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  • La dette et le précipice 

    La dette et le précipice 

    Les querelles budgétaires sont consubstantielles aux démocraties. A travers l’histoire, elles sont à l’origine de conflits entre la majorité et l’opposition. Depuis quelques semaines, aux États-Unis, les Démocrates et les Républicains n’en jouent pas moins avec le feu en s’étripant sur le relèvement du plafond de la dette publique. Faute d’accord d’ici le 1er juin, les États-Unis pourraient être en situation de défaut de paiement. Janet Yellen, la Secrétaire d’État au Trésor, a déclaré que son département pourrait ne plus payer les factures des administrations publiques. 

    Les investisseurs commencent à évaluer le risque de ce qui serait le tout premier défaut souverain américain depuis la guerre de Sécession. Avec les taux d’intérêt faibles, les opposants à l’endettement étaient rangés, ces dix dernières années, dans la catégorie des « idiots du village » par les tenants de la théorie monétaire moderne qui invitaient les États à s’endetter. Avec l’épidémie de covid, ces derniers ont mis en pratique ce recours à l’endettement, en augmentant de plus de 10 points leurs dettes. L’espoir qu’un monde sans inflation puisse permettre le maintien des taux d’intérêt nuls voire négatifs a disparu avec le retour de cette dernière.

    Une fatalité face à la dette publique tant aux États-Unis qu’en Europe 

    Les taux d’intérêt sont désormais orientés à la hausse. Même s’ils demeurent négatifs en valeur réelle, le service de la dette des États est en augmentation. Le gouvernement japonais dépense plus de 8 % de son budget en intérêts. L’endettement devrait se poursuivre, et le simple financement de la progression des dépenses de santé et de retraite lié au vieillissement devrait représenter 3 % du PIB d’ici 2030. Selon les évaluations de The Economist, le déficit public américain pourrait atteindre 7 % du PIB d’ici 2030, un niveau de déficit que les États-Unis n’ont pas connu en dehors des périodes de guerres et de crises économiques. Ce déficit tendanciel inquiète de moins en moins. Il y a une fatalité face à la dette publique tant aux États-Unis qu’en Europe. La Chine qui a longtemps critiqué le laxisme budgétaire occidental multiplie depuis quatre ans les politiques de soutien économique amenant à une progression rapide de son endettement. Pour les pays émergents, ce surcroît atteindrait 2 % du PIB. La Chine devra gérer d’ici 2035 plus de 420 millions de retraités sur une population totale de 1,3 milliard d’habitants. De nombreux États, devront par ailleurs faire face à la forte hausse des dépenses militaires tout comme celles liées à la transition énergétique. 

    Les États entendent réduire leurs déficits publics avec beaucoup de modération. Censée diminuer les déficits publics, la loi américaine sur la réduction de l’inflation devrait, au contraire, les creuser. En octroyant des subventions sans limite aux entreprises investissant afin d’accélérer la transition énergétique, cette loi pourrait, selon Goldman Sachs, coûter 1 200 milliards de dollars, contre 391 initialement prévu. 

    Joe Biden lors d’une rencontre avec les leaders du Congrès américain, à la Maison Blanche, le 9 mai 2023 – Brendan SMIALOWSKI / AFP

    Le projet de loi visant à relever le plafond de la dette américaine, adopté par les Républicains à la Chambre des représentants le 27 avril, est jugé irréaliste. Il plafonne les dépenses en 2024 à leur niveau de 2022, puis prévoit d’augmenter les budgets de 1 % par an. Plus du quart des dépenses auraient été occultées. Les dépenses de santé, de retraite et de défense n’auraient pas été intégrées dans le calcul. 

    En zone euro, le gouvernement allemand pense que ses partenaires pourront respecter des critères budgétaires visant à faire redescendre leurs dettes publiques en-dessous de 60 % du PIB. Avec une dette publique de plus de 150 % du PIB, l’Italie n’est pas prête à les appliquer, il en est de même pour la France. Les pouvoirs publics allemands souhaitent rassurer leur opinion publique mais nul n’imagine dans les faits qu’il soit crédule en matière budgétaire à l’encontre de l’Italie, de l’Espagne ou de la France. 

    La Chine suit le mouvement général en s’endettant.

    La Chine suit le mouvement général en s’endettant. Elle masque une partie des déficits publics dans des véhicules de financement opaques. Les collectivités locales pratiquent « le shadow banking » sans limite. En intégrant toutes les dettes publiques directes et indirectes, le montant total dépasse 120 % du PIB et pourrait atteindre, selon le FMI, 150 % d’ici 2027. Le gouvernement chinois a besoin d’un fort taux d’épargne des ménages et du maintien d’un fort excédent commercial. Cette situation rend compliqué le rééquilibrage intérieur de la demande. 

    Si la hausse des taux se poursuit, les États n’auront pas d’autres solutions que d’augmenter les impôts. Aux États-Unis, l’introduction de la TVA pourrait être imaginée. En Chine, le gouvernement pourrait instaurer la taxe foncière promise de longue date. L’instauration d’une taxe carbone pourrait également s’imposer dans de nombreux pays. L’endettement de tous les États constitue-t-il une bonne nouvelle ? Si l’erreur est commune, elle sera peut-être moins lourde à porter. Dans le passé, le surendettement a toujours été sanctionné mais il n’était pas aussi pratiqué de manière uniforme. La question est de savoir si tous les États courent vers le précipice ou si la vitesse acquise permettra de l’éviter….

