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  • Mouvement du 17 décembre : la pression est maintenue contre la réforme malgré les divisions

    La nouvelle journée d’action contre le projet de réforme des retraites, mardi 17 décembre, a rassemblé 615 000 manifestants dans toute la France dont 76 000 à Paris, selon le ministère de l’intérieur.

    Dans la capitale, le cabinet Occurence a comptabilisé 72 500 personnes. La CGT, elle, revendique 350 000 manifestants.

    En province, les principaux cortèges ont sans surprise défilé dans les plus grandes villes : les manifestants étaient 20 000 à Marseille, 17 000 à Lyon et Toulouse, 14 000 à Nantes, 13 000 à Bordeaux, 11 000 à Lille, 10 500 à Caen et Montpellier, 10 000 à Brest, Rennes et Rouen.

    Des milliers de personnes ont également marché dans les rues de Grenoble (9 000), Amiens (8 200), Clermont-Ferrand (7 800), Tours (7 800), Pau (7 100), Limoges (6 800), Bayonne (6 700), Perpignan (6 500) et Angers (6 000).

    Des chiffres partout supérieurs à la précédente mobilisation du 10 décembre, mais souvent inférieurs, et dans quelques cas équivalents, à la première journée du 5 décembre.

    C’était notamment le cas à Quimper (5 500), Le Havre (5 300), Le Mans (5 200), Strasbourg (5 000), Saint-Nazaire (4 500), Nice (4 200), Orléans (4 100), Lorient (4 000), Besançon (3 300), Annecy (3 000), Bourges (2 500) ou Nevers (2 300).

    Comme à l’accoutumée, les syndicats ont recensé en moyenne deux à trois fois plus de manifestants, et parfois davantage : l’écart est ainsi de un à cinq à Bordeaux (70 000) et Saint-Étienne (25 000), un à sept à Toulouse (120 000) et même de un à dix à Marseille, où la CGT a revendiqué 200 000 participants.

    Dans la capitale, la manifestation s’est ébranlée vers 14 heures de la place de la République vers celle de la Nation. La CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU ont marché pour réclamer le retrait pur et simple du projet. La CFDT, la CFTC et l’Unsa ont défilé contre l’introduction dès 2022 d’un « âge d’équilibre » qui doit atteindre 64 ans en 2027. « Il faut que tous ceux qui portent une réforme juste et équitable soient dans la rue pour montrer que nous ne voulons pas de cet âge d’équilibre qui est terriblement injuste, qui va concerner d’abord ceux qui ont commencé à travailler tôt », a déclaré le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui s’est éclipsé avant le départ de la manifestation.

    Peu après, l’ambiance s’est brusquement tendue avec l’intervention de la police qui a fait usage de grenades de désencerclement. En fin de journée quelques incidents ont été à déplorer.

    Les taux de mobilisation

    Éducation nationale :

    le taux de grévistes a été de 25,05 % dans le primaire et de 23,32 % dans le secondaire, selon le ministère, et respectivement de 50 % et 60 % d’après les syndicats. Le mouvement a été suivi chez les Français de l’étranger et particulièrement dans les lycées européens où les professeurs engagés sous le droit français sont les plus nombreux. Boris Faure qui représentait le principal syndicat des français de l’étranger parle de journée historique.

    SNCF :

    la mobilisation était en forte hausse avec un tiers des cheminots (32,8 %) en grève, contre contre 11,2 % la veille, et 75,8 % des conducteurs (61 % lundi), selon la direction.

    Parmi les personnels indispensables à la circulation des trains, 59,2 % des contrôleurs et 34 % des aiguilleurs étaient en grève, au 13e jour du mouvement. En progression, ces taux sont néanmoins inférieurs à ceux enregistrés au matin du premier jour de cette grève illimitée, le 5 décembre.

    Avions :

    du côté du ciel, les compagnies aériennes ont réduit de 20 % leur programme de vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport d’Orly, à la demande de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

    Fonction publique :

    17,2 % de grévistes dans la fonction publique d’État (qui inclut les enseignants), contre 10,3 % le 10 décembre et 32 % le 5 décembre, selon le secrétaire d’État Olivier Dussopt.

    3,25 % dans la fonction publique territoriale (2,85 % le 10 décembre et 9,98 % jeudi 5).
    7,7 % dans la fonction publique hospitalière (5,5 % le 10 décembre et 15,9 % jeudi 5).
    Les syndicats n’ont pas communiqué leurs chiffres.

     Le plan de la SNCF pour Noël

    La SNCF assure qu’elle transportera tous les passagers munis de billets sur les grandes lignes pour les vacances de Noël. 53 % des passagers ont vu leur train maintenu mais les autres usagers pourront être transportés le même jour par d’autres rames vers la même destination, assure la compagnie.

    Routes, trains, vols : trafic perturbé dans tous les secteurs

    TRAINS/RER/Métro :

    trois TER sur dix et un TGV sur quatre circulent mardi. À Paris, huit lignes de métro sont fermées et 30 % des liaisons en bus sont assurées.

    Avions :

    les compagnies aériennes ont réduit de 20 % leur programme de vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport d’Orly, à la demande de la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).

