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  • La France sauve sa croissance en 2025

    La France sauve sa croissance en 2025

    Dans sa note de conjoncture du mois de septembre, l’INSEE souligne la résilience de l’économie française malgré un contexte difficile. La bonne tenue de l’activité touristique et la production d’avions et de navires soutiennent l’économie. En revanche, la consommation des ménages demeure atone.

    Un contexte mondial complexe

    Après une forte progression au premier trimestre 2025 (+1,3 %) en raison des achats de précaution réalisés par les importateurs américains (+8,4 % pour les importations), le commerce mondial a connu un repli au deuxième (-0,3 %). L’effet des droits de douane américains a été en partie compensé par l’intensification du commerce intra-asiatique, reflétant la capacité des industriels chinois à rapidement diversifier leurs débouchés. Au Vietnam, par exemple, les importations venant de Chine et les exportations à destination des États-Unis ont fortement augmenté.

    Après la prolongation, pour trois mois, de la trêve tarifaire américaine avec la Chine début août, un accord conclu fin juillet avec l’Union européenne a relevé de 15 % les droits sur de nombreux produits en provenance du Vieux Continent, tandis que des hausses sont intervenues durant l’été vis-à-vis d’autres pays. L’ensemble de ces mesures a porté le taux effectif moyen des droits de douane à près de 18 %. Ce protectionnisme américain pèserait sur le commerce mondial sans pour autant provoquer sa baisse. Celui-ci progresserait de +0,4 % par trimestre au second semestre. À l’automne, il augmenterait ainsi de +1,9 % en glissement annuel. L’effet des droits de douane est évalué à un point par l’INSEE.

    Détente sur le marché des matières premières et de l’énergie

    Sur les marchés des matières premières, la pression continue de diminuer malgré des soubresauts car la résurgence des tensions commerciales et la faiblesse persistante de l’économie chinoise pèsent sur les perspectives de demande. Depuis juin, les cours du pétrole ont été marqués par une forte volatilité : après un pic en juin provoqué par le conflit de douze jours entre l’Iran et Israël, le prix du baril de Brent s’est replié en dessous de 70 dollars à la faveur du cessez-le-feu. L’INSEE table sur un baril de Brent relativement stable, autour de 68 dollars. Le prix du gaz, quant à lui, se maintient en dessous de 35 €/MWh, en baisse de 15 % sur un an.

    Baisse des taux d’intérêt en lien avec la décrue de l’inflation

    Dans la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) a déjà réalisé huit baisses de taux depuis juin 2024 : le taux de la facilité de dépôt est passé de 4,0 % à 2,0 %. Cette décrue a été rendue possible par la diminution de l’inflation qui ne s’élevait en zone euro qu’à 2,1 % en août, contre plus de 10 % trois ans plus tôt. L’INSEE table sur la poursuite, de cette politique d’assouplissement monétaire d’ici la fin de l’année.

    La BCE réduit son principal taux directeur à 2 %
    La BCE réduit son principal taux directeur à 2 %

    Aux États-Unis, l’orientation de la politique monétaire est plus incertaine en raison de la résurgence inflationniste provoquée par la politique commerciale de Donald Trump. La Réserve fédérale a de nouveau maintenu ses taux lors de sa réunion de juillet. Elle devrait néanmoins les assouplir durant l’automne, tout en les maintenant à un niveau significativement plus élevé qu’en Europe.

    La transmission des assouplissements monétaires aux agents privés est affaiblie par la réduction de la taille du bilan des banques centrales et l’abondance de dette publique. Dans ce contexte, les taux appliqués aux agents privés diminuent moins fortement que les taux directeurs, limitant la reprise de l’investissement. Les forts besoins de financement des administrations publiques concourent également au maintien de taux longs plus élevés que dans le passé.

    Petite accélération de la croissance en France

    En France, la croissance du PIB au deuxième trimestre 2025 s’est établie à +0,3 %. Ce bon résultat s’explique pour l’essentiel par le dynamisme de la production manufacturière en juin, en particulier dans l’aéronautique, et par la hausse continue du solde touristique.

    En revanche, la demande intérieure finale demeure atone au deuxième trimestre (contribution de +0,1 point). La consommation des ménages résidents a déçu. À l’inverse, la consommation des non-résidents est dynamique. Les dépenses en hébergement-restauration ont fait preuve d’une belle tenue (+0,3 %). La consommation en produits manufacturés a progressé (+0,8 %) grâce au rebond de la consommation alimentaire et à la hausse des achats de carburants, stimulés par la baisse des prix à la pompe. La consommation en énergie du logement s’est repliée sous l’effet des températures douces du début de printemps (-4,7 %).

    L’investissement des ménages a, quant à lui, de nouveau progressé (+0,4 %) : leur investissement résidentiel s’est presque stabilisé (-0,1 %) et leur investissement en services, constitué des frais de notaire et d’agence, continue de remonter la pente (+2,3 %) malgré le relèvement de la fiscalité sur les transactions immobilières par la plupart des départements au printemps. L’investissement des entreprises reste en convalescence (-0,2 %).

    Le commerce extérieur a pesé négativement sur la croissance (-0,3 point). Les exportations de biens manufacturés n’ont pas progressé, alors que les importations ont nettement rebondi (+2,1 %).

    Les variations de stocks ont de nouveau soutenu la croissance (+0,5 point après +0,7 point), constituées pour l’essentiel de matériel aéronautique, déjà produit ou importé, mais pas encore assemblé ni exporté.

    Le déficit du commerce extérieur de la France atteint 76 milliards d'euros en juin 2025
    Le déficit du commerce extérieur de la France atteint 76 milliards d’euros en juin 2025

    La situation conjoncturelle d’ensemble demeure dégradée. Depuis juin, le climat des affaires est stable, à 96, en deçà de sa moyenne de longue période. La situation est globalement comparable dans l’industrie et les services, où les indicateurs sont quasi stables depuis l’été, au-dessous de leur moyenne de long terme. À l’inverse, le climat s’éclaircit dans le bâtiment et se rapproche de sa moyenne : les entrepreneurs du secteur se montrent nettement plus optimistes en août qu’en début d’année sur leurs perspectives d’activité.

    Un second semestre positif

    Selon l’INSEE, l’activité en France augmenterait de +0,3 % au troisième trimestre puis de +0,2 % au quatrième trimestre. Au niveau sectoriel, l’activité continuerait de progresser dans l’industrie manufacturière au troisième trimestre (+0,2 %), avant de se stabiliser au quatrième. Sur l’année, la production aéronautique augmenterait de 7 %, une progression pour l’essentiel acquise dès le printemps. Après deux trimestres de recul marqué, l’activité de la branche énergie rebondirait (+2,6 %) puis serait quasi stable, sous l’hypothèse d’un retour à la normale des températures. Sur l’ensemble de l’année, elle se replierait du fait de la douceur du climat en début d’année.

    Dans la construction, l’activité reculerait légèrement au troisième trimestre (-0,2 %) avant de presque se stabiliser à l’automne. Enfin, dans les services marchands, l’activité resterait en sous-régime, reflétant l’atonie de la demande intérieure (+0,3 % au troisième trimestre puis +0,2 % au quatrième).

    L’emploi résiste mieux que prévu

    Au deuxième trimestre 2025, l’emploi salarié a progressé de 43 000 postes, contre une contraction de 28 000 en début d’année. En particulier, l’emploi en alternance a continué d’augmenter au premier semestre malgré la baisse des soutiens publics, et le boom touristique a soutenu les embauches dans l’hébergement-restauration. Cependant, l’emploi en alternance — dont l’essentiel des embauches a lieu en septembre — se retournerait d’ici la fin de l’année, avec 65 000 postes détruits en six mois. L’emploi dans le secteur privé reculerait en 2025 (-51 000 sur l’ensemble de l’année), notamment en raison de l’alternance. De son côté, après des hausses annuelles ininterrompues depuis 2019, l’emploi public se stabiliserait sous l’effet de la raréfaction des emplois aidés.

    Au total, fin 2025, l’emploi salarié total diminuerait légèrement sur un an (-0,1 %, soit -34 000 emplois), principalement en raison du recul dans le privé. En tenant compte de la hausse prévue du travail non salarié, l’emploi resterait quasi stable au second semestre. Sur un an, à la fin 2025, l’emploi total ralentirait à +0,1 % (+36 000 emplois), après +0,3 % en 2024.

    Au deuxième trimestre 2025, le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 7,5 % de la population active, en hausse de 0,2 point sur un an. La France compte 140 000 actifs supplémentaires en un an, principalement sous l’effet de la réforme des retraites. Au second semestre, la population active ralentirait (+20 000 environ par trimestre) : confrontés au repli du nombre de postes en alternance, une majorité d’étudiants choisiraient de poursuivre leurs études en formation initiale et n’entreraient donc pas sur le marché du travail. Compte tenu de la quasi-stabilisation de l’emploi, le taux de chômage augmenterait légèrement en fin d’année 2025, pour atteindre 7,6 % de la population active.

    L’inflation resterait contenue d’ici la fin de l’année

    L’inflation en France a fortement diminué en février 2025 et se situe désormais nettement en deçà de celle des autres pays européens. Ce résultat est lié au recul des prix de l’énergie et des télécommunications. Elle devrait rester basse, avec une légère augmentation d’ici la fin de l’année, consécutive à l’arrêt de la guerre tarifaire entre opérateurs téléphoniques.

