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  • Macron à Rouen : Rassurer et Informer

    Le chef de l’État s’est rendu ce mercredi en fin de journée à Rouen, un mois après l’incendie de l’usine chimique Lubrizol. Alors qu’on lui a beaucoup reproché de ne pas s’être déplacé après le sinistre, Emmanuel Macron a été accueilli par des Rouennais en colère, ou marqués par la peur.

  • Visas, accord de libre échange: tensions entre la France et la Tunisie?

    C’est un étrange texte qui vient d’être publié par l’antenne française de l’agence de presse russe Sputnik concernant les relations franco-tunisiennes. Tout d’abord car le conseiller consulaire des Français de Tunisie et de Libye Laurent Caizergues y est présenté comme un diplomate, ce que les conseillers consulaires ne sont pas, ils n’ont aucune fonction de représentation de la diplomatie française, mais également par le ton particulièrement anxiogène des relations entre les deux pays.

    La cause? Un article sur le site de l’article d’information Tunis Webdo dans lequel l’élu affirme que «Le taux de refus de visa à des citoyens tunisiens a plus que doublé en 2019 par rapport à 2018, passant de 11,5% à plus de 25%». Autre point, les relations UE – Tunisie qui seraient selon cette analyse particulièrement défavorables à cette dernière. Déséquilibrées les relations entre le vieux continent et la Tunisie? Il est temps de faire le point.

    700 000 Tunisiens en France, plusieurs dizaines de milliers de Français en Tunisie

    Les deux pays se connaissent bien. Ancienne colonie française, de 1869 à 1956, la Tunisie a toujours gardé des liens étroits avec l’Hexagone. Liens des peuples d’abord avec une importante communauté tunisienne en France et plusieurs dizaines de millers de Français en Tunisie, dont de nombreux bi-nationaux et quelques personnes célèbres comme l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë.

    Bertrand Delanoë, Français de Tunisie

    Les liens touristiques et culturels sont forts: consulat de Tunisie en France, consulat de France en Tunisie, Institut Français, Lycée français et écoles françaises à Tunis et dans tout le pays…Par ailleurs, près de 600 000 Français se rendent chaque année en visite en Tunisie.

    Une relation économique particulièrement riche

    Sur le plan économique, la France est le 1er investisseur étranger en Tunisie et le 1er partenaire commercial. 1 300 entreprises françaises sont implantées en Tunisie et 30% des exportations tunisiennes sont destinées à la France. Le français est la première langue étrangère apprise.

    Sur la question des visas, l’ambassade à Tunis annonce le chiffre de 136 000 visas délivrés. La question est actuellement sensible: la Tunisie, fer de lance du printemps arabe, fait face à des troubles récurrents, et les pays voisins, Algérie et surtout Libye, sont en proie à des situations bien plus problématiques encore.

    Une relation très importante donc, pour les deux pays, mais également rendue compliquée par le contexte spécifique de la Tunisie depuis le déclenchement du printemps arabe. Pour autant, faut-il crier au loup? Plusieurs collègues élus consulaires de M. Caizergues n’ont pas souhaité faire de commentaires, soulignant que la question des visas n’est en aucune manière une compétence légale de tels élus.

  • Francophobie dans le monde #2 en Belgique

    Le match France-Belgique lors de la coupe du monde 2018

    Ce n’est pas peu dire que la Belgique a mal vécu le match qui opposa son équipe nationale, les diables rouges,  à notre équipe lors de la demi-finale de la coupe du monde de football en 2018. « Tricheurs », ayant forcément « acheté l’arbitre », pratiquant « l’anti-jeu », les bleus ont évidemment volé leur victoire et ne méritent ni la victoire, ni le sacre face à la Croatie quelques jours plus tard.

    Bien entendu ce sentiment ne fut pas unanime dans le royaume mais il fut assez largement partagé. Apothéose d’une relation ambigue de nos voisins du nord vis-à-vis de l’Hexagone. Paradoxale en effet que cette Belgique qui fait ses courses à Carrefour, regarde TF1, téléphone via Orange et paye avec sa carte BNP Paribas et qui pourtant accumule les exemples de sentiments anti-français. De nombreux lecteurs nous ont fait part de situations de racisme notamment dans les propos qui, si ils avaient concerné une autre communauté, auraient fait l’objet de poursuites judiciaires. Pis, les fonctionnaires, policiers ou autres représentants de l’Etat ont une attitude discriminatoire envers les Français et d’autres nationalités. Derrière un esprit communautaire qui semble accueillant, les fractures entre les communautés sont entretenus. Par delà les Français, c’est tout le savoir vivre ensemble belge qui semble s’effriter, et cela commence déjà par eux-même, la Flandre ne comprenant plus sa soeur wallonne.

    La Grand Place de Bruxelles bombardée par Louis XIV

    Le 14 juillet à Liège

    Longtemps territoire des Pays-Bas Espagnols, terre de naissance de Charles Quint, la Belgique eut longtemps une histoire mouvementée avec le Royaume de France. Bombardée par Louis XIV, Bruxelles et sa célèbre Grand Place en garderont des stigmates. A l’inverse, Liège, qui fut une principauté pendant 8 siècles, vécue en parallèle de la France la révolution de 1789 et vota quasi unanimement le rattachement à notre pays. Aujourd’hui encore y est célébré le 14 juillet! La chambre de commerce franco-wallonne et les Franco-belges ainsi que les Français de liège y veillent.

