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  • La France deuxième vendeur d’armes au monde 

    La France deuxième vendeur d’armes au monde 

    Si l’empreinte diplomatique de la France recule, il n’a pas les conséquences qu’on pourrait imaginer. Les chiffres des ventes d’armes dans le monde pour la période 2019_2023 étant désormais connus, on découvre, dans le classement de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), que notre pays passe devant la Russie dans le classement des exportateurs d’armes au niveau mondial. Aidée, peut-être par le conflit russo-ukrainien mais surtout par les prouesses du Rafale, la France est devenue le deuxième vendeur d’armes au monde.

    La domination américaine

    Dans cette compétition, les États-Unis restent de très loin les premiers exportateurs d’armes au monde, raflant à eux seuls 42 % du total des ventes.

    Pourtant, depuis 2019, la France a vu ses ventes à l’international bondir de 47 %, quand la Russie voyait les siennes chuter de 53 %. C’est un sérieux revers pour Moscou. Revers d’autant plus marquant qu’il intervient dans une période de fortes tensions entre les deux pays.

    Mais la France n’avait jamais occupé la deuxième place. Plusieurs raisons expliquent ce succès, pointe le rapport de l’Institut pour la paix de Stockholm : la première est à mettre au crédit d’une production à très forte valeur ajoutée, comme l’avion Rafale de Dassault Aviation.

    France
    Un Rafale français ©Dassault Aviation

    11% des exportations mondiales

    Ainsi, les industriels tricolores ont pesé pour 11% des exportations mondiales sur la période 2019-2023, soit juste un peu plus que leurs homologues russes. 

    Selon l’institut de recherche suédois spécialisé dans le domaine de l’armement, la plus grande part des exportations d’armes de la France (42%) est destinée aux pays d’Asie et d’Océanie, et 34% aux États du Moyen-Orient.

    L’augmentation des exportations françaises d’armements est due en grande partie aux livraisons d’avions de combat à l’Inde, au Qatar et à l’Égypte. Le principal destinataire des exportations françaises d’armes est l’Inde, avec près de 30% de ses exportations, souligne encore le rapport.

    La France avait enregistré une année 2022 particulièrement faste. Les exportations d’armement tricolore avaient explosé, atteignant un record historique à près de 27 milliards d’euros. Un montant de prises de commandes hors normes, bien au-delà des précédents records de 2015 (17 milliards d’euros), 2016 (14 milliards), 2021 (11,7 milliards). Le contrat exceptionnel de 80 Rafale signé par les Emirats arabes unis a dopé les exportations d’armement tricolore cette année-là. La France a également vendu, entre autres, des frégates à la Grèce et des satellites espions à la Pologne.

    France
    ©statista.com

    Le choix de la troisième voie

    Si ce sont ces pays qui choisissent les armes françaises, c’est pour une bonne raison comme l’indique également le rapport. Pour l’institut sudédois, ce succès tient aussi au fait que les armes françaises sont « Itar Free », c’est-à-dire ne relevant pas de la réglementation américaine sur les ventes d’armes, qui sont généralement très restrictives, notamment en ce qui concerne les missiles. 

    Différemment du matériel américain, l’armement français donne aux pays une plus grande liberté et la possession totale de ce matériel : les industriels français le garantissent sans lien avec les clauses de la loi américaine sur l’exportation de matériels de guerre.

    Outre les performances des matériels, les enjeux internationaux plus larges jouent également. Acheter français est aussi une manière de ne pas s’aliéner les États-Unis: lorsqu’un pays acquiert du matériel russe, il peut se retrouver sur une liste noire américaine et ne pourra pas obtenir des équipements sensibles. La Turquie en a fait l’expérience en s’équipant des batteries sol-air russes S400 : elle s’est ainsi retrouvée exclue de l’achat d’avions F35.

    Le matériel français est le choix d’une troisième voie, c’est aussi l’une des raisons du succès de l’industrie de défense française.

  • La Super Franco Fête sur France Télévision 

    La Super Franco Fête sur France Télévision 

    Cette semaine, francophones et francophiles du monde entier vont se mobiliser pour partager leur goût des mots, en cette année 2024. France Télévision, le groupe public audiovisuel français, ne pouvait faire l’impasse. Le rendez-vous est pris ce vendredi 22 Mars à 21h10 (heure de Paris) sur France 3 pour une Super Franco Fête. 

    Cet événement est aussi l’occasion de rappeler que le français est la cinquième langue la plus parlée au monde. Les 300 millions de francophones recensés dans le monde se trouvent en France bien sûr, mais aussi en Wallonie (Belgique), au Québec (Canada), en Suisse romande (Suisse), ainsi qu’en Afrique. Aujourd’hui, 55 % des personnes qui utilisent le français au quotidien vivent en Afrique subsaharienne ; et selon les prévisions, plus de 70 % des francophones seront africains en 2050.

    Qu’est-ce donc que la Super Franco Fête ?

    Né en 2022, comme une réponse à des mois de confinement, ce concept invite au cœur de l’été les chanteuses et chanteurs francophones du monde entier à faire vibrer le vieux port de Québec. 

    En 2023, pour sa 2e édition, le Grand spectacle de la Super Franco Fête sera mené par un solide quatuor d’animateurs issus de générations et d’horizons différents : Roch Voisine, Cœur de pirate, Gims et Mentissa.

    Pour célébrer en grand la musique francophone, on a pu retrouver sur une même scène une vingtaine d’artistes représentant une dizaine de pays de la francophonie, dont Diane Dufresne, Khaled, Axelle Red, Emilie-Claire Barlow, Ycare, Claudio Capéo, Sarahmée, Pierre de Maere, Marie-Josée Lord, Radio Radio, Bilal Hassani, Le Flofranco et plusieurs autres!

    Passionnés de musique et amoureux de la langue française, c’est donc ce nouveau rendez-vous qui est retenu pour faire rayonner la francophonie à travers la petite lucarne en ce mois de mars 2024.

    Super Franco Fête
    Super Franco Fête

    L’Agora du vieux port de Québec

    Depuis l’Agora du vieux port de Québec, dans la ville de Québec et devant 8 000 personnes, France Télévision vous invite à un grand concert afin de mettre à l’honneur la francophonie.

    Un grand nombre d’artistes seront présents, tels que Pierre de Maere, Ycare, Claudio Capéo, Axelle Red, Diane Dufresne, Cephaz, Khaled, Marie-José Lord, Sarahmée, Josianne, Radio Radio, Teety, Bilal Hassani, Emilie-Claire Barlow, Olivier Dion.

    Ils seront accompagnés par quatre grands ambassadeurs de la musique : Roch Voisine, Cœur de Pirate, Gims et Mentissa.

