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  • Le nouvel âge du luxe : quand l’exclusivité s’évapore

    Le nouvel âge du luxe : quand l’exclusivité s’évapore

    En 2023, une bouteille de Château d’Yquem valait 60 % de plus qu’en 2015. À l’époque, tous les produit de luxe connaissait des augmentations à deux chiffres faisant le bonheur des grands groupes comme LVMH, Kering ou Hermès. De 2015 à 2023, l’indice des investissements de luxe publié par le cabinet immobilier Knight Frank s’était envolé de 70 %. Depuis son sommet de 2023, l’indice a reculé de 6 %. Les grands crus classés de Bordeaux — Lafite-Rothschild, Margaux et consorts — ont perdu près de 20 %. Aux États-Unis, les prix des jets privés et des yachts ont baissé de 6 %. Les Rolex d’occasion se négocient près de 30 % en-dessous de leurs niveaux de 2022. Le marché de l’art contemporain est en berne. À Londres comme à Paris, les logements “prime” reculent. À San Francisco, une villa de la fameuse Billionaires’ Row, affichée 32 millions de dollars il y a deux ans, cherche aujourd’hui preneur à 26 millions.

    La banalisation du luxe

    La baisse du marché du luxe ne s’explique pas par celle du nombre de milliardaires ni par le recul de leurs revenus. Selon Forbes, leur nombre est de plus de 3 000 dans le monde, contre 2 800 l’an dernier. Les 0,1 % d’Américains les plus riches détiennent désormais 14 % du patrimoine des ménages — un record depuis plusieurs décennies.

    Contrairement aux ménages modestes, les 3,3 % d’Américains les plus aisés ont accru leurs dépenses depuis 2022. Le ralentissement ne vient donc pas d’un appauvrissement des riches, mais de l’économie même du luxe en mutation rapide.

    Le marché du luxe repose sur deux piliers : la rareté et la rivalité. Un bien n’est véritablement luxueux non pas parce qu’il est cher, mais parce que sa possession empêche les autres de l’obtenir. Le problème, pour les ultra-riches, est que les biens d’exception ne le sont plus vraiment. Des dizaines de domaines produisent désormais d’excellents vins. Le meilleur Bordeaux vaut-il encore tant mieux que les autres ? Les diamants de laboratoire sont identiques aux naturels.

    Avec un peu d’argent, il est possible de s’offrir une veste Kiton d’occasion ou d’affréter un jet privé pour quelques heures. Le monde de l’art expérimente la “fractionnalisation” : plusieurs centaines d’investisseurs peuvent désormais détenir ensemble un fragment d’un tableau de Rembrandt. La tokenisation de l’art aboutit à la banalisation des œuvres. Les plaisirs jadis réservés à quelques-uns se sont démocratisés et, surtout, affichés sur les réseaux sociaux. Le raffinement est devenu reproductible. Ces biens ne sont plus rares, ni vraiment enviables. Le luxe en se banalisant ne relève plus du « luxe », et avec lui, le désir qu’il suscitait s’amoindrit.

    L’exclusivité d’un service ou d’un produit

    Les riches se tournent donc vers d’autres horizons : plus grands, plus exclusifs, plus personnels. Les riches comme le reste de la population se détournent des biens matériels pour des services et des univers plus immatériels. Assister à un concert des Rolling Stones en statut VIP offrant droit à une rencontre avec Mick Jagger prime désormais sur la possession d’une Ferrari ou d’une Porsche. Les billets du Super Bowl ont doublé en quelques années. La hausse des prix des services de luxe obéit à la même logique que le déclin des objets de luxe : la rareté absolue.

    Image d'illustration Restaurant
    Image d’illustration Restaurant

    L’hôtellerie de luxe l’a bien compris. Les palaces offrent des suites avec des piscines privées et avec des vues impossibles comme sur la Tour Eiffel ou l’Arc de Triomphe à Paris. Avec moins de 200 chambres, le Bristol à Paris illustre cette soif d’identité de la part des riches, la demande excède largement l’offre, ce qui a permis de multiplier par deux le prix d’une nuit en six ans. En période de déclin démographique et de lutte contre l’immigration, le personnel de maison devient une denrée rare aux États-Unis. Aux États-Unis, le salaire d’un employé de maison a ainsi augmenté de 50 %. À Palm Beach, en Floride, certains gagnent plus de 150 000 dollars par an. Les Philippins sont particulièrement recherchés.

    La finale de la prochaine coupe du monde devrait être l’occasion d’une nouvelle envolée des tarifs. Il en sera de même pour les prochains concerts de Taylor Swift ou des Stones. Pour ces derniers, la rareté sera d’autant plus présente que la probabilité que cela soit la dernière tournée augmente.

  • Suisse : plus d’école pour les enfants des frontaliers en 2026

    Suisse : plus d’école pour les enfants des frontaliers en 2026

    Faut-il le rappeler mais la Suisse n’est pas membre de l’Union européenne, et cela a un impact sur les relations entre la France et ce petit pays à la réussite insolente. Car malgré, les nombreux accords qui fluidifient les échanges des deux côtés de la frontière, les Français sont considérés comme des immigrés profitant du système (cela devrait peut-être faire réfléchir certains en France ?). Et pour cette rentrée scolaire 2025/2026, Le ton est monté jour après jour entre la France et Genève. En cause, l’arrêt de la scolarisation en 2026 de 2 500 enfants domiciliés en France, et inscrits dans des écoles genevoises.

    Une décision jugée « unilatérale » du Conseil d’Etat de Genève

    Le Conseil d’Etat de Genève est resté inflexible lors d’une rencontre organisée le mois dernier par la préfète de région et la rectrice académique. En conséquence, plusieurs milliers d’élèves, essentiellement suisses, risquent de se retrouver dans des établissements scolaires français déjà saturés. Car les Suisses n’hésitent pas à passer la frontière pour venir vivre chez nous où tout est moins cher.

    En 2018 déjà, les règles avaient changé. Mais jusqu’ici, une tolérance était accordée. Les élèves frontaliers pouvaient ainsi terminer leur scolarité obligatoire à Genève. Les enfants qui avaient déjà un frère ou une sœur scolarisée dans le canton étaient admis dans les écoles genevoises, pour autant qu’un des parents soit imposé à la source à Genève. Mais aujourd’hui, le ton a changé. Le canton veut « exclure les élèves frontaliers, des enfants« , s’agace Yves Krattinger, papa d’un enfant de 10 ans, concerné par la situation, et interviewé sur la RCF.

    Pour une fois, notons que les expatriés français ne sont pas concernés puisqu’ils sont résidents en Suisse. C’est plutôt les expatriés suisses qui se retrouvent au pied du mur soit ils rentrent pour que leurs enfants puissent continuer leur parcours scolaire « chez eux », soit ils devront les scolariser en France. La double peine pour notre pays qui n’impose pas ses résidents travaillant en Suisse mais qui devra prendre en charge leur scolarité.