     

    Simenon, Brel, Hergé parmi les légendes francophones

    Jacques Brel à l’Olympia

    Si certains citoyens outre-Quiévrain reprochent, à juste titre, à de nombreux Français un dédain arrogant pour leur pays et leur culture, il est cependant indéniable que cette dernière est largement représentée dans l’Hexagone. Simenon avec son inspecteur Maigret est le troisième auteur francophone le plus lu, Hergé le plus célèbre auteur de bandes dessinées, et Brel une légende de la musique.

    Alors pourquoi tant de ressentiments de la part de certains? Une incompréhension réciproque sans doute. Les stupides « blagues belges », qui ont tant fait rire pendant les récréations en France, n’ont pas aidé… Alors que la Belgique en est à plus de 300 jours sans majorité pour un gouvernement et que la question de son avenir se pose une fois de plus, ne peut-on pas se dire que tout est pardonné?

  • Quand le monde s’échauffe

    Le Monde s’échauffe tant climatiquement que socialement et politiquement. De nombreux pays connaissent des mouvements d’opinion plus ou moins durs comme au Chili, au Liban, en Bolivie, au Royaume-Uni, en Espagne avec la Catalogne, à Hong Kong. Il y a quelques mois, avec les « gilets jaunes », la France a été confrontée à sa plus longue crise sociale depuis mai 1968. Ces tensions interviennent dix ans après la survenue de la grande récession de 2008/2009 et après une phase rapide de bouleversements économiques marqués par la mondialisation et de la digitalisation.

    Bouleversements et manifestations

    Les sociétés sont plus mobiles, plus précaires et plus sensibles aux questions d’équité. Les nouveaux moyens de communication permettent une diffusion rapide des informations, vraies et fausses. Autrefois cantonnés aux cafés du commerce, les rumeurs sont sur la place publique en temps réel. Les manifestations de rue, le mécontentement des peuples sont également l’expression d’une crise des nations. Il n’est pas étonnant que le Royaume-Uni, l’Espagne, la France et les États-Unis traversent une période de doute. Le Royaume-Uni est tout à la fois composé d’îles et de plusieurs peuples. L’Espagne est, depuis des siècles, confrontée à un exercice d’équilibrisme avec les Basques et les Catalans. La France, pays centralisé, peine à trouver sa voie dans un monde de plus en plus horizontal. Les États-Unis craignent de perdre la suprématie dont ils disposent depuis plus d’un siècle.

    Inégalités et légitimités

    Une nation, c’est une armée, une monnaie, une administration fiscale et un pouvoir légitime. C’est surtout une histoire qui transcende la population, qui réunit les différentes classes sociales. Le respect des règles, de la hiérarchie, de l’autorité n’est pas en soi naturel. Elle est le fruit d’une éducation et l’expression d’un mutuel intérêt. Les inégalités sont acceptées si elles sont jugées légitimement immuables (société d’ordres) ou modifiables (régimes démocratiques). Les inégalités sont également la conséquence de la rareté de l’ensemble des biens. Ces derniers sont répartis en retenant soit des critères d’ordre (Noblesse, Clergé, Tiers État par exemple), soit des critères économiques, d’éducation, de renommée. La distribution des revenus est censée refléter celle des compétences et des talents. L’inégalité de traitement peut être perçue comme le fruit des rapports économiques et d’une coercition juridique (le monopole du pouvoir coercitif par les pouvoirs publics). Cela suppose évidemment que le pouvoir soit jugé comme légitime et que ce dernier fédère la population à travers son action.

    Longtemps, les menaces extérieures ont servi de catalyseur à l’union des États. La rivalité franco-allemande en a été un terrible exemple. Au XIXe siècle, les guerres coloniales ont servi de dérivatif tant aux tensions européennes qu’aux problèmes sociaux générés par la première révolution industrielle. Au XXe siècle, les idéologies national-socialiste et communiste ont joué ce rôle de ciment des peuples en Allemagne, en Russie et dans quelques autres pays. D’autres histoires plus positives ont conduit à rassembler.

    Avec le Fordisme, avec l’essor de l’État providence, un nombre croissant de la population a pu, à partir des années 1920, accéder au marché de consommation. L’ascension sociale, l’achat d’une voiture, d’un logement et la possibilité de partir en vacances étaient autant de signes de la montée en puissance des classes moyennes. Les barrières sociales semblaient pouvoir disparaître. Toutes les classes sociales regardaient le journal télévisé à 20 heures et le film qui suivait. Après la Seconde Guerre mondiale, sur le vieux continent, le projet européen a été également un élément fédérateur au sein et entre pays européens. Il symbolisait la paix après une longue période de conflits sur le continent. Il donnait le moyen de réconcilier la France et l’Allemagne. Il servait aussi de bouclier économique face aux pays d’Europe de l’Est, bouclier d’autant plus efficace qu’il était couplé à l’alliance militaire avec les États-Unis (l’OTAN).