  • Industrie verte : une « révolution doctrinale »

    Industrie verte : une « révolution doctrinale »

    Pendant trop longtemps, « l’Europe n’a voulu parler qu’au consommateur », mettant en péril son tissu industriel « si cela permettait de faire baisser les prix » a lancé Emmanuel Macron jeudi (11 mai) dans un discours à l’Élysée. Une affirmation dont Thierry Breton, commissaire au Marché intérieur, s’est fait l’écho tout en remettant l’industrie verte au coeur du débat.

    Selon M. Macron, l’UE s’est fourvoyée pendant de nombreuses années en se pensant « comme un marché ouvert » dans une course au prix le plus bas, au risque de créer des dépendances avec des pays tiers, notamment les États-Unis et la Chine.

    Réindustrialisation décarbonée

    Or, la réponse européenne des derniers mois face à l’Inflation Reduction Act (IRA), un paquet d’investissement américain massif pour soutenir l’industrie verte outre-Atlantique, est la preuve que l’Europe fait enfin une « politique de remise en cohérence », en faisant de la réindustrialisation décarbonée « la mère des batailles ».

    « Nous n’avons pas vocation à devenir les consommateurs de l’industrie américaine », a martelé le président, qui ne veut pas non plus dépendre de la Chine.

    « Plutôt que de vouloir se battre contre les Chinois, nous allons faire comme eux : défendre notre souveraineté nationale et produire ce dont nous avons besoin en Europe » et donc, réduire les dépendances.

    Le président français Emmanuel Macron s’exprime lors d’une conférence intitulée « Accélérer notre réindustrialisation » avec des représentants de l’industrie française au palais de l’Élysée à Paris, France, le 11 mai 2023. [EPA-EFE/YOAN VALAT / POOL]

    Pour ce faire, le président appelle à une « pause réglementaire européenne » sur les contraintes environnementales, afin de donner plus de temps aux acteurs de l’industrie pour adapter leurs chaînes de production, alors que la Commission a présenté ces derniers mois des plans d’envergure, comme le Net Zero Industry Act et le Critical Raw Materials Act.

    Le premier de ces textes vise à rendre l’industrie européenne plus autonome en renforçant sa chaîne de production au sein de l’UE. Le second propose qu’une partie des ressources en métaux critiques nécessaires à ces nouvelles industries proviennent de mines situées dans l’UE.

    Fonds européen de souveraineté

    M. Macron souhaite aussi permettre des investissements européens de taille grâce, notamment, à la création d’un Fonds de souveraineté, qu’il défend activement.

    « Il faut accélérer sur les déploiements parce que sinon, le risque que nous courons, c’est d’être les mieux disant en termes de réglementation et les moins disant en termes de financement », a précisé le président.

    Thierry Breton, invité à la conférence, a emboîté le pas au président, en faisant état d’une « véritable mutation au niveau de Bruxelles » sur l’enjeu de l’industrie verte.

    Le changement de paradigme autour d’une réindustrialisation décarbonée « précède l’IRA », a-t-il précisé, coupant court à toute critique qui voudrait que l’UE n’ait que « réagi » au plan américain. 

    Selon le commissaire, le plus difficile reste encore l’exécution des plans de décarbonation, afin de rester fidèle aux objectifs de zéro carbone d’ici à 2050.

    L’acceptabilité de nouveaux projets industriels sur les territoires européens est donc cruciale : « un monde dans lequel l’industrie se trouve à 10 000 km de nous, c’est fini ! Proximité et appropriation des territoires sont essentielles », a-t-il tweeté.

    Sur ces points, le gouvernement doit présenter un projet de loi dite « industrie verte » en début de semaine prochaine. L’accent devrait être mis, notamment, sur la formation de nouveaux métiers, l’investissement ciblé et la fluidification réglementaire. 

    En outre, le président a confirmé que de nouvelles réductions d’impôts verraient le jour afin de « baisser le coût du travail et du capital ».

  • Grandes gueules et petits couillons

    Grandes gueules et petits couillons

    L’inconvénient de fréquenter des ordures, c’est qu’ils se comportent comme tels. Ainsi Prigojine a-t-il parlé de son bienfaiteur Vladimir Poutine comme d’un « papy couillon » : « Le papy bienheureux (Poutine) pense que tout va bien (…) Mais comment allons-nous gagner cette guerre et qu’adviendra-t-il de la Russie s’il s’avère, je ne fais que le supposer, que ce papy est un couillon fini ?” Prigogine finira-t-il au Novichok, le poison du FSB, ou Poutine à la masse ? Au Kremlin les murs pourraient bien s’effondrer en cas d’offensive ukrainienne.

    L’Assemblée nationale a voté, à l’unanimité, l’inscription des milices Wagner sur la liste des organisations terroristes. Cette fois, les anciens admirateurs de Poutine n’ont pas tergiversé. J’avais proposé cela il y a quelques mois : cela aurait permis de parler -voire d’agir- clairement en Afrique, ainsi que dans une vingtaine de pays, y compris en Amérique latine. Les chefs de Wagner et leurs complices locaux y sont clairement identifiés. On disait, on dit toujours, que cela ne sert à rien.