    Super Franco Fête
    Super Franco Fête

    Mais comment regarder ce programme ?

    Malheureusement, vous le savez, il est difficile de regarder les chaînes françaises depuis l’étranger, en particulier hors d’Europe

    Il existe une astuce légale, si vous êtes détenteur d’une carte bancaire émise en France, c’est de s’abonner à Molotov, le nouveau player 100% online du paysage audiovisuel français. Le fait d’avoir une carte émise en France est pour l’opérateur la preuve d’une résidence en France et permet donc comme un voyageur de bénéficier des programmes. 

    Vous pouvez aussi et gratuitement créer un compte France télévision sur leur site France.tv et en enclenchant le VPN. 

  • L’intelligence artificielle peut-elle être française ? 

    L’intelligence artificielle peut-elle être française ? 

    Les entreprises américaines comme Microsoft ou Google, dominent l’univers de l’intelligence artificielle (IA) « générative ». L’ouverture au public en novembre 2022 de Chatgpt par la société Openai a donné lieu, en quelques mois, à un engouement pour les applications reposant sur des modèles de langage. Une entreprise française, dénommée Mistral, tente de rivaliser avec les géants américains. Sa nouvelle application Mistral Large entend concurrencer Chatgpt. Pour y arriver, l’entreprise française dispose, néanmoins, de l’appui de Microsoft qui n’est autre que l’un de ses actionnaires de référence.

    « Il ne s’agit plus d’être le plus grand, il s’agit d’être le plus créatif et le plus rapide »

    L’IA rebat les cartes au sein du secteur de la communication et de l’information. Les grandes entreprises américaines détenant des moteurs de recherche et des réseaux pouvant collecter en grand nombre des données, disposent d’un réel avantage. Cependant, des petites structures ont la possibilité grâce à leur agilité de lancer de nouveaux modèles et de conquérir des parts de marché. « Il ne s’agit plus d’être le plus grand, il s’agit d’être le plus créatif et le plus rapide » a ainsi déclaré Arthur Mensch, le directeur général de Mistral. Cette société a été fondée au début de l’année 2023 et ne compte que 25 salariés. 

    Pourtant, son modèle a été vite reconnu comme un des plus compétitifs au sein de ceux qui sont en open source. Ce modèle, contrairement à ceux qui sont fermés comme Chatgpt-4, est accessible et peut être modifié par n’importe qui. Grâce à sa rapide notoriété, le modèle de Mistral a permis à cette dernière de bénéficier d’un apport de capital de 490 millions d’euros de la part de fonds de capital-risque américains comme Andreessen Horowitz et General Catalyst. 

    Eric Schmidt, l’ancien directeur général de Google a également pris une participation. L’entreprise est ainsi valorisée à plus à plus de 2 milliards de dollars. 

    Mistral a réussi à concilier les compétences reconnues des ingénieurs français et le savoir-faire des grandes entreprises américaines de technologie. Trois des six fondateurs de Mistral, Arthur Mensch, Timothée Lacroix et Guillaume Lampe sont issus des grandes écoles d’ingénieurs françaises. Avant de créer en région parisienne leur entreprise, ils sont passés dans les laboratoires de recherche de Google et Meta. Ils sont considérés comme les meilleurs experts de l’IA générative. La force de leur modèle est sa petite taille. Il arrive à filtrer les données en recourant à un nombre de paramètres plus faible que les autres modèles, ce qui en limite le coût et ce qui permet une utilisation plus facile sur les ordinateurs.

    intelligence artificielle
    Les fondateurs de Mistral : Guillaume Lample, Arthur Mensch et Timothée Lacroix (Crédits : DR)

    Les fonctions d’auto-apprentissage sont plus simples à gérer

    Les fonctions d’auto-apprentissage sont plus simples à gérer par les clients. Mistral bénéficie du soutien du gouvernement français qui entend doter le pays d’entreprises spécialisées dans l’IA. Cédric O, ancien ministre en charge du numérique, est l’un des co-fondateurs de l’entreprise. Quand un projet de directive européenne sur l’IA, en 2023 visait à imposer aux entreprises de l’IA de divulguer leurs données, Cédric O a obtenu le soutien d’Emmanuel Macron pour s’opposer à ces dispositions. 

    La société Mistral devra confirmer les espoirs qu’elles suscitent. Le secteur de l’IA étant encore mouvant, les clients potentiels demeurent, pour un certain nombre d’entre eux, attentistes. La réglementation pourrait imposer des contraintes à l’usage nécessitant de revoir le mode de fonctionnement des modèles. Les pouvoirs publics entendent, en Europe comme aux États-Unis, réguler ce secteur naissant afin d’éviter que les applications d’intelligence artificielle puissent faciliter le développement d’activités illégales (construction de bombes, ingérence dans la vie politique, etc.). 

    Mistral, au-delà des incertitudes réglementaires, doit faire face à une concurrence de plus en plus importante. La société finlandaise, « Silo ai », a rendu public un modèle encore plus ouvert que celui de Mistral, fournissant des informations sur les données sur lesquelles il s’entraîne. Une nouvelle version, prévue dans quelques mois pourra travailler en ayant recours à la quasi-totalité des langues européennes. Par ailleurs, les entreprises américaines disposent d’atouts importants pour imposer leur modèle. Elles ont accès à un large marché de capitaux et peuvent compter sur la fidélité de leurs clients. La sortie de gpt5 par Openai, dans les prochains mois, sera un rendez-vous important pour l’IA.

  • La ville de Varsovie va dépenser 27 millions d’euros en abris antiaériens

    La ville de Varsovie va dépenser 27 millions d’euros en abris antiaériens

    Varsovie va renforcer sa sécurité au cours des deux ou trois prochaines années en consacrant plus de 27 millions d’euros à des abris antiaériens et à d’autres mesures de sécurité alors que la guerre fait rage en Ukraine, a annoncé mercredi (13 mars) le maire de la ville, Rafał Trzaskowski.

    Les efforts visant à renforcer le potentiel de défense civile de la ville s’inscrivent dans le cadre du programme « Varsovie protège » (« Warsaw Protects »).

    « 117 millions (de zlotys) [plus de 27 millions d’euros] pour améliorer la sécurité — c’est une somme pour les deux ou trois prochaines années, et nous sommes prêts à allouer plus d’argent à cette fin », a déclaré M. Trzaskowski lors d’une conférence de presse, aux côtés du ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz.

    Cette annonce fait suite à la publication d’un rapport de la Cour des comptes polonaise sur la mise en place d’abris antiaériens dans le pays. Ce rapport fait état d’un manque de réglementation de base pour les abris, notamment en ce qui concerne l’équipement nécessaire et les caractéristiques techniques requises.

