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  • L’emprunt national et les Français du Monde : Opportunités et obstacles d’une ouverture mondiale

    L’emprunt national et les Français du Monde : Opportunités et obstacles d’une ouverture mondiale

    Alors que l’exécutif envisage un emprunt national pour financer le réarmement de la France, une question se pose : faut-il ouvrir cette souscription aux Français établis à l’étranger ? Avec plus de 2,5 millions de Français vivant hors de France, cette diaspora représente un réservoir potentiel d’épargne non négligeable. Mais si cette ouverture peut apparaître séduisante sur le papier, elle soulève aussi des défis politiques et fiscaux. Notamment pour ceux installés hors de l’Union européenne.

    L’urgence d’un réarmement, la contrainte budgétaire

    Alors que la menace russe se fait plus pressante et que les États-Unis se désengagent progressivement du front ukrainien, l’Europe doit accélérer son réarmement. La France, qui ambitionne une autonomie stratégique renforcée, doit donc trouver des financements massifs pour moderniser ses équipements militaires et accroître ses capacités. Mais avec une dette dépassant les 3 000 milliards d’euros, le gouvernement marche sur une corde raide : mobiliser des ressources sans alourdir la pression fiscale ni creuser le déficit.

    C’est dans ce contexte que revient l’idée d’un emprunt national. Une formule qui a déjà été utilisée à plusieurs reprises au XXᵉ siècle pour financer des crises et des transitions majeures.

    Le précédent des emprunts nationaux : une leçon d’histoire

    L’histoire française est jalonnée de levées de fonds auprès des citoyens pour soutenir des efforts nationaux. En 1945, l’emprunt de la Libération a permis de financer la reconstruction du pays après la Seconde Guerre mondiale. Dans les années 1950 et 1970, l’État a tenté de séduire les épargnants en indexant certains emprunts sur l’or, comme l’emprunt Pinay (1952) et l’emprunt Giscard (1973). Une stratégie qui s’est retournée contre lui lorsque le métal précieux a vu son cours s’envoler. Augmentant considérablement le coût du remboursement.

    @Adobestock
    @Adobestock

    Dans les années 1980 et 1990, d’autres formules ont été testées, comme l’emprunt Barre (1977), garanti par l’ECU, ou l’emprunt Mauroy (1983), qui imposait un prélèvement forcé aux contribuables aisés. L’expérience la plus récente, l’emprunt Balladur (1993), a été plus sobre, proposant un taux garanti et sans indexation risquée.

    Emprunt national : une solution viable aujourd’hui ?

    L’idée d’un nouvel emprunt national séduit certains responsables politiques, notamment François Bayrou, qui a reconnu ce vendredi 7 mars sur Europe 1 que cette piste était « une possibilité ». Le tout en précisant qu’aucune décision n’avait encore été prise.

    Mais cette option comporte des risques. La confiance des Français dans ce type de placement pourrait être mise à l’épreuve. Notamment après les mésaventures des emprunts indexés du passé. De plus, le rendement proposé devra être attractif pour convaincre les épargnants sans peser trop lourdement sur les finances publiques.

    Les Français établis à l’Etranger: Une opportunité financière et stratégique

    L’ouverture de la souscription aux Français de l’étranger pourrait renforcer la portée et la crédibilité de l’emprunt. De nombreux expatriés, notamment en Europe et en Amérique du Nord, disposent d’une capacité d’épargne élevée et pourraient voir dans cet emprunt une manière de contribuer directement à l’effort national.

    Pour les Français résidant dans l’Union européenne, la souscription serait techniquement relativement simple. Grâce à l’harmonisation financière et bancaire, les flux monétaires entre la France et les pays de l’UE sont facilités. Un expatrié en Allemagne, en Espagne ou en Belgique pourrait investir dans l’emprunt comme n’importe quel résident français, bénéficiant des mêmes conditions et garanties.

    Pour ceux vivant hors de l’Union européenne, la participation pourrait avoir un autre attrait : un attachement symbolique à la France. Certains pourraient voir dans cet emprunt une opportunité de maintenir un lien économique avec leur pays d’origine, notamment en cas d’avantages fiscaux à la clé.