    Augmentation des salaires réels

    En 2025, dans un contexte d’inflation faible, le rythme de progression des salaires nominaux se maintiendrait autour de +0,4 % par trimestre pour le Salaire mensuel de base (SMB). Le salaire moyen par tête (SMPT) progresserait légèrement plus vite au second semestre (+0,4 % au troisième puis +0,5 % au quatrième trimestre), du fait d’un effet de composition : la baisse des aides à l’alternance réduirait en effet le nombre de bénéficiaires, alors que leurs salaires sont, en moyenne, nettement plus faibles que ceux des autres salariés.

    En moyenne annuelle, les salaires nominaux continueraient de ralentir en 2025 : +2,1 % pour le SMPT (après +2,6 % en 2024) et +1,8 % pour le SMB (après +2,9 %). Ce ralentissement serait un peu moins marqué que celui des prix, si bien que l’évolution du SMPT réel atteindrait +1,0 % en moyenne annuelle (+0,8 % pour le SMB).

    En cumul sur 2024 et 2025, les salaires réels des branches marchandes non agricoles auraient ainsi regagné environ les trois quarts des pertes subies en 2022 et 2023 (+1,8 % de regain en 2024-2025, après -2,4 % en 2022-2023 pour le SMB, et +1,7 % après -2,5 % pour le SMPT).

    Le pouvoir d’achat des ménages en hausse en 2025

    Après avoir progressé modérément aux deux premiers trimestres 2025 (+0,1 % à l’hiver puis +0,4 % au printemps), le pouvoir d’achat du revenu disponible brut (RDB) diminuerait au second semestre (-0,1 % au troisième trimestre, puis -0,7 % au quatrième).

    Cette baisse proviendrait en grande partie du recul des revenus de la propriété et du calendrier des prélèvements fiscaux. D’une part, le versement de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus est prévu en fin d’année. D’autre part, le rendement de l’impôt sur le revenu se redresserait mécaniquement : les revenus soumis à l’impôt en 2024 ayant progressé davantage que l’indice des prix à la consommation sur lequel est indexé le barème, le solde d’impôt acquitté par les ménages au second semestre serait plus dynamique que l’an passé.

    En termes réels, les prestations sociales, notamment les pensions de retraite, resteraient la principale source de gains de pouvoir d’achat des ménages en 2025 (+0,9 point après +1,5 point en 2024), tandis que les revenus d’activité n’y contribueraient que modestement (+0,4 point après +0,7 point). Pour la deuxième année consécutive, les prestations progresseraient plus de deux fois plus vite que les revenus d’activité. Les revenus du patrimoine, qui avaient fortement soutenu le pouvoir d’achat depuis 2021, n’y contribueraient presque plus en 2025.

    Des perspectives toujours négatives pour la consommation

    La consommation des ménages reste faible, notamment en raison du fort taux d’épargne, et ce malgré de nouveaux gains de pouvoir d’achat. La confiance des ménages connaît une érosion continue depuis février et s’établit désormais à 87, en deçà de sa moyenne de longue période (100), au plus bas depuis près de deux ans.

    De même, le climat des affaires s’est nettement dégradé dans le commerce de détail en août, principalement du fait de la chute des intentions de commandes et des perspectives générales d’activité. Dans le commerce automobile, le climat s’établit même à son plus bas depuis 2013 (hors crise sanitaire).

    Dans ce contexte, la consommation n’augmenterait que modérément au second semestre 2025 (+0,3 % par trimestre). Sur l’ensemble de l’année, elle ralentirait (+0,5 % après +1,0 % en 2024). Elle progresserait une nouvelle fois moins vite que le pouvoir d’achat (+0,8 %), le taux d’épargne continuant d’augmenter à 18,5 % (après 18,2 %), son plus haut niveau depuis 45 ans (hors crise sanitaire). En trimestriel, ce taux baisserait légèrement au second semestre, du fait de la hausse des impôts sur le revenu, pour s’établir à 17,8 % en fin d’année.

    L’investissement des ménages en hausse

    Depuis fin 2024, l’investissement des ménages a recommencé à progresser, principalement grâce au rebond du marché de l’ancien et donc aux dépenses en services d’agences et de notaires. Ces dernières se stabiliseraient malgré la hausse récente de la fiscalité sur les transactions décidée par la plupart des départements au printemps. Quant à l’investissement en construction, il progresserait légèrement à l’été (+0,2 %), puis à l’automne (+0,4 %), porté surtout par la construction de logements neufs. Au total, l’investissement des ménages continuerait de croître à l’été (+0,2 %), puis à l’automne (+0,3 %).

    Des entreprises dans l’attentisme

    Après sa chute de 2024 (-2,4 %), l’investissement des entreprises reste en convalescence depuis trois trimestres. Il a légèrement reculé au printemps (-0,2 % après +0,1 % au premier trimestre) et cette tendance se prolongerait d’ici la fin de 2025.

    Les décisions d’investissement restent soumises à des vents contraires : d’une part, les assouplissements monétaires passés commencent à se diffuser ; d’autre part, les incertitudes liées à l’économie mondiale et à la situation politique en France freinent les projets.

    Sur l’ensemble de l’année, le taux de marge des sociétés non financières s’établirait à 31 % de leur valeur ajoutée, en baisse de 1,2 point par rapport à 2024. Les gains de productivité (+0,9 point) compenseraient partiellement le dynamisme des salaires réels (-0,8 point).

    Une légère reprise du commerce extérieur

    Après un premier semestre morose, les exportations de biens manufacturés s’accéléreraient au second (+2,0 % au troisième trimestre, +4,0 % au quatrième), portées par d’importantes livraisons aéronautiques et navales. Hors ces livraisons, les exportations progresseraient plus modestement (+1,0 % puis +0,3 %). Les exportations françaises totales augmenteraient de +1,4 % au troisième trimestre et de +2,6 % au quatrième, tandis que les importations progresseraient faiblement à l’été (+0,3 %), puis se stabiliseraient à l’automne. Ainsi, le commerce extérieur contribuerait positivement à la croissance (+0,4 point au troisième trimestre, +0,9 point au quatrième), mais cette dynamique serait contrebalancée par un déstockage marqué (-0,2 point puis -0,9 point). La croissance resterait donc principalement portée par la demande intérieure (+0,2 point par trimestre).

    Une croissance en deçà de 1 % en 2025

    En 2025, la croissance atteindrait +0,8 % en moyenne annuelle (après +1,1 % en 2024), soit +0,6 % après +1,2 % corrigé des jours ouvrés. La demande intérieure y contribuerait pour +0,4 point (après +0,6 point en 2024). La consommation des ménages ralentirait (+0,5 % après +1,0 %), l’investissement public reculerait (-1,5 % après +4,7 %), tandis que la consommation publique resterait stable (+1,3 % après +1,4 %). L’investissement des ménages rebondirait légèrement, et celui des entreprises baisserait moins qu’en 2024 (-0,9 % après -2,4 %). Le commerce extérieur contribuerait négativement (-0,5 point, après +1,3 point en 2024), tandis que les entreprises reconstitueraient leurs stocks (+0,9 point après -0,8 point).

    La France sauve sa croissance en 2025, mais celle-ci demeure faible, insuffisante pour combler les déficits publics. La faible augmentation de la population et l’accélération du vieillissement pèsent sur la demande intérieure. L’investissement peine à redémarrer malgré la décrue des taux, en raison de l’attentisme généré par la crise politique nationale et les incertitudes internationales.

  • Impôts des non-résidents en France 2025 : Modalités de paiement du 4ᵉ trimestre

    Impôts des non-résidents en France 2025 : Modalités de paiement du 4ᵉ trimestre

    Vous êtes Français résidant à l’étranger et vous devez régler vos impôts en France pour le quatrième trimestre 2025 ?Pour une bonne finalité, il est essentiel de maîtriser les règles et les modalités de règlement pour éviter tout désagrément. Cet article vous guide à travers les conditions d’imposition, les modes de paiement autorisés (virement SWIFT, IBAN français, etc.), et les solutions disponibles pour simplifier vos démarches. Découvrez comment payer vos impôts en toute sérénité, où que vous soyez dans le monde.

    Quels revenus sont concernés et quelles règles s’appliquent ?

    En 2025, votre résidence fiscale est déterminée par l’administration française selon trois critères principaux (foyer, séjour principal, activité professionnelle) ou par les conventions fiscales internationales. Si vous ne remplissez aucun de ces critères en France, vous êtes considéré comme non-résident et imposable uniquement sur vos revenus de source française (revenus fonciers, salaires perçus en France, pensions, plus-values immobilières, etc.).

    Attention : Même si vous payez vos impôts en France, vous devez aussi vous conformer aux obligations fiscales de votre pays de résidence, sous peine de double imposition. Les conventions fiscales entre la France et de nombreux pays (plus de 120 en 2025) permettent d’éviter ce risque en attribuant le droit d’imposition à un seul État ou en prévoyant des crédits d’impôt.

    Quels revenus sont imposables en France pour les non-résidents ?

    Les revenus concernés sont listés à l’article 164 B du Code général des impôts :

    • Revenus fonciers (locations meublées ou non meublées).
    • Pensions et retraites versées par l’État français ou des organismes publics.
    • Salaires pour une activité exercée en France.
    • Dividendes, intérêts et plus-values de source française.

    Exemple : Si vous louez un appartement à Paris ou percevez une retraite française émise par l’Etat, ces revenus sont imposables en France, même si vous vivez à l’étranger.

    Quelle imposition s’applique ?

    Les non-résidents sont soumis soit au barème progressif de l’impôt sur le revenu, soit à la taxation libératoire avec un taux minimum de 20 % pour les revenus dès le premier euro et jusqu’à 29 315 € et 30 % au-delà (revenus 2024). Vous ne pouvez pas bénéficier des réductions ou crédits d’impôt réservés aux résidents, sauf exceptions.

