Le député français a effectué plusieurs visites au Niger ces derniers mois où il a rencontré le Président Bazoum. Il revient sur la situation à Niamey quelques jours après le putsch qui a renversé le pouvoir en place.
« Si on ne remet pas très vite les institutions en ordre et le président Bazoum, c’est un signe très important. Par effet domino on va voir d’autres situations... »
Bruno Fuchs, délégué général de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie
Bruno Fuchs, invité du journal international de TV5monde
Premières sanctions contre le Niger après le coup d’état militaire, le Nigéria a stoppé son approvisionnement en électricité dans le pays. La CEDEAO est à Niamey pour négocier avec la junte. Pascal Airault nous explique ce qui peut découler de ces négociations.
Au Niger, alors qu’un rassemblement soutenant le coup d’Etat militaire a ciblé l’ambassade française à Niamey, Paris brandit la menace d’une réplique « immédiate » et « intraitable ». Mais selon Ousmane Ndiaye, « la France est inaudible au Sahel »…
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Abdourahamane Tiani
Le chef de la Garde présidentielle nigérienne, Abdourahamane Tiani, a pris la parole à la télévision nationale, vendredi 28 juillet, pour annoncer qu’il allait dorénavant diriger le pays et qu’il était le « nouvel homme fort », destituant de fait le président Mohamed Bazoum. Depuis le début du coup d’Etat, le chef de l’Etat élu en 2021 est en effet retenu captif avec sa famille au sein de la résidence présidentielle à Niamey, la capitale du Niger.
Agé de 59 ans, le général Tiani est décrit comme un homme de l’ombre, puissant, à poigne, mais qui ne fait pas l’unanimité. « On ne le connaît pas beaucoup en dehors des milieux militaires, il n’a pas de présence publique affichée », décrit Ibrahim Yahaya Ibrahim, chercheur pour l’ONG International Crisis Group, interrogé par l’AFP.
La France, ex-puissance coloniale au Niger et soutien indéfectible du président Bazoum, apparaît comme la cible privilégiée des militaires ayant pris le pouvoir. « Dans sa ligne de conduite, allant dans le sens de la recherche des voies et moyens pour intervenir militairement au Niger, la France, avec la complicité de certains Nigériens, a tenu une réunion à l’état-major de la garde nationale du Niger, pour obtenir des autorisations politiques et militaires nécessaires » afin de rétablir le président élu, Mohamed Bazoum, dit un communiqué de la junte. Les putschistes ont, par ailleurs, accusé la France d’avoir tiré du gaz lacrymogène lors des manifestations de soutien à la junte devant l’ambassade de France.
Le président français, Emmanuel Macron, avait menacé dimanche de répliquer « de manière immédiate et intraitable » à toute attaque contre les ressortissants de la France et ses intérêts au Niger, tandis que le Quai d’Orsay rappelait« les obligations qui incombent à tous en matière de protection des entreprises et personnels diplomatiques, ainsi que des résidents étrangers ».
Ce lundi 31 juillet, les militaires nigériens qui ont renversé le président élu, Mohamed Bazoum, ont accusé la France de « vouloir intervenir militairement », au lendemain d’un sommet des voisins ouest-africains du Niger menaçant d’utiliser la « force » s’il n’était pas rétabli dans ses fonctions d’ici à dimanche.
Les pressions sur les putschistes qui ont pris le pouvoir le 26 juillet, afin qu’ils rétablissent « l’ordre constitutionnel », sont de plus en plus fortes, venant de l’ensemble des partenaires occidentaux et africains du Niger, pays essentiel dans la lutte contre les groupes djihadistes qui ravagent les pays du Sahel depuis des années. La France et les Etats-Unis y déploient respectivement 1 500 et 1 100 soldats, qui participent à la lutte contre les djihadistes.
La crise se poursuit au Niger. Cinq jours après le coup d’Etat dans le pays, la pression s’accentue sur le nouvel homme fort proclamé du pays, le général Tiani. Tandis que la situation des Français installés sur place pourrait sembler de plus en plus complexe, nous avons interviewé Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription dont fait partie le Niger.
Ecoutez le podcast avec Baptiste Heintz
Les Français sur place alertés et finalement évacués
Les 500 à 600 ressortissants français actuellement présents au Niger « ont été tous contactés, des mesures de précaution sont prises » et « elles seront renforcées si c’était nécessaire, mais il n’y a pas de décision d’évacuation au moment où je vous parle », a déclaré Catherine Colonna, la ministre des Affaires étrangères. Une décision qui peut se comprendre car comme nous le déclare Baptiste Heintz le sentiment anti-français est soudain et semble téléguidé.
