Inflation forte ou faible dans le futur ?

Inflation forte ou faible dans le futur ?

L’inflation est à nouveau en hausse avec le conflit au Moyen-Orient. D’autres facteurs pourraient, de manière structurelle, conduire à une progression de celle-ci dans les prochaines années. Parmi ceux-ci figurent les tensions sur les marchés des minéraux critiques et des semi-conducteurs, le vieillissement démographique avec, en parallèle, le recul induit de la population en âge de travailler, ainsi que les tendances protectionnistes.

Des gains de productivité pour contrer la hausse de l’énergie

A contrario, des facteurs pourraient peser sur l’évolution des prix, comme l’excès de l’offre de biens résultant des surcapacités de production en Chine, le développement de l’intelligence artificielle avec une forte augmentation des gains de productivité, et la hausse de la production d’énergie électrique en lien avec l’essor des sources d’énergies renouvelables. Mais aux États-Unis, le développement de l’intelligence artificielle se traduit par d’importants gains de productivité. De 2010 à 2025, la productivité par tête dans le secteur privé a progressé de 25 % dans ce pays et de près de 10 % ces cinq dernières années.

En ce début d’année 2026, l’inflation provient essentiellement de la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel, +40 % entre fin février et début mai. L’inflation a atteint 3 % en zone euro en avril. Cette vague inflationniste est la seconde en moins de cinq ans. L’instabilité croissante de l’économie mondiale, de conjoncturelle, devient structurelle. Le risque inflationniste géopolitique est intégré dans la fixation des taux obligataires.

Un réservoir de pétrole brut de la raffinerie de pétrole Dangote le district d’Ibeju Lekki à Lagos, le 2 mars 2026.
Un réservoir de pétrole brut de la raffinerie de pétrole Dangote le district d’Ibeju Lekki à Lagos, le 2 mars 2026. © Sodiq Adelakun/REUTERS

La multiplication des conflits et des risques géopolitiques est de nature inflationniste. Les primes d’assurance pour le transport maritime augmentent. Les perturbations dans l’approvisionnement (blocus, embargos, sanctions, changement de routes) génèrent des surcoûts et des pénuries.

Tensions sur le marché des matières premières

D’autres facteurs pourraient accentuer les tensions inflationnistes dans les prochaines années. Figurent notamment les tensions sur les marchés des minéraux critiques et des semi-conducteurs. Le développement de l’intelligence artificielle, avec les besoins de data centers et de puissance de calcul, provoque une forte demande en cuivre, en métaux rares et en microprocesseurs. Le prix du cuivre a doublé entre 2020 et 2026, celui du platine a progressé de 40 %. De 2025 à 2026, le prix des semi-conducteurs DDR3 2GB (mémoire vive) a été multiplié par trois, celui des semi-conducteurs Flash NAND par plus de deux. Compte tenu de l’augmentation des besoins avec la digitalisation croissante de l’économie, les prix de ces produits risquent d’être orientés à la hausse sur le moyen terme.

Notons que la dynamique actuelle sur les droits de douane (aux États-Unis, en Europe sur les produits chinois) ou les autres formes de protectionnisme (réglementations qui défavorisent les produits importés, préférence nationale…) sont, également, inflationnistes. L’augmentation des droits est en grande partie répercutée sur les consommateurs. La multiplication des contraintes non tarifaires aboutit à réduire la concurrence et favorise donc les hausses de prix. Par ailleurs, une moindre concurrence signifie une réduction des gains de productivité, ce qui alimente l’inflation.

L’évolution de la démographie est également potentiellement inflationniste

Le vieillissement démographique devrait se traduire par un surcroît d’inflation. La population en âge de travailler (de 15 à 64 ans) recule au Japon et dans la zone euro, et progresse peu aux États-Unis.

La baisse au sein de la zone euro est de 0,6 % par an, comme au Japon. D’ici 2040, la contraction devrait atteindre, dans ce dernier pays, 1,8 % par an. Aux États-Unis, avant la mise en œuvre de la politique anti-immigration de Donald Trump, la population active progressait de 0,1 à 0,2 % par an. Désormais, celle-ci serait étale, voire en légère baisse. Cette évolution de la population active signifie la multiplication des pénuries de main-d’œuvre, avec à la clé des hausses de salaires. Par ailleurs, une population âgée consomme avant tout des services générant de faibles gains de productivité, ce qui induit également de l’inflation.

Surcapacités de production en Chine

La Chine est caractérisée par un faible taux d’utilisation des capacités de production en lien avec la faiblesse de sa demande intérieure. Cette situation incite les entreprises chinoises à exporter en jouant sur les prix afin de soutenir leur production. Entre 2021 et 2026, le taux d’utilisation des capacités de production dans l’industrie manufacturière est passé, en Chine, de 76 à 74 %. En 2025, les exportations chinoises ont progressé de près de 10 %, quand celles à l’échelle mondiale n’ont connu qu’une augmentation de 3 %.

Les prix des biens en Chine étant inférieurs d’environ 30 % aux prix des biens aux États-Unis et en Europe, la Chine gagne des parts de marché à l’exportation. La faiblesse de l’inflation en Chine se diffuse à l’ensemble de la planète.

Sur une chaîne de production de Dalian Special Steel Products Co., Ltd, filiale du groupe Dongbei Special Steel, à Dalian (Liaoning, Chine), le 18 janvier 2021
Sur une chaîne de production de Dalian Special Steel Products Co., Ltd, filiale du groupe Dongbei Special Steel, à Dalian (Liaoning, Chine), le 18 janvier 2021. ©LIU DEBIN/VCG VIA GETTY IMAGES

Des capacités énergétiques importantes d’ici 2030

Tous les États mettent en œuvre des programmes visant à accroître leurs capacités de production d’énergie électrique afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre, de réduire la dépendance aux hydrocarbures et d’accompagner l’essor de l’IA, fortement consommatrice d’énergie. La hausse des capacités de production pourrait aboutir à un retournement des prix d’ici quelques années.

À court terme, la guerre au Moyen-Orient entraîne une hausse des prix. À moyen terme, des facteurs inflationnistes cohabitent avec des facteurs déflationnistes, rendant les prévisions délicates en la matière. La baisse de la croissance potentielle, qui est admise par un grand nombre d’économistes, devrait jouer en défaveur de l’inflation, à moins que l’économie mondiale ne renoue avec la stagflation.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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