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  • La génération Z, génération malheureuse ?

    La génération Z, génération malheureuse ?

    Le « péril jeunes » est une antienne qui traverse les décennies et les siècles. Dans les années 1930, aux États-Unis comme en Europe, la génération post 1914 était accusée de nihilisme, de recherche de plaisirs faciles, après les horreurs vécues dans les tranchées et sur le front, par leurs aînés. Après la Seconde Guerre mondiale, des blousons noirs des années 1950 aux révoltés de 1968, la guerre des générations marqua les Trente Glorieuses. Les années 1960 et 1970 ont été marquées par de grandes manifestations de jeunes sur fond de libération des mœurs et de lutte contre la guerre du Vietnam. Dans les années 1980, les comportements à risques de jeunes que ce soit au niveau de l’alcool, de la vitesse ou du sexe ont été à maintes reprises dénoncés. 

    Face à ce flux sans fin d’informations, les jeunes sont devenus des anxieux professionnels

    Dans un livre intitulé « La disparition de l’enfance » (1982), l’auteur américain Neil Postman, un théoricien de l’éducation, a soutenu que les adolescents étaient pervertis par la télévision. En France, Ségolène Royal avec son livre «Le stress du bébé zappeur» était sur la même ligne. Depuis, le phénomène s’est amplifié. Avec les chaînes d’information en continu, les drames de la planète sont vécus en temps réel. Les attentats contre le World Trade Center constituent en la matière une rupture. En direct, des centaines de millions de personnes ont assisté à la chute des deux tours et à la mort de nombreux de leurs occupants.

    Avec les réseaux sociaux, les fausses informations se mêlent aux vraies dans un ballet incessant. Chacun devient émetteur d’informations tout en pouvant en devenir victime. Face à ce flux sans fin d’informations, les jeunes sont devenus des anxieux professionnels. Ils sont gagnés par le conservatisme. Autrefois révolutionnaires, ils sont aujourd’hui les adeptes du statu quo. En France, ils défilent contre le report de l’âge de départ à la retraite et tout changement apporté au droit du travail.

    Génération Z

    Aux États-Unis, un cinquième des étudiants ont reçu, en 2019, un diagnostic ou un traitement pour une dépression

    La génération Z qui rassemble les personnes nées entre la fin des années 1990 et la fin des années 2000 serait une génération de la dépression Aux États-Unis, un cinquième des étudiants ont reçu, en 2019, un diagnostic ou un traitement pour une dépression, contre un dixième dix ans plus tôt. Depuis le covid, ce taux aurait encore progressé. En France, un cinquième des jeunes seraient également confrontés à des problèmes mentaux selon le ministère de la Santé. Aux États-Unis, le nombre de suicides de jeunes est en forte hausse. Il aurait doublé de 2010 à 2023 pour les jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. 

    En France, les pensées suicidaires ont été, de leur côté, multipliées par plus de deux depuis 2014 chez les 18-24 ans (passant de 3,3 % à 7,2 % en 2021). Les jeunes femmes sont particulièrement exposées à de telles pensées. En 2021, 9,4 % des femmes de 18 à 24 ans déclarent avoir eu des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois, contre 5 % des jeunes hommes. 

    Pour expliquer le développement des sentiments dépressifs des jeunes, leurs aînés pointent les smartphones et les réseaux sociaux. Ces derniers capteraient l’attention et l’énergie des jeunes générations en les détournant des communautés réelles. Le cyberharcèlement frapperait un nombre croissant de jeunes. Autrefois cantonnés aux cours d’écoles, le harcèlement est désormais, avec les réseaux sociaux, possible 24 heures sur 24. Les jeunes peuvent voir leur image, leur réputation dégradées en quelques clics. 

    Les jeunes souffriraient de plus en plus de solitude. Choyés par leurs parents, ils éprouvent les pires difficultés à vivre seuls. Malgré les sites de mises de rencontres, selon une étude de l’IFOP du mois de février 2024, les jeunes français auraient de moins en moins de relations sexuelles faute de temps, faute de désirs, faute de rencontres, malgré les applications qui sont censées les faciliter.

    Génération Z

    La société de la victimisation n’aide pas à l’affirmation des caractères et à la responsabilisation

    Les nouvelles technologies de la communication et de l’information seraient par ailleurs responsables d’une fragilité, d’une sensibilité accrue des jeunes. Ces derniers reçoivent sans filtre une multitude d’informations en mode passif. Ils éprouveraient des difficultés à hiérarchiser les données. L’incapacité à exprimer des émotions à travers les écrans apparaît comme une source de frustrations. Jonathan Haidt, psychologue social et professeur d’université américain, plaide pour l’interdiction des smartphones à l’école. Il estime également que l’éducation des enfants est devenue trop protectrice. Le culte de l’enfant roi a transformé ce dernier en anxieux. Il souhaite que les jeunes puissent se déchaîner davantage afin de s’endurcir. 

    L’écrivaine américaine, Abigail Shrier, stigmatise le recours à la psychologisation permanente de la société. Elle souligne qu’aux États-Unis, deux cinquièmes des jeunes ont déjà consulté pour des problèmes mentaux ; elle pense que ces consultations n’étaient pas toutes fondées. La société de la victimisation n’aide pas à l’affirmation des caractères et à la responsabilisation. Les mauvais élèves seraient le produit du système et non le résultat d’une absence d’envie d’étudier. 

    En France, les notes ont été bannies tout comme la culture générale à Sciences Po, jugée socialement discriminante. Il en a été de même, un temps, pour les mathématiques au lycée. Toujours à Sciences Po Paris, le mode de sélection a abandonné les épreuves sur table pour privilégier des critères prenant en compte les difficultés que les élèves ont rencontrées dans leur vie scolaire. Comme le souligne Pascal Bruckner dans son dernier livre « je souffre donc je suis », l’époque est celle des victimes et non des héros. Or, la construction de la personnalité a longtemps reposé sur le culte des héros. Le changement de paradigme conduit immanquablement à une valorisation du malheur au détriment du bonheur et de la réussite. 

    La dégradation de la santé mentale des jeunes est peut-être la conséquence d’un excès d’attention. Autrefois, les problèmes de jeunes étaient rangés dans la catégorie de la crise de l’adolescence. Ils sont devenus depuis un phénomène de société. Le développement de la psychologie et de la psychiatrie crée une demande, un besoin permanent d’analyse.