    Cas particuliers :

    • Les conventions fiscales peuvent modifier ces règles. Par exemple, une retraite française perçue par un résident au Portugal peut être imposée uniquement au Portugal, selon la convention franco-portugaise.
    • Les prélèvements sociaux (17,2 %) s’appliquent aux revenus immobiliers, sauf pour les résidents dans l’Union européenne.
    Service des impôts des particuliers non résidents (SIPNR)
    Est ce que je dépend du service des impôts des particuliers non résidents (SIPNR) ?

    Comment déclarer ses revenus en tant que non-résident ?

    Vous devez utiliser le formulaire 2042-NR, disponible en ligne sur impots.gouv.fr. La déclaration en ligne est obligatoire, sauf pour les personnes sans accès internet (date limite papier : 20 mai 2025).

    À retenir :

    • Déclarez seulement vos revenus de source française.
    • Utilisez le formulaire 2047 pour les revenus étrangers si une convention fiscale le prévoit.

    Modes de paiement autorisés : virement SWIFT, IBAN français et autres options

    Paiement par virement bancaire : SWIFT ou SEPA ?

    Le paiement par virement est la méthode la plus courante. Deux options :

    • Virement SEPA (zone euro) : gratuit ou peu coûteux, rapide (1 à 2 jours).
    • Virement SWIFT (hors zone SEPA) : possible, mais avec des frais élevés (20 à 50 € selon les banques) et des délais plus longs (3 à 5 jours). En sus, comme nous le verrons ci-dessous désormais l’IBAN FR est largement privilégié.

    Alors faut-il un IBAN français pour payer ses impôts ?

    • Oui, dans la plupart des cas : L’administration française privilégie les virements depuis un compte en zone SEPA (IBAN commençant par FR, DE, ES, etc.).
    • Exceptions : Si vous résidez dans un pays sans accès à la zone SEPA (ex : Maroc, Liban, Venezuela), vous pouvez payer directement sur le compte du Service des Impôts des Particuliers Non-Résidents (SIPNR) par virement SWIFT, sans IBAN français. Mais un virement émis depuis un IBAN étranger peut être rejeté (pays non autorisé, transaction mal identifiée, etc.).

    Rappel Coordonnées bancaires du SIPNR (2025) (faire une box)

    • IBAN : FR76 1007 1720 0000 0505 0010 056 (à vérifier sur votre avis d’imposition).
    • BIC/SWIFT : BDFEFRPPXXX (Banque de France).

    Autres modes de paiement acceptés

    • Prélèvement à la source : Obligatoire pour les salaires et pensions perçus en France.
    • Paiement en ligne : Via votre espace particulier sur impots.gouv.fr (carte bancaire européenne ou compte français).
    • Chèque : Accepté uniquement pour certains pays (à envoyer au SIPNR).

    À savoir :
    Les comptes bancaires ouverts à l’étranger doivent être déclarés à l’administration fiscale française, sous peine de majoration de 80 % en cas d’omission. Cela concerne évidemment, aussi, vos comptes ouverts dans votre pays de résidence.

    Comment payer hors zone SEPA : le comparatif

    Banques traditionnelles vs néobanques

    Les néobanques offrent des solutions flexibles pour les expatriés, mais attention à leurs conditions générales :

    • Revolut et N26 : Proposent des IBAN français, mais uniquement pour les résidents de l’UE/EEE.
    • France Pay : Seule néobanque acceptant tous les Français, quel que soit leur pays de résidence (hors UE inclus). Elle délivre un IBAN français et permet des virements SEPA sans frais supplémentaires.

    Comparatif des solutions :


    Solutions IBAN français Résidents hors UE acceptés Frais virement SEPA
    France Pay Oui Oui Gratuit
    Revolut Oui Non Gratuit
    N26 Oui Non Gratuit
    Wise Non (IBAN BE) Oui ~ 0,3 %

    Conseil : Pour les résidents hors UE, France Pay est la solution la plus simple pour obtenir un IBAN français et payer vos impôts sans frais cachés.

    Pour alimenter un compte SEPA à moindres couts depuis un pays en dehors d’Europe, il existe des Ssrvices spécialisés pour les expatriés

    • Wise (ex-TransferWise) : Permet des virements internationaux à taux réduit, mais l’IBAN fourni est belge (BIC : KRREDBEBB). Vous devrez déclarer ce compte à l’administration fiscale française.
    • OFX, CurrencyFair : Plateformes pour réduire les coûts de change, idéales pour les gros montants.

    Payer ses impôts en France depuis l’étranger demande une bonne préparation, mais les solutions existent : virement SEPA, IBAN français via France Pay, ou paiement direct à la direction des impôts pour les non-résidents pour les pays non-SEPA. Anticipez les délais et vérifiez les conventions fiscales pour éviter la double imposition. En cas de doute, consultez un expert ou le service des impôts des non-résidents.

  • Tunisie-France : après la mort d’un Tunisien à Marseille, tensions diplomatiques et montée des sentiments anti-français au Maghreb

    Tunisie-France : après la mort d’un Tunisien à Marseille, tensions diplomatiques et montée des sentiments anti-français au Maghreb

    Le 2 septembre 2025, un ressortissant tunisien, Abdelkader Dhibi, est abattu par la police française à Marseille après avoir blessé cinq personnes au couteau. L’événement, qualifié de « meurtre injustifié » par Tunis, a déclenché une crise diplomatique et relancé le débat sur les relations franco-maghrébines, déjà mises à mal par une défiance croissante envers la France dans la région.

    Cinq personnes blessées à Marseille

    Mardi 2 septembre 2025, dans le quartier animé de Belsunce à Marseille, un homme de 35 ans, Abdelkader Dhibi, armé de deux couteaux et d’une matraque, blesse cinq personnes avant d’être neutralisé par la police. Selon le procureur de Marseille, l’individu, en situation régulière sur le territoire français, aurait agi dans un contexte de troubles psychiatriques et non de radicalisation. Les forces de l’ordre, alertées par des témoins, ont ouvert le feu après que l’assaillant a eu ignoré leurs sommations et menacé une patrouille en civil. L’intervention, justifiée par la nécessité de neutraliser une menace immédiate, a suscité une vive polémique en France, où certains s’interrogent sur le recours à la force létale.

    L’émotion est palpable dans la cité phocéenne, déjà marquée par plusieurs épisodes de violences urbaines. Le ministre de l’Intérieur a salué le professionnalisme des policiers, tandis que la justice antiterroriste a été saisie pour éclaircir les motivations de l’assaillant. Cependant, l’absence de lien avéré avec le terrorisme et le profil psychologique du suspect ont nourri des débats sur les protocoles d’intervention policière.

    Un homme a été abattu par la police à Marseille, dans le quartier de Belsunce, après avoir poignardé et blessé cinq personnes. - ©A. Vella / AFP

    Un « meurtre injustifié » ?

    Dès le lendemain, la Tunisie a réagi avec fermeté. Le ministère des Affaires étrangères a convoqué le chargé d’affaires français à Tunis pour dénoncer un « meurtre injustifié » et exiger une enquête « rapide et transparente ». Le président Kaïs Saïed a ordonné le rapatriement du corps et promis de défendre les droits de la famille du défunt. Sur les réseaux sociaux, la mort d’Abdelkader Dhibi a provoqué une vague d’indignation, avec des accusations de « crime d’État » et des appels à boycotter les produits français.

    Laurent Caizergues, conseiller des Français de l’étranger en Tunisie et Libye, nuance cette réaction : « La réponse tunisienne s’inscrit dans une démarche consulaire classique, mais le choix des termes reflète le style direct des autorités actuelles. Les liens franco-tunisiens restent solides au quotidien, portés par des milliers de familles, d’étudiants et d’entrepreneurs. Les réseaux sociaux amplifient les voix les plus radicales, sans refléter l’opinion générale. » Il souligne aussi une « désaffection linguistique » chez les jeunes Tunisiens, liée à l’arabisation du système scolaire et à la montée de l’anglais, plus qu’à un rejet politique de la France.

    Laurent Caizergues
    Laurent Caizergues élu des Français de Tunisie et directeur « Afrique » à Crystal Finance. ©Crystal finance

    Pour les Français expatriés en Tunisie, la situation est délicate. Certains craignent des représailles, bien que les autorités tunisiennes aient réaffirmé leur engagement à protéger tous les étrangers sur leur sol. Les associations de Français à l’étranger appellent à la prudence et au dialogue, tout en rappelant l’importance des échanges économiques et culturels entre les deux pays.

    En Tunisie comme au Maghreb, un sentiment anti-français en hausse ?

    L’affaire de Marseille s’inscrit dans un contexte régional marqué par une défiance croissante envers la France. Au Maroc, en Algérie et en Libye, les critiques contre Paris se multiplient, alimentées par des discours panarabistes, des tensions postcoloniales et une concurrence accrue avec d’autres puissances comme la Chine ou la Turquie. En Algérie, les relations sont tendues depuis des années, notamment sur les questions mémorielles et migratoires. Au Maroc, une élite intellectuelle et politique dénonce régulièrement l’ingérence française, tandis que la jeunesse se tourne vers l’anglais et les réseaux sociaux pour contourner l’influence culturelle française.

  • La France est dégradée

    La France est dégradée

    La notation réalisée par les agences, Ficht, Moody’s et S&P permettent de mesurer et de comparer la qualité des dettes souveraines. La France est dans l’angle de tir des agences depuis une quinze ans. Moody’s avait déjà placé, en 2011, alors le pays sous « perspective négative ». Le 13 janvier 2012, Standard & Poor’s abaisse alors la note de la France de AAA à AA+, en raison de la montée des déficits et de la vulnérabilité de la zone euro. Fitch et Moody’s suivent durant l’année 2012, la France perdant ainsi son AAA auprès de toutes les grandes agences.

