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  • Réforme des retraites: les motions de censure rejetées – Réforme adoptée

    Réforme des retraites: les motions de censure rejetées – Réforme adoptée

    Durant un peu plus de trois heures, les présidents de chaque groupe se sont succédé à la tribune de l’Hémicycle pour ferrailler avec leurs adversaires. Après avoir défendu sa réforme, Édouard Philippe a quasiment fait le plein de voix au sein de sa majorité.

  • Jean Dujardin, futur Français de l’étranger ou coup de bluff ?

    Jean Dujardin, futur Français de l’étranger ou coup de bluff ?

    La fin du mois de février fût spécialement agitée dans le monde du cinéma français.

    Vendredi 28 février, la cérémonie des César s’est déroulée dans un climat particulièrement tendu. Acculée par la polémique Polanski, et les douze nominations de son dernier film, la direction de l’Académie a démissionné à deux semaines du jour J. Dans la salle Pleyel, Adèle Haenel et plusieurs autres femmes ont quitté la cérémonie lorsque le réalisateur a été distingué du César du prix de la Meilleure réalisation. Une « honte » pour la comédienne. Face au scandale, l’équipe de J’accuse a préféré sécher la cérémonie. Au lendemain, Jean Dujardin, qui interprète le personnage principal, a partagé une étonnante publication. Sur son compte Instagram, on le voit masque sur le visage, en équilibre sur un tapis d’aéroport.

    « Je me casse, ça pue dans ce pays » Jean Dujardin 

    « Je me casse, ça pue dans ce pays », a-t-il commenté, en ajoutant un émoji malade et un qui pleure de rire. En commentaire, la fille de Roman Polanski a réagi. « Tu m’as achevé là POTO », a écrit Morgane Polanski, visiblement très amusée par Jean DujardinAlessandra Sublet a elle aussi tenu à soutenir le comédien : « Étant donné que même quand on te like on passe pour des traîtres alors cette fois-ci je vais aussi laisser un commentaire ! double traîtresse du coup et bon voyage Jean ». La veille, à quelques heures du début de la cérémonie des César, Jean Dujardin s’était déjà emparé de ses réseaux sociaux pour pousser un coup de gueule. « Je voudrais simplement rappeler que J’accuse est le titre d’un article assez célèbre d’Émile Zola, j’espère que cela ne gêne personne ? Bonne soirée ! », avait-il écrit avant d’ajouter : « En faisant ce film, j’ai cru, et je le crois encore, avoir fait plus de bien que de mal ». Deux publications qu’il a ensuite supprimées.

    Nathalie Péchalat soutien son mari

    Sur Instagram, son épouse avait également tenu à sortir de son silence et à lui apporter tout son soutien. « Je soutiens mon mari dans tous ses choix artistiques. Dans J’Accuse il campe un grand rôle dans un film nécessaire sur un chapitre clé de notre Histoire, écrivait Nathalie PéchalatCependant l’ancienne sportive brigue la présidence de la Fédération française des sports de glace, il parait peut probable qu’elle quitte le territoire national. 

     

    Une vie douillette à St Cloud

    Surtout, qu’après avoir habité quelques temps dans le Marais à Paris, Jean Dujardin s’est offert en 2015 un nid douillet aux côtés de sa compagne et désormais épouse Nathalie Péchalat à Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine. Cela fait maintenant trois ans que l’acteur vit dans un magnifique hôtel particulier de 350 mètres carrés entouré de plus de 1400 mètres carrés de terrain. Un havre de paix pour celui qui souhaitait s’éloigner d’Hollywood après le succès de « The Artist » (le long-métrage a été récompensé de plusieurs Golden Globes et divers Oscars dont celui du meilleur film) : « Je croyais naïvement que j’allais revenir dans la vie normalement mais pas du tout, a-t-il confié durant la projection de de son dernier film « Le Retour du Héros » comme le rapporte Le Parisien. C’est pour ça que j’ai déménagé et que je suis venu un peu me planquer à Saint-Cloud. » Une planque particulièrement prestigieuse puisque cette demeure a appartenu à Lino Ventura, qu’il avait investi au début des années 1960 avec son épouse.

     

    Alors coup de bluff, coup de colère ou véritable envie d’expatriation… Mais ce qui est sur c’est que Jean Dujardin sera bientôt sur les plateaux de télévisions françaises pour la promotion de son nouveau film.

  • La France, toujours championne des dépenses publiques

    La France, toujours championne des dépenses publiques

    Selon Eurostat, en 2018, l’ensemble des dépenses publiques dans l’Union européenne (UE) représentait 46,7% du produit intérieur brut (PIB). Cette part a régulièrement diminué depuis 2012, lorsqu’elle s’élevait à 49,7% du PIB. La France reste en tête du classement pour les dépenses publiques avec un taux de 56%. Elle devance la Finlande (53,1%) et la Belgique (52%). À l’opposé, les dépenses publiques ne s’élevaient qu’à 25% du PIB en Irlande. En Allemagne, ce taux est de 44%. Le faible montant en Irlande s’explique par la part limitée de la retraite obligatoire. La France, en revanche, se démarque, par un haut niveau de dépenses dans tous les domaines de l’action publique (protection sociale, emploi, logement, etc.).

    Les dépenses sociales en nette augmentation

    Parmi les dépenses des administrations publiques dans l’Union européenne, la protection sociale (hors santé) est de loin la fonction la plus importante. Elle représente, en moyenne, 19,2% du PIB en 2018. Viennent ensuite, par ordre d’importance, les fonctions « santé » (7,0%), « services généraux des administrations publiques » (6,0%) tels que les affaires étrangères et les opérations concernant la dette publique, «enseignement» (4,6%) et «affaires économiques» (4,4%). Les fonctions « ordre et sécurité publics » (1,7%), « défense » (1,2%), « loisirs, culture et culte » (1,1%), « protection de l’environnement » (0,8%) ainsi que « logements et équipements collectifs » (0,6%) ont un poids moins important.

    La « protection sociale » et la « santé » sont les deux seules fonctions au sein des dépenses publiques qui sont en hausse en lien avec le vieillissement de la population.

    Pour l’ensemble de l’Union, les dépenses de protection sociale sont passées de 38,7% à 41,2% de l’ensemble des dépenses, alors que les dépenses de santé ont augmenté de 14,3% à 15,0%. À l’inverse, les dépenses publiques pour les « services généraux », par exemple, ont reculé de 15,0% des dépenses totales en 2007 à 12,9% en 2018. Au cours de cette période, les dépenses publiques pour « l’ordre et la sécurité publics » et la « protection de l’environnement » sont restées inchangées.

    La France en deuxième position pour la protection sociale

    Le ratio des dépenses des administrations publiques en matière de protection sociale varie d’un État membre de l’Union à l’autre, s’échelonnant de moins de 10% du PIB en Irlande (9,0%) à près d’un quart du PIB en Finlande (24,1%) et en France (23,9%). Les écarts sont en grande partie liée au rôle des dépenses publiques consacrées à la retraite. Ce pôle représentait 10,4% du PIB dans l’Union en 2018. Ce taux atteint 13,6% en Finlande, 13,3% du PIB en France et en Italie. À l’inverse, les parts les plus faibles ont été enregistrées en Irlande (3,2%), suivi de Chypre (6,1%), de la Lituanie (6,2%) et des Pays-Bas (6,4%).

    La France dans le trio de tête pour les dépenses de santé

    Avec des parts d’au moins 8% du PIB en 2018, le Danemark (8,3%), l’Autriche (8,2%) et la France (8,1%) sont les États membres dans lesquels les dépenses publiques consacrées à la santé sont les plus élevées.

    L’environnement aux Pays-Bas, l’éducation en Europe du Nord

    Les Pays-Bas consacrent 1,4% du PIB à la protection environnement. Ils sont suivis par la Belgique et la Grèce (1,3%). Avec 1%, la France se place au 5e rang. Les pays qui consacrent le plus à l’enseignement public se situent en Europe du Nord. La France se place au 13e rang.

