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  • Les Assises de la protection sociale à l’épreuve du contexte politique

    Les Assises de la protection sociale à l’épreuve du contexte politique

    Grande première pour les expatriés : les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger ont été lancées en mars 2025. Elles visent, entre autres, à améliorer les dispositifs d’aides sociales et de bourses scolaires, ainsi qu’à proposer des solutions pour préserver la Caisse des Français de l’étranger. Alors que les conclusions sont attendues à la mi‑octobre 2025, la situation politique en France risque‑t‑elle de bouleverser le calendrier ? Quels seront les prochains rendez‑vous ? Les objectifs seront-ils tenus ? Les réponses avec Florian Bohême, président de la Commission des affaires sociales de l’AFE et l’un des instigateurs de ces Assises.

    Écouter le podcast avec Florian Bohême

    Assises de la protection sociale et changement de gouvernement : cap maintenu ?

    Depuis mars 2025, partout dans le monde, les expatriés sont invités à apporter leur contribution pour nourrir la réflexion des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. Aides sociales, bourses scolaires et avenir de la CFE (Caisse des Français de l’étranger) sont les trois thèmes qui avaient été retenus. Lancées officiellement il y a cinq mois par Laurent Saint‑Martin, alors ministre délégué au Commerce extérieur et aux Français de l’étranger, ces Assises suscitent aujourd’hui des interrogations quant aux répercussions possibles des évolutions politiques en France sur son calendrier et la conduite de ses travaux.

    « Au début, beaucoup nous attendaient au virage en disant, c’est quoi ce machin ?, au sujet des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger »

    Florian Bohême, Président de la Commission des Affaires sociales de l’AFE, Conseiller des Français du Cambodge

    En effet, Sébastien Lecornu a succédé à François Bayou à Matignon. Ce changement a‑t‑il une incidence directe sur les travaux des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger ? La réponse de notre invité, Florian Bohême, est limpide : « Non, cela ne perturbe pas (…) nous avons un programme très établi. » Au cours de ce podcast, le président de la Commission des affaires sociales de l’AFE donne des exemples concrets sur les réunions et rencontres en cours.

    « Ce n’est pas parce que la situation politique est merdique en France que le système doit s’arrêter »

    Florian Bohême, Président de la Commission des Affaires sociales de l’AFE, Conseiller des Français du Cambodge

    Mais si le cap est maintenu, les modifications ministérielles possibles pourraient ouvrir une brèche sur le budget. Laurent Saint-Martin avait insisté pour que les recommandations des Assises se fassent à euro constant, c’est-à-dire sans engager de dépense supplémentaire. Pour notre invité « le gouvernement n’est plus. Est-ce que cet objectif sera maintenu par le prochain gouvernement ? Moi, je n’ai pas la réponse aujourd’hui » ! Laissant supposer que des recommandations entraînant un apport budgétaire supplémentaire pourraient être posées sur la table, notamment concernant la santé et la CFE. Revenant sur l’instabilité gouvernementale, de son propre aveu, Florian Bohême est « cash » en nous disant : « ce n’est pas parce que la situation politique est merdique en France que le système doit s’arrêter ».

    Mobilisation citoyenne autour des Assises de la protection sociale des expatriés

    L’une des clés de réussite de ces Assises pourra se mesurer à la participation de nos ressortissants établis hors de France. L’élu consulaire du Cambodge rappelle le chemin parcouru depuis le lancement des travaux : « Je pense que c’est vraiment quelque chose qui a pris de l’ampleur au fur et à mesure », dit‑il, en reconnaissant qu’« au début, beaucoup nous attendaient au tournant en se demandant c’est quoi, ce machin ?, à propos des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. »

    Florian Boheme lors du lancement des Assises de la protections sociale
    Florian Bohême lors du lancement des Assises de la protections sociale

    Au fil de cette interview, Florian Bohême nous donne des exemples de cette mobilisation citoyenne en faveur des Assises de la protection sociale. Ainsi, des dizaines de réunions de conseil consulaire dans les différents pays se sont, par exemple, organisées. Et notre invité nous partage aussi le chiffre suivant : « 250 citoyens ont candidaté pour rejoindre le panel citoyen. On va en tirer 40 au sort. Je trouve que c’est déjà une réussite ». Il évoque également des situations vécues de Français à l’étranger qui se sont engagés dans ce débat, notamment sur le volet éducation et les attentes vis-à-vis des écoles françaises à l’étranger en lien avec l’AEFE et les aides à la scolarité.

    Les prochains rendez-vous des Assises

    La dernière phase de ces assises a commencé. L’ensemble des contributions reçues sera prochainement publié sur le site internet dédié aux Assises. Puis, une conférence de consensus est ainsi prévue pour le 10 octobre. Florian Bohême nous explique le fonctionnement envisagé pour cet exercice de « consultation citoyenne », et la façon dont les panélistes voteront les recommandations pour définir des priorités. Et, le 15 octobre prochain pendant la session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), les élus voteront sur les propositions retenues.

    D’ores et déjà des pistes d’amélioration devraient recueillir le soutien de nombreuses personnes. Mais comment faire pour que ces recommandations en faveur des aides sociales, des bourses scolaires et des soins de santé à travers la Caisse des Français de l’étranger deviennent ensuite une réalité et ne terminent pas dans un placard, ou victime d’un contexte politique instable ? Outre la rédaction d’un livre blanc, et l’appel aux parlementaires pour le soutenir, Florian Bohême le sait « il faut beaucoup de persuasion et c’est peut-être finalement ce qui nous attend d’ici la fin du mandat ».


    Informations sur les assises de la protection sociale ici

  • Tribune libre « Le coût réel de la vie au Vietnam : entre mythes et réalités »

    Tribune libre « Le coût réel de la vie au Vietnam : entre mythes et réalités »

    Si vous voulez nous faire part d’un témoignage, d’une analyse ou bien de propositions en lien avec les expatriés, Lesfrançais.press est aussi un espace d’expression. Ainsi, nous accueillons avec intérêt les contributions des Françaises et des Français vivant à l’étranger, désireux de partager leurs expériences, réflexions ou observations depuis leur pays de résidence. C’est le sens de cette tribune libre sur « le coût réel de la vie au Vietnam entre mythes et réalités » que notre media a reçu, et que nous publions. Vous pouvez également nous faire parvenir vos contributions en écrivant à [email protected].

    Contribution de Jaime Peypoch, Secrétaire Général de Français du monde-adfe, Président de la section Français du monde Vietnam, et de Marc Villard, Conseiller des Français de l’étranger, élu au Vietnam.

    Vietnam : le mythe du « pays pas cher » résiste-t-il aux faits ?

    Les réseaux sociaux regorgent de témoignages de voyageurs décrivant le Vietnam comme un pays « pas cher », où il serait possible de vivre mieux qu’en France avec un revenu équivalent au SMIC (salaire minimum interprofessionnel de croissance). Cette vision occulte une réalité essentielle : en France, ce revenu couvre la sécurité sociale, la retraite, la scolarité et même l’assurance chômage. Rien de tout cela n’est inclus au Vietnam.

    Marc Villard, Conseiller des Français de l'étranger et Jaime Peypoch, Président de Français du monde adfe Vietnam
    Marc Villard, Conseiller des Français de l’étranger et Jaime Peypoch, Président de Français du monde adfe Vietnam

    La vie quotidienne vietnamienne semble imbattable si l’on adopte un mode de vie local. Un repas de rue coûte rarement plus de trois euros, un café pris sur le trottoir se paie quelques dizaines de centimes, et de nombreux petits services paraissent extrêmement abordables pour un regard venu d’Europe. Si ces avantages existent au Vietnam, ils ne représentent qu’une partie de l’expérience de l’expatriation.