« En échangeant avec les Français sur place, on constate qu’il n’y avait pas de réel sentiment anti-français avant, ni même maintenant, dans la population civile. Les Français comme les bi-nationaux ne se sentent pas en danger »
Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)
Concernant le quotidien, pour l’instant, si des difficultés d’approvisionnement ou d’accès aux devises (le pays a été mis sous blocus financier) peuvent gêner les Français, ce n’est pas encore une priorité. Avant tout, comme nous le rappelle Baptiste Heintz, c’est d’identifier les Français sur place, beaucoup sont en vacances en France et en particulier les familles, et de les localiser. Car finalement ce mardi 01 août, le ministère des Affaires étrangères a annoncé lancer la procédure d’évacuation de nos ressortissants et des Européennes dès ce jour. Pour cela, le dispositif d’îlotiers a été activé, dans le calme. Ces derniers vont regrouper par secteur les Français présents sur place. Ils sont, donc, chargés, en concertation avec l’ambassade et nos forces militaires, de les accompagner aux points d’évacuations prévus dans le plan.
Au niveau économique, les entreprises restent dans l’expectative dans l’attente des événements, c’est aussi le cas de l’AEFE qui n’a pour l’instant pas annulé la rentrée.
Baptiste Heintz à un Forum sur la jeunesse africaine en 2022
Manifestation devant l’ambassade de France
Des milliers de manifestants pro-putschistes se sont réunis ce dimanche devant l’ambassade de France à Niamey, avant d’être dispersés par des grenades lacrymogènes. Certains ont voulu entrer dans le bâtiment, d’autres ont arraché la plaque affichant « Ambassade de France au Niger », avant de la piétiner sur le goudron et de la remplacer par des drapeaux russe et nigérien.
« L’ambassade de France a été ciblée sur le modèle de ce qu’on a vu dans les pays voisins ces dernières années, avec manifestations où surgissent des slogans pro-russes. Des éléments qui font penser que celles-ci sont téléguidées »
Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)
L’avenir de la coopération militaire franco-nigérienne semble aujourd’hui hautement incertain. Or, avec 1.500 militaires sur place, le Niger constituait jusqu’ici le pivot du dispositif antijihadiste français au Sahel, depuis le départ contraint des militaires tricolores du Mali à l’été 2022.
Réactions internationales virulentes
Les dirigeants de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis ce dimanche à Abuja, ont donné un ultimatum d’une semaine pour rétablir l’ordre constitutionnel. De son côté, la France a menacé dimanche de répliquer « de manière immédiate et intraitable » à toute attaque contre nos ressortissants après une manifestation ayant ciblé notre ambassade.
« Le discours du Président de la République participe à un discours global de mise sous pression (…) des autorités nigériennes. (…) Il y a un ordre international »
Baptiste Heintz, élu à l’Assemblée des Français de l’étranger (Divers Gauche)
Le président élu toujours retenu prisonnier
Le président déchu Mohamed Bazoum, élu en 2021, est séquestré depuis le 26 juillet dans sa résidence privée au palais présidentiel par sa garde rapprochée, dont le chef, le général Abdourahamane Tiani. Ce dernier s’est présenté vendredi à la télévision publique comme « président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie », après un coup d’Etat qu’il a justifié par « la dégradation de la situation sécuritaire » dans le pays.
Baptiste Heintz avec M. Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre d’Etat en Côte d’Ivoire, à Bondoukou (sa région, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire) à l’occasion d’une cérémonie de célébration des anciens combattants africains de l’armée française
« Pourquoi Dieu a-t-il inventé les prévisionnistes ? C’est pour que les pythies et les devins se sentent moins seuls dans l’erreur ». L’économie a beau être auscultée, modélisée et bardée d’indicateurs, elle surprend toujours. La multitude d’interactions rationnelles ou irrationnelles rend complexe leur réduction à une somme d’équations mathématiques.
Nul ou peu nombreux étaient ceux à avoir imaginé une décrue rapide du chômage après la crise sanitaire. La croissance du PIB de la France, au deuxième trimestre, de +0,5 % quand +0,1 % était attendu, tout comme la résilience de l’économie américaine sont des deux autres illustrations récentes de l’art difficile de la prévision.