    Édouard Philippe rencontrera les syndicats mercredi

    Le premier ministre Édouard Philippe a invité les organisations syndicales et patronales représentatives pour des réunions bilatérales de travail sur la réforme des retraites mercredi à partir de 14 h 30.

    Jeudi, « il les réunira toutes ensemble lors d’une multilatérale » à 16 heures. Il recevra ensuite « en fin d’après-midi les dirigeants des entreprises publiques de transport pour faire le point sur le résultat des discussions engagées à la SNCF et à la RATP », a précisé Matignon.

     

     

  • Grève: forte mobilisation dans les lycées français de l’étranger

    Après une première forte mobilisation, les enseignants du réseau des lycées français de l’étranger ont à nouveau, ce mardi 17 décembre, été fortement mobilisés contre le projet de réforme des retraites et de manière plus générale contre la façon dont l’enseignement français à l’étranger évolue. Une mobilisation qui varie cependant selon les zones géographiques.

    « Journée historique » pour Boris Faure,  secrétaire national à l’international et à l’Europe pour le syndicat AetI UNSA

    Très forte mobilisation dans les lycées en Europe

    Le lycée français de Lisbonne

    Si les administrations des lycées de Londres et de Barcelone n’ont pas souhaité communiquer sur la mobilisation, ailleurs en Europe la contestation fut à nouveau importante. Pas de perturbations à Berne et Amsterdam mais 11 grévistes sur 16 dans le primaire à Athènes, 5 à Vienne et 10 dans le secondaire, et 8 sur 9 à Ankara alors que par ailleurs les lycées de Lisbonne et Madrid ont également été perturbés, tout comme le lycée de Bruxelles même si les élèves ont systématiquement été accueillis. Des lycées «isolés», ceux de pays qui n’en disposent que d’un seul, ont aussi été mobilisés ce qui est inhabituel, comme par exemple à Bucarest en Roumanie.

    Une mobilisation variable en Asie

    Si en Chine il n’y a pas eu de mobilisation à Shanghai, Hong-Kong, et Canton, ailleurs en Asie la mobilisation semble, selon les informations que nous avons reçu des syndicats, avoir pris.

    La mobilisation est également forte au Maghreb, en Tunisie et au Maroc, qui dispose d’un très intense réseau éducatif français.

    Pour Patrick Soldat, de la FSU – hors de France, que nous avons contacté, le mouvement dans les établissements à l’étranger est lié à la réforme des retraites bien sûr mais aussi à l’évolution du réseau international et à l’ambition présidentielle de doubler le nombre d’élèves d’ici 2030. Une façon pour les syndicats de dénoncer la priorité donnée à   la privatisation du réseau et la mise en place massive  de contrats de droit locaux.

    « une journée historique » pour Boris Faure

    Pour Boris Faure, secrétaire national à l’international et à l’Europe (AetI UNSA), contacté par lesfrancais.press, la mobilisation est motivante :

    « C’est une journée historique. Des réformes de cette ampleur on en connaît une tous les trente ou quarante ans. Les collègues l’ont perçu. D’autant qu’à l’AEFE le sujet des pensions est majeur. Une grande partie de la dotation de l’Etat est fléchée vers les pensions. Nous voulons penser demain sereinement et qu’aucun personnel du champ éducatif ne soit perdant demain. Zéro perdant en France comme à l’étranger ! »

    Reste la question de la suite du mouvement après les fêtes. Perdurera-t-il ? Jean-Luc Mélenchon et d’autres membres de l’opposition le comparent aux grèves de 1995. L’avenir nous dira qui du gouvernement et de l’opposition et des syndicats aura gagné son pari.

  • Grève en France contre la réforme des retraites: Mardi de mobilisation générale

    Les cortèges verront défiler cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats, magistrats et soignants.

    La mobilisation contre la réforme des retraites en France pourrait atteindre un sommet mardi dans la rue à l’appel, pour la première fois, de tous les syndicats, invités dès le lendemain par le Premier ministre pour des discussions en vue de trouver une sortie de crise avant Noël.

    https://twitter.com/LaurineMaada/status/1205502486498480130

    Au 13e jour d’une grève illimitée dans les transports, les salariés du public et du privé sont attendus en nombre dans les cortèges de cette troisième journée de protestation contre le système universel de retraites par points.

    La démonstration de force du 5 décembre, avec 806.000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur dans les rues au premier jour du conflit, servira de référence, davantage que la mobilisation en net repli d’il y a une semaine (339.000).

    Une donnée pourrait affoler les compteurs: la présence de tous les syndicats dans les manifestations, à Paris comme en régions.

    Les cortèges verront défiler cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats, magistrats en grève… Mais aussi des internes, médecins et soignants mobilisés dans toute la France pour réclamer davantage de moyens pour l’hôpital.

    Les syndicats CGT, Force ouvrière, la CFE-CFC, Solidaires et la FSU marcheront pour réclamer le retrait pur et simple du projet, en essayant de profiter des difficultés de l’exécutif.

    Le gouvernement est fragilisé par la démission lundi de l’artisan du plan de réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, décrédibilisé par des soupçons de conflit d’intérêts.