    La démocratie libérale n’est pas devenue universelle

    L’effondrement du bloc soviétique entre 1989 et 1991 a supprimé à l’Ouest un des ciments des peuples. Le livre de Francis Fukuyama sur la fin de l’histoire avait lors de sa publication en 1992 reçu un grand écho (La fin de l’histoire et le dernier Homme). La fin de la guerre froide était censée marquer la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme sur les autres idéologies politiques. Si Fukuyama admettait que cette victoire ne serait pas sans provoquer de nouveaux conflits, il estimait que la démocratie libérale avait vocation à être universelle. La suite des évènements va se charger de nous rappeler que l’histoire est et restera tragique.

    Au mois de juin 1989, les autorités chinoises répriment les manifestants sur la place Tien An Men, au mois de novembre, le Mur de Berlin tombe. Le 11 septembre 2001 marque une indéniable rupture dont les blessures sont encore bien visibles. Les attentats contre le World Trade Center révèlent aux Occidentaux qu’une partie de leur population adhère à une toute autre histoire que la leur, que la démocratie ne constitue pas une valeur naturellement universelle.

    Si dans un premier temps, la menace de l’islamisme a contribué à rassembler les populations des États occidentaux, depuis plusieurs années, elle est une source de divisions, de défiance car la menace n’est pas qu’extérieure, elle est, en effet, bien souvent à l’intérieur des pays. Si la guerre froide mettait en compétition les États démocratiques et les États communistes, cette guerre qui pouvait également se mener à l’intérieur des États via les dissidents au parti communiste, avait soudé l’Ouest. Les pays d’Europe de l’Est et l’URSS ont dû faire face à une lente désintégration interne.

    La fin des certitudes

    Avec l’islamisme, la guerre est d’une autre nature, plus diffuse et plus violente avec le recours au terrorisme. Les États concernés éprouvent les pires difficultés à bâtir une histoire positive. La position défensive est une source permanente de tensions. Les États occidentaux sont entrés dans une phase de relecture de leur passé et de repentance qui aboutit à corriger en profondeur l’histoire nationale. Cette remise en cause est une source de déstabilisation importante. La fragilisation de la population est accrue par la mutation de l’économie avec, à la clef, la fin de certaines certitudes. Durant des années, nombreux étaient ceux qui espéraient le développement des pays du tiers monde.

    Les années 90 et 2000 ont permis à de nombreux États de sortir de la misère grâce à leur participation au commerce international. La mondialisation qui en a résulté a permis de réduire le coût de nombreux biens (vêtements, électronique, informatique) mais, par sa vitesse, elle a provoqué une réallocation des activités économiques dont ont pâti les ouvriers puis les classes moyennes. La désindustrialisation a modifié la carte économique des territoires. Les usines qui s’étaient installées en milieu semi rural ont disparu laissant des territoires en friche. Au cours de ce dernier quart de siècle, les économies occidentales se sont tertiarisées, conduisant à une concentration accrue de la population au sein des grandes métropoles. La désertification des campagnes s’est ainsi accélérée laissant l’impression que les pouvoirs publics délaissaient une partie de la population. L’essor d’Internet, la digitalisation des activités, le commerce en ligne ont accentué cette tendance. Si Internet permet de travailler ou de commander des produits à distance, il conduit à une concentration des habitants dans des grandes villes. Elles sont les sources en données des GAFAM.

    Segmentation des territoires et fractures sociales

    Une métropole avec des millions de personnes qui y vivent, y travaillent et y transitent est une usine de production des données. En milieu rural, il est impossible d’avoir la même création de richesses. L’activité des GAFAM, c’est le traitement des grands nombres. La segmentation des territoires et de la population s’accroît et alimente le populisme. Avec les réseaux sociaux, tout un chacun est créateur d’histoires. Ainsi, les membres de la communauté Facebook se plaisent à afficher les photos de leur vie, de commenter leur vie personnelle, celle de leurs voisins et celle des dirigeants. Tout en étant au cœur de l’histoire, ils s’en sentent étrangers. Internet rapproche en permettant de toucher du doigt des évènements éloignés tout en générant de la frustration. L’expression d’un avis ne permettant pas d’infléchir le cours de sa destinée, conduit leurs auteurs à considérer qu’ils ne sont pas entendus. L’égotisme est devenu la première religion.

    La construction du pouvoir repose sur sa sacralisation. La royauté de droit divin conciliait le temporel et le spirituel. Les monarques étaient censés avoir des pouvoirs spéciaux. Ainsi, les rois de France étaient reconnus pour avoir la faculté de soigner les écrouelles. Le faste royal participait à la magie du pouvoir. La République avec son décorum, ses codes a repris les codes royaux. L’uniforme préfectoral, les attributions de décorations, la garde républicaine, etc., concourent à distinguer l’exercice du pouvoir des autres activités. Le pouvoir de décider pour des millions de personnes voire de les amener à la mort en déclarant la guerre est un art très particulier. Le concept de creuset républicain visait à amalgamer des populations d’origines sociale et ethnique différentes. Depuis le XIXe siècle, le pouvoir est très lié à l’idée de nation.