    Expatriés au Vietnam : ce qui pèse vraiment dans le budget

    Les dépenses incontournables, elles, sont d’un tout autre ordre. Le premier poste est la santé. Une simple consultation dans un hôpital international coûte entre 40 et 80 euros. Une journée d’hospitalisation en soins intensifs peut se facturer plusieurs milliers d’euros, et un transport sanitaire d’urgence peut atteindre 30 000 à 40 000 euros. Ces montants rendent indispensable la souscription d’une assurance santé. Mais cette sécurité a un prix : de 1 000 euros par an pour un célibataire à 2 000 ou 3 000 euros pour une famille, avec souvent un reste à charge important.

    La scolarité est un autre poste majeur. Dans les établissements scolaires français au Vietnam, il faut compter entre 6 000 et 9 000 euros par an et par enfant. Certes, les familles peuvent bénéficier de bourses scolaires, mais elles ne couvrent pas toujours l’intégralité du coût et leur attribution dépend de critères sociaux stricts.

    « Le Vietnam n’est donc pas l’eldorado que certains décrivent. C’est un pays dynamique, accueillant et plein d’opportunités, mais où l’expatriation exige une préparation sérieuse »

    Jaime Peypoch et Marc Villard

    Le logement illustre lui aussi l’écart entre vie locale et vie expatriée mais dans une moindre mesure. Louer un appartement dans un quartier vietnamien coûte entre 200 et 400 euros par mois. Mais pour vivre dans les quartiers dits expatriés Il faut prévoir entre 600 et parfois plus de 1000 euros pour un grand appartement. Les jeunes actifs seuls ou en couple peuvent se contenter de solutions plus modestes, mais pour les familles, le logement constitue souvent une charge difficilement compressible.

    Visa pour le Vietnam : des démarches parfois complexes

    À ces dépenses s’ajoute une autre difficulté : l’obtention d’un visa. Vivre au Vietnam de manière légale nécessite un titre de séjour adapté, qu’il s’agisse d’un visa de travail, d’affaires ou de résident. Le « visa run » — consistant à sortir régulièrement du pays pour y revenir avec un visa touriste — reste une pratique qui ne permet pas une vie stable, d’ouvrir un compte bancaire, de signer un bail, d’obtenir un permis de conduire ou de travailler officiellement.

    En cas de difficultés, les consulats et les associations locales peuvent apporter un soutien ponctuel. Mais ils ne constituent pas un système de protection sociale français à l’étranger. Leur rôle se limite à proposer des aides temporaires ou des solutions d’urgence. Lorsqu’une situation se dégrade durablement, la seule solution réaliste reste bien souvent le retour en France.

    Le Vietnam n’est donc pas l’eldorado que certains décrivent. C’est un pays dynamique, accueillant et plein d’opportunités, mais où l’expatriation exige une préparation sérieuse. Santé, scolarité, logement et statut légal doivent être anticipés avec soin. S’installer au Vietnam peut être une formidable aventure, à condition de bien préparer son départ, de planifier son budget et de sécuriser son statut administratif.

    Jaime Peypoch, Secrétaire Général de Français du monde-adfe, Président de la section Français du monde Vietnam, et Marc Villard, Conseiller des Français de l’étranger, élu au Vietnam.

  • Briser le carcan de la fatalité

    Briser le carcan de la fatalité

    La France, pays malade d’une Europe elle-même souffrante, renoue avec l’instabilité politique. Celle-ci n’est pas nouvelle : elle constitue même le fil rouge de son histoire. Depuis la Révolution de 1789, plus de treize régimes se sont succédé En soixante-neuf ans, la IIIᵉ République a comptabilisé cent quatre gouvernements ; en douze ans, la IVᵉ en a connu vingt-quatre. Instituée afin de restaurer la stabilité, la Ve République est loin d’être un modèle du genre, surtout depuis trois ans. Depuis 1958, elle a vu se succéder quarante-six gouvernements, quand l’Allemagne n’en a connu que vingt-trois.

    Au-delà de cette instabilité chronique, la France traverse une crise politique, économique et sociale de grande ampleur. Elle cumule plus de cinquante années de déficits publics et une dette dépassant 113 % du PIB. Le moral des ménages est au plus bas.

    Europe morose

    La France n’est toutefois pas la seule à être confrontée à cette situation : c’est l’ensemble de l’Europe qui doit composer avec la morosité. Les populations des États membres de l’Union européenne vitupèrent contre leurs gouvernements, en mettant en avant la baisse de leur pouvoir d’achat, l’insécurité ou encore le coût de la transition écologique. La fragmentation des sociétés menace l’unité des États membres.

    Les perspectives économiques ne sont guère encourageantes. Les prévisionnistes tablent sur une croissance européenne inférieure à 1 % par an pour les années à venir, sur fond de vieillissement démographique. L’économie allemande demeure atone, malgré un assouplissement budgétaire. Le marché américain, premier débouché des entreprises européennes, se referme avec la hausse des droits de douane. L’afflux de produits chinois à bas prix pourrait déstabiliser plusieurs secteurs stratégiques.

    L’Europe semble démunie face à un triple défi : le vieillissement démographique, la transition écologique et la digitalisation. Ces trois défis s’imposent en grande partie aux Européens. Le vieillissement démographique commence à peser lourdement, avec la forte augmentation des dépenses sociales et la baisse de la productivité. Il s’accompagne de la tentation prégnante du repli sur soi. Par son coût et les modifications de comportements qu’elle induit, la transition écologique est de plus en plus perçue comme une contrainte et non comme une opportunité. Elle est devenue une source de tensions sociales. Quant à la digitalisation et sa composante liée à l’intelligence artificielle, elle est subie en Europe du fait des retards technologiques accumulés depuis des décennies par rapport aux États-Unis et à la Chine.

    À la différence de l’après-Seconde Guerre mondiale, peu de personnalités et peu d’énergie positive se dégagent aujourd’hui au sein des États membres pour trouver des solutions communes. La Commission européenne est critiquée en permanence, tant par les gouvernements que par les populations. Elle est jugée tour à tour trop intrusive et trop passive, trop favorable à la bureaucratie et absente des grands dossiers — immigration, guerre en Ukraine, droits de douane… Bien souvent, elle est vilipendée pour des sujets qui ne relèvent même pas de sa compétence.

    Europe maillon faible

    Dans un monde qui se structure en empires, l’Europe doit cesser d’être le maillon faible. La montée des nationalismes fait croire à certains qu’ils s’en sortiraient mieux seuls qu’ensemble. Il n’y a pas excès d’Europe mais bien déficit d’Europe. Les propositions du rapport de Mario Draghi — au premier rang desquelles la finalisation du marché unique avec la création d’un véritable marché unifié des capitaux — mettent trop de temps à être mises en œuvre. La transition écologique comme l’effort de défense devraient reposer sur des financements communautaires. Sans budget commun de recherche, le retard technologique avec les États-Unis et la Chine ne pourra pas être comblé.

    Le chantier de l’harmonisation fiscale devrait également être relancé afin de favoriser l’émergence d’un plus grand nombre de sociétés réellement européennes. Enfin, l’Europe doit créer les conditions de gains de productivité, seule garantie durable de croissance.

    Faute de sursaut collectif, la France comme l’Europe risquent de s’enliser dans un cercle vicieux d’instabilité politique, de stagnation économique et de repli identitaire. L’histoire européenne a montré que les crises peuvent être l’occasion de prises de conscience et de rebonds. Il est urgent de briser le carcan de la fatalité et de retrouver l’esprit de construction, sans quoi l’Europe demeurera spectatrice dans un monde où seuls les empires font l’Histoire.