    Tous ceux qui font leur beurre avec Prigogine pourraient être inquiétés, ruinés.

    Cela permet d’arrêter tout membre des milices Wagner, toute personne suspectée de complicité, particuliers, entreprises ou banques. Tous ceux qui font leur beurre avec Prigogine pourraient être inquiétés, ruinés. A condition de le vouloir, bien sûr. C’est ce que pense la Suède, qui préside l’UE en ce moment, et veut inscrire Wagner sur la listes des organisations terroristes de l’Union. Orban s’y opposera-t-il ?

    L’Union Européenne a proposé un nouveau paquet de sanctions. S’il est interdit d’acheter du pétrole à la Russie, rien ne l’empêche d’en acheter aux Indiens, qui l’ont acheté aux Russes. Inversement pour les produits européens qui transitent par les Etats contrebandiers, Turquie, Kazakhstan, Turkménistan et bien d’autres.

    Étendre les sanctions aux pays qui se sont bien gardés de les appliquer et en profitent 

    La question est d’étendre, en droit, les sanctions aux pays qui se sont bien gardés de les appliquer et en profitent. Les Américains sont passés maîtres dans l’« extraterritorialité »: ils avaient contraint les entreprises européennes à interrompre leurs investissements et leur commerce avec l’Iran, sous peine d’être écartés du marché américain. L’Union Européenne avait protesté. La puissance américaine imposait sa loi. A la réflexion, les Etats-Unis ont eu raison : les investissements européens auraient aidé l’Iran à fabriquer sa bombe plus vite.

    La Chine a déjà fait savoir que si l’UE mettait des entreprises chinoises qui commerçaient avec la Russie sur une « liste noire », elle répliquerait. Cette menace fait réfléchir : elle incite à tenter le coup, juste pour voir si la Chine oserait contrarier son plus grand marché : l’Europe. 

    « L’Europe ? Quel numéro de téléphone ? » ironisait Kissinger en 1970. Depuis l’Europe s’est incarnée. Il y a la Présidente de la Commission, le Président du Conseil, le Haut Représentant et le Berlaymont, bâtiment où survit le bas peuple de la technocratie d’élite européenne. 

    Il y a aussi les chefs de gouvernement, comme Orban, qui accueillit le Pape. Ce dernier vanta l’accueil des migrants : même si Orban est illibéral anti migrants, le Pape sait, lui, que les Magyars ont migré de l’Oural. On fit au Pape un procès pour Poutinophilie parce qu’il disait qu’il fallait parler avec le « mal », qu’il invitait à la paix. Qui prierait pour la paix si ce n’est le Pape et les bouddhistes chinois ? Le Pape, c’est l’espérance d’un choix nouveau pour la Russie, la voie romaine, c’est-à-dire européenne.  Il a reçu Zelensky à Rome.

    La France est de plus en plus seule en Europe. L’Allemagne, pas à pas, grandit. 

    Autre incarnation de l’Europe, Olaf Scholz fit un discours au Parlement dans la grande tradition des chanceliers allemands : sans aucun charisme. L’affirmation d’un « Europe géopolitique » ne passe pas par « l’autonomie stratégique » de Macron, mais, pragmatiquement, dans la réaffirmation de l’alliance avec les États-Unis, en investissant « dans notre sécurité et notre défense, dans notre résilience civile, dans notre souveraineté technologique, dans la sécurité des approvisionnements, dans notre indépendance vis-à-vis des matières premières critiques. »

    « Cela inclut une coordination bien plus étroite de nos efforts de défense et la construction d’une économie de la défense intégrée en Europe. ». Ouf ! Scholz plaide pour la promotion d’une politique étrangère tournée vers le Sud avec de nouveaux accords de libre échange : Mercosur, Mexique, Inde, Indonésie, Australie, Kenya. Tant mieux. Il accepte l’élargissement de l’UE, sous conditions : « Une Union élargie doit être une Union réformée. (…) Utiliser la discussion sur les réformes de l’Union pour encourager la Commission européenne à engager un processus de violation des traités à chaque fois qu’on atteint à nos valeurs fondamentales : liberté, démocratie, égalité, État de droit et protection des droits humains ? » Voilà pour Orban. Voilà de quoi animer la prochaine visite d’Etat d’Emmanuel Macron du 2 au 4 juillet en Allemagne.  Attention : la France est de plus en plus seule en Europe. L’Allemagne, pas à pas, grandit. Sans charisme, efficace.

    Poutine est-il la Russie ou un « papy couillon » ?

    Sur la place rouge, Poutine expliquait donc que l’Occident voulait détruire la Russie. Lui, en fait. Poutine est-il la Russie ou un « papy couillon » ? Le 20 juin 1792, Napoléon, voyant Louis XVI au balcon des Tuileries porter la Cocarde aurait dit « che coglione ! ». Roi déjà déchu.  

    Charles III d’Angleterre, même déguisé en prince Disney, incarne-t-il « le Royaume » ? Xi Jinping, surnommé Winnie l’Ourson, est-il la Chine ? L’impératrice Cixi gouvernait « derrière le voile », parce qu’elle exerçait le pouvoir dissimulée derrière un rideau.