    Avec la hausse de la dette publique, l’absence de réformes structurelles et la diminution de la croissance, en 2015, Fitch puis Moody’s placent la note française à AA, avec des perspectives stables mais prudentes. Entre 2017 et 2019, un statu quo fragile s’instaure, la note restant à AA ou Aa2 selon les agences.

    En 2020, avec la pandémie, la dette publique progresse, mais les agences ne sanctionnent pas immédiatement la France car tous les pays sont touchés et la BCE soutient massivement les dettes souveraines. En avril 2023, Fitch abaisse la note française de AA à AA-. L’agence souligne la dette élevée, les tensions sociales liées à la réforme des retraites et la difficulté à réduire le déficit. En mai 2023, S&P met la note française sous surveillance négative, alimentant la crainte d’une nouvelle dégradation. La France se retrouve alors avec une note autour de AA- ou Aa2, soit deux crans en dessous du triple A.

    De AA- à A+.

    Le 12 septembre, Fitch a donc décidé d’abaisser la note de la France de AA- à A+. Cette dégradation est justifiée par la situation des finances publiques dans la deuxième économie de la zone euro et par son instabilité politique. Fitch souligne dans son communiqué que « cette instabilité affaiblit la capacité du système politique à mettre en œuvre une consolidation budgétaire d’ampleur ». Elle estime improbable le retour du déficit public sous 3 % du PIB en 2029.

    La dette publique de la France atteint 113,9 % du PIB à fin mars (soit 3 345,4 milliards d’euros) et le déficit prévisionnel pour 2025 est estimé à 5,4 % du PIB. Selon Fitch, l’endettement de la France continuerait de progresser jusqu’à 121 % du PIB en 2027, « sans horizon clair de stabilisation ». L’agence fait basculer la dette publique française dans la catégorie inférieure, de qualité « moyenne supérieure », contre « bonne ou haute » jusqu’ici, ce qui pourrait conduire des investisseurs à vendre leurs titres de dette pour des placements moins risqués et entraîner des hausses de taux. L’augmentation des émissions allemandes dans les prochaines semaines pourrait faciliter ces opérations avec comme conséquence un relèvement des taux pour la France. Le poids du service de la dette devrait donc s’alourdir. Les intérêts de la dette devraient s’élever environ 55 milliards d’euros en 2025.

    Les pays conservant encore leur triple A auprès des trois grandes agences sont l’Allemagne, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège, la Suède, la Suisse, l’Australie, le Canada et Singapour.

    Moody’s et Standard & Poor’s présenteront leur notation en octobre et novembre, respectivement. Les marchés financiers ont déjà anticipé de nouvelles dégradations, les spreads reflétant une notation souveraine abaissée.

     

  • Pourquoi le modèle allemand bouscule les certitudes françaises ?

    Pourquoi le modèle allemand bouscule les certitudes françaises ?

    Que ce soit pour partager un témoignage, une analyse ou une idée sur un sujet qui vous tient à cœur, Lesfrançais.press est aussi votre espace d’expression. Nous accueillons avec intérêt les contributions des Français(es) vivant à l’étranger, qui souhaitent faire connaître leurs expériences, leurs réflexions ou leurs observations depuis leur pays de résidence. C’est le sens de cette tribune libre sur les modèles économiques en France et en Allemagne que notre média a reçu, et que nous publions. N’hésitez pas à nous faire parvenir vos contributions en écrivant à [email protected].

    Contribution de Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne

    Depuis le 7 juillet au soir, chaque groupe politique cherche des partenaires, des alliés, pour gouverner la France en inventant une majorité. Mais en France, cette situation semble encore « indétricotable » tant elle est rare dans notre pays depuis l’avènement de la Ve République. Pour autant, la création d’alliance pour diriger une nation est de « coutume » parmi bon nombre de démocraties. Ils existent donc des solutions.

    LAllemagne a décidé de soutenir ses entreprises par des crédits dimpôts de 46 Mds€, et de ramener à 10% son taux dIS fédéral » déclarait Patrick Martin en séance inaugurale de la rentrée du MEDEF (Mouvement des entreprises de France) fin août, soulignant le pragmatisme économique outre-Rhin et l’urgence pour la France de repenser ses leviers de compétitivité.

    À chaque rentrée économique et politique, le modèle allemand” revient comme une injonction implicite à réformer la France. Pourtant, derrière cette référence récurrente se cachent des divergences profondes dans les manières de travailler, de manager et de dialoguer.

    En matière de temps de travail, la France s’appuie sur une norme législative (35h), tandis que l’Allemagne privilégie les temps partiels, notamment pour les femmes. En matière la fiscalité du travail, alors que les emplois qualifiés sont lourdement taxés en France à l’inverse de l’Allemagne à la fiscalité plus homogène, notre pays pénalise-t-elle ses talents ?

    Prélèvement à la base, une majorité de la population qui paye des impôts, un taux d'impostion plus élevé : le modèle allemand est bien éloigné de son homologue français. © MAXPPP
    Prélèvement à la base, une majorité de la population qui paye des impôts, un taux d’impostion plus élevé : le modèle allemand est bien éloigné de son homologue français. © MAXPPP

    Temps de travail : deux modèles distincts

    La gestion du temps de travail n’est pas comparable, dans l’entreprise comme au niveau des deux nations : alors que la France, culture romaine, valorise la norme législative avec les 35h, l’Allemagne, culture nordique, part du bureau à 17h, et incite fiscalement les femmes à des temps partiels en dessous de 27 heures. En France le nombre d’heures travaillées par actif est ainsi deux heures par semaine supérieur à l’Allemagne, qui compte également plus de jours fériés et d’arrêts maladie.  Si l’Allemagne compense le déficit d’heures travaillées par un plus fort taux d’activité, c’est aussi au prix d’une démographie en berne. 

    Fiscalité du travail : une politique française contre-productive ?

    La France a choisi de subventionner massivement les bas salaires, rendant les emplois peu qualifiés très attractifs grâce à des exonérations ciblées sur les rémunérations inférieures à 30 000 €. En revanche, les emplois qualifiés et bien rémunérés sont fortement taxés, avec des cotisations sociales pouvant atteindre 42 % du salaire brut.

    Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne
    Mathieu Pouydesseau, entrepreneur français en Allemagne

    À l’inverse, l’Allemagne applique une fiscalité plus homogène : l’impôt sur le revenu y est plus élevé dès les premiers niveaux de salaire, mais les cotisations sociales diminuent avec la rémunération. Les salariés hautement qualifiés sont considérés capables de financer eux-mêmes leur protection sociale, comme l’assurance maladie.

    Conséquence : la France est pénalisée dans les comparaisons internationales. Les aides aux entreprises sont concentrées sur les secteurs les moins productifs et les moins qualifiés, tandis que les emplois à haute technicité deviennent trop coûteux pour les investisseurs étrangers. Il est donc juste de dire que les entreprises françaises sont parmi les plus aidées… mais que les emplois les plus stratégiques sont aussi les plus imposés.

    Représentants du personnel : alliés stratégiques ou opposants systématiques ?

    La conception du rôle des représentants du personnel diffère également. En France, ils sont souvent perçus comme des opposants systématiques aux directions. Le patronat n’a pas non plus de culture du compromis.

    image illustration ©adobestock

    En Allemagne, la cogestion fait des comités d’entreprise des partenaires intégrés aux décisions stratégiques, comme le rêvait avec audace Jacques Chaban-Delmas…en 1969 dans son projet de « Nouvelle Société » : participation, concertation et solidarité.

    Deux visions du temps et du risque.

    Le manager français est souvent à l’aise dans la gestion de crise. L’Allemand, lui, planifie, sécurise, mais néglige l’investissement nécessaire pour permettre des changements rapides. Là où le Français valorise lagilité et la hiérarchie, lAllemand mise sur la prédictibilité et le contrat

    L’Europe peut-elle devenir le laboratoire d’un nouveau contrat social du travail ?

    La France gagnerait à intégrer davantage de délégations aux niveaux intermédiaires, de stabilité managériale, et de culture du consensus en amont.  L’Allemagne, elle, pourrait s’inspirer de la créativité française, de sa capacité à contourner le cadre, à parier sur l’avenir. Dans un monde où l’innovation est aussi une affaire de gouvernance, ce dialogue est vital.

    Au-delà des différences culturelles, un obstacle persistant demeure : labsence de cadre commun en droit du travail. Autant un travailleur détaché bénéficie d’un statut encadré fiscalement et juridiquement contraignant autant embaucher des salariés en France, en Allemagne ou en Espagne relève de régimes juridiques et de pratiques profondément différentes.

    C’est aussi cela, une vraie Europe : une capacité à harmoniser les conditions de travail, sans uniformiser les cultures.  Et si ce qui unissait l’Europe était une histoire partagée et une volonté d’avenir ? 

     

  • Le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un accord sur la sécurité alimentaire

    Le Royaume-Uni et l’UE sur le chemin d’un accord sur la sécurité alimentaire

    Le ministre britannique des Affaires européennes, Nick Thomas-Symonds, a fait savoir que le rapprochement avec Bruxelles était le moyen de maîtriser les prix des supermarchés.

    Face à la flambée des prix des denrées alimentaires et aux pressions exercées par les Brexiters sur les relations entre le Royaume-Uni et l’UE, le gouvernement travailliste de Keir Starmer évoque à nouveau l’accord sur la sécurité alimentaire qu’il s’est engagé à conclure avec l’UE.

