Burkina Faso : pour les 62 ans de l’indépendance, le capitaine Traoré s’est exprimé à la Nation. Dans un bref message, il a annoncé vouloir poursuivre le combat pour “l’indépendance totale”.
Lutter contre les terroristes
Le président de la Transition du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a déclaré samedi dans la soirée que l’indépendance de son pays « n’est pas acquise » du fait de l’occupation d’une partie du pays par les groupes armés « terroristes » et que le combat pour « l’indépendance totale » a commencé, il y a quelques semaines de cela.
Traoré s’est adressé samedi dans la soirée à la télévision nationale, à ses concitoyens à l’occasion du 62ème anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso, célébré sobrement ce dimanche dans le pays du fait des attaques terroristes.
« Notre indépendance n’est pas acquise, parce que nos terres sont occupées. Notre économie est balbutiante et nos mains sont liées », a déclaré le capitaine Traoré arrivé au pouvoir le 30 septembre dernier après avoir renversé le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba arrivé à son tour à la tête du pays, suite à un putsch huit mois plus tôt, contre le président Roch Marc Christian Kaboré.
Selon Traoré le destin du Burkina Faso a changé depuis le 30 septembre 2022. « Nous disions que nous sommes révoltés, et aujourd’hui date anniversaire de la fête de l’indépendance, nous sommes encore plus révoltés », a-t-il dit.
La vice-présidente grecque du Parlement européen Eva Kaili a été inculpée pour « corruption » dimanche 11 décembre à Bruxelles, et écrouée, dans l’enquête d’un juge belge portant sur de gros versements qu’aurait effectué le Qatar pour influencer des décisions au sein de cette grande institution de l’UE.
Une source judiciaire a indiqué à l’AFP que Mme Kaili et trois autres personnes avaient été écrouées par un juge bruxellois, deux jours après leur interpellation dans une enquête ciblant les agissements du pays organisateur du Mondial 2022.
Mme Kaili n’a pas pu bénéficier de son immunité parlementaire car l’infraction qui lui est reprochée a été constatée « en flagrant délit », a expliqué la même source judiciaire. Cette source a confirmé des informations de presse selon lesquelles des « sacs de billets » ont été découverts dans l’appartement de l’élue socialiste grecque.
Ce domicile dans la capitale belge a été perquisitionné vendredi soir (9 décembre). Et celui d’un autre eurodéputé socialiste, le Belge Marc Tarabella, l’a été samedi soir, a ajouté la source judiciaire. Ce dernier n’a pas été interpellé.
Pour assister la police fédérale dans cette seconde perquisition, la présidente du Parlement européen Roberta Metsola est revenue de Malte à Bruxelles dans la soirée, a indiqué un de ses porte-parole. La présence de la présidente est requise pour un tel acte d’enquête visant un eurodéputé élu en Belgique « comme le veut la Constitution belge », a-t-on expliqué.
« Intolérable »
Cette affaire est « honteuse et intolérable » et elle porte atteinte de manière « très grave » à la réputation du Parlement, a réagi dimanche le commissaire européen à l’Economie, Paolo Gentiloni.
Selon la presse belge, l’ancien eurodéputé italien Pier-Antonio Panzeri, désormais à la tête de l’ONG Fight Impunity, a lui aussi été écroué dimanche.
Il comptait comme Mme Kaili parmi les six personnes interpellées vendredi à Bruxelles, au terme d’au moins seize perquisitions.
Deux de ces suspects ont été remis en liberté et les quatre autres placés en détention provisoire après leur inculpation pour « appartenance à une organisation criminelle, blanchiment d’argent et corruption ».
Le propre père de Mme Kaili a lui même été inquiété dans l’enquête, surpris en train de transporter une grosse somme en liquide « dans une valise », d’après le journal belge L’Echo.
Dans cette affaire, « est suspecté le versement d’importantes sommes d’argent ou l’offre de cadeaux significatifs à des tiers ayant une position politique et/ou stratégique permettant, au sein du Parlement européen, d’influencer les décisions » de cette institution, a rappelé dimanche le parquet.
« Transformation historique »
L’affaire éclate en plein Mondial-2022 de football, alors que le pays organisateur doit déployer des efforts pour défendre sa réputation décriée en matière de respect des droits humains, notamment ceux des travailleurs.
Elle survient aussi à la veille d’une session plénière du Parlement européen à Strasbourg, où la relation entre l’UE et le Qatar devrait inévitablement resurgir dans les débats.
Eva Kaili, ex-présentatrice télé de 44 ans, élue en janvier 2022 à l’une des vice-présidences du Parlement européen, s’était rendue début novembre au Qatar où elle avait salué en présence du ministre qatari du Travail les réformes de l’émirat dans ce secteur.
L’ambassadeur de l’UE à Doha Cristian Tudor avait alors assuré sur Twitter la publicité de cette rencontre jugée positive.
L’organisation du Mondial par le Qatar témoigne de la « transformation historique d’un pays dont les réformes ont inspiré le monde arabe », avait aussi affirmé Mme Kaili le 22 novembre à la tribune du Parlement européen.
Ces propos, qui avaient alors suscité des remous dans les rangs de la gauche et des libéraux, sont revenus à l’esprit de nombreux eurodéputés ce week-end après l’annonce de son arrestation.
« Je crains maintenant de comprendre… », a commenté samedi sur Twitter le Français Pierre Karleskind (Renew, libéraux).
Lundi à Strasbourg, la présidente du Parlement Roberta Metsola a convoqué une réunion des présidents de groupes pour évoquer l’enquête judiciaire belge, ont indiqué dimanche à l’AFP deux sources au sein de l’institution.
Les eurodéputés Verts et socio-démocrates s’opposeront par ailleurs au démarrage de négociations sur une libéralisation des visas pour les Qataris dans l’UE.
Samedi soir, Mme Metsola a décidé d’une première sanction contre Eva Kaili. La vice-présidente grecque s’est vue retirer toutes les tâches déléguées par la présidente dont celle de la représenter dans la région Moyen-Orient.