  • Londres : le lycée international Churchill fête ses 10 ans

    Londres : le lycée international Churchill fête ses 10 ans

    François Hollande et l’ambassadrice de France au Royaume-Uni, Hélène Duchêne, participeront aux célébrations d’un établissement devenu une référence de l’enseignement français à l’étranger. C’est le 22 septembre 2025, que l’ancien chef de l’État et l’ambassadrice célébreront ainsi les 10 ans du Lycée International de Londres Winston Churchill. L’occasion de mettre en lumière un établissement incontournable dans le paysage éducatif français à l’étranger et de réfléchir à ses ambitions pour l’avenir.

    Un acteur majeur de l’enseignement français à Londres

    Inauguré en 2015 dans l’ancien Brent Town Hall – un édifice Art déco classé –, le Lycée Winston Churchill accueille aujourd’hui près de 900 élèves de la maternelle à la terminale, représentant une quarantaine de nationalités. Sa vocation : conjuguer excellence académique française et ouverture internationale.

    Les familles peuvent, entre autres, choisir entre deux parcours : le baccalauréat français, enrichi d’une option internationale, et le diplôme du Baccalauréat International (IB), reconnu dans le monde entier. Ce double cursus illustre l’identité de l’établissement : profondément ancré dans les valeurs de l’éducation française, tout en s’inscrivant pleinement dans le contexte britannique.

    Des résultats d’exception… mais surtout une ambiance unique

    Depuis son ouverture, le lycée affiche des résultats proches de 100 % de réussite aux examens. Ses élèves rejoignent chaque année les universités les plus prestigieuses du Royaume-Uni, d’Europe et d’Amérique du Nord. Mais pour Mireille Rabaté, proviseur fondateur de l’établissement, le succès ne se mesure pas uniquement en chiffres :

    « Ce qui fait la force du lycée, c’est avant tout cette atmosphère de confiance et de bienveillance, sans complaisance, qui pousse chaque élève à donner le meilleur de lui-même. »

    Mireille Rabaté, proviseur fondateur lors dune remise de diplômes
    Mireille Rabaté, proviseur fondateur lors dune remise de diplômes

    Les témoignages des familles confirment ce climat particulier :« Les parents me disent souvent : « Moi, je rentrais de l’école en traînant des pieds, mais mes enfants, eux, y courent en riant, impatients d’y retourner. »

    Le lycée international Churchill : une indépendance revendiquée

    Contrairement à d’autres établissements français de Londres, le Lycée international Winston Churchill a choisi l’indépendance totale.
    « Nous sommes une école de droit britannique, à but non lucratif. Nous ne recevons aucune subvention, ni du gouvernement français, ni du gouvernement britannique. Tout ce que nous faisons, nous le faisons seuls », précise Mireille Rabaté.

    Les frais de scolarité financent directement les salaires et le fonctionnement. Un coût certain, mais qui reste compétitif dans le contexte londonien : « pour des Français en France, nos tarifs peuvent sembler élevés. Mais ici, à Londres, nous faisons partie des établissements les plus accessibles. »

    Le numérique, un atout stratégique

    Le lycée mise résolument sur les technologies numériques. Chaque élève du secondaire dispose d’un iPad, outil central de l’organisation et de l’apprentissage.

    « Cela change tout », explique le proviseur fondateur. « D’abord, cela permet de personnaliser les enseignements. Ensuite, cela prépare les élèves à l’université : nos anciens nous disent que leur aisance avec les outils numériques est un atout précieux. »

    Cette culture digitale a démontré toute son efficacité durant la pandémie : le lycée était déjà prêt à basculer vers l’enseignement en ligne. Aujourd’hui, des salles de classe connectées permettent aux élèves malades, sportifs de haut niveau ou expatriés temporaires de suivre les cours en direct et d’interagir avec leurs camarades.

    Former les enseignants, préparer les citoyens de demain

    Pour exploiter pleinement ces outils, chaque membre du personnel bénéficie de huit jours de formation professionnelle par an. « La technologie n’est pas un gadget, elle transforme notre façon d’enseigner. Les enseignants collaborent beaucoup entre eux pour créer des cours plus interactifs et stimulants. »

    Le numérique : un outil d'apprentissage
    Le numérique, un outil d’apprentissage devenu incontournable – crédit adobestrock

    Mais le numérique ne suffit pas : la vision éducative du lycée s’attache à former des esprits critiques, créatifs et adaptables. « Nous éduquons pour un monde dont nous ignorons encore les contours. Les connaissances seules ne suffisent pas : il faut développer des compétences, du savoir-être et du savoir-faire. Nos deux piliers : collaboration et imagination. »

    Vers l’avenir

    En moins de dix ans, le Lycée international Winston Churchill s’est imposé comme une référence de l’enseignement français à l’étranger : indépendant, bilingue, innovant et tourné vers l’avenir. Ses projets incluent l’augmentation de sa capacité d’accueil, le développement de nouveaux partenariats et la préparation des jeunes générations aux défis globaux, de l’intelligence artificielle aux enjeux climatiques. La présence de l’ancien président de la République, François Hollande, et de l’ambassadrice de France au Royaume-Uni, Hélène Duchêne, souligne le rôle stratégique de l’enseignement français à l’étranger : un outil de diplomatie culturelle et de rayonnement international.

    Le 22 septembre marque ainsi une étape clé : célébrer les réussites d’un établissement déjà incontournable et dessiner le futur d’une éducation ambitieuse, ouverte et audacieuse. Le Lycée Winston Churchill, symbole de diversité et d’excellence, incarne une école du XXIᵉ siècle : exigeante mais bienveillante, indépendante mais connectée au monde, fidèle à ses racines françaises tout en cultivant un esprit international.

  • Journée mondiale sans voiture 2025

    Journée mondiale sans voiture 2025

    Chaque année, le 22 septembre, la Journée mondiale sans voiture invite les citadins à repenser leur mobilité. Née dans les années 1990 en Europe, cette initiative vise à sensibiliser aux impacts de la voiture individuelle sur la santé, la pollution et le climat. En France, l’événement a pris de l’ampleur dès 1998, avant de s’étendre à l’échelle mondiale. Les enjeux sont majeurs : en Île-de-France, le trafic routier génère 58 kilotonnes d’oxydes d’azote par an, soit la moitié de la pollution totale, et les Franciliens respirent un air « médiocre » plus de 10 semaines par an selon Airparif. Cette journée est l’occasion de redécouvrir la ville sans bruit ni pollution, et de promouvoir des modes de transport plus durables. On fait le point pour les Français de l’étranger et les expatriés.

    En France, un engagement croissant pour la mobilité durable

    Paris organise chaque année une édition emblématique, comme la journée « Paris Respire » du 17 septembre 2023, où les concentrations de dioxyde d’azote ont chuté de 5 à 20 % près des axes routiers. La capitale multiplie les animations : vélos en libre-service gratuits, rues piétonnes, et ateliers pour enfants. Depuis 2016, les Champs-Élysées sont même piétonnisés un dimanche par mois, une mesure saluée par les associations.

    Les zones à faibles émissions (ZFE) : une généralisation en marche

    En 2025, 43 agglomérations françaises de plus de 150 000 habitants instaurent des ZFE, interdisant progressivement les véhicules les plus polluants (Crit’Air 3 et plus). Paris et Lyon sont en première ligne, tandis que d’autres villes comme Marseille ou Rouen adaptent leur calendrier en fonction de l’amélioration de la qualité de l’air. Ces mesures s’accompagnent d’aides à la conversion vers des véhicules propres, comme la prime à la conversion ou le leasing social à 100 € par mois.