    En trente ans, l’obésité aurait quadruplé chez les moins de 18 ans à l’échelle mondiale

    D’autres sujets concernant les jeunes sont peut-être plus inquiétants. L’essor de l’obésité qui aurait quadruplé, selon l’Organisation Mondiale de la Santé, chez les moins de 18 ans en trente ans à l’échelle mondiale inquiète les autorités qui demandent à leur population de faire de l’exercice. L’armée française constate une baisse des performances physiques de ses jeunes recrues. La sédentarité liée à l’utilisation des écrans touche en priorité les enfants et les adolescents. Selon une enquête de Santé Publique France, les enfants de 2 ans passent en moyenne 56 minutes par jour devant les écrans, tandis que les adolescents peuvent atteindre six à sept heures les jours sans école.

    La génération Y était incomprise par les baby-boomers des années 1946-1964. Ces derniers stigmatisaient l’individualisme des premiers. Aujourd’hui, la génération Z est considérée comme perdue en raison de son manque d’implication, de son conservatisme voire son égoïsme. Il est assez sain que la succession des générations donne lieu à des tensions et à des remises en cause. Les problèmes de santé physique sont certainement plus inquiétants que ceux d’ordre mental. La mauvaise alimentation s’est propagée de génération en génération pour devenir une règle. Le no-sport de Winston Churchill s’est également imposé même si ce dernier point mérite d’être relativisé. Depuis la fin des confinements, les salles de sport et les piscines accueillent de plus en plus de jeunes.

  • Le Parlement européen adopte la réforme du marché de l’électricité

    Le Parlement européen adopte la réforme du marché de l’électricité

    La révision de la structure du marché de l’électricité de l’UE, initiée en réponse à la crise énergétique de 2022, a été validée par le Parlement, pavant ainsi la voie à l’instauration de nouvelles régulations pour stabiliser les prix.

    Lorsque la hausse des prix du gaz en 2022 — qui détermine les prix de l’électricité en période de forte demande — a entraîné une flambée des prix de l’électricité dans toute l’Europe, l’UE a réagi en réformant les règles du marché de l’électricité.

    Celle qui était initialement annoncée comme une révision en profondeur a été réorientée au cours des négociations en une série de modifications ciblées et un renforcement de l’accent mis sur la protection des consommateurs.

    Nicolás González Casares, l’eurodéputé espagnol de centre gauche qui a dirigé les travaux sur la réforme du marché de l’électricité, a annoncé que « en tant que socialiste, il est essentiel de protéger le consommateur face aux injustices en cours ».

    « [Il y a eu] des modifications unilatérales de contrats et même des personnes déconnectées du réseau », a-t-il ajouté.

    La législation, sur le point d’être adoptée, a reçu un large soutien de la part des eurodéputés, avec 473 votes favorables et seulement 80 contre. Il ne reste plus qu’à obtenir l’approbation des États membres de l’UE, où l’on anticipe une faible opposition.

    Le Parlement européen a adopté le nouveau modèle de marché de l’électricité de l’UE, ouvrant la voie à une approbation finale par les pays de l’UE. ©EP/Philippe BUISSIN

    Des ambitions revues à la baisse

    Le large soutien dont bénéficie le texte peut s’expliquer par la modestie de ses ambitions. Lors du lancement de la réforme, les dirigeants européens ont remis en cause les principes fondamentaux du marché de l’électricité : l’ordre de mérite et la tarification marginale.

    « Ce système de marché ne fonctionne plus », avait affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en 2022.

    Après l’intervention d’experts, de certains États membres et de groupes de pression de l’industrie, ces deux caractéristiques fondamentales du marché ont été maintenues.

    Michael Bloss, négociateur pour les Verts, a décrit le nouveau texte comme une « petite réforme » et a expliqué aux journalistes que « la loi finale ne réalise pas ce qu’elle promettait, à savoir établir les bases d’un système électrique entièrement renouvelable ».

    Selon l’eurodéputé français Christophe Grudler (Renew Europe), le travail sur le marché européen de l’énergie est loin d’être terminé. « Nous devons renforcer le marché commun au cours du prochain mandat, car nous n’y sommes pas encore totalement parvenus », a-t-il affirmé devant ses collègues à l’hémicycle jeudi (11 avril).

    La nouvelle structure du marché de l’électricité de l’UE garantira une augmentation des contrats à long terme pour la fourniture d’électricité. Ces contrats sont moins susceptibles de provoquer des hausses de prix comme celles qui ont marqué la crise énergétique de 2022.

    Pour ce faire, les États membres de l’UE sont encouragés à soutenir les énergies renouvelables, ainsi que les centrales nucléaires neuves ou rénovées, par l’intermédiaire de contrats d’écart compensatoire (contracts for difference, CfD). Ces contrats garantissent aux fournisseurs d’électricité un revenu minimum, indépendamment des prix du marché, tout en plafonnant les bénéfices.

    Les gouvernements nationaux peuvent inciter les petites entreprises et les promoteurs d’énergies renouvelables à conclure des ventes directes d’électricité (power purchase agreement, PPA) à long terme, qui apporteront une stabilité supplémentaire aux prix sur le marché.

    La loi autorise les gouvernements nationaux à subventionner les centrales électriques au charbon en période de crise jusqu’en 2028. Cette mesure, fortement soutenue par la Pologne, a conduit les Verts à se retirer de l’accord.

    Des mesures pour répondre aux crises futures

    Dans le contexte de la crise des prix de l’énergie et avec un négociateur principal de centre gauche, l’ajout de dispositions sociales significatives dans l’accord de marché n’est pas surprenant.

    Une mesure clé est le nouveau « dispositif de sécurité » pour les crises à venir. Celui-ci implique que si les prix de gros de l’électricité dépassent 180 euros par mégawattheure ou que les prix de détail augmentent de 70 % ou plus, la Commission pourra proposer aux États membres de l’UE de déclarer une crise des prix de l’électricité.

    Les gouvernements pourront alors intervenir sur le marché de l’électricité pour faire baisser les prix de 70 % pour les factures industrielles et de 80 % pour celles des ménages.

    « Pour être honnête, il s’agit d’un assemblage de divers éléments », a expliqué M. Bloss, ajoutant que le sujet devrait figurer à l’ordre du jour de la prochaine législature.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.04.24

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.04.24

    Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le flash quotidien des expatriés du 15 avril 2024. Dans les titres de votre édition : Attaque inédite contre Israël – J-100 pour les JO – Un sénateur des Français de l’étranger visé par une enquête pour trafic d’influence.

    300 drones et missiles contre l’Etat hébreux 

    L’Iran a lancé ce samedi 13 avril près de 300 drones et missiles contre Israël près de deux semaines après un raid contre le consulat iranien à Damas imputé à Israël. Le président américain Joe Biden a de nouveau assuré l’allié israélien de son soutien « inébranlable ».