Pour autant, ces résultats ne sont pas aussi extraordinaires qu’ils n’y paraissent. Le maintien du déficit élevé et le commerce extérieur les expliquent. La France qui a la tentation du protectionnisme chevillée au corps conserve un filet de croissance grâce, comble de l’ironie, à ses exportations. La vente à l’étranger de bateaux, d’avions, de produits de luxe, ainsi que le retour des touristes étrangers contribuent à la croissance du pays. En France, plus d’un salarié sur quatre travaillent pour l’exportation et bien plus en prenant en compte l’activité touristique.
Commerce extérieur et investissements restent des moteurs essentiels de la croissance
Les Etats-Unis enregistrent une forte expansion grâce aux investissements portés par les aides publiques visant à favoriser la transition énergétique. La première puissance économique mondiale bénéficie également des recettes en hausse des exportations de gaz liquéfié à destination de l’Europe. Commerce extérieur, investissements, restent des moteurs essentiels de la croissance. L’utopie de l’autarcie, même drapée aux couleurs de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, que certains caressent, serait suicidaire. Les échanges extérieurs génèrent des gains de productivité et favorisent ainsi le développement économique. Si, en théorie, le principe des circuits courts est séduisant, il peut être contre productif tant pour la croissance que pour la protection de l’environnement.
Interdire ou réduire les importations c’est diminuer le pouvoir d’achat des populations
Interdire ou réduire les importations en provenance de pays lointains suppose de faire de même avec les exportations vers ces mêmes pays. C’est priver des agriculteurs, des industriels des pays émergents et en développement, de recettes non négligeables qui pourraient leur permettre de décarboner leurs activités et qu’ils ne retrouveront pas sur leur marché intérieur. C’est diminuer le pouvoir d’achat des populations tant des pays exportateurs que des pays importateurs.
Dans l’histoire économique, les expériences d’autarcie ne manquent pas et se sont toujours mal terminées. La limitation du réchauffement climatique suppose que tous les États mènent le combat. Or, aujourd’hui, les pays émergents sont les principaux émetteurs de gaz à effet de serre, en partie parce que les Occidentaux ne souhaitent plus avoir sur leur territoire d’usines polluantes. En revanche, ces pays, à juste titre, estiment ne pas être responsables des émissions des siècles précédents. Ils ne veulent pas payer une facture qui, à leurs yeux, est due aux comportements passés des pays dits avancés. Or, malgré les promesses répétées depuis les Accords de Paris sur le climat de 2015, les mesures de soutien des pays de l’OCDE se font attendre pour aider les pays émergents et en développement à décarboner leur économie.
À défaut d’aider ces pays, les États membres de l’OCDE subventionnent leur économie en favorisant la réalisation d’investissements visant à accélérer la transition énergétique. Une grande partie de la croissance américaine du deuxième trimestre et une partie de celle de la France sont le produit des subventions accordées aux entreprises.
Gaspillage et effets d’aubaine
Les accusations de protectionnisme émises de part et d’autre de l’Atlantique pourraient être adressées à l’ensemble de la communauté internationale. La réindustrialisation des pays occidentaux est souhaitable mais elle ne doit pas se transformer en une chasse effrénée de la part des entreprises aux aides car celle-ci risque de provoquer gaspillage et effets d’aubaine. Elle pénalise les pays émergents en faussant les règles de libre concurrence. La Commission européenne comme l’Organisation mondiale du commerce semblent dépassées par la surenchère d’aides en cours.
Que ce soit aux États-Unis ou en France, la croissance se maintient de manière artificielle par la simple application de mesures d’inspiration keynésienne. Le montant des déficits publics est maintenu à des niveaux élevés pour soutenir la consommation et l’investissement. La dette publique poursuit sa marche en avant défiant la hausse des taux d’intérêt. Or, la dette, comme les actions en bourse, ne peut pas monter jusqu’au ciel sans provoquer de cataclysme. De l’Empire Romain à la Grèce en 2011 en passant par la France de 1797, toute perte de contrôle de la dette entraîne des corrections brutales.
La fuite en avant est aujourd’hui de mise, l’espoir des prévisionnistes étant que la croissance permettra de rétablir un jour ou l’autre les comptes. En la matière, nul mieux que Milan Kundera résume, grâce à son ironie et son sens de l’analyse, la situation : « Toutes les prévisions se trompent, c’est l’une des rares certitudes qui a été donnée à l’homme. Mais si elles se trompent, elles disent vrai sur ceux qui les énoncent, non pas sur leur avenir, mais sur leur temps présent ».