    Le pouvoir a-t-il un visage ? Dans les démocraties, le visage du pouvoir est moqué et éphémère. Généralement, les démocraties distinguent la figure qui incarne l’État de celle qui dirige le gouvernement. Sauf en France et aux États-Unis. Mais aux États-Unis, les pouvoirs sont divisés, équilibrés. Est-ce une bonne idée d’incarner à la fois le « Royaume » et le pouvoir ? Les Magyars, oublie Orban, avaient trois chefs : un pour la justice, un pour la guerre, un pour le culte. Il manque sans aucun doute à l’Europe un « chef pour la justice », ce qu’aurait pu devenir la Cour Européenne des Droits de l’Homme, si l’UE avait suivi son processus d’adhésion. (Ce que voulait le dernier président français de la CEDH, Jean-Paul Costa, grand président, récemment décédé. Il aurait mérité un immense hommage.) 

    L’homme d’affaire Evguéni Prigojine et le président russe Vladimir Poutine dans une usine à Saint-Petersbourg, en septembre 2010.  (ALEXEY DRUZHININ / SPUTNIK)

    Il y a bien des dangers à être gouvernés par des couillons ; bien plus qu’à voir un pays incarné par un sot. Le fils aîné, bâtard, de Napoléon, le Comte Léon, surnommé « Napoléon zéro », tant il était nul, s’il avait été couronné, aurait-il été vaincu comme son cousin à Sedan ? Idiot, entouré d’idiots, il n’aurait pas eu des rêves de grandeur, personne ne l’aurait laissé gouverner. Le roi Georges avait ses crises de folie. L’exercice du pouvoir doit être régi par d’autres règles que l’incarnation de la permanence.

    Toute concentration du pouvoir est dangereuse, la confusion plus encore.

    Toute concentration du pouvoir est dangereuse, la confusion plus encore. Elle l’est en Russie, en Turquie, en France, aux États-Unis, en Chine. Personne ne connaît le nom du chef d’Etat suisse, ni du roi de Norvège, ni des chefs d’état finlandais ou islandais, figures de ces pays « les plus heureux du monde ». Ce sont des pays où les citoyens ne sont pas ni des « sujets », ni des « assujettis ».

    Poutine qui se veut tsar est bien puni d’avoir fait d’un petit salopard un chef d’armée milliardaire. Hélas, tant de morts et de tortures à cause de cette bêtise, lâcheté, indifférence, impuissance. Pourquoi les eunuques gouvernèrent-ils la Chine ? Ils écartaient couillons et forts en gueule.  

    Ne vaut-il pas mieux, finalement, être gouvernés par un « Papy couillon » que par une grande gueule? Si Prigojine avait raison, ce serait une chance pour la Russie et l’humanité tout entière. Elle pourrait enfin devenir ce qu’elle devrait être : un pays libre. Vingt mille personnes ont été arrêtées par la police pour leur position anti-guerre. Poutine est plus un salopard à la Prigojine qu’un couillon à la Nicolas II. Un pays n’est libre que si les citoyens ne se laissent impressionner ni par les grandes gueules ni par les petits couillons. Cela vaut aussi pour les démocraties.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.05.23

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.05.23

    Bonjour à tous, nous voilà repartis pour une nouvelle semaine tronquée par le pont de l’ascension, mais pour l’instant, dans le flash quotidien des expatriés du lundi 15 mai, on revient sur la libération des deux otages français en Iran, la situation des établissements en gestion directe par l’AEFE puis on évoque l’échec français à l’Eurovision.

    2 Français libérés des geôles iraniennes

    Ce fut la bonne nouvelle du week-end avec leur arrivée en France ce samedi, affaiblis mais libres. Cependant il reste quatre ressortissants Français emprisonnés en Iran. Parmi eux, la professeure de français Cécile Kohler et son conjoint Jacques Paris, tous deux membres du syndicat Force ouvrière, arrêtés le 7 mai 2022, « lors d’un séjour touristique », selon leurs proches.

    otages français
    Otages français libérés ©AFP

    Une visioconférence aux regards croisés sur les EGD 

    La semaine dernière, à l’initiative de la Fédération des Parents d’élèves la  FAPEE, se sont réunis Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, Jean-Hervé Fraslin, conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, Jean-Yves Leconte, sénateur des Français établis hors de France, Jean-Paul Négrel, directeur général adjoint de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et Frédéric Petit, député des Français établis hors de France afin d’évoquer la situation des Établissements en gestion directe de l’AEFE. Tout le monde s’est accordé sur un besoin de transparence quant à la gestion, cependant les méthodes pour y parvenir sont bien différentes. Un débat et des conclusions parfois originales à retrouver sur Lesfrancais.press.  

    La Zarra échoue à l’Eurovision 2023 

    La malédiction de la France, qui n’a pas gagné à l’Eurovision depuis 1977, n’a pas pris fin samedi 13 mai, lors de l’édition 2023 du concours de chant qui se déroulait à Liverpool (Royaume-Uni). La représentante de la France, la chanteuse québécoise La Zarra, s’est en effet classée à la 16e position sur 26 candidats pour cet Eurovision 2023. Avec 104 points (54 du jury et 50 des spectateurs), l’artiste n’a pas réussi à convaincre malgré une prestation plutôt réussie de son titre Evidemment, effectuée à cinq mètres du sol. Seul bémol, un geste maladroit lors de l’annonce des points qui fit scandale. Tous les détails sur nos sites. 