    La Jordanie et le Liban, voisins d’Israël, ont annoncé la fermeture de leur espace aérien, de même que l’Irak, frontalier de l’Iran. Également voisine d’Israël, l’Egypte a annoncé la mise en état d’alerte maximal de ses défenses aériennes. Le gouvernement britannique a déclaré qu’il envoyait des avions de combat supplémentaires au Proche-Orient et qu’il intercepterait « toute attaque aérienne à portée de nos missions existantes, si nécessaire ». Paris a condamné l’attaque iranienne et Berlin a dit que celle-ci pourrait plonger la région « dans le chaos ».

    Israël
    Dôme de fer en action ce samedi 13 avril à Tel-Aviv ©AFP

    Dernière ligne droite avant les Olympiades 

    Il y a des marqueurs qui jalonnent une vie. Celui de mercredi lancera l’aventure olympique de Paris 2024 dans sa dernière ligne droite. Dans 100 jours débuteront les Jeux olympiques de la XXXIII Olympiade. Qu’il semble loin ce 14 septembre 2017, date à laquelle Paris était désigné comme ville hôte de ces JO. Depuis, nous avons célébré les Jeux de Tokyo sous Covid, les J-2 ans, J-500, J-1 an… Des inaugurations d’Arena, de centre aquatique, des lancements de billetterie, des présentations de mascottes, d’affiches… Le tout sur fond de querelles politiques, de polémiques plus ou moins stériles ou encore de récupération syndicale.

    Jeux Olympiques 2024
    ©COJOP 2023

    Le sénateur Bansard visé par le parquet national financier

    Une enquête pour corruption et trafic d’influence a été ouverte par le parquet national financier (PNF), portant sur l’éventuelle obtention par ces moyens illégaux de décorations telles que la Légion d’honneur, par le sénateur Jean-Pierre Bansard et ses proches, au moment où le général Puga officiait comme Grand Chancelier de la Légion d’Honneur. Est-il intervenu afin de faciliter l’obtention, par plusieurs personnes appartenant à l’entourage familial ou professionnel du sénateur des Français de l’étranger, de décorations officielles, entre 2016 et 2023. Et s’il est bel et bien intervenu, quelles furent les contreparties, de quelque manière que ce soit ?

    jean-pierre bansard
    Jean-Pierre Bansard ©AFP

    C’est tout pour ce début de semaine, malgré le climat géopolitique, toute la rédaction vous souhaite une belle journée où que vous soyez ! 

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Iran/Israël : au bord du chaos ?

    Iran/Israël : au bord du chaos ?

    L’Iran a lancé dans la nuit de samedi à dimanche plus de 200 drones et missiles contre Israël, en réponse à une frappe contre son consulat à Damas. Selon Israël, qui affirme avoir intercepté 99 % des tirs, 300 projectiles ont été lancés au cours de l’attaque, dont 170 drones interceptés sans atteindre le territoire. Le conflit Iran/Israël va-t-il entraîner le monde dans le chaos ?

    Israël combatif

    À Jérusalem, le quotidien a repris lentement dimanche, premier jour de la semaine. Une lumineuse journée de printemps succède à une nuit interrompue par les sirènes d’alerte quand les premiers projectiles iraniens ont été interceptés par le « Dôme de fer », le système israélien de défense aérienne. Yishai Levi, un habitant de la ville, affiche sa confiance dans ce bouclier : « Israël a prouvé une fois de plus sa supériorité technologique et mentale, et a géré la situation de manière impressionnante », assure à l’AFP cet homme de 67 ans.

    Le soutien à Israël affiché par de nombreuses capitales dans son bras de fer avec Téhéran est un autre motif de satisfaction : « Nous sommes très, très heureux de l’alliance qui nous a aidés », confie Ayala Salant, une femme de 48 ans, à Jérusalem. Mais elle ne cache pas trouver la situation « vraiment effrayante ». « Nous espérons que cette escalade cessera bientôt », confie-t-elle. « Nous devons réagir ! », insiste au contraire Sharin Avraham, 31 ans. « Israël doit montrer (à l’Iran) qu’il est fort et que ça ne peut pas simplement passer comme ça. Nous ne sommes pas le punching-ball du monde ».

    Cette photo fournie le 14 avril 2024 par le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu montre ce dernier (C) lors d’une réunion du cabinet de guerre après l’attaque iranienne.

    Une partie des Iraniens aussi

    Des habitants de Téhéran sont partagés dimanche entre inquiétude d’un embrasement et fierté d’avoir montré les muscles face à Israël, après l’attaque sans précédent lancée dans la nuit par l’Iran contre son ennemi juré. L’attaque, menée à l’aide de dizaines de drones et missiles, a visé selon les autorités iraniennes deux centres militaires ayant servi à mener une frappe imputée à Israël qui a détruit le 1er avril le consulat iranien à Damas, tuant notamment sept membres des Gardiens de la Révolution, dont deux généraux de la Force Qods, qui intervient hors d’Iran.

    Milad, un enseignant ayant préféré ne pas donner son nom à l’AFP, a espéré que « le conflit ne se poursuive pas », car il provoquerait selon lui « une guerre destructrice » pour Israël mais aussi pour l’Iran. « Nous n’avons pas encore complètement reconstruit les ruines de la guerre Iran-Irak (1980-1988, NDLR) dans le sud-ouest » du pays, a souligné l’homme de 46 ans. « Bref, la guerre n’est pas une blague ».

    « Nous sommes extrêmement heureux de cette action des Gardiens et, en fait, nous nous sentons mieux » aujourd’hui, déclare, toujours à l’AFP,  de son côté Ali Erfanian, un fonctionnaire à la retraite, âgé de 65 ans. « Nous avons aidé ainsi la population opprimée de Gaza et de Cisjordanie » occupée, dans le contexte de la guerre entre le Hamas palestinien et Israël déclenchée il y a plus de six mois, affirme-t-il. « Il y avait de la tristesse et de la colère dans nos cœurs, et nous attendions toujours cette vengeance et que les Israéliens soient punis pour leur brutalité », affirme Mahdi, un apiculteur de 35 ans.

    Soutien à Israël et mobilisation des Occidentaux

    Alors que les Etats-Unis ne veulent pas d’une « escalade » ni d’une « guerre étendue avec l’Iran », a insisté dimanche le porte-parole du Conseil national de sécurité de la Maison Blanche, au lendemain d’une attaque inédite de la République islamique sur Israël, la veille Joe Biden a réaffirmé le « soutien inébranlable » des USA.

    Conseil de sécurité américain le 14 avril 2024 ©Reuters/AFP

    Même la Turquie a appelé dimanche Téhéran à éviter une « nouvelle escalade » après les frappes iraniennes qui ont visé Israël dans la nuit de samedi à dimanche, a indiqué une source diplomatique turque. « Le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a eu un entretien téléphonique aujourd’hui avec son homologue iranien (…) et a déclaré que nous ne souhaitons pas une nouvelle escalade dans la région », a déclaré cette source sous couvert d’anonymat.