    Défense et ordre intérieur, des dépenses en stagnation en Europe

    La Lettonie a consacré 2,1% de son PIB à la défense, l’Estonie et la Grèce, 2,0% chacune. La France se place au 5e rang avec un taux de 1,8%. La moyenne communautaire s’élève à 1,2% soit nettement en-deçà de l’objectif des 2% retenus par les dirigeants européens. Les dépenses des administrations publiques consacrées à l’ordre public et à la sécurité les plus élevées ont été observées en Bulgarie (2,5%), en Croatie (2,4%) et en Hongrie (2,3%). La France est dans la moyenne avec un taux de 1,7% du PIB.

  • Erdogan ouvre les vannes migratoires de l’UE

    Erdogan ouvre les vannes migratoires de l’UE

    La situation à la frontière gréco-turque s’est empirée le samedi 29 février à la suite de la décision officielle d’Ankara de laisser des milliers de migrants entrer sur le territoire européen.

    Selon les médias grecs, plus de 4 000 personnes ont tenté à plusieurs reprises de traverser la frontière d’Evros, au nord-est de la Grèce, où elles ont été bloquées par les forces de police grecques qui ont fait usage de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes.

    Selon certaines sources, les migrants ont été emmenés par la Turquie à la frontière grecque par des bus gratuits.

    Depuis vendredi, 66 personnes au total ont traversé la frontière et ont été arrêtées. Le porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas, a déclaré que, contrairement aux arguments d’Ankara, aucune d’entre elles ne provenait de la province d’Idlib, au nord de la Syrie.

    Le 27 février, les forces du régime syrien, soutenues par Moscou, ont tué 34 soldats turcs à Idlib. Ankara affirme que l’attaque a déclenché une nouvelle vague de réfugiés qui ne seront pas arrêtés en Turquie dans leur tentative de rejoindre l’UE.

    « Qu’avons-nous fait hier ? Nous avons ouvert les portes », a déclaré le président turc, Recep Tayyip Erdoğan à Istanbul le 29 février. « Nous ne fermerons pas ces portes…Pourquoi ? Parce que l’Union européenne devrait tenir ses promesses », a-t-il ajouté sans plus d’explications.

    La police grecque a utilisé des gaz lacrymogènes pour repousser les migrants. En réponse, les migrants se sont défendus avec des morceaux de bois en feu, des pierres et même des gaz lacrymogènes turcs, selon les vidéos des médias grecs.

    Recep Tayyip Erdoğan estime que 30 000 migrants se trouveront à la frontière de l’UE vendredi.

    À la frontière maritime entre la Grèce et la Turquie en mer Égée, 181 migrants sont entrés sur le territoire grec depuis la Turquie vendredi dernier.

    Par ailleurs, les migrants et réfugiés du camp de réfugiés de Moria auraient reçu des messages la nuit précédente indiquant que la frontière était ouverte et qu’un bateau les attendait au port de Mytilene pour les emmener en Grèce. L’expéditeur de ce SMS est encore inconnu.

    Garanties turques

    Le haut représentant de la politique étrangère de l’UE, Josep Borrell, s’est entretenu par téléphone avec le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoğlu, qui lui a garanti qu’Ankara s’en tiendrait à l’accord EU-Turquie de mars 2016, pour ce qui est du retour des migrants.

    Vendredi, la Commission européenne a déclaré qu’elle partait du principe que la Turquie continuait à respecter l’accord de 2016 puisqu’elle n’a pas annoncé le contraire. La réalité sur le terrain au lendemain de cette déclaration semblait indiquer le contraire.

    Dans ce sens, les sources de l’UE ont déclaré à Euractiv que c’était aux États membres de prendre une initiative puisque l’accord UE-Turquie avait été signé par le Conseil de l’UE.

    Reste à savoir si, outre les frontières maritimes, l’accord s’applique aussi aux frontières terrestres.

    L’incohérence du gouvernement turc suscite des interrogations sur sa fiabilité et sur le fait que Mevlüt Cavusoğlu s’est entretenu avec le président turc avant que celui-ci ne dise que la Turquie a rouvert ses frontières.

    La Grèce bloque la déclaration de l’OTAN

    Selon des sources diplomatiques citées par le journal grec To Vima, les représentants permanents de l’OTAN se sont entrenus ce dimanche soir à Bruxelles, mais la discussion n’a abouti à aucun consensus en faveur de la Turquie, membre de l’organisation, après l’attaque à Idlib.

    Athènes aurait demandé d’inclure une référence au respect de l’accord UE-Turquie sur la migration, ce à quoi les États-Unis, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne se sont fortement opposés.

    La Turquie a quant à elle demandé un soutien renforcé de l’OTAN, principalement au niveau des services de renseignement, ainsi que la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne à Idlib.

    Pas de tension à la frontière bulgare

    La situation à la frontière bulgare reste calme alors que les migrants ont l’occasion de traverser la frontière terrestre, soit en Grèce, soit en Bulgarie. Des images télévisées montraient des réfugiés expliquant qu’on leur avait dit qu’aller en Bulgarie était « interdit » et qu’il valait mieux aller en Grèce.

    Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov, a discuté avec Recep Tayyip Erdoğan par téléphone et devrait le rencontrer le lundi 2 mars. Selon lui, son pays est celui qui a le plus soutenu la Turquie durant la réunion de l’OTAN et c’est pour cela qu’aucune pression migratoire n’a été mise sur la Bulgarie.

    Il a ajouté que les discussions s’étaient poursuivies jusque 22h30 vendredi sur la possibilité de verser des fonds à la Turquie, avec les présidents du Conseil et la Commission. Il a déclaré ne pas être autorisé à en dire plus, mais que des sommes importantes seraient transférées via la Croix-Rouge en soutien à la Turquie.

    « Je prépare une grande rencontre [internationale] en Bulgarie », a déclaré Boyko Borissov, sans en dire plus.

    Et d’ajouter : « lundi je rencontrerai Erdoğan et nous nous accorderons sur ses conditions. Les jours suivants, je vous dirai ce que nous ferons ici en Bulgarie pour régler ce problème à long terme, sur le retour des migrants, les actions militaires en Syrie, et le rôle de l’OTAN. »

    Le Premier ministre bulgare défend Recep Tayyip Erdoğan dans l’UE depuis de nombreuses années. En 2018, il a aidé à organiser une réunion de haut niveau entre l’UE et la Turquie avec le président turc, malgré les tensions liées aux forages turcs dans la zone économique de Chypre.

  • Consulaires 2020 : l’interview de Florence Poznanski pour « La France Insoumise »

    Consulaires 2020 : l’interview de Florence Poznanski pour « La France Insoumise »

    A 10 semaines des élections consulaires, la rédaction du site Lesfrancais.press lance une série de rencontres avec les élus représentant les Français de l’Etranger. Députés, Sénateurs, mais aussi ceux que vous, électeurs inscrits sur la liste électorale consulaire, allez renouveler le 17 Mai : les conseillers des Français de l’étranger ,dans chacune des circonscriptions consulaires. En charge localement d’animer et de gérer la vie commune des expatriés français, ils vont aussi élire parmi eux les Conseillers de l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE). Informant et conseillant le gouvernement, ils sont vos relais à Paris.

    Après le format avec le président du Groupe d’Union de la Gauche à l’AFE, Mehdi Benlahcen, suivi d’Alexandre Château Ducos, Conseiller élu à l’AFE et Co-secrétaire EELV  (Europe Ecologie Les Verts) de la région Hors de France, nous avons reçu ce dimanche 01 Mars 2020 Meyer Habib – Député des Français de l’Etranger ( VIII Circonscription : Chypre, Grèce, Israël, Italie, Malte, Turquie, Saint-Marin, Saint-Siège et Territoires palestiniens). Aujourd’hui nous vous proposons de continuer la découverte des mouvements politiques qui traversent notre communauté comme la nation française.  Dans les prochains jours, pour vous informer au mieux avant vos élections,  nous conclurons cette série avec la sénatrice LR Joelle Garriaud-Maylam et un représentant de la majorité.  

     

    Lesfrancais.press  : Quel avenir pour la communauté des Français de l’étranger après une phase d’accroissement inédite au cours des années 2010, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le phénomène s’est tassé voire dans certains pays un reflux s’est amorcé. Comment expliquez-vous cette évolution et quelles perspectives anticipez-vous pour notre communauté ?