    La Zarra lors de l’annonce des points attribués à la France ©France Télévisions

    C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau bulletin dédié aux Français de l’étranger. 

    Ecouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Eurovision 2023 : « France 104 points »

    Eurovision 2023 : « France 104 points »

    La malédiction de la France, qui n’a pas gagné à l’Eurovision depuis 1977, n’a pas pris fin samedi 13 mai, lors de l’édition 2023 du concours de chant qui se déroulait à Liverpool (Royaume-Uni). La représentante de la France, la chanteuse québécoise La Zarra, s’est en effet classée à la 16e position sur 26 candidats pour cet Eurovision 2023. Avec 104 points (54 du jury et 50 des spectateurs), l’artiste n’a pas réussi à convaincre malgré une prestation plutôt réussie de son titre Evidemment, effectuée à cinq mètres du sol. 

    La Suède remporte la compétition

    Donnée favorite, la Suède a gagné la concours, représentée par la chanteuse Loreen, déjà victorieuse en 2012, avec Tattoo, grandiloquente chanson d’amour. 

    Peut-on croire les bookmakers ?

    La question se pose chaque année au moment de prendre les paris pour l’Eurovision. S’ils ont vu juste sur le duel entre la Suède et la Finlande, ils sont en revanche passés à côté du résultat de la candidate française. Longtemps présente dans le top 4, La Zarra a terminé la compétition à Liverpool dans le ventre mou du classement. Elle fait mieux que les Bretons Alvan et Ahez l’an dernier, 24e avec 17 points. Et aussi bien que Bilal Hassani en 2019, partageant la même place – 16e – et presque le même nombre de points – 104 pour la Québécoise contre 105 pour l’interprète de « Roi ».

    Déception française

    La déception est forcément grande pour la délégation française, alors que les bookmakers avaient pendant longtemps pronostiqué qu’elle finirait à la troisième marche du podium, comme le rapporte Le Parisien. « Bien sûr qu’on est déçu », a réagi auprès de BFMTV la patronne de la délégation française, Alexandra Redde-Amiel. « Tout le monde est très fier de La Zarra », a-t-elle néanmoins assuré, avant d’affirmer : « Pour moi, La Zarra a gagné aujourd’hui. Elle a gagné de rendre fier la France [avec une] prestation d’un chic ! »

    La principale concernée a, elle aussi, préféré positiver. « Je suis très, très contente d’avoir participé à l’Eurovision. Je suis très contente de tout ce qui s’est passé. Avec le staging qu’on a fait, pour moi, on repart gagnant », a-t-elle déclaré à BFMTV, quelques instants après l’annonce de la victoire de Loreen. « Il y a des gens qui chantent Evidemment, qui chantent la francophonie. Je crois qu’on est gagnant juste avec ça », a-t-elle ajouté.

    « Toz » ou doigt d’honneur, quel est le geste de La Zarra qui fait scandale ? 

    La prestation de La Zarra a rapidement été éclipsée par un geste de la main polémique de la chanteuse lors de l’annonce des points attribués par le public à la France. Au moment où La Zarra a appris que le public lui avait attribué 50 points, l’artiste a effectué un geste de la main interprété par beaucoup comme une sorte de doigt d’honneur.

    Selon Le Parisien, ce geste serait en réalité un « toz ». Ce mot est un dérivé du mot « pet » dans la langue arabe, et le geste qui lui est associé est utilisé pour signifier « un refus catégorique, l’indifférence, voire l’exaspération », écrit le quotidien francilien. Un geste que n’ont pas manqué de remarquer de nombreux téléspectateurs de l’Eurovision 2023, et qui a suscité de nombreuses critiques. Revoyez ci-dessous le geste en question, partagé par un internaute sur Twitter.

    Zelensky privé de parole

    Illustrant la difficulté de définir les contours d’une neutralité politique affichée tout en portant haut les couleurs d’un pays ravagé par la guerre, les organisateurs de l’Eurovision ont suscité la polémique en refusant que le président ukrainien Volodymyr Zelensky adresse un message lors de la finale. La nature de l’événement « interdit les déclarations politiques ou assimilées durant le concours », a expliqué l’European Broadcasting Union dans un communiqué.

  • Vues divergentes sur l’avenir de nos établissements à l’étranger

    Vues divergentes sur l’avenir de nos établissements à l’étranger

    « Regards croisés », c’est la promesse que la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger) nous a donné au début de son webinaire organisé ce jeudi 11 mai sur le futur des EGD (Etablissements en Gestion Directe) dans le réseau des établissements français à l’étranger.

    Après plus de deux heures d’échanges, si quelques regards ont effectivement pu se croiser durant le débat, les points de vue des invités sont souvent restés divergents, englués parfois dans des postures politiciennes.

    Parmi les intervenants, Samantha Cazebonne, sénatrice des Français établis hors de France, Jean-Hervé Fraslin, conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger, Jean-Yves Leconte, sénateur des Français établis hors de France, Jean-Paul Négrel, directeur général adjoint de l’AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger) et Frédéric Petit, député des Français établis hors de France.