    C’est aussi le même son de cloche en Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a appelé dimanche « toutes les parties impliquées » à la « retenue », après les frappes iraniennes visant Israël. « Nous appelons toutes les parties impliquées à la retenue. Nous comptons sur les Etats de la région pour trouver une solution aux problèmes existants, par des moyens politiques et diplomatiques », a-t-il ajouté dans un communiqué.

    Pour l’Allemagne, l’Iran a amené « en toute conscience » le Moyen-Orient « au bord du précipice », après avoir tiré des centaines de roquettes, drones et missiles sur Israël, a estimé dimanche la ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock. Le régime iranien a « failli plonger une région entière dans le chaos », a insisté la cheffe de la diplomatie allemande lors d’une courte allocution à Berlin. La ministre a appelé « tous les acteurs de la région à agir avec prudence », car « la spirale de l’escalade doit être brisée ».

    Du côté de l’UE, logiquement, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a convoqué une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de l’UE mardi par visioconférence, à la suite de l’attaque menée par l’Iran contre Israël, a-t-il annoncé dimanche. « Notre objectif est de contribuer à la désescalade et à la sécurité de la région », a-t-il indiqué sur le réseau social X.

    Enfin, le Premier ministre britannique Rishi Sunak a appelé dimanche au « calme », au lendemain de l’attaque iranienne sur Israël, peu avant de participer à une réunion des dirigeants du G7 sur la situation dans la région. « Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est que le calme l’emporte. Nous travaillerons avec nos alliés pour désamorcer la situation », a déclaré le Premier ministre depuis Downing Street.

    La France a défendu ses bases

    La France a assuré « l’autodéfense » de ses bases au Proche-Orient au moment de l’attaque iranienne visant Israël, grâce à des « moyens » de protection antiaérienne, a indiqué dimanche une source militaire française, après qu’Israël a affirmé que la France l’avait aidée à « déjouer » l’attaque iranienne.

    « Nous avons contribué à la surveillance et la protection des empreintes sur lesquelles nous sommes déployés avec des moyens de défense », a déclaré samedi une source militaire française.

    Évidemment, le Président de la République a lourdement condamné les frappes.

    « Je condamne avec la plus grande fermeté l’attaque sans précédent lancée par l’Iran contre Israël, qui menace de déstabiliser la région. J’exprime ma solidarité avec le peuple israélien et l’attachement de la France à la sécurité d’Israël, de nos partenaires et à la stabilité régionale. La France travaille à la désescalade avec ses partenaires et appelle à la retenue  »,

    Emmanuel Macron sur X

    En sus, la France a aussi défendu l’État hébreu. Interrogé lors d’un entretien avec des journalistes de la presse étrangère, le porte-parole militaire en chef d’Israël, Daniel Hagari, a, d’après Le Monde, déclaré que « la France a apporté une importante contribution » à la défense pendant la nuit. Les Français « disposent d’une très bonne technologie, d’avions, de radars » a-t-il ajouté.

    Isolement de la zone de conflit

    L’Irak, le Liban et la Jordanie ont annoncé dimanche matin la réouverture de leur espace aérien, fermé depuis samedi soir en raison de l’attaque inédite lancée par l’Iran contre Israël. Ces trois pays avaient annoncé dans la nuit de samedi à dimanche la fermeture de l’espace aérien ainsi que l’interruption du trafic.

    La compagnie autrichienne Austrian Airlines a toutefois annoncé dimanche la suspension de « tous ses vols vers Tel Aviv en Israël, Erbil en Irak et Amman en Jordanie avec effet immédiat », en raison de « l’évolution récente de la situation au Moyen-Orient ». « Il n’y aura pas de vols à destination et en provenance de Tel Aviv, Erbil et Amman » avant lundi, a précisé la porte-parole Sophie Matkovits, la « sécurité des personnels et des passagers » est une priorité absolue de la compagnie.

    La compagnie aérienne allemande Lufthansa a annoncé, aussi, dimanche la suspension jusqu’à lundi inclus de ses vols à destination et en provenance de Tel Aviv ainsi que d’Erbil en Irak et Amman en Jordanie, « dans le contexte de la situation actuelle ». Après les frappes iraniennes contre Israël samedi, la compagnie dit « surveiller en permanence la situation au Moyen-Orient », a indiqué un porte-parole du groupe. Comme décidé vendredi, les vols vers Beyrouth et Téhéran resteront eux suspendus jusqu’au 18 avril au moins, a ajouté cette source.

    Pourtant, les Français d’Israël restent sereins comme en témoigne l’activité de leurs groupes sur les réseaux sociaux. Si bien évidement lors des frappes, l’inquiétude était de mise, ce dimanche, c’est la médaille d’or de l’équipe israélienne au championnat mondial qui se déroulait à Sofia qui occupe toutes les pensées.

    La situation est plus complexe pour nos compatriotes installés au Liban, en Syrie ou en Iran. Ceux résidant à Téhéran ou ailleurs dans le pays sont invités par le gouvernement français à quitter au moins temporairement le pays. Le personnel diplomatique est d’ailleurs en train d’évacuer le territoire iranien.

  • Israël : Échec et pat.

    Israël : Échec et pat.

    L’attaque iranienne contre Israël a été un échec. Était-il négocié ? L’Ayatollah avait promis une punition aux Israéliens, après l’élimination par une frappe israélienne de sept officiers de haut rang à Damas, notamment le chef des « Gardiens de la révolution » qui coordonnait les opérations avec le Hezbollah et la Syrie. Il fallait donc une riposte publique. Selon les Iraniens, les objectifs ont tous été atteints. La base d’où sont partis les avions israéliens a été détruite, le centre de renseignements aussi. En fait, il n’en est rien. Seule victime, une petite fille de sept ans, une Palestinienne israélienne. Les bases n’ont pas été touchées ; le centre de commandement non plus. Les espaces aériens d’Israël, du Liban, de Jordanie ont vite été réouverts. Aucun risque.

    Alors que 3000 drones et missiles étaient attendus, pour saturer la défense israélienne, il n’y en eut que 300. La quasi-totalité a été détruite, soit par la défense israélienne, soit par leurs alliés, dont la liste est révélatrice : États-Unis, Royaume-Uni, Arabie saoudite, Jordanie.  L’Égypte aussi s’était mis en état d’alerte. La France a fourni des renseignements.

    Les États-Unis sont dans une phase isolationniste.

