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  • Une « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde »

    Une « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde »

    Publié par Ludovic Tournès, cette « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde : Les États entre promotion nationale et propagande » (Ed Armand Colin) propose une vaste fresque historique de la diplomatie culturelle, de ses origines à ses mutations contemporaines. L’auteur, universitaire et historien, ancien élève de Normal Sup’, est professeur d’histoire internationale à l’université de Genève. S’il est aussi musicologue et spécialiste de la réception du Jazz en France, il a travaillé sur le sujet de l’américanisation du monde et sur celui des grandes fondations. Son dernier ouvrage sur la diplomatie culturelle, publié Chez Armand Colin, est donc à la fois la somme de ses recherches et leur prolongement naturel.  

    Ecouter le podcast avec Ludovic Tournès

    « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde », Ludovic Tournès
    « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde », Ludovic Tournès

    Vagabondage, l’émission de la culture française à l’étranger, vous offre une réflexion sur ce « pouvoir doux » qui n’est plus porté uniquement par un petit club de nations européennes fières de leur culture. Ce pouvoir s’est étendu avec succès à des nations asiatiques adossées à leurs puissantes industries culturelles et à la plupart des nations développées.

    À l’heure où l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, outil majeur de la diplomatie éducative française, cherche à se réformer dans la douleur cette histoire de la diplomatie culturelle nous rappelle que la France est entrée dans une phase de déclin linguistique et que la réforme de ce réseau porte la marque de ce repli progressif en termes de moyens budgétaires et humains.

    Des diplomaties culturelles créées au 19ème siècle et qui se structurent au 20ème

    Le livre retrace ainsi les multiples visages de cette diplomatie culturelle tout sauf neutre et établit d’emblée une typologie des acteurs qui témoignent d’une synergie entre acteurs publics et acteurs privés : En France, les instituts français, bras armés des ambassades pour leur politique de coopération culturelle et linguistique voisinent avec l’Alliance française d’émanation associative mais qui a le même objectif.

    Alliance Francaise Vancouver
    Alliance Francaise Vancouver

    « Créée en 1883, son objectif est de faire rayonner la France dans le monde, en particulier par le biais de la langue ». « Son premier président, Paul Cambon, est un ancien préfet, proche de Jules Ferry et ministre résident du protectorat en Tunisie ». L’Alliance reçoit trois ans après sa création la reconnaissance d’utilité publique et les subventions du ministère des affaires étrangères.

    Paul Cambon
    Paul Cambon

    Pareillement dotée d’une autonomie relative mais en réalité au service d’intérêt d’État, en Italie, la société Dante Aligheri fondée en 1889 à Rome par un groupe d’intellectuels a pour mission de diffuser la culture et la langue italienne après l’unification tardive de l’Italie. Elle comptera jusqu’à 500 comités dans le monde et sert encore d’instrument de diplomatie culturelle soutenu par le ministère des affaires étrangères italien. Elle aura traversé les régimes et continué son fonctionnement sous le régime fasciste comme dans l’Italie à reconstruire d’après-guerre.

    L’auteur montre comment la diplomatie culturelle s’est progressivement institutionnalisée au XXe siècle, devenant un pilier du rayonnement international des États. La Grande Bretagne ou l’Espagne avec les British Council ou les Instituts Cervantès développent un modèle « classique » basé sur les cours de langue, les activités culturelles et l’accès au livre. Mais les diplomaties culturelles sont nées dans leur forme moderne au siècle d’avant, siècle des nationalismes et de la colonisation. « Il n’est pas anodin que la diplomatie culturelle prenne forme au 19ème siècle traditionnellement considéré comme le siècle des nationalismes ». « Les empires coloniaux vont être, dans le cas français comme anglais et états-unien, les territoires privilégiés, voire les piliers, de la diplomatie culturelle ».

    « Au 19ème siècle, la France assume « sa mission civilisatrice »
    à travers la diffusion de sa langue et de sa littérature »

    Ludovic Tournès, auteur d’Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde
    (Ed. Armand Colin)

    La diplomatie linguistique ou culturelle a pour cible principale l’empire lui-même et ses populations. Et cherche à éduquer en français les futures élites des colonies dans une affirmation de puissance. Le résultat pour ce qui concerne l’Alliance française sera relatif : L’Alliance créée des comités ou aide les écoles françaises dans le monde par la fourniture de livre. Le résultat est positif en Europe mais mitigé ou un échec « en Algérie et en Indochine, en particulier dans le domaine de la scolarisation des enfants musulmans ».

    Les Allemands dans le même temps développeront un soutien aux écoles de l’étranger avec dès 1878 un budget spécialement dédié au sein du ministère des affaires étrangères. À la veille de la guerre, en 1913, 511 écoles sont soutenues pour 60 000 élèves avec pour motif le rayonnement international et la promotion de la germanité. Il y a donc la structuration d’une diplomatie culturelle en parallèle chez les deux nations rivales. La culture est donc un terrain d’affrontement pacifique qui prépare la guerre plus frontale.

    Dans l’entre-deux-guerres, une montée en puissance puis un déclin relatif

    La période de l’entre-deux guerres verra la montée en puissance des politiques culturelles nazis et soviétiques qui dans les deux cas seront en recherche d’hégémonie culturelle. En Allemagne «en l’espace de quelques semaines, le régime nazi met en place une architecture gouvernementale totalement nouvelle, y compris dans le domaine culturel, avec des objectifs précis : légitimer le nouveau régime, bien sûr, mais aussi renverser l’ordre culturel international libéral et instaurer un nouvel ordre culturel et international sous domination nazie ». Le ministère de l’Éducation du peuple et de la propagande créée en mars 1933 en sera naturellement le bras armé. Ces politiques vont évoluer avec la destruction du régime nazi et avec le déclin des empires et la décolonisation.

    « La France a continué à développer la diplomatie culturelle, comme un substitut à la puissance géopolitique qu’elle avait beaucoup moins »

    Ludovic Tournès, auteur d’Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde
    (Ed. Armand Colin)

    L’analyse historique démontre comment des institutions nées à l’époque coloniale, quand les empires français et britanniques connaissaient leur pleine puissance, vont perdurer jusqu’à aujourd’hui en changeant progressivement de logiciel. Il s’agira pour la France d’après-guerre de « continuer à exister » : les puissances géopolitiques en déclin que sont la France et la Grande-Bretagne d’après 1945 « appartiennent à la catégorie des pays utilisant la diplomatie culturelle pour compenser leur déclin géopolitique et continuer à être présents sur la scène internationale ».

    « La France reste persuadée de son magistère mondial en la matière » et le Quai d’Orsay sera plus que jamais son centre de gravité. Il y alors 53 000 élèves dans les alliances françaises en 1953 et même si au début des années 70 la bataille linguistique semble déjà perdue face à la montée inexorable de l’anglais, la langue « reste la pierre angulaire » de la diplomatie culturelle sous la 5ème république au moins jusqu’aux années 90 « comme le montre la création cette année de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger ».

    La France est confrontée à un paradoxe aujourd’hui : Dans son discours elle porte toujours une vision universelle de la culture à l’international mais dans la réalité, et face à la rétractation du nombre de locuteurs francophones, elle réduit la voilure de façon incontestable sur son dispositif éducatif et culturel de l’étranger. Le Quai d’Orsay est tenté de présenter comme des réformes ce qui n’est en réalité que la restructuration de ses moyens en déclin. La réforme de l’AEFE en cours en est peut-être la dernière illustration. Notre coopération culturelle a pu également être critiquée, en Afrique de l’Ouest notamment, comme un reliquat du colonialisme.

    British Council
    British Council

    Les Britanniques géreront mieux que les Français les relations avec leur ancien empire. À l’intérieur du Commonwealth sont créés des centres en Birmanie, (46) en Inde et au Pakistan (48) mais aussi au Sri Lanka, en Indonésie Thaïlande et dans plus d’une dizaine de pays. La formation de professeurs locaux est privilégiée comme l’envoi de professeurs britanniques ou la délivrance de bourses. La BBC jouera un rôle utile avec des programmes pédagogiques adaptés à ces nouveaux apprenants. La contestation de cet outil de diplomatie est sûrement moins frontale même si les réductions de moyens ont touché également les British Council forcés de se replier sur leurs activités les plus rentables en sacrifiant parfois la diversité de leurs programmations culturelles.

    « Les asiatiques s’appuient sur leurs industries culturelles pour valoriser l’image de leurs pays et favoriser leur balance commerciale »

    Ludovic Tournès, auteur d’Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde
    (Ed. Armand Colin)

    L’ouvrage a une réelle ambition panoramique et évoque aussi les diplomaties culturelles chinoises, japonaises ou coréennes et ne se limite pas au monde occidental.

    Cool Japan
    Cool Japan

    Du côté du Japon, le pays du soleil levant aura une patiente stratégie diplomatique culturelle pour quitter son isolement diplomatique d’après-guerre. Ainsi en 1951 le pays intégrera l’UNESCO et la Japan Foundation sera la cheville ouvrière de cette stratégie pour développer des études japonaises dans le monde et exporter sa culture. Dans la continuité de cet effort, la construction du « cool Japan » dans les années 2000 a permis d’améliorer l’image de marque du pays grâce à la promotion d’une culture populaire faite de manga, de jeux vidéo, de J-Pop ou de Cosplay, loin de toute image agressive et dominante accolée au Japon de la guerre. « En 2006 le ministère des Affaires étrangères formule officiellement la stratégie de la « pop culture diplomacy » et assume donc ce lien entre les industries privées au service d’intérêt d’État.