    Florence Poznanski :  Les évolutions relatives dans certains pays sont naturelles et dépendent des conjonctures économiques et politiques. Il est normal que certains pays connaissent des baisses ou des hausses. Mais l’accroissement du nombre de Français résidant à l’étranger est un phénomène profondément inclus dans l’évolution de notre société et cela n’est pas prêt de s’arrêter. D’ailleurs une preuve en est que nous allons élire cette année 4 conseillers ou conseillères des Français de l’étranger de plus et 9 délégués ou déléguées consulaires puisque, basé sur l’évolution du nombre de Français inscrits sur le registre entre 2014 et 2020 qui a augmenté d’environ 130 000 personnes, le nombre de Conseillers des Français de l’étranger passe de 443 à 447 et de délégués consulaires de 68 à 77.

    Il est vrai qu’il y a eu un léger tassement dans le nombre de Français inscrits sur le registre des Français de l’étranger qui coïncide avec l’élection d’Emmanuel Macron, mais je pense que plus qu’une baisse effective, cette baisse est surtout due aux modalités d’inscription au registre qui, avec la dématérialisation, a rendu plus facile l’inscription mais aussi la désinscription sur le registre alors qu’il fallait passer avant au consulat. Cela doit alerter les services du ministère des affaires étrangères. Car ce qui était pensé pour faciliter l’inscription au registre peut aussi être une barrière voir encourager certains résidents de longue date à couper leurs liens avec la France.

     

    Lesfrancais.press  :  Cependant les Français de l’étranger sont particulièrement dynamiques et trouvent souvent la réussite à l’étranger ? Comment expliquez-vous cette situation souvent à l’opposé du stéréotype véhiculé par nos compatriotes  ? Le bagage scolaire et universitaire, l’approche culturelle…

     Florence Poznanski : Je n’ai aucun doute sur la capacité des Français à s’intégrer et à avoir un potentiel pour réussir à l’étranger. Vous parlez du stéréotype en France ? Je pense qu’il y a surtout depuis la France une idéalisation de la vie des Français à l’étranger, comme s’ils étaient tous des nantis expatriés. Il faut donc arrêter d’utiliser le terme d’  « expatriés » pour décrire les Français qui résident à de l’étranger. Nous sommes tout de même près de la moitié à être binationnaux ! Une bonne partie n’a jamais vécu et encore moins travaillé en France. Quant’aux conditions de travail, les contrats d’expatriés avec tous les avantages sociaux qu’ils comportent sont évidemment une extrême minorité. Les Français de l’étranger ont donc généralement des revenus et des conditions de travail adaptés aux réalités locales de leur pays de résidence ce qui est souvent synonyme de précarité si l’on compare avec les revenus en France.

    Plus aucun dispositif n’existe au consulat pour venir en aide aux Français sur les question de l’emploi et de la formation professionnelle.

     Mais si l’on parle plus spécifiquement de l’installation à l’étranger ou du retour en France, je vois deux problèmes majeurs dans la valorisation des Français dans la vie active locale. Tout d’abord les difficultés d’insertion. On peut avoir un très beau bagage scolaire, universitaire ou culturel, un magnifique projet à implanter et même des fonds pour le faire, mais si l’on n’est pas guidé pour s’implanter dans le tissus local on se casse les dents. Au Brésil par exemple toute démarche administrative prend en moyenne deux fois plus de temps que ce que l’on prévoit. Nous sommes en plein crise économique et la moitié de personnes que je reçois en permanence sont des personnes à la recherche d’un emploi. Or, plus aucun dispositif n’existe au consulat pour venir en aide aux Français sur les question de l’emploi et de la formation professionnelle. Le conseil consulaire prévu à cet effet ne se réunit plus, alors que même sans fonds spécifiques, le consulat pourrait impulser des initiatives en réseau avec les autres acteurs économiques de la France à l’étranger (la chambre de commerce, business France, la coopération économique, etc). Le deuxième problème c’est le retour en France et la difficulté de la France à valoriser quelque chose qui n’est pas franco-français. C’est souvent la douche froide lorsqu’on se confronte au marché de l’emploi français et que l’on se rend compte que notre parcours n’est pas apprécié à sa juste valeur. Nous somme plus que de simples « profils atypiques », comme disent souvent les employeurs face à des personnes qui ont eu le courage de se reconvertir ou d’affronter de vrais défis de vie.

    « la garantie des droits »

    Lesfrancais.press  :   Le risque d’une « diaspora » qui réussit, n’est-ce pas l’effilement du lien avec la France ? Mais avec nous, FdE, qui par essence, avons peu d’attitudes communautaires, comment entretenir une « envie de France » ?

     Florence Poznanski : Le risque d’une diaspora qui réussit ? Je ne comprend pas trop comment cela peut être un risque. Réussir en France ou à l’étranger n’est pas si différent, ce qui compte c’est de s’épanouir. L’envie de France ? Je ne sais pas non plus ce que vous entendez par là. Une envie de fromage ? De croissants ? Cela fait partie des goûts de chacun. Pour moi il est clair qu’une envie de métropole n’est pas nécessaire pour vivre pleinement sa nationalité. Les Français de l’étranger montrent justement à la France qu’il y a tant de façon d’être Français ! Non, ce qui compte pour que ce lien ne se coupe pas c’est la garantie des droits. Et cela ne dépend pas que du bon vouloir des Français, eussent-ils ou non un instinct communautaire, cela dépend des moyens que met à disposition l’État Français pour qu’un ou une Française à l’étranger puisse avoir les mêmes droits à l’éducation, aux prestations sociales, à la santé et puisse bénéficier des mêmes services administratifs dans son pays qu’un Français résidant en France. Or on voit que ce n’est pas ce qui se passe.

     C’est intéressant que vous parliez de liens, car ce mot revient souvent dans les programmes de campagnes que nous construisons en ce moment.

     Les consulats passent leur temps à se plaindre de l’abstention des Français à l’étranger aux élections, ce qui leur sert de prétexte pour supprimer des bureaux de vote un peu partout dans le monde. Or, toute la communication du consulat est faite pour attirer les Français qui ont justement le profil de cette « envie de France » que vous souligniez, cette idée qu’il faille reproduire une mini-France à l’étranger. Évidemment tous les Français qui ne sont pas nés en France ou qui ne partagent pas ces valeurs ne s’y retrouvent pas, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne sont pas attachés d’une autre façon à leur nationalité. C’est un cercle vicieux. Et comme par hasard on se rend compte que ceux qui se présentent au bureau de vote les jours d’élection sont en grande majorité les mêmes que l’on voit aux cocktails de l’ambassade, aux activités de la francophonie, etc. Il y a un grand problème d’universalité. Pourquoi par exemple les consulats ne traduisent pas dans la langue du pays les communications destinées aux résidents ?

     C’est intéressant que vous parliez de liens, car ce mot revient souvent dans les programmes de campagnes que nous construisons en ce moment. Le problème n’est pas de savoir si le Français ou la Française a ou non un instinct communautaire, mais s’il ou elle bénéficie des relais suffisants pour avoir accès aux informations et faire valoir ses droits. Or si le consulat ne joue pas ce rôle, parce qu’il se désengage d’année en année de ses missions, c’est la communauté française qui doit s’appliquer à créer ces liens pour s’assurer que personne n’est laissé de coté. Et c’est un des  rôles des conseillers des Français de l’étranger.

     

    Lesfrancais.press  :  A mi-mandat, que retenir de l’action de la majorité présidentielle ?

    Florence Poznanski :  Les Français de l’étranger qui se sont déplacés aux urnes en 2017 ont voté massivement pour Emmanuel Macron et pourtant on a vraiment l’impression qu’il ne nous aime pas. Suppression des actes notariés, baisses des moyens destinés à l’éducation, réforme de la fiscalité, réforme des retraites, exclusion d’une bonne partie des retraités des prestations de la sécurité sociale, désengagement dans le remplissage des certificats de vie et surtout baisse de 10 % de la masse salariale à l’étranger du ministère des affaires étrangères qui va entraîner l’abandon de nombreuses missions de l’État à l’étranger, la liste des mesures qui nous rendent la vie plus difficile est bien longue. Il n’y a guerre que le STAFE, l’appel à projet de soutien aux associations, qui a été une bonne idée, même si j’ai là aussi des critiques sur la mise en œuvre.