    La semaine européenne de la mobilité : un relais efficace

    Depuis 2002, la Journée sans voiture s’inscrit dans la Semaine européenne de la mobilité (16-22 septembre). En 2024, plus de 1 200 villes européennes y ont participé, proposant des alternatives comme le covoiturage, les transports en commun gratuits ou les pistes cyclables temporaires.

    Tour du monde des initiatives : des exemples inspirants

    Europe : Bruxelles, une ville sans voiture à grande échelle

    Bruxelles interdit totalement la circulation motorisée sur 161 km² le jour J, ne tolérant que les transports en commun, les taxis et les véhicules de secours. Résultat : une réduction de 40 à 50 % de la pollution et du bruit.

    Bruxelles sans voiture ©AFP

    Amérique du Nord : New York et ses « Summer Streets »

    New York ferme chaque année plusieurs avenues à la circulation pour les piétons et les cyclistes. En 2024, plus de 100 000 personnes ont profité de ces espaces, avec une baisse mesurable des émissions de CO₂.

    Amérique du Sud : Bogotá et ses « Ciclovías »

    Tous les dimanches, Bogotá transforme 120 km de routes en pistes cyclables et piétonnes. Pendant la Journée sans voiture, cette initiative s’étend à toute la ville, avec des ateliers de réparation de vélos et des concerts.

    Asie : Pékin, une mégalopole en transition

    En 2015, Pékin a interdit la circulation dans tout le centre-ville, réduisant les particules fines de 30 %. Depuis, la Chine accélère le déploiement des bus électriques et des métros.

    Océanie : Sydney et ses « Car Free Days »

    Sydney organise des journées sans voiture dans son centre-ville, avec des navettes électriques gratuites et des activités culturelles. L’objectif : réduire la dépendance à la voiture dans une ville où les embouteillages coûtent 5 milliards de dollars par an.

    Afrique : Lagos, un défi contre la pollution

    Lagos, l’une des villes les plus polluées au monde, a lancé en 2023 sa première Journée sans voiture, combinée à des campagnes de sensibilisation sur les transports en commun et le covoiturage.

    La voiture en ville

    Europe : vers la fin des voitures thermiques

    L’Union européenne interdira la vente de voitures neuves à essence et diesel dès 2035. Des pays comme la Norvège anticipent cette échéance en visant 2025. Les constructeurs européens investissent massivement dans les véhicules électriques, soutenus par des subventions pouvant atteindre 4 000 €.

    États-Unis : des villes en avance

    San Francisco et Seattle limitent déjà l’accès de leurs centres-villes aux véhicules les plus polluants. Los Angeles, connue pour ses embouteillages, développe un réseau de bus rapides et de pistes cyclables protégées.

    Asie : Singapour et Tokyo, modèles de mobilité

    Singapour taxe lourdement l’usage de la voiture et mise sur les transports en commun. Tokyo, malgré sa densité, limite la circulation grâce à un système de péages urbains et de parkings dissuasifs.

    Péages urbains dans la ville de Tokyo
    Péages urbains dans la ville de Tokyo ©AFP

    Océanie : Melbourne et ses « 20-minute neighbourhoods »

    Melbourne réorganise son urbanisme pour que chaque quartier offre tous les services essentiels à moins de 20 minutes à pied ou à vélo. Résultat : une baisse de 12 % de l’usage de la voiture en cinq ans.

    Les expatriés, acteurs du changement

    Les Français de l’étranger ont un bilan carbone souvent alourdi par les voyages en avion. Un aller-retour Paris-New York émet environ 1 tonne de CO₂ par passager, soit l’équivalent de six allers-retours Paris-Marseille. Pour réduire notre empreinte, nous pouvons :

    • Privilégier le train pour les trajets européens.
    • Utiliser les transports en commun et le vélo dans leur ville d’accueil.
    • Participer aux initiatives locales de mobilité durable.

    La Journée mondiale sans voiture rappelle que vivre sans voiture en ville est non seulement possible, mais aussi bénéfique pour la santé et la planète. Et vous, comment comptez-vous vous mobiliser le 22 septembre ? Dites-le-nous par mail sur [email protected] ou via les réseaux sociaux.

  • Pourquoi la crise politique française n’est pas (encore) une crise économique ?

    Pourquoi la crise politique française n’est pas (encore) une crise économique ?

    Avant de perdre la confiance de l’Assemblée nationale lundi 8 septembre, François Bayrou avertissait le mois dernier que le « surendettement » représentait un « danger immédiat » pour la prospérité du pays. Le ministre des Finances, Eric Lombard, a même indiqué que l’explosion de la dette nationale pourrait contraindre Paris à demander un renflouement au Fonds Monétaire International (FMI).

    Exacerbant le sentiment d’une catastrophe imminente, les coûts d’emprunt de l’État français sont désormais plus élevés que ceux de la Grèce, ce qui fait craindre que l’Europe ne subisse un effondrement économique bien pire que celui déclenché par la situation financière d’Athènes en 2009.

    Les analystes notent toutefois que les risques imminents posés par l’augmentation des rendements obligataires et des niveaux d’endettement de la France sont largement exagérés. « Il est certain que la France est confrontée à une crise politique, mais pas à une crise financière », a déclaré à Euractiv Nicolas Véron, chercheur principal à Bruegel et à l’Institut Peterson pour l’économie internationale.

    Les experts soulignent que l’inversion des rendements des obligations grecques et françaises est principalement due à une nette amélioration de la confiance du marché dans la Grèce, plutôt qu’à une détérioration de l’attitude des investisseurs à l’égard de la France. Le rendement de 3,41 % des obligations d’État françaises à 10 ans est également bien inférieur au taux d’intérêt de 3,50 % payé par l’Italie, qui n’est pas en situation de péril financier immédiat.

    L’affirmation d’Eric Lombard selon laquelle Paris pourrait bientôt avoir besoin d’une intervention du FMI « n’a absolument aucun sens », selon Nicolas Véron. Il a ajouté que, dans le cas improbable où la deuxième économie de l’UE aurait besoin d’un renflouement, ce serait le Mécanisme européen de stabilité (MES), et non le FMI, qui viendrait à la rescousse de la France.

    Vue sur les quais de Seine, la tour Eiffel et les quartiers historiques de Paris
    Vue sur les quais de Seine, la tour Eiffel et les quartiers historiques de Paris. ©Frédéric Soltan/Corbis via Getty Images

    Économie faible, politique fragile

    Plutôt qu’un danger économique imminent, les experts avertissent que la crise politique insoluble de la France risque de freiner l’investissement et la croissance à long terme.

    L’Assemblée nationale est divisée en trois blocs : gauche, centre et extrême-droite, qui resteront probablement profondément hostiles les uns aux autres, quel que soit le successeur de François Bayrou. Les sondages suggèrent également qu’aucune faction ne disposera d’une majorité parlementaire si, au lieu de nommer son cinquième premier ministre en deux ans, Emmanuel Macron convoque de nouvelles élections législatives.

    « L’une ou l’autre voie injecterait une nouvelle incertitude dans un paysage politique déjà fragile » 

    Charlotte de Montpellier, économiste senior chez ING Research

    Selon le FMI, le PIB de la France ne devrait croître que de 0,6 % cette année, soit moins de la moitié de l’expansion de 1,4 % prévue par les économies avancées du monde. Le rythme de croissance de la France devrait aussi rester inférieur au taux d’expansion anémique de la zone euro jusqu’en 2027, les tensions commerciales mondiales et l’incertitude géopolitique infligeant de graves dommages aux secteurs de l’industrie manufacturière et des services du pays.