    Cours de culture chinoise dans un Institut Confucius
    Cours de culture chinoise dans un Institut Confucius

    Même stratégie pour le « Hallyu » ou « vague coréenne » qui désigne le rayonnement mondial de cette culture devenue emblématique autour des années 90. L’exemple de la K-pop ou du cinéma coréen sont connus et relèvent en réalité d’une puissante stratégie d’État avec la KOCIS (Korea Culture and Information Service) et la KOFICE (Korea Foundation for International Culture Exchange) qui agissent de concert. La « China Cultural Belt » aurait été inspirée de la stratégie coréenne. Il existe aujourd’hui plus de 500 Instituts Confucius dans le monde que certains voient comme un instrument de dialogue interculturel quand d’autres les assimilent à de simples outils de contrôle politique.

    Un livre d’histoire qui a des répercussions sur des sujets politiques contemporains

    Ainsi, le livre « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde » s’impose comme une référence pour saisir les ressorts de diplomaties du XXIe siècle rivales. Loin de se limiter à une approche hexagonale, l’ouvrage montre la montée en puissance de diplomaties culturelles concurrentes et portées par une variété d’acteurs, la Turquie, la Suisse, le Brésil ou le panafricanisme sénégalais font l’objet d’une étude singulière sur un sujet souvent cantonné aux diplomaties culturelles des nations européennes.

    Ludovic Tournès, auteur du livre « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde »
    Ludovic Tournès, auteur du livre « Histoire de la diplomatie culturelle dans le monde »

    L’ouvrage historique a également des répercussions politiques très contemporaines : Dans La Russie, « entre déclin et renaissance » l’auteur montre combien la nation russe souffre aujourd’hui au plan culturel des ruptures des liens tissés dans les universités occidentales après l’invasion de l’Ukraine. Le bilan de la stratégie de Soft power chinois est mitigé malgré l’affichage d’un nombre impressionnant de centres Confucius qui ont toutefois du mal à recruter des professeurs et qui sont souvent soupçonnés d’être « des officines d’espionnage ». 

    À l’heure où la France célébrait encore il y a peu « les états généraux de la diplomatie française » et réaffirmait son soutien à une diplomatie culturelle d’envergure, l’ouvrage peut fournir aussi un point d’appui critique en évitant toute nostalgie patrimoniale « pour la France de Molière ou de l’Académie française » et en situant les enjeux politiques de la transformation nécessaire et permanente de nos outils d’influence.


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  • Déficits : l’Union européenne choisit la confiance plutôt que la sanction

    Déficits : l’Union européenne choisit la confiance plutôt que la sanction

    La décision est tombée discrètement dans le paquet d’automne du semestre européen 2026, mais son impact politique est considérable. En annonçant la suspension de la procédure pour déficit excessif engagée contre la France ainsi que contre la Belgique, la Hongrie, la Slovaquie, Malte et la Pologne, la Commission européenne envoie un message clair : malgré le retour progressif à la discipline budgétaire, l’Union reste aux côtés des États qui peinent encore à absorber le choc post-pandémie. Contrairement au cliché du gendarme comptable sourcilleux, Bruxelles se montre cette fois pragmatique et protectrice : l’Union européenne choisit la confiance plutôt que la sanction.

    Depuis le Covid, l’Europe n’a cessé de démontrer qu’elle pouvait sortir de son carcan technocratique pour assumer un rôle de stabilisateur économique. Des plans de relance communs au soutien des États les plus exposés, la solidarité budgétaire et monétaire a servi de colonne vertébrale à la résilience européenne. La suspension de la procédure pour déficit excessif s’inscrit dans cette continuité.

    Une procédure stricte… mais pensée pour prévenir les crises

    Pour comprendre la portée du geste de la Commission, il faut revenir à ce qu’est réellement une procédure pour déficit excessif. Le mécanisme, inscrit dans les traités européens, repose sur deux seuils : un déficit public limité à 3 % du PIB et une dette publique à 60 %. Lorsqu’un État dépasse ces valeurs, il peut être placé sous surveillance renforcée et recevoir une recommandation formelle visant au retour sous les normes.

    « La procédure pour déficit excessif est en suspens pour la France,
    mais nous constatons quelques petits dérapages. Nous attendons de voir comment ils évoluent »

    Valdis Dombrovskis, Commissaire européen à l’économie,
    à la productivité et à la simplification

    Cette mécanique, souvent caricaturée, n’a pourtant pas été conçue pour sanctionner. Au contraire, elle vise à empêcher l’emballement des dettes nationales, à garantir une stabilité budgétaire commune et à réduire les risques de contagion financière au sein de la zone euro. Depuis la crise des dettes souveraines de 2010, Bruxelles sait trop bien ce que coûte un laisser-faire budgétaire dans une union monétaire. L’objectif de long terme demeure inchangé : aider les États à converger vers une dette soutenable et une trajectoire de finances publiques cohérente. C’est sous ce cadre que, le 26 juillet 2024, la France, la Belgique, la Hongrie, l’Italie, Malte, la Pologne et la Slovaquie avaient alors été officiellement placés en déficit excessif.

    Pourquoi une suspension aujourd’hui ? Entre confiance et prudence

    La décision de suspension n’efface pas l’existence de la procédure : elle la met temporairement en veille. Bruxelles estime que la trajectoire française, comme celle des autres pays concernés, peut permettre un retour sous les 3 % de déficit d’ici 2029. Pour la Commission, l’économie française devrait croître de 0,7 % en 2025, avec un déficit public ramené à 4,9 % l’an prochain, après 5,8 % en 2024. Le gouvernement, lui, vise 4,7 % en 2026 et maintient l’objectif symbolique de rester sous 5 %.

    Valdis Dombrovskis, Commissaire européen à l'économie, à la productivité et à la simplification
    Valdis Dombrovskis,
    Commissaire européen à l’économie, à la productivité et à la
    simplification

    Mais si la Commission européenne accorde un sursis, elle garde un œil attentif sur le contexte politique français. Les discussions parlementaires autour du budget 2026 sont observées avec la plus grande prudence. Dans son avis signé par Valdis Dombrovskis, Commissaire européen à l’économie, à la productivité et à la simplification, Bruxelles reconnaît que le plan budgétaire français respecte globalement la croissance maximale des dépenses nettes permise, mais souligne une « grande incertitude » liée aux négociations en cours à l’Assemblée nationale. La France obtient le label « conforme », aux côtés de Chypre, l’Estonie, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, l’Irlande ou encore le Portugal. Un satisfecit rare, mais fragile.

    En France on ne peut que saluer un signal de confiance qui souligne la nécessité d’un compromis politique interne pour continuer à réduire le déficit. Bruxelles réévaluera la situation au printemps, une fois les chiffres définitifs de 2025 connus. Autrement dit : une suspension n’est pas une absolution.

    L’Europe, bien plus qu’un gendarme : la solidarité discrète des pays du Sud et le rôle déterminant de la BCE

    Cette suspension n’est pas un geste isolé. Elle s’inscrit dans une décennie où l’Union européenne a utilisé tous les leviers possibles pour éviter qu’une nouvelle crise de la dette n’emporte les économies les plus fragiles. On oublie trop souvent que, pendant la pandémie et dans les années qui ont suivi, ce sont les pays parfois surnommés « Club Med », Espagne, Italie, Portugal, Grèce, qui ont poussé pour un assouplissement des règles budgétaires et un soutien accru aux États en difficulté. Eux-mêmes fortement endettés, ils ont plaidé pour une Europe protectrice plutôt que punitive, refusant de répéter les erreurs de la crise de 2010.

    « L’Union européenne peut se permettre la patience
    parce qu’elle a déjà assuré la stabilité »

    Leur position a façonné une Union plus solidaire, moins obsédée par l’orthodoxie des chiffres, plus attentive aux réalités économiques et sociales. La suspension actuelle des procédures pour déficit excessif porte l’empreinte de cette philosophie.

    Cette solidarité a également été rendue possible par un acteur souvent discret mais essentiel : la Banque centrale européenne. Depuis 2015, par le biais du quantitative easing, la BCE a racheté sur les marchés secondaires des milliers de milliards d’euros d’obligations publiques. En 2020, au plus fort du Covid, elle est devenue le premier détenteur de dette souveraine européenne. Sans ce filet de sécurité, de nombreux États auraient été forcés d’appliquer des cures d’austérité drastiques au pire moment. L’arrêt de ces rachats au 1er janvier 2025 constitue un tournant majeur, lié au retour de l’inflation et à la volonté de la BCE de réduire la taille de son bilan.

    Mais cet arrêt ne doit pas faire oublier que, pendant dix ans, l’Europe monétaire a littéralement porté sur ses épaules la soutenabilité des finances publiques nationales. La suspension des procédures budgétaires est l’héritage direct de cette période : l’Union peut se permettre la patience parce qu’elle a déjà assuré la stabilité.