     

    Lesfrancais.press  :  Au cœur des préoccupations des Français transfrontalier, la réforme de la fiscalité ! En effet,  les transfrontaliers seront particulièrement impactés par la réforme avec des impositions qui vont exploser, quelle solution, votre mouvement pourrait imaginer ? Autre victime, les retraités sans personne à charge. Ils sont nombreux à partir au Maroc, en Tunisie et aussi  au Portugal mais là le RNH est lui aussi attaqué, quelle solution pour cette tranche d’âge ?

     Florence Poznanski :  La réforme fiscale votée en 2019 et actuellement mise en moratoire pour les Français de l’étranger est symptomatique de la méthodologie d’un gouvernement qui cogne d’abord et fait mine de réfléchir ensuite aux dégâts provoqués. Il y a d’ailleurs un manque de transparence totale sur la question et il est assez révélateur que l’étude d’impact ne devrait être publiée qu’en juin, une fois les élections consulaires passées.

    Nous vivons dans un monde où les inégalités se creusent

     Le problème avec cette réforme ne se limite pas aux travailleurs transfrontaliers ou à certains profils retraités : elle détériore de fait la situation des plus bas revenus. Ainsi les non-résidents ayant un revenu annuel imposable de source française compris entre 10 064 et 14 832 euros, c’est-à-dire moins que le SMIC, verraient passer leur imposition de 0% à 11% alors même que dans bien des cas il s’agit de personnes vivant dans des pays où les services publics sont beaucoup moins présents qu’en France et n’ayant pas accès aux crédits d’impôt qu’offre l’État français en France comme celui sur la transition énergétique.

     D’un autre côté, cette réforme laisserait toujours la porte ouverte pour les expatriés ayant des « revenus monde » bien plus conséquents afin d’échapper au taux marginal qui devrait leur être appliqué. On est donc très loin du principe de justice sociale qui devrait être notre boussole. Sur ce sujet, un rapport parlementaire cosigné par Eric Coquerel, un de nos députés, avance des propositions concrètes visant à lutter contre l’évasion fiscale en se focalisant par exemple sur les changements de résidence vers des pays dont les taux d’imposition sont inférieurs de plus de 50% à l’impôt français.

     Nous vivons dans un monde où les inégalités se creusent, les plus hauts revenus n’ont jamais payé aussi peu d’impôts notamment grâce aux possibilités d’optimisation fiscale. En ce sens, il est indéniable qu’une refonte profonde de la fiscalité doit être faite mais à l’opposé de ce qu’à proposé le gouvernement. Dans une perspective plus large assurant que chacun paye réellement selon ses moyens.

     

    Lesfrancais.press  :  La réforme des retraites est particulièrement lourde pour les fonctionnaires expatriés, le groupe Solidarité et Écologie (affilié PS) a lancé une pétition , il y a quelques jours, partagez-vous l’analyse ? Quelle est votre anticipation de cette réforme pour les FdE ?

    Florence Poznanski :  Je ne vois pas pourquoi il faille faire une distinction entre les fonctionnaires expatriés et les autres personnes qui ont a un moment donné de leur vie travaillé en France et espèrent voir ces années transformées dans une retraite décente. J’étais aux cotés des enseignants du lycée Français de Rio de Janeiro qui ont eu le courage de se mettre en grève comme dans de nombreux endroits du monde, affrontant des parents brésiliens qui ont désapprouvé cette grève car ils n’en partageaient pas les enjeux. C’est une force qu’ils aient pu se mobiliser. Mais quid de tous les autres ?

     S’il y a un appel à lancer, une pétition à faire, c’est pour l’ensemble des fonctionnaires, mais aussi pour l’ensemble des Français ayant un parcours professionnel à l’étranger.

     S’il y a un appel à lancer, une pétition à faire, c’est pour l’ensemble des fonctionnaires, mais aussi pour l’ensemble des Français ayant un parcours professionnel à l’étranger. Actuellement la retraite est calculée sur les 25 meilleures années de la carrière. Si vous passez par des périodes de salaire inférieures, vous pouvez éviter que ces années pèsent trop dans la moyenne finale. Avec le calcul des points tout au long de la carrière cela ne sera plus possible, ce qui réduira encore davantage les pensions. Même si la France est liée par de nombreux accords bilatéraux à l’étranger cela ne sera pas suffisant pour garantir un même niveau de pension qui est déjà assez bas pour les Français de l’étranger. Même des élus LREM s’en sont inquiétés récemment, vous en avez parlé sur votre journal.

     Actuellement il y a un débat en France pour que le projet de réforme des retraites soit mis au référendum et que les Français puissent voter sur ce sujet. Pourquoi ne pas s’être mobilisés là-dessus ? Je partage l’injustice que subissent les enseignants expatriés à l’étranger. Mais c’est minimiser les impacts de la réforme des retraites sur les Français de l’étranger dans son ensemble que de ne se concentrer que sur ce problème.

     

    Lesfrancais.press  : Autre sujet qui est important pour chaque Français, l’éducation. Au cœur du brassage républicain, l’AEFE et consorts se retrouvent aujourd’hui confronter à une baisse des dotations, et ce malgré un réajustement en 2019 de la chute des crédits décrétée en 2018, mais aussi à une remise en cause de l’association qui facilite la création d’établissement en se portant garant des encours. Imaginez-vous une nouvelle correction et dans le cas contraire, est-ce le temps de faire une place plus importante au secteur privé ?

    Florence Poznanski : Il y a deux ans Emmanuel Macron a annoncé que l’on doublera le nombre d’élèves dans les lycées français à l’étranger. Il n’a pas précisé s’il s’agissait d’élèves français ou étrangers, et surtout, il n’a pas annoncé en conséquences un doublement des moyens pour y arriver. Faites plus avec moins, c’est classique.

    Avec la baisse des dotations de l’AEFE aux lycées conventionnés, ceux-ci se voient naturellement obligés de revoir leur politique de recrutement en augmentant les frais d’inscriptions et en se tournant vers un public local plus élitiste en mesure de payer. A Rio par exemple la mensualité a augmenté de 80 % en 5 ans, mais ce n’est pas le cas des enveloppes destinées aux bourses scolaires…

     Le co-financement avec le secteur privé, c’est bien le projet de ce gouvernement. Je doute fortement que ce soit la solution pour renforcer le lien des enfants Français avec leur langue maternelle et leur assurer une compatibilité avec le cursus d’enseignement français. Si l’on veut assurer l’excellence il faut que l’État y mette les moyens, ce n’est pas en se désengageant qu’il va obtenir des résultats.

     

    Lesfrancais.press  :   Enjeu national de nos élections locales, les consulaires du 17 mai 2020 : les sénatoriales d’octobre 2020. Les conseillers et délégués consulaires élus en mai seront les grands électeurs de 6 sénateurs renouvelés cet automne. Quelle sera la position des sénateurs issus de votre mouvement sur la réforme institutionnelle, et en particulier sur la circonscription unique avec un scrutin à la proportionnelle intégrale par liste ?

     Florence Poznanski : Nous nous sommes présentés à la présidentielle tout en connaissant et dénonçant les limites de la monarchie présidentielle et en défendant une assemblée constituante qui nous mène vers une 6e République où le peuple aurait une plus grande place dans la prise de décision. Nous défendons le référendum révocatoire, la généralisation des scrutins proportionnels, le tirage au sort, d’avantage de mécanismes de contrôle citoyen, la constitutionnalisation de la règle verte et du respect des biens communs. Les Gilets Jaunes étaient pour la suppression du Sénat, je pense que c’est une question que la constituante que nous appelons de nos vœux devra se poser.