    En plus d’entraver la croissance, l’instabilité politique de la France rend plus difficile la maîtrise du déficit et de la dette du pays, a estimé Maria Demertzis, qui dirige le centre de stratégie économique et financière du Conference Board Europe.

    Selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la France devrait enregistrer un déficit budgétaire de 5,6 % du PIB annuel cette année, soit près du double de la limite officielle de 3 % fixée par l’Union européenne. Le ratio dette/PIB de la France, qui s’élève à 114,1 %, est également près de deux fois supérieur au seuil de 60 % fixé par l’Union européenne.

    « On peut se demander si la trajectoire de la dette peut rester viable », s’interroge Maria Demertzis, notant que le prédécesseur de François Bayrou, Michel Barnier, a été destitué après avoir échoué à faire passer un budget similaire de réduction des déficits l’année dernière.

    « Il faut une voie crédible en termes économiques et politiques. C’est l’économie qui permettra d’y arriver, mais c’est la politique qui soutiendra cette voie. Mais si vous devez subir cette crise politique tous les ans et demi, ce n’est pas un problème facile à résoudre. »

    Maria Demertzis

    Une lueur d’espoir ?

    Certains analystes ont toutefois suggéré que la crise politique française pourrait avoir un côté positif, dans la mesure où les niveaux élevés de la dette et du déficit du pays font désormais l’objet d’une discussion politique sérieuse.

    « Il y a plus de 20 ans — on pourrait dire une génération, au moins — de laxisme fiscal en France. Il n’y a jamais eu de véritable moment d’assainissement budgétaire ou de correction de trajectoire. Le fait que la situation fiscale soit au cœur de la conversation nationale française est donc, je pense, une bonne chose, et non une mauvaise »

    Nicolas Véron

    Maria Demertzis a également fait remarquer que le moment actuel souligne à quel point il est essentiel que la France mette de l’ordre dans ses finances publiques, étant donné que les institutions financières de l’UE, en particulier le MES et la Banque centrale européenne, n’ont sans doute pas le poids nécessaire pour sauver l’économie française. Avec 3 000 milliards d’euros, elle est environ douze fois plus importante que celle de la Grèce.

    « Le problème français, si je puis l’appeler ainsi, n’est pas non plus un petit problème : il met en évidence l’incapacité de l’UE à prendre le relais en cas de véritable crise »

    Maria Demertzis

  • Le nucléaire est-il la solution ?

    Le nucléaire est-il la solution ?

    Rick Perry, ancien gouverneur du Texas et secrétaire à l’Énergie durant le premier mandat de Donald Trump, entend relancer l’énergie nucléaire aux Etats-Unis. Le 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, il a lancé Fermi America, une entreprise ayant pour ambition de construire le plus vaste complexe énergétique et de centres de données au monde. Près d’Amarillo au Texas, les bulldozers déplacent la terre rouge pour un site qui produira d’abord de l’électricité à partir de gaz naturel et de solaire, avant l’édification de réacteurs nucléaires classiques et de plusieurs petits réacteurs modulaires (SMR), pour une puissance totale de 11 gigawatts (GW).

    L’accident de Fukushima en 2011 a profondément terni l’image du nucléaire. Il a provoqué la sortie de cette énergie en Allemagne, sortie devenue effective en 2023. Bien que cette énergie conserve une place significative dans le mix de certains pays comme la France, aucun projet n’a été mené à bien dans le respect des délais et des budgets impartis en Europe ou en Amérique du Nord. Tandis que le coût des renouvelables chutait, les projets nucléaires aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou en Finlande s’enlisaient dans les retards et les dépassements financiers. En France, le coût de l’EPR de Flamanville est passé de 3,3 milliards d’euros à 19,1 milliards d’euros (en euros constants de 2015), soit environ 5,8 fois le budget initial. Mais le 25 août dernier, Fermi et Westinghouse ont annoncé un partenariat pour soumettre à autorisation la construction de quatre réacteurs nucléaires à Amarillo.

    L’énergie nucléaire a de l’avenir

    Plusieurs facteurs jouent en faveur d’un renouveau du nucléaire. D’abord, la volonté croissante des gouvernements occidentaux de sécuriser leur production électrique. Deuxièmement, les besoins énergétiques croissants des entreprises du secteur des technologies de l’information et de la communication. Enfin, l’émergence de modèles opérationnels et financiers susceptibles d’améliorer une économie du nucléaire jugée jusque-là trop risquée.  Par ailleurs, Donald Trump a appelé à quadrupler la capacité nucléaire domestique pour atteindre 400 GW d’ici 2050. Un objectif irréaliste, mais qui mobilise le système économique. Adoptée en juillet, la loi One Big Beautiful Bill comporte des crédits d’impôt et des subventions en faveur du secteur énergétique. Les États républicains, comme le Texas, se montrent favorables à cette initiative. Des États démocrates, comme New York, autrefois hostiles, revoient leur position. Après avoir fermé une grande centrale en 2021, ils souhaitent aujourd’hui en construire de nouvelles pour éviter toute pénurie.

    Coût complet de production d'un Mégagawatt d'électricité
    Le coût prend en compte la construction, le démantèlement des installation et celui le cas échéant des déchets. ©Philippe Crevel

    Sur le vieux continent, la Commission européenne a publié en juin une feuille de route prévoyant une hausse de la capacité nucléaire de 100 à 145 GW d’ici 2050. L’Allemagne a renoncé à s’opposer au classement du nucléaire comme énergie « verte » dans la réglementation européenne, facilitant les projets français de six nouvelles centrales EPR. En juillet, Londres a donné son autorisation à Sizewell C, à la construction de deux réacteurs dont le coût pourrait dépasser 38 milliards de livres (48 milliards d’euros). La Suède a confirmé la construction de plusieurs petits réacteurs modulaires produits en usine et déployés (SMR) ensuite sur site. Si la technologie n’est pas encore mature, la promesse de coûts initiaux plus réduits et de déploiements plus rapides séduit. Plus de 120 entreprises travaillent sur ce type de réacteurs. D’ici 2050, la capacité nucléaire nette hors Chine et Russie pourrait croître de plus de 50 %, à plus de 450 GW, dont 40 à 60 % via des SMR, ouvrant un marché d’un millier de milliards de dollars. Parallèlement, des dizaines de start-up se lancent dans la fusion nucléaire, pari bien plus risqué mais porteur d’une énergie quasi illimitée et décarbonée. Depuis 2024, les start-up de SMR ont levé plus de 2 milliards de dollars de capitaux aux Etats-Unis. En juin, Oklo, soutenue par Sam Altman (OpenAI), a levé 460 millions de dollars, tandis que TerraPower, fondée par Bill Gates, a collecté 650 millions. Google s’est associé à Kairos Power pour développer une flotte de SMR d’ici 2035. La fusion attire aussi des capitaux : Commonwealth Fusion Systems (également soutenue par Gates) a levé 863 millions en août. Les GAFAM s’engagent de plus en plus sur le secteur de l’énergie en investissant à la fois dans les renouvelables et dans le nucléaire. La centrale nucléaire de Clinton (Illinois), exploitée par Constellation Energy, menacée de fermeture en 2027, faute de rentabilité face au gaz de schiste, a été sauvée par Meta (Facebook) qui a signé un contrat de 20 ans finançant sa prolongation contre des crédits carbone. Microsoft avait conclu un accord similaire en Pennsylvanie. Depuis les décrets pro-nucléaires de Trump, les cours boursiers du secteur sont en forte hausse.