  • Trump touché, mais pas coulé

    Les Démocrates ont marqué des points avec la procédure d’impeachment lancée contre Donald Trump. Il est impossible qu’elle soit approuvée par le Sénat, mais elle a abîmé l’image de Trump, tant les témoignages ont été concordants et accablants. Un Président qui bloque 400 millions d’aides militaires pour l’Ukraine afin de faire pression sur un chef d’Etat pour que l’on enquête sur le fils d’un rival potentiel, cela fait tâche. Même si le fils n’était visiblement pas payé pour ses compétences. Mais ces histoires de pouvoir et d’influences, à Washington ont-elles tant d’effets que cela ?  L’idée générale n’est-elle pas : ils sont tous pareil : Hillary, Biden, Trump, tous les politiciens font des pressions, monnaient leurs services, et veulent éliminer leurs adversaires. Au moins Trump, il ne le cache pas. Voilà ce que peuvent penser les électeurs.

    Impeachment et embellie

    Ils s’intéressent surtout à ce qu’ils vivent. Et ils vivent une embellie économique exceptionnelle. Au mois de novembre, 266.000 emplois ont été créés aux Etats-Unis. Les économistes prévoyaient seulement 184.000. Le taux de chômage est tombé à 3.5%. Et cela, alors que plus d’un million d’immigrés arrive chaque année aux Etats-Unis. Les salaires ont augmenté de 3.1% par rapport à l’année dernière.

     

    Ce sont des facteurs majeurs pour Trump, ce sont ceux là qui seront mis en avant, et qui joueront dans les Etats délaissés, qui, anciennement démocrates, se sont donnés à lui aux dernières élections.

     

    Il est vrai que la productivité baisse. De 0,2 % au troisième trimestre. Une curiosité de plus en cette période de révolution technologique. Elle pourrait s’expliquer par la nature des emplois créés : des emplois de service, dans l’éducation, la santé, l’hôtellerie, les loisirs. Des jobs de contact et de service.

     

    Enfin, l’accord commercial annoncé avec la Chine écarte le risque de récession attendue par une politique commerciale trop agressive et qui risquait d’amputer le pouvoir d’achat des américains : ce sont les contribuables qui paient les taxes imposées sur les produits chinois. Qui plus est, l’accord sera vu comme une victoire de Trump. Face à la bonne santé de l’économie et à l’accord chinois, les Démocrates feraient mieux de parier sur autre chose que la procédure de destitution contre Trump pour l’emporter. D’ailleurs, pour l’instant, Trump reste favori des bookmakers.

     

  • La réforme des retraites, une affaire à multiples entrées

    Le Premier Ministre, Edouard Philippe a dévoilé les grandes lignes du futur de projet de loi de réforme des retraites. Ce dernier devrait être présenté le 22 janvier prochain en vue d’une discussion au Parlement à partir de la fin du mois de février, c’est-à-dire avant les élections municipales, l’adoption définitive du texte n’intervenant qu’après. Le texte devrait être finalisé d’ici la fin du mois de décembre.

    Le Premier Ministre a tenu à disjoindre, en partie, les problèmes de financement à court terme de ceux liés à sa transformation en régime universel à points. En partie, car la fixation d’un âge d’équilibre à 64 ans qui entrera en vigueur dès 2022 apparaît en l’état comme un point clef dans l’équilibrage du système.

    Quel que soit le mode de calcul, par points, par annuités, etc., l’équation comptable se pose. Compte tenu de l’évolution démographique, 25 millions de retraités en 2060, une population active stable autour de 34 millions à partir de 2030, une croissance pour le moment étale, des arbitrages sont nécessaires. Les curseurs sont assez limités : cotisations, montant de la pension, durée de la retraite, durée de la vie active. Les points clefs pour les pensions sont les règles d’indexation avant et après liquidation.

    Dans un système par points, la gestion de l’équilibre s’effectue autour de son rendement qui est le rapport entre le prix d’acquisition et du prix de liquidation.

    Les générations concernées

    La première génération concernée par la réforme ne serait plus celle de 1963 mais celle de 1975. De ce fait, ce n’est qu’à partir de 2037 que partiront les premiers retraités ayant une partie de leur pension issue du régime universel. La génération 2004 sera la première à être intégralement concernée par le régime universel par points. Les générations se situant entre 1975 et 2004 disposeront de pensions calculées selon les anciennes et les nouvelles bases. La génération 75, qui prendra sa retraite vers 2037, aura 70 % de sa retraite calculée selon l’ancien système et 30 % dans le nouveau.

    Ce lissage a pour objectif de sortir du débat de la clause du grand père. Les actifs âgés de plus de 44 ans sont de fait exclus de la réforme, soit plus 15 millions d’actifs sur un total de 30 millions. Est-ce que celles et ceux qui sont nés après le 1er janvier 1975 seront pénalisés par rapport à ceux nés avant ? Sur le sujet, la réponse est loin d’être unique. Tout dépend des règles de basculements et des situations individuelles.

    Fonctions publiques : revalorisation des rémunérations et pénibilité.

    Le Premier Ministre s’est engagé à maintenir le niveau des pensions des enseignants. Cette garantie sera fixée par la loi. Avant la fin du quinquennat, des revalorisations nécessaires pour maintenir le niveau des pensions seront prévues avec un début d’application dès 2021.