Des eurodéputés de gauche, dont l’écologiste Philippe Lamberts au nom du groupe des Verts, ont demandé la démission de Mme Kaili. Elle a été exclue dès vendredi soir du parti socialiste grec (Pasok-Kinal) dont elle était une figure déjà controversée.
Bonjour à tous, dans le bulletin des Français de l’étranger, on revient sur les résultats des élections professionnelles à l’AEFE, on va à la rencontre de Français du Maroc et on découvre le report de la réforme des retraites en France !
FSU en tête
Le syndicat issu du SNES, l’organe historique des professeurs du second degré en France, a remporté les élections professionnelles à l’AEFE. Petit bémol, le personnel administratif comme celui de direction lui ont préféré l’UNSA, un syndicat plus progressiste que ses concurrents comme la CFDT. Au comité principal ou CSA, il y a donc 6 élus FSU, 2 UNSA et 2 CFDT. Derrière ces scrutins se cache un autre enjeu majeur, chaque siège au CSA remportant l’équivalent de 10 temps-plein par an !
Elections professionnelles
Les Français du Maroc soutiendront le gagnant
Pour les binationaux comme pour les expatriés, le match de demi-finale de la coupe du monde s’annonce particulier. Les liens entre les deux pays, la forte présence des Français dans le royaume, font que c’est la discrétion qui prévaudra mercredi soir. Et au final, quel que soit le gagnant, les Français sur place seront heureux comme nous l’explique Nicolas Arnulf, conseiller des Français de Rabat et élu à l’AFE. On l’écoute !
Emmanuel Macron reporte la réforme des retraites
Alors qu’elle devait être dévoilée jeudi, le président de la République a fait l’annonce surprise de décaler le lancement de cette séquence, riche en embuches, au 10 janvier 2023. Il laisse ainsi passer la Coupe du monde et les fêtes de fin d’année.
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour une nouvelle édition !
La semaine dernière,du 1er au 8 décembre 2022, toutes les instances consultatives de la fonction publique ont été renouvelées lors des élections professionnelles. Aujourd’hui, nous nous intéressons aux résultats pour l’AEFE.
Ils étaient plus de 11 000 appelés à participer à ces élections professionnelles qui avaient pour finalité de désigner les représentants du personnel au sein du comité social d’administration (CSA), consulté sur toutes les questions intéressant collectivement les personnels de l’Agence, et, au sein des commissions consultatives paritaires centrales (CCPC) et locales (CCPL), consultées sur les questions d’ordre individuel concernant les personnels de l’Agence. Parmi les électeurs, du personnel détaché mais aussi celui engagé sous contrats locaux.
Voie électronique
Pour la première fois, les agents du siège et du réseau de l’AEFE ont voté par voie électronique pour les 121 scrutins qui ont été dépouillés par le bureau de vote électronique centralisateur le 8 décembre 2022, en public à Nantes.
Ces élections professionnelles se sont déroulées :
au scrutin de liste pour déterminer les dix représentants des personnels siégeant au comité social d’administration (CSA)
et au scrutin de sigle en vue de déterminer les organisations syndicales appelées à désigner les représentants des personnels siégeant dans chacune des commissions consultatives paritaires centrales (4 CCPC) et locales (116 CCPL).
Le taux global de participation, sur les 121 scrutins confondus a été de 57 % soit 6573 votants. Cependant la FSU tient à souligner qu’il est regrettable que ce soit le seul moyen de participer, privant 1500 de salariés de la possibilité de participer, n’ayant pas accès à internet facilement ou ne maîtrisant pas l’outil.
Une victoire par le terrain
Le syndicat qui a remporté la majorité des voix pour le comité social d’administration (CSA) c’est la FSU. Elle obtient 56,5% des voix pour le CSA et donc 6 élus sur 10. En pourcentage de voix pour la FSU, c’est 2,5 points de plus qu’en 2018, qui avait déjà été un résultat exceptionnel. Derrière on retrouve l’UNSA qui obtient 2 sièges avec 20,8% des voix comme la CFDT.
La FSU, émanation du SNES, le syndicat historique des professeurs du second degré, s’explique par un maillage fort, une présence accrue sur le terrain et plus de 100 représentants à travers les continents.
« Nous allons continuer à défendre tous les personnels de droit local ou détaché comme nous le ferons pour l’opérateur public »
Alessandra Diakhate – professeure détachée à Dakar – élue au CSA pour la FSU
Pour les responsables de la FSU, le service public doit être maintenu. Ses membres s’opposent donc à toute tentative de privatisation comme celle qu’a tenté de mettre en place Frédéric Petit avec son amendement créant un comité de gestion pour les établissements managés directement par l’AEFE.
En parallèle, un autre syndicat a tenté de faire une percée avec une proposition forte, celle de réunir personnel détaché et personnel embauché localement sous un même statut. Une idée qu’ont dénoncé leurs concurrents, FSU et UNSA en tête ! En effet, les dispositions prises par le gouvernement, comme l’état du budget national, imposent une maîtrise des coûts et en conséquence, s’il doit y avoir un statut unique, celui-ci sera, logiquement, aligné sur celui des « locaux ». Un nivellement par le bas que craint Adrien Guinemer, Chargé de mission « Hors de France » : AEFE, MLF, MEAE pour l’UNSA.
« Nous refuserons un nivellement par le bas du statut des agents des réseaux homologués AEFE »
Adrien Guinemer, Chargé de mission « Hors de France » : AEFE, MLF, MEAE pour l’UNSA
Les commissions paritaires et locales
En sus du comité social d’administration, les employés du réseau des écoles et Lycées français à l’étranger ont renouvelé les commissions paritaires. Dans ces dernières, la FSU voit son poids se réduire. Si la FSU est toujours dominante pour les professeurs du second degré, l’UNSA remporte de nombreux sièges pour les enseignants du premier degré (comme pour celle réunissant le personnel administratif ou celle dédiée à la direction des établissements scolaires (100% UNSA), mais précisons que le SNUipp à la CPPC 1 fut de 55% et donc que la FSU reste majoritaires avec 3 sièges sur 5. Ainsi globalement, la FSU reste largement majoritaireet la principale force de proposition.