    Une Europe qui accompagne autant qu’elle surveille

    À l’heure où les débats sur le budget 2026 agitent le Parlement français, la décision de Bruxelles rappelle que la question n’est pas de savoir si l’Europe est un gendarme, mais quel type de gendarme elle veut être. Loin de la caricature du contrôleur pointilleux, elle se montre aujourd’hui un partenaire vigilant, exigeant mais solidaire.

    En suspendant la procédure, la Commission européenne offre aux États membres un espace pour ajuster leurs trajectoires budgétaires sans pression immédiate. Mais elle envoie aussi un message : la responsabilité finale appartient aux gouvernements nationaux, qui doivent trouver en interne les compromis nécessaires pour rétablir leurs finances publiques.

    Depuis le Covid, l’Europe a prouvé qu’elle savait se montrer ferme, musclée parfois, mais jamais indifférente. La solidarité monétaire, l’appui politique des pays du Sud et la bienveillance des institutions communautaires convergent aujourd’hui vers une même idée : accompagner les États vers la soutenabilité plutôt que les y contraindre. Un choix qui, en creux, dit beaucoup de ce que l’Union européenne est devenue : un espace de vigilance, certes, mais aussi, et surtout, un espace de soutien.

  • L’Union européenne et le mariage des homosexuels

    L’Union européenne et le mariage des homosexuels

    La Pologne fut classée en 2024 par le LGBT Equality Index 61e sur les 196 pays du monde passés à la loupe et 29e parmi les 50 pays du continent européen. Un résultat pas très « gay », mais dans le prochain classement, elle va bénéficier d’une remontada, même la Hongrie devrait remonter dans l’index. Mais pourquoi ? Tout d’un coup ces pays de l’ancien bloc de l’ex seraient devenus « gay friendly » ? Vous vous en doutez, pas vraiment, mais la Cour de l’Union européenne vient de rappeler l’égalité des droits entre citoyens et l’égalité des actes de l’État civil émis par les États européens. Par une décision du mardi 25 novembre, la plus haute autorité judiciaire des 27 pays de l’UE, a rappelé que « Tout pays de l’Union européenne (UE) est tenu de reconnaître le mariage de deux citoyens de même sexe légalement conclu dans un autre État membre ».  Alors concrètement, quelles conséquences pour les Français de l’étranger dans cette situation ?

    2 polonais mariés en Allemagne

    Si on a commencé cet article par la Pologne, c’est tout simplement, que le parcours judiciaire a commencé dans ce pays. En effet, le cas soumis à la Cour concerne deux citoyens polonais, dont l’un possède également la nationalité allemande. Installés en Allemagne, ces derniers se marient à Berlin en 2018, avant de retourner vivre en Pologne. Mais leur demande de transcription de l’acte de mariage dans le registre d’état civil polonais est refusée par les autorités polonaises, au motif que l’union entre personnes de même sexe n’existe pas dans le droit national.

    Le couple conteste alors cette décision et entame une procédure judiciaire. L’affaire remonte jusqu’à la Cour administrative suprême polonaise, qui interroge la CJUE dans le cadre d’un renvoi préjudiciel (lorsqu’une juridiction nationale demande à la CJUE d’interpréter un point du droit de l’Union).

    Célébration de la légalisation du mariage gay à Berlin en 2017
    Célébration de la légalisation du mariage gay à Berlin en 2017 ©AFP

    Liberté de circulation dans l’Union européenne

    Ainsi, la Cour européenne a dû statuer sur le refus rencontré par le couple. Pour elle, il « est contraire au droit » européen en ce qu’il constitue une entrave à la liberté des citoyens concernés de circuler d’un pays à l’autre, tout en jouissant de leurs droits acquis au sein de l’Union. Il « porte atteinte à cette liberté ainsi qu’au droit au respect de la vie privée et familiale », entraînant « de sérieux inconvénients administratifs, professionnels et privés » et « contraignant les époux à vivre en tant que célibataires dans l’État membre dont ils sont originaires », constate la CJUE.

    « Les États membres sont donc obligés de reconnaître, aux fins de l’exercice des droits conférés par le droit de l’Union, le statut marital acquis légalement dans un autre État membre », ajoute la cour.

    L’ARDHIS, association de soutien aux expatriés et émigrés francophones, salue cette décision qu’elle qualifie d’ « historique et qui permettra à de nombreux résidents en Europe de vivre librement dans toute l’Union européenne ». Cependant, l’association alerte aussi car « si le mariage est reconnu, les mentalités n’ont pas changé d’un claquement de doigts », il est donc conseillé d’éviter les gestes qui pourraient être interprétés comme une provocation et de privilégier le dialogue avec son entourage immédiat (commerces de quartier, voisins, collègues, etc).

    Le mariage reconnu mais pas légalisé partout

    Cependant, la CJUE précise toutefois que cette reconnaissance des unions conclues dans un autre État membre « n’implique pas que cet État doive prévoir le mariage entre deux personnes de même sexe dans son droit national« .

    Actuellement, dans l’Union européenne, 16 pays reconnaissent actuellement le mariage homosexuel : les Pays-Bas (depuis 2001), la Belgique (2003), l’Espagne (2005), la Suède (2009), le Portugal (2010), le Danemark (2012), la France (2013), le Luxembourg (2015), l’Irlande (2015), Malte (2017), l’Allemagne (2017), la Finlande (2017), l’Autriche (2019), la Slovénie (2022), l’Estonie (2024) et la Grèce (2024).

    22 pays de l’Union européenne autorisent par ailleurs une forme d’union civile (« partenariat enregistré » ou « partenariat civil ») pour les couples homosexuels, comme le PACS en France. Enfin, cinq États membres de l’UE ne reconnaissent aucune forme d’union officielle.

  • Réforme de l’AEFE, Hélène Conway-Mouret dénonce des mesures court-termistes

    Réforme de l’AEFE, Hélène Conway-Mouret dénonce des mesures court-termistes

    Depuis plusieurs semaines, le projet de réforme du réseau scolaire français à l’étranger alimente les tensions. Le Conseil d’administration de l’AEFE, réuni fin novembre, a dévoilé des mesures, mais celles-ci ont-elles rassuré ? Pour analyser ces annonces et leurs conséquences, LesFrançais.press a interrogé Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français de l’étranger (PS) et ancienne ministre. Membre du CA de l’Agence, elle dénonce des solutions purement comptables à court terme, qui menacent l’équilibre même du réseau et risquent d’exclure les familles les plus modestes.

    Écouter le podcast avec Hélène Conway-Mouret

    Un réseau AEFE reconnu… mais fragilisé

    Au cours de ce podcast, la sénatrice des Français établis hors de France, Hélène Conway-Mouret, membre du Parti Socialiste, ancienne ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, dresse un état des lieux contrasté du réseau AEFE (Agence pour l’enseignement français à l’étranger). Si la qualité académique n’est pas remise en cause, le reste est sujet à discussion.

    « On nous propose des mesures court-termistes pour répondre à un problème comptable, mais qui auront un impact important sur le long terme »

    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France

    Selon elle, « la qualité de l’enseignement » est toujours bien présente, comme le montrent « chaque année les résultats absolument exceptionnels au baccalauréat ». En revanche, le moral des personnels s’effrite : « il y a un désengagement […] de l’État, avec des coupes budgétaires » et des infrastructures qui sont parfois vieillissantes face à une concurrence d’établissements privés récents.

    Une réforme présentée… mais jugée inadéquate

    Le conseil d’administration de l’AEFE du 27 novembre devait présenter les grands axes d’une réforme attendue. Pour la sénatrice, c’est un rendez-vous manqué. « Cela ne répond absolument pas à mes attentes », affirme-t-elle. Elle dénonce une situation où les élus sont « acculés à prendre des décisions » en raison d’un déficit annoncé de 10 millions d’euros en 2026. Les mesures proposées relèvent donc, selon elle, d’une logique purement comptable, dont les conséquences pèseront lourdement sur les familles.

    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France
    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France

    À partir de 2026, les contributions demandées aux établissements pour financer les enseignants détachés grimperaient, par exemple, à 37 %, puis 50 % en 2027. Cela entraînera forcément « des répercussions sur les frais de scolarité » et risque un « effet d’éviction » durable des familles. « On nous propose des mesures court-termistes pour répondre à un problème comptable, mais qui auront un impact important sur le long terme notamment sur la possibilité des familles à continuer à scolariser leurs enfants dans le réseau », dénonce notre invitée.

    Le risque d’un réseau éclaté au sein de l’AEFE ?

    Pour Hélène Conway-Mouret, le gouvernement s’orienterait peut-être volontairement vers un nouveau paradigme : celui d’un réseau reposant principalement sur des acteurs privés. Elle met en garde : « un établissement privé (…) ne fait pas du mécénat ». À terme, l’abandon d’une tutelle forte signifierait la fin d’un réseau cohérent, comme celui que la France a construit en promouvant des valeurs essentielles, notamment la laïcité. « Peut-être que c’est la volonté » de certains, glisse-t-elle, appelant à un courage politique pour moderniser le réseau des établissements français à l’étranger.