La croissance française a fait bien mieux que prévu au deuxième trimestre grâce à des exportations dynamiques, mais cette embellie inattendue risque de tourner court, selon des économistes, dans un environnement marqué par une remontée des taux d’intérêt qui réfrène l’activité.
Après une progression de 0,1 % (révisée en baisse) au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a fait un bond de 0,5 % entre avril et juin, a indiqué vendredi l’Institut national de la statistique (Insee), qui tablait sur une faible hausse de 0,1 %.
Le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire a salué une « performance remarquable ». « Pour la première fois, la croissance française est tirée beaucoup plus par les exportations que par la consommation », a-t-il avancé sur RTL. « Cela engage un cercle vertueux où c’est la production qui finance notre modèle social et la redistribution », a ajouté le ministre qui se fait régulièrement le porte-voix de la réindustrialisation en France.
Cette embellie printanière repose sur la bonne tenue des exportations (+ 2,6 %), surtout des matériels de transport, alors que les importations rebondissent moins fortement (+ 0,4 %).
Outre le commerce extérieur, la croissance trimestrielle a aussi bénéficié du dynamisme de l’industrie manufacturière, des services marchands et de la production d’énergie, soutenue par la réouverture de centrales nucléaires.
« Cette forte progression est un peu en trompe-l’œil », a toutefois relativisé Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, citant des « effets d’une normalisation » dans le nucléaire ou « exceptionnels » comme la livraison d’un paquebot.
Après une progression de 0,1 % (révisée en baisse) au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) a fait un bond de 0,5 % entre avril et juin, a indiqué vendredi l’Institut national de la statistique (Insee). [Ronnie Chua / Shutterstock]
Pas de récession
Pour les trimestres suivants, « il y a encore du potentiel de rattrapage dans les matériels de transport », qui avaient souffert de la perturbation des chaînes d’approvisionnement post-Covid. « Mais à part ça, il n’y a pas beaucoup d’éléments pour se réjouir », a-t-il ajouté auprès de l’AFP.
Ainsi, la consommation des ménages, moteur traditionnel de la croissance, a fléchi de 0,4 % au deuxième trimestre, avec un repli marqué (- 2,7 %) dans l’alimentaire, toujours affecté par une inflation à deux chiffres malgré une détente sur ce front.
Après avoir passé son pic, l’inflation a continué à décélérer en juillet, atteignant 4,3 % sur un an après plus de 6 % en début d’année, mais elle s’élevait toujours à 12,6 % pour les produits alimentaires.
« L’économie française est sur la voie d’une sortie progressive de l’inflation, sans récession », a souligné dans une déclaration le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau.
Si la consommation des ménages risque de continuer à souffrir ces prochains mois, l’accalmie de l’inflation ainsi que le rattrapage des salaires devraient leur permettre de regagner progressivement du pouvoir d’achat, avec à la clé un rebond attendu de la consommation vers la fin d’année.
En revanche, dans le même temps, le durcissement des conditions financières devrait fortement peser sur la demande, selon les économistes.
Déjà, le crédit se tarit en raison de la hausse des taux d’intérêt opérée à marche forcée par la Banque centrale européenne (BCE) pour tenter de juguler l’inflation et la ramener vers 2 % à l’horizon 2025.
Au deuxième trimestre, les investissements des ménages ont ainsi reculé de 1,6 %, pénalisant en premier lieu la construction.
« Cela risque d’être un segment d’activité qui va continuer à souffrir dans les trimestres à venir », a prédit Sylvain Bersinger, chef économiste chez Asterès, tandis que les exportations pâtiraient de la conjoncture morose chez les partenaires commerciaux de la France, comme l’Allemagne.
Pour l’économiste, la croissance serait « au mieux poussive » durant l’été.
M. Villeroy de Galhau a justifié le resserrement monétaire, dont un nouveau relèvement la veille du taux de référence à 3,7 %, au plus haut depuis le printemps 2001, en raison de « la persistance d’une inflation sous-jacente encore trop élevée », à savoir hors éléments volatils comme l’énergie.
Alors que la BCE a ouvert la porte à une possible pause à l’avenir, « la persévérance est maintenant la première vertu clé », a-t-il ajouté.
La volonté de l’exécutif de rétablir des finances publiques minées par les crises en déployant une politique budgétaire plus restrictive – avec notamment la réduction du bouclier tarifaire – devrait peser.
Pour l’ensemble de 2023, l’Insee table sur un net coup de frein de l’activité, avec une hausse de 0,6 %, loin des 2,5 % de 2022.