Les commissions consultatives paritaires centrales sont consultées sur : • le recrutement des personnels expatriés ; • la fin de contrat anticipée des personnels détachés à l’AEFE. Elles sont aussi saisies pour avis de toutes questions d’ordre individuel concernant les agents relevant de leur compétence : contestation de la notation administrative, refus de temps partiel…
Elles sont donc, au quotidien, les vraies interlocuteurs du personnel dans les établissements comme celles élues au niveau local. Là aussi la FSU s’impose ainsi dans certains pays comme l’Espagne ou l’Italie, elle est même le seul syndicat.
Des élections qui rapportent gros !
Au-delà du poids des différents acteurs syndicaux au sein de l’AEFE, ces élections déterminent aussi pour les prochaines années les moyens dont vont disposer les syndicats pour mener à bien leur mission.
En effet, comme pour les partis politiques, chaque voix, chaque siège, vont générer un financement pour ledit syndicat. Pour exemple, un siège au CSA rapporte le budget équivalent à 5 emplois plein-temps par an. C’est donc un enjeu majeur pour les différentes centrales syndicales. Les prochaines élections auront lieu en 2026 !
Télécharger tous les résultats des élections professionnelles à l’AEFE
L’ivresse de la victoire a encore gagné, samedi dernier, le Maroc après le coup de sifflet final face au Portugal en quarts de finale. Les Lions de l’Atlas venaient de se qualifier pour les demi-finales de la Coupe du Monde, une première pour une nation africaine. A Casablanca, Rabat, Kenitra ou encore Marrakech, l’ambiance est indescriptible. Les Marocains vont donc affronter ce mercredi à 20h les Bleus de France ! Une situation inédite pour les Français du Maroc !
« Des scènes de liesse incroyables«
Nicolas Arnulf – conseiller des Français de Rabat
On a rencontré Nicolas Arnulf, conseiller des Français de Rabat et qui représente la zone, avec d’autres élus, à l’Assemblée des Français de l’étranger. Le député de la circonscription, Karim Ben Cheïkh (Nupes – GénérationS) n’a pas pu intervenir, retenu à l’Assemblée nationale pour étudier les derniers 1000 amendements de la loi de Finances 2023.
La communauté française est la plus importante au Maroc, devant les expatriés espagnols. Plus de 50.000 Français sont installés dans le pays, la plupart résidant à Casablanca, Rabat et Marrakech. Cette population grandissante a créé un grand nombre d’entreprises, près d’un millier au total.
Ce tissu de sociétés emploie 80 000 personnes, qui sont autant des entreprises du CAC 40 que des PME. Les entrepreneurs sont souvent ici agents immobilier, architectes, hôteliers, restaurateurs, commerçants… Il n’est pas rare de croiser, aussi, de jeunes actifs venus tenter leur chance au Maroc, où tout semble davantage possible qu’en France. Ils sont au cœur de l’industrie touristique, en particulier pour tenir des maisons d’hôtes ou encore des hôtels par exemple. Ils travaillent également dans les activités liées à la mobilité, aux services, à l’immobilier, l’architecture d’intérieur, les centres d’appels…
Nicolas Arnulf
Mais pour le match, la consigne c’est le respect de l’opportunité historique que donnent les Lions d’Atlas au Maroc. Face à la ferveur populaire, les Français vont regarder le match à la maison ou dans les lieux qui vont s’ouvrir aux Français comme les hôtels Sofitel.
« Les relations franco-marocaines sont extrêmement particulières… Il va y avoir une foule immense dans les rues… Il faut plutôt rester au calme »
Nicolas Arnulf – conseiller des Français de Rabat
Les binationaux
Parmi les Marocains, il y a de nombreux supporters qui ont gagné deux fois : avec le Maroc, qui a battu le Portugal en quart de finale de la Coupe du monde (1-0), et avec la France, qui a décroché sa qualification en demi face à l’Angleterre (2-1), samedi 10 décembre.
Mais désormais, les voilà bien dans l’embarras que résume avec humour, Jamel Debbouze.
« C’est comme si ma mère jouait contre mon père »
Jamel Debbouze dans un entretien accordé à BeIN Sports France
Alors qu’ils représentent 70% des Français à Rabat, à l’instar du champion marocain Sofiane Boufal, qui vont-ils soutenir ? Bottant en touche, nos compatriotes ayant aussi la nationalité marocaine répondent « la meilleur équipe sur le terrain » ! Un sentiment que partagent aussi les résidents français.
« Nous comme résidents, on sera de toute façon contents si le Maroc passe en demi-finale »
Après une année noire de grippe aviaire, la filière du foie gras accuse le coup à l’approche des fêtes. Malgré la réquisition des canards femelles, le célèbre mets de Noël risque de manquer cette année.
Les canards manquent à l’appel. Entre novembre 2021 et juin 2022, 16 millions de volailles, dont 3,8 millions de palmipèdes dans la filière Foie Gras, ont été abattues, alors que circulait le virus de l’influenza aviaire hautement pathogène (H5N1), responsable de la grippe aviaire.
« La grippe aviaire a touché l’ouest de la France, tout particulièrement les Pays de la Loire, qui fournissent 70 % des canetons qui seront ensuite élevés pour leur foie gras. C’est un séisme pour toute la filière », rapporte à EURACTIV, Marie-Pierre Pé, Directrice du Cifog (Comité interprofessionnel des Palmipèdes à Foie Gras) et animatrice d’Euro Foie Gras.
Foie de cane
La pénurie de canetons – mâles, privilégiés pour la production de foie gras – a donc des conséquences sur la quasi-totalité des éleveurs de la filière, y compris ceux qui n’ont pas été directement touchés par l’épidémie.
Ainsi, pour pallier ces carences, les producteurs se sont reportés sur les femelles, habituellement éliminées à leur naissance.
Un pis-aller. En effet, « le foie de la cane présente un réseau de veines qui impose un travail supplémentaire et exclut les produits haut de gamme comme le foie gras entier », souligne Marie-Pierre Pé. Malgré tout, selon le Cifog, cette « adaptation » a permis de baisser les pertes de 50 à 30 %.