    Au niveau de la fonction publique hospitalière, le Gouvernement adaptera les seuils sur la reconnaissance de la pénibilité liée au travail de nuit, en lien avec la réalité de leur rythme de travail effectif. Cela permettra à près d’un quart des aides-soignantes à l’hôpital de partir plus tôt à la retraite.

    Un nouveau dispositif sera institué pour permettre le financement d’un temps partiel sans perte de revenu en fin de carrière pour les aides-soignantes qui le solliciteraient.

    Régimes spéciaux, laisser du temps au temps

    S’agissant des régimes spéciaux ou de ceux qui ont des âges dérogatoires, le Premier Ministre a indiqué que des dispositions spécifiques seront prises pour adapter les âges de départ à la retraite et le chemin de convergence des dits régimes. Il a admis à demi-mot le principe de la clause du grand père pour la SNCF en faisant référence à la réforme précédente.

    En 2018, le gouvernement a fait adopter un nouveau cadre pour la SNCF qui prévoit que tous les cheminots embauchés avant le 1er janvier 2020 conservaient leur statut. Or, celui-ci intègre par nature la couverture retraite. Le représentant de la CFDT a demandé l’application de la clause du grand père comme condition sine qua non du retrait de son organisation du mouvement de grève actuel. Dans tous les cas, la transition sera longue. Avant une éventuelle adoption de la clause du grand père, seuls les salariés nés à partir de 1980 (pour ceux qui liquident leurs droits à 57 ans) et 1985 (pour ceux qui partent à 52 ans) seraient concernés.

    Le débat passionnel sur l’âge d’équilibre

    Le Premier Ministre a repris à son compte l’introduction d’un âge d’équilibre à 64 ans. Il a privilégié la notion d’« âge d’équilibre » à celle d’« âge pivot ». Pour inciter les Français à travailler plus longtemps, un mécanisme de décote et de surcote serait ainsi prévu. L’âge d’équilibre de 64 ans entrerait en vigueur en 2027 mais son introduction interviendrait, de manière progressive, à partir de 2022. Tous les actifs partant à la retraite au-delà de 2022 sont susceptibles d’être concernés par ce relèvement. Cela concernera les générations nées après 1960. Il y a fort à parier que le dispositif d’âge d’équilibre donnera lieu à négociation et à modification et qu’il ne sera pas conservé en l’état. Un report de plusieurs années avec une meilleure prise en compte de la pénibilité est envisageable.

    L’âge d’équilibre est censé remplacer la durée de cotisation en vigueur dans les régimes de base actuels. Cette durée qui est de 42 ans, depuis la loi de 2014 sur les retraites (loi Touraine) atteindra 43 ans pour la génération 1973. Du fait de l’allongement des études, les Français entrent sur le marché du travail de plus en plus tardivement, autour de 22 ans, ce qui conduit l’âge de retraite à taux plein, en moyenne, à 65 ans.

    Le concept d’âge d’équilibre s’apparente à celui mis en œuvre depuis le 1er janvier 2019 au sein de l’AGIRC/ARRCO. L’âge d’équilibre est le pendant de l’abandon de la durée de cotisation qui est au cœur des régimes par annuité actuellement en vigueur. En cas de durée inférieure, une décote est appliquée. Inversement, en cas de dépassement du nombre de trimestres exigé, l’assuré bénéficie d’une surcote. La durée de cotisation est aujourd’hui de 42 ans et devrait atteindre 43 ans pour la génération 1973. L’âge d’entrée sur le marché du travail est, en 2019, en moyenne, de 22 ans, ce qui conduit à un âge de retraite à taux plein de 65 ans. L’âge de 64 ans est un an au-dessus de l’âge effectif de départ au sein du régime général.

    Selon le Conseil d’Orientation des Retraite, l’atteinte d’un âge de départ à 64 ans est un élément clef pour le bouclage financier du ou des régimes de retraite. Dans un système par points, la tentation des assurés pourrait être de partir dès 62 ans ce qui pourrait générer tout à la fois un surcroît de dépenses et le versement de petites pensions.

    En Suède, les autorités confrontées à la grogne des retraités ayant de faibles pensions pensent relever l’âge à partir duquel il est possible de liquider ses droits. Pour compenser cet âge d’équilibre, le Premier Ministre a affirmé que la pénibilité au travail serait mieux prise en compte, en particulier pour les personnes qui sont en service la nuit. Le dispositif de carrière longue qui permet à ceux qui ont commencé tôt de partir avant l’âge légal serait adapté au régime par points. Ainsi, les personnes qui ont commencé à travailler avant 20 ans, pourront continuer de partir deux ans avant les autres tout comme les personnes qui exercent des métiers usants.

    Le compte pénibilité sera ouvert à la fonction publique et en particulier à l’hôpital.

    Le seuil du travail de nuit sera abaissé, afin que davantage d’agents puissent bénéficier d’un départ anticipé. La valeur du point Édouard Philippe a indiqué que « la loi donnera des garanties incontestables sur la valeur du point ». Il a précisé que les partenaires sociaux seront appelés à fixer la valeur du point et son évolution, sous le contrôle du Parlement. Il a retenu le principe d’une indexation du point en fonction du salaire et non des prix. Il a répété qu’au-delà 120 000 euros, la rémunération ne permettra pas l’acquisition de droits pour la retraite mais serait soumise à une cotisation de solidarité.