    « On demande à l’agence de doubler le nombre d’élèves
    et on lui supprime 30 millions (…) à quel opérateur, qu’il soit privé ou public, on peut donner une mission telle que celle-ci, en lui coupant les moyens »

    Hélène Conway-Mouret, Sénatrice des Français établis hors de France

    L’ancienne ministre demande un retour à une coopération active entre le ministère de l’Éducation nationale et celui des Affaires étrangères. « Il n’y a pas suffisamment d’interactions », regrette-t-elle. Elle rappelle les succès de la période où les deux ministères travaillaient main dans la main, comme l’intégration du CNED, outil précieux pendant la crise sanitaire. Pour elle, l’État a longuement fragilisé l’AEFE : « On demande à l’agence de doubler le nombre d’élèves et on lui supprime 30 millions ». Les ponctions répétées ont fini par épuiser toute marge de manœuvre. Mais l’avenir de l’AEFE ne relève pas uniquement de l’aspect budgétaire, c’est aussi un enjeu stratégique.

    Un message pour la nouvelle ministre Éléonore Caroit

    Pour conclure, nous avons demandé à Hélène Conway-Mouret, forte de son expérience ministérielle, quel message elle souhaiterait adresser à la nouvelle ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, Éléonore Caroit pour faire avancer les dossiers concernant nos compatriotes établis hors de France : « Ne pas avoir peur de se saisir de toutes les problématiques […] dans un esprit de réforme » propose notre invitée.

    Hélène Conway Mouret à la tribune du Sénat
    Hélène Conway Mouret à la tribune du Sénat

    Elle rappelle ainsi qu’elle-même avait organisé les premières assises de l’enseignement français à l’étranger et produit, avec deux parlementaires, plus de 100 propositions toujours pertinentes : « Il y a une manne de connaissances dans laquelle on pourrait puiser ». Ce qu’elle déplore aujourd’hui avec la réforme de l’AEFE, c’est une consultation de façade : « Je vous ai parlé mais je ne vous ai pas entendu » pourrait être la phrase qui résume les concertations antérieures à la réforme. C’est pourquoi, « je suis très déçue » conclut la sénatrice.

  • La Toussaint : le jour des morts ?

    La Toussaint : le jour des morts ?

    Chaque automne, des millions de chrétiens se rendent dans les cimetières pour fleurir les tombes de leurs proches. Pourtant, beaucoup confondent deux fêtes bien distinctes : la Toussaint, célébrée le 1er novembre, et le jour des défunts, commémoré le lendemain. On fait le point pour les Français de l’étranger.

    La fête des Saints

    La Toussaint rend hommage à tous les saints, connus ou anonymes, qui ont consacré leur vie à la foi et à l’Évangile. Cette fête t ne trouve pas son origine dans la Bible mais dans la dévotion des premiers chrétiens envers les martyrs. Au VIIᵉ siècle, le pape Boniface IV institue une fête dédiée à tous les saints, d’abord fixée au 13 mai. Deux siècles plus tard, Grégoire III la déplace au 1er novembre, une date choisie pour coïncider avec la fête celte de Samain, symbole du passage à la saison sombre.

    Ainsi dans la liturgie, la Toussaint ne célèbre pas la mort, mais la vie éternelle et la vocation universelle à la sainteté.

    La fête des morts : une « exclusivité » catholique

     Le 2 novembre, lendemain de la Toussaint, les catholiques commémorent les défunts. Ce jour des morts n’est pas un jour de tristesse, mais un moment de recueillement et d’espérance : les croyants prient pour leurs proches disparus et fleurissent leurs tombes.

    Cette tradition remonte au XIᵉ siècle, lorsque l’abbaye de Cluny, en Bourgogne, instaura une journée de prière pour les âmes du purgatoire. L’initiative de l’abbé Odilon de Cluny s’étendit rapidement à toute la chrétienté et fut officialisée au XIIIᵉ siècle par l’Église de Rome.

    Aujourd’hui encore, cette date symbolise le lien entre les vivants et les morts, dans la continuité spirituelle entre la terre et le ciel.

    Les fêtes, un héritage païen christianisé

    Le choix du 1er novembre n’est pas un hasard. L’Église a voulu « évangéliser » les fêtes païennes existantes, notamment la fête celte de Samain, qui marquait la fin de l’été et le début de l’hiver.

    Snap-Apple Night" de Daniel Maclise, 1833. On voit sur cette toile des Irlandais festoyant et s'adonnant à des jeux de divination lors de la fête d'Halloween
    Snap-Apple Night » de Daniel Maclise, 1833. On voit sur cette toile des Irlandais festoyant et s’adonnant à des jeux de divination lors de la fête d’Halloween ©Wikimedia Commons.

    De la même façon que Noël fut placé près du solstice d’hiver, la Toussaint a remplacé les rituels celtiques liés à la mort et à la fertilité. Cette fusion des traditions explique pourquoi, aujourd’hui encore, Halloween (le 31 octobre), la Toussaint (le 1er novembre) et le jour des morts (le 2 novembre) forment un triptyque culturel autour du passage du temps et du souvenir.

    Où la Toussaint est fériée ?

    Cette fête est célébrée dans plusieurs pays, majoritairement catholiques. Ainsi, dans 52 pays à travers le monde le 1er novembre est férié.


    Pays Type de vacances Date cette année
    Saint Pierre et Miquelon Jour férié 1 novembre 2025
    Espagne Jour férié 1 novembre 2025
    Allemagne Jour d’observation 1 novembre 2025
    France Jour férié 1 novembre 2025
    Chili Jour férié 1 novembre 2025
    Côte d’Ivoire Jour férié 1 novembre 2025
    Autriche Jour férié 1 novembre 2025
    Belgique Jour férié 1 novembre 2025
    Cabo Verde Jour férié 1 novembre 2025
    Andorre Jour férié 1 novembre 2025
    Congo Jour férié 1 novembre 2025
    Colombie Jour férié 1 novembre 2025
    Bosnie-Herzégovine Jour férié 1 novembre 2025
    Nouvelle-Calédonie Jour férié 1 novembre 2025
    Pologne Jour férié 1 novembre 2025
    Luxembourg Jour férié 1 novembre 2025
    Portugal Jour férié 1 novembre 2025
    Madagascar Jour férié 1 novembre 2025
    Sénégal Jour férié 1 novembre 2025
    Croatie Jour férié 1 novembre 2025
    Chad Jour férié 1 novembre 2025
    Gabon Jour férié 1 novembre 2025
    Italie Jour férié 1 novembre 2025
    Italie Jour férié 1 novembre 2025
    Saint-Siège Jour férié 1 novembre 2025
    Guadeloupe Jour férié 1 novembre 2025
    Guadeloupe Jour férié 1 novembre 2025
    Burundi Jour férié 1 novembre 2025
    Saint-Marin Jour férié 1 novembre 2025
    Slovaquie Jour férié 1 novembre 2025
    Monténégro Jour férié 1 novembre 2025
    République centrafricaine Jour férié 1 novembre 2025
    Saint Martin Jour férié 1 novembre 2025
    Pérou Jour férié 1 novembre 2025
    Togo Jour férié 1 novembre 2025
    Philippines Jour férié 1 novembre 2025
    Lituanie Jour férié 1 novembre 2025
    Haïti Jour férié 1 novembre 2025
    Guyane française Jour férié 1 novembre 2025
    Bénin Jour férié 1 novembre 2025
    Suède Jour férié 1 novembre 2025
    Suède Jour férié 1 novembre 2025
    Hongrie Jour férié 1 novembre 2025
    Finlande Jour férié 1 novembre 2025
    Seychelles Jour férié 1 novembre 2025
    Burkina Faso Jour férié 1 novembre 2025
    Saint Barthélemy Jour férié 1 novembre 2025
    Monaco Jour férié 1 novembre 2025
    Martinique Jour férié 1 novembre 2025
    Macédoine Jour férié 1 novembre 2025
  • Un bouclier aérien pour l’Europe ?

    Un bouclier aérien pour l’Europe ?

    Le mois de septembre a été riche en rebondissements : près de 20 drones russes ont violé l’espace aérien polonais le 9 septembre, suivis par d’autres incursions de drones non identifiés au Danemark et en Roumanie, et par des avions de combat russes en Estonie. La Pologne et l’Estonie ont tiré la sonnette d’alarme de l’OTAN en invoquant l’article 4 de l’alliance.

    Alors que les dirigeants européens se réunissaient à Copenhague au début du mois d’octobre, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a souligné le besoin urgent d’un « mur de drones » européen, c’est-à-dire un réseau coordonné de radars, d’équipements de brouillage et d’intercepteurs de drones destinés à neutraliser les menaces avant qu’elles n’atteignent l’espace aérien sensible.

    Le projet, rebaptisé « Initiative européenne de défense contre les drones », ne couvre pas seulement le flanc oriental de l’UE, comme prévu initialement, mais l’ensemble de l’espace aérien de l’Union.

    Dans le même temps, un projet bien plus ambitieux gagne du terrain, qui pourrait intégrer le « mur de drones » dans un réseau de défense à l’échelle du continent. Le bouclier aérien européen prévoit un système de défense aérienne à plusieurs niveaux, inspiré du dôme de fer israélien, pour tout intercepter, des drones aux missiles balistiques.

    Mais après des décennies de sous-investissement et de dépendance à l’égard de la protection américaine, l’Europe est confrontée à une question difficile : à quelle échéance un tel bouclier pourra-t-il devenir une réalité ? Et si les gouvernements décident d’aller de l’avant, à quoi cela ressemblerait-il en pratique ?