    Désacralisation du pouvoir

    Selon Ernest Renan, la nation repose sur deux composantes : la possession en commun d’un passé fruit de l’histoire et le consentement, ou désir actuel de vivre ensemble afin notamment de faire valoir l’héritage et d’ajouter une pierre supplémentaire à l’édifice. La remise en cause du pouvoir depuis une trentaine d’années est liée à sa désacralisation. La télévision a contribué à sa banalisation. L’homme et la femme politique sont devenus accessibles. Ils ne détiennent plus le monopole du savoir, et ont perdu leur aura, notamment en participant aux émissions de divertissement. La politique est devenue un spectacle, un show dont les acteurs peuvent être honnis après avoir été loués. Les smartphones, les réseaux sociaux ont supprimé la distance vis-à-vis des élus qui redevenus à leurs yeux de simples mortels. Leurs travers, leurs faiblesses peuvent être visionnés en boucle. Il n’y a plus de filtre. Les élus ont accentué le trait en se pliant avec grâce aux nouvelles règles du jeu. Twitter est devenu un outil de communication de politique intérieure et extérieure. Les médias et les réseaux sociaux exigent de l’immédiateté, de la surenchère.

    La scénarisation du pouvoir est la règle mais cela ne crée pas une histoire. Cela ne permet pas de rassembler, bien au contraire, la politique moderne repose sur le clivage des opinions quand il y a encore trente ans, il fallait tenter de convaincre « deux Français sur trois » pour reprendre le titre d’un ouvrage de Valéry Giscard d’Estaing.

    Retour du nationalisme

    À défaut de message positif, le nationalisme fait son grand retour soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sur le vieux continent, le projet européen génère une sourde hostilité. L’Europe sert de bouc-émissaire à toutes les frustrations, à tous les problèmes. Elle renvoie la forme d’un pouvoir technocratique, défendant les valeurs de l’ultralibéralisme. Elle est accusée de saper les fondations des nations. L’élévation du niveau scolaire était censée prémunir les pays du nationalisme et du populisme. Cette affirmation ne s’est pas toujours vérifiée dans le passé. Le niveau élevé de formation de l’Allemagne dans les années 30 ne l’a pas empêchée de plonger dans l’obscurantisme et la barbarie avec le nazisme.

    Jamais, le nombre de diplômés au sein des pays occidentaux n’a été aussi élevé. La massification des systèmes éducatifs n’est pas sans lien avec les affres d’une part grandissante de la population. Le niveau des emplois proposés est jugé insuffisant au regard des compétences acquises. Le sentiment de déclassement commence dès la fin des études par la déception que peuvent ressentir des jeunes actifs face à leur situation professionnelle.

    Mise en cause des Etats

    L’absence de perspectives dans un monde sans direction est un catalyseur de révoltes. Pour la première fois depuis le XVIIIe siècle, les États nations se retrouvent concurrencés dans le processus d’élaboration de l’histoire. Un non-État terroriste, Daech, a été capable durant trois ans de perpétrer des attentats dans de nombreux pays. Des mouvements terroristes comme Al Qaeda, avaient réussi à mener des opérations terroristes en plusieurs lieux sur la planète. Daech a créé un précédent en unissant, depuis la Seconde Guerre mondiale, un pouvoir étatique, un territoire, une population, une armée et une volonté de destruction en dehors de ses frontières.

    Le développement des entreprises du digital (GAFAM, Netflix, etc.) constitue pour les États nations une autre source de fragilisation. Leur domaine d’action dépasse par nature les frontières des États. L’accumulation des données génère des richesses et renforce un peu plus leurs positions. Par leur savoir-faire technique, ils disposent d’informations bien plus précises sur la vie des citoyens que celles en possession des États. Au Sénégal, Orange est tout à la fois opérateur de télécommunication, banquier et percepteur pour le compte du Gouvernement.

    Si aujourd’hui, les pays occidentaux tentent d’empêcher la libre circulation du libra de Facebook, demain l’un d’entre eux, au nom d’un intérêt financier, pourrait l’accepter comme monnaie. Le risque sera alors la remise en cause à terme des principes de souveraineté des États. De même, qui disposera des capacités de surveillance et de normalisation des comportements, la police ou l’intelligence artificielle délivrée par les GAFAM et consœurs ? Aujourd’hui, déjà, Google et YouTube entrent en concurrence avec l’éducation nationale. La magie de l’instituteur et du professeur n’opère plus quand celle des grandes plateformes Internet s’affirme. Pour l’environnement, les États seront-ils maîtres de la transformation énergétique, délègueront-ils à des entreprises les missions ou seront-ils tout simplement dépassés par les évènements ? Les métropoles, productrices de données peuvent-elles faire alliance avec les GAFAM pour créer une République des cités connectées et s’affranchir de la tutelle pesante des États ?

  • Grève SNCF, la galère continue en pleine vacances – Billet modifiable ou remboursable sans frais

    Comme ce mardi, un TGV sur trois circulera mercredi dans la zone Atlantique en raison de la grève sans préavis lancée par 200 cheminots chargés de la maintenance des TGV à Châtillon (Hauts-de-Seine). Selon la SNCF, la circulation devrait toutefois s’améliorer entre jeudi et dimanche, pour le pont de la Toussaint et le retour des vacances scolaires, avec huit TGV sur dix.

    Des TGV desservant d’autres lignes ont été « prêtés » à l’axe Atlantique et des rames ont pu être révisées en province, précise Gwendoline Cazenave, la directrice du TGV Atlantique, qui loue « un grand élan de solidarité dans l’entreprise ». Et « toutes les destinations seront servies », promet-elle.

