Mélenchon : Le show politique dans le tribunal / Video résumé de la perquisition

Si les rares échanges ont été vifs et ponctués d’incidents techniques, le leader de la France insoumise a obtenu une première victoire : son procès n’a pas été renvoyé. Tout sauf un détail

« Parquet aux ordres ». « La colère n’est pas un délit »… Comme attendu les militants insoumis n’ont pas manqué de se mobiliser pancartes en main, ce jeudi matin, devant le tribunal de grande instance de Bobigny, où Jean-Luc Mélenchon est arrivé peu avant 9 heures pour répondre de son comportement lors de la perquisition du 16 octobre dernier au siège de la France insoumise. Une affaire pour laquelle cinq autres personnalités de son mouvement ont également été citées à comparaître à ses côtés. Soit, les députés Alexis Corbière et Bastien Lachaud, l’eurodéputé Manuel Bompard, l’attachée de presse de la FI, Murielle Rozenfeld et Bernard Pignerol, le président de l’association l’Ere du peuple.

Accueillis par leurs soutiens, ils ont ensuite pris place au premier rang de la salle d’audience, face au président du tribunal et à ses assesseurs. Avec une surprise dans leur manche : l’arrivée de l’ancien ministre de l’Intérieur de François Mitterrand, Pierre Joxe, venu les soutenir. Une figure de la gauche que Jean-Luc Mélenchon s’est empressé d’aller saluer.

« C’est une mascarade »

Toutefois, ce n’était pas la seule surprise de cette matinée. Avant que ne débutent les débats, une rumeur insistante a parcouru le tribunal : la possibilité d’un renvoi de l’affaire. Or, celle-ci était tout sauf infondée. En effet, à l’ouverture de l’audience, le parquet a bien demandé à ce que le dossier soit plaidé à une date ultérieure ; et ce au motif que l’enquête de l’IGPN n’a pas été transmise à toutes les parties. Une perspective qui a provoqué la première passe d’armes entre la partie civile et les avocats de la défense. Tandis que la première approuvait le choix du ministère public, les seconds sont vivement montés au créneau : « C’est vous, le parquet, qui avez fixé la date de ce procès ». Et d’appuyer : « C’est une mascarade ». Le ton était donné.

Problème de… lecture

Après une courte suspension d’audience, le tribunal a finalement décidé de ne pas renvoyer l’affaire. Et d’attaquer ce procès par le visionnage des vidéos de la perquisition filmée par l’émission Quotidien. Cependant, ce qui ne devait être qu’une formalité technique a néanmoins offert un nouveau moment de flottement. Impossible en effet de diffuser les images sur les deux écrans de la salle.

« Nous n’arrivons pas à ouvrir le CD », se désolait alors le président. Rires dans la salle. C’est finalement l’assistant parlementaire de Jean-Luc Mélenchon qui prêtera son ordinateur portable au tribunal… Il fallait un Mac pour lire ces vidéos… Lesquelles, au passage, ont d’abord été diffusées dans le désordre, avant de retrouver une chronologie des faits plus cohérente…

« La République, c’est moi »

Une fois ces différents écueils surmontés, Jean-Luc Mélenchon et les cinq autres prévenus ont donc pu revivre, dans la peau du prévenu cette fois, les événements du 16 octobre dernier. Et bien entendu la fameuse colère du leader de la France insoumise, furieux de ne pouvoir entrer dans les locaux de son mouvement. Ses propos, qui ont tourné en boucle sur les réseaux sociaux, sont désormais connus : « Enfoncez-moi cette porte », « Frappez-moi pour voir », « Vous savez qui je suis » et son désormais célèbre « La République, c’est moi ».

Dans la salle, Jean-Luc Mélenchon observe, un crayon à la main, esquissant parfois un sourire, mais le plus souvent commentant à voix basse ces images avec Bernard  Pignerol à sa droite et Alexis Corbière, à sa gauche.

« C’est normal que l’on fasse des montages dans un procès politique » - Dupond-Moretti

Contre toute attente, ces images provoqueront un nouvel échange vif entre leurs avocats et ceux de la partie civile en particulier Maître Dupond-Moretti, qui conseille trois policiers présents lors de cette perquisition. Alors que certaines vidéos ont été diffusées sans le son, les avocats de la France insoumise ont indiqué qu’il s’agissait d’un « montage ». Réponse cinglante du ténor du barreau Dupond-Moretti : « C’est normal que l’on fasse des montages dans un procès politique ».

A 12h15, le président suspendait l’audience. Mais à ce stade, Jean-Luc Mélenchon et les insoumis ont marqué un premier point : le procès n’a pas été renvoyé. Tout sauf un détail. Dans le cas contraire, ils risquaient de devoir se représenter devant la justice dans six mois. Soit au plus près des municipales. Ce que ne souhaitait en aucun cas l’ex-candidat à la présidentielle. L’audience va reprendre dans l’après-midi.

L'aprés-midi c'est dans un face-à-face tantôt tendu, tantôt comique, le leader de La France insoumise s'est trouvé sous le feu des questions de l'avocat des parties civiles. "C'est une technique classique, de couper petit morceau par petit morceau les questions. Allez droit au but, soyez offensif !" lui a conseillé Jean-Luc Mélenchon, déclenchant le rire dans la salle. Alors que le ton s'élève, Eric Dupond-Moretti rétorque à Jean-Luc Mélenchon : "Ne parlez pas si fort, ne criez pas !" Ce dernier s'empresse de le corriger, en désignant le président : "Ce n'est pas vous qui donnez des ordres, c'est lui." Le président a finalement clos l'échange : "Vous réglerez vos comptes dehors..."

La tension a même été encore plus vive avec un autre représentant de La France insoumise. Cette fois, Eric Dupond-Moretti s'est carrément mis en colère. "Moi aussi je peux me mettre à hurler, ils ont dit d’un avocat ce qu’il y a de pire, qu’il est complice d’un complot. Ferme-là, toi !" a-t-il lancé à l’intention du député européen LFI, et prévenu dans le procès, Manuel Bompard. "Prenez un petit peu de camomille", a ensuite lancé Jean-Luc Mélenchon à l'avocat pour continuer l'affrontement qui oppose les deux hommes depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux.

"On est en train de faire éclater la vérité", affirme le député LFI Eric Coquerel

Alors que le procès continuait tard avec l'audition des partis civiles, sur les plateaux de télévision, le combat pour l'adhésion de l'opinion publique était intense. Ainsi le député LFI Eric Coquerel a affirmé sur l'antenne de BFM que les Insoumis sont "en train de faire éclater la vérité" et que "si la justice se passe normalement [il] sera serein".  Sans oublier un détail qui en a amusé plus d'un,  alors le député des Bouches-du-Rhône saluait dans la salle le fait que le procès ne serait pas renvoyé et se fendait d'un "Merci, monsieur le président", Jean-Luc Mélenchon continuait à… tweeter. En tout cas, son compte Twitter continuait à être actif pendant l'audience, sans que le leader des Insoumis soit aux manettes. Le procédé, assez commun en communication politique, s'inscrit ici dans une stratégie plus globale déployée par les insoumis pour ce jeudi.  Les tweets de Jean-Luc Mélenchon comportent notamment le hashtag #StopLawfare, en référence à la récente campagne du mouvement, qui dénonce les "procès politiques", en France et dans le monde.

La suite demain sur tous vos écrans....

LA VIDEO DE LA PERQUISITION

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