vietnam, Philippines, Malaisie, Brunei, Indonésie, qui voient progresser l’impérialisme chinois, à leur porte et chez eux. De quoi se ranger du côté des Américains. La moitié du commerce mondial, l’essentiel du commerce chinois, passe par la mer de Chine. 

    La force -construire la première marine du monde, installer des bases militaires- sécurise les voies maritimes. Mais aussi la diplomatie : dénoncer l’expansion de l’Otan en Asie. Fortifier les axes stratégiques à partir des liens commerciaux, mais par des relations d’Etat à Etat, et non par le simple jeu du libre commerce : c’est l’enjeu de l’amitié sino-russe pour les hydrocarbures à bas coût, mais aussi de la réconciliation irano-saoudienne parrainée par la Chine. L’union des polices politiques et religieuses, bénie par le pétrole, est un pied de nez aux « impérialistes ». 

    Mais toute action engendre réaction. C’est pourquoi la Chine a toutes les raisons d’être prudente, de n’avancer que pas à pas, garder plusieurs fers au feu. Ses actions en mer de Chine inquiètent. L’Inde s’affirme. Les Européens se hérissent.

    Un cessez-le-feu aujourd’hui garantirait une guerre longue, un conflit gelé en Europe.

    Sur l’Ukraine, la Chine a ainsi fait référence à la Charte des Nations Unies et a conduit la Russie à faire de même. Elle esquisse la possibilité d’un cessez-le-feu, qui, aujourd’hui favoriserait les Russes et garantirait une guerre longue, un conflit gelé en Europe. Elle parie sur la lassitude occidentale. 

    La seule réponse, c’est lui signifier que l’Europe veut terminer la guerre, vite, conformément «  à l’ordre international », et y mettre le prix. Que les pays qui confortent l’agression russe sont suspects d’être des adversaires, que cette logique vaut pour elle comme pour le Brésil ou les pays africains. Tel peut être le message de Macron, porte-parole de la première puissance militaire européenne, la France, premier pays occidental à avoir reconnu la Chine, malgré les États-Unis. 

    Rien n’est plus important que d’expliquer que nous ne défendons pas l’Ukraine à cause des États-Unis mais que c’est l’inverse : les Américains défendent l’Ukraine à cause de nous. Nous ne défendons pas l’Otan, l’Otan nous défend. L’agression russe n’est pas contre les États-Unis, mais contre l’Europe. La Chine, si elle soutient la Russie « en pensée, en parole, par action ou par omission », ne peut espérer avoir des relations amicales avec l’Europe. 

    Dans la superbe, les failles. 

    L’Europe, et la France, sont plus forts qu’ils ne le croient. Par leur cohérence, et par leur alliance avec les Etats-Unis. Le découplage qu’attend la Chine est d’autant plus improbable qu’elle met en scène son alliance avec la Russie et l’Iran. C’est une posture assez maladroite. 

    Chacun s’effraie de la montée en puissance de la Chine, mais elle n’a pas atteint le degré d’influence, de richesse, de puissance, ni de l’Europe, ni des États-Unis. L’avantage de la Chine, c’est qu’elle a une politique à long terme. Xi vient d’être réélu à l’unanimité par 2952 voix contre zéro pour un troisième mandat. Biden n’en fera pas autant. Le camp occidental, qu’il désigne comme adversaire, dont nous faisons partie, quelles que soient courbettes et circonvolutions, affiche aussi un modèle, qui vaut bien celui de la Chine pour les peuples du monde. La preuve par Xi : « les valeurs communes de l’humanité – la paix, le développement, l’équité, la justice, la démocratie et la liberté – se sont enracinées plus profondément dans le cœur des gens. ». Xi reprenant la phraséologie droit-de-l’hommiste de l’Occident décadent, cela valait bien la peine de vanter avec Poutine les deux ponts sur le fleuve Amour ! L’hommage des tyrans à la démocratie n’est pas de l’autodérision, plutôt une abdication mentale inconsciente, révélatrice de leurs profondes faiblesses. Dans la superbe, les failles.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site « Lesfrancais.press »

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