    Un minimum de pension fixé à 85 % du SMIC

    Comme cela avait été mentionné dans le rapport de Jean-Paul Delevoye, la pension minimale est fixée pour les assurés à 85 % du SMIC, soit 1 000 euros en 2019. Mesures en faveur des femmes et des familles Le Premier Ministre a prévu que les ménages ayant au moins trois enfants bénéficieront d’un dispositif spécifique de revalorisation de pension. Au-delà des 5 % par enfant prévu par le rapport Delevoye, les parents de plus de trois enfants auraient le droit à une majoration de 2 % supplémentaires. De ce fait, un enfant donnerait donc droit à une majoration de 5 %, deux de 10 %, trois de 17 % et quatre de 22 %.

    Le rapport de Jean-Paul Delevoye prévoyait, en effet, qu’une majoration de pension de 5 % soit accordée dès le premier enfant à la mère sauf choix contraire des parents. Les familles de 3 enfants perdaient, en contrepartie, la majoration de 10 % applicable à toutes les pensions.

    Le Premier Ministre a annoncé que les femmes qui choisiraient d’arrêter de travailler pour élever leurs enfants jusqu’à l’âge de 6 ans à partir du troisième bénéficieraient de l’assurance vieillesse. Édouard Philippe a également confirmé que le système de réversion garantira au conjoint survivant 70 % des ressources du couple.

    Les professions libérales, une convergence sur 15 ans des taux de cotisation

    Pour les professions libérales, le Premier Ministre a indiqué que la convergence des cotisations serait progressive avec un horizon fixé à 15 ans. Pour les réserves, il a rappelé les préconisations de Jean-Paul Delevoye. Ce dernier avait mentionné que les caisses des professionnels concernés pourraient les conserver pour accompagner la transition vers le système universel. Cela concernerait les auxiliaires médicaux, les avocats, et les médecins. Le Premier Ministre a annoncé qu’il n’y aurait « pas d’hold-up, pas de siphonage pour combler tel ou tel trou, tel ou tel déficit».

    La carte des perdants et les gagnants : un jeu complexe

    La carte des perdants et des gagnants donne lieu à une polémique sur la fiabilité des simulateurs. Compte tenu du nombre de données à intégrer liées à l’âge, la carrière professionnelle, les charges de famille, l’âge de départ, la réalisation de modèle de calculs des pensions est d’une rare complexité. Il faut intégrer d’importants éléments individuels pour avoir une vision juste du montant potentiel de la retraite. En l’état actuel des informations fournies par l’exécutif, il est difficile de prédire des montants évaluatifs de pension.

    Est-ce que les générations nées avant 1975 seront gagnantes et celles nées après les perdantes ? Dans les faits, la barrière de la génération n’est pas aussi nette car les anciennes règles resteront en vigueur pour toutes les années professionnelles accomplies avant 2022. La génération 2004 sera la première à être à 100 % dans le nouveau système. Le régime par points est favorable aux personnes qui dans l’ancien système avait des emplois dont les rémunérations ne permettaient pas d’acquérir des trimestres. En revanche, il peut pénaliser ceux qui connaissent des ascensions en fin de carrière. Le minimum garanti avantagera ceux qui ont des carrières incomplètes. L’âge d’équilibre favorisera ceux qui étaient contraints d’aller au-delà de cet âge pour avoir une retraite à taux plein.

    Au-delà de ces considérations, le système dépend évidemment de la valeur donnée au point. Dans le système actuel, le montant de la pension du régime de base et des régimes alignés est conditionné par l’évolution du plafond de la Sécurité sociale fixé chaque année, par les règles d’indexation des salaires de référence et par le nombre de trimestres validés. Le changement des règles d’indexation, à partir de 1993, a érodé le montant des pensions. En s’engageant à indexer le point sur le salaire moyen, le Premier Ministre mettrait ainsi un terme à un processus engagé il y a 27 ans.

  • Le Sénateur des Français hors de France Christophe Frassa nous répond

    Retour sur l’interview faite par nos collègues de la French Radio Hong-Kong et Macao

    La French Radio : Le Sénateur Christophe-André Frassa est de passage à Hong-Kong venu soutenir le Téléthon, après un périple en Asie.

    Christophe André Frassa : Bonjour à tous, en effet c’était normal d’être là pour cette première édition du Téléthon à Hong-Kong qui était une belle soirée de solidarité et un beau succès à mon avis.

    LFR : Pouvez-vous nous parler un peu de votre voyage en Asie ?

    Christophe André Frassa : Cela a été une tournée marathon, avec la contrainte des travaux législatifs, les fenêtres de voyages sont assez restreintes car j’ai été à Phnom Penh, Ventiane, Bangkok, Pattaya, Phuket, Singapour et Hong-Kong, intense donc, une tournée de mise à jour pour moi car je n’étais pas retourné dans certaines de ces villes. C’était surtout pour voir la communauté française, écouter leurs attentes, leurs inquiétudes quelques fois lorsqu’il y a en Thaïlande par exemple de nouvelles exigences sur les visas et d’assurance maladie locale à prendre pour les retraités. Il y a un travail qui est fait avec la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) pour qu’elle puisse être reconnue par les autorités Thaïlandaises comme l’assurance Thaïlandaise. La CFE travaille à un rapprochement avec des compagnies d’assurance françaises qui sont déjà reconnues. Gros travail car grosses inquiétudes.