    Désormais, la question est de savoir si, après cette attaque, la riposte israélienne frappera l’Iran, notamment ses centres de recherche et de production nucléaire. Israël attend le feu vert américain, qui n’est jamais venu. Même du temps de Trump.

    Les États-Unis ne veulent pas d’une extension de la guerre, parce que cela les impliquerait. Ils sont dans une phase isolationniste, entamée depuis Obama en Syrie, qui a laissé le champ libre aux Russes, maintenu le régime de Damas en place. Le retrait américain s’est amplifié par le rappel soudain des forces de Syrie décidé par Trump, puis par l’abandon honteux de l’Afghanistan, en traitant avec les Talibans.

    Les États-Unis ne veulent plus s’impliquer. Ils ont du pétrole ( ils sont les premiers producteurs mondiaux), ils ne veulent pas d’une interruption de la navigation dans le détroit d’Ormuz, ne souhaitent pas un nouveau front au Moyen Orient , d’autant qu’ils mobilisent leur attention, et leurs forces, en Asie face à la Chine.

    Plus il y a de fronts, plus les Russes ont les mains libres.   

    Au contraire de Russes, qui veulent disperser les efforts de guerre entre l’Ukraine et le Moyen-Orient. Plus il y a de fronts, plus les Russes ont les mains libres. Quant aux Chinois, ils ne veulent pas d’un front supplémentaire maintenant, parce qu’ils ne sont pas prêts à attaquer Taïwan et que le commerce est leur atout. Une guerre au Moyen-Orient les priverait du pétrole iranien et ferait monter le prix de celui-ci, tout en freinant le commerce mondial qui est leur oxygène alors que leur économie patine.

    Les Iraniens ont donc mené une attaque presque symbolique. Les Israéliens attendent l’occasion de convaincre les Américains de frapper directement l’Iran, en attaquant ses sites nucléaires. La réunion du G7 et du conseil de sécurité vise à demander de calmer le jeu; c’est-à-dire de demander à Israël une riposte mesurée. À croire que si les États-Unis avaient prévenu publiquement d’une attaque contre Israël, que si l’Arabie et la Jordanie ont coopéré à la défense d’Israël, c’était avec l’assurance que le jeu n’irait pas plus loin. Eux aussi craignent d’être victimes de l’Iran.

    L’assurance que le jeu n’irait pas plus loin.

    Ne pas oublier que l’attaque du 7 octobre a été déclenchée parce que l’Arabie saoudite s’apprêtait à signer un accord avec Israël. L’Iran a donc activé le Hamas pour commettre un acte irréparable ; ce qui fut fait. Et Israël a répliqué à Gaza, au lieu de répliquer en Iran. Le résultat est une tragédie palestinienne, à Gaza, et une descente infernale pour Israël. Les bombes ne règlent rien. Pas plus celles de Gaza que celles de l’Iran. Ce sont les cibles qui comptent.

    Un commando armé du Hamas arrive devant l’entrée du kibboutz Yakhini, le 7 octobre 2023. – Credit:capture écran Youtube/DR

    Le raid iranien a démontré qu’Israël était capable de se défendre, avec des alliés puissants, face à l’Iran. L’armement iranien n’est pas au niveau de la défense israélienne. Mais il est possible que cette riposte ait été volontairement mesurée, pour éviter l’embrasement de la région. Alimenter un feu continue sans jamais se brûler, tel est la tactique iranienne. Les foyers sont à Gaza, au Liban, en Mer rouge, au Yémen, dans le Sinaï, partout dans le monde si cela est possible, par des attaques terroristes.

    Parvenir à la maîtrise de la bombe nucléaire, qui garantira l’impunité. Et plus encore, la survie du régime.

    Pendant ce temps, parvenir à la maîtrise de la bombe nucléaire, qui garantira l’impunité. Et plus encore, la survie du régime.

    Car la bombe est un élément du despotisme : personne ne touche à celui qui pourrait déclencher le feu nucléaire. C’est le théorème nord-coréen. Appliqué par Poutine. Si Poutine n’avait pas la bombe, la guerre d’Ukraine serait finie. La Corée du Nord peut opprimer sa population tant que son guide suprême le veut, personne ne le gênera. C’est ce que recherchent les ayatollahs: que personne n’aide à la déstabilisation de leur théocratie, de plus en plus détestée par le peuple et la jeunesse iranienne.

    L’Iran ne veut pas de guerre maintenant. La guerre qui importe le plus aux Iraniens n’est pas celle d’Israël ou du grand Satan, elle est contre la jeunesse iranienne. Toute politique étrangère a sa racine dans la politique intérieure.

    Échec iranien, échec israélien. Pour un échec et mat, il faudrait détruire les sites nucléaires de l’Iran, ce qui atteindrait le régime en son cœur. La menace perdure. Ce sera donc un pat. La guerre va durer.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati   

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • Un sénateur des Français de l’étranger visé par une enquête pour trafic d’influence.

    Un sénateur des Français de l’étranger visé par une enquête pour trafic d’influence.

    Une enquête visant l’obtention de décorations par le sénateur des Français de l’étranger Jean-Pierre Bansard et ses proches a été ouverte, a indiqué ce mercredi 10 avril 2024 une source judiciaire à l’Agence France-Presse. Une obtention qui aurait été facilitée par le général Benoît Puga quand il était grand chancelier de la Légion d’honneur. Cette enquête préliminaire a été ouverte par le Parquet national financier (PNF) en septembre 2023 notamment pour « corruption », « trafic d’influence » et « prise illégale d’intérêts » et confiée à l’Office anticorruption (Oclciff).

    Une enquête de Médiapart

    En début de semaine, Mediapart a publié un nouvel article, relayé depuis un peu partout dans la presse, au sujet du général Benoît Puga, ancien chef d’état-major de l’Elysée en poste sous Nicolas Sarkozy et François Hollande.

    On y apprend notamment qu’une enquête pour corruption et trafic d’influence a été ouverte par le parquet national financier (PNF), portant sur l’éventuelle obtention par ces moyens illégaux de décorations telles que la Légion d’honneur, par le sénateur Jean-Pierre Bansard et ses proches, au moment où le général Puga officiait comme Grand Chancelier de la Légion d’Honneur.

    L’enquête du PNF doit permettre d’établir si oui ou non Benoît Puga, alors Grand Chancelier de la Légion d’honneur, est intervenu afin de faciliter l’obtention par plusieurs personnes appartenant à l’entourage familial ou professionnel de Jean-Pierre Bansard de décorations officielles, entre 2016 et 2023. Elle doit également conduire à déterminer, dans le cas où le général Puga serait bel et bien intervenu, si ceci aurait eu lieu moyennant contreparties, de quelque manière que ce soit.