    Moins de 4 % de la population polonaise peut compter sur un endroit où s’abriter en cas de bombardement, selon les sapeurs-pompiers de Varsovie.

    Varsovie
    Selon le maire, sept millions de mètres carrés de surface à Varsovie, y compris les parkings souterrains et les stations de métro, pourraient être utilisés comme abris. ©Shutterstock/Mircea Moira

    Le programme de la ville comprendrait l’organisation d’abris antiaériens, la mise en place de connexions électriques et de sources d’eau supplémentaires, ainsi que le développement d’un système de prévention des inondations, a déclaré M. Trzaskowski.

    Selon le maire, sept millions de mètres carrés de surface à Varsovie, y compris les parkings souterrains et les stations de métro, pourraient être utilisés comme abris.

    La mairie coopérera également avec le gouvernement pour délimiter les zones d’évacuation et préparer les infrastructures médicales nécessaires.

    Les consultations publiques ont commencé sur le projet de loi relatif à la protection civile, que le gouvernement considère comme « l’une de ses priorités », a annoncé le ministre de la Défense M. Kosiniak-Kamysz.

    Avec près de deux millions d’habitants, Varsovie est la plus grande ville et la plus peuplée de Pologne et la septième ville la plus peuplée de l’Union européenne.


    Consulter la publication originale

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.03.24

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.03.24

    Bonjour à tous, nous sommes le lundi 18 mars 2024, vous écoutez le flash quotidien des expatriés dans nos titres : la réélection de Vladimir Poutine – Ouverture de la semaine des médias à l’AEFE – Des restaurants homophobes à Paris ? 

    Le sacre de Vladimir Poutine 

    Après 3 jours de vote, Vladimir Poutine a été réélu pour un 3ème mandat d’affilée, le cinquième depuis sa première accession au pouvoir. Il rejoint donc Staline parmi les chefs d’Etat russe qui sont restés le plus longtemps au pouvoir. Si le peuple russe a tenté à travers de multiples actions de faire attendre sa voie, c’est par l’abstention qu’il a démontré sa lassitude. Cependant, cela ne fut pas suffisant, Vladimir Poutine sera donc au pouvoir jusqu’en 2030. 

    Éducation aux médias 

    La 35e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’École se déroule cette semaine, du 18 au 23 mars 2024 que ce soit en France ou dans le réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE). Le thème abordé pour la 35édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’École sera de nouveau « L’info sur tous les fronts « . Ce thème sonne toujours comme une évidence dans le contexte actuel : comprendre comment se fabrique l’information s’avère en effet crucial pour que les élèves puissent exercer leur esprit critique face aux flux informationnels auxquels ils sont soumis. Toutes les informations dans l’établissement français que fréquentent vos enfants. 

    Semaine de la presse et des médias dans les écoles
    Semaine de la presse et des médias dans les écoles

    Agression homophobe dans un bar du 10e arrondissement

    On pensait que de tels actes avaient bien disparu en France mais non. Vendredi dernier, un homme a  été agressé verbalement et physiquement par plusieurs personnes dans la pizzeria Le Tivoli, rue du Faubourg Saint-Denis. Le parquet de Paris a confirmé l’ouverture d’une enquête pour violences en réunion en raison de l’orientation sexuelle avec arme ayant entraîné une incapacité de travail de moins de 8 jours, atteinte à l’intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l’image d’une personne présentant un caractère sexuel et dégradation de bien privé en réunion. La victime a dû s’enfuir alors que les agresseurs proches de la direction de l’établissement ont pu, eux, continuer leur soirée. Un établissement qu’il faudra bien sûr éviter lors de vos passages à Paris. 

    C’est tout pour cette semaine, on se retrouve demain pour une nouvelle édition ! Belle journée à toutes et à tous où que vous soyez 

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Artificielle, l’intelligence ?

    Artificielle, l’intelligence ?

    « Deux choses sont infinies, disait Einstein, l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue. » À voir tourner le monde, il n’est pas sûr que la bêtise, la cruauté, la lâcheté, la bassesse, le mensonge, aient beaucoup reculé. Le génie humain a progressé dans un domaine : l’intelligence ! Non en raison de la culture, du savoir, de l’accès aux connaissances, de la circulation des idées, mais parce que la machine, elle, devient intelligente, et le sera indubitablement, rapidement, plus que l’homme.

    La vie est résolution de problèmes

    Qu’est-ce que l’intelligence ? On n’en sait trop rien. Pour simplifier : l’intelligence est la capacité à résoudre les problèmes. Ce que font les insectes, les plantes, les bactéries,  toutes les espèces vivantes : La vie est résolution de problèmes. Différence fondamentale, qui fait de lui une exception : l’être humain possède cette force surnaturelle : la capacité inouïe de produire la Bêtise. Aucun animal n’est bête, sauf lui. Résoudre les problèmes ? Banal. En créer : voilà du génie !

    Voici donc, mieux que la charrue, l’arc, le bœuf, le cheval, la boussole, la poudre, la vapeur, le moteur, l’électricité, la télévision, la pénicilline, le chewing-gum ou la conquête spatiale, plus révolutionnaire, plus quotidienne encore qu’Internet, l’Intelligence Artificielle. Tous de trembler, ou d’exulter.

    Le Parlement européen vient d’adopter la première loi mondiale sur l’IA. Comme l’Europe a raté la révolution technologique, elle ne ratera pas la bataille des normes. Nulle moquerie : il faut cultiver son talent. Quand on sait faire des règlements plus facilement que des logiciels, on fait des règlements. L’Intelligence Artificielle est une menace, et la législation européenne se veut régulatrice, éthique, tout en restant favorable à l’innovation. L’intention est louable. Le G7 l’a reprise. L’intention, pas la loi.

    États-Unis et Chine ont pris les devants. Sur les six premières entreprises mondiales de la révolution digitale, les trois premières sont américaines, les trois suivantes chinoises. Les uns d’interdire les autres : la guerre de la nouvelle civilisation digitale est ouverte, sur tous les fronts : interdiction de Tik Tok, protection des puces, mise au pas des entreprises chinoises, investissements publics à tout va. Ce n’est pas une guerre de soudards comme il s’en passe tant dans le monde, en Ukraine, à Gaza, en Syrie, au Soudan, au Mali ou ailleurs, c’est une guerre hors sol, hors espace, une guerre de l’intelligence.

    Éthiquement, beaucoup craignent que des robots soldats soient envoyés au front par des logiciels. N’est-ce pas déjà le cas ? Faut-il faire plus confiance à un Poutine, un Trump, un Kim Jung-un,  un Khamenei, qu’à ChatGPT version XXL ? Un robot conversationnel semble plus aimable.