    J’ai essentiellement axé mes visites sur les établissements scolaires car il y a une grande réforme attendue et espérée sur l’enseignement français à l’étranger car le président a dit vouloir un doublement de la capacité d’accueil mais je pense qu’il faut surtout l’entendre comme un doublement du réseau et donc de nouveaux établissements reconnus et labélisés c’est surtout cela je pense qu’il faut entendre car nous avons 500 établissements scolaires à l’étranger, nous n’allons pas construire 500 établissements nouveaux donc je pense qu’il y a une expertise à mettre sur pied pour identifier et labeliser des écoles qui sont parfois des écoles internationales, qui existent, voir comment elles peuvent rejoindre un réseau d’enseignement français à l’étranger. Comment pérenniser un système fragile par nature et qui peut le devenir encore plus par extension ?

    LFR : est-ce que vous avez eu aussi l’occasion avec les Français d’évoquer les questions de fiscalité ?

    Christophe André Frassa : C’est rapidement mis en avant et les Français de l’étranger se demande pourquoi ils sont aussi maltraités, méprisés, j’ai toujours une réponse : parce qu’un Français à l’étranger, même si nous sommes désormais 3,4 millions selon la fourchette large, ne bloquent pas les ronds-points, ne descendent pas dans la rue, ne bloquent pas les consulats et les ambassades. Ce sont des victimes expiatoires faciles quand il faut trouver de l’argent pour les caisses de l’Etat et parce que ce sont des contribuables pas dociles mais qui ne se regroupent pas facilement pour se rebiffer. Cela pourrait paraitre un propos désinvolte et cynique comme propos mais je pense que ce qui est désinvolte et cynique est ce qui est mis en place dans des administrations fiscales. Du coup cela est devenu facile et une variable d’ajustement quand il faut trouver quelques millions. Cela s’est vu avec depuis 7 ans la CGS-CRDS, tout récemment avec le passage de 20 à 30% du prélèvement à la source, c’est donc le sujet de conversation principal.

    LFR : Quel combat menez-vous en tant que sénateur par rapport à cela, avez-vous une marge de manœuvre ?

    Christophe André Frassa : La marge de manœuvre nous l’avons en tant que législateurs en amendant la loi de financement de la sécurité sociale et le projet de loi de finances, nous pouvons aussi faire du bruit, deux constats : politiquement, il y a une certaine unité chez les Sénateurs des Français de l’étranger que je regrette ne pas voir chez nos collègues députés, nous sommes chez les Sénateurs LR, UDI, Socialistes et LREM, il y a une vision commune de l’injustice qui frappe nos compatriotes à l’étranger. Nous avons déjà vu cela sous la précédente présidence : un front commun sur la CGS-CRDS face à Bercy sur cette question et députés et sénateurs à l’époque, de tous bords, travaillaient ensemble. Aucune raison qu’il y ait une discrimination entre les Français entre eux parce que certains vivent dans l’Union européenne et d’autres pas.

    Nous avons un dialogue de sourds, les réponses sont méprisantes et il n’y a pas ce front commun entre les 23 parlementaires.

    LFR :  Nous avons parlé fiscalité et enseignement, pouvons-nous parler du budget, il y a eu pas mal de coupes dans le budget de l’Etat et cela s’est ressenti chez les Français de l’étranger avec des réductions au niveau des postes consulaires. Avez-vous eu une action par rapport à cela ?

    Christophe André Frassa : Hélas nous voyons cette dérive budgétaire, mon collègue Ronan Le Gleut est monté au créneau sur les coupes sur l’administration consulaire. Elle est elle-même à l’intérieur de l’administration des affaires étrangères qui est souvent la victime exemplaire dans les coupes budgétaires chaque année. Au sein de cette administration du Quai d’Orsay, l’administration consulaire est la principale victime des plans d’économie. C’est comme fermer la mairie, comme de dire que pour l’état civil il faut aller dans la ville suivante, et parfois la mairie suivante est à des centaines de kilomètres pour les Français de l’étranger. Par ailleurs, la France est un pays qui a tellement bien habitué nos compatriotes à avoir un service de qualité qu’ils ont du mal à s’y retrouver car il n’y a plus le notariat, ô combien utile dans certains pays. L’Etat n’a plus les moyens. Mais il y a aussi des choses positives comme les certificats de vie, nous avons pour le coup joué collectif avec nos collègues députés.

    LFR : vous repartez ce soir à Paris, un programme chargé vous attend notamment dans la commission des lois, pouvez-vous nous en parler ?

    Christophe André Frassa : Pour ce qui me concerne je suis rapporteur de la proposition de loi  déposée par ma collègue députée Laetitia Avia [membre de LREM NDLR] sur la haine sur internet. Nous allons examiner les amendements, je vais présenter mon rapport et je le soumettrai devant la commission des lois et ensuite il y aura la discussion en séance.

  • Régimes spéciaux : 5 milliers par an de subvention, dont la moitié d’avantages selon la Cour des Comptes.

