Le français, langue plurielle

Le français, langue plurielle

Lors du congrès des 120 ans de la MLF, le chercheur en sciences du langage, Koia Jean-Martial Kouamé, a tenu une conférence sur les évolutions et transformations du français dans l’espace francophone.

Le français est la 5ème langue la plus parlée au monde. Particulièrement présente en Afrique (47%) et en Europe (44%), elle est en constante évolution.
Lors du congrès des 120 ans de la Mission laïque française, le chercheur en sciences du langage Koia Jean-Martial Kouamé a tenu une conférence sur les évolutions de la langue de Molière à travers le globe.

Une langue à plusieurs fonctions

Lorsque le français se déplace, il revêt une ou plusieurs fonctions. Dans l’hexagone, il les rassemble toutes. D’un côté, il peut être la langue officielle ou co-officielle d’un pays. Il va donc être utilisé par les administrations et les institutions, comme au Liban. Il peut aussi être la langue des institutions scolaires, des médias ou bien encore être véhiculaire. C’est-à-dire qu’il est parlé entre deux personnes de nationalités différentes. Enfin, il peut être également utilisé dans le foyer familial. Cette dernière fonction est parfaitement illustrée par les familles françaises vivant à l’étranger, qui parlent français à la maison mais la langue locale à l’extérieur.

Au travers de ces fonctions, notre langue subit, ou plutôt se nourrit, des transformations. Le chercheur nous explique qu’effectivement, si le français baigne dans un environnement culturel et linguistique différent, il entre ainsi en interaction avec d’autres langues ou dialectes. Par conséquence logique, il se transforme.

Des échanges continuels

“Et on dit premier gaou n’est pas gaou oh – C’est deuxième gaou qui est niata oh ah”. Si vous êtes fan de Magic System, vous aurez sûrement reconnu les paroles de “1er Gaou” du groupe ivoirien. Comme nous l’explique Koia Jean-Martial Kouamé, le vocable “gaou” vient du nouchi. Un dialecte né de la rencontre du français et de l’un des dialectes ivoiriens. Car si le français influe sur les langues locales, l’inverse est tout aussi vrai. De cette manière, naissent des troisièmes langues, dites hybrides, et souvent inventées par les jeunes générations.
Par ailleurs, la création d’un troisième idiome est la conséquence forcée de la rencontre de deux langues. C’est le cas des habitants qui baignent dans un milieu plurilinguistique qui

peuvent également mélanger les codes langagiers. Prendre la syntaxe de leur langue maternelle et l’utiliser lorsqu’ils parlent français. Il s’agit d’un phénomène particulièrement observé par les professeurs des établissements français à l’étranger.

Congrès des 120 ans de la Mission laïque française

Faire évoluer l’approche enseignante du français à l’étranger

“Si j’ai une migraine, je dirai en français “j’ai mal à la tête”. Mais dans toute l’Afrique subsaharienne, nous entendrons “ma tête me fait mal”. Car dans les langues premières c’est comme ça que ça se dit.”

Dans leurs classes, les enseignants ont majoritairement des élèves du pays. Ils ont grandi et évoluent avec leur langue locale aux structures grammaticales parfois très éloignées de la nôtre.
De cette manière, lorsqu’ils apprennent la langue de Molière, ils peuvent commettre ce qui nous paraît être des impairs. Seulement, ça n’en sont pas pour eux étant donné qu’ils ont une autre logique linguistique et syntaxique. Le conférencier appelle donc les professeurs à s’interroger sur les origines de ces erreurs, et à ne pas réprimander leurs apprenants.

Il explique qu’actuellement si beaucoup de recherches scientifiques sont faites sur les variations, elles ne sont pas suffisamment prises en compte dans l’enseignement. Grâce à la conférence au congrès de la MLF, Koia Jean-Martial Kouamé cherche à nous faire connaître ces variétés et donc à reconsidérer l’enseignement octroyé aux élèves. Ne pas être dans la punition où l’enfant est mis en échec, mais faire des recherches afin de comprendre et donc accompagner.

Finalement, si ces “erreurs” syntaxiques peuvent nous paraître aberrantes et nous laisser penser qu’elles détruisent notre langue maternelle, il n’en est rien. Car la langue, comme ça l’a été en France, évolue et se nourrit des influences extérieures.

Regardez la conférence avec Koia Jean-Martial Kouamé

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