    Échanger ou rembourser son billet

    Les clients doivent être contactés dès ce mardi soir, par mail ou par SMS, à commencer par ceux dont les trains seront supprimés, explique encore la responsable, rappelant que la SNCF s’engage à échanger ou rembourser les billets sans frais au besoin.

    Le service est très perturbé sur cet axe reliant Paris à la Bretagne, aux Pays-de-la-Loire et au Sud-Ouest à la suite d’une grève déclenchée le 21 octobre au technicentre de Châtillon (Hauts-de-Seine), spécialisé dans la maintenance quotidienne des trains.

  • Dispositif STAFE : nébuleuse transparence

    Au printemps 2017, le candidat Macron avait fait de la moralisation de la vie publique un point essentiel de son programme.

    Cette moralisation incluait notamment la suppression de la réserve parlementaire. Ce mécanisme permettait à chaque parlementaire (12 sénateurs et 11 députés pour les Français de l’étranger) d’attribuer librement en tout plus de 3 millions d’Euros aux structures françaises diverses à travers le monde.

    Si ces attibutions ont été publiées dès 2012, le caractère arbitraire et peu transparent de cette réserve a longtemps été souligné. Toutefois cette réserve si décriée (notamment par l’administration) permettait la création de projets et d’initiatives qui n’auraient autrement jamais pu voir le jour.

    Une fois élu Emmanuel Macron tint sa promesse de campagne la loi fut votée, impliquant la disparition de la réserve.

    Conscient de cette réalité, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’état aux Français de l’étranger, annonça en mars 2018 la création du « STAFE » soutien au tissu associatif des Francais à l’étranger d’un budget de 2 millions (soit 1/3 de moins que la réserve). La première campagne fut menée tambour battant et si le dispostif n’etait pas parfait il avait le mérite d’exister et de donner un rôle d’expert aux conseillers consulaires. Voici ce que je vous en disais l’an dernier.

    La seconde campagne a eu lieu au printemps 2019. La commission nationale qui s’est tenue fin septembre avec 3 conseillers AFE présents pour prendre les décisions finales.

    Lorsque ces décisions sont arrivées aux Pays-Bas j’ai été très attristée de constater que certains projets (les moins onéreux et plus associatifs) avaient été rabotés. En échangeant avec mes collègues du monde entier je notais que de grandes disparités dans le processus décisionnel semblaient exister.

    En regardant le tableau des montants attribués une conclusion s’imposait : les 3 grands gagnants de ce STAFE étaient :

    • Les écoles françaises
    • Les instituts francais et tous les projets qui leur étaient associés (comme le festival Tapis rouge aux Pays-Bas)
    • Les alliances françaises

    Les grands perdants de cette saison STAFE étaient les petites structures et pour lesquelles la commission nationale rabota parfois à la centaine d’euros près…

    Les décisions posent certaines interrogations quant au fonctionnement de cette commission. L’absence (au 24 octobre 2019) de PV, de vote et de motivation des décisions interpelle…

    Quand on supprime un système en dénonçant son manque de transparence on se doit d’être irréprochable… on ne peut faire dans l’approximation et on ne peut surtout donner l’impression que le système STAFE est désormais taillé sur mesure pour bénéficier principalement aux Alliances, instituts et lycées francais….

    Je suis personnellement indignée par la baisse de la subvention STAFE des anciens combattants aux Pays-Bas décidée par cette commission nationale… cette décision avec un motif tellement farfelu que je n’oserais le partager avec vous ici signifie que l’association ne pourra pas (sauf si elle trouve des donateurs privés) remplacer son vieux drapeau qui part en lambeaux…

    Hélène Degryse

    Conseillère Consulaire aux Pays-Bas et Conseillère AFE pour le Benelux

    Rédactrice en chef du site Helène Degryse et du futur site La French Radio Benelux

     

     

  • Des feux ravagent les quartiers chics de Los Angeles. Le Consulat et les élus mobilisés

    Le Getty Center sur les hauteurs de Los Angeles

    La Californie brûle. L’Etat américain est ravagé depuis plusieurs jours par de terribles incendies. Le célèbre quartier des stars de Bel Air à Los Angeles et le musée Getty sont notamment menacés. Plusieurs milliers de personnes ont déjà dû fuir. La région viticole de Sonoma, en Californie du nord, est également menacée. L’ensemble de l’Etat a été placé en état d’urgence.

    Parmi les évacués, la star des Lakers LeBron James ainsi que l’acteur et ancien gouverneur Arnold Schwarzenegger. « Si vous êtes dans une zone d’évacuation, ne trainez pas, filez » a d’ailleurs indiqué le « Governator » sur les réseaux sociaux.

    Un incendie au coeur du quartier des stars

    L’université de Californie à Los Angeles (UCLA) dispose de son campus à proximité de l’incendie de la grande ville du sud de l’Etat. Une antenne du Lycée français n’est pas éloignée non plus mais cependant hors de la zone de risques à priori. Les trésors du musée Getty, notamment les Iris de Van Gogh, font l’objet de toutes les attentions. La zone de feu est mythique, délimitée par Mullholland Drive au nord et le Sunset Boulevard au sud.