Le gouvernement est jusqu’à présent plus optimiste, misant sur une croissance de 1 %, un chiffre qui semble « atteignable » selon le chef économiste d’Ostrum Asset Management, Phillipe Waechter, sur Twitter, rebaptisé « X ».
« Deutschland über alles » ? (L’Allemagne par-dessous tout ?) Dès 1954, la RFA a retiré ces paroles de son hymne national, qui commence désormais par : « Unité, Justice et Liberté », triptyque qui pourrait s’appliquer à l’Europe. Pourtant, l’Allemagne devient peu à peu « über alles » (au-dessus de tous) en Europe, d’où la question allemande.
Olaf Scholz avait parlé, dès août 2022, du devoir de l’Allemagne de faire face à ses responsabilités, avec une véritable « weltanschauung » (vision du monde). Vision allemande ou européenne ? L’Allemagne décide sans consulter ses partenaires, à commencer par le plus proche : la France.
Sortie du nucléaire, ouverture des frontières aux migrants syriens, augmentation du budget militaire de 100 milliards d’euros, création d’un bouclier anti-missile, plan de soutien à l’économie allemande de 200 milliards, toutes décisions unilatérales sur l’énergie, la défense, l’immigration, l’économie, questions communes à l’Europe.
Aujourd’hui, le conflit franco-allemand sur le nucléaire tient moins à l’idéologie (les renouvelables face au nucléaire), qu’à la manne des subventions, à l’économie. L’industrie allemande s’inquièterait-elle des bas prix de l’énergie nucléaire, ce qui fut longtemps pour les Français un avantage ? Préfère-t-elle encore ses usines à charbon, sa dépendance hier au gaz russe, demain aux métaux rares chinois, au GNL américain ? Etrange, inquiétante attitude.
La première armée européenne sera la Bundeswehr.
L’Allemagne, par sa puissance économique, financière (sans l’Europe, la France tiendrait-elle ?), ses investissements en Europe de l’Est, est devenue le pivot de l’Europe. Elle est favorable à l’extension de l’UE à la Moldavie et aux pays des Balkans. L’extension de l’OTAN à la Suède et la Finlande, voire à l’Ukraine, en font la garante de l’ordre européen à l’est ; à condition de s’appuyer sur le lien transatlantique, et non sur une « autonomie stratégique » qu’elle n’entend que comme une ritournelle française.
La première armée européenne sera bientôt la Bundeswehr. Mais sans la puissance nucléaire. Elle agira en coopération étroite avec les Etats-Unis. Le Fonds spécial de Défense allemand, après une modification de la loi fondamentale, est hors budget. L’Allemagne financera 80 milliards d’équipements par an, c’est-à-dire plus du double de ce que prévoit la nouvelle loi de programmation militaire française, puisqu’elle ne supporte pas l’entretien de la dissuasion nucléaire, qu’elle n’a pas de marine, qui sont les atouts de la France.
Si l’Allemagne choisissait de constituer avec la France un pôle européen de défense, une industrie européenne, comme cela serait possible avec l’avion et le char du futur, alors on pourrait parler de continuité dans l’esprit du Traité de l’Elysée de 1963, qui constituait le « couple franco-allemand », socle de l’Europe. Les freins mis à cette coopération, les premiers achats allemands aux Américains ne confirment pas cette direction.
Le problème allemand n’est que l’autre face du problème français.
La démarche solitaire allemande a une cause : la faiblesse française. Tandis que la France est endettée à hauteur de 3000 milliards, que la dette atteint 112% du PIB, que le gouvernement cherche désespérément 10 milliards d’économies, le gouvernement allemand fait voter un budget avec une réduction de dépenses de 30 milliards, l’endettement de l’Allemagne est revenu à son niveau d’avant crise : 66% du PIB. L’Allemagne empruntera l’an prochain 16 milliards d’euros, la France 270. Le problème allemand n’est que l’autre face du problème français.
Y a-t-il une politique alternative pour l’Europe à l’alliance franco-allemande ? Celle de l’Europe allemande, alliée aux Etats-Unis. La sécurité sera assurée, le commerce, les investissements, les relations avec la Chine aussi. La France y aura sa place, vieille cousine que l’on ne veut pas vexer. Evidemment, ce n’est pas l’Europe. Evidemment, dans un tel cadre, tout le monde pourrait venir, voire les Britanniques et le Canada. Évidemment, au bout d’un certain temps, ce sera une impasse. Les Etats européens se livreront à une surenchère des intérêts nationaux, hors de tout esprit européen, en échange de leur soumission. Les institutions européennes auront de plus en plus de mal à imposer leurs règles de droit. Cela dépendra du Chancelier (et du chéquier) allemands.