    Nous participerons aux élections sénatoriales tout en travaillant à changer le côté archaïque et censitaire de cette institution

    Marie-Noëlle Lienemann et Pierre-Yves Collombat

    En attendant, nous participerons aux élections sénatoriales tout en travaillant à changer le côté archaïque et censitaire de cette institution. Si les consulaires et les municipales le confirment, nous pourrons pour la première fois entrer au Sénat. Nous avons deux Sénateurs qui nous ont rejoint en cours d’aventure mais dans l’histoire encore jeune de notre mouvement ce serait la première fois que nous pourrons présenter des candidats insoumis. Actuellement Marie-Noëlle Lienemann et Pierre-Yves Collombat sont connus pour leurs combats sociaux.

     Quant à la réforme institutionnelle dans son ensemble, nous ne sommes pas dupes de son aspect quelque peu démagogique qui supprime de 25% le nombre de parlementaires tout en leur infligeant un rythme de travail toujours plus inhumain. Le cœur de la question aujourd’hui ce n’est pas le nombre d’élus mais leur capacité à porter la parole des Françaises et des Français dans l’hémicycle. Et sur ce point nous avons toutes les raisons d’être inquiet. Aujourd’hui, le gouvernement tente de couper court aux travail parlementaire sur la réforme des retraites en imposant un passage en force via l’emploi de l’article 49.3 qui permet d’adopter une loi sans passer par le Parlement. Demain c’est la capacité d’amendement qui sera remise en cause. Cette proposition figurait déjà dans la révision constitutionnelle de 2018, abandonnée depuis. Un ballon d’essai. Les Françaises et les Français et leurs élus devront rester vigilent.

     

    Lesfrancais.press  :  Votre mouvement LFI fut la grande surprise des législatives 2017, malgré un tassement aux européennes, votre parti est annoncé comme le fossoyeur du PS et unique opposant à la majorité présidentielle à l’étranger ?  Quelles sont, donc, vos ambitions pour les élections consulaires ? Avez-vous pu constituer des listes dans toutes les circonscriptions ? Seul ou avec vos alliés naturels ?

    Florence Poznanski :  La France insoumise a adopté nationalement un texte de de principe pour guider notre stratégie pour ces élections consulaires. Comme pour les municipales nous prioriserons des listes citoyennes ouvertes et engagées sur notre programme. Voilà ce que dit notre texte : « Nous soutenons des dynamiques participatives et collectives, nous exigeons des pratiques administratives transparentes, nous dénonçons les inégalités, les discriminations et le brutal désengagement de l’État dans les services publics à l’étranger. Nous défendrons, dans toutes les sphères de la société l’égalité femmes–hommes et nous lutterons contre les violences faites aux femmes. Nous défendons les droits fondamentaux à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la création et à la dignité. Nous exigeons l’exemplarité écologique des postes diplomatiques et lycées français mais aussi des entreprises françaises implantées à l’étranger. Nous ne souhaitons pas élire des notables, mais des personnes engagées sur le terrain et proches de leur communauté. Personne n’est « fait pour être élu » et tout le monde a vocation à le devenir. Un·e élu·e ne sert à rien s’il ou elle est coupée de la collectivité et ne lui rend aucun compte. Les listes consulaires soutenues par la France insoumise devront donc être des listes constituées par et pour les citoyen·nes français·es dans leur plus grande diversité”.

    Nous aurons des listes dans toutes les circonscriptions législatives mais malheureusement pas dans toutes les circonscriptions consulaires car nous dépendons, comme les autres formations politiques, des forces vives sur place qui évoluent. Je pense que nous arriverons à minima à doubler le nombre de nos élus, aujourd’hui nous avons une vingtaine d’élus consulaires dans le monde qui s’identifient à la France Insoumise. Dans de nombreux cas, nous avons de très belles dynamiques de listes citoyennes d’union de la gauche où nous avons réussi à nous entendre avec les militants EELV et même certains PS ou ex-PS. Souvent les candidats et candidates ne sont pas des personnes encartées mais des citoyennes et citoyens engagés qui apportent à la campagne un vécu sur les besoins réels et non la déclinaison locale d’un programme politique générique. C’est cela qui est très puissant.

     Quant’à Français du Monde (FdM), nous ne partageons pas la charte que l’association demande à nos candidats de signer. Beaucoup de nos militants sont investis dans des sections locales de Français du Monde et y sont attachés, mais cela ne veut pas dire qu’ils s’engageront à reverser une partie de leurs indemnités à l’association voire, pire, qu’ils voteront pour la liste aux sénatoriales que FdM soutiendra, alors qu’on ne la connaît pas encore et que nous savons que le PS règne en maître dans cette association.

     FdM a adopté une attitude hégémonique dans cette campagne comme si les autres formations politiques n’existaient pas. Or les listes purement FdM sont de plus en plus rares et dans la majorité des cas où nous sommes présents, FdM est une des forces politiques aux cotés de la FI, de EELV et parfois même aussi de la CISE, une autre association des français de l’étranger de gauche qui est en train d’émerger. Imaginez si chaque force politique exige une charte de ce genre aux candidats, on ne s’en sort plus ! Il faut se réjouir d’arriver à construire localement des listes d’union sans toujours exiger de contreparties.

     

    Lesfrancais.press  : Votre présence est particulièrement importante en Amérique du Sud et en Europe ? Pouvez vous expliquer pourquoi ces bassins de partisans ?  

    Florence Poznanski : Près de la moitié des conseillères et conseillers consulaires insoumis actuellement sont en Amérique latine en effet. C’est un continent qui nous est cher, car le berceaux de mouvements sociaux très puissants et d’avènement de projets politiques transformateurs qui ont affrontés des problèmes structurels à bra le corps. C’est la terre de Paulo Freire et de l’éducation populaire, des budgets participatifs, des expériences révolutionnaires d’agroécologie, des femmes en luttes bien avant le #MeToo, etc. Les Français qui y vivent sont évidemment baignés dans cette dynamique, certains sont d’ailleurs activement engagés dans ces luttes locales et c’est une grande richesse pour nous. L’Europe est le continent avec le plus de Français, il est normal que nous y ayons une présence importante. Mais nous avons aussi d’autres pôles au Canada, en Asie, au Moyen-Orient.

     

    Lesfrancais.press  :  L’autre enjeu des élections locales que sont les consulaires, comme nous le disions, ce sont les sénatoriales ? Ferez-vous là aussi des listes autonomes ? Quelle personnalité pourrait venir porter au niveau de la circonscription mondiale vos idées ?

     Florence Poznanski : Tout va bien-sur dépendre du résultat que nous ferons aux consulaires. En 2017 nous avons participé à une liste citoyenne, écologique et solidaire où plusieurs partis à gauche étaient réunis. La FI n’y a pas participé officiellement mais nous avons suivi cela de près. Ce fut une belle campagne qui nous a permis de mettre en avant d’autres aspects programmatiques en dehors des traditionnels programmes axés sur les politiques publiques destinées aux Français de l’étranger  (l’éducation, les retraites, la fiscalité) où finalement à droite comme à gauche les candidats gardent cette logique clientéliste de servir les intérêts de leurs électeurs, les conseillers des Français de l’étranger, et disent un peu tous la même chose.

    Le problème c’est qu’une fois élus, les sénateurs votent sur tous les projets de loi en France, il faut politiser beaucoup plus cette élection et y associer les citoyens dans leur ensemble à qui les élus consulaires doivent rendre des comptes. Nous avons donc parlé d’écologie, de la défense des services publics, de la lutte contre l’austérité, du rôle de la France dans la défense de la paix au niveau international, de plus de participation citoyenne dans les institutions. Ce fut une campagne très inspirante et j’espère que nous pourrons continuer sur cette lancée cette année encore, d’autant que nous serons mieux armés et cela nous permettra peut-être d’élire pour la première fois un sénateur ou une sénatrice pour nous représenter.

     

     

     

     

  • 49.3 : le jour J des réformes

    49.3 : le jour J des réformes

    La France a accueilli fraîchement le recours à l’article 49-3 de la Constitution annoncé samedi après-midi par le Premier ministre afin de faire adopter la réforme des retraites, en force, sans débat, ni vote parlementaire.