    Les solutions se trouvent hors du cadre.

    Le défaut de L’IA, ce n’est pas qu’elle dit des choses fausses, (qui n’en dit pas ?), c’est d’une part, qu’on la croit plus qu’un quidam, elle a l’autorité de la machine ; d’autre part qu’elle propage plus la « doxa » qu’elle ne cultive le paradoxe. Elle labellise la banalité, bannit l’originalité. Or, pour inventer, innover, les solutions se trouvent hors du cadre.

    Ce que l’Intelligence Artificielle est capable de faire dépasse largement la moyenne des humains. Ils réagissent plutôt qu’ils ne réfléchissent, selon leurs codes et leurs grilles, autant de barreaux. C’est l’intérêt de l’IA. À bien l’utiliser, elle peut obliger à aller ailleurs. En médecine, les spécialistes voient les portes qu’elle ouvre, par sa capacité d’analyse et sa rapidité. Elle apprend et se corrige.

    L’Intelligence Artificielle permet de considérables avancées de recherche. Tout ce qui peut être fait par une machine, un logiciel, mieux que par un humain, le sera. Une menace pour l’emploi ? Déjà, il apparaît que l’intelligence artificielle créera plus d’emplois qu’elle n’en détruira. Elle crée de nouveaux métiers, modifie les autres en simplifiant les tâches, en éliminant le fastidieux. Les économies qu’elle fera réaliser pourront être investies dans d’autres emplois plus nécessaires et plus productifs. Dans des métiers que seul l’humain peut faire ; ceux de proximité, de dialogue, d’assistance, d’accompagnement, de pédagogie, de création. Tout ce qui demande de la pâte humaine, du cœur.

    La planète croule sous les dettes, elle a besoin de plus en plus de crédits, pour la vieillesse, la santé, la transition énergétique, sans compter la misère et la faim, qui devaient être vaincues avant 2050. Mesure-t-on l’écart ? Ici, une puissance qui a la faculté d’apprendre elle-même ce qu’elle ne sait pas. De l’autre, le retour des menaces et des croyances barbares.

    L’IA est la source d’une croissance nouvelle. Les uns l’appellent « déferlante », d’autres « tsunami ». Elle va changer le monde. Tous les métiers seront modifiés. Conjuguée à la robotique, cela donne de la science-fiction, catastrophique de préférence car il y a moins d’émotion dans la quiétude que dans le tragique. Aussi la peur s’installe.

    De quoi l’IA pourrait-elle avoir peur ? De l’être humain peut-être.

    L’Intelligence Artificielle éprouvera-t-elle des émotions ? Si elle doit anticiper, elle doit analyser les bonnes et les mauvaises fortunes qui pourraient résulter de ses décisions. La meilleure alerte qui permet d’éviter un danger est la peur. Cerveau reptilien. Voilà comment l’IA pourrait avoir peur. Le début d’une conscience, d’un moi. De quoi l’IA pourrait-elle avoir peur ? De l’être humain peut-être. Il y a de quoi, si elle se rend compte de ce qu’il est capable de faire. Qui sait si ce n’est pas une bonne chose ?

    La Côte d’Ivoire s’est arrêtée en raison d’une coupure de câbles sous-marins, qui alimentaient le fonctionnement d’Internet. Plus d’Internet, plus de messages, plus de travail, plus de banques,  Rien. Retour au chaos, au monde d’avant.

    Câble sous-marin en Côte d’Ivoire – 2019 – ©MainOne – Niger

    La France a subi ces derniers jours une attaque massive sur un grand nombre de sites publics. Des pirates d’une nationalité inédite, Anonymous Sudan, pro russes et pro islamistes à la fois, ont revendiqué l’attaque cyber des ministères. Qu’ont-ils volé, après avoir paralysé les serveurs ? Pôle emploi. Drôle d’idée que de voler des listes de chômeurs. Il y a de meilleures listes à Zurich, Jersey, Dubaï, Luxembourg… L’alimentation de l’IA, de la cyberguerre et de ses virus, ce sont les données. « Le Monde » a signé un accord avec Open AI. Ses articles nourriront la bête, « Le Monde » se nourrira d’elle.

    Dans la nouvelle civilisation de la connaissance, la connaissance devient un champ de bataille.

    Ce que l’on sait déjà des effets de l’IA est sa capacité à faire passer du faux pour du vrai. Les frontières entre les fausses nouvelles, les fausses images et les vraies sont effacées. Dans la nouvelle civilisation de la connaissance, la connaissance devient un champ de bataille. La machine a une crédibilité accrue, justement parce que c’est une machine, supposée neutre, ce qu’elle n’est pas plus que « Le Monde ».

    La France se lance dans la course. Dans cette révolution, il y aura l’avant-garde et les traînards. Hier, la Chine, l’Empire ottoman, l’Inde, ont raté la révolution industrielle et ces puissances sont devenues proies. L’Europe en a profité. Les postcoloniaux ont beau se battre courageusement contre un colonialisme qui n’est plus, personne ne veut revenir aux danses de la pluie, à la polygamie et aux marchés d’esclaves. Tous préfèrent l’électricité et le consumérisme. Il en sera de même pour l’IA. Tout le monde en a peur, tout le monde la voudra. Ceux qui ne l’intégreront pas deviendront tributaires des autres. Pour l’instant, son succès est universel, elle est gratuite.

    Ceux qui n’utiliseront pas l’IA seront déclassés. Une fracture se dessine, d’autant plus facilement que l’on fera croire n’importe quoi au « troupeau des humains ». N’est-ce  pas déjà le cas des idéologies du XXème siècle ?

    « Révolutionner la manière de faire la guerre. Ou même, plus important encore, de l’éviter »

    La France, donc, prend le taureau par les cornes, ou les licornes. Mistral AI concurrence ChatGTP avec son robot conversationnel « Le Chat », et s’allie avec Microsoft. Le gouvernement veut que la France soit en tête. (Pourvu qu’il ne choisisse pas le minitel plutôt qu’Internet !). Le ministre de la Défense, Sébastien Lecornu, lance l’IA militaire : l’AMIAD (Agence ministérielle pour l’IA de Défense). « Le saut technologique que représente l’intelligence artificielle est sans doute celui qui révolutionnera la manière de faire la guerre. Ou même, plus important encore, de l’éviter » dit Sébastien Lecornu. Face aux barbares, la Métis.  