Conséquence directe de cette chute de la production : une tension sur les prix. Le foie gras coûtera en moyenne 20% de plus cette année, soit 0,50 euro pour une portion de 40 grammes – avec des variations selon les points de vente.
Pas de quoi affaiblir la demande de ce produit de fête, qui reste forte selon les professionnels, alors que s’ouvrent de nouveaux marchés principalement en Asie du Sud Est.
La filière française exporte environ 20 % de sa production, en particulier en Espagne et en Belgique.
Les autres pays européens également à la peine
La crise sanitaire va-t-elle encourager l’importation de foie gras étranger ? Avec la France, l’Espagne, la Belgique, la Bulgarie et la Hongrie produisent environ 90 % du foie gras au niveau mondial. Les autres principaux producteurs sont la Chine, les Etats-Unis et le Canada.
La Hongrie est aujourd’hui le premier producteur de foie gras d’oie – La France n’en produit presque plus – et le deuxième producteur de foie gras de canard au monde.
« Tous les pays de l’UE subissent des hausses des coûts de production, et les conséquences de la grippe aviaire. Penser que la crise va provoquer une déférente de produits étrangers en France est un fantasme », explique à EURACTIV Xavier Dubois, PDG de Foie Gras Partner, société qui commercialise du foie gras hongrois et bulgare en France.
Selon lui, ces produits ne représentent pas plus de 10-15 % du marché français, et cet équilibre n’a pas de raison de changer.
Pour Marie-Pierre Pé, les pertes des autres pays producteurs seront équivalentes cette année à celles de la France, d’un tiers environ.
Le vaccin, une « lueur d’espoir »
À la veille des fêtes de Noël, la crainte des éleveurs est de voir le virus faire son grand retour cet hiver, période de migration des oiseaux sauvages, particulièrement propice à la transmission. La filière a pris les devants en renforçant comme jamais les mesures de biosécurité, telles que la diminution de la concentration des animaux dans les communes les plus densément peuplées.
Le Cifog demande également aux pouvoirs publics de prendre en compte cette « conjoncture inédite », en aidant les producteurs, parfois non-éligibles aux dispositifs d’indemnisation accordés cet été par le gouvernement.
Mais à plus long terme, la filière mise surtout sur la vaccination, « seule lueur d’espoir » pour le sénateur de centre-droit Pierre Médevielle, qui a interpellé le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire à ce sujet au Sénat mercredi 7 décembre.
« Nous travaillons déjà à un plan de vaccination pour redonner de la perspective aux agriculteurs » a rassuré Marc Fesneau. S’il n’existe pour le moment aucun vaccin pour le canard, le Conseil de l’Union européenne a autorisé, au mois de mai dernier, le développement de deux vaccins expérimentaux.
La filière espère une homologation et une mise sur le marché dès 2023.
La France s’engage dans sa cinquième grande réforme des retraites en 30 ans (1993, 2003, 2010, 2014), mise à part celle qui a été abandonnée en 2020. A chacune de ces réformes, les gouvernements ont commis l’erreur d’affirmer haut et fort qu’il s’agirait de la « der des der » pour mieux obtenir le consentement de la population. Au fil des années, il n’est donc pas surprenant que celle-ci soit de plus en plus défiante à l’égard de la parole publique et rétive à accepter de nouveaux efforts.
Après trois ans de « quoi qu’il en coûte », le rétablissement des comptes publics est devenu un argument inaudible pour une grande partie de la population. Imposer le report de l’âge légal de 62 à 65 ans, pour effacer les déficits d’une dizaine de milliards d’euros à venir des régimes de retraite, apparaît d’autant plus incompréhensible que ces derniers sont, pour le moment, à l’équilibre et que le déficit budgétaire de l’État s’élève à plus de 150 milliards d’euros.
Un manque d’emplois en France
L’équilibre des régimes de retraite est une question subalterne à un problème bien plus large. L’économie française souffre d’un cruel manque d’emplois. Selon l’OCDE, 68 % de la population en âge de travailler en France, a un emploi contre 77 % en Allemagne. Cet écart substantiel est lié à la faible participation à l’emploi des jeunes et des seniors. L’énergie des premiers et l’expérience des seconds sont ainsi gâchées.
Le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est trois fois plus élevé en France qu’en Allemagne, 16 % contre 5 %. La proportion de jeunes déscolarisés et sans emploi ayant entre 15 et 29 ans est de 15 % en France, contre 10 % en Allemagne. Si le taux d’emploi des 55/64 ans en France a progressé depuis 2010, passant au-dessus de 50 %, il demeure faible pour la tranche d’âge 60/64 ans, 35 % contre 62 % pour l’Allemagne.
Ce déficit d’emplois pèse sur le volume des cotisations sociales et des impôts. Il conduit les pouvoirs publics à verser plus qu’ailleurs des prestations sociales pour compenser le manque de revenus issus du travail. Il entrave ainsi la croissance. Si la France avait proportionnellement le même nombre d’emplois productifs que l’Allemagne, elle n’aurait plus de déficits publics. Le financement des retraites, de la dépendance, de la santé et de l’éducation en serait grandement facilité. Le problème risque malheureusement de s’aggraver si rien n’est entrepris pour augmenter le taux d’emploi.
Et des problèmes de recrutement
En 2022, de nombreuses entreprises sont entravées dans leurs activités en raison des problèmes de recrutement. Ces difficultés s’amplifieront, ces prochaines années, avec les départs massifs à la retraite à venir, soit 800 000 par an jusqu’en 2040. Sans apport extérieur, la population active est appelée à stagner puis à diminuer.
L’augmentation du nombre d’emplois est donc une condition sine qua non pour atteindre un niveau de croissance suffisant pour financer non seulement les retraites mais aussi garantir le pouvoir d’achat de l’ensemble des Français, en particulier celui des retraités.
En France, ces derniers peuvent se réjouir de bénéficier aujourd’hui d’un niveau de vie supérieur à celui de l’ensemble de la population, ce que très peu de pays connaissent. Mais cette situation n’est pas amenée à perdurer. Toutes choses égales par ailleurs, selon le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites, le niveau de vie relatif des retraités devrait diminuer de 5 à 10 % d’ici 2040 du fait de l’application des réformes engagées ces trente dernières années. La revalorisation des pensions, qui s’élèvent actuellement à 1 400 euros net par mois en moyenne, sera un sujet majeur dans les années à venir.