    « Nous y parviendrons d’ici 2027, afin que les entreprises et les consommateurs en voient les effets tangibles dès que possible — de l’argent économisé aux frontières, des bénéfices libérés pour investir, des livres gardées dans la poche des travailleurs »

    Nick Thomas-Symonds lors d’un événement organisé par le magazine Spectator à Londres.

    Un accord sanitaire et phytosanitaire

    Son discours de mercredi est intervenu un jour après qu’un rapport gouvernemental a montré que les licences d’exportation post-Brexit pour les produits agroalimentaires destinés à l’UE ont coûté aux entreprises britanniques jusqu’à 75 millions d’euros (65 millions de livres sterling) l’année dernière.

    Nick Thomas-Symonds a confirmé que Londres et Bruxelles entameraient des négociations détaillées sur un accord sanitaire et phytosanitaire (SPS) — ainsi que sur d’autres engagements convenus lors du sommet UE-Royaume-Uni en mai — cet automne.

    Aliments
    Image d’illustation ©Getty Images/Alex Segre_UCG_Universal Images Group

    Toutefois, d’importants défis restent à relever. Londres devrait aligner sa législation sur les règles sanitaires et phytosanitaires de l’UE, ce que les partisans du Brexit dénoncent comme un retour du Royaume-Uni dans l’orbite réglementaire de Bruxelles.

    Lors des négociations d’automne, le Royaume-Uni devrait tenter d’exploiter la possibilité prévue de conserver des règles nationales essentielles, telles que celles relatives aux cultures génétiquement modifiées.

  • Ces morts qui nous gouvernent.

    Ces morts qui nous gouvernent.

    Jamais disparu, déjà momifié, le pouvoir est gouverné par l’ombre portée des morts. « Redonner à la Russie son empire », « restaurer la Chine au centre du monde », « retrouver la grande l’Amérique », l’avenir serait de revenir à la gloire passée. Quel manque d’ambition. Ceux qui gouvernent ont dans la tête les morts qui les précèdent. Hélas, les peuples aussi. S’invente une nation originelle, des héros sanglants, des dignités suspectes. Les automatismes tiennent lieu de réflexion : postures. Les uns défendent les opprimés, les autres l’identité, grilles de lecture vieillottes. Ce sont des morts qui nous gouvernent. Et c’est idiot.

    Même criminel. Car la mort devient le signe du pouvoir, celui de l’anonyme comme du dirigeant : assassiner un propagandiste en Utah, pendre des opposants à Téhéran, tuer des milliers d’abandonnés à Gaza, en Ukraine, au Soudan, au Sahel, en Birmanie ; prendre ou garder le pouvoir légitimerait tout assassinat, toute exécution. Conserver le pouvoir serait en soi un but légitime, à obtenir par n’importe quel artifice, magie, drogue, poison, mouvement de foule, « oblitération ». Bolsonaro a manqué d’audace dans son simili coup d’État : Pas même un coup de feu. Les militaires et révolutionnaires brésiliens, argentins, chinois, n’avaient pas tant de pudeurs. Sans doute manque la foi, ou l’idéologie, qui justifie tout. Reste le mantra, prière menaçante, l’ombre portée des morts.

    De quoi parlent Poutine, Xi Jinping et Kim Jung Un, quand ils sont ensemble ? D’immortalité.

    De quoi parlent Poutine, Xi Jinping et Kim Jung Un, quand ils sont ensemble ? D’immortalité, révèle un micro ouvert par erreur lors du « défilé militaire de la victoire »[1]. Dans leur salon, les Romains gardaient les masques de leurs aïeux, les Chinois entretenaient l’autel des ancêtres. Les premiers sédentaires néolithiques bâtissaient leur maison sur une sépulture, pilier d’un lignage dynastique, manie que reproduisent les Bhutto, Bush, Nehru, Assad, Kim, les dynasties peuvent être démocratiques. Le pouvoir aimerait s’enraciner dans la nuit des temps. Serait-il patriarcal par nature, par l’automatisme de la psychologie humaine ? Ou le fait-il croire pour s’imposer plus facilement ? Souvent, les enfants aiment les parents, et intègrent naturellement leur autorité. Le pouvoir copie cette nature, tout tyran se grime en PPP : « Petit père des peuples ».

    L’avenir tue avant que le passé ne s’installe.

    Parfois, l’avenir tue avant que le passé ne s’installe : Ben Ali, Kadhafi, Moubarak, Bouteflika furent chassés par la crainte de voir leurs héritiers leur succéder. Le passé ne protège pas de l’avenir. Pour les immortels dirigeants, chaque matin un inconnu brandit la menace de la déchéance, un cauchemar dès l’éveil.  

    À défaut de marquer l’histoire, poser quelques griffes sur l’éternel, pyramides, arcs de triomphe, mausolées, monuments et villes nouvelles. Il y a un réflexe de peur puérile à chercher l’immortalité dans des pierres érigées à la gloire de soi. Ceux qui ont modifié la perception du monde n’ont pas laissé de trace visible. Où est enterré Mozart ? Einstein n’a pas de tombe. Comme Socrate, Homère, Shakespeare, Lao-Tseu, Siddhartha. Seul Confucius est enterré dans un cimetière familial qui regroupe…cent mille descendants. Suspect.

    On comprend la peur de la mort exprimée par les Poutine et Xi Jinping, cela les rend humain. Qin Shi, l’unificateur de la Chine, enterra son armée d’argile dans son tombeau gigantesque et secret. Auguste bâtit le sien en pleine Rome, les vaches y broutaient. Aucun n’eut de lignée. Seul l’Empereur Jaune, devenu immortel dès le troisième millénaire, perdure : il est reconnu, depuis 1985, par le Département de la propagande du Parti Communiste comme l’ancêtre de tous les Chinois. On comprend mieux la question tibétaine et les camps de rééducation des Ouïgours.

    Mausolée de l'Empereur Qin ©AFP
    Mausolée de l’Empereur Qin ©AFP

    La peur de la mort, tout le monde la comprend. Ce que l’on voit moins est la peur des morts.

    Les morts glorifiés servent de gardiens, non au prince, mais aux peuples. Hongwu, fondateur des Ming, faisait empailler les juges qu’il avait fait exécuter et les installait dans le bureau de leurs successeurs. Tout pouvoir est par nature conservateur. Tout peuple se méfie, à raison, du pouvoir. Ceux qui persuadent le mieux en son nom se conjuguent au passé, en gloire, sur les places, ou empaillés.

    La peur de la mort, tout le monde la comprend. Ce que l’on voit moins est la peur des morts. Ce sont eux qui empêcheraient de penser et d’agir librement. Ceux du passé, ceux de demain. Soit, aucune cité n’est fondée sur de l’air. Toute communauté politique est fondée sur la fabrique de l’histoire, qui mythifie et déforme les réalités. Se forge la tradition, qui filtre et conserve les accords les plus consensuels, sinon les meilleurs, de la communauté politique. La lente construction du droit en est la preuve. À rebours, le caractère temporaire du pouvoir reste la clé du mouvement et de la liberté. C’est donc bien la mort du Prince qui laisse espérer.  « Seul Dieu est grand ! » proclame lâchement Bossuet à l’oraison funèbre de Louis XIV, avant que le Parlement de Paris ne casse le testament du roi au soleil défunt.

    La tradition, ce peut être le changement.

    La tradition, ce peut être le changement. « En avant ! C’est le mot du Progrès ; c’est aussi le cri de l’Art. Tout le verbe de la Poésie est là. Ite »[2], écrit Hugo à Baudelaire. La possibilité de l’inconnu ouvre les portes. « Laisser les morts enterrer les morts », ne pas laisser la mort d’installer au milieu des vivants, comme raison, excuse, instrument du pouvoir ou de la vie, parce qu’alors elle fait de la Cité son royaume.

    C’est ce veulent les « grands » dirigeants qui se croient appelés par l’histoire et gagnés par l’immortalité. Cela étonne peu de la part des dictatures, c’est un danger justement mortel, pour les démocraties. C’est pour cela que les Étals ne doivent pas avoir le droit de tuer, même des assassins. L’ennemi de la démocratie, c’est la menace de mort comme mode de règlement du conflit. Pour le reste : « Et quant aux persécutions, ce sont des grandeurs. — Courage ! »[3]

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France 

    a.Député de Paris 

    Laurent Dominati

    [1] Poutine : « Les organes humains peuvent être transplantés de manière continue. Plus vous vivez longtemps, plus vous rajeunissez, et même atteindre l’immortalité. » Xi Jinping : « Certains prédisent qu’au cours de ce siècle, les humains pourraient vivre jusqu’à 150 ans. »

    [2] Lettre à Baudelaire, 6 octobre 1859 . https://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9ophile_Gautier_(Baudelaire)

    [3] Idem.

  • Philippe Gustin : un jeune diplomate au cœur de l’Histoire 

    Philippe Gustin : un jeune diplomate au cœur de l’Histoire 

    En 1989, le Rideau de fer se fissure. La Hongrie, alors satellite de l’URSS, ouvre ses frontières avec l’Autriche et devient le premier domino de la chute du mur de Berlin. Dans ce contexte historique, un jeune diplomate français, Philippe Gustin vit ces bouleversements au cœur de Budapest. Nommé par la France directeur adjoint des cours de l’institut français il choisit de s’expatrier dans la capitale hongroise en compagnie de sa famille. Trente-cinq ans plus tard, il livre son témoignage dans Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions), préfacé par François Sureau de l’Académie française.

    C’est d’abord l’ouvrage d’un jeune diplomate au cœur de l’Histoire et le livre du témoin privilégié d’un changement de monde. Mais l’auteur est aussi un homme tombé amoureux de Budapest. Qu’il n’a jamais véritablement quitté puisqu’il y a établi sa résidence secondaire.