    Le mur des drones

    Les récentes incursions de drones russes, considérées comme un stratagème pour tester les défenses aériennes et la détermination politique de l’OTAN, ont mis en lumière certaines vérités gênantes.

    La guerre moderne n’est plus une question de nombre, mais de précision à grande échelle. Des frappes coordonnées associant des drones bon marché à des armes haut de gamme peuvent désormais porter des coups dévastateurs aux civils et aux infrastructures critiques.

    L’Ukraine en est un exemple frappant. Au cours de l’été, les attaques de drones et de missiles russes ont atteint le siège du gouvernement ukrainien et la délégation de l’Union européenne à Kiev.

    Bouclier Aérien
    Image illustration ©Stockadobe

    L’asymétrie est brutale : la précision de masse est bon marché pour les attaquants, mais coûteuse pour les défenseurs. La réponse de l’OTAN aux récentes incursions a été efficace, mais coûteuse. L’alliance militaire a utilisé des missiles Patriot d’une valeur de 3 millions d’euros pour abattre des drones dont la fabrication ne coûte pas plus de… 20 000 euros. Un scénario qui n’est clairement pas viable à long terme.

    Pour lutter contre les attaques bon marché, un système de défense aérienne à plusieurs niveaux pourrait constituer la meilleure solution. Les systèmes peu coûteux seraient d’abord déployés contre les petites menaces, les avions de chasse et les missiles haut de gamme étant réservés aux attaques plus dévastatrices, telles que les frappes balistiques et hypersoniques. 

    Selon cette logique, le « mur de drones » constituerait la première couche défensive du bouclier aérien élargi. Son rôle serait de détecter, de suivre et de neutraliser les drones et les munitions qui traînent. Les abattre à l’aide d’intercepteurs cinétiques et d’armes à énergie dirigée (DEW) — des lasers dont le coût n’excède pas 1 à 10 euros par tir — serait une option avantageuse par rapport au prix des Patriots.  

    Pour faire du « mur de drones » une réalité, certains à Bruxelles regardent vers l’Est.  

     « Nous avons beaucoup à apprendre de l’Ukraine, et en même temps, nous devons lui fournir une protection et un soutien financier, car en retour, elle nous aide dans la guerre des drones », a déclaré l’eurodéputée estonienne Riho Terras. « C’est un investissement dans notre propre défense. »

    Le bouclier aérien européen

    La mise en place d’un bouclier aérien européen ne sera ni facile ni bon marché. L’UE devra surmonter les divergences politiques, les problèmes de stockage et les coûts. 

    En outre, le bloc ne peut pas se contenter de reproduire le dôme de fer israélien qui protège un petit territoire avec des centres de population denses contre des menaces essentiellement à courte portée. En revanche, les populations européennes sont dispersées sur un vaste territoire et sont confrontées à l’ensemble de l’arsenal russe, des missiles Iskander à courte portée aux Avangard hypersoniques à longue portée.

    Un dôme unique s’étendant sur tout le continent relève du fantasme. Le plan prévoit plutôt une mosaïque de « bulles » de défense, c’est-à-dire de multiples systèmes couvrant différents territoires, reliés entre eux pour assurer une couverture efficace de l’espace aérien de l’Europe.

    ©SkyShield-NL - Miriam Sáenz de Tejada
    ©SkyShield-NL – Miriam Sáenz de Tejada

    La défense aérienne est une question de timing : détecter, suivre et intercepter en quelques secondes. Cela exige de la précision et une coordination transfrontalière en temps réel, les radars d’un pays transmettant des données aux lanceurs d’un autre pays.  

    Si des projets tels que l’initiative européenne de bouclier aérien (ESSI), menée par l’Allemagne, sont déjà en cours comme pour des achats et une maintenance conjoints, les défis ne se limitent pas au matériel. Ces systèmes doivent s’intégrer de manière transparente dans une architecture commune : la défense aérienne et antimissile intégrée (IAMD) de l’OTAN. 

    C’est un principe familier, bien qu’inconfortable, pour les États membres. Même s’ils conservent une totale autonomie en matière de décisions d’achat, ils devront choisir des configurations qui privilégient l’interopérabilité avec les systèmes alliés. C’est là que la politique européenne prend tout son sens.

    Surmonter les vulnérabilités

    Selon Chris Kremidas-Courtney, chercheur au European Policy Centre, un centre de réflexion à Bruxelles, l’Europe est confrontée à un dilemme en matière d’acquisition.

    La dépendance de l’Europe à l’égard des systèmes de défense étrangers, principalement américains et israéliens, est à double tranchant. Elle peut accélérer le déploiement, mais risque d’éroder l’autonomie stratégique de l’Europe. Bien qu’il existe des options locales pour la plupart des menaces, il n’y a toujours pas de véritable substitut à l’Arrow-3 d’Israël, un intercepteur hypersonique conçu pour arrêter les missiles balistiques.

    Système sol-air moyenne portée Nouvelle Génération
    Système sol-air moyenne portée Nouvelle Génération ©SAMP NG

    Pour ajouter à ces préoccupations, l’industrie européenne de la défense reste fragmentée. « Berlin soutient IRIS-T et Patriot dans le cadre de l’initiative européenne Sky Shield, tandis que Paris et Rome défendent SAMP/T, et qu’Oslo et d’autres pays s’appuient sur NASAMS », a relevé Chris Kremidas-Courtney. En clair, chaque nation est réticente à abandonner son propre « champion », ce qui rend l’acquisition et l’intégration communes bien plus difficiles qu’elles ne devraient l’être. 

    Le défi n’est donc pas seulement technologique, mais aussi politique. Un système de défense multicouche crédible exige non seulement des milliards d’investissements, mais aussi un niveau de coordination que l’Europe a toujours eu du mal à atteindre. Le rêve du bouclier aérien n’est donc pas pour demain.  

  • France – Maroc : Un « Erasmus » régional à Fès

    France – Maroc : Un « Erasmus » régional à Fès

    Présenté le 16 octobre dernier par Ursula von der Leyen, Présidente de la commission Européenne, le Pacte pour la Méditerranée va s’ouvrir à 10 pays partenaires méditerranéens (1) dont le Maroc. Celui-ci prévoit d’inclure les étudiants des pays concernés au programme d’échange universitaire européen Erasmus +. Premiers pas concrets à Fès entre l’UFE-Monde et l’université Euromed.

    Plus de mobilité académique et culturelle entre la France et le Maroc

    L’objectif majeur du Pacte pour la Méditerranée est la création d’un environnement plus intégré et inclusif pour l’enseignement supérieur et le développement des compétences au sein de l’espace méditerranéen commun au travers du lancement d’une nouvelle plateforme Méditerranéenne de l’enseignement supérieur. Il vise également à renforcer la mobilité des étudiants, du personnel académique et des chercheurs.

    Dans cet esprit et cette nouvelle dynamique impulsée entre les 2 rives, l’association UFE Monde et l’université EuroMed de Fès (Maroc) ont signé une convention de coopération ce 21 octobre qui fixe plusieurs objectifs, dont celui de resserrer les liens éducatifs et culturels entre la France et le Maroc. Alain Pierre Mignon, Président UFE Monde, était présent pour apposer sa signature à côté de celle de Mustapha Bousmina, le Président de l’Université EuroMed.

    « Ces jeunes vont bénéficier d’un accompagnement logistique humain
    mais également d’un réseau local solide »

    Myriam Geneviève Benkerroum Devidet,
    Présidente UFE Fès, Conseillère des Français du Maroc

    À l’initiative de ce projet, Myriam Geneviève Benkerroum Devidet, présidente de l’UFE de Fès – Meknès – Nadir- Oujda indique que « ce partenariat facilite l’accueil et l’intégration des étudiants français au sein de l’université Euromed de Fès », laquelle rappelle-t-elle « a été classée 1ere université du Maroc ». Grâce à l’appui de l’UFE, « Ces jeunes vont bénéficier non seulement d’un accompagnement logistique humain mais également d’un réseau local solide pour favoriser leur insertion et réussite », a-t-elle déclaré au correspondant Lesfrancais.press.

    Signature de la convention de coopération éducative et culturelle entre Alain Pierre Mignon, Président UFE Monde et Mustapha Bousmina, Président de l Université Euromed de Fès
    Signature de la convention de coopération éducative et culturelle entre Alain Pierre Mignon, Président UFE Monde et Mustapha Bousmina, Président de l Université Euromed de Fès

    Ainsi, les étudiants français, désireux de bénéficier de ce partenariat, pourront poursuivre leurs études supérieures du côté sud de la Méditerranée au sein d’un établissement d’excellence qui assure une éducation de haut niveau, Master et Doctorat.

    Les Français de l’étranger, acteurs de la coopération éducative et culturelle

    Le démarrage du partenariat UFE – Université Euromed Fès est prévu pour cette année universitaire avec un premier groupe d’étudiants français à Fès. Ils seront encadrés conjointement par l’UFE Fès et l’université marocaine au travers d’un suivi personnalisé.

    Sur le moyen terme, l’objectif est d’accueillir tous les étudiants intéressés par une expérience à l’international dans le cadre de ce partenariat et à terme de développer des échanges dans les deux sens. Pour les promoteurs du partenariat, l’enjeu est d’offrir une formation ouverte sur la Méditerranée, combinant excellence académique, diversité culturelle et engagement citoyen.