    Des obstacles politiques et fiscaux pour les expatriés hors UE

    Si ouvrir l’emprunt aux expatriés semble une évidence pour les Français établis en Europe, la situation se complique pour ceux vivant en dehors de l’UE. Plusieurs obstacles se dressent sur le chemin d’une souscription universelle :

    • Un casse-tête fiscal
      1. Un Français résident en Suisse, aux États-Unis ou aux Émirats arabes unis n’est pas soumis à l’impôt en France, sauf en cas de revenus de source française. Peut-on leur offrir les mêmes conditions que les résidents fiscaux français, notamment sur les exonérations d’impôts sur les intérêts ?
      2. Certains pays, comme les États-Unis, imposent des réglementations strictes sur les placements étrangers (FATCA) qui pourraient compliquer la souscription de Français établis sur leur sol. Surtout avec la philosophie de l’actuelle administration américaine !
    • Un risque de contestation politique
      1. Un emprunt national repose sur une idée simple : faire appel à la solidarité financière des citoyens pour financer des priorités nationales. Or, permettre à des Français non-contribuables de souscrire à un placement potentiellement avantageux pourrait provoquer des tensions. Les intérêts pourraient être fiscalisés à l’étranger et ce manque fiscal pourrait ne plus “réduire” l’emprunt national.
      2. Certains pourraient y voir une iniquité, notamment si ces investisseurs établis à l’étranger bénéficiaient d’exonérations fiscales ou d’un traitement préférentiel dans le pays où ils sont imposables par rapport au contribuable français.
    • Des barrières administratives et bancaires
      1. L’ouverture de l’emprunt aux Français du monde nécessiterait un cadre juridique clair. Notamment sur les conditions de souscription et de remboursement.
      2. Certaines banques étrangères (voire de l’UE comme en Hongrie) pourraient refuser de traiter des souscriptions ayant pour but le financement l’armement français.
      3. Certaines législations étrangères pourraient aussi avoir tout simplement interdit ce type de transaction à leurs résidents.

    Un pari stratégique à double tranchant

    L’ouverture de l’emprunt aux Français de l’étranger pourrait donc être une opportunité financière pour l’État. Mais aussi un enjeu diplomatique et fiscal délicat. Si la France décide d’inclure sa diaspora, elle devra clarifier les conditions d’accès et de taxation. Le tout en veillant à ne pas créer d’inégalités entre les souscripteurs.

    À quelques mois de potentielles annonces, le gouvernement devra trancher : veut-il un emprunt réellement national, accessible à tous les Français, où qu’ils soient ? Ou privilégiera-t-il une approche plus traditionnelle, réservée aux contribuables hexagonaux ? Une décision qui, au-delà des finances, enverra un message fort sur la place des expatriés dans l’effort national.

    @Adobestock
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    L’emprunt national n’est toutefois qu’une piste parmi d’autres. Certains plaident pour un effort budgétaire européen mutualisé, permettant aux États membres de partager le fardeau du réarmement. D’autres envisagent une taxation ciblée sur les secteurs stratégiques, notamment ceux qui bénéficient de la reconfiguration géopolitique actuelle.

    Si aucune décision n’a encore été actée, les prochains mois, l’arbitrage budgétaire français, combiné aux discussions européennes, déterminera si l’appel à l’épargne nationale deviendra, une fois de plus, un outil de financement de l’Histoire.

  • Donald Trump et le joueur de cartes

    Donald Trump et le joueur de cartes

    Même si son incursion dans l’univers des casinos n’a pas été couronnée de succès – le Trump Taj Mahal à Atlantic City qui fut l’un des plus grands casinos du monde, a accumulé des pertes avant d’être détruit –, le président des États-Unis n’en demeure pas moins un joueur, adepte du bluff et des rapports de force. Il assimile le ballet diplomatique à un jeu de cartes. À propos de la guerre en Ukraine, il a récemment déclaré que les forces russes avaient « pris beaucoup de territoire, donc elles ont les cartes ». Peu de temps après, Donald Trump a suggéré au président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’accepter l’inévitable : « Vous n’avez pas les cartes en main ». La propension au jeu du président américain est-elle un vestige de son échec en tant que magnat des casinos ou le reflet d’une vision du monde où la force prime sur le droit ?

    Avec la Chine, le Mexique, la Corée du Nord, l’Europe, l’Ukraine et même TikTok, Donald Trump transforme la scène diplomatique en un immense jeu de poker menteur. Il considère que la puissance militaire et économique des États-Unis lui permet d’imposer sa volonté aussi bien à ses adversaires qu’à ses alliés. Il aime à répéter que la faiblesse et la stupidité de ses prédécesseurs ont incité d’autres pays à exploiter les consommateurs américains ou à s’abriter sous le parapluie sécuritaire des États-Unis. Donald Trump promet d’obtenir une juste compensation de ces « profiteurs ».