    Il s’adresse au lecteur avec la ferveur d’un passeur entre l’Est et l’Ouest et la profondeur d’un homme attaché à cette vaste culture de la mittleleuropa qu’il nous offre en partage dans un peu plus d’une centaine de pages. Au risque d’employer une formule éculée, le livre se dévore tout seul et pas seulement parce qu’on y parle de la cuisine locale.  Il est truffé d’anecdotes de vie savoureuses, de l’installation épique à Budapest dans une maison sans téléphone, au rituel sensuel des bains, jusqu’à la queue qu’on fait pour la quête de précieuses bananes, bien rare dans la Hongrie des pénuries. Derrière ces chapitres courts et toniques se dissimulent des réflexions plus politiques, la volonté de dépasser l’image de la Hongrie actuelle pour puiser dans l’âme d’un peuple millénaire : 

    « Elfogyott » : le mot d’une époque

    Elfogyott signifie « il n’y en a plus ». C’était la phrase rituelle des commerçants et restaurateurs de Budapest avant 1989. Derrière cette formule, une réalité de frustrations quotidiennes. Mais aussi, comme le raconte Philippe Gustin, une atmosphère de fin de cycle, celle d’un monde sur le point de basculer où l’abondance promise par l’ouest ne sera souvent qu’un leurre malgré les libertés démocratiques.

    Elfogyott « Ce mot est révélateur du système D hongrois », confie-t-il. Les plats proposés sur le menu sont absents des cuisines mais les restaurants se débrouillent quand même pour servir un plat unique parfaitement savoureux.

    « la même cuisine traditionnelle hongroise roborative et goûteuse à la fois : ragoûts en sauce (pörkölt) ou volailles sous toutes leurs formes que l’on accompagnait de savanyúság, des légumes en saumure, du cornichon au poivron farci de choucroute dont la douce aigreur permettait de mieux digérer »

    Extrait, Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après – Rio Bravo Éditions

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Le régime communiste continue à contrôler la population mais malgré cet étau la « vie culturelle est foisonnante ». L’auteur, passionné de musique,, revit ses plus beaux moments de mélomane et nous confie sa passion pour le cinéma : il jouera même dans un film hongrois et se lancera dans le sous-titrage.

    Ces scènes de la vie ordinaire d’un observateur engagé restituent la complexité d’un communisme du quotidien à visage (presque) humain où la vie poursuivait son cours malgré les contraintes et les « taupes » à qui l’auteur consacre un chapitre ironique et amusant où il révèle ses subterfuges pour se jouer de la police du régime et de ses informateurs.

    Le témoignage d’un diplomate et d’un historien

    Dans son récit, Philippe Gustin, qui, depuis le 10 septembre 2025 occupe la fonction de Directeur de cabinet du nouveau Premier Ministre, Sébastien Lecornu, restitue l’ambiance de Budapest avant et après l’effondrement du Rideau de fer.

    On ressent l’aspect fondateur de ce moment. C’est l’été 89 et c’est l’acte 1 qui va conduire à la chute du mur de Berlin. Des familles passent à pied vers l’Autriche. Des Allemands de l’est affluent en Hongrie, pressés de retrouver l’ouest. Une brèche existe enfin dans cette ceinture hermétique qui coupait l’Europe en deux. La fuite des Allemands de l’est passe alors par la capitale hongroise :

    A l’été 89, « la solidarité au sein de la communauté ouest-allemande de Budapest, peu présente en ces temps de vacances, fit merveille et chacun dut héberger pour quelques heures ou quelques jours des Allemands de l’Est le temps qu’ils se fassent établir le précieux sésame leur permettant de franchir la frontière «verte» »

    L’émotion ressentie par le diplomate dans la capitale est palpable. Ce n’était pas seulement une frontière qui s’ouvrait, mais une ère nouvelle pour l’Europe.

    On découvre ensuite comment la France va aider au « recyclage » des professeurs de Russe, langue obligatoire sous le communisme mais devenue nettement moins populaire dans la nouvelle Hongrie « libérée ». La relance du français devient prioritaire pour le Quai d’Orsay, son institut qui accueille 500 étudiants dans des locaux exigus avant l’inauguration d’un nouveau bâtiment verra l’effectif d’apprenants multiplié par dix :

    « Un volet de ce plan de relance concernait le «recyclage» des professeurs de russe avec l’idée aussi ambitieuse qu’absurde d’en faire en quelques mois des professeurs de français ».

    En effet, ces vieux professeurs de russe n’ont souvent qu’une connaissance théorique d’une langue française qu’ils n’ont jamais pratiquée. La France cherche alors à renforcer son influence auprès des élites francophones locales tandis que l’Allemagne et l’Autriche demeurent les nations de référence. Le livre, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après, entre chronique personnelle et document historique, narre les rencontres avec des personnages hauts en couleur, montre l’ouverture progressive de la Hongrie, et le basculement d’un pays clé de l’Europe centrale.

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Ici on n’est cependant pas passé de l’ombre à la lumière. Il n’y a aucune fascination de Philippe Gustin pour la Hongrie du libéralisme où l’inflation est galopante, les inégalités profondes et où les personnes âgées sont parfois contraintes de faire la manche. Celui qui est également docteur en histoire sociale nous livre un ouvrage permettant de mieux comprendre la Hongrie contemporaine sans complaisance.

    Ainsi du chapitre sur les langues étrangères. « Les Hongrois, qui pendant plus de mille ans n’avaient eu de cesse de protéger leur propre langue, comprirent très vite la nécessité d’apprendre une langue étrangère, ne serait-ce que pour tirer plus efficacement profit du capital touristique du pays. » 

    Familier d’un pays qu’il visite régulièrement depuis 35 ans, Philippe Gustin fait œuvre de pédagogue entraîné par sa première vocation de professeur et dit le pragmatisme de ces Hongrois qui se sont convertis à l’anglais par sens du commerce et du tourisme, qui tirent parti de la liberté de circuler permise par l’Union Européenne tout en renouvelant Victor Orban à leur tête.

    Il sait redonner de la chair à une relation bilatérale franco-hongroise faite parfois de brouilles et d’incompréhensions, où le traité de Trianon qui a rétréci la Hongrie de l’après première guerre mondiale reste une blessure.

    Chargé de mettre en œuvre notre politique de coopération culturelle et linguistique il pointe les limites de cette action diplomatique :
    « Je ne peux que regretter toutefois que malgré tous les efforts déployés, le français reste encore aujourd’hui une langue réservée à quelques amoureux de la culture française ».

    Nimbés de l’amour nostalgique pour le Budapest de 89 qui s’éloigne sans toutefois disparaître, les souvenirs de ce jeune diplomate font résonner en nous cette passion sensible qui accompagne la découverte de l’autre dans un moment charnière de l’Histoire. Quand le temps s’accélère, quand notre jeunesse s’éloigne, et que les lieux de nos plaisirs s’effacent uns à uns, reste à prendre la plume et à coucher le passé sur le papier pour tenter de le retenir.

    L’invitation au voyage hongrois, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions) de Philippe Gustin vous permettra de cheminer avec l’élégance d’un jeune diplomate cultivé au cœur de l’Histoire en train de se faire.

    Entretien avec Philippe Gustin :

    Philippe Gustin
    Philippe Gustin, auteur de Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    « Il flottait déjà un parfum de fin de régime dans cette baraque considérée comme la plus gaie du camp soviétique »

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Lesfrancais.press : « Vous étiez un jeune diplomate français à Budapest en 1989. Quelle était l’ambiance quotidienne dans la capitale hongroise à l’approche de la chute du Rideau de fer ? »

    Philippe Gustin : « Comme je le raconte dans le livre, j’ai mis les pieds à Budapest pour la première fois en mai 1988, la semaine où János Kádár a quitté le pouvoir. Il flottait donc déjà un parfum de fin de régime dans cette baraque qui était considérée comme la plus gaie du camp soviétique. Il y avait certes quelques pénuries, on savait que nos faits et gestes étaient surveillés mais a contrario, on profitait d’une vie culturelle qui était déjà foisonnante. La vie quotidienne était donc plutôt agréable surtout pour le jeune diplomate étranger que j’étais. »

    Lesfrancais.press : « Le mot « Elfogyott » (« il n’y en a plus ») résume bien les pénuries d’alors. Comment ce détail anecdotique reflète-t-il, selon vous, un état de société à la veille d’un basculement historique ? »

    Philippe Gustin : « Un jour que j’étais dans la province hongroise, je me suis arrêté dans un modeste restaurant d’une petite ville. Je fus étonné par la carte qui faisait plusieurs pages. Comme je m’en étonnais auprès d’un ami hongrois qui m’accompagnait, ce dernier me répondit : « ne t’inquiète pas, c’est le serveur qui te dira ce que tu vas manger ». Et en effet, chaque fois qu’on demandait un plat, il nous répondait: « Elfogyott » et c’est donc lui qui nous a dit au bout de 5 minutes qu’il n’y avait qu’un plat qui d’ailleurs n’était pas à la carte et qui plus est était délicieux. Elfogyott était donc un révélateur du système D hongrois. »

    Lesfrancais.press : « Vous avez assisté à l’ouverture de la frontière austro-hongroise qui a précipité la chute du mur de Berlin. Quel souvenir précis gardez-vous de ce moment ? »

    Philippe Gustin : « Une des nouvelles du livre revient sur le fol été 1989. Mon épouse étant allemande, nous fûmes mis à contribution dès le mois de mai dans le cadre de la chaîne de solidarité qui s’est rapidement mise en place pour faire passer la frontière aux Allemands de l’Est venus en vacances au Balaton. A posteriori, je peux dire que nous étions tellement occupés que nous n’avions pas l’impression de vivre des moments historiques. Et pourtant… »

    Lesfrancais.press : « Quels étaient vos interlocuteurs hongrois en tant que jeune diplomate ? Sentiez-vous chez eux une attente d’Europe, de démocratie ? »

    Philippe Gustin : « J’avais 28-29 ans à l’époque et travaillais à l’Institut français. Mes interlocuteurs au quotidien étaient des étudiants hongrois qui voulaient apprendre le français avec pour certains le secret espoir d’aller travailler au Canada ou en Suisse, beaucoup moins en France.