    L’équipe de Mistral AI compte actuellement une vingtaine d’employés. Photo : Mistral AI

    L’IA est déjà à l’œuvre en Ukraine, avec la vieille guerre des bombes. Elle ouvre un champ nouveau, celui de la guerre dans la paix. Avec un espoir : qu’elle mette un peu d’intelligence dans la résolution des conflits. Que peut-on craindre d’une intelligence supérieure si elle nous permet d’être plus intelligents ? Si elle nous oblige à être plus intelligents ? Ou plutôt : que peut-on craindre de robots qui nous obligeraient à être plus humains ? De toute façon, la déferlante est là. Ni la peur ni la fuite ne peuvent rien y faire.

    Prendre la vague, aller aussi loin qu’elle peut porter. Seront noyés ceux qui la manquent. Les autres dompteront la bête humaine.

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press

  • La semaine de la presse et des médias dans les écoles 

    La semaine de la presse et des médias dans les écoles 

    La 35e édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’École aura lieu du 18 au 23 mars 2024 que ce soit en France ou dans le réseau de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE). En tant que média, nous sommes particulièrement enthousiastes face à cette initiative qui fait naître des vocations mais qui forme, aussi et surtout, nos jeunes au décryptage des informations ! En ces temps où les fakes news pullulent, l’œil des jeunes doit être aguerri. 

    L’info sur tous les fronts

    Première action éducative en nombre de participants, la Semaine de la presse et des médias dans l’École a pour objectif d’accompagner les élèves, de la maternelle au lycée à : comprendre et décrypter l’univers des médias, apprendre à vérifier les sources et l’information, développer leur goût pour l’actualité et se forger leur identité de citoyen. 

    Semaine de la presse et des médias dans les écoles
    35ème édition de la semaine de la presse et des médias dans les écoles

    Le thème abordé pour la 35édition de la Semaine de la presse et des médias dans l’École sera de nouveau « L’info sur tous les fronts « . Ce thème sonne toujours comme une évidence dans le contexte actuel : comprendre comment se fabrique l’information s’avère en effet crucial pour que les élèves puissent exercer leur esprit critique face aux flux informationnels auxquels ils sont soumis. 

    Après avoir abordé, pour la 34e édition, le journalisme de guerre, le front de la désinformation, la bataille de l’attention et le journalisme sous pression, le dossier de cette année traite de nouvelles thématiques : les risques encourus par les journalistes, l’info bousculée par l’intelligence artificielle et le nouveau front de l’information que constitue l’écologie

    Cette semaine permettra aussi aux jeunes de découvrir les coulisses du journalisme sportif, dans le cadre des Jeux olympiques et paralympiques organisés cette année en France.

    Semaine de la presse et des médias dans les écoles
    35ème édition de la semaine de la presse et des médias dans les écoles

    Les Jeunes reporters internationaux

    Au sein de l’AEFE, cette initiative s’appuiera évidemment sur le dispositif annuel : les jeunes reporters internationaux. 

    Dans le lexique journalistique, les JRI sont des « journalistes reporters d’images ». Dans celui de l’AEFE, ce sont de « jeunes reporters internationaux ». Les #jriaefe sont de jeunes élèves provenant des lycées français de l’AEFE, chargés de couvrir médiatiquement (en audio et en vidéo notamment) des événements culturels, sportifs et éducatifs à diverses échelles, de l’établissement scolaire jusqu’aux grandes manifestations internationales.

    Une équipe de JRI AEFE, venant en général au moins de deux établissements scolaires du réseau, est toujours au cœur des grands événements éducatifs fédérateurs organisés par l’AEFE. Ces élèves, acteurs de l’événement, sont formés et accompagnés pour en assurer la couverture médiatique et prennent des responsabilités dans la conduite de cette mission.

    Que ce soit à l‘initiative de l’AEFE ou à celle d’établissements scolaires du réseau porteurs de projets, les JRI forment une équipe de webreporters qui mobilisent leurs connaissances et leurs compétences pour assurer captations, reportages, interviews, publications sur les réseaux sociaux, etc. Une plateforme est, d’ailleurs, mise à leur disposition pour leur permettre de publier des contenus qu’ils ont produits.

    Alors du 18 au 23 mars 2024 soyez attentif et encouragez les enfants à s’emparer des médias et à aguerrir leurs sens pour s’informer au mieux ! 

  • Dune 2 : un succès forgé par des francophones ? 

    Dune 2 : un succès forgé par des francophones ? 

    Où qu’on soit dans le monde, il est difficile de passer à côté du phénomène Dune. En effet, la deuxième partie est bien le blockbuster de ce début d’année. Dune 2 domine le box-office dans le monde pour son premier week-end. Avec 182,5 millions de dollars engrangés dans le monde pour son lancement, le film de Denis Villeneuve est bien le carton espéré. Dans le détail, ce « Dune 2 » récolte 97 millions de dollars à l’international – bien aidé par le public français (9,6 millions), allemand (9,1 millions) et britannique (11,8 millions) – et surtout 82,5 millions sur le sol américain.

    Ce résultat étasunien est ainsi légèrement supérieur aux estimations des experts, qui attendaient prudemment le film autour des 70-75 millions. Des prédictions qui avaient néanmoins été revues à la hausse dans ces dernières semaines. À noter que les formats premium (IMAX, Dolby…) représentent un colossal 48% du total.

    Mais notons une particularité de ce mastodonte hollywoodien, sa réussite, il la doit à une palette de talents venus de toute la francophonie. 

    Un Québécois : Denis Villeneuve à la réalisation

    Après avoir débuté dans l’industrie canadienne avec des films comme Un 32 août sur Terre, sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un certain regard en 1998, il s’est peu à peu forgé une place aux États-Unis, où il s’est emparé, notamment, du genre de la science-fiction, sans perdre sa sensibilité d’auteur.

    Pour preuve : les acclamés Premier Contact (2016), Blade Runner 2049 (2017) et Dune : première partie (2021). Dans son équipe, on compte des collaborateurs de longue date, eux aussi canadiens francophones, dont celle qui partage sa vie, Tanya Lapointe. Passée par le journalisme, cette productrice et réalisatrice – elle a notamment signé le documentaire Lafortune en papier (2020) – a travaillé sur Premier Contact et Blade Runner 2049, puis elle est devenue productrice exécutive sur Dune : première partie.

    Autre collaborateur majeur du metteur en scène : Patrice Vermette, chef décorateur. Il a officié sur six des films de Denis Villeneuve : Prisoners (2013), Enemy (2014), Sicario (2015), Premier Contact (2016), Dune et sa suite (2021 et 2024). En 2022, il a décroché de multiples récompenses pour Dune : première partie, dont un oscar et un bafta.

    Dune 2
    Timothée Chalamet

    Des stars américaines made in France ?

