En tant qu’expatrié, vous avez sans doute déjà entendu ce discours : le retraité vivant hors des frontières françaises est souvent caricaturé sous les traits d’un nanti, d’un privilégié profitant du soleil et pratiquant l’exil fiscal pour échapper aux impôts. Mais que disent vraiment les statistiques ? Une récente étude de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (Cnav) vient de pulvériser ces idées reçues. Loin du mythe de l’expatrié fiscal fortuné, la réalité des pensionnés à l’étranger révèle des parcours de vie bien plus complexes et des revenus souvent très modestes. Décryptage d’une réalité statistique souvent mal interprétée et point sur ce que cela signifie vraiment pour vous, futurs ou actuels retraités expatriés.
Le cliché du « nanti expatrié fiscal » confronté à la réalité
Aujourd’hui, environ 1 retraité du régime général sur 14 vit à l’étranger, ce qui représente un peu plus d’un million de personnes (1 065 125 très exactement, soit 7 % des 15,4 millions de pensionnés français). Face à ce chiffre, l’imaginaire collectif dresse souvent le portrait de retraités aisés partis couler des jours heureux sous les cocotiers.
Pourtant, le couperet des chiffres est sans appel : la pension moyenne du régime général perçue par ces retraités résidant à l’étranger n’est que de 323 € par mois. À titre de comparaison, un retraité résidant en France perçoit en moyenne 910 € au titre de ce même régime de base. Nous sommes donc très loin du cliché du millionnaire fuyant l’administration fiscale française.
Qui sont vraiment ces « retraités français à l’étranger » ?
Si la pension moyenne est si basse, c’est parce que l’expression « retraités français à l’étranger » est fondamentalement trompeuse. En réalité, le terme exact serait plutôt « retraités touchant une pension française et résidant à l’étranger ».
Près de 9 retraités sur 10 vivant hors de France (89 % exactement) sont nés à l’étranger. Il ne s’agit donc pas de Français ayant fait le choix de l’expatriation à l’heure de la retraite, mais pour la très grande majorité, d’anciens travailleurs immigrés rentrés passer leurs vieux jours dans leur pays d’origine après avoir cotisé en France au cours de leur vie active.
Trois facteurs expliquent cette pension de 323 €
Ce montant moyen particulièrement faible s’explique par plusieurs facteurs structurels qui ne doivent rien à l’expatriation en elle-même :
- Une carrière française incomplète : La grande majorité de ces pensionnés n’ont effectué qu’une partie de leur carrière en France. Le régime général ne rémunérant que les trimestres validés sur le territoire français, le calcul se fait logiquement sur une durée de cotisation réduite.
- Le poids des pensions de réversion : Les femmes représentent 57 % de ces retraités à l’étranger. Bien souvent, elles ne perçoivent pas une retraite directe, mais une pension de réversion (une fraction de la retraite d’un conjoint décédé).
- Une base de calcul tronquée : Le chiffre de 323 € ne prend en compte que la retraite de base du régime général. Il exclut les retraites complémentaires (comme l’Agirc-Arrco) ainsi que les pensions versées par le pays de résidence actuel où la personne a pu terminer sa carrière.

Une population très âgée, concentrée en Afrique et en Europe
Où vivent ces pensionnés et quel est leur profil ? Là encore, les données tordent le cou aux stéréotypes.
Il s’agit d’une population extrêmement âgée : 47 % des retraités vivant à l’étranger ont 80 ans ou plus, contre seulement 25 % en France. On y compte d’ailleurs près de 3 000 centenaires. Les « jeunes » retraités de 60 à 69 ans, ceux qui correspondraient potentiellement aux profils d’expatriés récents partant profiter de leur retraite au soleil, ne représentent que 12 % des effectifs.
Géographiquement, ces pensionnés se concentrent massivement sur deux continents :
- L’Union européenne (46 % du total)
- L’Afrique (43 % du total)
Six pays regroupent à eux seuls l’immense majorité des retraités du régime général français : l’Algérie, largement en tête (près d’un tiers des effectifs), suivie par le Portugal, l’Espagne, l’Italie, le Maroc et la Belgique.
Français de naissance expatriés : quelle est votre véritable situation ?
Si l’on écarte cette écrasante majorité de travailleurs étrangers rentrés au pays, il ne reste en réalité que 119 000 retraités nés en France et vivant à l’étranger, soit à peine 10 % du total.
En tant qu’expatrié, vous faites probablement partie de cette catégorie. Pour vous, la moyenne de 323 € n’a aucune signification. Si vous avez effectué l’intégralité ou la majorité de votre carrière en France, votre pension ne baissera pas du simple fait de votre expatriation. Vous emporterez avec vous la même retraite de base et la même complémentaire Agirc-Arrco.
Néanmoins, vivre sa retraite à l’étranger implique des changements importants, tant sur le plan fiscal qu’administratif, qu’il convient d’anticiper.
Fiscalité, aides et démarches : ce qui change pour les expatriés
- La fin des prélèvements sociaux classiques : Si vous êtes résident fiscal dans l’Union européenne, vous êtes généralement exonéré de la CSG, de la CRDS et de la Casa.
- L’apparition de la cotisation maladie : En remplacement, si vous restez couvert par l’Assurance maladie française, une cotisation spécifique sera prélevée : 3,2 % sur votre retraite de base et 4,2 % sur votre retraite complémentaire.
- La perte des aides liées à la résidence : Attention, certaines aides de solidarité, comme l’ASPA (le minimum vieillesse), sont strictement conditionnées à la résidence sur le territoire français. Elles ne sont plus versées une fois la frontière franchie.
- L’incontournable certificat de vie : C’est la démarche phare du retraité expatrié. Pour continuer à percevoir votre pension, vous devez prouver que vous êtes toujours en vie en fournissant chaque année un « certificat de vie » dûment rempli et tamponné par les autorités locales de votre pays de résidence. Dans certains pays, il existe une procédure digitale. Une absence de réponse entraîne la suspension pure et simple de vos versements.
Préparez votre expatriation avec les bons indicateurs
Les clichés ont la vie dure, mais les chiffres de l’Assurance retraite prouvent que les pensionnés à l’étranger sont bien loin de l’image d’Épinal du nanti en exil fiscal.
Pour vous, futur retraité expatrié, la règle d’or est de ne pas vous fier aux moyennes générales, qui englobent des réalités sociologiques radicalement différentes de la vôtre. Avant de franchir le pas, la meilleure démarche reste de faire simuler le montant exact de votre future pension, d’étudier précisément les conventions fiscales bilatérales entre la France et votre pays d’accueil, et de bien chiffrer le coût de votre couverture santé locale (mutuelle ou assurance privée type CFE).
L’expatriation à la retraite est un magnifique projet de vie, à condition qu’il soit préparé avec des chiffres fiables et personnalisés.







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