    Myriam Geneviève Benkerroum Devidet, Presidente de l'UFE Fès et Conseillère des Français de l Etranger de la 2eme circonscription du Maroc
    Myriam Geneviève Benkerroum Devidet, Presidente de l’UFE Fès et Conseillère des Français de l Etranger de la 2eme circonscription du Maroc

    « Ce partenariat montre que les Français de l’étranger sont acteurs de la coopération éducative et culturelle. Il place l’UFE au cœur du développement de la jeunesse francophone et démontre que l’expatriation peut être une source d’opportunités et d’innovation » ajoute Myriam Geneviève Benkerroum Devidet, également conseillère des Français pour la 2eme circonscription du Maroc, avant de conclure « ce partenariat est avant tout une aventure humaine, il incarne la volonté de rapprocher les peuples par la connaissance et le partage ».

    (1) Algérie/ Tunisie/ Lybie/ Liban / Jordanie/ Israël/ Syrie/ Palestine

    Mustapha Bousmina Président de l’université EuroMed de Fès nous a accordé une interview sur les enjeux de la convention de coopération signée entre l’UFE Monde qu’il préside

    Mustapha Bousmina, Président de l'Université Euromed de Fès
    Mustapha Bousmina, Président de l’Université Euromed de Fès

    Lesfrancais.press : « Que représente pour vous le nouveau partenariat entre l’université Euromed de Fès et l’UFE Monde ? »

    Mustapha Bousmina : « Ce partenariat s’inscrit dans la continuité de la vocation fondatrice de l’Université Euromed de Fès (UEMF), qui est de constituer un pôle régional d’intégration académique, scientifique et culturelle entre les deux rives de la Méditerranée. En s’associant à l’Union des Français à l’Étranger – Monde, l’UEMF renforce sa dimension internationale et consolide son rôle d’acteur de la diplomatie universitaire, au service du dialogue interculturel et de la circulation des savoirs.

    D’un point de vue institutionnel, cet accord traduit la volonté partagée d’inscrire la coopération universitaire dans une logique de réseau, à la fois francophone et méditerranéenne. Les universités jouent aujourd’hui un rôle central dans la construction de ce qu’on appelle désormais le « Global Knowledge Network », un espace transnational où la mobilité des idées et des acteurs devient un vecteur de développement. Dans ce sens, le partenariat UEMF–UFE Monde symbolise leur engagement stratégique en faveur d’une internationalisation porteuse de valeurs humanistes, de co-développement et d’excellence académique. Pour rappel, l’Université Euromed de Fès (UEMF) est une institution à but non lucratif et d’utilité publique placée sous la Haute Présidence d’Honneur de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui en est l’Initiateur.

    « Nous plaçons le dialogue entre les cultures au cœur de notre mission »

    Mustapha Bousmina Président de l’université EuroMed de Fès

    L’UEMF revêt un caractère régional qui s’étend sur tout le pourtour Euro-Méditerranéen, avec un prolongement naturel vers l’Afrique sub-saharienne, contribuant ainsi au développement et au renforcement de l’intégration régionale, favorisant la promotion du dialogue interculturel et du partenariat académique dans l’espace euro-méditerranéen/Afrique. En plus de sa volonté d’assurer une pédagogie basée sur l’innovation, l’entreprenariat et la maîtrise des langues et des nouvelles technologies, l’UEMF s’attache à construire des partenariats solides et durables avec des acteurs institutionnels, économiques et culturels, au Maroc comme à l’international. C’est dans cette dynamique que s’inscrit le nouveau partenariat entre l’UEMF et l’Union des Français de l’Étranger (UFE). Cette alliance est d’une importance stratégique et symbolique, car elle repose sur des valeurs partagées : l’ouverture, la solidarité et la coopération internationale. En tant qu’Université euro-méditerranéenne, nous plaçons le dialogue entre les cultures au cœur de notre mission. Cette convention vient donc renforcer notre engagement à tisser des ponts durables entre les deux rives de la Méditerranée, au service de la jeunesse, de la connaissance et du développement. »

    Les attentes du partenariat entre l’UEMF et l’UFE Monde

    Lesfrancais.press : « Qu’est-ce que ce partenariat va induire pour votre Université ? »

    Mustapha Bousmina : « Pour notre université, ce partenariat constitue une opportunité de synergie à plusieurs niveaux. Sur le plan académique, il ouvrira la voie à de nouveaux programmes conjoints, à la co-construction de formations interculturelles, et à l’élargissement du réseau de partenaires européens et francophones. Sur le plan institutionnel, il renforcera la visibilité internationale de l’Université et favorisera sa contribution à la coopération éducative méditerranéenne. Au-delà des retombées symboliques, cette collaboration induit un effet structurant : elle soutient la mise en œuvre de dispositifs de mobilité étudiante et enseignante, de partage d’expertise et de projets de recherche conjoints. Ces dynamiques sont essentielles pour faire évoluer les universités vers un modèle « d’internationalisation intégrée », où l’ouverture internationale n’est plus une activité périphérique mais un levier transversal d’amélioration institutionnelle. L’UEMF, à travers ce partenariat, s’inscrit pleinement dans cette logique qui vie à amplifier sa dynamique internationale déjà très forte.

    Convention de coopération éducative et culturelle
    Convention de coopération éducative et culturelle

    Concrètement, nous pourrons accueillir des étudiants issus des pays où l’UFE est implantée pour des formations, des stages ou des séminaires. Nous disposons pour cela d’un écosystème unique : un éco-campus disposant de nombreux espaces d’études, de vie et de loisirs, un complexe sportif de 12 000 m² avec un terrain de football aux normes Fifa, une piscine olympique et une deuxième semi-olympique, un mur d’escalade et plus de 15 zones d’entrainements, une plateforme de recherche et d’innovation, des laboratoires de nanotechnologie, d’énergie renouvelable, de biotechnologie, de biomédical et matériaux, une plateforme d’impression 3D, une plateforme digitale 3D expérience, fruit d’un partenariat stratégique avec Dassault Systèmes, première du genre en Afrique, ainsi qu’un incubateur universitaire qui soutient les projets entrepreneuriaux de nos étudiants et chercheurs. De plus, ce partenariat favorisera la visibilité de nos lauréats sur les marchés de l’emploi internationaux, notamment en Europe et en Afrique, où les représentations de l’UFE peuvent jouer un rôle de relais et d’accompagnement. »

    Faire de la Francophonie, un moteur de mobilité et de dialogue pour les jeunes générations

    Lesfrancais.press : « La promotion de la Francophonie, des échanges culturels et pédagogiques, de la mobilité des étudiants comme espace de valeurs partagée figure comme un des objectifs du partenariat, qu’est-ce que cela vous inspire ? »

    Mustapha Bousmina : « L’objectif rejoint la philosophie même de l’UEMF, fondée sur la valorisation de la diversité linguistique et culturelle comme moteur d’innovation et de cohésion. La Francophonie, dans sa dimension académique, n’est pas seulement un espace linguistique, elle constitue un espace de valeurs partagées, fondé sur la solidarité, la réciprocité et la transmission des savoirs. La langue devient ainsi un vecteur de coopération intellectuelle et de circulation des modèles pédagogiques entre le Nord et le Sud. Ainsi, promouvoir les échanges culturels et pédagogiques, c’est contribuer à la formation de citoyens méditerranéens ouverts et critiques, capables de penser les enjeux globaux dans une perspective plurielle.

    « À travers cette convention, nous voulons offrir aux étudiants francophones et francophiles, (…) un cadre académique stimulant où la diversité culturelle devient une source de créativité »

    Mustapha Bousmina Président de l’université EuroMed de Fès

    Ce partenariat favorisera la mise en œuvre de programmes d’échanges, de séminaires conjoints et de chaires francophones qui renforceront la place du français comme langue du savoir, de la science et du dialogue interculturel. Cela rejoint parfaitement la mission de notre université. L’UEMF est une institution euro-méditerranéenne et africaine par essence, mais également francophone, plurilingue et ouverte sur le monde.

    Université Euro Méditerranéenne de Fès
    Université Euro Méditerranéenne de Fès – © UEMF

    Nous accueillons dans notre campus des étudiants et des professeurs-chercheurs de plus de 50 nationalités. À travers cette convention, nous voulons offrir aux étudiants francophones et francophiles, qu’ils soient du Maroc, d’Afrique, d’Europe ou d’ailleurs, un cadre académique stimulant où la diversité culturelle devient une source de créativité. C’est aussi un moyen de réaffirmer que la Francophonie doit être un moteur de mobilité, d’ouverture et de dialogue, notamment pour les jeunes générations. »

    Une communauté euro-méditerranéenne du savoir

    Lesfrancais.press : « Favoriser et fluidifier la mobilité des étudiants entre les 2 rives de la Méditerranée est l’objectif majeur du programme, comment comptez-vous procéder pour en faire profiter l’Université Euromed ? »

    Mustapha Bousmina : « Nous disposons déjà d’une expérience solide en matière de mobilité. L’UEMF a développé de nombreux programmes conjoints avec des universités européennes, notamment françaises, espagnoles, italiennes et portugaises. Nos étudiants bénéficient de doubles diplômes avec des institutions prestigieuses telles que l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui s’est implantée à l’université Euromed de Fès via une formation délocalisée en droit des affaires, l’université de Nantes, l’Université de Cagliari ou encore l’université de Porto. Grâce à l’UFE Monde, nous pourrons étendre cette dynamique à un réseau plus vaste, facilitant les passerelles pour les stages, les formations professionnelles et la recherche.