    Le consulat de France mobilisé

    Les incendies perturbent fortement le réseau autoroutier

    Comme nous l’a rappelé l’élu consulaire Patrick Caraco, le Consulat de France à Los Angeles est pleinement mobilisé à l’occasion de ces incendies. Le Consulat  dispose d’une ligne d’appel d’urgence, disponible 24h/24 et 7j/7 : 310-625-9713 (réservé aux urgences véritables).

    Il appelle également à la mobilisation: « Nous vous invitons également à prendre connaissance du réseau de sécurité du consulat et à identifier les chefs d’ilots de votre zone de résidence. Ces bénévoles sont des relais majeurs du consulat en période de crise. Il est fortement recommandé de vérifier que votre inscription consulaire est à jour (adresse, numéros de téléphones, courriel et contacts d’urgence) et d’inciter vos amis/collègues/connaissances non-inscrits à le faire. »

    Inquiétude en Californie du nord

    La vallée de Sonoma en Californie du nord

    Du côté de la Californie du nord, l’inquiétude est grande également. La vallée de Sonoma est moins connue que sa grande soeur Napa, mais elle dispose de 24 000 hectares de vignobles souvent de grande qualité. Des experts de la viticulture français y travaillent sur les cépages.

    A Los Angeles, la communauté est bien plus importante: 30 000 au moins, dans tous les secteurs, et qui bénéficient de la présence outre du consulat, du Lycée français, de l’alliance française … La Californie du nord, et en particulier la métropole de San Francisco, compte aussi plusieurs dizaines de milliers de nos compatriotes. Il est à espérer que tous sont en sécurité!

  • Rappel : Qu’est ce que l’impôt de solidarité de 7,5 % pour les non-résidents français en Europe ?

    Avoir le statut de non-résident ne dispense pas de payer ses impôts dans l’Hexagone pour les revenus générés sur le territoire national. Plusieurs dispositions issues des lois de finances 2019 et 2020 tendent à modifier leurs modalités d’imposition.

    Alors qu’un moratoire a été voté à la hâte par l’Assemblée Nationale le  16 octobre sur la réforme du barème appliqué aux Français de l’Etranger, en clair, un alignement plus ou moins progressif sur celui des résidents, l’Impôt sur la Solidarité de 7,5 % applicable à tous les revenus nationaux aux résidents de l’Espace Economique Européen est toujours de plein exercice. Encore mieux alors que l’année blanche soit l’exonération de prélèvements fiscaux sur les revenus 2018 pour les Français résidents en France dans le cadre de l’application du prélèvement à la source, il a été appliqué aux Français ne résidant pas sur le territoire national.

    Pour rappel, les non-résidents qui ne relèvent pas d’un régime obligatoire de Sécurité sociale français mais d’un régime d’un autre pays de l’Espace Economique Européen (EEE) ou de la Suisse sont exonérés de CSG et de CRDS. Mais ils sont redevables d’un nouveau prélèvement de solidarité de 7,5 %. Ce changement concerne donc les revenus immobiliers (revenus fonciers et BIC) perçus depuis le 1er janvier 2018 et les plus values-immobilières depuis le 1 janvier de cette année. La déclaration de revenus de 2019 a été aménagée en conséquence comme celle de 2018. Il suffira de cocher, sur la déclaration 2042 C, à la rubrique «Divers», la case 8SH ou 8SI pour bénéficier de cette exonération.

    Il n’y a pas de changement, en revanche, pour les non-résidents qui relèvent d’un régime obligatoire de Sécurité sociale d’un pays non européen. Ils restent redevables des prélèvements sociaux au taux de 17, 2 % sur leurs revenus immobiliers et plus-values immobilière.

    Car l’origine de cet impôt est à chercher dans la décision de la cour européenne de justice du 26 janvier 2015 imposant la suppression des prélèvements sociaux pour les résident de l’EEE et de Suisse. L’Etat a fait preuve d’ingénierie fiscale, ce qu’il reproche souvent à certains contribuables, et à inventer un nouvel impôt (à distinguer des prélèvements sociaux) le fameux Impôt de solidarité.. avec l’appui des élus des Français de l’étranger de la majorité présidentielle.

  • Johnson revient à la charge pour convoquer des élections

    Le Premier ministre britannique Boris Johnson tente pour la quatrième fois mardi de convoquer des élections anticipées en décembre pour obtenir une majorité et sortir de l’impasse le Brexit, qui a été repoussé une troisième fois.

    Après le rejet lundi par les députés d’un texte convoquant des législatives le 12 décembre, le dirigeant conservateur a aussitôt annoncé préparer un nouveau vote. Il espère ainsi se redonner une majorité, ce qui lui permettrait d’honorer enfin sa promesse de mettre en œuvre le Brexit, pour lequel les Britanniques ont voté à 52 % lors du référendum de juin 2016.

    « Nous voulons voir le Premier ministre défait et évincé de Downing Street » – Ian Blackford, chef du groupe parlementaire SNP à Westminster

    Alors que le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne devait se produire ce jeudi, les 27 autres membres de l’UE ont donné lundi leur feu vert à une prolongation jusqu’au 31 janvier, à moins que l’accord de divorce conclu il y a une dizaine de jours à Bruxelles ne soit ratifié d’ici là.