    Elèves à Genève
    Dès 2026, 329 élèves se répartiront sur 90 communes, dont Annemasse (notre photo) et 1200 au total. © Le DL/Elisa Ginevra

    Les élus de Savoie mobilisés

    Virginie Duby-Müller, Anne-Cécile Violland, députées de Haute-Savoie, Loïc Hervé, sénateur de Haute-Savoie, et Florent Benoit, maire de Vulbens et président de la communauté de communes du Genevois ne cachent pas leur agacement. Dans une déclaration commune, ils s’expriment sans détour :

    « Nous souhaitons le dire sans aucun ménagement, c’est une honte.
    C’est un mépris, principalement pour les enfants qui vont être expulsés de leur école, C’est un mépris pour les familles, C’est un mépris pour les élus locaux français, C’est un mépris du canton de Genève pour la France. Madame HILTPOLD doit avoir honte. Honte de prendre de telles mesures et de s’enfermer dans un mutisme insupportable ! Nous parlons d’enfants et de leur développement, nous parlons de familles. Qu’ils habitent d’un côté ou de l’autre de la frontière, ils ne méritent pas d’être ainsi stigmatisés. C’est une indignité »

    Virginie Duby-Müller, Anne-Cécile Violland, députées de Haute-Savoie, Loïc Hervé, sénateur de Haute-Savoie, et Florent Benoit, maire de Vulbens et président de la communauté de communes du Genevois

    En réponse, le Conseil d’État a « proposé la mise en place d’un groupe de suivi, notamment pour disposer d’une estimation quantitative et géographique des impacts sur les différentes communes françaises et évaluer de manière continue les effets de cette décision ». C’est la seule petite concession qui est en plus une disposition qui ne signifie pas grand-chose en l’état. Marc Ferracci, de nouveau député des Français de Suisse, pourrait-il faire le conciliateur ? Pour l’instant, il ne s’exprime pas sur le sujet

  • Pour Denis Jacquet, « la confiance reste le moteur le plus fort de l’économie américaine »

    Pour Denis Jacquet, « la confiance reste le moteur le plus fort de l’économie américaine »

    Dix mois après le retour de Donald Trump au pouvoir et malgré les prédictions d’un effondrement, l’économie américaine continue de surprendre. Dans cet entretien, Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis, nous livre sa propre lecture des mécanismes de résilience économique du pays, de la stratégie du président Trump sur les secteurs d’avenir, et nous parle de l’impact de la politique commerciale américaine ainsi que de ses mesures sur l’immigration qualifiée.

    10 mois après le retour de Donald Trump à la Maison Blanche

    Lesfrancais.press : « Depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, de nombreux commentateurs annonçaient un effondrement économique aux États-Unis. Dix mois plus tard, ce scénario ne s’est pas produit. Selon vous, quels mécanismes expliquent que l’économie américaine continue de fonctionner malgré ces pronostics catastrophiques ? »

    Denis Jacquet : « Cela peut paraître immatériel et un peu cliché, mais la confiance reste le moteur le plus fiable de l’économie. Quand les acteurs économiques et le peuple pensent que leur pays s’inscrit dans une dynamique d’avenir, ils cessent d’épargner et préfèrent respectivement investir ou consommer.
    Bien entendu, il y a deux Amériques, comme dans tous les pays occidentaux désormais. Et il y a deux catégories : Ceux qui y croient encore et ceux qui n’y croient plus, ces derniers étant une majorité en Europe. Cela s’explique par le personnel politique catastrophique que nous subissons, notamment en France ces derniers mois.

    « Qu’on l’aime ou non, il a compris qu’un électeur vote pour un président
    qui met les intérêts de son peuple avant ceux du reste du monde »

    Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis

    Pour revenir aux USA, nous avons l’Amérique des grandes villes qui fait vivre la totalité des États-Unis, qu’elle soit ou non opposée à Trump. D’ailleurs, lors de la dernière présidentielle, un nombre incroyable d’électeurs démocrates ont voté Trump parce qu’ils pensaient qu’économiquement, il avait plus de légitimité et de vision que Kamala Harris. L’une des raisons étant que la plupart des villes démocrates sont dans un état économique et social épouvantable — San Francisco, Los Angeles —, tandis que la plupart des villes ou États républicains fonctionnent plutôt bien —Texas, Floride.

    Et il y a le reste de l’Amérique, comme celles des régions et petites villes en Europe, qui n’y croient plus du tout, et se révolte ou se révoltera, par le vote ou par la violence. La confiance c’est un pied dans l’avenir, son absence un retour au passé : dès que la confiance est là, la consommation et l’investissement restent au sommet. Prenons l’exemple de New York où le moindre kiwi ou avocat est au prix du caviar. Et pourtant chacun reste, persuadé que l’avenir est à portée de main. Et s’ils y croient, c’est parce qu’ils croient au message de Trump, America First. Qu’on l’aime ou non, il a compris qu’un électeur vote pour un président qui met les intérêts de son peuple avant ceux du reste du monde. Trump est perçu comme celui qui pense et agit pour les Américains. Égoïste ? Peut-être. Efficace, surtout. »

    Le pragmatisme des Américains

    Lesfrancais.press : « Au-delà de la confiance, quels autres facteurs soutiennent aujourd’hui l’économie américaine ? »

    Denis Jacquet : « Un autre facteur essentiel quand on compare à une Europe en panne, sclérosée, en déclin, c’est l’investissement massif sur les secteurs stratégiques d’avenir. Pendant que l’Europe, discute ou régule, les USA — et la Chine — avancent. Une avance impossible à rattraper désormais.

    Les Etats Unis investissement massivement dans l'intelligence artificielle
    Les Etats Unis investissement massivement dans l’intelligence artificielle @adobe

    L’intelligence artificielle ? Bonne nouvelle pour les États-Unis : c’est le pays qui y investit le plus et qui va dominer le monde avec la Chine.
    Les terres rares, que la Chine, principale source au monde, utilise comme instrument de chantage contre l’occident ? Que fait Trump ? Il propose d’annexer le Groenland pour se servir en terres rares, et rééquilibrer son rapport de force avec la Chine, et servir ses industriels. Brutal ? Anormal ? Il fait tout haut ce que la Chine fait tout bas. Tout le monde s’est moqué de lui, mais sans terres rares, s’en est fini du monde digital. Certes, d’un point de vue environnemental et des relations internationales, c’est déplorable, mais d’un point de vue économique, l’avenir le remerciera.

    « Les Américains, qu’ils soient démocrates ou républicains, savent faire des additions »

    Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis

    La crypto-monnaie et la blockchain ? Sujet crucial. Qui sera le leader mondial ? Le panorama est simple : l’Europe régule pour occuper ses députés à nos frais, la France interdit quasiment, et pendant ce temps, les États-Unis se présentent comme l’Eldorado des cryptos. Bien entendu, avec Trump, il y a toujours quelque chose de caché —mais très visible : sa famille s’enrichit copieusement avec les cryptos, mais le positionnement de l’administration sur le sujet devient un atout précieux pour enrichir le pays tout entier.

    Au final, les Américains, qu’ils soient démocrates ou républicains, savent faire des additions : ils regardent les chiffres, évaluent les décisions et savent prendre du recul. Ce n’est pas le taux de chômage qui les inquiète qui, de toute façon, est deux fois moins élevé qu’en France. Ce qui compte pour eux, c’est leur croyance en une économie qui leur apportera emploi et avenir, même si trop nombreux sont ceux qui vivent à crédit. Ils pensent encore majoritairement, eux, que le lendemain chantera plus qu’aujourd’hui.

    Droits de douane : Trump seul contre tous ?

    Lesfrancais.press : « Les droits de douane imposés par l’administration Trump sont très critiqués à l’international. Selon vous, quel est leur véritable impact sur l’économie américaine et sur les investissements faits sur le sol américain ? »

    Denis Jacquet : « Ne penser qu’à soi, ce n’est pas très bien pour le reste du monde, pas politiquement correct, mais Trump n’est pas un politique, et pour ceux qui vous entourent et votent pour vous, ça fonctionne plutôt pas mal. Tout ce que Trump fait aujourd’hui aura un impact positif sur l’avenir des États-Unis. Quand il met des barrières tarifaires, ce n’est pas pour ériger un mur autour d’un pays d’où rien ne rentrerait ni ne sortirait, mais pour envoyer un message clair aux acteurs internationaux : si vous voulez investir quelque part dans le monde, c’est aux États-Unis que vous devez le faire. Sinon, vos droits de douane vous coûteront une fortune ! »
    Résultat ? Aucun pays au monde n’a recueilli autant d’investissements industriels, étrangers ou nationaux, depuis que Trump s’est lancé dans cette bataille. Les États-Unis ont ainsi dérouté aux USA des décisions initialement prévues pour s’investir ailleurs. Mieux encore, certains acteurs américains, y compris Apple, qui ne voulaient pas se mettre Trump à dos, ont préféré réaliser leurs investissements sur le sol américain plutôt qu’en Asie. Lorsqu’une usine se construit aux États-Unis, ce n’est pas pour un an ou deux, mais pour dix, quinze ou vingt ans.