    « Transformer la mobilité académique en un levier de co-développement, où chaque échange contribue à bâtir une communauté euro-méditerranéenne du savoir et de la solidarité »

    Mustapha Bousmina Président de l’université EuroMed de Fès

    Nous comptons également capitaliser sur nos programmes Erasmus+ et sur notre pôle d’innovation pour créer des synergies entre les étudiants de l’UEMF et les jeunes talents issus de la diaspora française à l’étranger. L’objectif est clair : transformer la mobilité académique en un levier de co-développement, où chaque échange contribue à bâtir une communauté euro-méditerranéenne du savoir et de la solidarité. Notre Université envisage plusieurs leviers concrets pour matérialiser et renforcer cet objectif. D’une part, l’université compte intégrer les dispositifs de mobilité UFE Monde dans ses programmes de double diplomation et de stages internationaux. D’autre part, elle projette de développer un guichet unique de la mobilité pour accompagner les étudiants, de la préparation au départ jusqu’à leur intégration à l’étranger.

    Sur le plan institutionnel, il s’agira également de négocier des accords bilatéraux de reconnaissance mutuelle des crédits et des diplômes, conformément aux recommandations de l’UNESCO (2023) sur la reconnaissance des qualifications dans l’enseignement supérieur. En outre, des bourses de mobilité co-financées pourraient être instaurées pour garantir l’inclusivité du dispositif, en veillant à ce que les échanges bénéficient aussi aux étudiants issus de milieux moins favorisés. L’approche adoptée sera donc à la fois académique, sociale et interculturelle, fidèle à la mission de l’UEMF, à savoir faire de la mobilité un droit académique et un vecteur d’équité, au service de la compréhension mutuelle et de la construction d’un espace euro-méditerranéen du savoir. »

  • 2026 : une année électorale ! Êtes-vous bien inscrit sur votre liste électorale ?

    2026 : une année électorale ! Êtes-vous bien inscrit sur votre liste électorale ?

    Depuis la mise en place du Répertoire Électoral Unique (REU) en 2019, il est possible de s’inscrire tout au long de l’année et jusqu’au sixième vendredi précédant une élection. Plus simple, plus efficace, ce système permet une gestion nationale coordonnée et sécurisée. Pour les Français de l’étranger, il existe deux possibilités d’inscription sur une liste électorale. En effet, ils peuvent soit s’inscrire sur celle dite consulaire soit demander à être rattachés à une commune en France. On vous explique tout.

    L’inscription sur la liste électorale d’une commune de France

    Cette solution peut paraitre comme la plus pratique et la plus simple. En effet, sans aucune démarche, vous pouvez rester sur la liste sur laquelle vous étiez inscrit lors de votre départ de France. Mais en tant qu’expatrié, mais surtout pour ceux qui n’ont jamais résidé en France, il existe d’autres possibilités comme s’inscrire sur la liste électorale de la :

    • Commune de naissance ;
    • Commune de leur dernier domicile ;
    • Commune de leur dernière résidence, à condition que cette résidence ait été de six mois au moins ;
    • Commune où est né, est inscrit ou a été inscrit un de leurs ascendants ;
    • Commune sur la liste électorale de laquelle est inscrit ou a été inscrit un de leurs parents jusqu’au quatrième degré.

    Par ailleurs, l’article L.14 du code électoral prévoit que les Français inscrits au registre des Français établis hors de France de la circonscription consulaire dans laquelle ils ont leur résidence et les conjoints des militaires de carrière ou liés par contrat peuvent également, sur justification des liens du mariage, demander leur inscription sur la liste électorale sur laquelle est inscrit leur conjoint.

    Cependant, il y a des contraintes car pour voter il faudra soit prévoir un déplacement en France soit donner une procuration. Et la démarche peut être complexe. Ainsi, la personne qui souhaite faire établir une procuration (mandant) doit se présenter personnellement auprès de l’une des autorités habilitées, munie d’une pièce d’identité. Elle doit fournir les renseignements suivants : nom, prénoms, date de naissance et adresse de son mandataire (personne à qui le mandant donne procuration). Le mandataire doit jouir de ses droits électoraux. 

    Les demandes de procurations peuvent être faites en ligne sur le portail Maprocuration :

    • Il n’y a plus d’attestation sur l’honneur
    • Le mandant doit fournir son NNE et celui de son mandataire
    • Le mandataire n’a plus l’obligation d’être inscrit sur la même liste électorale que le mandant

    La procuration peut être établie :

    • À l’étranger, par l’ambassadeur pourvu d’une circonscription consulaire, le chef de poste consulaire ou un consul honoraire de nationalité française ;
    • Ou en France, au tribunal d’instance, au commissariat de police ou à la gendarmerie du lieu d’inscription.

    En sus, si vous pouvez voter, en restant sur une liste de « résident », aux élections municipales de mars 2026, vous ne pourriez pas participer aux élections consulaires, qui auront lieu en mai 2026. Il en sera de même pour l’élection du député, pour participer aux législatives et ainsi élire celle ou celui qui vous représentera à l’Assemblée nationale en tant qu’expatrié(e). L’inscription à la liste électorale consulaire ou non, est donc le reflet de votre choix personnel d’implication ou non dans la vie française de son pays de résidence.

    C’est quoi les élections consulaires ?

    Le conseiller consulaire, c’est votre conseiller municipal mais avec moins le pouvoir de décision…). Élus pour six ans, ils ont vocation à représenter les Français de leur circonscription électorale. Ils sont consultés au moins deux fois par an par le Consul sur des questions relatives aux Français de la circonscription (éducation, santé, sécurité, formation…). Les 442 conseillers des Français de l’Étranger sont élus au suffrage universel direct dans chaque circonscription consulaire : il y a un à neuf conseillers par circonscription en fonction du nombre de Français inscrits dans la circonscription.

    Le Conseil consulaire de la circonscription de Washington
    Le Conseil consulaire de la circonscription de Washington s’est réuni jeudi 19 mai 2022 ©MAE

    Ces élus n’ont qu’un rôle consultatif, et aucun pouvoir décisionnaire, à une exception près : ils font partie des “grands électeurs” en charge d’élire les douze Sénateurs des Français de l’étranger. C’est aussi parmi ces conseillers consulaires que seront élus les représentants à l’Assemblée des Français de l’Etranger (AFE), une assemblée consultative elle aussi, qui siège à Paris deux fois par an.

    Comment s’inscrire à la liste électorale consulaire ?

    Si vous vous inscrivez sur la liste électorale consulaire (LEC) en tant que Français établis hors de France, vous pourrez voter directement dans un bureau de vote ouvert dans l’ambassade ou le poste consulaire situé dans la circonscription consulaire mais surtout il sera possible de voter en ligne depuis chez vous. Un dispositif qui n’existe que pour les Français de l’étranger.

    Pour rejoindre les 1,5 million d’expatriés qui ont fait ce choix, le plus simple c’est de s’inscrire au registre des Français établis hors de France de la circonscription consulaire. Vous serez inscrits sur la liste électorale consulaire de leur circonscription consulaire. Pour les Français qui ne sont pas inscrits au registre des Français établis hors de France, l’inscription se fait à la demande des électeurs à l’ambassade ou au consulat qui se situe dans la circonscription consulaire où ils ont leur résidence.

    C’est à la demande expresse des usagers qu’ils sont inscrits sur la liste électorale consulaire, ce n’est pas « automatique ».
    L’inscription sur liste électorale consulaire sans s’inscrire au Registre ne peut se faire qu’au guichet, pas en ligne.

    Vote d'un Français installé à l'étranger
    Vote d’un Français installé à l’étranger ©MAE

    Ainsi, si vous vous inscrivez pour la première fois au registre, vous pouvez simultanément vous inscrire à LEC. En effet, Lors de la démarche d’inscription au registre, il vous sera proposé de vous inscrire à la liste électorale consulaire, vous pourrez alors saisir l’adresse électronique qui sera utilisée par l’administration pour l’organisation des scrutins et qui vous servira également pour le vote en ligne.

    Si, vous êtes déjà inscrit(e) au registre mais qu’à l’époque, vous aviez préféré rester sur une liste de l’hexagone, vous pouvez modifier, aussi en ligne, la situation. Pour cela, il faut vous connecter au service en ligne du registre des Français de l’étranger et vous pourrez demander un changement de votre situation sur la liste électorale consulaire et solliciter votre inscription.

    Un doute ? N’hésitez pas à vérifier votre situation et surtout vos coordonnées afin de vous assurer de recevoir les identifiants afin de voter en ligne depuis chez vous.

  • Initiatives expats à Vienne : Le Cercle crée des ponts entre citoyens, science et diplomatie

    Initiatives expats à Vienne : Le Cercle crée des ponts entre citoyens, science et diplomatie

    Épisode après épisode, le podcast « Initiatives Expats » met en lumière les engagements des Français de l’étranger. Cap sur l’Autriche avec Flora Babin, présidente de l’association « Le Cercle », et Charles Coudoré, en charge de la communication. Autour de la francophonie, leur credo à Vienne est celui créer des passerelles entre les citoyens, le monde scientifique et la diplomatique, autour de diverses activités.