    Une première mondiale Google va alimenter ses serveurs ia avec un réacteur nucléaire
    Une première mondiale Google va alimenter ses serveurs ia avec un réacteur nucléaire – Illustration ©Adobestock

    Le prix, dernier frein ?

    Pour le moment, les coûts du nucléaire et des SMR dépassent le prix de marché de l’électricité. Les contraintes réglementaires ont rendu ce secteur peu compétitif par rapport aux énergies renouvelables.

    La Chine et la Corée du Sud ont prouvé récemment qu’il est possible de construire des réacteurs nucléaires en cinq ans grâce à des processus standardisés. Un article récent signé Daniel Kammen dans la revue scientifique Nature souligne le rôle clé du vaste marché électrique chinois qui offre des gains de productivité importants aux acteurs du secteur. Les marchés européens et américains restent segmentés ce qui génère des surcoûts. Les pays de l’OCDE devraient mutualiser les financements mutualisés avec un apport plus important des entreprises de la haute technologie à travers la signature de contrats longs.

    L’énergie nucléaire offre l’avantage d’être relativement peu sensible aux aléas climatiques même si la question du refroidissement des centrales peut se poser avec une acuité plus forte en raison du réchauffement climatique. Elle a comme atout de pouvoir fournir des quantités importantes d’énergie pouvant répondre aux besoins des acteurs économiques. Son coût s’est fortement accrue en raison des contraintes qui ont été imposées après l’accident de Fukushima. L’arrêt des constructions de centrales nucléaires a par ailleurs provoqué une perte de compétences et de savoir-faire qui provoquent des surcoûts au moment de la relance des programmes. La désindustrialisation des pays occidentaux constitue pour ces derniers un handicap pour recréer une industrie nucléaire. Les pays comme la France ou les Etats-Unis qui disposent d’un parc de centrales nucléaires important sont confrontés à un réel dilemme. Ils sont appelés en effet dans les prochaines années à les remplacer, leur prolongement étant une source de dangers à terme. Or, faut-il opter pour des réacteurs de forte puissance style EPR, développer les SMR ou recourir de manière plus massivement aux énergies renouvelables ?

  • Uber lance ses trains entre Paris et Londres : une révolution ferroviaire sous la Manche ?

    Uber lance ses trains entre Paris et Londres : une révolution ferroviaire sous la Manche ?

    Chaque année, des millions de voyageurs empruntent la liaison Paris-Londres, l’un des axes les plus fréquentés d’Europe. En 2025, le train Eurostar reste le moyen de transport privilégié, avec une durée de trajet stable autour de 2h16 et une fréquentation record, malgré des tarifs souvent supérieurs à 200 euros pour un aller-retour en dernière minute. L’avion, bien que rapide, perd du terrain face à l’urgence écologique et aux contraintes logistiques (aéroports excentrés, contrôles de sécurité, etc.). Pourtant, malgré son succès, Eurostar est régulièrement critiqué pour ses prix élevés, ses retards fréquents et la saturation de la gare londonienne de Saint-Pancras. Dans ce contexte, l’annonce d’Uber de lancer ses propres trains à grande vitesse entre Paris et Londres d’ici 2029 marque un tournant.

    Le géant américain, en partenariat avec la start-up britannique Gemini Trains, promet une alternative plus abordable, plus flexible et intégrée à son application. Mais ce projet suscite aussi des interrogations, voire de l’opposition.

    Eurostar

    Aujourd’hui, Eurostar domine le marché transmanche avec une offre de 15 à 20 trajets quotidiens entre Paris Gare du Nord et Londres St Pancras, ainsi que des liaisons vers Bruxelles et Amsterdam. Malgré ses atouts (rapidité, confort, faible empreinte carbone), la compagnie est pointée du doigt pour plusieurs raisons :

    • Des tarifs prohibitifs : si les billets peuvent démarrer à 44 euros en réservation anticipée, les prix grimpent rapidement, dépassant souvent 230 euros pour un aller-retour en période de forte demande.
    • Des retards récurrents : en septembre 2025, des perturbations majeures ont encore affecté le réseau, en raison de grèves ou de problèmes techniques.
    • Une gare londonienne saturée : Saint-Pancras, principale porte d’entrée vers l’Europe, est en capacité limite, générant des files d’attente et des désagréments pour les voyageurs.
    • Un manque de concurrence : jusqu’à présent, Eurostar bénéficiait d’un quasi-monopole, limitant les alternatives pour les usagers.

    Ces critiques ont ouvert la voie à de nouveaux acteurs, comme Evolyn (soutenu par Trenitalia) ou Virgin Trains, qui préparent eux aussi des offres concurrentielles.

    L’offre Uber Trains : fonctionnement, fréquence, dates et prix

    Uber, en collaboration avec Gemini Trains, compte lancer « Uber Trains » à partir de 2029, avec pour objectif de démocratiser l’accès au Transmanche. Voici les principales caractéristiques du projet :

    • Dix liaisons quotidiennes : les trains relieront Londres (depuis la gare de Stratford International, moins saturée que Saint-Pancras) à Paris, Bruxelles et Lille, avec des arrêts à Ebbsfleet (Kent).
    • Une réservation simplifiée : les billets seront disponibles directement dans l’application Uber, déjà utilisée par des millions d’utilisateurs pour des VTC, vélos ou ferries.
    • Des prix compétitifs : si les tarifs exacts ne sont pas encore communiqués, Uber promet des billets « bon marché », en réponse aux prix élevés d’Eurostar.
    • Une approche multimodale : l’intégration des trains dans l’appli Uber s’inscrit dans une logique de « super-app », où l’utilisateur peut enchaîner train, taxi et vélo en un seul clic.

    Le choix de Stratford International comme hub principal est stratégique : cette gare, bien desservie par la ligne Elizabeth et le métro londonien, permet d’éviter l’engorgement de Saint-Pancras et d’offrir une expérience plus fluide. Cependant, le projet reste ambitieux : aucune commande ferme de trains n’a encore été passée, et le calendrier de 2029 semble optimiste.

    Pourquoi certains s’y opposent ?

    Malgré ses promesses, le projet Uber Trains fait face à plusieurs obstacles :

    • Des défis logistiques et financiers : l’acquisition de rames à grande vitesse et l’obtention des autorisations nécessaires représentent un investissement colossal. Les carnets de commandes des constructeurs ferroviaires sont déjà saturés, et les infrastructures du tunnel sous la Manche sont limitées.
    • La crainte d’une ubérisation du rail : certains redoutent que l’arrivée d’Uber ne conduise à une précarisation des emplois et à une standardisation des services, au détriment de la qualité.
    • La concurrence accrue : Eurostar, mais aussi les autres prétendants (Virgin, Trenitalia), ne comptent pas laisser Uber s’imposer sans réagir. Une guerre des prix et des services pourrait en résulter, au risque de déstabiliser le marché.
    • Des questions écologiques : si le train reste le mode de transport le plus vertueux, l’impact réel d’une multiplication des opérateurs sur la fréquentation et les émissions reste à évaluer.

    Ainsi, l’arrivée d’Uber sur le marché ferroviaire transmanche pourrait bien bouleverser les habitudes des voyageurs entre Paris et Londres. Si le projet tient ses promesses, les Français de Londres pourraient bénéficier de tarifs plus accessibles et d’une offre plus flexible. Mais les défis sont nombreux, et le succès d’Uber Trains dépendra de sa capacité à concrétiser ses annonces d’ici 2029. Une chose est sûre : la concurrence s’annonce féroce, et les voyageurs en seront les premiers bénéficiaires.

