Jean-Luc Godard s'en est allé

Jean-Luc Godard s'en est allé

Le cinéaste franco-suisse dont l’oeuvre et l’impact sur le monde du cinéma ne sont plus à présenter, s’est éteint le 13 septembre à l’âge de 91 ans. Il laisse derrière lui une filmographie impressionnante l’ayant hissé au rang d’immortel.

Selon une information de Libération, et confirmée par plusieurs autres médias, Jean-Luc Godard s’est éteint le 13 septembre à l’âge de 91 ans. Venu au monde le 3 décembre 1930 à Paris, il a consacré la majorité de sa vie au cinéma. Il l’a tour à tour chamboulé, révolutionné, magnifié, déconstruit à travers une oeuvre aux multiples facettes qu’il est impossible de résumer. Godard était et demeurera le père de la Nouvelle-Vague, voire le père du cinéma français moderne.

C’est le 16 mars 1960 que, sans crier gare, il bouleverse le monde du cinéma : A bout de souffle vient de sortir en salles. Si l’histoire n’a rien de novateur, le format l’est. L’image, la rythmique, les dialogues donnent un aspect de cinéma-bricole aux allures de prise de liberté. Alors que le film est interdit aux moins de 18 ans, le réalisateur est propulsé sur le devant de la scène et salué de toutes parts. A ses côtés se tient Jean-Paul Belmondo. Également inconnu du public, il ravit le coeur de tous grâce à sa gueule de titi parisien et son incarnation de la liberté.

Toujours plus de liberté

La liberté, le fil rouge de la vie de Jean-Luc Godard. La liberté de réalisation, de penser, de faire, de dire, d’exprimer. La liberté de s’opposer à une société encore très codifiée et structurée par les stigmates laissés par la Seconde Guerre mondiale. Une liberté sûrement acquise pour s’opposer à sa famille bourgeoise protestante franco-suisse qui a tissé des liens avec les collaborateurs durant la guerre.

Tout au long de sa vie, Godard aura su dire « non ». D’un côté, pour ne pas se soumettre, à l’instar du jour où il a refusé l’ordre du mérite car il n’a « d’ordre à recevoir de personne ». D’un autre, pour défendre encore et toujours ce principe de liberté. Rapidement, le jeune cinéaste, entouré de ses acolytes de la Nouvelle-Vague, comme François Truffaut, Agnès Varda, Chris Marker ou encore Claude Chabrol, s’investit politiquement. Ensemble, ils s’opposent à la guerre au Vietnam et réalisent le film collectif Loin du Vietnam. Sorti en 1967, il pose la question de l’engagement politique et citoyen, présente un problème qui touche le monde entier sans apporter de véritable réponse. Un film où chacun apporte sa vision de la guerre. A cette époque, nous sommes aux prémices du conflit et des mouvements de contestations qui éclateront en 1968. La plupart ne sont jamais allés dans ce pays d’Asie, mais veulent montrer leur solidarité au peuple vietnamien qui est à est, à leurs yeux, agressé par le gouvernement américain. Seulement, nous ne pouvons résumer l’oeuvre à un simple film anti-guerre. Il s’agit d’un espace de discussion et de prise de parole avec des personnes qui ont des points de vue discordants.

Un an plus tard, ils utiliseront de nouveau le cinéma comme lieu d’échanges sur les luttes sociales qui bouleversent le monde. Effectivement, ensemble ils font interrompre le festival de Cannes, après plusieurs jours de débats houleux, en soutien aux manifestants qui foulent le pavé dans la capitale. Depuis cette date, le réalisateur a gardé des rapports troublés avec le festival. En 2014, lorsqu’il reçoit le prix du jury ex-æquo avec le Canadien Xavier Dolan pour Adieu au langage, il ne se présente pas. Encore une fois, il refuse les honneurs et se tient loin des mondanités. Il demeure seul et isolé. Orphelin et sans descendant, il laisse néanmoins son oeuvre à la postérité qui ne cessera jamais d’inspirer des artistes aux quatre coins du monde.

Jean-Luc Godard – les dates marquantes

3 décembre 1930 : Naissance à Paris

1952 : Première parution dans « Les Cahiers du cinéma »

1960 :  « A bout de souffle » avec Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg

1963 : « Le Mépris » avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli

1965 : « Pierrot le fou » avec Jean-Paul Belmondo

1967 : « Loin du Vietnam », film collectif dirigé par Chris Marker

1980 : « Sauve qui peut (la vie) » avec Isabelle Huppert, Nathalie Baye et Jacques Dutronc

1994 : « JLG/JLG », film autoportrait

2010 : « Film Socialisme », présenté dans la catégorie Un autre regard au Festival de Cannes

2014 : « Adieu au langage », récompensé du prix du jury ex-æquo à Cannes

2018 : « Le Livre d’image », film-collage récompensé d’une Palme d’Or spéciale à Cannes

13 septembre 2022 : Décès

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