Après avoir été au bord de la banqueroute au début des années 2010, la Grèce pourrait, dans les prochains mois, perdre son statut de pays le plus endetté de l’Union européenne. Dimitris Tsakonas, directeur de l’Agence grecque de gestion de la dette publique, a évoqué publiquement cette évolution lors d’une récente conférence organisée par la chambre de commerce hellénique. Selon les estimations avancées par les autorités grecques, le ratio de dette publique rapporté au produit intérieur brut pourrait tomber autour de 137 % dès la fin de l’année 2026, soit un niveau inférieur à celui attendu pour l’Italie. Cette décrue se poursuivrait ensuite progressivement, avec une dette ramenée à 130 % du PIB en 2027, puis autour de 120 % en 2029, avant d’approcher le seuil des 100 % au début des années 2030. La France serait alors plus endettée que la Grèce.
Un exploit budgétaire
La réduction de la dette publique grecque constitue un réel exploit. En 2020, la dette grecque dépassait encore 210 % du PIB. Depuis plusieurs années, Athènes enregistre des performances budgétaires rares au sein de la zone euro. Les finances publiques grecques dégagent désormais des excédents, favorisant une réduction rapide du poids apparent de la dette.
Au titre de l’exercice 2025, le gouvernement grec a annoncé un excédent primaire proche de 5 % du PIB, tandis que le solde budgétaire global, intérêts de la dette compris, est également redevenu positif. Cette amélioration a permis à Athènes d’engager un nouveau remboursement anticipé d’une partie des prêts accordés au début des années 2010 par ses partenaires européens. Les autorités grecques soulignent également plusieurs éléments favorables : l’État dispose d’importantes réserves de trésorerie, tandis que la maturité moyenne de la dette dépasse dix-huit ans, avec une large proportion d’emprunts à taux fixe. Cette structure protège en partie le pays contre les tensions actuelles sur les marchés obligataires.

Maîtrise des dépenses publiques
La consolidation budgétaire grecque repose largement sur une forte discipline des dépenses publiques, mais aussi sur les effets de l’inflation. Depuis la crise énergétique de 2022, la hausse des prix reste soutenue dans le pays et s’est même accélérée récemment sous l’effet des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. L’inflation produit un effet mécanique favorable sur les ratios d’endettement : la progression des prix augmente la valeur nominale du PIB, ce qui réduit le poids relatif de la dette sans que celle-ci diminue nécessairement en valeur absolue. L’encours de dette grecque demeure supérieur à celui observé avant la pandémie, atteignant environ 363 milliards d’euros fin 2025, contre 339 milliards en 2019.
L’amélioration des finances publiques provient également de la forte progression des recettes fiscales. La hausse des prix alimente automatiquement les rentrées de TVA, tandis que l’absence d’indexation complète du barème de l’impôt sur le revenu accroît la pression fiscale réelle sur les ménages. Cette situation pèse directement sur le pouvoir d’achat des Grecs. Dans de nombreux secteurs, les salaires progressent moins rapidement que le coût de la vie, notamment pour le logement et l’alimentation. Une grande partie des salariés du secteur privé perçoit moins de 1 000 euros nets par mois. Selon les données statistiques nationales et européennes, plus d’un quart de la population demeure exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale.
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Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.
