  • Législative 5e circonscription des Français de l’étranger : l’essentiel à retenir

    Législative 5e circonscription des Français de l’étranger : l’essentiel à retenir

    Le résultat du scrutin législatif de 2024 ayant été annulé par le conseil constitutionnel, nos compatriotes résidant en Espagne, au Portugal, en Andorre et à Monaco sont appelés à voter de nouveau. Le mandat de député de la 5eme circonscription des Français établis hors de France est donc remis en jeu. Seize candidats sont en lice pour cette élection législative partielle. Le premier tour aura lieu à l’urne le dimanche 28 septembre, et un vote par internet sera ouvert dès le 19 septembre. Voici l’essentiel à retenir.

    Le député élu en 2024 déchu de son mandat

    Suppléant de Samantha Cazebonne alors députée des Français de la 5eme circonscription des Français de l’étranger, Stéphane Vojetta avait fait son entrée au Palais‑Bourbon en 2021, à la suite de l’élection au Sénat de la titulaire. En 2022, il sera élu directement pas les électeurs, notamment en éliminant Manuel Valls de la compétition.

    Réélu en 2024, Stéphane Vojetta est toutefois déchu de son mandat en juillet dernier par le conseil constitutionnel, notamment en raison de l’ouverture tardive d’un compte bancaire durant la campagne électorale consécutive à la dissolution. Le poste devenant vacant, une nouvelle élection législative partielle est donc organisée.

    Élection dans la 5eme circonscription des Français de l’étranger : date du 1er tour à l’urne ou par internet

    Bien que la France ait connu ces derniers jours un changement de Premier ministre, l’élection législative partielle aura bien lieu. L’arrivée à Matignon de Sébastien Lecornu, qui a succédé à François Bayrou, ce dernier n’ayant pas obtenu la confiance de l’Assemblée nationale, ne modifie pas le déroulement du scrutin, ni son calendrier. Un décret publié en août a d’ailleurs pour effet de convoquer les électeurs de la 5e circonscription des Français établis hors de France pour élire un nouveau ou une nouvelle député(e). 

    Vote par internet
    Vote par internet

    La date du vote à l’urne pour le 1er tour est fixée au dimanche 28 septembre. Les bureaux de votes seront ouverts de 8h à 18h (heures légales locales). Mais se rendre dans l’isoloir n’est pas l’unique possibilité de voter pour cette élection législative.

    En effet, le vote par internet sera possible. Il sera ouvert du 19 septembre à midi au 24 septembre à midi. Avant l’ouverture du scrutin, un mot de passe personnel composé de 12 caractères (lettres majuscules et chiffres uniquement) vous sera envoyé par sms, et vous recevrez également un identifiant composé de 12 caractères (lettres majuscules et chiffres uniquement) sur votre e-mail, celui renseigné lors de votre inscription sur la liste électorale. Vous aurez besoin de ces deux informations pour pouvoir voter.

    Si vous souhaitez renouveler un de ces deux codes (mot de passe ou identifiant), ou bien les deux, vous trouverez les instructions à suivre en cliquant ici.

    À savoir également, le portail France Diplomatie du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a également publié une « foire aux questions » à laquelle vous accédez via ce lien, vous y trouverez notamment les informations sur « comment accéder au portail de vote ».

    Deux autres modalités sont également possibles pour ce 1er tour, à savoir le vote par procuration et le vote par correspondance pour les électeurs ayant demandé à recevoir leur matériel de vote par cette voie.

    16 candidats pour devenir député des Français de l’étranger

    Sur la ligne de départ, ils sont 16 candidats à briguer le mandat de député de la 5eme circonscription des Français établis hors de France. Un arrêté paru le 8 septembre 2025 dernier a officialisé le nom des personnes participant à ce scrutin. Vous trouverez ci-dessous la liste complète telle que publiée. 

    1. M. CHAOUAT Frédéric, remplaçant M. LEVANT Romain ;
    2. M. SOUGEY DE FUNÈS Christophe, remplaçant M. GOATER Laurent ;
    3. M. BRENIER Christopher, remplaçant M. LEMESLE Nicolas ;
    4. M. TAVERA Sébastien, remplaçant M. LOPEZ Ludovic ;
    5. M. SIMIAN Benoit, remplaçant M. TEHEI François ;
    6. Mme KRIEF Sandra, remplaçant M. DEMARQUEZ Philippe ;
    7. M. CHERMETTE-WAGNER Johan, remplaçante Mme SALVAIRE Aurélie ;
    8. M. VALLEE Alexis, remplaçante Mme GARCIA Virginie ;
    9. Mme COGGIA Nathalie, remplaçant M. MARTY Nicolas ;
    10. Mme MAUREL Johana, remplaçant M. LEPOUTRE Grégoire ;
    11. M. D’ARRAS Patrice, remplaçant M. DE CONIHOUT Pierre ;
    12. M. SANCHEZ PEREZ José, remplaçante Mme ROMAN GONZALEZ Maria ;
    13. M. BRANT Thomas, remplaçant M. ZIEBA Pierre-Frédéric ;
    14. Mme PECIÑA Martha, remplaçant M. BLANCO Sébastien ;
    15. M. HORN Guillaume, remplaçante Mme DE OLIVEIRA Nathalie ;
    16. M. ALEXANDRE Marie, remplaçante Mme MORINIÈRE Nicole.

    Rappelons que pour être élu au 1er tour, un(e) candidat(e) doit obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés, et un nombre de voix au moins égal à 25 % du nombre des électeurs inscrits. Si aucun n’obtient ce score, un 2d tour est organisé. Seules certaines candidatures peuvent cependant se présenter au 2e tour : les 2 candidat(e)s qui sont arrivés en tête, et les candidats suivants, à condition d’avoir obtenu un nombre de voix au moins égal à 12,5 % du nombre des électeurs inscrits. Alors, ce 2eme se tiendrait à l’urne le dimanche 12 octobre 2025 avec un vote en ligne en amont. 

    Au‑delà de l’identité de la future ou du futur représentant des Français d’Espagne, du Portugal, d’Andorre et de Monaco à l’Assemblée nationale, l’une des grandes inconnues de cette élection partielle dans la 5e circonscription des Français établis hors de France reste la participation. Combien d’électeurs glisseront un bulletin dans l’urne, sur papier ou par voie électronique ? En 2024, au premier tour des législatives, la participation s’élevait à 37,83 %. Ce niveau sera‑t‑il dépassé en 2025 ?

  • Le chaos politique désynchronise (à nouveau) la France et l’Allemagne

    Le chaos politique désynchronise (à nouveau) la France et l’Allemagne

    Par une journée d’août ensoleillée sur la Côte d’Azur, Emmanuel Macron a tenté de calmer les nerfs des Allemands à l’issue d’un Conseil des ministres conjoint, en insistant sur le fait qu’une nouvelle crise politique interne à Paris ne ferait pas dérailler l’amitié retrouvée entre les deux pays.

    Après la réunion avec l’équipe dirigeante du chancelier Friedrich Merz, Emmanuel Macron a été interrogé par des journalistes qui voulaient savoir si l’une ou l’autre des initiatives conjointes couvrant tous les domaines, de l’énergie au commerce, qui avaient été convenues lors du sommet dans le sud de la France, survivrait, étant donné que la nécrologie du gouvernement du Premier ministre de l’époque, François Bayrou, était déjà en train de s’écrire.