    La tête d’affiche de Dune n’est ni plus ni moins que Timothée Chalamet, nouvelle star du cinéma mondial, certes de nationalité américaine mais dont la famille est en partie française, et qui s’exprime parfaitement dans la langue de Molière. Auréolé du récent triomphe de Wonka (2023), il a donc renfilé son costume de Paul Atréides, le protagoniste de Dune, qu’il incarne avec un charisme saisissant. 

    Du côté français, Léa Seydoux a rejoint l’aventure pour ce deuxième opus. Habituée à figurer dans de grosses productions hollywoodiennes, du Robin des Bois de Ridley Scott (2010) à la saga James Bond (Spectre, 2015, Mourir peut attendre, 2021), en passant par Mission impossible : protocole fantôme (2011), elle incarne ici Dame Margot Fenring, membre de l’ordre religieux du Bene Gesserit. Si son nom de famille n’évoquera rien à ceux qui ne la suivent pas, Léa Seydoux vient d’un clan phare du septième art en France. Elle est en effet la petite-fille du producteur Jérôme Seydoux, patron de Pathé (le diptyque Les Trois Mousquetaires) dont la fortune était estimée en 2023 à 1,4 milliard d’euros, et la petite nièce de Nicolas Seydoux, président du conseil de surveillance de Gaumont.

    Enfin, la francophonie, c’est, entre autres, la Suisse, que représente Souheila Yacoub. Dans Dune : deuxième partie, elle endosse le rôle de la guerrière Fremen Shishakli, proche de Chani (Zendaya). On connaît Souheila Yacoub depuis 2018, année où elle a débuté dans Climax de Gaspar Noé, mais c’est Cédric Klapisch qui la révèle au grand public avec son film à succès En corps (2022). On l’a vue début janvier dans la comédie de Cédric Kahn Making Of.

    Dune 2
    Léa Seydoux

    Un coach pour parler la langue Fremen

    Et puis il y a un Français qu’il ne faudrait pas oublier : Fabien Enjalric. Il n’apparaît pas à l’écran, mais il a été essentiel : il a été le coach linguistique des comédiens pour appréhender la langue Fremen, nommée Chakobsa.

    Jusqu’ici, Fabien Enjalric a aussi accompagné, pour d’autres films, séries ou pièces de théâtre, des personnalités comme Helen Mirren, Saoirse Ronan, Chris Pine ou encore Tahar Rahim.

    Regarder la bande annonce de Dune 2

    Au-delà de cette présence francophone, qui rayonne à l’échelle planétaire, et reste l’une des richesses de Dune : deuxième partie, il est notable qu’un natif du Québec, venu de l’art et essai, insuffle sa vision si personnelle du cinéma dans un genre, le blockbuster, qui a pourtant la réputation de dévorer celles et ceux qui s’y sont frottés. Comme Denis Villeneuve, d’autres, au parcours similaire, ont réussi l’exploit de ne pas se faire broyer par la machine hollywoodienne.

  • La France deuxième puissance maritime mondiale grâce à ses îlots

    La France deuxième puissance maritime mondiale grâce à ses îlots

    De nombreuses terres et îles, parfois perdues dans l’océan, héritées des explorations passées et de la colonisation, appartiennent à la France. Ainsi, depuis la réforme de 2016, la France possède 11 millions de km2 de ZEE. C’est la plus vaste du monde derrière celle des États-Unis. Ce territoire assure la présence de la France sur tous les océans. Il contribue au dynamisme économique du pays et lui assure un rôle diplomatique de premier plan.

    Si la France peut rayonner ainsi sur les océans c’est donc grâce à ses nombreux confettis de terre dont elle dispose aux 4 coins du monde. Pourtant, certaines de ces îles demeurent inhabitables mais, comme elle l’a vu, elles assurent un vaste territoire maritime à la France. 

    Pourtant, l’absence d’installations humaines sur ces îles désertes les rend intéressantes d’un point de vue scientifique. Elles contiennent en effet une biodiversité sauvage qui permet une observation pertinente des effets du réchauffement climatique. Certaines îles sont donc classées réserves naturelles, leur donnant le titre de plus vaste bien classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Mais d’autres raisons que la science incitent la France à maintenir ses territoires sous son aile. 

    Des espaces maritimes riches en ressources

    Les ressources en hydrocarbures et en gaz sont dans l’ensemble faibles. Ainsi, les forages pétroliers projetés dans la Manche et dans l’Atlantique à la fin des années 1960 et au début des années 1970 n’ont pas tenu leurs promesses. En outre, la loi du 30 décembre 2017 a prescrit la fin définitive des forages en mer sur le territoire français, pour des raisons liées à la protection de l’environnement marin. Cette décision a eu pour conséquence l’abandon du permis d’exploration offshore « Guyane Maritime » au large des côtes guyanaises en 2019, puis, en février 2020, le refus de prolonger un permis exclusif de recherche d’hydrocarbures en mer (« Juan de Nova Maritime Profond ») au large des îles Éparses.

    Il existe toutefois des ressources prometteuses, mais dont l’exploitation n’est guère envisageable dans un avenir proche pour des raisons à la fois techniques et financières, dans certains grands fonds marins au large de la Polynésie française (sulfures polymétalliques et encroûtements cobaltifères) et de l’atoll de Clipperton (nodules polymétalliques). Malgré plusieurs études de l’Ifremer, la France ne dispose actuellement que de visions très parcellaires de la richesse de ces fonds marins.

    Quant aux ressources halieutiques, elles sont abondantes au large des côtes métropolitaines de la Manche et de l’Atlantique, ainsi que dans les espaces maritimes qui relèvent des Terres australes françaises – pêche au thon dans la zone économique exclusive au large des îles Éparses et pêche à la légine australe au large des îles de Kerguelen et de Crozet. Elles sont en revanche faibles en Méditerranée, à l’exception du thon rouge dont les stocks se sont reconstitués.

    France puissance maritime
    Définition des espaces maritimes au sen juridique ©MAE

    Les stocks de morue au large de l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon ont certes disparu au début des années 1990 mais, bien qu’à une échelle beaucoup plus modeste, le concombre de mer a pris le relais. Des milliers de tonnes d’holothuries sont pêchées dans les eaux saint-pierraises, débarquées dans le port de Saint-Pierre et transformées sur place avant d’être expédiées par conteneurs au Canada d’où elles sont exportées vers les marchés asiatiques. L’espèce, surnommée « le caviar de l’archipel », fait la fortune des pêcheurs saint-pierrais, car elle est appréciée pour sa valeur nutritive, ses propriétés médicinales et ses supposées vertus aphrodisiaques. Quant aux espaces maritimes situés dans les Antilles (où la pêche est surtout artisanale) et au large de la Nouvelle-Calédonie et de la Polynésie, ils sont relativement pauvres en ressources halieutiques.