    Les sujets qui fâchent

    Organisée en marge de la consultation publique organisée sur l’enseignement français à l’étranger par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), la réunion de la FAPEE a abordé certains « sujets qui fâchent », notamment sur la transparence des comptes, le statut des EGD, sur l’existence d’un marché de l’éducation, sur les capacités d’investissement des établissements, sur les éventuels partenariat public-privé ou bien encore sur le rôle réel confié aux associations de parents d’élèves, … 

    Une demande commune émerge des discussions : avoir accès plus facilement aux comptes de chaque établissement. Si tous les intervenants soulignent les importants contrôles de gestion auxquels sont soumis l’AEFE, tous regrettent que les chiffres publiés soient présentés de manière globale, empêchant ainsi d’accéder de manière transparente au budget de chaque EGD. 

    Un souhait de transparence 

    « Ne pas avoir accès directement au budget de chaque établissement empêche le développement de stratégies efficaces sur le terrain », souligne Frédéric Petit. Pour Samantha Cazebonne, « la présentation d’un budget global ne permet pas d’identifier les points de vigilance pour certains EGD, et donne aussi à Bercy une vue biaisée des capacités financières ». Jean-Yves Leconte souhaite également cette transparence qui « permettrait de mesurer la baisse du financement de l’Etat dans certains établissements ».

    Partenariat public – privé : bonne idée ou excuse ? 

    Aujourd’hui l’AEFE ne dispose pas de la capacité d’emprunter pour soutenir des projets d’investissement, par exemple dans l’immobilier. De nombreux parents regrettent la vétusté de certains bâtiments, la dégradation des salles de classes ou des commodités ou bien encore ou l’absence de salles de conférences adaptés aux besoins des établissements. Samantha Cazebonne partage alors « l’idée de développer des partenariats public-privé (PPP) pour faciliter la réalisation de ces projets ». Cette proposition inquiète Jean-Yves Leconte qui estime que les PPP seraient alors « sans contrôle et créés sous la fausse excuse du respect des deniers publics ». Frédéric Petit rappelle qu’il est « difficile pour un parlementaire de donner à l’AEFE aujourd’hui le droit d’emprunter si l’accès aux détails des investissements, établissement par établissement, reste compliqué ». 

    Une proposition intermédiaire pourrait alors venir de l’Assemblée des français de l’étranger, Jean-Hervé Fraslin fait part d’une synthèse proposée dans une résolution adoptée qui ouvre la possibilité à l’AEFE d’emprunter à la condition de pouvoir accéder aux comptes de chaque établissement et au dossier de chaque projet pour lequel un emprunt serait envisagé. 

    La co-construction : une réponse à l’avenir des EGD ? 

    Les élu(e)s appuient les associations de parents d’élèves à prendre toute leur place, Jean-Paul Négrel conseille aussi aux parents d’utiliser les moyens mis en place dans les établissements pour se faire entendre. C’est aussi le souhait d’Hugo Catherine qui lance un appel vers une évolution collective pour bâtir le futur des EGD en passant de la consultation, qui s’organise parfois quelques minutes avant la présentation des conclusions « à une véritable co-construction ». Et, ces regards croisés permettront alors, peut-être, à chacun de regarder ensemble dans la même direction pour construire l’école de demain adaptée aux besoins (et aux rêves) des élèves. 

    Quali ou quanti ?

    Devant l’offre scolaire existant à l’étranger « Les parents sont pragmatiques, ils comparent » rappelle Samantha Cazebonne, ajoutant qu’« agilité, flexibilité, et offres de services » sont aussi des axes de développement,  Jean-Paul Négrel, directeur adjoint de l’AEFE, rappelle aussi « l’importance des moyens consacrés à la formation des équipes dans les établissements », Jean-Yves Leconte s’inquiète de l’avenir des EGD « à force de donner des semelles de plombs en guide de budget aux services publics ».

    Présenté en 2019, l’objectif du Président Macron d’un doublement des effectifs dans les lycées français à l’étranger d’ici 2030 est toujours d’actualité. Hugo Catherine, le président de la FAPEE, en conclusion de ce webinaire, demande à l’Elysée un changement de braquet : « l’objectif présidentiel quantitatif met trop sous pression l’organisation de l’AEFE alors que nous souhaitons que ce pilotage opte davantage pour le qualitatif ». C’est aussi toute la place des associations de parents d’élèves qui se joue aujourd’hui avec ces perspectives.

  • Les 75 ans d’Israël : des doutes et des défis 

    Les 75 ans d’Israël : des doutes et des défis 

    Ce 14 mai 2023 marque les 75 ans d’Israël, ce qui peut apparaître comme un exploit pour un État dont les principaux voisins n’ont de cesse, depuis des années, de vouloir sa disparition. Cet exploit est d’autant plus remarquable qu’en 1948, cet État ne disposait que de peu d’atouts. 

    La startup nation 

    Doté de peu de ressources énergétiques et de matières premières, Israël a fait le pari du développement par les technologies. La vitalité de sa recherche lui a permis de se hisser parmi les États les plus innovants. Sa grande richesse a été, durant ces soixante-quinze années, son capital humain en formant de nombreux jeunes. Les besoins de l’armée ont également joué un rôle dans l’essor du secteur de la haute technologie. 