    La réindustrialisation des Etats-Unis par Donald Trump
    La réindustrialisation des Etats-Unis par Donald Trump, @Adobe

    Ces décisions sont assez dures et très critiquées, comme celles de Margaret Thatcher ou de Gerhard Schröder à une autre époque sur d’autres thèmes. Mais dans une décennie, les commentateurs constateront que la réindustrialisation de l’Amérique, même partielle, est due à Trump, celui que tout le monde moque aujourd’hui. Il faut savoir défier l’opinion et le court terme, pour entrer dans l’histoire. »

    Lesfrancais.press : « Les déficits commerciaux, les prix des produits importés et les marges excessives de certains fabricants ne risquent-ils pas de peser sur le consommateur américain ? »

    Denis Jacquet : « Une théorie ancienne, remonte depuis peu à la surface, qui voudrait que les excédents d’un pays sur un autre devraient être corrigés, de gré ou de force. On devrait considérer que tout est question d’équilibre : quand on a trop exporté vers un pays ou un continent, il faudrait accepter de rétablir la balance et d’exporter moins. Mais expliquer cela à la Chine semble ambitieux ! La vraie question est de savoir pourquoi nous avons de tels chiffres du déficit de commerce extérieur. Surtout en France, car l’Allemagne ou l’Italie récemment, ont su y remédier.

    Leur apparition et leur croissance est liée au fait que nous, occidentaux, sous prétexte de prix bas — mais en réalité une obsession du profit à tous prix — avons délocalisé nos emplois et notre avenir dans des pays à bas coûts. Aujourd’hui, nous en payons le prix. À mon sens, en France, Michel-Édouard Leclerc est l’un des grands responsables de cette politique : depuis vingt ans, il défend le prix bas sans expliquer qu’un produit moins cher en rayon, c’est un emploi de moins dans notre pays et un emploi de plus à l’étranger. S’il vend un t-shirt à un euro, c’est parce qu’il est fabriqué par un Chinois et non par un Français. Il a contribué à décimer l’industrie française en anéantissant, selon moi, un nombre ahurissant de PME-PMI françaises qui ne pouvaient plus lutter. Il a beau jeu de dire désormais qu’il maintient les prix bas pour aider les plus pauvres, mais c’est lui qui leur a volé leur emploi et contribué à leur indigence. Avec la complicité des politiques qui pouvaient vendre le mirage du pouvoir d’achat. Au moins, ses concurrents, de la grande distribution, ont eu le courage de le reconnaître. Pas lui.

    On devrait revoir l’équilibre des échanges mondiaux. Trump le tente. A son profit. Beaucoup de commentateurs prédisaient une inflation insupportable aux États-Unis, une récession, l’effondrement de la bourse. Il ne manquait que le tremblement de terre ! En réalité, beaucoup de produits ne sont pas concernés par les tarifs. Par ailleurs, des rééquilibrages de marge entre distributeurs, grossistes et importateurs évitent que la taxe ne se répercute sur le consommateur. Peut-être que nous le paierons plus tard, avec un appauvrissement de la chaîne de valeur du fait de marges comprimées pour certains, mais pour l’instant, force est de constater que la méga-crise annoncée n’a pas eu lieu et que l’inflation continue à baisser ou se stabiliser. Il faut cesser d’écouter les économistes.

    Enfin, il y a de la marge, « du gras » à récupérer sur certains produits : les fabricants s’étaient largement servis pendant le Covid en augmentant les prix sans raison et doivent désormais s’adapter, en restituant ainsi une partie des bénéfices réalisés à cette période.

    Donald Trump un réveil pour l’Europe ?

    Lesfrancais.press : « Quels risques potentiels voyez-vous pour l’économie américaine à moyen et long terme, notamment face aux crises internationales et aux choix politiques de Trump ? »

    Denis Jacquet : « La meilleure façon d’avancer est de rester en mouvement. Les États-Unis sont une économie internationale. Ils ne vivent pas en autarcie, ils vendent chez eux, mais surtout au reste du monde. Tout le monde se tient par la barbichette, certains — la Chine — plus que d’autres. Que vous soyez Apple aux USA ou Vuitton en France, vous toussez dès que l’Asie s’enrhume. Donc même, les USA sont dépendants, et devraient se rapprocher de l’Europe. Mais ils ne lui font pas confiance.

    « L’Europe est devenue une machine bureaucratique à briser le talent »

    Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis

    L’administration Trump a une défiance, voire une forme de mépris pour l’Europe. Mais vu notre inaction et notre personnel politique, j’aurais tendance à lui donner raison. Et je dis vraiment malheureusement, parce que l’Europe est devenue une machine bureaucratique à briser le talent. Je pense que nous remercierons Trump, un jour, pour nous avoir réveillés, et nous rappeler que nous aurions les moyens d’être autonomes et ambitieux. Sur la défense par exemple. On devrait lui dire merci.

    Trump ne respecte que les puissants. Tant que l’Europe reste handicapée, Trump ne fera que la moquer et la délaisser. En cela, il nous pousse à un sursaut nécessaire : indépendance, investissement dans l’IA, le quantique, l’espace, tout ce qui fait le futur, au lieu de simplement réguler et lutter en France contre quelques mois de travail en plus pour préserver nos retraites et notre modèle social.

    « Il y aura des crises, mais je ne pense pas que ce soit à cause de la politique de Trump. Au contraire, elle réveille l’Europe, agresse la Chine »

    Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis

    Les Européens devraient tenir compte du terrible constat fait par Mario Draghi, même si nous l’avions fait bien avant lui, avec mes amis entrepreneurs. Et en deux pages seulement. Les États-Unis ont besoin d’une Europe forte. Trump nous montre que nous sommes faibles, ne veut plus payer pour nous, et nous rappelle que sauf changement majeur, nous ne serons pas traités en égaux.

    Alors oui, il y aura des crises, mais je ne pense pas que ce soit à cause de la politique de Trump. Au contraire, elle réveille l’Europe, agresse la Chine et pousse certains dirigeants à adopter des politiques similaires : réduction des dépenses publiques, rééquilibrage des modes de pensée dans le monde universitaire, la presse et dans la magistrature, qui, dans beaucoup de pays, luttent contre leur propre pays sur la base d’une idéologie très à gauche.

    Le seul danger, à mon sens, concerne la bourse qui pourrait nous offrir une purge provisoire, comme elle les aime, notamment à cause des dégâts que nous prépare le « shadow banking ». Nous avons d’ailleurs assisté récemment à une faillite spectaculaire qui en est un révélateur. Il faut vite mettre le nez dans leur activité, sinon nous risquons, d’ici deux ou trois ans, de connaître une nouvelle crise de cette nouvelle forme de « subprimes » et nous refaire un joli feu d’artifice comme en 2008.

    La politique des visas des États-Unis et ses conséquences

    Lesfrancais.press : « Quelle lecture faites-vous de la nouvelle politique de ladministration Trump sur les visas H1B ? »

     Denis Jacquet : « Je pense que c’est une annonce dont Trump a le secret : il lance brutalement une mesure qui sera certainement adoucie ou supprimée, une fois le problème réglé. Les plus gros demandeurs de ces visas, sont l’Inde et la Chine. C’est là qu’il veut faire mal.  C’est un outil de plus pour imposer à l’Inde et à la Chine, de cesser d’acheter du pétrole sous le manteau à la Russie. Le but est d’affaiblir Moscou, qui s’en sort plutôt bien économiquement malgré la guerre contre l’Ukraine, et les pousser à signer la paix.