    Mais pour l’équipe de Jean-Pierre Bansard, cette manœuvre est typique du média engagé à gauche, Médiapart. Celui-ci avait déjà largement écrit en septembre 2023, à quelques jours du vote des sénatoriales, sur ces suspicions. A l’époque, dans un communiqué de presse, l’équipe de campagne de Jean-Pierre Bansard rappelait que  » Tous les parlementaires français – et même tous les citoyens – ont le droit de proposer aux autorités compétentes (Grand chancelier et ministres) le nom de personnalités dont ils estiment que la trajectoire ou les actions méritent d’être reconnues par la Nation. Il existe en effet en France deux ordres permettant de distinguer les plus méritants d’entre nous : l’Ordre National du Mérite et la Légion d’honneur« . Une position réaffirmée à travers un autre communiqué de presse transmis à l’AFP dans lequel le sénateur Bansard déclare que : « Les parlementaires, qui sont en contact permanent avec les forces vives de notre pays, ont pour mission de proposer aux autorités compétentes des dossiers de nomination dans les ordres nationaux ».

    Enfin cette semaine, l’ASFE, réagissant à cette nouvelle salve médiatique, a publié un texte renvoyant vers les arguments déjà fournis en 2023 et dénonçant cet acharnement.

    « Le journaliste y recycle l’intégralité des contenus qu’il a déjà publiés sur Jean-Pierre Bansard et l’ASFE, qui constituent, comme nous l’avions évoqué, un travail partial et romancé, truffé d’erreurs et d’approximations. « 

    Communique de presse de l’ASFE du 10 avril 2024

    Vous l’aurez compris, pour le sénateur Bansard et son mouvement associatif ASFE, cette affaire n’est qu’une énième chasse aux sorcières.

    Un écho de 2018 ?

    Pourtant pour certains, cette affaire sonne comme un écho à l’annulation de sa première élection comme sénateur des Français de l’étranger en 2018. Souvenez-vous, une requête en annulation avait été déposée par le numéro 2 de la liste LR, Olivier Piton, basée sur les dépenses engagées par le candidat, notamment pour le transport d’électeurs sénatoriaux à Paris en vue de leur participation au scrutin. L’équipe n’avait pas porté l’ensemble des sommes sur son compte de campagne. Les frais de transport d’ »au moins un bénévole » durant la campagne n’avaient pas non plus été intégrés.

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    Jean-Luc Ruelle, Evelyne Renaud-Garabedian et Jean Pierre Bansard © FB Evelyne Renaud-Garabedian

    Une requête suivie par le Conseil constitutionnel en juillet 2018. L’institution justifiait ainsi sa décision : « Eu égard au caractère substantiel de déclaration ainsi méconnue, dont Jean-Pierre Bansard ne pouvait ignorer la portée, et de la part des frais de transport omis », il y a lieu « de prononcer l’inéligibilité de Jean-Pierre Bansard à tout mandat pour une durée d’un an (…) et d’annuler son élection« . Ainsi, Jean-Pierre Bansard a vu son élection annulée. Il fut remplacé au Sénat par le troisième candidat figurant sur sa liste en 2017, Damien Regnard. Notons que ce dernier quitta l’ASFE dans la foulée et se représenta comme indépendant en 2022, sans succès.

    Enfin, il est important de préciser que cette fois, son mandat n’est pas remis en cause par l’enquête pour, entre autres, trafic d’influence. En sus, le sénateur Jean Pierre Bansard, comme ses co-siégeant Evelyne Renaud-Garabedian et Jean-Luc Ruelle, continue à bénéficier de la confiance des membres de son association et des nombreux élus consulaires qui se sont présentés sur des listes affiliées à l’ASFE.

  • « Pour la Francophonie, Aya Nakamura chantant à la cérémonie des JO serait un très bon choix »

    « Pour la Francophonie, Aya Nakamura chantant à la cérémonie des JO serait un très bon choix »

    Pour la première fois depuis trente-trois ans, la France accueillera le Sommet de la Francophonie. Celui-ci se tiendra les 4 et 5 octobre prochains, à la fois à Paris et aussi à Villers-Cotterêts. C’est dans cette ville où François Ier a signé un texte faisant de la langue françoise, autrement dit le français, la référence juridique et administratif du royaume. Tout naturellement, cette commune de l’Aisne abrite aujourd’hui la cité internationale de la langue française

    Nos mots dépassent les frontières hexagonales. Sur la planète, plus de 320.000.000 de francophones sont recensés. Nos compatriotes vivant à l’étranger défendent notre langue et s’interrogent aussi sur son avenir. C’est ce travail que mène actuellement Anne Boulo et Philippe Loiseau. Ils sont tous les deux élus, représentant les Français hors de France, Ils animent également le Think Tank « La France et le monde en commun ». 

    Notre média, Lesfrancais.press, est parti à leur rencontre. Ils nous livrent leur passion pour la Francophonie et partagent des idées sur la façon de continuer la promotion de notre langue. 

    Anne Boulo est une francophone française multilingue vivant à l’étranger depuis de nombreuses années, en famille. Elle a vécu en Europe, en Asie et elle est désormais installée en République du Congo à Pointe-Noire. Elle y enseigne au Lycée Français Charlemagne. Anne fait du théâtre et de l’improvisation théâtrale. Elle est élue conseillère des Français établis au Congo.

    Philippe Loiseau est installé à Berlin depuis de longues années, ville dans laquelle « il fait bon vivre ». Il est élu pour représenter les Français d’Allemagne du Nord. Il a aussi rejoint l’Assemblée des Français de l’Étranger en 2009. Il travaille principalement pour le soutien au bilinguisme des jeunes enfants.

    Jérémy Michel : « Pourriez-vous nous présenter le Think tank « la France et le monde en commun » ? »

    Philippe Loiseau : « La France et le monde en commun est un centre de réflexion et d’analyse dirigé vers les Français de l’étranger et l’international. Nous proposons un espace de débat pour accroître les connaissances au sujet des Français de l’étranger et des politiques qui les concernent. Nous tentons d’apporter aux acteurs des éclairages internationaux utiles pour leur prise de décision. Nous constituons une équipe de Français de l’étranger et de Français vivant en France, engagés, sur un socle commun des valeurs humanistes et républicaines. »

    La France et le monde en commun : « Apporter aux acteurs des éclairages internationaux utiles pour leur prise de décision. »

    Philippe Loiseau

    Jérémy Michel : « Dans le cadre des travaux de ce think tank, vous publierez un rapport intitulé : « 2024, la francophonie au cœur », pourquoi cette étude ? »

    Anne Boulo : « Par cette étude, nous avons souhaité porter haut et fort notre attachement à la francophonie, en tant que Français et citoyens du monde, une étude qui nous mènera d’ici quelques mois à mettre en valeur l’attachement de bien d’autres encore et les réalités auxquelles ils et elles sont confrontés en 2024. D’autre part, l’année 2024, année phare pour la Francophonie – du moins nous l’appelons de tous nos vœux – coïncide avec deux anniversaires et sera marquée par de grands évènements, qui se concentrent en France : 

    • Le 10ème anniversaire du rapport Attali sur “la Francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable” qui formule de nombreuses propositions et insiste sur l’importance d’une stratégie économique francophone.