    Face aux problèmes d’accès à l’eau, l’État a créé un réseau de dessalement. 50 % de l’eau consommé en Israël est issue des usines de dessalement. Cette eau a permis le développement d’une culture de fruits et de légumes qui est exportatrice. 

    Un îlot démocratique 

    Malgré la succession de guerres et de crises, Israël est restée une démocratie dans une région qui en compte peu. La guerre du Yom Kippour de 1973 qui a failli se solder par une défaite, l’invasion ratée du Liban en 1982, l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin en 1995, l’incapacité à conclure la paix avec les Palestiniens, n’ont pas empêché le maintien d’une économie de marché dynamique reposant sur des valeurs libérales au sens politique du terme. 

    La société israélienne a longtemps mis en avant des valeurs libérales qui ont attiré de nombreux jeunes actifs et notamment des chercheurs en provenance d’Europe ou des États-Unis. Israël a réussi ces trente dernières années à sortir de son isolement géographique et à tisser des liens avec certains de ses voisins comme la Jordanie et les Émirats Arabes Unis. La menace iranienne a provoqué des mouvements diplomatiques dont Israël sort gagnante et exporte de plus en plus au Proche et Moyen-Orient, ce qui était impensable il y a quarante ans. Le pays a également renforcé ses relations économiques avec l’Allemagne, les pays d’Europe de l’Est et, avant la guerre en Ukraine, la Russie. Elle a essayé, à ce titre, de jouer le rôle d’intermédiaire dans les premières semaines de la guerre en Ukraine. 

    Une réussite économique indéniable 

    En 1980, le PIB par habitant d’Israël était d’environ la moitié de celui de l’Allemagne ; maintenant, il est de 12 % supérieur. Un Israélien a un niveau de vie supérieur de 30 % à celui d’un Français. Israël est devenue au fil des décennies une puissance économique. Elle est onze fois plus riche que l’Égypte. Elle compte plus de startups technologiques que le reste du Moyen-Orient et plus de prix Nobel que la Chine. 

    Elle a su intégrer un grand nombre d’immigrés. Après la chute de l’URSS, elle a ainsi géré l’arrivée d’un million de migrants juifs. En 1991, l’État israélien avait réussi à acheminer vers son territoire près de 15 000 juifs d’Éthiopie. 

    Une population segmentée 

    Israël n’échappe pas à la segmentation de sa population, menace qui concerne toutes les démocraties. Dans un État appelé à faire face à des attaques militaires récurrentes, cette segmentation est bien plus dangereuse que dans les autres pays. Cette segmentation politique et religieuse s’inscrit dans une période de forte augmentation de la population qui devrait passer de 10 à 20 millions d’ici à 2065. Cette progression devrait s’accompagner d’une montée en puissance des juifs ultra-orthodoxes. Ces derniers représentaient 11 % de la population totale d’Israël en 2015. En 2040, ce chiffre devrait atteindre 20 %, puis 32 % en 2065. Le pourcentage d’Arabes dans la population israélienne devrait rester constant autour de 20 %. Le barycentre de la vie politique devrait être plus à droite que dans le passé. Les valeurs libérales qui ont façonné Israël de sa création jusque dans les années 2000 sont de plus en plus fragilisées. Les jeunes informaticiens épris du modèle américain pourraient être tentés de rejoindre la Californie ou la Floride, ce qui nuirait à la croissance. 

    Le problème palestinien, un problème israélien 

    Le problème palestinien a durant des décennies été un sujet international pour lequel se mobilisaient les grandes puissances. De problème international, il s’est transformé en problème interne à Israël. Jusqu’aux années 2000, les Palestiniens dont le nombre est actuellement de trois millions en Cisjordanie dont deux millions dans la bande de Gaza, bénéficiaient du soutien inconditionnel des pays arabes du Moyen Orient. Ils avaient des relais au sein des pays occidentaux. Les présidents américains jouaient le rôle de médiateur. Après les Accords d’Oslo de 1993, négociés sous l’égide de Bill Clinton, le durcissement des positions, l’assassinat de Rabin en 1995 et le décès d’Arafat en 2004 mirent fin aux espoirs de normalisation. 

    Des policiers israéliens tentent de séparer des manifestants palestiniens et israéliens devant la porte de Damas dans la vieille ville de Jérusalem. ©AFP

    Progressivement, les pays arabes se sont détournés de la cause palestinienne, la menace iranienne étant jugée plus préoccupante. Avec la moindre acuité internationale du problème palestinien, Israël est sortie de son isolement diplomatique au niveau régional en signant en 1994 un accord de paix avec la Jordanie (accords de Wadi Araba) qui fait suite à celui avec l’Égypte de 1979. Cet accord reconnaît les droits et les frontières des deux pays, sachant que la population jordanienne est à 20 % palestinienne. 