Pour redresser l’économie française et pour relever les défis de la transition énergétique et du vieillissement de la population, la création d’emplois productifs est une ardente nécessité. Il faut tout à la fois favoriser l’emploi des jeunes et des seniors, ce qui suppose un important effort de formation pour les uns comme pour les autres. Il faut également adapter le travail aux capacités et aux attentes des seniors.
Vers une retraite progressive
Les dernières années de travail n’ont pas vocation à être un chemin de croix. À cette fin, la retraite progressive devrait être encouragée, voire devenir le mode de sortie normal. Le principe d’une retraite à la carte intégrant la pénibilité des carrières et les envies des uns et des autres devrait s’imposer afin de mettre un terme aux débats d’une autre époque sur l’âge légal de départ à la retraite.
Mohsen Shekari, 23 ans, a été assassiné, le 8 décembre, par Ali Khameinei. Il avait manifesté le 25 septembre contre le régime des mollahs, après la mort de Mahsa Amini, 22 ans, arrêtée pour avoir mal porté son voile. C’est le premier manifestant exécuté en Iran depuis la révolte des femmes. Mohsen a été condamné à mort pour « inimitié à l’égard de dieu ».
Majidreza Rahnavard, autre manifestant, lui, a été pendu en public, le 12 décembre. Il est le deuxième manifestant juridiquement assassiné par le pouvoir iranien.
Une des grandes batailles du XXIème siècle sera celle contre l’impunité.
La révolte s’amplifie, la police religieuse aurait été dissoute (ce qui n’empêche ni les arrestations, ni les exécutions) : le régime joue sa survie. Il a peur. Qui jugera Ali Khamenei ? Les Iraniens, s’ils réussissent à se libérer des Gardiens de la révolution et autres exécuteurs. Ou encore un juge, un jour, quelque part, en raison de la Compétence universelle, qui permet à la justice d’un Etat de poursuivre les auteurs d’un crime, quel que soit le lieu où il a été commis, quelles que soient sa nationalité, celle de ses victimes. Crimes de guerre, génocides, crimes contre l’humanité, peuvent être jugés : la Cour pénale internationale a ouvert des enquêtes sur les hauts dirigeants russes. Pourrait-elle le faire sur ceux de l’Iran ? Une des grandes batailles du XXIème siècle sera celle contre l’impunité.
Il y a peu de chances de faire passer un jour Ali Khameneï, le Guide suprême, devant une Cour. Dieu le rappellera avant, et l’enverra en enfer. En attendant, beaucoup des fidèles et bénéficiaires du régime peuvent être arrêtés et jugés, dès qu’ils sortiront d’Iran. Les Américains, qui ont exécuté par un drone le Général Soleimani en Irak, se sont embarrassés de moins de droit.
Les Iraniens voulaient absolument, dans la négociation sur le traité de prolifération nucléaire JCPoA, que les États-Unis retirent les Gardiens de la révolution de leur liste des organisations terroristes. C’est la principale force du régime, la source de la répression, le principal conglomérat financier du pays, le bras des actions militaires extérieures, y compris terroristes. Jusqu’à présent, l’attente d’un accord sur le nucléaire amadouait les Européens. Il n’y plus d’accord, il n’y en aura pas. Plus personne ne croit que l’Iran le respecterait.
A « démoli des garde-corps d’autoroute et incendié des poubelles ». Condamné à mort.
Pour l’instant, il y a cette révolte, qui, paradoxalement, protège l’Iran de la guerre. Israël, les Emirats, l’Arabie saoudite, les États-Unis, attendent ce qu’il en est pour intervenir contre les installations nucléaires iraniennes : ne pas donner au régime l’occasion de créer une unité nationale, alors qu’elle est en train de se faire, contre lui.
Pendant ce temps, des jeunes femmes, des jeunes gens, souffrent, meurent, défilent, chantent, crient « Mort au dictateur ! ». 14.000 personnes, selon l’ONU, ont été arrêtées. 458 ont été tués durant les manifestations, 63 mineurs. Dix ont été condamnées à mort. Aucun n’a pu voir son avocat. Mahan Sadrat, 22 ans, pourrait être pendu dans les jours qui viennent. Un autre ennemi de Dieu, Sahan Nourmohammadzadeh, a « démoli des garde-corps d’autoroute et incendié des poubelles ». A mort.
La Chine n’aidera pas plus l’Iran qu’elle n’aide la Russie.
Pendant ce temps, les dirigeants iraniens renforcent leur coopération militaire avec la Russie, vendent des drones, peut-être des missiles (en violation des résolutions de l’Onu mais qui s’en soucie ?) et attendent en retour technologies et informations, notamment satellitaires. L’Iran a intégré en 2021 l’organisation de Coopération de Shanghai, a signé avec la Chine un accord de « partenariat stratégique et près de 400 milliards d’euros d’accords commerciaux.
Chine, Russie, Iran ont déjà, en 2019, mené des exercices navals dans le golfe d’Oman. Mais la Chine ne défendra pas l’Iran. Xi Jinping est reçu par le Prince Ben Salman, à Ryad, avec l’ensemble du Conseil de Coopération du Golfe. (Ceux qui gardent les Lieux saints n’ont rien à dire sur le traitement des Ouïghours musulmans, il n’y a que les Occidentaux qui en parlent). La Chine n’aidera pas plus l’Iran qu’elle n’aide la Russie. Mais elle peut utilement conseiller les Iraniens sur le moyen de contrôler la population, y compris sur les réseaux sociaux, par la reconnaissance faciale et autres instruments.
Ce n’est pas un hasard si ces pays se retrouvent. Ils sentent une menace : Poutine est confronté à la désertion et à la grogne des mères, Xi Jinping recule face aux émeutes contre sa politique de confinement. Et Ali Khamenei panique et tue pour sauver son régime. Serait-ce le crépuscule des autocrates ?