Cette Europe-là ne correspondra plus à grand-chose. Elle ignorera, en grande partie, le monde. S’occupera de commerce, verra de loin l’Afrique, le Moyen Orient, le Pacifique, la Méditerranée, laissant toute gestion géopolitique aux États-Unis.
Croire, quand on est tchèque, belge, italien, polonais, qu’il serait possible de faire l’Europe sans laisser à la France une place correspondant à son Histoire et à son influence, serait faire preuve d’ignorance et de naïveté. Quand le premier ministre polonais se plaint en disant qu’en Europe, il y a certains pays qui sont plus égaux que d’autres, c’est exact, et nécessaire : il ne faut pas craindre de l’avouer, de le revendiquer. Il faut un pilotage politique à l’Europe, il ne peut être que franco-allemand.
Le projet européen porte une ambition de civilisation, de création d’une forme politique nouvelle, agile, adaptable. Sans la France, à quoi cela peut-il correspondre ? L’Europe peut se passer du Royaume-Uni, et d’autres, elle ne peut se passer de la France, de son influence.
Y a-t-il une politique alternative pour la France ?
Encore faut-il que la France ait une politique à partager. Encore faut-il que, comme tout grand pays, elle ait plusieurs options politiques pour elle-même. L’existence de politiques alternatives est un moyen de pression politique.
Y a-t-il une politique alternative pour la France ? La France seule sera la 25ème puissance mondiale dans 25 ans. Elle fera partie, du point de vue technologique, scientifique, des pays récepteurs, qui bénéficieront des investissements et technologies extérieurs, sans les avoir créés. Elle paiera tribut aux entreprises étrangères, que ce soit pour l’IA, l’économie digitale ou autre. Sa puissance militaire sera émoussée, celle-ci dépendant d’investissements de plus en plus onéreux, de technologies étrangères.
Les discours « souverainistes » sont au mieux illusoires, au pire pathétiques
Sans l’Europe, elle serait incapable de faire face à sa dette. Elle n’a pas le choix d’autres alliances, puisqu’elle a échoué à constituer un réseau d’alliés en Méditerranée, a perdu l’Afrique, perd son influence au Moyen-Orient, a boudé le Royaume-Uni, conserve autant d’atouts dans le Pacifique que de risques. Elle n’a pas d’alliés de rechange viable ni en Europe et hors d’Europe, à la mesure de l’Allemagne, ou… des États-Unis. Tous les discours « souverainistes » sont au mieux illusoires, au pire pathétiques. Pas d’indépendance de la France sans alliances. Les soi-disant gaullistes devraient relire De Gaulle.
Quand on voit l’Italie organiser une conférence sur les migrations en Méditerranée, avec une vingtaine de dirigeants, sans la France, on regrette le temps perdu. C’est la France qui devait, depuis des années, proposer une politique pour la Méditerranée, pour les migrations, les trafics, l’énergie, la biodiversité, les routes commerciales. N’est-elle pas la première puissance méditerranéenne ? Combien de fois faudra-t-il le crier ?
Le problème français est pire que le problème allemand. Car les Allemands vont, involontairement, aveugler l’Europe en affirmant leur puissance. Mais les Français seront entraînés dans un bourbier qu’ils seront incapables de résoudre tout en se plaignant.
Paradoxalement, l’avenir dépend plus des Français que des Allemands. Car des Allemands reviendrait, par réalisme et intérêt, au couple franco-allemand si celui-ci pouvait exister dans la durée. Ce sont des Français que tout dépend. La France sera-t-elle capable de se redresser, ou non ?
Il ne faut pas considérer le redressement comme une purge, une restauration -c’est l’erreur des réactionnaires- mais comme une audace.
La France peut-elle avoir l’ambition de repenser son Etat ?
Il faut une politique de libération : la fiscalité sur le salarié moyen s’élève à 54,1 % en France en 2023. Dans l’UE, le taux réel d’imposition du salarié est à 44,1 %. Malgré ces records de prélèvements, la France sera le seul pays de l’UE à ne pas ramener son déficit sous la barre des 3 % en 2026. L’Italie ou l’Espagne, qui avaient des niveaux de déficit plus élevés en 2022, y sont arrivées.