    Les régimes spéciaux – ceux de la SNCF, RATP, EDF, ont fait l’objet de rapports de la Cour des Comptes.Ils sont un des points du conflit qui oppose le gouvernement aux syndicats. Pourtant, celui-ci ne propose qu’une réforme qui s’appliquera seulement quelques années. Entre temps, les avantages particuliers desdits régimes spéciaux continueront à s’appliquer et à coûter un surplus de 2.5 milliards à l’Etat. Explications :

    Aujourd’hui, 80% des retraités dépendent du régime général. Il existe trois autres types de retraite : le régime de la fonction publique ; les régimes de Indépendants (11), les régimes spéciaux (une vingtaine : Comédie française, Sénat, Mineurs, RATP, EDF, SNCF, Engie…). Les pensions des régimes spéciaux sont toutes plus généreuses que celles de la Fonction publique,  elles-mêmes supérieures à celles du privé.

    En 2017 par exemple, pour les nouveaux retraités,  La pension brute moyenne après une carrière complète était de 3705 € à la RATP, 2636 à la SNCF, 2206€ pour les fonctionnaires. Il s’agit de moyennes.

    (Source : Cour des Comptes, Les IEG correspondent aux entreprises du secteur énergétique, comme Engie ou EDF.)

    L’âge du départ à la retraite ne peut expliquer ces différences. Au contraire : 57.7 ans pour les « IEG », 56.9 pour la SNCF, 55.7 pour la RATP, contre 61 ans dans la Fonction publique et 63 ans pour le régime générale des 80% retraités ou futurs retraités du secteur privé. Ce serait donc plutôt : plus longtemps on travaille et on cotise, moins on touche.

    (Source : Cour des Comptes)

    L’espérance de vie n’explique pas non plus ces écarts : l’espérance de vie à 60 ans est la même quelle que soient les régimes, entre 22.1 ans et 22.9. Les cotisations versés durant l’activité ne justifient pas non plus ces différences : 11.31% dans le privé ; 12.73 dans les entreprises IEG, 9.06% à la SNCF.

    Les régimes spéciaux étant tous déficitaires, la subvention de l’Etat les maintient à l’équilibre. Elle s’élève à 5.5 milliards en 2017, presque la moitié de l’ensemble des pensions reversés aux retraités de ces régimes spéciaux : 11.5 Milliards.

    Une grève qui vaut le coup

    La démographie l’explique en partie, puisque les régimes spéciaux comptent désormais plus de retraités que de cotisants : 482.000 retraités pour 325.017 actifs.

    (Source Cour des Comptes)

    En partie seulement. Le Selon le rapport de la Cour des Comptes, les avantages spécifiques dont ils bénéficient représentent en 2017 la moitié de la subvention de l’Etat, soit 2.5 milliards par an.

    La seule explication à ces spécificités, c’est la capacité des professions sous régimes spéciaux à faire pression sur les gouvernements, par la grève, par exemple. On comprend donc que la grève est le moyen de pression efficace qu’ont retenu les syndicats : La grève, ça marche.

    La réforme annoncée par le gouvernement envisage une convergence progressive des régimes spéciaux vers un régime général transformé, qui serait un régime universel à points, comme c’est le cas pour les retraites complémentaires du privé. Mais elle ne s’appliquera pas tout de suite. Il faudra, selon les régimes et les cas, entre 15 et 25 ans pour la voir entrer en œuvre. D’ici là, la subvention de l’Etat pour les avantages spécifiques continueront à être versés pour un montant de 2.5 milliards par an, en moyenne.

    7200 euros en plus par rapport au régime général

    2.5 Milliards pour 347.000 cotisants, cela fait 7200 euros par an et par cotisant. On comprend que les 320.000 cotisants se battent pour garder cet avantage, qui leur est déjà accordé, puisque la réforme ne s’appliquera pas avant 2037.

     

  • Gouverner au nom du futur

    Demain, à l’Unesco, s’ouvrira le Forum mondial sur la Fabrique des Literaties[1]du futur.  Comment utiliser l’idée du futur pour agir au présent ? Hors des cadres, bien souvent. Futur du travail, de la monnaie, du genre, de l’université, des mégalopoles, de la gouvernance, de l’énergie, seront jetés en vrac à travers des ateliers créatifs auxquels participeront chercheurs, étudiants, ministres, ambassadeurs, économistes, philosophes, politiques. Le Capharnaüm de l’attendu et de l’improbable. J’aurais l’honneur d’en animer la discussion générale avec humilité. Et un peu de tristesse ou d’ironie. Quoi, parler du futur ? Un passe-temps d’augure ! En pleine grève ?  Et pourquoi la grève, la taxe énergétique, la réforme du droit d’asile sinon parce que l’idée que l’on se fait du futur modèle nos imaginaires, nos craintes, nos vies, nos politiques. Tous les commandements sont écrits au futur.

    Retraites en 2037, gains actuels.