    Emmanuel Macron a répondu que les turbulences politiques nationales n’avaient « jamais été un obstacle » à la coopération cruciale entre les deux plus grandes économies de l’Union européenne, qui représentent ensemble un tiers de la population du bloc.

    En réalité, les turbulences françaises se sont révélées être un obstacle persistant à la création d’une dynamique au cours des dernières années. Le partenariat franco-allemand, autrefois salué comme le moteur de l’UE qui devait toujours favoriser l’intégration dans le marché unique et d’autres grands projets européens, s’est enlisé, Paris et Berlin ayant été accaparés par leurs propres crises politiques.

    Le vote de défiance qui a évincé François Bayrou lundi 8 septembre — le quatrième Premier ministre d’Emmanuel Macron en à peine trois ans — a marqué un coup d’arrêt à l’élan franco-allemand fraîchement retrouvé, soulevant désormais de nouvelles questions sur l’avenir de l’alliance bilatérale au cœur de l’Europe.

    Le gouvernement du chancelier Friedrich Merz, à Berlin, a tenté de faire bonne figure. Le porte-parole Stefan Kornelius a déclaré avant le vote que Berlin n’avait « aucune inquiétude » au sujet de la France, tandis que les principaux députés de la coalition ont minimisé les craintes d’une scission.

    Mais en privé, le malaise grandit. Une source parlementaire allemande proche de la coalition a admis que « l’impasse dans laquelle se trouve la France et les problèmes fiscaux qui affectent la coopération franco-allemande suscitent de vives inquiétudes, qui sont également partagées par le gouvernement ».

    La même source a ajouté que certaines voix au sein de la coalition se demandent si l’Allemagne ne devrait pas tracer sa propre voie, car la France semble être un partenaire peu fiable.

    Certaines sources parlementaires allemandes affirment que cette situation est particulièrement ressentie dans les domaines où des tensions existent, tels que les grands projets de défense communs, et ont mis en garde contre une érosion de la coopération franco-allemande.

    En marche et à l’arrêt

    Il y a quelques années encore, c’est la paralysie politique de l’Allemagne qui agaçait les Français.

    Sous la houlette de l’ex-chancelier Olaf Scholz, qui a quitté ses fonctions au début du mois de mai, une coalition tripartite complexe s’est retrouvée à plusieurs reprises dans l’impasse, notamment en matière de politique climatique et budgétaire.

    Emmanuel Macron a ensuite perdu sa majorité parlementaire en convoquant des élections anticipées l’été dernier, juste après la victoire de l’extrême droite française aux élections européennes. Puis la coalition d’Olaf Scholz s’est effondrée.

    Selon Yann Wernert, expert des relations franco-allemandes au Centre Jacques Delors, ces alternances d’instabilité reflètent un changement plus large en Europe. Les garanties de sécurité américaines sont devenues moins fiables avec le retour de la guerre sur le continent, ce qui pèse sur des budgets et des gouvernements déjà très sollicités.

    Ironiquement, la chute de François Bayrou intervient au moment où les relations se sont réchauffées sous l’égide du nouveau chancelier allemand francophile, Friedrich Merz, qui a mis en scène un spectacle chorégraphié d’unité avec Emmanuel Macron en France il y a moins de deux semaines. Les deux hommes ont même annoncé un programme substantiel pour l’économie et la sécurité.

    Ces initiatives sont désormais « en attente », a déclaré Jacob Ross, politologue au German Council on Foreign Relations (DGAP).

    Le remplacement de François Bayrou par un fidèle d’Emmanuel Macron, Sébastien Lecornu, jusqu’alors ministre des Armées, vise à limiter le désordre politique, mais il n’est pas certain qu’un nouveau gouvernement français s’en tienne aux accords conclus par les prédécesseurs, estime Jacob Ross.

    Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz
    Le président français Emmanuel Macron (à gauche) et le chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) posent ensemble avant un dîner dans un vignoble, le 27 août 2025, en Moldavie. ©Getty Images/Kay Nietfeld_picture alliance

    À jamais seuls ?

    Il existe également un problème structurel plus profond.

    La chute de François Bayrou a enterré les plans de réduction des dépenses et a révélé une fois de plus l’incapacité de la France à mettre en œuvre des réformes budgétaires sérieuses. La marge de manœuvre du pays, dont le ratio dette/PIB est le troisième plus élevé de l’Union européenne, est donc étroite.

    Pendant des années, la France n’a pas été en mesure de peser de tout son poids sur les questions budgétaires européennes, alors que l’Allemagne a assumé une plus grande part du fardeau. Cela signifie que les projets communs se limitent à des mesures peu coûteuses ou dépendent de la puissance de feu financière de Berlin.

    « Il y a un déséquilibre dans l’investissement fiscal que la France et l’Allemagne peuvent apporter », a souligné Yann Wernert, notant toutefois que, contrairement à l’Allemagne, la France dispose déjà d’une armée raisonnablement bien équipée.

    Mais les immenses défis auxquels l’Europe est confrontée nécessitent des investissements plus importants. Dans son rapport fondamental sur l’avenir de l’économie européenne, Mario Draghi, l’ancien directeur de la Banque centrale européenne, a estimé que les États membres de l’UE devaient dépenser 800 milliards d’euros supplémentaires par an, soit plus de 4 % du PIB de l’UE, pour répondre aux besoins en matière de réarmement, de neutralité climatique et de compétitivité économique.

    Or, la France est à peine capable de contribuer. Paris dépense aujourd’hui davantage pour le service de la dette — 67 milliards d’euros par an — que pour la défense. Ce déséquilibre est également illustré de manière frappante par l’aide militaire à l’Ukraine, où les contributions de l’Allemagne éclipsent celles de la France.

    Une mauvaise relation entre les deux pays

    Cependant, peu de personnes à Berlin voient une alternative viable à un partenariat franco-allemand fort et revigoré lorsqu’il s’agit de faire avancer l’agenda européen en matière de réarmement et de compétitivité. Le Royaume-Uni a quitté le bloc et reste politiquement instable ; la Pologne et l’Espagne sont confrontées à leurs propres soubresauts internes ; et l’Italie est coincée dans la même camisole de force fiscale que la France.

    De nombreux Berlinois prient donc pour un gouvernement français stable, alors que les élections présidentielles sont prévues pour 2027, et que le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, cherche à tirer parti du chaos.

    Armin Laschet, un chrétien-démocrate qui préside la commission des affaires étrangères du parlement allemand, a déclaré qu’il espérait que le nouveau premier ministre français pourrait faire avancer les réformes « de manière consensuelle et avec une plus grande sensibilité ».

    Markus Töns, chef de file des sociaux-démocrates pour les affaires européennes au parlement allemand, considère pour sa part que certaines des inquiétudes fiscales concernant la « phase difficile » de la France étaient exagérées.

    « Les chiffres de la dette sont loin d’être une source d’inquiétude sérieuse, surtout si on les compare à ceux d’autres pays de l’UE »

    Markus Töns, chef de file des sociaux-démocrates

    Un dysfonctionnement durable de la relation pourrait toutefois avoir de profondes répercussions sur l’avenir de l’UE.

    « Si le concept de moteur franco-allemand est irréparable et dépassé, cela signifie à mon avis que l’intégration européenne telle que nous la connaissons est dans une impasse »

    Jacob Ross de la DGAP

    Une crise perpétuelle et insoutenable obligera finalement les membres de l’UE à décider s’ils doivent faire le saut vers un État fédéral fonctionnel, a-t-il ajouté, mais « sans compromis et initiatives franco-allemandes, il ne peut y avoir d’approfondissement de l’UE ».