    Denis Jacquet
    Denis Jacquet, entrepreneur (Top Cream), auteur ( Pourquoi votre patron sera chinois, Eyrolles) et speaker

    L’Inde et la Chine achètent du pétrole russe qu’elles revendent ailleurs dans le monde, y compris en France, après avoir changé de pavillon, malgré les blocus contre Moscou. Comme Trump est vexé et agacé que Poutine ne cède pas à son plan de paix, et qu’il ne puisse pas annoncer qu’il a mis fin à la guerre en Ukraine comme il l’avait prévu, il cherche à le faire plier. Tout se passait très bien entre les États-Unis et l’Inde, qui était un excellent partenaire, mais tout d’un coup, il les a sabrés pour les faire plier sur cette question.

    Je crois donc que cette nouvelle réglementation est temporaire : une fois signée la paix en Ukraine, il l’annulera et, au passage, pourra revendiquer à nouveau le prix Nobel de la paix.

    « Je n’aurais aucune hésitation à échanger Trump contre Macron ou nombre de dirigeants Européens, malgré le peu d’admiration pour l’homme »

    Denis Jacquet, entrepreneur français à succès installé aux États-Unis

    Tous les milliardaires qui l’entourent savent très bien que les talents les plus fins viennent souvent de Chine ou d’Inde. La plupart des dirigeants des plus grandes sociétés digitales des USA viennent d’ailleurs. Tout le monde sait qu’on a besoin d’eux. Ses conseillers le lui rappellent chaque jour, y compris Musk. Et comme le taux de chômage grimpe un peu en ce moment, c’est pour lui l’occasion de faire embaucher des talents américains plutôt qu’étrangers — ce qui peut, provisoirement, l’arranger.

    Je parie que cette mesure est purement contextuelle. En conclusion, et je l’ai déjà déclaré dans les médias, je n’aurais aucune hésitation à échanger Trump contre Macron ou nombre de dirigeants Européens, malgré le peu d’admiration pour l’homme. Je préfère un détestable qui réussit et avance, que celui qui nous dirige vers l’enfer.


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  • Mélanie Vogel veut garantir le droit à l’IVG pour les Françaises de l’étranger

    Mélanie Vogel veut garantir le droit à l’IVG pour les Françaises de l’étranger

    Sénatrice écologiste des Français établis hors de France, Mélanie Vogel poursuit son combat pour l’égalité d’accès à l’avortement. Après avoir contribué à l’inscription du droit à l’IVG dans la Constitution française, elle défend désormais une proposition de loi pour rendre ce droit effectif au-delà des frontières. Une initiative qui répond à une préoccupation croissante : comment protéger les ressortissantes françaises vivant dans des pays où l’interruption volontaire de grossesse est restreinte, voire interdite ?

    Écouter le podcast avec Mélanie Vogel

    Une approche républicaine mais critique du gouvernement

    Interrogée sur la situation politique actuelle et la nouvelle équipe gouvernementale menée par Sébastien Lecornu, Mélanie Vogel rappelle la position de son groupe : « Nous avions discuté avec Sébastien Lecornu de manière républicaine, de manière sincère, en essayant de voir s’il pouvait y avoir une manière de gouverner le pays. »
    Mais face à ce qu’elle décrit comme une absence d’« alternance politique réelle », les écologistes ont voté la censure. La sénatrice déplore un manque de vision économique à long terme : « Si nous sommes dans cette situation budgétaire très grave, c’est parce que nous avons appauvri l’État en renonçant à un certain nombre de recettes fiscales. »

    Pour elle, la stabilité budgétaire ne peut venir que d’une fiscalité plus juste : « Quand on réduit les dépenses, on s’appauvrit, parce qu’on a moins de richesse nationale et parce qu’on n’investit pas dans ce qui crée notre richesse : l’éducation, les services publics, la transition écologique. »

    Mélanie Vogel
    Mélanie Vogel, Sénatrice écologiste des Français établis hors de France

    Rendre l’IVG accessible à toutes les Françaises, où qu’elles soient

    Le cœur de l’entretien porte sur la proposition de loi qu’elle vient de déposer. Celle-ci vise à rendre effectif le droit à l’IVG pour les Françaises de l’étranger, dans le respect des législations locales. Mélanie Vogel explique : « Nous avons inscrit le droit de l’IVG dans la Constitution, ce qui veut dire que la France considère que c’est un droit fondamental. Nous devons faire en sorte qu’il soit mieux accessible, y compris à l’extérieur de nos frontières. »

    Sa démarche se veut pragmatique. La sénatrice ne cherche pas à modifier les lois étrangères, mais à « améliorer l’accès à l’IVG à l’étranger dans le cadre du droit français ». Elle propose plusieurs leviers : renforcer l’information disponible dans les consulats, faciliter les rapatriements pour soins en France, et permettre l’envoi sécurisé de pilules abortives. « Clarifier quels sont les médecins qui acceptent de pratiquer des IVG de la part des consulats serait déjà d’une grande aide », ajoute-t-elle.

    Une “boîte à outils” pour toutes les situations

    Le texte prévoit aussi un soutien accru aux associations qui accompagnent les femmes en difficulté et introduit des dispositifs innovants. Parmi eux : la création d’un visa sanitaire pour permettre à des femmes étrangères d’accéder à une IVG en France et la possibilité d’obtenir l’asile en cas de persécution. « On doit pouvoir garantir aux femmes le droit d’asile lorsqu’elles sont condamnées parce qu’elles ont accédé illégalement à l’IVG ou aidé d’autres à le faire », plaide Mélanie Vogel.

    Face aux craintes d’une mise en danger des agents consulaires dans certains pays, la sénatrice rassure : « Le texte n’a pas d’effet extraterritorial. Il a vocation à assurer, en fonction du contexte local, le mieux que l’on puisse faire. » Elle souligne que ces situations existent déjà, souvent gérées dans la plus grande discrétion : « Aujourd’hui, on a déjà des agents qui aident, parfois en rapatriant les personnes. On n’expose pas publiquement pourquoi cette personne entre en France, ce qui permet de protéger l’agent et la personne. »

    Mélanie Vogel
    Mélanie Vogel, Sénatrice écologiste des Français établis hors de France

    40 % des femmes dans le monde sans accès libre à l’avortement

    La sénatrice dresse un constat alarmant : « Sur les 200 et quelques pays dans le monde, une vingtaine interdisent totalement l’IVG, mais beaucoup d’autres la restreignent tellement que l’accès réel est quasi impossible. »
    Elle rappelle qu’« environ 40 % des femmes dans le monde ne peuvent pas accéder librement à l’IVG », soit quelque 20 millions de femmes au sein même de l’Union européenne. Cette réalité pousse Mélanie Vogel à agir : « Il y a une forme de logique à ce que la défense de ce droit dans notre Constitution trouve des répercussions dans notre politique envers les Françaises de l’étranger. »

    Un espoir de consensus politique

    Mélanie Vogel croit en une possible convergence des forces politiques sur ce sujet sensible. « Depuis qu’on a inscrit le droit de l’IVG dans la Constitution, il y a une logique à prolonger ce combat. C’est un sujet qui peut faire consensus, y compris avec la ministre actuelle, attachée au droit à l’avortement », affirme-t-elle, évoquant ses échanges avec la nouvelle ministre des Français de l’étranger, Éléonore Caroit.

    D’autres priorités pour les expatriés

    Outre ce texte, la sénatrice écologiste veut défendre plusieurs dossiers essentiels pour les Français établis hors de France : la pérennité de la Caisse des Français de l’étranger (CFE), le financement du réseau d’enseignement AEFE, et la réduction du délai de carence de trois mois avant l’accès à la sécurité sociale lors d’un retour en France. « Il faut qu’on améliore les conditions de retour en France. Ça devient urgent », insiste-t-elle.

    Enfin, Mélanie Vogel réaffirme son engagement pour la proportionnelle aux élections législatives, qu’elle considère comme un levier de sortie de crise démocratique. « Ce n’est pas le seul élément, mais c’est un des éléments de sortie de crise que nous vivons en ce moment », conclut-elle.