    « La démocratie n’est jamais acquise »

    Philippe Gustin, auteur d’Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Il y avait surtout chez ces gens jeunes pour la plupart, une aspiration à mieux vivre matériellement. Ils voulaient aussi pouvoir voyager librement en Europe ce qui n’était pas le cas puisqu’ils étaient soumis à des visas. » 

    Lesfrancais.press : « Avec plus de trente-cinq ans de recul, quel est selon vous l’héritage le plus durable de 1989 pour l’Europe centrale ? »

    Philippe Gustin : « La plupart des pays d’Europe centrale n’avait jamais connu la démocratie. La Hongrie depuis la scission de l’Empire en 1919 n’avait connu que des régimes autoritaires. 1989 offrait la perspective de la démocratie mais les pays occidentaux ont estimé à tort que la démocratie se décrétait. En fait, elle s’apprend de surcroît au cours d’un long processus et en plus elle n’est jamais acquise. »

    Lesfrancais.press : « La Hongrie d’aujourd’hui est parfois perçue comme en tension avec l’Union européenne. Comment concilier la mémoire de 1989 et les débats politiques ? »

    Philippe Gustin : « J’ai gardé des attaches en Hongrie où je vais très régulièrement depuis 37 ans. La Hongrie a toujours résisté depuis sa création il y a plus de 1000 ans à l’influence des empires qui l’entouraient avec le souci de protéger sa langue et sa culture.

    « Je reste un historien dans l’âme »

    Philippe Gustin, auteur d’Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions)

    Je ne pense pas que la Hongrie soit contre l’Union européenne. Les Hongrois apprécient en particulier de pouvoir se déplacer ou commercer librement au sein de l’espace européen. Ils ne veulent pas pour autant se faire imposer un modèle de civilisation qui ne leur correspond pas. C’est une partie de l’ambiguïté de la relation actuelle entre l’UE et la Hongrie. » 

    Lesfrancais.press : « Pensez-vous que les diplomates jeunes en poste aujourd’hui peuvent vivre des basculements historiques comparables, par exemple en Ukraine ou dans les Balkans ? » 

    Philippe Gustin : « Bien sûr. L’histoire du monde est faite de basculements plus ou moins marqués. L’Europe n’en a d’ailleurs pas le monopole. La chance inouïe des diplomates jeunes ou moins jeunes est d’être les témoins privilégiés de ces bouleversements. » 

    Lesfrancais.press : « Qu’est-ce qui vous a poussé à transformer vos souvenirs en récit littéraire et historique ? »

    Budapest Laurent Bagnis
    Budapest Laurent Bagnis (CSN à l’institut français de Budapest de 1992 à 1994)

    Philippe Gustin : « C’est une longue histoire. Avec l’âge, j’ai de plus en plus le souci de la transmission. Je reste historien dans l’âme et je pense qu’il est important de laisser une trace de la vie quotidienne d’un Français en Hongrie à ce moment historique.

    Ce sera j’espère avec plaisir que ceux qui ont vécu une expérience similaire dans les pays d’Europe de l’Est liront ce livre. Quant à ceux qui s’intéressent à ces pays d’Europe centrale et orientale encore méconnus par les Français, ils trouveront des informations pour mieux comprendre la Hongrie actuelle. »

    Lesfrancais.press : « Comment François Sureau, préfacier de votre livre, a-t-il éclairé votre démarche ? »

    Philippe Gustin : « Mon ami François Sureau est un bon connaisseur des pays d’Europe centrale et orientale. Nous avons souvent des échanges sur nos expériences respectives dans les pays de cette zone. Il a été de ceux qui m’ont encouragé à publier ce petit livre de nouvelles. Je le remercie de sa préface qui est une valeur ajoutée inestimable pour l’ouvrage. » 

    Lesfrancais.press : « Que souhaiteriez-vous que retiennent les jeunes générations en lisant Elfogyott ? »

    Philippe Gustin : « J’aimerais que ces nouvelles leur permettent de prendre conscience de la réalité de la vie quotidienne en Hongrie dans ces moments de bascule historiques pour mieux comprendre la Hongrie contemporaine. »

    Le parcours d’un grand commis de l’Etat :

    Philippe Gustin est issu d’une famille de bouilleur de cru de Fougerolles en Franche-Comté. 

    Il sera d’abord enseignant et s’investira dans la coopération linguistique et culturelle avec des affectations en Europe centrale auprès de l’OFAJ en Allemagne, à Budapest puis en Autriche. Il soutient en 1991 un doctorat d’histoire sociale avant de réussir le concours d’entrée de l’ENA en 1999 et d’intégrer la promotion Nelson Mandela. Attiré par les fonctions régaliennes il choisit l’administration préfectorale. Sous-préfet puis directeur de cabinet de Préfet il sera appelé à servir en cabinets ministériels entre 2009 et 2012 d’abord comme conseiller dans l’équipe de Christine Lagarde (Économie, Industrie et Emploi) puis comme directeur adjoint puis directeur de cabinet de Luc Chatel (Industrie, puis Éducation nationale). Entre 2012 et 2014 il est nommé Ambassadeur de France en Roumanie, retrouvant une administration diplomatique où il a fait ses premières armes plus de 20 ans auparavant.  

    En 2018 il est nommé préfet de Guadeloupe puis en 2023 préfet de la région Bretagne, des affectations où cet homme d’autorité et de dialogue saura faire valoir son sens de la conduite des affaires de l’Etat et sa capacité à faire face à des situations complexes.

    Entre temps il aura suivi Sebastien Lecornu comme directeur de cabinet du ministre des Outre-mer puis directeur du cabinet civil et militaire du ministre des armées, couronnant un parcours politique en cabinet dans des fonctions exigeantes où ses valeurs républicaines et ses capacités de travail trouveront un écrin  naturel.  Conseiller maître en service extraordinaire à la Cour des comptes à partir d’avril 2025, il est, depuis le 10 septembre, le Directeur de cabinet de Sébastien Lecornu, devenu Premier ministre.  

    Homme de fidélité et de conviction il a été engagé à l’UMP. Il est officier de l’ordre national du mérite et chevalier de la Légion d’honneur.

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après

    Philippe Gustin, Elfogyott – Budapest 1989 et les jours d’après (Rio Bravo Éditions) disponible dans toutes les librairies et aussi sur les plateformes de commande comme Amazon

    Disponible directement
    sur le site éditeur en cliquant ici

  • Caisse des Français de l’étranger : quel nouveau modèle économique ?

    Caisse des Français de l’étranger : quel nouveau modèle économique ?

    Alors que la scène politique française demeure instable, certains dossiers continuent à avancer. C’est ainsi le cas des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. Parmi les priorités examinées dans le cadre de cette réflexion, figure l’avenir de la Caisse des Français de l’étranger (CFE). Un webinaire consacré à l’évaluation du modèle économique de cet organisme s’est tenu cette semaine. En voici les principaux enseignements.

    CFE : le rapport de l’IGAS-IGF

    Depuis plusieurs mois le futur de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) est au cœur de nombreux débats. La situation budgétaire inquiète, et le modèle de sécurité sociale des expatriés évolue, sans avoir, pour l’heure, trouvé son point d’équilibre. Plusieurs initiatives ont été prises pour faire des propositions. L’une d’entre elles a été de missionner l’IGAS (Inspection générale des Affaires sociales) conjointement à l’IGF (Inspection générale des Finances) pour une analyse de situation financière couplée la présentation d’axes de réformes.

    « Malgré la période politique compliquée (…) nous sommes motivés pour faire aboutir ces travaux »

    Florian Bohème, Président commission des Affaires sociales, AFE

    C’est donc ce rapport qui a été présenté cette semaine lors d’un webinaire organisé dans le cadre des Assises de la protection sociale de nos compatriotes établis hors de France. Alors ministre délégué chargé du Commerce extérieur et des Français de l’étranger, Laurent Saint‑Martin était présent. Il transmettra sans aucun doute les éléments d’information à la personne qui lui succédera. Anticipant les mouvements gouvernementaux, Hélène Degryse, présidente de l’AFE (Assemblée des Français de l’étranger), et Florian Bohème, président de la Commission des Affaires sociales de cette assemblée, tous deux coordonnant ces Assises, avaient déclaré à l’unisson, en ouverture de la réunion, que « malgré la période politique compliquée (…) nous sommes motivés pour faire aboutir ces travaux. »

    CFE : des tarifs qui ne couvent pas le déséquilibre financier

    Après avoir partagé un bilan des activités des dernières années, notamment depuis la réforme de 2018, les représentants de l’IGAS et de l’IGF ont mis l’accent sur le futur.  Parmi les éléments à retenir sur les actions passées, entre 2010 et 2024, la CFE est passée d’une logique de souscriptions d’entreprises à des adhésions individuelles. La part des contrats collectifs représente ainsi un tiers du portefeuille en 2024, contre 50 % en 2010. Sur la même période, la proportion d’assurés de plus de 60 ans est passée de 13 % à 19 %, alors même que l’un des objectifs affichés était le rajeunissement de la population assurée. Rappelons toutefois que la CFE n’opère ni sélection médicale ni critère d’âge à l’adhésion.