    En 2020, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn et Israël ont également signé des accords de paix (Accords d’Abraham). Si la cause palestinienne a moins d’échos au niveau international, elle reste un problème pour Israël d’autant plus que l’influence de l’Iran dans la bande de Gaza est de plus en plus importante. Le lancement régulier de roquettes sur plusieurs villes israéliennes rappelle l’existence de ce problème qui est tout autant politique qu’économique. Le PIB par habitant en Cisjordanie est inférieur de 94 % à celui d’Israël. La radicalisation de part et d’autre empêche tout rapprochement des positions. L’Autorité palestinienne a perdu en légitimité et n’arrive pas à organiser les élections législatives. 

    En Israël, les coalitions sont de plus en plus déportées à droite et sont otages des partis religieux qui refusent tout compromis. Au sein de la société israélienne, deux lignes s’opposent, l’acceptation d’un développement économique mutuel ou un isolement total.

    La paupérisation croissante des Palestiniens et le délabrement des structures publiques au sein de leurs deux territoires favorisent les mouvements extrémistes financés essentiellement par l’Iran.  

    L’éloignement américain

    Le troisième défi pour Israël est l’éloignement progressif de son principal allié depuis 1948, les États-Unis. Ces derniers furent le premier pays à reconnaître Israël et à lui apporter son soutien. Ils fournissent deux tiers des armes utilisées par Israël. Pour autant, les États-Unis sont de moins en moins impliqués dans la zone du Proche et du Moyen-Orient. L’Asie et, en particulier la Chine, est devenue leur principal sujet de préoccupation. Redevenus indépendants sur le plan énergétique, les États-Unis ont moins d’intérêts à défendre au Moyen-Orient. La structure de la population américaine explique également un regard distancié vis-à-vis d’Israël. Elle est plus hispanique que dans le passé. Elle a moins en mémoire la Shoah et les premières années de l’État d’Israël. L’image de ce dernier aux États-Unis s’est dégradée. Un quart des juifs de ce pays estiment que cet Etat pratique l’apartheid. Donald Trump avait néanmoins fait un geste en reconnaissant Jérusalem comme capitale de l’État hébreu mais, au-delà de cet effet d’annonce, les relations étaient malgré tout compliquées.

    Le défi institutionnel 

    Le dernier défi est institutionnel. Israël est une véritable démocratie mais ne dispose pas de Constitution. Tant que les forces politiques partageaient de nombreuses valeurs, cette absence n’était pas un problème. Avec la radicalisation des positions, la donne change. La volonté du Premier Ministre Netanyahu de réformer la Cour suprême a démontré tout à la fois les tentations populistes et les divisions au sein du pays. Le Premier ministre souhaitait modifier le processus de nomination des juges et introduire une clause dérogatoire permettant au Parlement d’annuler à la majorité simple certaines décisions de la Cour suprême. Des manifestations importantes ont contraint le gouvernement à suspendre la discussion de ce projet de loi. 

    Manifestation contre Benyamin Nétanyahou et la réforme de la justice, à Tel-Aviv, le 11 février 2023. AMIR COHEN / REUTERS

    Au-delà de son contenu, la nécessité de fixer le cadre constitutionnel d’exercice du pouvoir avec une séparation des pouvoirs apparaît nécessaire. 

    Israël, depuis 1948, a réussi à concilier développement économique et respect des règles démocratiques tout en étant en état en guerre quasi permanente. Cette réussite n’en demeure pas moins fragile comme en témoignent les tensions actuelles. Le pays doit tout à la fois faire preuve de maturité tout en conservant l’esprit des pionniers. La menace de l’Iran qui contrôle une partie du Liban et des territoires palestiniens oblige Israël tout à la fois de disposer du soutien des Etats-Unis et de ses voisins. Avec la montée en puissance économique et financière de l’Arabie Saoudite, des Emirats Arabes Unis ou du Qatar, le pays doit conserver sa force d’innovation en formant et en attirant de nombreux chercheurs.

  • Retour sur la libération des deux otages français d’Iran

    Retour sur la libération des deux otages français d’Iran

    Ils sont enfin de retour en France. Deux otages français ont été libérés après une longue captivité et sont arrivés vendredi soir à Paris. Benjamin Brière, 37 ans, avait été arrêté en mai 2020, et Bernard Phelan, lui, avait été arrêté le 3 octobre 2022, tous deux accusés d’espionnage.

    Une santé fragilisée

    Sa sœur a donné des nouvelles de l’état de santé de son frère, très diminué par une grève de la faim. « Il est à bout de force et très affaibli, autant moralement que physiquement. J’espère qu’on va réussir à lui transmettre notre énergie pour reprendre une nouvelle vie, c’est heure par heure pour l’instant », a-t-elle assuré sur RTL. « Il va passer par une phase d’hospitalisation pour récupérer de l’épreuve par laquelle il est passé. Après on verra jour par jour ce qu’il se passera », a précisé Blandine Brière. 

    L’autre otage libéré, Bernard Phelan, consultant en tourisme et également malade, avait été arrêté le 3 octobre 2022 pour « atteinte à la sécurité nationale ». La sœur de Bernard Phelan, Caroline Massé-Phelan, avait récemment souligné que son frère commençait à perdre la vue et marchait difficilement. « Nous ne pouvons pas vous dire à quel point nous sommes soulagés », a-t-elle déclaré, précisant qu’il avait désormais besoin de « se reconstruire » et n’accepterait « pas de demandes d’interviews pour le moment ».

    Regardez le reportage de TV5MONDE