  • La téléconsultation médicale en France

    La téléconsultation médicale en France

    En France, la pratique de la téléconsultation chez les médecins généralistes s’est développée à partir de l’épidémie de covid en 2020. Selon l’INSEE, les médecins généralistes libéraux ont effectué 13,5 millions de téléconsultations en 2020, dont 3,6 millions en avril 2020 et 2,0 millions en mai 2020. Depuis, les téléconsultations se sont installées en complément des consultations en cabinet et des visites à domicile. Leur part dans l’activité des médecins généralistes reste néanmoins faible. En 2023, les médecins généralistes libéraux ont effectué 5,4 millions de téléconsultations, après 7,6 millions en 2022 et 9,4 millions en 2021.

    Une goutte d’eau dans l’univers médical

    La pratique de la téléconsultation est plus fréquente chez les jeunes médecins, mais les écarts sont moins marqués en 2023 qu’en 2020. Ainsi, les praticiens de moins de 50 ans ont réalisé 2,9 % de leur activité en téléconsultation en 2023, contre 1,8 % pour leurs confrères de 50 ans ou plus.

    À la différence des téléconsultations effectuées par des médecins libéraux, le nombre de téléconsultations réalisées dans des centres de santé augmente fortement et de manière continue depuis 2020, passant de 600 000 à 3,8 millions en 2023. Leur part dans l’ensemble des téléconsultations de médecins généralistes atteint 41 % en 2023, contre 23 % en 2022 et 4 % en 2020. Cette progression s’explique par la montée en puissance des plateformes de téléconsultation spécialisées dans ce type de prise en charge, qui n’effectuent pas ou très peu de consultations en cabinet ou de visites à domicile. En moyenne, ces centres réalisent plus de 80 % de leur activité en téléconsultation. 92 % des téléconsultations sont en France désormais réalisées par des centres de santé en 2023.

    Les consultations à distance s’adressent davantage à des jeunes patients adultes. En 2023, 59 % des téléconsultations ont été effectuées avec des patients âgés de 15 à 44 ans (contre 29,2 % des consultations en cabinet). La surreprésentation de cette tranche d’âge est plus forte parmi les téléconsultations de médecins salariés en centres de santé que parmi celles de médecins libéraux (73 % contre 50 %).

    En 2022, parmi les médecins libéraux généralistes ayant réalisé des téléconsultations, 50 % déclarent avoir utilisé un outil de vidéotransmission proposé par une plateforme du marché comme Doctolib ou Qare, 31 % avoir eu recours à des outils de communication grand public comme WhatsApp ou Zoom et 18 % à l’outil proposé par leur agence régionale de santé. Par ailleurs, les médecins généralistes libéraux sont de plus en plus nombreux à se doter d’un outil de prise de rendez‑vous en ligne : 36 % d’entre eux disposent d’un outil de prise de rendez‑vous en ligne comme Doctolib, KelDoc ou Maiia en 2022, contre 23 % en 2019.

    Télémédecine
    Télémédecine

    Expatrié(e) et télémédecine en France

    Le saviez-vous ? Désormais la CFE prend en charge la téléconsultation dès lors que les expatriés auront recours à des médecins basés en France et que ces derniers seront dûment habilités par les pouvoirs publics (ARS…).

    Ainsi avec ce service, les expatriés qui le souhaitent, pourront conserver un lien avec les médecins français. La téléconsultation vers un professionnel de santé français est assimilée à un soin en France.

  • Malgré l’opposition belge, l’UE veut saisir les avoirs russes au profit des Ukrainiens

    Malgré l’opposition belge, l’UE veut saisir les avoirs russes au profit des Ukrainiens

    La présidente de la Commission et des dirigeants européens ont réitéré mardi 28 octobre leur soutien à un plan de prêt de 140 milliards d’euros pour l’Ukraine basé sur les actifs russes immobilisés, alors que la Belgique refuse catégoriquement de soutenir la proposition et évoque le recours à la dette commune de l’UE à la place.

    S’adressant aux journalistes à Stockholm à l’issue d’une réunion avec des dirigeants européens, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré que le prêt de réparation pour l’Ukraine, qui s’appuierait sur les actifs souverains russes détenus par la chambre de compensation Euroclear basée à Bruxelles restait « juridiquement valable ».

    Elle a toutefois reconnu que certaines « questions techniques » devaient encore être résolues afin d’apaiser les craintes de la Belgique concernant les risques juridiques et financiers potentiels pour Euroclear et pour la stabilité de la zone euro.

    La présidente de la Commission a également refusé de commenter l’option alternative proposée par la Belgique consistant à utiliser la dette commune de l’UE pour financer un tel prêt. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a évoqué cette idée après le sommet houleux des dirigeants de l’UE la semaine dernière, où la question a occupé une grande place.

    « Je pense que c’est une avancée importante que
    nous nous penchions sur les actifs russes immobilisés »

    Ursula von der Leyen

    Pas d’alternative ?

    Aux côtés de la cheffe de l’exécutif européen mardi, les dirigeants suédois, finlandais et danois ont fait écho aux propos de la présidente de la Commission.

    La Première ministre danoise Mette Frederiksen a insisté sur le fait qu’il n’y avait « pas d’alternative au prêt de réparation » pour Kiev. « J’aime beaucoup l’idée que la Russie paie pour les dommages qu’elle a causés et commis en Ukraine », a ajouté celle dont le pays assure actuellement la présidence tournante du Conseil de l’UE.

    Elle a aussi estimé qu’il était « nécessaire » que les dirigeants de l’UE s’accordent sur ce prêt lors du prochain sommet européen, qui aura lieu les 18 et 19 décembre.

    De son côté, le Premier ministre finlandais Petteri Orpo a souligné que ce prêt était « la seule solution raisonnable » pour combler les besoins de financement de l’Ukraine, que le Fonds monétaire international (FMI) estime à environ 55 milliards d’euros pour 2026 et 2027.

    Petteri Orpo s’est dit « optimiste » quant à la prise en compte par la Commission des préoccupations belges.

    Les commentaires des dirigeants de pays nordiques font suite à la décision de la Belgique d’édulcorer les conclusions du sommet du Conseil européen de la semaine dernière, au cours duquel les dirigeants européens auraient dû donner le feu vert à l’exécutif pour transformer son projet en une proposition législative.

    La plupart des actifs qui ont été immobilisés dans l’UE peu après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022 sont détenus en Belgique. Le pays se méfie particulièrement des risques que cela représente pour la réputation d’Euroclear si les États membres ne fournissent pas de garanties de remboursement à Moscou en cas de levée soudaine des sanctions de l’Union contre la Russie — une crainte est également partagée par la Banque centrale européenne (BCE).

    Selon la proposition actuelle de l’exécutif, le prêt ne devra être remboursé que si la Russie verse des réparations à l’Ukraine après la guerre.

    La Belgique exige également que les autres États de l’UE s’engagent à utiliser les actifs russes détenus sur leur propre territoire pour financer le projet. La France, le Luxembourg et Chypre font partie des autres pays de l’UE qui détiendraient des actifs souverains russes dans diverses banques privées.

    La Première ministre danoise Mette Frederiksen (à droite) et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche).
    La Première ministre danoise Mette Frederiksen (à droite) et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen (à gauche). ©Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu

    Dette commune ou actifs immobilisés ?

    Lors d’une conférence de presse qui a suivi le sommet de jeudi dernier (23 octobre), Bart De Wever a suggéré le recours à la dette commune contractée pendant la pandémie de Covid-19 pour financer ce prêt. Il s’agirait selon lui d’une alternative préférable au financement basé sur les avoirs immobilisés. Cette option nécessiterait également le soutien unanime de tous les États membres.