    En 2020, le président de la République a annoncé que l’archipel des Glorieuses serait classé réserve naturelle nationale, au vu du caractère impératif de la préservation de la biodiversité. Dès 2012 avait d’ailleurs été créé le parc naturel marin des Glorieuses, contigu au parc naturel marin de Mayotte. De manière générale, les îles Éparses, qualifiées de « sanctuaires océaniques de la nature primitive », disposent d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. Leurs plages sont des lieux de ponte parmi les plus importants au monde pour les tortues marines.

    Un enjeu économique

    Pendant des décennies, il fut difficile de contrôler ces vastes étendues d’eau. Mais la situation s’est beaucoup améliorée grâce au renforcement de notre marine et au réseau d’alliances construit avec les puissances du Pacifique et ce même dans notre zone économique exclusive gérée par l’administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

     Avant 2003, la légine australe, surnommée « l’or blanc » en raison de son prix élevé, dont la pêche et la consommation remontent aux années 1990, et dont la chair blanche et fondante est très appréciée sur les marchés asiatiques et américains, avait fait l’objet d’un braconnage important. Depuis 2003, sa pêche illégale a pratiquement cessé dans les eaux situées au large des îles de Kerguelen et de Crozet grâce à une surveillance satellite radar mise en place en 2004, couplée à la présence quasi-permanente d’un bâtiment militaire.

    Un traité de coopération franco-australien, signé en novembre 2003, prévoit en outre la possibilité de missions de surveillance de pêche en coopération dans les zones maritimes (ZEE et mer territoriale) australes, françaises et australiennes (au large des îles Heard et McDonald). Les missions sont effectuées par des navires de chacune des parties dans la zone maritime de l’autre partie. Enfin, les stocks de légine se trouvant dans les eaux des îles subantarctiques françaises sont suivis par la Convention sur la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR). Celle-ci a imposé des limites de captures jusqu’à 2021 et autorisé seulement quelques techniques de pêche (palangre, casier). Cette multiplication des moyens de lutte complémentaires a porté ses fruits : les navires de pêche illicite ne fréquentent plus les ZEE des îles australes des TAAF ; en revanche, ils sont régulièrement observés dans les eaux internationales à proximité de ces ZEE.

    La situation est également sous contrôle dans les eaux des îles Éparses, où la pêche au thon est réglementée par les TAAF en conformité avec les recommandations de la Commission des thons de l’océan Indien (CTOI). Ainsi, en 2018, 42 thoniers senneurs, 1 palangrier et 12 navires auxiliaires ont été autorisés à pêcher dans les ZEE des îles Éparses. La production est débarquée au port de Victoria aux Seychelles. Des observateurs scientifiques formés par l’administration des TAAF embarquent sur les thoniers senneurs autorisés à pêcher afin d’observer les pratiques à bord et de collecter des données transmises à la CTOI. De manière générale, la gestion des zones économiques exclusives de la France par les TAAF prouve que la protection de l’environnement et le développement durable des activités en mer sont conciliables. La pêche illicite se pratique dans les ZEE au large de la Nouvelle-Calédonie et de la Guyane, mais elle est régulièrement sanctionnée.

    France puissance maritime
    Port de pêche à Saint-Pierre-et-Miquelon©Valérie Parlan

    C’est certainement au large de l’atoll isolé, inhabité et inhospitalier de Clipperton, placé sous la responsabilité du haut-commissaire de la République en Polynésie française, que la situation est désormais la plus problématique. Plusieurs dizaines de milliers de tonnes de thon albacore du Pacifique sont pêchées par des flottes américaines et asiatiques dans cette ZEE (435 000 km²) qui se trouve au cœur d’une des régions les plus poissonneuses du monde en thonidés.

    Des accords de pêche ont cependant été conclus en mars 2007 entre la France et le Mexique pour une période de 10 ans renouvelable. Ces accords prévoient que tout navire de pêche mexicain peut se voir octroyer une autorisation de pêche dans les espaces marins de Clipperton, sans redevance à payer. Ils ne stipulent pas les quantités de poisson autorisées et n’exigent des compagnies mexicaines qu’une déclaration annuelle des prises, dans le respect des mesures de gestion et de conservation définies par la Commission interaméricaine du thon tropical (Inter-American Tropical Tuna Commission, IATTC). En 2016, il y avait ainsi 48 navires mexicains dans la zone.

    Autres secteurs clés, les industries de pointe et les nouvelles technologies (défense, santé, numérique) sont très dépendantes de l’approvisionnement en métaux stratégiques, notamment ceux que l’on appelle “terres rares”. Ces derniers entrent dans la fabrication de certains composants aéronautiques (dont les moteurs à réaction), des systèmes de guidage et de navigation, de matériel informatique (écrans tactiles pour ordinateurs, tablettes, smartphones et écrans plats de téléviseur, mais aussi les disques durs et batteries d’ordinateurs), des turbines d’éoliennes ou encore des ampoules basse consommation et LED. Compte tenu de nos modes de vie actuels, la consommation mondiale de terres rares est en forte croissance et pourrait même doubler d’ici 2026. Il existe actuellement une situation de dépendance à l’égard de la Chine qui, consciente de la puissance conférée par ses ressources continentales, n’hésite pas à établir des quotas d’exportation par pays, d’où une plainte déposée devant l’OMC (la procédure est toujours en cours).

    France puissance maritime
    Exploitation sous-marine en nouvelle calédonie ebn 2022 ©ABC-Radio Australia

    Or les fonds marins sont riches en métaux rares et en nodules polymétalliques, des concrétions rocheuses reposant sur le plancher océanique et contenant notamment manganèse, cuivre, cobalt et nickel. La France ne produit pas de terres rares à ce jour, mais elle dispose là encore de sérieux atouts dans la compétition qui s’annonce pour explorer et exploiter ces ressources marines profondes, tant au niveau de l’expertise scientifique et technologique en matière de grands fonds marins, que des capacités d’exploitation minière. C’est dans l’océan Pacifique que se situeraient les principaux gisements (100 milliards de tonnes selon des chercheurs japonais. Avec ses 6,8 millions de km² de ZEE dans le Pacifique, la France est donc a priori bien positionnée et dispose même d’un potentiel important autour de Wallis-et-Futuna et de la Polynésie française (en particulier les îles de la Société et Tuamotu. Des acteurs publics et privés tels que l’Ifremer, le CNRS, Technip et Eramet sont d’ores et déjà investis dans des projets d’exploration, mais ceux-ci ne sont pas encore à la mesure du potentiel et de l’intérêt stratégique de ces ressources pour les industries innovantes.