    Un nuage de gaz lacrymogène à Toulouse (Haute-Garonne). La permanence d’Édouard Philippe caillassée au Havre (Seine-Maritime). Quelques insultes à Lille (Nord). Et des chants contestataires à Paris. Évidemment balancés depuis le pont de la Concorde, juste en face de l’Assemblée nationale.

    Une nécessité pour le Premier Ministre, face « aux dizaines de milliers d’amendements qui, pour l’essentiel, n’avaient pas d’autre but que de bloquer l’examen du texte. » D’après les prévisions gouvernementales, il aurait encore fallu aux députés consacrer sept semaines de travail – nuits et week-end compris – pour venir à bout de l’examen des amendements déposés en grande partie par La France insoumise et les communistes. « Je n’ai pas le sentiment que notre démocratie puisse se payer le luxe d’un tel spectacle… », a donc taclé Édouard Philippe pour justifier son choix.

    Deux motions de censure débattues à l’Assemblée nationale

    Pas de souci, en revanche, pour s’offrir une nouvelle période de tensions autour de ce texte qui en a déjà connu tant en l’espace de deux ans de « concertation ». Ce sont d’ailleurs les syndicats qui pourraient allumer la première mèche. Si la CFDT a simplement évoqué, dans Le Parisien, sa volonté de « se battre sur le contenu du texte », la CGT entend, elle, (re) passer aux actes. Dès ce lundi matin. Philippe Martinez a ainsi annoncé la tenue d’une réunion de l’Intersyndicale (CGT, FO, Solidaires, FSU et organisations de jeunesse) pour discuter d’une nouvelle mobilisation, à venir « cette semaine ».

    « C’est une manière d’instrumentaliser le débat et de relancer le mouvement dans la rue mais cela ne fonctionnera pas, veut croire Didier Paris, député La République en marche de la 5e circonscription de Côte-d’Or, qui soutient le choix du Premier ministre. Je me rendrai tristement à l’Assemblée nationale cette semaine. Mais je m’y rendrai sereinement… »

    Et pourtant, certains comptent bien électriser les débats. En sus de la mobilisation syndicale, le gouvernement va également devoir faire face, vraisemblablement mardi après-midi, à deux motions de censure distinctes déjà déposées par Les Républicains et les groupes de gauche (LFI, Communistes, PS). Évidemment, en dehors d’une joute verbale au Palais-Bourbon, cela n’aura aucune conséquence, le groupe LREM disposant d’une confortable majorité dans l’Hémicycle pour les rejeter.

    Préparer les esprits à une défaite aux municipales

    Depuis 2017, le groupe parlementaire LREM a vu partir une petite vingtaine de députés.  Surtout, il y a des candidats aux municipales dissidents dans un tiers des villes de plus de 50.000 habitants. Signe d’un malaise chez LREM ?

    Et une défaite en perspective ? En ayant recours à l’article 49-3 à deux semaines du premier tour des municipales, Édouard Philippe n’a-t-il pas commencé à préparer les esprits à des résultats décevants à venir pour son parti ?

    « Le soir de la défaite, on dira que c’est à cause de la réforme des retraites, pronostique ainsi Stéphane Rozès. Oui mais pas seulement. C’est aussi parce que le lien entre le pays et Emmanuel Macron est profondément délité depuis la crise des « gilets jaunes » à vrai dire. » Beaucoup moins bruyants que par le passé, ceux-ci sont d’ailleurs sortis de leur réserve depuis samedi pour appeler à multiplier les manifestations, y compris en semaine, au nom du « droit à l’insurrection ».

     

     

     

  • Coronavirus: quelle conséquence pour les écoles à l’étranger?

    Coronavirus: quelle conséquence pour les écoles à l’étranger?

    Comme nous l’indiquions dans un précédent article, le coronavirus a un impact très concret aussi sur l’enseignement français à l’étranger 

    L’AEFE, l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, a donné une série d’indications, notamment une période de 14 jours sans venir dans les établissements du réseau pour les élèves ayant séjourné dans les zones à risque, en particulier en Chine et en Italie du nord.

    Les zones concernées sont ainsi :

    • Chine (Hong Kong et Macao compris)
    • Singapour
    • Corée du Sud
    • Régions italiennes de la Lombardie (Région de Milan) et de la Vénétie (Région de Venise)
    • Iran

    Ces informations peuvent évoluer. Plusieurs établissements continuent de relayer cette information mais la confusion demeure parmi les parents d’élèves en ce retour de rentrée scolaire. Confortés par les consignes du Ministère de l’Enduction Nationale, en effet, en France, qui est désormais en stade 2, cette mesure n’a plus de sens. Certains comme les lycées français de Belgique accueillent donc les jeunes français sans restriction.

    Tandis qu’en Italie, au lycée Stendhal de Milan, les autorités sanitaires locales ont décidé de la fermeture des établissements scolaires. Le lycée communique sur le fait qu’il n’est pas en mesure à l’heure actuelle de communiquer pour savoir si la rentrée, prévue le 9 mars, pourra se faire https://www.lsmi.it/actualites/information-coronavirus-covid-19-situation-sanitaire/

    A Hong-Kong, la communication du lycée indique que ce n’est pas avant le 20 avril que les élèves pourront être accueillis tandis qu’au Japon c’est le 5 avril.  Un mécanisme a été mis en place dans l’ancienne colonie britannique pour que les cours se déroulent via des visioconférences. La technologie face à la pandémie ?

    La situation sur le coronavirus varie fortement selon les pays. La France est le deuxième pays le plus touché en Europe après l’Italie mais c’est de Chine et de très loin que viennent principalement les craintes ?

  • Une crise d’un nouveau type ?

    Une crise d’un nouveau type ?

    Depuis la première révolution industrielle, l’économie mondiale avait été confrontée à des chocs de nature diverse, spéculation immobilière, bulle financière, crise agricole, crise énergétique, etc. La diffusion du coronavirus à l’échelle planétaire suivie en direct par les médias traditionnels et numérique constitue une première entraînant une chute brutale du cours des actions.

    La contraction des indices « actions » enregistrée cette semaine est la plus forte enregistrée depuis la crise financière de 2008.

    Même si pour le moment, le terme de krach n’est pas encore d’actualité car pour être qualifiée en tant que tel, la baisse des cours doit être brutale et avoisiner les 20 %. En cinq jours, l’indice japonais a perdu près de 10%, le CAC40 français, plus de 12% tout comme le Nasdaq américain. La contraction des indices « actions » enregistrée cette semaine est la plus forte enregistrée depuis la crise financière de 2008. La correction en cours intervient après plusieurs mois de fortes hausses qui rendent la correction d’autant plus violente Juste avant l’annonce par les autorités chinoises d’un problème sanitaire à Wuhan, il y a deux mois, nul n’avait imaginé un tel scénario même si nombreux étaient ceux qu’un ajustement était probable.

    La peur générée par cette épidémie a été le catalyseur de la baisse de ces derniers jours. Le monde occidental vit tout à la fois sa première grande épidémie depuis la grippe espagnole et la première épidémie suivie en temps réel par les médias et les réseaux sociaux. Les pouvoirs publics sont amenés à communiquer quotidiennement pour éviter l’amplification de la panique et la circulation de fausses informations. La forte défiance des opinions ne facilite pas leur tâche en la matière d’autant plus que la situation est très évolutive.

    Depuis 2004, la France est dotée de plans de réactions en cas d’épidémies de grande ampleur. La priorité a été pour le moment de mettre en alerte le système de santé afin qu’il puisse répondre à une demande de soins en augmentation rapide. Les demandes de confinement demeurent très ciblées et ne concernent que les personnes qui ont été potentiellement en contact avec le virus.

    Baisse de la production et ruptures de stock

    La crise sanitaire touche l’ensemble des composantes de l’économie. Le premier effet de l’épidémie a été de réduire les capacités de production de la première puissance industrielle et du premier exportateur mondial qu’est devenue la Chine.

    Plusieurs autres pays asiatiques comme la Corée du Sud sont concernés. Du fait de l’éclatement des chaînes de production, les entreprises, à l’échelle mondiale, sont éventuellement confrontées à des risques de rupture de stock.