    Quelques heures plus tard, la Chambre des communes a rejeté le texte du gouvernement convoquant des élections le 12 décembre, qui n’a reçu le soutien que de 299 députés alors qu’il fallait pour ce vote une majorité des deux tiers de 434 voix. Les travaillistes, première formation d’opposition, ont bloqué le texte en s’abstenant, expliquant vouloir d’abord écarter le risque d’une sortie sans accord.

    Les députés avaient déjà rejeté deux tentatives de Boris Johnson, arrivé au pouvoir en juillet avec la promesse d’un Brexit le 31 octobre, d’organiser un vote en septembre.

    Déterminé à mettre un terme à cette « paralysie », le chef du gouvernement tente de nouveau de déclencher des élections anticipées mardi.

    Utilisant les subtilités du système électoral britannique, il compte pour cela présenter un texte de loi fixant la date des élections au 12 décembre. Une telle procédure ne nécessite qu’une majorité simple, mais ouvre la voie à une bataille d’amendements sur les modalités des élections.

    Le texte pourrait obtenir le soutien de certains partis d’opposition, comme les formations europhiles, le Parti national écossais (SNP) et les libéraux démocrates, qui espèrent une victoire du camp anti-Brexit dans les urnes.

    « Nous voulons voir le Premier ministre défait et évincé de Downing Street », a déclaré mardi à BBC Scotland Ian Blackford, chef du groupe parlementaire SNP à Westminster.

    Pour les convaincre, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, Jacob Rees-Mogg a assuré lundi que le gouvernement ne soumettrait pas de nouveau aux députés le texte prévoyant l’application de l’accord de Brexit conclu avec l’UE il y a une dizaine de jours.

    Ces partis veulent que l’élection se produise avant la mise en œuvre du Brexit, d’où la nécessité d’élections le plus tôt possible selon eux et un bras de fer sur la date souhaitée pour le scrutin.

    Écartant la date du 12 décembre, le député libéral-démocrate Chuka Umunna a laissé entendre sur la BBC qu’un compromis pourrait être trouvé. « Nous verrons ce qu’ils proposent d’autre. Il faut sortir de l’impasse ».

    Le chef du Labour, principal parti d’opposition, a dit lundi qu’il « examinerait » le texte. Mais le parti de Jeremy Corbyn est très divisé sur la direction à prendre.

    Dernier report ?

    Si « le Parlement résiste » et bloque la tenue d’élections, « je voudrais exhorter les États membres de l’Union européenne à indiquer clairement qu’un autre report (du Brexit) après le 31 janvier n’est pas possible », a écrit Boris Johnson au président du Conseil européen, Donald Tusk, prenant acte de la décision européenne.

    Plus de trois ans après le vote des Britanniques pour quitter l’Union européenne, le Brexit initialement prévu le 29 mars 2019, a déjà été repoussé au 12 avril puis au 31 octobre.

    Le report accordé lundi prévoit une date butoir au 31 janvier, mais avec la possibilité pour le Royaume-Uni de quitter l’UE au 30 novembre ou au 31 décembre en cas de ratification de l’accord de sortie avant ces échéances, selon un document vu par l’AFP.

    La France, pays le plus réticent à un report long, a donné son accord à cette nouvelle prolongation en l’assortissant de conditions. La décision s’accompagne d’une déclaration politique dans laquelle l’UE exclut toute renégociation de l’accord conclu avec le Premier ministre britannique Boris Johnson et demande à Londres de proposer un candidat britannique comme commissaire européen.

  • La Russie, toujours en mode résilient

    Depuis deux ans, la Russie connaît un rythme de croissance assez mesuré en phase avec sa situation démographique et l’évolution des cours du pétrole. Les autorités peuvent néanmoins s’enorgueillir de la décision de l’agence Fitch d’améliorer la note du souverain russe. Cette amélioration est imputable à la bonne résilience du pays à l’environnement extérieur. Au premier semestre 2019, la croissance économique russe a fortement ralenti à 0,7 % en glissement annuel contre 2 % un an auparavant.

    Cette décélération résulte de la baisse des demandes intérieure et extérieure. Les exportations se sont contractées en raison de l’application des quotas de production de pétrole décidés dans le cadre de l’accord de régulation avec l’OPEP. De son côté, la consommation des ménages a subi l’impact de l’augmentation de la TVA de deux points intervenue le 1er janvier 2019. Les pouvoirs publics ont, par ailleurs, retardé plusieurs programmes d’investissements publics.

    La baisse des taux décidée au mois de juin dernier devrait néanmoins favoriser la hausse des investissements. Cette baisse a été rendue possible par une décélération de l’inflation. Elle est désormais proche de la cible de 4% retenue par les autorités monétaires. La banque centrale a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les prochaines années. Elle ne prévoit le retour du taux de croissance entre 2 et 3% qu’en 2022 et sous réserve que le Gouvernement parvienne à lever une partie des contraintes structurelles qui pèsent sur la croissance. À cette fin, le programme des dépenses nationales prévoit une augmentation des dépenses dans l’éducation, la santé et les infrastructures.