La France peut-elle avoir l’ambition de repenser son Etat ? Education, formation, fiscalité, organisation territoriale, logement, santé, énergie, relations sociales, subventions, prestations, prestations, relations sociales ? Est-elle capable, comme elle le fit parfois, de s’imaginer comme un « modèle », à commencer par sa réglementation, confuse et abusive, son administration ? Est-elle capable de rattraper son retard démocratique ? Dans les différents classements de la démocratie, la France ne figure plus parmi les vingt premiers. C’est peut-être la clef : les grandes réussites sont toujours liées aux libertés, à la capacité d’agir et d’imaginer des citoyens, à l’obligation de l’administration de rendre des comptes et non l’inverse.
Libérer la France des carcans qui l’entravent, faire participer les citoyens aux décisions qui les concernent, voilà une politique de libération nationale qui fera de la France non plus un pays débiteur mais un pays créateur.
L’avenir de l’Europe, d’une grande partie du monde, dépend de la réponse française à la question allemande. Ces réponses, elles sont en France. Quelle chance !
Laurent Dominati
Laurent Dominati
a. ambassadeur de France
a. député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
L’été avance et notre série dédiée aux événements qu’il ne fallait pas louper en 2022/2023 continue. Dans ce troisième épisode, on s’intéressera à l’actualité consulaire, soit celle des consulats et des associations qui constituent le riche tissu associatif des Français de l’étranger, comme l’UFE qui a changé de président. On regardera aussi du côté des Lycées français dans le monde sans oublier la CFE. Enfin, on saluera Pauline Carmona qui prendra la tête de l’administration consulaire ce 01 septembre.
AEFE : pédophilie, tensions sociales, déconventionnement… une année 2022/2023 difficile
Les 500 Lycées homologués par l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger ont, dans leur grande majorité, vécu une année 2022/2023 placée sous le signe du retour à la normale après 2 ans de pandémie. Si la situation s’est éclaircie sur le volet sanitaire, les conflits sociaux ont repris de plus belle.
Comme en France, la réforme des retraites a provoqué de nombreux remous au sein des établissements scolaires français, de Barcelone à Bangkok en passant par Rabat, Berlin, etc. Au-delà de cette opposition à ces nouvelles dispositions, les syndicats sont aussi vent debout contre la nouvelle politique d’encadrement des détachements, la multiplication des recours aux contrats locaux et la non transposition des augmentations et autres avantages concédés à leurs confrères en France dans le cadre du « Grenelle de l’Éducation » de 2021. Ils ont pu d’ailleurs s’exprimer sur ce thème au sein du conseil d’administration, nouveau format, mis en place depuis cette année.
Autre sujet qui inquiète syndicats comme parents d’élèves, c’est la multiplication des déconventionnements dans le réseau de l’AEFE. Cette année, c’est le cas des deux derniers Lycées français conventionnés de la Mission laïque française en Espagne, sur la dizaine que compte cet opérateur historique, qui a défrayé la chronique.
Enfin, plus grave, l’AEFE, dans un établissement qu’elle gère directement (EGD) à Barcelone, a été confrontée à un cas de pédophilie au sein de la maternelle de l’établissement. On y est revenu longuement dans nos articles.
Le STAFE, un fonds qui ne trouve pas son rythme de croisière
Doté de deux millions d’euros, le fonds de soutien au tissu associatif des Français à l’étranger (STAFE) a été créé en 2018 suite à la suppression du dispositif de la « réserve parlementaire ». Pour rappel, cette réserve était détenue par les parlementaires qui pouvaient octroyer chaque année différents montants à des projets de leur circonscription.
Aujourd’hui, les projets sont présentés en Conseil consulaire, soumis à l’instruction des Conseillers des Français de l’étranger en Conseil consulaire. Après examen de chaque dossier, ces derniers formulent des vœux, vœux qui sont intégrés dans une note plus globale rédigée par le poste consulaire dans laquelle l’administration insère également ses propres commentaires. Pour autant, le dispositif n’apporte pas pleinement satisfaction car il favorise de facto les projets portés par des administrations ou ses affiliés au détriment des associations citoyennes de Français de l’étranger.
Un des grands chantiers des 2 quinquennats d’Emmanuel Macron, c’est la concrétisation de la simplification des rapports avec l’administration française et la facilitation de son accès par un renforcement des outils digitaux.
Stanislas Guérini, le ministre chargé de la simplification administrative, et Olivier Becht, ont encore rappelé cet engagement au mois de juin 2023.