Visite de Vladimir Poutine en juillet 2022 à Téhéran avec l’ayatollah Ali Khamenei
Déjà, il est possible d’agir vis-à-vis de l’Iran, justement parce que le courage de ces jeunes gens pourrait se diffuser un peu au-delà des frontières. Ne faut-il pas envoyer des messages à une population iranienne écœurée par la théocratie, de plus en plus moderne et laïque, « occidentale » comme dirait Khamenei?
Placer les Gardiens de la Révolution et ses satellites sur la liste des entreprises terroristes.
Après l’assassinat de Mohsen Shekari, le Canada et le Royaume-Uni ont pris des sanctions contre des personnalités du régime. Ne serait-il pas possible, alors qu’une quinzaine d’ambassadeurs ont été convoqués par le gouvernement iranien pour entendre ses remontrances, d’expulser quelques-uns de ses représentants dans les capitales européennes ? Ne serait-il pas possible de placer les Gardiens de la révolution, les satellites qu’ils contrôlent, sur la liste des entreprises terroristes ? Et sanctionner ceux qui travaillent avec eux, banques, courtiers, assureurs, grossistes… ? Les sanctions ne marchent pas, répète-t-on. C’est vrai, mais elles pèsent. Sinon ceux qui les subissent ne paieraient pas tant de gens pour les faire lever. Personne ne croit que des sanctions peuvent faire tomber un régime, mais cette fois, ce sont les Iraniens qui se soulèvent. Leur montrer qu’on les admire, faire peur à ceux qui les martyrisent.
Que peut-on encore attendre d’un tel régime ? Rien, sinon encore la guerre. Sept Français sont incarcérés en Iran, pris en otage. Que peut-on attendre de cette révolte ? Une nouvelle Révolution iranienne, une libération. Le basculement de l’Iran serait un coup de tonnerre extraordinaire, pas seulement en Iran, pas seulement au Proche-Orient, dans le monde entier : pour tous les peuples, pour tous les assassins qui se pavanent au pouvoir.
Alors les victimes de ce régime, à commencer par Mahsa Amini et Mohsen Shekari, mériteront leur place au Paradis, un mot persan.
Laurent Dominati
a. Ambassadeur de France
a. Député de Paris
Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press
Aujourd’hui dans le flash des expatriés, on revient sur la victoire de l’équipe de France avec les Français de Londres, on fait le bilan du forum économique franco-polonais, et on évoque la victoire d’Eric Ciotti élu président du parti les Républicains.
Les Français de Londres euphoriques
A Londres, les Français avaient le choix, plusieurs lieux, dont l’Institut de France, organisaient la projection du match qui opposait les Bleus aux Anglais ! Mathilde, Française de Londres, témoigne pour nous, on l’écoute !
Demain on recevra Nicolas Arnul, élu consulaire à Rabat et à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), pour parler de la demi-finale face au Maroc !
Un forum économique franco-polonais tourné vers la transition énergétique
L’Agence polonaise pour le commerce et l’investissement, le ministère du développement et de la technologie ainsi que le Mouvement des entreprises de France en Pologne ont organisé, les 7 et 8 décembre, un Forum économique franco-polonais, à Varsovie, axé sur la transition énergétique ! Olivier Becht, ministre délégué auprès de la ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur, de l’Attractivité et des Français de l’étranger était présent, en compagnie du député des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans, Frédéric Petit. Ils ont accompagné de nombreuses sociétés françaises à la conquête de ces marchés et en ont profité pour rencontrer la communauté française sur place !
Eric Ciotti, président du parti Les Républicains
C’est donc le choix de 53,7% des 100 000 militants du parti de droite ! Bruno Retailleau, pourtant soutenu par les sénateurs et apparatchiks du parti, n’a pas su convaincre les militants qu’il pourrait représenter l’avenir ! C’est donc avec une droite décomplexée qu’Eric Ciotti va tenter de préparer le terrain pour Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui devrait représenter les LR aux présidentielles de 2027 !
C’est tout pour aujourd’hui, on se retrouve demain pour un nouveau bulletin dédié aux Français de l’étranger
En mars, Florent Coury nous avait accordé un entretien alors qu’il était en pleine formation militaire en Ukraine. Il venait de rejoindre le 1er mars ce pays comme volontaire étranger suite à l’appel du président Zelensky. Il a été le premier ou un des premiers Français à arriver sur place.
L’engagement aux côtés de la brigade géorgienne a constitué pour lui un choix patriotique et européen. Il s’est employé d’ailleurs à communiquer autour des raisons de cet engagement. Ce rôle de chargé des relations avec la presse internationale lui avait été confié par les responsables militaires, ainsi il a eu accès très largement aux médias pour évoquer l’agression russe, les défis militaires et politiques que pose cette guerre, et partager les informations sur le quotidien d’un soldat engagé et en formation.
Il a tiré de cette expérience singulière un livre, « Engagé volontaire », sorti chez Flammarion en septembre. Nous avons souhaité interroger l’écrivain autant que le patriote, et partager avec nos lecteurs le plaisir que nous avons eu à le lire. Son style enlevé, son sens du dialogue et la plongée dans le fonctionnement d’une base militaire sont totalement captivants.
L’entretien avec Florent Coury
Boris Faure : Florent, vous vous engagez en Ukraine alors que vous venez de quitter votre emploi de DRH dans un grand groupe automobile français. De cadre de haut niveau vous rentrez dans la peau d’un soldat au bas de l’échelle et ce soldat est devenu depuis un écrivain. On sent d’ailleurs entre les lignes les transformations psychologiques qui sont les vôtres, entre la quête d’un idéal européen, la volonté de se battre concrètement et les doutes face à l’incompréhension de certains de vos proches. Psychologiquement, après la phase d’exaltation et la montée d’adrénaline, le processus d’écriture, que vous avez mené à votre retour en France, vous-a-t-il apporté un apaisement durable ou n’est-il qu’une parenthèse avant une nouvelle phase d’action ?