    « Le grand avantage de la dette, c’est que vous la connaissez. Vous savez combien elle s’élève. Vous savez combien de temps vous devrez la supporter. Vous savez exactement qui en est responsable. L’inconvénient de l’argent russe, c’est que vous n’avez aucune idée de l’issue du litige, de sa durée et des problèmes que vous rencontrerez »

    Bart De Wever

    Il a toutefois admis que cela serait « très problématique » sur le plan politique, compte tenu de la forte opposition de nombreux pays « frugaux » peu friands de dette, qui sont relativement influents au sein de l’UE, tels que l’Allemagne et les Pays-Bas.

    Selon des personnes proches du dossier, la Commission devrait présenter différentes options pour aider financièrement l’Ukraine dans les semaines à venir.

    Parmi ces options, on retrouve le maintien de la proposition initiale tout en apaisant les préoccupations juridiques et financières soulevées par la Belgique, l’élargissement du programme afin d’encourager d’autres États de l’UE à exploiter les actifs souverains russes détenus dans leurs propres juridictions, et l’émission de dettes communes ou même de subventions pour financer Kiev.

    Les ambassadeurs de l’UE doivent se réunir, aujourd’hui, mercredi 29 octobre dans la matinée à Bruxelles et devraient discuter plus en détail de cette question.

  • La France, terre d’émigration ?

    La France, terre d’émigration ?

    Le ministère des Affaires Étrangères nous dit qu’au 31 décembre 2024 le nombre d’inscrits au Registre des Français établis en dehors de leur pays s’élevait à 1 741 942 personnes, soit +2,8% sur un an. Mais, comme cette inscription n’est en rien obligatoire, on estime plutôt que le nombre total de Français vivant hors frontières, inscrits ou pas, tournerait plutôt autour des 2,5 millions. Ce qui finalement n’est pas si mal vu de la réputation « casanière » qu’ont les Français. Même s’il est vrai aussi que presque un tiers de ces expatriés sont des binationaux, il est intéressant de noter que la France est devenue en 2 décennies une terre d’émigration, car les expatriés deviennent petit à petit des émigrés ! Et oui, les Français prennent racine ailleurs et rentrent de moins en moins. Mais pourquoi ?

    70% des expatriés le sont toujours après 5 ans

    En effet, la durée hors de France, contrairement à ce que l’on pourrait croire depuis l’hexagone, a tendance à augmenter. Beaucoup semblent apprécier leur nouvelle vie au point que l’on peut même dire que la communauté française vivant à l’étranger est installée de façon plutôt durable. Sur les 1 741 942 personnes inscrites au Registre, 1 232 097 l’étaient depuis plus de 5 ans au dernier recensement pour celui-ci.

    Enfin, on notera qu’il y a autant de femmes (et même légèrement plus avec 50,18%) que d’hommes d’inscrites comme résidentes à l’étranger. Ou encore que la pyramide des âges indique que 23% des inscrits ont moins de 18 ans, 10% sont dans la tranche 18-25 ans, 22% ont entre 26 et 40 ans, 29% entre 41 et 60 ans et 16% ont plus de 60 ans ; ces derniers étant pour l’immense majorité ces retraités ayant décidé de passer leur retraite sous d’autres cieux comme au Portugal ou au Maroc.

    Français vivants à l'étranger
    Image d’illustration ©Stockadobe

    Les jeunes et les créateurs partent

    Pour les chambres de commerce et d’industrie, le déclencheur de ce phénomène c’est le choc fiscal de 2012/2013 avec l’arrivée de François Hollande.

    Cependant, les CCI font un premier constat ainsi si la tendance à l’expatriation des Français s’accentue, le phénomène est moins marqué que dans les pays voisins. Ainsi, la population des Français à l’étranger est estimée de 2,5 à 3 millions avec une croissance annuelle de 3 à 4 % depuis 10 ans (hors Covid). Mais l’idée d’un mouvement massif de fuite des talents, spécifique à la France, ne semble donc pas correspondre à la réalité.

    Par contre, second constat, il y a bien un changement majeur de comportements chez les jeunes générations, avec une nette accélération de leur mobilité, ce qui est une caractéristique marquante de ce début de XXIe siècle. On ne peut, pour l’instant, parler de développement de l’émigration permanente mais simplement une augmentation de la mobilité globale.

    Dernier point mis en avant par les CCI : la crise économique qui a transformé structurellement la population des expatriés français, qui sont devenus plus indépendants avec un moindre recours aux contrats d’expatriation et de détachement et un accroissement de l’entrepreneuriat. Ainsi, 2 sur 10 expatriés sont des créateurs d’entreprises contre 1 sur 10 il y a 10 ans.

    L’intégration à l’espace européen

    Enfin, il faut aussi prendre en compte que l’Union européenne, chez les moins de 50 ans, est désormais totalement intégré comme faisant parti de l’horizon normal de la vie. Ainsi, c’est logiquement l’Europe qui attire le plus avec presque un expat français sur deux (48,3%) qui a choisi de rester sur le continent. Normal, entre proximité de la « mère patrie » et surtout facilités administratives offertes par l’Union Européenne à tous ses ressortissants désireux de bouger.

    La France et l'Europe
    Image d’illustration ©Stockadobe

    Après cinquante ans de construction européenne, de mise en place d’une monnaie commune, d’appel à un approfondissement du marché intérieur, de politiques publiques encourageants les échanges universitaires, peut-on assimiler cette mobilité accrue au sein de l’espace européen à de l’« expatriation » ? Ne faudrait-il pas plutôt s’en réjouir et y voir une forme d’émergence de citoyenneté européenne ?

  • Au Sénégal, un monument aux morts pour la France transformé en cathédrale

    Au Sénégal, un monument aux morts pour la France transformé en cathédrale

    A Dakar, capitale du Sénégal et avant de l’Afrique Occidentale Française (AOF), le monument aux morts pour la France de 14-18 offre la particularité d’être en même temps un édifice religieux, baptisé « cathédrale du Souvenir africain ».  Une déclinaison que l’indépendance à imposer ou un financement dissimulé d’un édifice religieux.

    Une cathédrale travestie

    Dès le lancement du projet de construction durant la Première Guerre mondiale par l’Église d’une cathédrale à Dakar, le gouverneur William Ponty avoue son impossibilité de lui attribuer une subvention (laïcité oblige). Il suggéra, donc, à l’évêque, Mgr Jalabert, « de faire de sa future cathédrale un monument patriotique où serait conservée la mémoire des Coloniaux morts pour la conquête et le développement de nos possessions africaines ». Sous cette appellation, l’édification du monument peut être financée par l’administration coloniale.

    Pour faire bonne mesure, comme sur un monument aux morts, la liste des « héros de l’épopée africaine, explorateurs, soldats, marins, administrateurs morts au service de la France devrait figurer dans une chapelle » fut ajouter sur le fronton.

    Colons et croisés

    Autre temps autres mœurs, en plein période coloniale, l’intention est clairement affirmée sur le fronton de la « cathédrale du Souvenir Africain » : « A ses morts d’Afrique la France reconnaissante », soit une dédicace aux coloniaux, y compris militaires morts pour l’expansion de la France outre-mer.

    De part et d’autre de l’inscription, deux anges à visages peuls, sculptés par Anna Quinquaud, les accueillent au « Paradis ». En 1936, lors de l’inauguration, Mgr Raymond, évêque de Nice et grand aumônier des armées de France, précise une fois encore la nature de ce « Panthéon [religieux] d’Afrique ». Le monument célèbre les centaines de « colons tués par le climat ou par les hommes » [c’est-à-dire par les Africains eux-mêmes], « héros coloniaux » panthéonisés et comparés aux chevaliers des croisades.

    Effacer les cicatrices de la colonisation

    A partir de l’indépendance, ce message initial appartient, évidemment, à un passé rejeté par les nouvelles instances politiques et religieuses au pouvoir.