    Le processus d’assainissement de la sphère financière se poursuit. En juillet 2019, les créances douteuses représentaient 9,9% des prêts et la part des actifs risqués (prêts non performants et restructurés) contre 19,1% un an plus tôt. Le désendettement des entreprises non financières et le transfert des actifs risqués des trois banques privées (Otkritie, B&N and Promsvyazbank) à une structure de défaisance (Trust Bank) ont contribué à cette amélioration. Dans le cadre de la restructuration financière en cours, le nombre d’institutions bancaires a fortement diminué passant de 1344 à 454 de 2000 à 2019.

    Un pays faiblement endetté

    Même en cas de nouvelles sanctions de la part des pays occidentaux, le faible niveau de la dette publique (14,6% du PIB en 2019) constitue un atout majeur du pays. La dette des ménages représente 16,3% du PIB au deuxième 2019 et, selon la banque centrale, le ratio de dette rapportée au revenu est modéré à 25% fin 2018.

    La Russie dispose de considérables réserves de change : plus de 423 milliards de dollars à fin septembre 2019, en hausse de 39 milliards de dollars sur un an. La dette extérieure s’élève à 29,5% du PIB au deuxième trimestre 2019 contre 41% en 2016. Du fait des excédents courants, la Russie devrait conforter dans les prochains mois sa position extérieure en augmentant, en particulier, ses réserves de changes.

    Les sanctions et les voies de contournement

    Le Congrès américain a décidé de durcir à nouveau les sanctions contre la Russie. La principale mesure porte sur l’interdiction pour les banques américaines de participer à l’émission d’obligations en devises de l’État russe et d’accorder des prêts en devises à tout organisme public. Ces nouvelles sanctions ne portent donc pas sur les obligations souveraines libellées en roubles et n’interdisent pas aux banques américaines d’acheter sur le marché secondaire des obligations en devises.

    Le Gouvernement russe ne rencontre aucun problème pour placer ses obligations moyennant des rendements offerts élevés (5,1% pour les obligations en dollars à maturité 2035). En outre, même si de nouvelles sanctions à l’égard de l’État russe pourraient être adoptées, le Gouvernement a les capacités d’y faire face au regard du faible niveau de sa dette (14,6% du PIB) et des besoins de financement modestes (l’équivalent de 0,8% du PIB par an en moyenne sur les cinq prochaines années). Il opère, par ailleurs, une dédollarisation du financement pour se prémunir d’un nouveau durcissement des sanctions.

    La Russie tente de desserrer l’étreinte des sanctions commerciales décidées par l’Union européenne et les États-Unis en nouant des relations privilégiées avec l’Afrique et l’Asie. Vladimir Poutine a ainsi convié une quarantaine de chefs d’États africains à Sotchi afin d’établir des partenariats économiques. Les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique demeurent limités, 20 milliards de dollars en 2018. Ils sont faibles au regard de ceux de la Chine (204 milliards) voire même de ceux de la France (51,3 milliards d’euros). Si l’ancienne URSS avait réussi à s’imposer durant la période de décolonisation, sa fin avait entraîné le départ de nombreux techniciens et correspondants. Les liens avec les anciens partenaires africains ont néanmoins perduré notamment grâce au réseau des anciens étudiants africains qui ont fait leurs études en Russie (plus d’1,5 million d’Africains disposent d’un diplôme russe).

    Les entreprises russes sont encore présentes dans le domaine minier et de l’énergie. Elles renforcent ces dernières années leurs positions dans les ventes d’armes. Les médias russes (Sputnik et RT) sont assez bien acceptés. Contrairement aux Américains et aux Français, les Russes ne sont pas accusés d’ingérence dans les affaires intérieures. Depuis 2014 et la crise liée à la Crimée, la Russie a essayé de développer ses relations avec la Chine et les pays asiatiques non sans succès.

    Néanmoins, culturellement, géographiquement, le pays est avant tout arrimé à l’Europe. 77% de la population de la Russie vit dans la partie européenne, à l’ouest de l’Oural. La religion orthodoxe qui correspond au christianisme de Byzance, est dominante. Elle relie Moscou, à une fraction de l’Empire romain. Par leur mode d’organisation et par leur culture, Moscou et Saint Pétersbourg sont des villes européennes. Les différences entre l’Italie et la Finlande, entre la France et la Bulgarie, ne sont pas moins importantes que celles qui peuvent exister entre les États membres de l’Union et la Russie.

    Si la Russie essaie de retrouver quelques relais d’influence en Afrique, elle est devenue incontournable dans le Proche Orient avec la guerre en Syrie. Avec le départ des Américains, elle a en effet retrouvé un rôle de gendarme qu’elle n’avait plus depuis la chute de l’URSS.

    Près de six ans après l’affaire ukrainienne, une sortie de crise, tant pour des raisons diplomatiques qu’économiques, apparaît nécessaire pour les acteurs de la scène internationale. Le changement de position de la France qui, avec l’Allemagne, était jusqu’à maintenant sur une ligne dure, traduit l’entrée dans une nouvelle séquence diplomatique. Le comportement imprévisible du Président américain, le renforcement de la puissance chinoise, l’instabilité du Proche et du Moyen Orient sont autant d’éléments pris en compte pour un rééquilibrage des relations avec la Russie. Ce pays demeure incontournable non seulement en raison de sa puissance militaire mais aussi par ses richesses naturelles (pétrole, gaz, terres rares).

     

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