       

    • Les Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024 qui seront l’occasion de faire vivre la langue française comme langue olympique. 

    • Le sommet de la Francophonie les 4 et 5 octobre prochains, accompagné d’un forum économique, d’un sommet des chefs d’État et d’un festival. »

    « Chaque francophone contribue à faire vivre sa langue dès lors qu’il l’aime.»

    Philippe Loiseau

    Jérémy Michel : « La défense de la francophonie, n’est-ce pas un combat du passé ? »

    Philippe Loiseau : « À la faveur de cette année 2024 en France qui va connaitre des évènements exceptionnels notre étude vise à interroger la francophonie selon notre perspective de Français établis hors de France et sur certains de ses aspects. Je pense que chaque francophone contribue – consciemment ou non – à faire vivre sa langue dès lors qu’il l’aime. Bien entendu, nous savons aussi qu’aimer une langue c’est en respecter les termes et la partager avec d’autres. En ce sens, oui, la francophonie doit rester un espace partagé à l’avenir, même si c’est une lutte de longue haleine dans un contexte difficile. »

    Jérémy Michel : « En vivant à l’étranger, vous sentez-vous davantage concerné par la promotion de la Francophonie ? » 

    Anne Boulo : « Français établis hors de France depuis de nombreuses années et dans des pays différents, notre identité francophone, notre sentiment d’appartenance au monde francophone, se sont paradoxalement construits en quittant la France. Ce n’est pas si paradoxal. C’est en la quittant que nous avons réalisé que nous appartenions à un ensemble linguistique bien plus vaste. » 

    « Elus consulaires (…) Nous portons cette image de la France dont la langue attise toujours les curiosités. »

    Anne Boulo

    Élus consulaires représentant nos compatriotes établis hors de France, impliqués dans des projets associatifs et socio-culturels, sur des territoires pour partie francophones ou non, nous portons cette image de la France dont la langue attise toujours les curiosités et les bonnes dispositions de maints de nos interlocuteurs… Donc oui, nous nous sentons davantage concernés par la promotion de la Francophonie, en tant que langue, en tant qu’espace économique et espace culturel d’un dynamisme incroyable, d’où cette étude.

    « L’anglais mériterait d’être mieux parlée par les Français »

    Philippe Loiseau

    Jérémy Michel : « Notre bataille mondiale face à l’anglais est-elle déjà perdue ? » 

    Philippe Loiseau : « Votre question fait suite à la précédente ! La place des langues dans le monde d’aujourd’hui (et de demain) est une perpétuelle évolution, me semble-t-il. L’anglais exerce certes une sorte de suprématie dans nos quotidiens, nos échanges, et au sein des grandes institutions européennes et internationales. C’est une langue qui doit aussi beaucoup au français d’ailleurs et qui mériterait d’être mieux parlée par les Français. Notre chance réside pour la francophonie d’assurer sa place par et dans le plurilinguisme. »

    Anne Boulo : « Le débat actuel sur le choix d’Aya Nakamura (…) nous place au cœur de la Francophonie. »

    Anne Boulo

    Jérémy Michel : « Aya Nakamura, suscite la polémique depuis que l’on sait qu’elle pourrait être choisie pour chanter lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Cette artiste incarne-t-elle la francophonie que vous souhaitez mettre en avant ? »

    Anne Boulo : « Le débat actuel sur le choix potentiel de l’auteure-compositrice-interprète franco-malienne Aya Nakamura comme interprète d’une chanson d’Edith Piaf, lors de l’ouverture des Jeux Olympiques et le lynchage numérique dont elle est victime, nous placent au cœur de la Francophonie et des visions antagonistes des Français sur la langue française, ses métissages et son évolution. D’un point de vue politique, à l’heure où la France va accueillir deux événements de rayonnement mondial que sont les Jeux Olympiques et le sommet de la Francophonie, ce serait un choix intelligent car il mettrait en valeur une artiste au succès mondial, qui touche un public jeune et francophone. 

    Le choix d’Aya Nakamura « serait un beau pied de nez à celles et ceux qui auraient une vision unicolore, (…) de la langue française »

    Anne Boulo

    Ce serait également un beau pied de nez à celles et ceux qui auraient une vision unicolore, étriquée et bourgeoise de la langue française. D’un point de vue culturel et linguistique, ce serait mettre en avant une interprète qui met en valeur les métissages et la vivacité de la langue française. Aya Nakamura est une artiste emblématique de la chanson francophone, elle est une des voix majeures de la chanson francophone, il y en a plusieurs, de multiples. Personnellement je trouve que ce serait un très bon choix, très moderne, qui aura un écho retentissant dans le monde et auprès de la jeunesse francophone de tous les pays. »

    Jérémy Michel : « Quel est l’objectif du prochain rapport sur lequel vous travaillez pour défendre la Francophonie dans le monde ? »

    Philippe Loiseau : « Notre étude portera des témoignages et n’imposera rien. Elle n’est pas une commande publique comme l’a été le rapport Attali en 2014. Nous ne pourrons pas tirer des conclusions définitives mais entendons mettre en lumière notre relation à la francophonie dans un monde qui change et où les enjeux stratégiques, économiques et culturels semblent défier les démocraties. »

    Philippe Loiseau : « Nous entendons mettre en lumière notre relation à la francophonie dans un monde qui change »

    Philippe Loiseau

    Jérémy Michel : « Le gouvernement actuel de Gabriel Attal défend-il correctement la Francophonie ? »

    Anne Boulo : « Pour le moment et dans la presse écrite généraliste que je peux lire, je ne constate pas encore d’annonce ou de politique claire récente sur la défense de la Francophonie. D’ailleurs pourquoi devrait-on parler de défense ? On pourrait plutôt parler de PROMOTION, voire d’offensive francophone et voir la Francophonie comme une langue de conquête !

    Il faut chercher et faire le lien entre des visites d’État, comme celle actuellement du ministre des Affaires étrangères dans certains pays africains francophones pour lire des prises de position en matière de Francophonie. Il y a eu lors du premier mandat du Président de la République des discours importants avec une volonté affichée de valoriser la francophonie, d’ailleurs surtout dans sa dimension linguistique. 