Depuis le 13 octobre dernier, le service France Consulaire répond par téléphone et par courriel aux demandes des expatriés. Il a pour vocation à remplacer les accueils téléphoniques de tous les consulats. Comme nous le relatons régulièrement, depuis la crise de la Covid-19, l’insatisfaction des Français établis dans de nombreux pays monte en puissance. Ce nouveau service doit permettre de rétablir un service satisfaisant. Dans un premier temps, il fut en test dans 5 pays de l’Union européenne, depuis le début de l’année, le dispositif est déployé dans le monde entier, en commençant par l’Europe avant de s’étendre à tous les continents d’ici la fin de l’année 2025.
Permis de conduire sur France identité, disponible en 2024
La dématérialisation des services, accélérée par la crise sanitaire, l’essor des accès distants aux données d’entreprise, la numérisation des échanges et le télétravail accélèrent le besoin d’authentification et de vérification d’identité à distance. Pour répondre à ces enjeux, l’Etat français va déployer un nouveau dispositif : France Identité !
Le décret publié le 13 mars 2022 au Journal officiel devrait s’appliquer depuis. Ce texte met en place une simplification du recours à la Banque de France pour les personnes dépourvues de compte de dépôt en France et qui ont vu leur demande rejetée par les banques commerciales. L’objectif est de modifier les délais de la procédure de droit au compte et d’améliorer son suivi.
Pour autant, les cas de « débancarasition » se multiplient toujours dans la communauté des Français de l’étranger, et c’est face à ce constat que votre site Lesfrancais.press s’associe au groupe des Banques populaires et des Caisses d’Epargne pour créer une nouvelle application bancaire, disponible courant novembre 2023, France Pay, qui permettra à tout Français, sur simple présentation d’une pièce d’identité française, d’obtenir un compte français SEPA (FR) et d’une carte Visa internationale émise en France et reçue sur votre lieu de résidence.
Les relations élus – administration consulaire
Derniers arrivés de la cohorte d’échelons locaux, les conseillers consulaires, créés sous François Hollande sous l’impulsion de la ministre chargée des Français de l’étranger de l’époque, aujourd’hui sénatrice représentant ces derniers, Hélène Conway, ne disposeraient pas des mêmes prérogatives que leurs confrères élus en France. Pourtant leur rôle et leurs missions sont au coeur de l’actualité consulaire.
C’est en tout cas ce qui ressort du rapport du groupe d’études « Statut, rôle et place des Français établis hors de France », adopté ce 8 février par le Sénat sous l’impulsion du sénateur et président de la fédération des Français de l’étranger du parti « Les Républicains » Ronan Le Gleut, qui présida les travaux tout au long du processus.
Un nouveau président pour l’UFE : Alain-Pierre Mignon
Alain-Pierre Mignon
Dans l’actualité consulaire, on s’intéresse aussi à la vie des associations, cette année c’est à l’UFE que la présidence a changé.
Résident depuis des décennies en Indonésie, Alain-Pierre Mignon est un chef d’entreprises aux multiples succès en plus de diriger, aussi, le bureau de représentation de la banque du Crédit industriel et commercial (CIC) sur place. Cette riche et active carrière ne l’a pas empêché de s’investir au quotidien pour ses compatriotes à l’étranger. Tout en étant élu des Français de l’étranger à Jakarta et président de l’UFE locale, Alain-Pierre Mignon était de 2015 à avril 2022 le Président de la Caisse des Français de l’Etranger (CFE).
La Caisse des Français de l’étranger : en danger ?
Isabelle Frej, présidente du Conseil d’administration de la CFE
Le 26 juin, quelques jours après la réunion du CA de la Caisse des Français de l’étranger des 12 et 13 juin, un article fut publié sur un site spécialisé sur la situation financière de la CFE. Il eut l’effet d’une déflagration dans le petit milieu des expatriés. Dans ce court papier, on découvre un déficit de 42 millions d’euros pour l’année 2022. Pour le journaliste, cette situation mettrait en péril l’organisme privé qui permet aux expatriés de conserver les prestations de la sécurité sociale française hors de France. Pourtant, à la lecture détaillée du bilan, on constate que non. Nous avons reçu, il y a quelques jours, la présidente du conseil d’administration de la CFE, Isabelle Frej.
Nouvelle directrice de l’administration consulaire
Pauline Carmona
Pauline Carmona a été nommée, en Conseil des ministres du 13 juillet 2023, directrice des Français à l’étranger et de l’administration consulaire, à l’administration centrale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à compter du 1er septembre 2023.