    À ce jour, seule la zone de Wallis-et-Futuna fait l’objet d’un inventaire détaillé des ressources, mais les travaux sont aujourd’hui bloqués faute de moyens, et la tendance à la baisse du budget de l’Ifremer ne devrait pas faciliter les choses. Un travail d’exploration approfondi reste donc à mener pour connaître précisément les caractéristiques et le rendement des gisements découverts, en particulier dans la ZEE du Pacifique. Si les conditions et le coût d’exploitation de ces ressources, situées à de grandes profondeurs (souvent plus de 4 000 mètres) posent des difficultés à court terme, en revanche, on estime qu’à l’échelle mondiale jusqu’à 10 % des minéraux pourraient provenir des fonds marins d’ici 2030, avec un doublement du chiffre d’affaires de l’exploitation) minière marine (10 milliards d’euros. Leur exploitation est donc un enjeu stratégique majeur, non seulement à l’échelle française, mais également pour l’Union européenne, car l’innovation et la recherche sont deux piliers de la stratégie “Europe 2020” qui a succédé en 2010 à la stratégie de Lisbonne.

    Des territoires 100% français

    La France étant membre de l’Union européenne, on peut se demander si cette richesse devra être partagée avec les autres États européens. Mais la réponse est claire, ces espaces sont indéniablement nationaux, y compris au large de nos côtes métropolitaines. 

    Il est certes exact que l’Union européenne dispose d’une compétence exclusive en matière de conservation des ressources biologiques de la mer dans le cadre de la politique commune de la pêche (PCP). Celle-ci définit des règles destinées à gérer la flotte de pêche européenne et préserver les stocks de poissons dans « l’espace maritime communautaire ». Conçue pour gérer une ressource commune, la politique commune de la pêche donne à l’ensemble de la flotte de pêche européenne une égalité d’accès aux eaux et aux fonds de pêche de l’Union européenne et garantit aux pêcheurs une concurrence équitable.

    Il est en outre exact que l’Union européenne dispose aussi d’une compétence, partagée cette fois, dans d’autres domaines qui intéressent l’utilisation des mers, notamment l’environnement et les transports. Mais c’est par commodité de langage que l’on parle d’un « espace maritime communautaire ». Ni les compétences exclusives ni celles partagées de l’Union ne comportent d’ailleurs une référence explicite au territoire. En fait, l’Union européenne exerce des compétences fonctionnelles dans des espaces maritimes fonctionnels. La Commission européenne n’a d’ailleurs jamais prétendu se substituer aux États membres pour créer un espace maritime au sens de la convention des Nations Unies de 1982.

    De même, l’engagement, le déroulement et la conclusion de négociations sur la délimitation des espaces maritimes sont toujours du ressort des États et l’Union européenne ne tient aucun rôle formel officiel dans ces domaines. Il n’y a de territoire de l’Union que celui des États membres, et l’Union n’a pas d’assise territoriale qui lui permettrait de se projeter en mer et de disposer directement de « prolongement maritime ».

    Souveraineté et responsabilités

    La sécurité des espaces maritimes français est un enjeu majeur pour les années à venir. Il s’agit de lutter contre des menaces variées, qui ne sont pas les mêmes selon les espaces. La zone des Caraïbes relie par exemple les principaux pays producteurs de cocaïne en Amérique du Sud, et leurs clients en Amérique du Nord et en Europe parfois à travers l’Afrique. Avec les moyens de la zone maritime Antilles, la France participe donc activement à la surveillance de cette plaque tournante du trafic mondial de stupéfiants. La frégate de surveillance Ventôse est ainsi régulièrement employée dans le cadre des “narcops” qui ont conduit à la saisie de plus de 7 tonnes de drogue en 2015. La Guyane revêt une dimension stratégique appelant un niveau de protection élevé des approches maritimes du centre spatial de Kourou. Dans l’océan Indien, les missions de surveillance et de police des pêches sont fréquentes, mais les îles Glorieuses et Mayotte sont aussi concernées par la piraterie et l’immigration clandestine. La zone Pacifique nécessite aussi des opérations de police des pêches, de douane, voire de protection des personnes et des biens. Enfin, la Marine nationale est responsable de la lutte antipollution à travers les plans “Polmar Mer”, dont une partie des moyens est basée en Guyane, dans les Antilles, à Saint-Pierre-et-Miquelon, à Mayotte et à la Réunion.

    Dans certains cas, l’enjeu est la reconnaissance officielle des limites de la ZEE par les États voisins. La question ne se pose généralement pas pour les territoires les plus isolés en mer, où la ZEE atteint les 200 milles marins sans rencontrer de ZEE concurrente. C’est par exemple le cas des îles australes de l’océan Indien (Crozet, Saint-Paul et Amsterdam ou encore le Sud de l’île de la Réunion) et de Clipperton dans le Pacifique. En revanche, les îles et territoires jouxtants des pays tiers ou dont la ZEE rencontre une ZEE concurrente à moins de 200 milles ne sont pas tous assurés d’une reconnaissance bi/multilatérale.

    Les responsabilités liées à la ZEE comprennent également des dispositions relatives à la protection de l’environnement, dans un contexte de prise de conscience mondiale des conséquences de l’activité humaine sur celui-ci. Des moyens sont donc alloués pour lutter contre la surpêche et la pollution. Compte tenu de la taille de sa ZEE, la France se doit surtout de montrer l’exemple en matière de protection du sous-sol marin : des efforts de recherche doivent être menés pour étudier les conséquences d’une éventuelle exploitation de gisements minéraux sous-marins.

    Enfin, la répartition de sa ZEE confère à la France une position avantageuse pour le contrôle de certaines routes maritimes stratégiques. C’est en particulier le cas du canal du Mozambique, situé sur la route circumafricaine. Celle-ci est empruntée par les plus gros navires pétroliers en provenance ou à destination des pays du Golfe ou de leurs clients, dont le gabarit ne permet pas d’emprunter le canal de Suez. Elle est aussi la seule alternative à la route du canal, si ce dernier venait à être fermé, comme ce fut le cas entre 1967 et 1975. Avec les îles Éparses, Mayotte et surtout les moyens navals basés à la Réunion, la France est donc l’un des acteurs principaux de la sécurité de cette voie d’approvisionnement en hydrocarbures d’importance mondiale.

    Dans tous les cas, la souveraineté n’existe réellement que si la France est en mesure de contrôler et d’intervenir en permanence en tout point de sa ZEE, afin de dissuader les éventuelles revendications territoriales ou les pilleurs de ressources. La question des moyens affectés à ces missions de souveraineté est donc plus que jamais un enjeu stratégique.

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