    Le simulacre de monument aux morts disparait en partie par l’effacement de la dédicace originelle. Elle est remplacée par une nouvelle inscription qui dévoile des visées plus spirituelles et consensuelles, sans connotation politique : « A la Vierge Marie, Mère de Jésus Le Sauveur », en conformité avec la consécration de l’édifice à Notre-Dame-des-Victoires. Cependant l’appellation de « Souvenir Africain » persiste encore de nos jours, et le style de la nouvelle décoration intérieure ne peut effacer l’éclectisme des écritures architecturales néo-soudano-sahélienne et byzantine. Celles-ci gardent le témoignage de l’alliance originelle entre les pouvoirs civils, militaires et religieux, particulièrement vivace en Afrique, au cœur même du concept de la colonisation mise en œuvre dans la capitale de l’AOF.

    Le Monument aux morts de la place Protêt, à l’arrière-plan le kiosque à musique du square de la place.
    Le Monument aux morts de la place Protêt, à l’arrière-plan le kiosque à musique du square de la place. ©BNF

    Il fut aussi décidé de transférer dans un cimetière européen plus ou moins proche du lieu d’érection, les autres monuments aux morts existant dans le pays. Citons à titre d’exemple, à Dakar, le majestueux monument aux morts de l’AOF transporté au cimetière de Bel-Air.

    Ce phénomène fut également relativement fréquent en Algérie. Comme le cas du « Poilu » de Sidi Ben Adda (anciennement Les Trois Marabouts), monument inauguré en 1921 puis entreposé successivement, en 1962 dans le cimetière chrétien de la ville, et en 1989, sans son piédestal, à l’entrée de la nécropole nationale du Petit-Lac à Oran

  • Aides sociales OLES : campagne 2026 ouverte

    Aides sociales OLES : campagne 2026 ouverte

    La campagne 2026 des aides sociales destinées aux associations accompagnant les Français de l’étranger en difficulté est ouverte. Appelés OLES (Organismes locaux d’entraide et de solidarité), ces acteurs soutiennent directement nos compatriotes expatriés les plus démunis. Pour financer leurs actions, la plupart doivent notamment déposer un dossier de subvention. Voici les critères et les démarches à suivre.

    Français de l’étranger et aides sociales

    En 2025, près de 100 Organismes locaux d’entraide et de solidarité à travers le monde ont sollicité une subvention de l’État français. Au total, plus de 1,1 million d’euros a alors été accordés. Comme tous nos compatriotes, les Français établis hors de France peuvent être confrontés aux aléas de la vie. En cas de difficultés, ils peuvent s’appuyer sur ces associations d’entraide françaises à l’étranger.

    « Les OLES recherchent régulièrement des bénévoles :
    n’hésitez pas à offrir un peu de votre temps »  

    Ces OLES s’engagent ainsi dans un certain nombre d’actions en faveur de nos compatriotes les plus démunis et interviennent, le plus souvent, en complément des initiatives menées par nos consulats et ambassades. Ils jouent un rôle déterminant lorsque l’urgence ou la nature de l’événement touchant l’un de nos ressortissants hors de France ne permet pas d’apporter une solution immédiate dans le cadre de l’action consulaire.

    Les critères de demande de subvention pour les OLES

    Comme l’indique le site du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE), « toute association venant en aide d’une manière ou d’une autre à nos compatriotes à l’étranger peut présenter une demande de subvention dans le cadre de son action en faveur des Français de la circonscription ».

    Toutefois, des critères spécifiques doivent être respectés, à savoir :

    • La complémentarité avec les actions du Consulat (CCPAS) et/ou relais géographique du poste ;
    • Le dynamisme de l’organisme dans sa recherche d’autres financements ; En effet, ces associations ne peuvent compter uniquement sur une aide de l’État. Il leur revient aussi de chercher d’autres partenaires
    • Transparence et qualité du dialogue avec le Consulat.

    La date limite pour déposer les demandes des OLES dépend de votre consulat. Cependant ce délai couvre jusqu’à la mi-janvier pour la plupart des postes. Une fois déposés, les dossiers des Organismes locaux d’entraide et de solidarité sont examinés par les consulats/ambassades, ainsi que par les élus membres du conseil consulaire. Pour rappel, ces élus seront renouvelés lors des élections consulaires prévues en mai 2026.

    Quel budget pour les aides sociales ?

    Pour le prochain exercice budgétaire, une diminution des crédits alloués aux aides sociales n’est pas à exclure. Le débat budgétaire du projet de loi de Finances en cours apportera des réponses. Au-delà des montants, c’est également le dispositif même des aides sociales destinées à nos compatriotes établis hors de France qui fait l’objet de discussion.

    Assises de la protection sociales des Français de l'étranger
    Assises de la protection sociales des Français de l’étranger – Conférence de consensus du 10 octobre 2025

    Ce thème figurait parmi les trois sujets retenus lors des Assises de la protection sociale des Français de l’étranger. Plusieurs recommandations ont été proposées dernièrement, notamment « la simplification et l’uniformisation des critères d’accès aux aides », mais aussi « l’indexation des aides sur l’inflation », et également le développement d’une « allocation grand âge pour les personnes âgées résidant à l’étranger ».

    Si ces évolutions voient le jour, le champ d’action des OLES pourrait s’élargir. Pour répondre aux besoins des Français de l’étranger, certaines mesures seront neutres budgétairement, quand d’autres auront un coût, financier comme humain. Rappelons que, sans l’engagement quotidien des bénévoles au sein de ces associations, aucune aide ne serait possible. Alors, si vous le pouvez, rapprochez-vous des Organismes locaux d’entraide et de solidarité présents dans votre pays de résidence pour offrir un peu de votre temps. Il sera le bienvenu.

  • La fin du règne du dollar est-elle pour demain ?

    La fin du règne du dollar est-elle pour demain ?

    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le dollar règne en maître. Il est tout à la fois la monnaie de la première puissance économique et militaire mondiale, la première monnaie de réserve, la première monnaie pour les transactions commerciales, ainsi qu’une valeur refuge. Ce pouvoir monétaire et financier repose sur la confiance. Aujourd’hui, aucune devise n’offre les mêmes avantages que le dollar. Demain, cette confiance pourrait se lézarder. 

    L’hégémonie du dollar

    Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la domination du dollar repose sur trois piliers :

    • la stabilité politique et institutionnelle des États-Unis ;
    • la profondeur et la liquidité de leurs marchés financiers ;
    • le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale.

    Les États-Unis, première puissance économique financière et monétaire jouissent d’un statut de valeur refuge. La crédibilité du dollar s’appuie sur une banque centrale indépendante et un système démocratique. Le marché financier américain est de loin le premier au monde. La capitalisation des entreprises américaines représente 70 % de la capitalisation mondiale. L’importance de la dette publique américaine, près de 38 000 milliards de dollars, conforte la place financière de New-York. Les investisseurs internationaux privilégient les titres américains en raison de la garantie dont ils sont assortis et de leur rendement attractif. Les États-Unis attirent les capitaux du monde entier surtout en période de crise. Le dollar constitue la monnaie de réserve mondiale. En 2024, 59 % des réserves de change mondiales étaient, selon le FMI encore libellées en dollars, contre 19 % en euros, 6 % en yens et 3 % en yuans.

    Jusqu’à présent, le dollar a résisté à de nombreuses guerres du Vietnam à l’Irak, à l’inflation des années 1970, à la crise financière de 2008, au premier mandat de Donald Trump, etc. La devise américaine peut compter sur la résilience de l’économie américaine qui représente toujours le quart du PIB mondial quand celle de l’Europe a vu son poids fondre de plus de 30 % en un quart de siècle. Le dollar est la monnaie utilisée dans plus de 50 % des transactions commerciales.

    Pour autant, de nombreux dirigeants d’États rêvent de faire chuter le dollar de son trône. La dédollarisation est souvent évoquée, que ce soit de la part de la Chine ou de la Russie. Or, aujourd’hui, aucune devise n’offre les mêmes avantages que le dollar. Nul n’entend placer ses capitaux en monnaie chinoise ou russe. Même sous sanctions en lien avec la Guerre en Ukraine, de nombreux oligarques russes recourent à des sociétés écrans pour continuer à investir en dollars.