    Ainsi le gouvernement annonce-t-il après deux de réflexions, une réforme qui met le pays à pied, quoiqu’elle ne s’appliquera pas avant 10, 15, 20 ans selon les cas. 2037 au mieux, 2070 pour en voir la fin. Comme si rien ne devait se passer d’ici là. Pas d’autre gouvernement, pas d’autre crise, croissance, espérance de vie. Comme si dans ce monde mouvant, à part les dettes, qui ne s’abolissent jamais parce qu’elles sont des créances sur le futur, quelque chose pouvait durer sans changement. En regardant en arrière, on s’aperçoit que si des fonds de pension avaient été créé, la moitié au moins du financement des pensions aurait été réglé. Piketty protestera contre le fait que les actions monteraient plus vite que les salaires. Si c’est vrai, pourquoi priver les employés des effets heureux du capitalisme ? Dans un pays réputé ingouvernable, chaque gouvernement fait sa réforme des retraites, plus au moins juste et efficace. Celui-ci, craignant de légiférer pour maintenant, au nom de projections futures, ordonne pour 2037. Cela n’empêche pas les syndicats, de chercher le bras de fer, trop heureux de reprendre un peu de leur pouvoir perdu : Répliques du passé.

    Etudier les futurs possibles montre ce que ce qui est prévu n’arrive jamais.  Les solutions que l’on propose ne sont généralement que celles du passé.

    Et si, comme le prétendent certains, la génération 2004 vivait non pas 84 mais 125 ans? L’âge pivot resterait-il un problème ? Réformer le système de 1945, c’est bien ; inventer celui de 2045, ce serait mieux. Or c’est faisable. Nos ancêtres l’avaient bien fait en 1935.

    Au nom du futur, on ne prépare pas tant le futur qu’on engage des luttes de pouvoir au présent, comme celui du contrôle de la gestion de pensions. Ainsi, le gouvernement va récupérer plus de 135 milliards de fonds de réserve des différentes caisses, dés aujourd’hui, pour 2037. Au nom du futur. Les syndicats ne protestent pas trop sur ce point, on leur promet de « cogérer ». Mais démontrer leur puissance leur garantira une meilleure place. Tel est l’enjeu, bien actuel, du bras de fer. La preuve : le ministre de l’Intérieur a conclu un accord avec les syndicats de police pour leur laisser un régime particulier. Une grève des policiers en cas de grève c’est impossible. Gouverner, c’est prévoir. Chacun ses muscles. Prendre ses gains aujourd’hui au nom du futur.

    Plastiques de 2040, déchets d’aujourd’hui.

    Nous sommes envahis, ici, maintenant, partout, par le plastique. Le gouvernement s’enorgueillit de donner au monde, selon la Ministre en charge de l’écologie, un exemple : la France interdira les plastiques à usage unique en … 2040.  Bel exemple ! N’aurait-il pas été possible d’agir maintenant, plutôt que d’organiser des ramassages scolaires sur les plages ? Les retraites en 2037, le plastique en 2040.

    Pour l’hôpital, des mesures d’urgence ont été prises. Un gros chèque, étalé sur dix ans. Retraites : fixer des rapports de force, prendre aujourd’hui des gages pour l’avenir. Plastiques : repousser des décisions au lendemain, pour ne pas les prendre aujourd’hui.  Toujours, au nom des erreurs passées, prendre l’avenir en otage. Enver Hodja, dictateur rouge albanais, fit construire des milliers de bunkers contre l’invasion impérialiste qui n’arriva jamais. Ce n’était pas pour se défendre. C’était pour maintenir son pouvoir. Syndicats et gouvernements ne construisent-ils pas leurs bunkers ?

    Le contrôle au nom de l’avenir

    C’est dire que le colloque de l’Unesco prend tout son sens : démystifier l’avenir. Au nom duquel on fuit le présent, conforte les rapports de force, prend les générations futures en gage.

    Le monde est turbulent. Tout change .Mais il y a des réalités, des règles. Celles de l’économie et de la politique. Certains ont été surpris de voir la victoire de Boris Johnson. En juin j’avais écrit qu’il rallierait les partisans de Farage et s’assurerait ainsi de la victoire. Et qu’il passerait un  accord avec l’UE. Comme il n’était pas difficile de prévoir que Maduro ne tomberait pas. Ou d’annoncer le prochain bombardement israélien à la frontière irako-iranienne : les jeux de pouvoir sont simples, même s’ils sont souvent cachés.  En revanche, je me suis trompé sur la crise économique qui n’en finit pas de ne pas arriver aux Etats-Unis. Je connais la politique. La politique obéit toujours aux mêmes règles. L’économie ne fonctionne plus comme avant. La société encore moins.

    Mal penser le futur permet de rater le présent. C’est parfois volontaire. Observer comment le futur régit nos vies, par erreur de conception, permet d’imaginer de nouvelles solutions. Ce que fait souvent la société, rarement les gouvernements. C’est pourquoi les sociétés de confiance, d’initiatives, l’emporteront sur les sociétés de contrôle, et connaitront un avenir plus paisible que les autres. La France serait-elle malade de l’amour du conflit, de celui du contrôle ? Ou serait-elle simplement sclérosée ? Donnez le contrôle des retraites non à l’Etat ni aux syndicats mais aux vraies gens, ce serait la révolution : une solution d’avenir.

    [1]« Qu’est-ce que Futures Literacy? C’est un apprentissage, comme la lecture, du pourquoi et du comment les humains imaginent l’avenir. Les images de l’avenir sont les sources des espoirs et des craintes des gens au présent. Si nous ne savons pas d’où viennent ces images ni comment créer les nôtres, nous ne pouvons pas comprendre le monde. »Riel Miller, Fondateur de l’Unité de Prospective , Unesco.

     

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