    L'accès aux soins de santé pour les Français de l'étranger
    L’accès aux soins de santé pour les Français de l’étranger

    Aujourd’hui, pour résumer la situation, notamment financière, telle que publiée dans le rapport IGAS‑IGF, « le déséquilibre structurel des contrats individuels en santé ne permet pas de couvrir les frais de gestion » et « le niveau des tarifs fixé par le conseil d’administration n’a pas permis de résorber ce déséquilibre au cours des années récentes, malgré les revalorisations décidées pour 2024 et 2025 ». Le constat est alors le suivant : « les fonds propres de la CFE ont baissé de 20 % entre 2018 et 2023. » Mais, la Caisse des Français de l’étranger dispose d’atouts pour son futur et ses affiliés, comme le souligne ce même rapport « La CFE dispose d’un positionnement unique au sein d’un marché concurrentiel, avec une offre sans équivalent ». Alors que faire pour garantir l’avenir de la sécurité sociale des expatriés ?

    Quelles réformes pour la Caisse des Français de l’étranger ?

    Outre ce constat, la mission confiée à l’IGAS-IGF demandait à ces inspecteurs d’émettre des hypothèses d’évolution de la CFE. Pour les services de l’État, « une réforme paramétrique construite autour du triple objectif de rentabilité, d’équité et de performance » est nécessaire, tout en maintenant « les principes fondamentaux de la CFE : absence de sélection médicale ou liée à l’âge, continuité avec la sécurité sociale française », qui conserverait ainsi son principe de solidarité.  

    « La CFE dispose d’un positionnement unique au sein d’un marché concurrentiel, avec une offre sans équivalent »

    Rapport de l’IGAS-IGF

    Ainsi, ce rapport plaide pour une « convergence tarifaire progressive entre 2026 et 2028 vers la cible de cotisation des nouveaux contrats », avec également la mise « en place un plafond annuel de prise en charge de dépenses de santé la première année, voire les deux premières années d’adhésion, sauf pour les adhérents en continuité avec le régime général. » L’organisation de la CGE est aussi visée, avec la proposition d’une nouvelle dynamique et « renforcer la place des employeurs dans la gouvernance, en accordant plus de sièges aux entreprises au sein du Conseil d’Administration et inclure le Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) parmi les tutelles. »

    « La CFE accuse un retard dans la numérisation des outils et procédures »

    Rapport de l’IGAS-IGF

    Enfin, parmi les évolutions envisagées, celui de la relation avec l’assuré. « Le renforcement du service rendu au client est également un élément clé pour rester compétitif sur le marché des contrats collectifs et fidéliser le portefeuille de clients » indiquent les rapporteurs. Dans ce cadre, la mission de l’IGAS-IGF propose aussi de « développer une culture de service aux adhérents, et en particulier mettre en place des interlocuteurs et des contacts téléphoniques dédiés aux entreprises. »

    Le développement du numérique : un enjeu pour la CFE
    Le développement du numérique : un enjeu pour la CFE

    Or, le rapport souligne qu’aujourd’hui « dans un contexte de hausse des coûts de santé, le marché de l’assurance santé internationale est de plus en plus concurrentiel », et « alors qu’il devient difficile de proposer des prix bas, la compétitivité se joue sur la qualité du service client et la transformation numérique : la CFE accuse un retard sur ces deux dimensions. »

    D’autres pistes ont été mises sur la table lors de cette réunion webinaire consacrée à l’avenir de la CFE. Les Assises de la protection sociale des Français de l’étranger doivent présenter, à la mi‑octobre, des recommandations sur le futur de la sécurité sociale des expatriés. Ils s’inspireront de ce rapport de l’IGAS-IGF, et également d’autres contributions reçues. Malgré une conjoncture politique française toujours complexe et des clivages existants, un point fait consensus : la CFE est en danger et a besoin de changements pour survivre, puis se développer.

    Télécharger ou consulter le rapport

  • État de l’Union : Ursula von der Leyen sonne le tocsin

    État de l’Union : Ursula von der Leyen sonne le tocsin

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a adopté un ton résolument martial ce mercredi 10 septembre lors de son discours annuel sur l’état de l’Union devant le Parlement européen. Dans une allocution au cours de laquelle elle a largement utilisé le vocabulaire lié à la guerre (« lutte », « se battre », « guerre », « défense »…), elle a exposé comment l’UE doit se préparer à une éventuelle confrontation militaire avec la Russie et a expliqué que le bloc devait dépasser son rôle traditionnel de « club économique ».

    « Notre Union est fondamentalement un projet de paix. Mais la vérité est que le monde d’aujourd’hui est impitoyable. »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Ses propos interviennent quelques heures après que la Pologne a annoncé avoir abattu des drones russes ayant violé son espace aérien lors d’une attaque contre l’Ukraine. Dans la foulée, le Premier ministre polonais Donald Tusk a estimé que le risque de guerre avec Moscou était aujourd’hui plus élevé qu’à aucun autre moment depuis 1945.

    Ursula von der Leyen a déclaré que le message qu’elle avait reçu lors de ses visites dans les États membres de l’Est était que « l’Europe doit se préparer », et ce dès « aujourd’hui » sur le plan de la défense. Traduction : la Russie représente une menace directe pour les Vingt-Sept, et pas seulement pour l’Ukraine.

    6 milliards pour l’Ukraine

    Vêtue d’une veste vert olive rappelant l’uniforme militaire, elle a proposé un plan de 6 milliards d’euros pour soutenir les forces armées ukrainiennes en utilisant les avoirs russes gelés, ainsi que de nouvelles sanctions étendues aux « pays tiers » et des plans pour ériger un « mur de drones » à la frontière orientale de l’UE avec la Russie et la Biélorussie, alliée de Moscou.

    En parallèle, les responsables européens sont à Washington cette semaine pour coordonner les sanctions contre le Kremlin avec Washington, qui pousserait l’UE à imposer des « droits de douane secondaires » à l’Inde et à la Chine afin de les punir pour avoir acheté des combustibles fossiles russes.

    « L’Europe défendra chaque centimètre carré de son territoire »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Une autorité supranationale ?

    Toutefois, sa rhétorique martiale a révélé les limites de l’autorité de Bruxelles par rapport aux États membres. En effet, les affaires militaires relèvent en grande partie de la prérogative nationale, et l’Allemagne a récemment reproché à Ursula von der Leyen d’avoir outrepassé ses compétences en évoquant un possible déploiement de troupes européennes dans l’Ukraine d’après-guerre.

    Les appels à accroître les dépenses de défense se heurtent en outre à des contraintes budgétaires. Plusieurs pays, dont la France et l’Italie, ont déjà été rappelés à l’ordre par la Commission pour leurs déficits publics jugés excessifs.

    Relever l’économie avec le rapport Draghi

    À ce sujet, Ursula von der Leyen a fait référence à des rapports qu’elle a commandés aux anciens Premiers ministres italiens Mario Draghi et Enrico Letta, et a évoqué la mise en place du nouvel instrument de prêts pour financer la défense, le programme SAFE, doté de 150 milliards d’euros. En revanche, elle n’a présenté aucune initiative nouvelle pour stimuler l’économie de l’Union.

    Elle a toutefois proposé d’assouplir l’exigence de l’UE selon laquelle les décisions en matière de politique étrangère et de sécurité doivent être prises à l’unanimité, ce qui pourrait permettre à Bruxelles de contourner le veto hongrois à l’envoi d’armes à l’Ukraine. Selon elle, de telles réformes pourraient ouvrir la voie à sa vision d’une «Union européenne de la défense».

    Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne
    Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. ©EPA/RONALD WITTEK

    Une Europe indépendante

    Face à la montée des rivalités entre grandes puissances — Russie, Chine, États-Unis —, Ursula von der Leyen a insisté sur la nécessité pour l’Europe de tracer sa propre voie et d’être indépendante.

    « Tout l’enjeu de l’indépendance de l’Europe est de protéger nos libertés »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.

    Son discours contenait également plusieurs critiques à l’égard de Pékin, qui a considérablement renforcé ses liens économiques et politiques avec la Russie depuis son invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022. Ursula von der Leyen a proposé la création d’un « nouvel instrument commercial à long terme » pour protéger la sidérurgie européenne face aux importations chinoises à bas prix, massivement subventionnées par l’État chinois.

    « La surcapacité mondiale réduit les marges » et entrave les efforts des fabricants de métaux de l’UE pour réduire leurs émissions de carbone, a-t-elle déclaré. Cet avertissement fait suite à la décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane de 50 % aux exportateurs d’acier européens au début de l’année, qui a fait craindre que de grandes quantités de métaux chinois ne soient redirigées vers l’Europe et y soient vendues à bas prix.

    La présidente de l’exécutif européen a également défendu avec vigueur l’accord commercial conclu en juillet entre l’UE et les États-Unis, arguant que les entreprises européennes bénéficient désormais d’un « avantage relatif ». Par exemple, « certains de nos concurrents directs font face à des droits de douane [américains] beaucoup plus élevés » que les 15 % auxquels sont actuellement soumis la plupart des exportateurs européens. « Nous avons veillé à ce que l’Europe obtienne le meilleur accord possible », a-t-elle assuré.

    « C’est un monde où règnent les ambitions et les guerres impérialistes […], dans lequel les dépendances sont instrumentalisées sans pitié. C’est pour toutes ces raisons qu’une nouvelle Europe doit émerger. »

    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ce 10 septembre à Bruxelles.