Florent Coury : Je suis rentré fin avril, et me suis trouvé, avec l’écriture de ce livre, un prétexte pour ne pas retourner tout de suite avec mes camarades en Ukraine. Ceux-là même m’encourageaient à écrire puisque chacun doit contribuer de la manière où il est le meilleur – et il était clair que mon lieutenant avait raison me concernant lorsqu’en me faisant quitter l’unité il m’avait lâché « The pen is mightier than the sword » – (le stylo est plus puissant que l’épée). Je devais rendre ma copie en juillet à mon éditeur, pour une publication en septembre. J’avais donc planifié de pouvoir retourner en Ukraine en novembre, après la promotion du livre qui allait être un prétexte à la promotion de la cause ukrainienne. C’est durant le mois d’août qu’un ami, auquel j’avais expliqué mon projet de retour, m’a fait remarquer que certains (tels les travailleurs humanitaires) trouvent dans des formes d’action toujours plus radicales une dépendance qui leur interdit de retourner à un quotidien plus proche de celui du Français moyen. Pour la première fois – il est révélateur que la question ne se soit pas posée d’elle-même durant l’écriture, pourtant propice à l’introspection même dans le rythme très soutenu qui fut le mien – j’ai touché du doigt une potentielle contradiction entre mon engagement en Ukraine et un retour planifié à ma carrière de cadre supérieur dans le secteur privé. Je ne suis pas sûr d’avoir résolu cette contradiction, même si la réalité financière s’assurera de la résoudre pour moi tôt ou tard.
Boris Faure :Ce livre est une mise à nue sentimentale même si le récit est écrit par un esprit fort et structuré. Vous y racontez votre départ rapide et les échanges que vous avez avec votre famille une fois arrivé sur place. Vous vouliez vous expliquer auprès d’eux. Vous comprenez très vite que certains aspects de votre engagement sont incompréhensibles vus de l’hexagone et vous préférez parfois limiter les échanges WhatsApp pour éviter les malentendus. Vous êtes porté par la ferveur de vos convictions, être utile à l’Ukraine, expliquer aux compatriotes de France en quoi cette guerre met en jeu l’avenir de l’Europe, dire le conflit de l’intérieur, et vous êtes rattrapé aussi par vos sentiments de père et d’époux qui sait que le départ sera coûteux en termes personnels. Il y a notamment ces scènes poignantes où vous êtes réfugié dans un des abris anti-aériens en compagnie de familles et d’enfants ukrainiens. A ce moment là vous pensez à vos enfants restés en Belgique. Quand ils seront en âge de vous lire, comment percevront-ils votre engagement de votre point de vue ?
Florent Coury : J’ai fait face à une très forte hostilité de ma famille et de mes proches pour m’être engagé alors que j’étais père. C’est paradoxal, car d’une part, le lien qui m’unit avec mes enfants est la source de mon engagement – je considère que l’exemplarité est le seul moyen de faire vivre les idées que je cherche à leur inculquer- et d’autre part, il n’y a que pour mes enfants que mon départ ait été naturel. Tout d’abord parce qu’à leur âge, un père, ça ne craint rien. Ensuite parce que je me suis assuré de leur inculquer, dans leur éducation, les principes qui me permettront d’être compris par eux. J’avais rapidement écrit un texte dans le bus qui me conduisait de Pologne en Ukraine, lorsque j’ai réalisé que ma voix pouvait avoir un message à porter, dans lequel j’expliquais que mon fils aîné avait, le premier, mentionné son inquiétude au sujet de la guerre en me demandant si les Ukrainiens avaient des chevaliers. Ma réponse – le rassurant sur le fait que, oui, les Ukrainiens en avaient, même si certains venaient de découvrir qu’ils en étaient – venait du langage commun que j’avais créé entre eux et moi, chaque soir au fil des années, en leur racontant une histoire fantastique peuplée de peuples imaginaires et de courageux chevaliers auxquels ils s’identifiaient. C’est cette histoire fleuve, cette chronique d’une utopie où je tentais de mettre en scène le bien et le mal, le courage et la loyauté, la trahison et la douleur, qui a été la base de compréhension, en leur donnant les mots et les réflexes nécessaires. Les adultes qu’ils deviendront ne se priveront pas de me critiquer, mais j’ai envie de croire qu’il restera quelque chose de ces histoires – et bien entendu de mon livre, que j’ai aussi écrit pour eux.
Comme beaucoup d’écrivains qui ont parlé de la guerre en termes critiques, je pense ici à Céline par exemple, il y a dans ce récit l’exposé de la quotidienneté d’un soldat en formation, une chronique de l’ordinaire militaire en somme, mais aussi des moments de révolte contre l’absurdité de certaines situations : les armes manquent , vous avez seulement deux Kalachnikov pour plusieurs dizaines de volontaires, et l’organisation sur la base où tu résides est parfois déficiente. Je me permets de citer un passage du livre : « S’il s’agit d’arrêter du parachutiste ou du saboteur à coups de cure-dents géant entre les deux portes blindées je ne sais pas bien ce que je fais ici ». Comment ce récit « vérité » peut-il être perçu par les soldats qui ont partagé ton quotidien ? Faut-il tout dire des coulisses de la guerre, y compris ce qui est peu reluisant ?