    La diffusion du virus en Italie du Nord, cœur industriel de ce pays, a créé une onde de choc..En quelques jours, la crise sanitaire est apparue mondiale pour les investisseurs et les actionnaires.

    Pétrole et taux à la baisse

    La crainte d’une récession mondiale a provoqué une forte baisse du cours du pétrole qui est passé en-dessous des 50 dollars le baril vendredi 28 février. Sur un an, il a perdu un quart de sa valeur. Le taux de l’obligation de l’Etat allemand à 10 ans est tombé à -0,609 % et celui de l’obligation de l’Etat américain à 1,160 % vendredi 28 février. Les investisseurs s’attendent à des annonces de la part des banques centrales pour soutenir l’activité économique. Les Etats-Unis disposant de marges de manœuvre supérieures en la matière, leurs taux baissent plus fortement qu’en Europe.

    Ces marges plus élevées outre-Atlantique expliquent pourquoi le dollar se déprécie par rapport à l’euro, le marché anticipant des décisions accommodantes de la banque centrale américaine.

    Le secteur du tourisme en première ligne

    L’épidémie a un effet tangible sur l’activité touristique. Les prévisions aériennes pour les trois prochains mois tablent sur une baisse de 60% de la fréquentation chinoise en France. Air France chiffre le manque à gagner à plus de 200 millions d’euros.

    En moyenne, sur 90 millions de touristes étrangers, 2,7 millions de Chinois visitent la France chaque année. Plus l’épidémie se répandra, plus l’impact sur le transport aérien et le secteur touristique sera important. La France, l’Italie, l’Espagne, les États-Unis en tant que premiers pays d’accueil pour les touristes sont tout à la fois susceptibles d’être ainsi touchés par la contamination et d’être impactés au niveau du tourisme. L’hôtellerie, la restauration mais aussi toutes les activités de loisirs (spectacles, musées, parc de loisirs) entraînant une concentration de personnes sont potentiellement concernées.

    Une baisse de l’investissement ?

    Les investisseurs sont incités à retarder leurs investissements du fait des incertitudes économiques générées par l’épidémie. Des projets devant être engagés en Chine ont été retardés du fait du cantonnement de la population.

    Ralentissement des échanges

    En raison des réductions de production constatées en Chine, les exportations se tarissent. Par voie de conséquence, les importations font de même. Cette situation entraîne une baisse des cours du pétrole et des matières premières, réduisant d’autant les ressources des pays producteurs.

    Baisse de la demande des ménages

    Les mesures prises pour ralentir la diffusion du virus entraînent, à travers le confinement des villes touchées, une baisse de la consommation. L’Europe étant le premier centre de consommation mondiale, avec plus de 500 millions d’habitants, la diffusion du COVID-19 peut avoir des effets importants sur la consommation en raison de la limitation des échanges. Le caractère anxiogène de l’épidémie peut conduire à des reports d’achats. Avec la réduction du nombre de touristes, le secteur du luxe est en première ligne.

    Quel effet sur la croissance ?

    La dangerosité de la maladie, les modalités de contagion, la capacité des pouvoirs publics à la juguler, sont autant d’interrogations qui génèrent l’inquiétude des investisseurs. L’indice de contagiosité est estimé entre 1,5 et 3,5 contre 2,2 pour la grippe espagnole de 1919. Pour le rhume, le taux est de 2 et celui de la grippe saisonnière de 1. Des chiffres très éloignés de la varicelle (8,5), de la rougeole (9) ou du choléra (9,5). Le taux de létalité est de 2,3% pour le COVID-19 contre 0,1% pour la grippe saisonnière. Il est en revanche plus faible que celui constaté lors de l’épidémie de SRAS (9,6%). Mais cette dernière n’avait touché que 8 000 personnes lorsqu’elle s’était propagée en 2003. Le taux de létalité augmente à partir de 50 ans pour atteindre son plus haut niveau au-delà de 70 ans. Le taux de mortalité est de 15% au-delà de 80 ans. À l’inverse, pour les personnes âgées de moins de 39 ans, ce taux serait de 0,2% selon une étude chinoise. De manière pour le moment peu expliqué, le taux de contamination et de létalité est très faible chez les enfants.

    Evolution en U ou scenario en L ?

    Le scénario le plus rationnel est une évolution en « U » de l’économie avec une chute d’activité suivie d’une période étale plus ou moins longue débouchant sur un rebond assez fort pour compenser les retards pris durant l’épidémie.

    Ce scénario repose sur l’atteinte d’un pic épidémique intervenant d’ici quelques semaines et sur une coordination à l’échelle internationale des moyens sanitaires voire des réponses économiques nécessaires pour empêcher une récession. L’autre scénario dit en « L » se matérialiserait par une entrée en récession relativement longue le temps de vaincre l’épidémie.

    Pour le moment, le Ministère de l’Économie estime que le virus COVID-19 ne provoquera qu’un manque de croissance de l’ordre de 0,1% en France. Au niveau mondial, le PIB devrait être amputé de 0,2% en 2020. Si l’épidémie se muait en pandémie et si le mouvement de panique prenait racine, le risque de récession mondiale ne serait pas à écarter.

    La multiplication des mesures protectionnistes, la fermeture des frontières aurait évidemment un fort effet sur la croissance.

    Les autorités mondiales s’inquiètent des conséquences de l’épidémie sur des pays ne disposant pas de système de santé performant (particulièrement en Afrique).

    Pour l’ensemble de 2020, la Banque de France prévoit une croissance de 1,1%, selon ses prévisions dévoilées en décembre dernier, soit le rythme le plus bas depuis 2016, lorsqu’elle avait atteint 1%. Le Gouvernement table pour sa part sur une progression du PIB de 1,3%.

  • Le dossier de la taxe carbone aux frontières progresse

    Le dossier de la taxe carbone aux frontières progresse

    Les ministres européens du Commerce et de l’Industrie ont débattu d’une taxe carbone à la frontière. Thierry Breton, estime qu’elle pourra être instaurée « d’ici peu ».

    La Commission planche sur le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières », qui vise à garantir la compétitivité des industries du continent européen.

    Afin d’établir des conditions de concurrence « verte » équitables, les importations en provenance de pays tiers pourraient être soumises à un tarif douanier si elles ne respectent pas certaines normes environnementales, par exemple en ce qui concerne l’intensité énergétique des procédés de fabrication.

    Phil Hogan, le commissaire au commerce, et Kadri Simson, à la tête des questions énergétiques, se concentrent sur l’élaboration d’une proposition de tarif douanier en conformité aux règles de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

    Et à la suite d’une réunion du Conseil de la concurrence, le chef du marché intérieur Thierry Breton a indiqué que son institution « ferait pression pour que [la taxe] soit imposée aussi vite que possible », soulignant qu’il s’agissait d’« une mesure juste et appropriée ».

    Selon le programme de travail actuel de l’exécutif européen, le schéma directeur ne sera disponible que fin 2020 ou début 2021. Et ce n’est qu’après que le Parlement et le Conseil européens pourront modifier la proposition. Ensuite, les trois parties devront négocier un accord final.

    Mais le ministre espagnol de l’Industrie, Reyes Maroto, juge ce processus trop long et appelle la Commission à émettre une proposition cette année pour se prémunir d’éventuelles « fuites de carbone » — à savoir la délocalisation de la production dans d’autres pays aux règles environnementales moins strictes.

    Les pays industrialisés craignent de voir les entreprises se relocaliser pour être hors de portée des mesures environnementales sévères de l’UE, qui les obligeraient à diminuer leurs émissions et à utiliser une énergie plus verte.

    Les experts sur le climat affirment toutefois que le risque de fuite de carbone est surestimé et que, jusqu’à présent, rien ne confirme vraiment que cette situation se passe effectivement. De manière générale, les entreprises préféreraient plutôt payer des frais supplémentaires pour s’adapter que de devoir s’établir autre part.

    La Russie et les États-Unis ont déjà réagi à la taxe carbone. Du côté britannique, le négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, a confirmé cette semaine que les normes environnementales seraient priorisées lors des négociations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni, pour que ce dernier n’entre pas en concurrence déloyale avec les entreprises européennes.