    Les Chinois comptent sur leur future monnaie digitale de banque centrale pour inverser le rapport de force. Pour convaincre les États et les investisseurs à se ranger derrière leur ambitieux projets, ils peuvent compter de manière indirecte sur les foucades de Donald Trump. Les menaces répétées à l’encontre des responsables de la Réserve fédérale afin qu’ils diminuent les taux directeurs fait craindre une perte d’indépendance et donc de crédibilité de cette dernière.

    La Fed a été contrainte de baisser ses taux directeurs au mois de septembre malgré une inflation sous-jacente élevée… L’ingérence du politique dans le système monétaire américain serait perçue comme un risque majeur pour les investisseurs internationaux. Ces derniers ont été déjà échaudés par la pratique de plus en plus répétée des sanctions et de l’application de la règle d’extraterritorialité permettant de poursuivre des entreprises ou des personnes étrangères qui ne respectent pas le droit américain. L’évolution des finances publiques constitue également un sujet de préoccupation. Le déficit fédéral dépasse 7 % du PIB en 2025, et la dette publique atteint 129 % du PIB (contre 98 % en 2019). Il en est de même avec l’évolution du déficit commercial américain, qui a atteint un niveau record en 2024 avec plus de 1 000 milliards de dollars. Ces déficits alimentent le monde entier en dollars et l’expose à un mouvement général de défiance. L’économie américaine vit ainsi au crédit du monde. Le dollar, en circulant partout, exporte la dette américaine comme jadis Rome le faisait avec ses sesterces. Comme pour Rome, la foi pourrait un jour s’affaiblir en raison de l’excès de dollars en circulation.

    Les BRICS, la baisse du dollar et la hausse de l’euro

    Depuis le début de 2024, les banques centrales émergentes — Chine, Inde, Brésil, Russie — réduisent leur exposition au dollar. La part des réserves détenues en dollars par les pays du BRICS est passée de 70 % en 2010 à 45 % en 2025, témoignage d’un changement d’état d’esprit. Ces banques centrales achètent, en contrepartie, de grande quantité d’or soutenant le cours de cette dernière. À ce titre, la banque centrale chinoise (PBoC) a augmenté ses réserves en or de 2 000 tonnes en cinq ans, tandis que les échanges intra-BRICS en yuans ont été multipliés par trois depuis 2020. La part du dollar dans les transactions internationales SWIFT est passée de 44 % à 38 % entre 2021 et 2025, tandis que celle du yuan est passé à 7 %. Le Sud entreprend de réduire son exposition au Sud.

    La baisse du dollar provoque par ricochet l’appréciation de l’euro qui est la deuxième monnaie de réserve à l’échelle mondiale. Cette appréciation est logique car la zone euro dégage un excédent courant de plus de 2 % du PIB, tandis que les États-Unis affichent un déficit de 3,5 %. Ces dernières années, la faible valeur de l’euro était imputable à la guerre en Ukraine et la faible croissance de la zone euro. Avec le retour de Donald Trump au pouvoir, la parité euro/dollar, qui était tombée à 0,95 en 2022, a déjà rebondi à 1,18 à l’automne 2025. Certains analystes, comme Goldman Sachs, évoquent un retour à 1,25 en 2026.

    Le dollar a fortement baissé cette année
    Le dollar a fortement baissé cette année

    Pour certains, l’augmentation de l’euro est une aubaine quand, pour d’autres, elle constitue un handicap sur le plan économique. L’appréciation de l’euro réduit la facture des importations, en particulier celle du pétrole. Cela avantage des pays comme la France dont la balance commerciale est fortement déficitaire ; de même pour l’Allemagne dont la compétitivité a été mise à mal par la hausse du prix du gaz et du pétrole après le déclenchement de la guerre en Ukraine. En revanche, la hausse de l’euro peut pénaliser les exportations.

    Le véritable moteur du dollar reste le rendement de ses actifs. En 2025, le taux réel américain à dix ans (taux nominal moins inflation) reste positif, autour de +1,5 % et supérieur aux rendements des titres européens équivalent. Ce différentiel attire les capitaux et maintient artificiellement la valeur du dollar. En revanche, il a un coût : un service de la dette publique de plus en plus important. Les intérêts versés par le Trésor américain atteignent 1 100 milliards de dollars par an, soit plus que le budget combiné du Pentagone et de la NASA. Pour cette raison, Donald Trump entend faire baisser les taux d’intérêt en faisant pression sur la Réserve fédérale, voire en imaginant des dispositifs imposant des taux plus faibles aux non-résidents. Le risque est de remettre en cause le rôle du dollar comme valeur refuge et de réduire le flux de capitaux dont l’économie américaine a besoin.

    Monnaie de réserve

    L’histoire montre que les monnaies de réserve ne meurent pas de déficits, mais de ruptures politiques. La livre sterling a perdu son statut de monnaie mondiale après 1945, non à cause de sa dette, mais parce que l’Empire britannique avait perdu la maîtrise de ses flux commerciaux et énergétiques. La puissance économique et financière avait basculé du côté des États-Unis. A son tour, le dollar, dépend de la stabilité de son empire économique. Les guerres tarifaires engagées par Donald Trump, la sortie des États-Unis de plusieurs institutions multilatérales, la méfiance des alliés européens et les volte-face de Donald Trump sont autant de fissures dans la confiance mondiale dans le dollar. La grande chance de ce dernier est qu’aucune alternative crédible n’existe pour le moment. La meilleure preuve est que la « vieille relique », l’or, joue le rôle de valeur refuge, l’once ayant dépassé, au mois d’octobre 2025, les 4 000 dollars. Cependant, l’or ne peut pas servir d’unité de compte dans une économie numérique.

    Désormais convertible pour les transactions commerciales dans 134 pays, le yuan souffre encore du contrôle des capitaux en Chine. Sa part dans les réserves mondiales ne dépasse pas les 5 %, ce qui est faible pour un pays devenu la première puissance commerciale du monde. L’euro demeure une monnaie régionale qui peine à franchir les frontières de l’Union européenne. L’absence d’un marché unifié des capitaux et d’émission d’obligations européennes pénalise la monnaie unique. Les cryptoactifs, comme le Bitcoin, bénéficient d’un attrait mais restent trop volatils pour servir de référence monétaire.

    La mort du dollar n’est pas pour demain mais la fin de son monopole s’avance. L’économie mondiale s’oriente vers une multipolarité monétaire où plusieurs devises coexistent sans hégémonie. Selon les projections du FMI, en 2035, la part du dollar dans les réserves de change mondiales tomberait à 45 %, celle de l’euro atteindrait 25 % et celle du yuan 15 %. Les actifs numériques stables pourraient représenter 5 % des réserves. Cette transition ne signifierait pas un effondrement du dollar, mais une dilution de sa puissance — un retour au monde d’avant 1914, où la livre, le franc et le mark coexistaient avec des risques financiers accrus.

    Dollar
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    Face à cette recomposition, l’Europe a des atouts. Pour la première fois depuis vingt ans, l’euro inspire davantage de confiance que le dollar dans les marchés obligataires, la dette publique de la zone euro se négocie à un rendement moyen inférieur de 70 points de base à celui des Treasuries américains. Ce capital de confiance ne se développera que si l’Union renforce sa cohésion financière et budgétaire. Sans politique commune, l’euro ne deviendra jamais une vraie monnaie mondiale, il restera un grand marché sans souveraineté. Au moment où une réelle opportunité de reconquête d’un pouvoir financier se fait jour, les responsables européens semblent vouloir tourner le dos à la construction européenne. Près du but, ils rechignent à avancer vers un fédéralisme budgétaire.

    L’histoire est libre. L’euro peut devenir la monnaie du XXIe siècle mais cela suppose que les dirigeants européens y croient. Il peut s’appuyer sur une banque centrale reconnue et indépendante, sur des États démocratiques et sur le plus puissant marché commercial du monde, l’Union européenne.