J’ai écrit pour trois raisons. Pour moi-même, tout d’abord, car cela faisait des années que je souhaitais écrire sans jamais m’y mettre ; au retour d’Ukraine, je n’avais aucune excuse de ne pas le faire. Pour ma famille et mes amis, afin que ceux d’entre eux qui le souhaitent puisse savoir ce que j’avais fait (ou cherché à faire) et me comprennent mieux. Enfin, pour témoigner pour les volontaires étrangers qui partaient se battre, et qui pour la plupart sont encore là-bas à l’heure où nous parlons. Décrire le dénuement des premiers jours, les frayeurs largement dues à notre inexpérience, ou, de manière plus générale, le chaos d’une organisation multinationale qui s’ignore dans un pays qui se découvre en péril de mort est nécessaire pour recevoir la confiance du lecteur qui doit se convaincre de la sincérité du récit. Comment espérer chercher à expliquer le monde si l’on ne l’écrit pas tel qu’il est ? Présenter les volontaires sous une lumière crue, avec leurs qualités que le lecteur pourra trouver charmantes, choquantes ou risibles selon le point de vue, dire la peur panique qui me saisit pendant un exercice ou l’absurdité de ma patrouille nocturne et de l’accident qui aurait pu se produire, voilà ce que j’écris. Mon idée était donc de dire les choses comme je les ai vues, mais en gardant à l’esprit que nous participons à un affrontement armé – affrontement dans lequel j’ai résolument choisi mon camp. Je me suis donc censuré en omettant certains évènements ou sujets qui auraient pu desservir la cause que je défends, ou simplement prêter à polémiques, et cela bien au-delà du changement de noms, de chronologie ou de lieux que la sécurité imposaient, pour préserver ce que j’estimais relever d’un contexte plus apaisé et moins conflictuel. Je ne manquerai pas de revenir sur ces aspects si, comme je l’espère, j’écris un jour un livre sur l’après – l’après-guerre, l’après-combats, l’après-deuil. Je ne dis donc pas toute la vérité (et d’ailleurs qui le pourrait ?), mais je ne vois pas l’intérêt d’écrire si tout ce que je dis n’est pas la stricte vérité. Sur l’ensemble des nombreux dialogues du livre, je pense n’avoir inventé de toutes pièces que deux répliques, et seulement parce que je les souhaitais humoristiques.
Boris Faure :Très rapidement sur place vous quittez le rôle de simple soldat et vous prenez des responsabilités dans le « back office » de la guerre à savoir communiquer avec la presse mais aussi accueillir les engagés pour notamment écarter ceux qui sont là pour de mauvaises raisons. Votre formation RH et votre caractère bien trempés sont des atouts pour « lire » les motivations de ceux qui vous font face. Il y a l’exemple de ce compatriote qui visiblement appartient à l’extrême-droite et que vous allez écarter très vite à l’issue d’un entretien. Comment viviez-vous ce rôle de « garde barrière » de l’accès à la base ? Auriez-vous préféré aller en première ligne ?
Florent Coury : Le moment où l’on m’écarte de la section des volontaires appelés à se battre est un déchirement, car, aussi peu nombreuses qu’aient été ces journées où je m’imaginais partir à Kiev défendre la capitale, elles me donnaient une place claire, au sein d’un groupe de gens soudés par une cause plus grande qu’eux et par le don de soi pour la collectivité – en l’occurrence, un pays qui n’était pas le nôtre. Je n’aurais pas préféré aller me battre, et d’ailleurs dès mon tout premier texte sur les réseaux sociaux je mets noir sur blanc mon attente de me retrouver à faire la cuisine pour ceux qui savent se battre plutôt que de me battre moi-même. Mais la violence du départ, de laisser sa famille derrière soi, conduit à vouloir aller vers le choix le plus radical pour contribuer à la cause que l’on se choisit; en l’occurrence, celle de se battre. Cela a donc ouvert un moment de doute – je suis d’ailleurs sorti quelques jours d’Ukraine – sur ma contribution, avant que la raison ne prévale sur l’émotion et que j’aide d’une manière qui, à défaut d’être véritablement celle pour laquelle j’étais formée, m’a permis d’être utile.
Boris Faure : Vous souhaitiez vous engager pour les législatives de juin porté par votre idéal républicain et votre expérience européenne en Ukraine. Ce conflit vous le percevez au départ comme « une nouvelle chance pour réunir les Français autour de la république ». Une candidate d’extrême droite, pourtant pro-russe, se retrouve au deuxième tour de la présidentielle française. Et vous n’êtes pas investi comme candidat. Est-ce un échec et la traduction que la politique française doit s’ouvrir, s’européaniser, davantage intégrer une dimension internationaliste ?
Florent Coury : Je suis convaincu que la politique française s’est rabougrie, refermée sur elle-même, présentant la France comme un petit bout de planète ballotté par un monde menaçant. Le penser, c’est déjà accepter de l’être. Notre destin est de participer pleinement à la vie de notre continent et de l’humanité toute entière – parce que vouloir le contraire, c’est vivre en victimes de ce que d’autres (peuples, pays, crises) décideront pour nous, et donc un rapetissement de ce que nous sommes capables de vouloir en tant que nation, en tant que peuple. Penser la France dans le monde, s’est s’assurer de ne pas amoindrir notre souveraineté, de ne pas la réduire à une portion congrue que nous ne sommes plus capables d’expliquer à nos concitoyens, faute d’en avoir ne serait-ce que l’envie. C’est un des enjeux de la survie de nos démocraties occidentales, j’en suis certain. Et, pour le patriote que je suis, il parait évident que les périodes de notre histoire où la France s’est pensée pleinement dans le monde sont celles dont nous pouvons être le plus fiers.
Boris Faure :Je veux revenir à l’écrivain. Vous dites dans le livre que « le monde serait plus facile à vivre si les héros en chair et en os que nous croisons sur notre chemin pouvaient ressembler aux héros que nous avons lus dans les livres ». Comme Kessel ou Romain Gary, essayez-vous de devenir un de ces écrivains romanesques qui ont connu la guerre de près et se sont construits dans l’action ?
Florent Coury : Je n’essaie rien, j’admire la convergence du verbe et de l’action, et il n’y a rien que je désire autant pour moi-même. L’écriture est en soi une manière de mettre la pensée en mouvement. Je veux écrire et être pleinement dans mon temps, agir tout en cherchant à changer le monde tel qu’il est : comment ne pas m’inspirer des géants qui nous ont précédés ? Orwell et son hommage à la Catalogne pourraient être des exemples qui me sont proches.
Boris Faure :Vous êtes un homme de plume et d’action. Qu’est-ce qui attend Florent Coury dans les prochains mois ? Un retour en Ukraine ou une autre forme d’engagement pour un autre livre ?
Florent Coury : Je cherche à contribuer à la cause ukrainienne, pour le futur proche en tous les cas. L’écriture ne me quittera plus, c’est certain, y compris dans un style bien différent de mon récit ukrainien. J’ai en tête deux livres pour faire suite au premier, l’histoire dira si je les trouve dans l’action.