    Écouter le podcast avec Flora Babin et Charles Coudoré

    Tous les chemins mènent-ils à Vienne ?

    Pour Flora Babin, l’Autriche n’était pas une destination évidente, comme elle le confie au cours de ce podcast « Initiatives expats » en revenant sur son itinéraire d’expatriée. « J’ai eu la chance de faire une école merveilleuse qui s’appelle l’ISTOM et on avait beaucoup de stages à l’international (…) A Vienne, c’était plutôt pour un passage. Et comme la plupart des Français à l’étranger, j’y suis restée un petit peu plus longtemps ». Notre compatriote y réside depuis 2018.

    « Le STAFE, c’est une reconnaissance de notre action associative, et ça permet d’apporter la crédibilité à notre association »

    Flora Babin, présidente le Cercle Vienne

    Quant à Charles Coudoré, lui, est arrivé après un chapitre belge : « Avant l’Autriche, je vivais en Belgique avec ma compagne, aujourd’hui ma femme… et nous avions des envies d’ailleurs. Nos destinées professionnelles nous ont conduits en Autriche. » Floran et Charles, deux trajectoires complémentaires qui se croisent aujourd’hui au service d’une même communauté francophone en proposant une programmation dense au sein du « Cercle Vienne ».

    Le Cercle à Vienne : une association active

    Créée en 2018, l’association association a été créée par les étudiants de l’académie diplomatique. À Vienne, nous rappelle Flora, « il y a un superbe compromis entre les Nations Unies, la diversité culturelle européenne (…) Il y a tout un bouillon qui est très propice » au débat notamment, et à toutes autres formes de découvertes. Les activités du Cercle répondent à cette attente et sont multiples (programmation ici). Entre les conférences, les concerts, les visites guidées et autres ateliers thématiques, cette association est des plus actives.

    Conférence "Sport et égalité des genres" organisée par le Cercle à l'Ambassade de France en Autriche
    Conférence « Sport et égalité des genres » organisée par le Cercle à l’Ambassade de France en Autriche

    Parmi les événements récents les plus marquants figurent ceux organisés à l’occasion de la Journée de la Francophonie. Autre temps fort : une conférence « Sport et égalité des genres », tenue en partenariat avec l’Ambassade de France en Autriche. Cette rencontre a rassemblé « responsables politiques, scientifiques, psychologues et sportifs afin de parler tous ensemble de ce sujet ». Un débat qui, selon Flora, « représentait très bien l’ADN de l’association ». Cette réunion avait pu être organisée grâce à l’apport du STAFE, une aide financière accordée par les autorités françaises.

    L’apport du STAFE pour l’association

    Cette saison, Le Cercle prépare un autre cycle soutenu par le dispositif STAFE (Soutien au tissu associatif des Français de l’étranger) sur la transition écologique. Celui s’intitule : « des conférences vertes : repenser l’impact environnemental, de la terre aux océans ». La programmation est à suivre.

    Echange organisé par Le Cercle dans le cadre des Journées européennes vertes de Vienne 2025
    Echange organisé par Le Cercle dans le cadre des Journées européennes vertes de Vienne 2025

    Au-delà du financement, le label STAFE compte : « c’est une reconnaissance de notre action associative, et ça permet d’apporter la crédibilité à notre association », nous déclare Flora, la présidente du Cercle Vienne. Le soutien apporté par ce programme est également clairement mis en avant lors des événements, comme le souligne Charles : « Oui, absolument, c’est mentionné pendant la conférence », et aussi sur les documents de communication de l’association.

    Conseils aux futurs expatriés en Autriche

    Comme de tradition, à la fin du podcast « Initiatives Expats » nous demandons à nos invités quelle chose faut-il savoir absolument avant de venir s’installer en Autriche ? Et quels conseils très pratiques donneriez-vous aux Françaises et Français qui envisagent de venir vivre à Vienne ? Flora n’hésite pas une seule seconde dans sa réponse : « Parler allemand. »

    « Ne pas se refroidir face au caractère qui peut être
    un peu rude des Autrichiens »

    Charles Coudoré, chargé communication Le Cercle Vienne

    Quant à Charles, outre l’apprentissage de la langue de Goethe, il propose de briser la glace avec les Viennoises et Viennois en indiquant de ne surtout « pas se refroidir face au caractère qui peut être un peu rude des Autrichiens, mais de continuer à aller vers eux, parce qu’une fois contact pris, l’Autrichien est très agréable et très chaleureux. »

     Si, après avoir écouté le podcast « Initiatives Expats », vous souhaitez en savoir plus sur Le Cercle Vienne, participer à l’une de leurs rencontres, proposer des invités ou une activité, adhérer à l’association et/ou contacter Flora et Charles, cliquez ici

     

  • Budget 2026, c’est pas gagné !

    Budget 2026, c’est pas gagné !

    Élus comme citoyens avaient en tête que le premier vote du budget aurait lieu la semaine prochaine le 04 novembre. Et, ce 29 octobre, le gouvernement se rend à l’évidence, la lecture de la partie 1 du Projet de loi de finances (PLF) ne sera pas terminée à temps. Ce qui chamboulera le planning de l’Assemblée nationale mais donnera aussi plus de temps au gouvernement Lecornu II d’affiner sa copie. Car avec ce report, les députés passeront donc à l’examen du Projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) avant de reprendre l’examen de la partie recettes du PLF après le 12 novembre, date du vote solennel du PLFSS.

    La taxe Zucman

    Premier sujet de discordes, ayant entrainé le dépôt de centaines d’amendements, la taxe Zucman. A gauche, les mesures dites de justice fiscale sont au cœur du bras de fer entre le gouvernement et les socialistes. Cette passe d’armes devrait continuer d’alimenter les débats dans les prochains jours, notamment en ce qui concerne cette fameuse taxe qui sera examinée probablement vendredi. Qu’elle soit adoptée ou non, Olivier Faure, patron du PS, a prévenu qu’un refus du gouvernement de taxer les hauts patrimoines serait un motif de censure.

    Une taxe sur les holdings patrimoniales

    Cette taxe vise à faire échec à ces stratégies de contournement par la thésaurisation de revenus. Une mesure présentée comme une lutte contre l’optimisation fiscale par Sébastien Lecornu durant son discours de politique générale.

    La contribution différentielle sur les hauts revenus

    La CDHR mise en place lors à l’occasion du budget 2025 est prolongée. Il s’agit d’une surtaxe appliquée aux ménages dont les revenus dépassent 250 000 euros pour un célibataire et 500 000 euros pour un couple. Elle fixe un taux minimal d’imposition de 20 % (égale donc à l’imposition libératoire forfaitaire). Elle s’ajoute en réalité à la contribution exceptionnelle pour les hauts revenus (CEHR) qui cible les mêmes foyers fiscaux ainsi qu’à leurs impôts sur le revenu pour qu’ils soient bien imposés d’au moins 20 %. Pensée pour durer une année, cette mesure pourrait finalement être pérennisée jusqu’au retour du déficit à 3% du PIB, soit jusqu’en 2029 selon les projections gouvernementales.

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    Image d’illustration ©Depositphotos

    Avez-vous bien inscrit vos enfants nés à l’étranger à l’état civil français ?

    Quel rapport avec le budget 2026 ? Tout simplement, qu’ils risquent de ne pas bénéficier de certaines aides s’ils ne sont pas Français ou s’ils ne disposent pas d’une des 27 nationalités de l’UE. Car à compter du 1er juillet 2026, les étudiants internationaux extra-communautaires non-boursiers ne seront plus éligibles à l’APL (l’aide personnalité au logement). « Cette mesure ciblée ne concernera que 3 % des 3 millions d’étudiants en France, et permettra de mieux flécher les moyens vers les publics réellement fragiles », justifie le ministère de l’enseignement supérieur dans un communiqué que BFMTV a pu consulter. Petit détail important, cette disposition ne concerne pas les étudiants boursiers, « quelle que soit leur nationalité« , ainsi que l’ensemble des étudiants originaires de l’Union européenne, précise le ministère.

    Niches fiscales
    Image illustration ©adobestock

    23 niches fiscales supprimées

    Si la suppression de certaines des niches visées, jugées obsolètes, inefficaces ou touchant trop peu de personnes, ne devrait pas faire polémique, d’autres suppressions vont avoir des conséquences directes sur les Français. Voici quelques exemples :

    • La fin de la réduction d’impôt sur les frais de scolarité dans le secondaire et le supérieur
    • La baisse ou la fin de l’exonération des cotisations pour les apprentis
    • La hausse des charges patronales de 8% sur les avantages en nature comme les tickets-restaurants ou les chèques-vacances.
    • La réduction progressive de l’avantage fiscal sur les biocarburants comme le E85
    • La fiscalisation des indemnités journalières des affections longue durée.

    Le retour de l' »exit taxe » dans sa forme de 2019

    Cette disposition vise à freiner l’évasion fiscale. Il est question de taxer un contribuable domicilié fiscalement en France et détenant des actions lorsqu’il transfère son domicile fiscal hors de France sur la plus-value latente qui résulterait de la vente de ses actions.


    Tous les détails dans l’article dédié ICI.