    « Il me semble essentiel que le Gouvernement Attal profite de la tenue du prochain Sommet de la Francophonie pour afficher clairement ses ambitions en matière de Francophonie. »

    Anne Boulo

    En menant nos recherches, nous avons pu lire des rapports d’évaluation sur la participation de la France à certaines entités francophones. Ces rapports préconisent également de rendre plus lisible la politique francophone de la France, et d’améliorer la cohérence des actions des différents ministères. Des actions importantes sont menées dans les différents ministères, des investissements conséquents sont faits, mais cela est mal connu du grand public, voire invisible. Il me semble essentiel que le Gouvernement profite de la tenue du prochain Sommet de la Francophonie pour afficher clairement ses ambitions en matière de Francophonie, dans tous les domaines. C’est certainement un des objectifs de l’accueil de cet événement en France. Ce sera de toutes façons l’occasion de mettre la Francophonie et ses artistes à l’honneur dans tous les médias français.»

    Jérémy Michel : « Philippe, quel mot de la langue française est votre préféré, et pourquoi ? »

    Philippe Loiseau : « Je ne me suis jamais posé cette question très réductrice…J’aime les mots qui sonnent bien comme lumière, pertinence, encorbellement et gourmandise,… »

    Jérémy Michel : « Et vous, Anne ? » 

    Anne Boulo : « Plus que des mots, ce sont des expressions francophones que j’ai découvertes au Congo comme « On est ensemble » qui marque une solidarité réelle dans tous les moments. »

  • Rejet du CETA : un sabotage pour la France comme pour les Français du Canada.

    Rejet du CETA : un sabotage pour la France comme pour les Français du Canada.

    Le CETA (Comprehensive Economic and Trade Agreement) est un accord commercial entre l’Union européenne et le Canada. Il fait actuellement l’objet de controverses en France. Ainsi, le Sénat a rejeté en mars dernier l’article concernant le volet agricole. Ce vote bloque pour le moment le processus de mise en œuvre du texte. Actuellement en déplacement officiel au Canada, le premier ministre, Gabriel Attal vient d’exprimer son total soutien au CETA. Le chef du gouvernement français a qualifié l’accord de « gagnant-gagnant ». Cette position est également partagée par son homologue canadien, Justin Trudeau.

    Dans ce contexte, Christopher Weissberg, député Renaissance des Français établis aux Etats-Unis et au Canada a rédigé une tribune dans laquelle il présente les bienfaits du CETA et accuse celles et ceux qui s’y opposent. Elle est co-signée par des élus représentant nos compatriotes résidant au pays à la feuille d’érable.

    Nous la publions ! 

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    La tribune des élus français du Canada

    Élus des Françaises et Français établis au Canada, nous nous devions d’illustrer la réalité et le quotidien des 110 000 compatriotes inscrits outre-Atlantique que nous représentons. Jeudi 21 mars, le groupe communiste profitait de sa niche parlementaire pour dénoncer l’accord commercial entre l’Union européenne et le Canada (CETA ou AECG). Cet accord négocié de haute lutte par les gouvernements français successifs de droite comme de gauche il y a dix ans qui peut apparaître comme un énième traité de libre-échange est en réalité un accord commercial protecteur et une vraie passerelle entre la France et le pays d’adoption de nos concitoyens établis au Canada.

    Depuis 2017, bon nombre d’entreprises françaises ont pu, grâce au CETA, explorer de nouveaux marchés et développer leurs activités au Canada. On peut penser à Alstom, Derichebourg, Airbus ou encore Décathlon qui exportent notre savoir-faire français à l’étranger. Au Canada, ce sont des milliers de nos concitoyens qui travaillent dans ces entreprises et qui participent activement au rayonnement de la France et à l’épanouissement de nos fleurons industriels et technologiques. Sans cet accord, trop d’entreprises françaises aujourd’hui confortablement installées au Canada n’auraient pu embrasser ce rêve d’expansion et de croissance en Amérique du Nord.

    Le CETA, c’est aussi une réalité économique très favorable pour la France avec un excédent commercial de près d’un milliard d’euros. Depuis sa mise en œuvre, les exportations françaises vers le Canada ont augmenté́ de 1 045 millions d’euros. Pour nos filières laitières et viticoles, ce sont des gains de plus de 400 millions d’euros, dont une augmentation de 60% des exportations de fromage. Pour nos entreprises dans nos régions, ce sont près de 55 millions d’euros économisés sur les droits de douanes.

    Le CETA c’est aussi un accord qui se retrouve dans le quotidien des milliers de Français qui habitent au Canada : il a non seulement permis de baisser le prix d’un camembert ou d’un Comté sur les rayons des supermarchés, mais il a surtout permis de reconnaitre les Appellation d’origine protégé (AOP) et ainsi de protéger nos appellations et nos terroirs français tout en garantissant leur qualité, traçabilité et compétitivité sur le marché canadien.

    Le CETA établit aussi des clauses miroirs qui permettent d’encadrer ce libre-échange avec des règles justes et réciproques qui protègent les acquis européens et canadiens. Se positionner contre le CETA, c’est revenir aux anciennes méthodes et accepter les règles d’une mondialisation débridée qui ne prend aucunement en compte nos normes sociales et environnementales.

    Le CETA, c’est bien plus qu’un énième accord de libre-échange entre deux continents. C’est le résultat de décennies d’échanges culturels avec une nation qui partage nos valeurs et nos idéaux démocratiques à un moment où ces mêmes valeurs sont contestées par des blocs antidémocratiques.

    Dénoncer le CETA, c’est risquer de perdre une opportunité précieuse pour l’avenir de l’Europe avec notre partenaire historique, le Canada.

    Dénoncer le CETA, c’est revenir à la situation qui prévalait avant cet accord et qui, faute de réglementation, était plus dangereuse pour l’environnement et pour l’agriculture française. 

    Dénoncer le CETA, c’est accepter la victoire des populistes et de leurs discours antimondialisation qui nuisent à nos compatriotes installés entre la France et le Canada.

    Les signataires

    Christophe Weissberg – député des Français d’Amérique du Nord

    Séverine Biderman, Conseillère des Français de l’étranger – 2ème circonscription du Canada

    Olivier Dellapina, Conseiller des Français de l’étranger – 1ère circonscription du Canada

    Guillaume Lecomte, Conseiller des Français de l’étranger – 3ème circonscription du Canada

    Arnaud Mangematin, Délégué consulaire

    Florent Pigeyre, Conseiller des Français de l’étranger – 4ème circonscription du Canada

    Francine Watkins, Conseillère des Français de l’étranger – 2ème circonscription du Canada

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