    Lentement mais sûrement

    Mais des sources de la Commission ont indiqué à Euractiv que la demande espagnole avait peu de chances d’aboutir à un résultat, parce que la situation est complexe et que la taxation des importations intègre une dimension politique.

    L’exécutif européen cherche plutôt à faire les choses en concertation, avec des analyses d’impact et des consultations, pour ne pas être accusé de prendre des décisions politiques inadéquates.

    La taxe carbone aux frontières n’est pas la seule mesure qui demande de faire preuve de diligence.

    La Commission délibère encore sur l’inclusion du transport maritime au marché du carbone dans le cadre du « Green Deal » européen. Certains États membres jugent que pour travailler correctement, l’analyse d’impact de 2013 doit être mise à jour.

    D’après l’eurodéputée allemande Jutta Paulus, d’autres États membres craignent que le temps et les ressources humaines nécessaires à la révision complète de l’analyse ne retardent trop le programme écologique européen.

    Lors de la réunion du Conseil de la concurrence, la République tchèque a déclaré qu’elle n’envisagerait même pas de respecter des objectifs climatiques plus ambitieux d’ici à 2030 si la Commission ne revoyait pas tous ses chiffres à la baisse.

    Frans Timmermans, le pilote du « Green Deal » européen, a confirmé ce mois-ci qu’une législation européenne sur le climat qui devrait entrer en vigueur ce 4 mars n’augmenterait pas les frais en la matière, parce qu’une analyse d’impact est encore en cours et ne sera pas finie avant l’été.

    Les ONG critiquent la lenteur du processus et avertissent qu’il reste peu de temps à l’UE avant le mois de novembre, date du Sommet de l’ONU sur le climat, pour s’accorder sur la nouvelle proposition qui ferait sans doute passer les réductions d’émissions de 40 à 55 %.

     

  • De quoi meurt-on : Du virus ou des mauvais remèdes ?

    De quoi meurt-on : Du virus ou des mauvais remèdes ?

    « Videz les bénitiers », dit l’archevêque, « achetez de l’or », dit le trader, le coronavirus, qui a fait perdre des milliers de clients à la bière Corona, est sur toutes les lèvres, à un souffle des poumons. De l’attaque raciste de deux Chinois à Saint Nazaire au complot américain, analyses et réactions absurdes se multiplient. Ainsi en France, le marathon est interdit, mais pas les matchs de football. La Chine est isolée, mais le virus est parmi nous.

    Nul ne sait si la pneumonie de Wuhan sera plus effroyable que la grippe annuelle (env. 10.000 morts en France), la grippe espagnole (50 millions  dans le monde) ou la peste noire (plus d’1/3 de la population en Europe).

    On peut cependant prédire qu’elle ne provoquera pas un changement de civilisation, comme la chute de Byzance et la Renaissance italienne, ni l’effondrement de la Chine.

    Malgré les jubilations sur les drames de la mondialisation, (comme si les douanes ou les tranchées avaient protégée des pandémies passées) s’impose une certitude : sans la mondialisation, on aurait le virus quand même, mais on ne serait pas au courant.

    Heureusement, jamais le monde n’a été aussi bien préparé à une pandémie. Face à tout événement, même la mort, ce qui compte c’est la réaction.

    Pour l’instant, le réflexe de la surveillance et de la fermeture des frontières gagne. En Chine, lesautorités ont mis en quarantaine 50 millions de personnes, le virus s’en est échappé vers plus de 100 pays. Seule l’Afrique semble exempte, vraisemblablement parce que le système ne recense pas les cas. L’invasion de sauterelles dans l’est africain, qui menace des millions de personnes, pèse plus lourdement. A juste titre.

    Le gouvernement chinois met en avant sa capacité à construire des hôpitaux en dix jours, et des camps en une semaine pour les récalcitrants. 200 millions de caméras de surveillance « sécurisent » la population, maintiennent la discipline, traquent le virus et son mauvais esprit.

    En Russie, Poutine, a donné comme instruction officielle de « minimiser les chiffres ». Au moins,on ne fait pas dans l’hypocrisie. Aux Etats-Unis, Trump se réjouit, comme de juste, d’être le meilleur contre le virus. En Iran, on accuse le grand Satan. Y at-il pays plus fermé que l’Iran ? Plus surveillé que la Chine en quarantaine ?

    Le virus se moque des frontières et descommuniqués. A travers l’usine chinoise, il a attaqué l’économie réelle. Ceux qui dénoncent depuis des lustres l’économie financière seront contents : l’économie réelle va contaminer l’économie financière. Le coup sera rude quand le circuit du crédit sera bloqué, à la suite de l’effondrement des actifs et des chiffres d’affaire. La crise sera là. La vraie.

    Il y aura plus de morts dus aux mauvais médecins et aux mauvais remèdes qu’à cause de la maladie.

    Aujourd’hui, de quoi meurt-on ?

    Il y a 57 millions de décès par an dans le monde (et 140 millions de naissances). Les maladies cardiovasculaires sont identifiées comme la cause de 15 millions de décès. Les maladies transmissibles (infections des voies respiratoires, diarrhées, tuberculose, sida) représentent 6.7 millions en 2016. Ce chiffre atteignait 10 millions en 2000. Ce qui signifie que les systèmes de santé sont de plus en plus efficaces contre les maladies virales. Dans les pays à faible revenu, même en diminution, elles restent la première cause de mortalité, mais représentent seulement 7% dans les pays à haut revenu. Est-ce à dire que, comme toujours, les riches seront plutôt épargnés ? Oui et non. Les pays riches sont vieillissants et ce sont les personnes âgées les plus vulnérables. En France, comme dans le reste du monde, l’espérance de vie a augmenté de 4,6 ans depuis 1990.

    Cette répartition des causes de mortalité changera sans doute si le coronavirus se développe, elle ne changera pas fondamentalement.

    En revanche, l’appétit des gouvernements pour diffuser et répandre à l’angoisse sécuritaire, multiplie les mesures comme autant de signes de panique. Elles vont peut-être ralentir la diffusion du virus quelques jours mais n’éviteront pas sa propagation. Elles vont surtout provoquer une crise économique mondiale qui, elle, fera de nombreux morts. Surtout dans les pays émergents. Parce qu’on financera moins d’hôpitaux, moins de lutte contre la dengue, le paludisme, l’hygiène, les diarrhées, moins d’accès à l’eau, etc

    Le coronavirus provoquera moins de décès que les décisions prises pour le combattre. Les économies ralentissent, la lutte contre de la pauvreté va stagner, cette baisse ralentira les succès engendrés contre la mortalité infantile. Dans le monde, la mortalité infantile a été divisée par deux, passant de 7,6 millions d’enfants de moins de cinq ans décédés en 1990 à 3,7 millions en 2013. Trois millions de vies sauves, par an.

    Une catastrophe est annoncée, dont la cause sera moins le coronavirus que les réponses au coronavirus.

    Il y a de fortes chances que la panoplie descontrôles s’accentue. Pour justifier toujours plus de contrôle social, il y avait le terrorisme, puis le climat, puis le coronavirus. On peut juguler le terrorisme, maitriser les dépenses énergétiques, prévenir les maladies sans bloquer les systèmes de liberté, de production, d’échange, de systèmes d’informations et de soins.

    On verra si les régimes souples dits faibles que sont les démocraties seront moins efficaces que les régimes autoritaires et de surveillancessociales. Mieux vaut vivre dans l’insécurité que dans l’interdit, car l’insécurité provoque ses anticorps, comme la maladie.

    L’archevêque de Paris a surement raison de demander de vider les bénitiers. C’est une mesure d’hygiène. C’est bon signe de respecter la science plus que l’eau bénite. Et ne pas céderà la panique qui tue plus que les virus. Que la crise du coronavirus renforce les systèmes de prévention et d’hygiène, qu’elle ne soit pas le prétexte au renforcement de Big Brother, du retour des barrières, de la méfiance de la superstition. Il faut espérer et agir pour que la crise économique qu’elle est en train de lamentablement provoquer soit contrebalancée, car elle provoquera d’autres maladies, guerres et violences.

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