    © JIM WATSON | Crédits : AFP

    Dans un monde qu’il perçoit de manière purement manichéenne et transactionnelle, les États-Unis abandonneraient toute considération éthique pour privilégier la coercition et le mensonge. Pour autant, le président américain pourrait rapidement se rendre compte que ses atouts ne sont pas illimités et qu’il pourrait finir par perdre la main.

    L’Ukraine : le territoire des marges en coupe réglée

    Durant sa campagne électorale, Donald Trump a affirmé qu’il pourrait mettre fin à la guerre en Ukraine « en 24 heures ». Les États-Unis disposent d’un important levier de pression, comme il l’a démontré début mars en annonçant la suspension de l’aide militaire après avoir humilié Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale. Ce dernier, pleinement conscient de la dépendance de son pays vis-à-vis des États-Unis, a été contraint de faire allégeance.

    Au-delà des armes et des munitions, les États-Unis jouent un rôle clé dans les communications militaires ukrainiennes. Une grande partie des données proviennent de SpaceX, la société dirigée par Elon Musk. Même si cela n’a jamais été confirmé officiellement, il est probable que des instructeurs américains se trouvent sur le terrain pour aider l’armée ukrainienne à utiliser les équipements sophistiqués fournis par Washington, notamment les missiles anti-aériens Patriot.

    © Envato

    Les Européens ne sont pas en mesure de compenser complètement un désengagement américain. De plus, Donald Trump pourrait interdire à ses alliés de livrer du matériel contenant des composants américains. Donald Trump a également exigé que les États-Unis puissent accéder aux ressources naturelles de l’Ukraine en échange de leur soutien. Dans une première version des négociations, un montant de 500 milliards de dollars avait été évoqué, avant d’être abandonné. À l’origine, c’est l’Ukraine elle-même qui avait avancé cette idée, mais en contrepartie de garanties de sécurité américaines, qui restent pour l’instant très floues. Le refus du président ukrainien de signer un accord sous la contrainte a paradoxalement renforcé sa popularité dans son pays, au moment même où Donald Trump insinuait qu’il n’avait plus le soutien de son peuple.

    Une inquiétante complaisance envers la Russie

    Donald Trump adopte une posture conciliante envers la Russie. Il s’est opposé aux résolutions hostiles à Moscou à l’ONU et considère que la Russie pourrait conserver la majeure partie des territoires qu’elle a conquis. À ses yeux, l’Ukraine n’a pas vocation à rejoindre l’OTAN, ce qui correspond exactement aux exigences de Vladimir Poutine depuis des années. Malgré ces concessions, le président russe ne semble pas pressé de conclure un accord. Il a récemment déclaré : « Je serais heureux de rencontrer Donald… mais nous sommes dans une situation où il ne suffit pas de se retrouver pour prendre le thé, le café, s’asseoir et parler de l’avenir. Nous devons nous assurer que nos équipes préparent le terrain. »

    Vladimir Poutine sait que le temps joue en sa faveur. L’armée ukrainienne recule, manque de munitions et subit les tergiversations occidentales. En fin stratège et joueur de poker, il est convaincu d’avoir des atouts en main qu’il préfère dévoiler au moment opportun.

    © JORGE SILVA | Crédits : AFP

    En prenant le parti de la Russie contre les alliés européens, Donald Trump a créé une fracture au sein de l’OTAN et renforcé l’impression que les États-Unis sont devenus un partenaire peu fiable. Ironiquement, cette situation a poussé les Européens à accroître leur effort de défense, ce que Donald Trump réclame par ailleurs depuis longtemps. Pour autant, les États-Unis ne sont pas prêts à quitter l’OTAN. Ils possèdent de nombreuses bases militaires en Europe, qui leur permettent de rayonner en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. De plus, les services américains s’appuient sur les renseignements fournis par leurs alliés européens et asiatiques.

    Ces échanges, mutuellement bénéfiques, pourraient être mis à mal si Donald Trump continue à mépriser ses partenaires. À terme, la politique étrangère américaine pourrait en ressortir affaiblie. La question de l’après cessez-le-feu demeure ouverte. Après avoir mobilisé de nombreux soldats et stimulé l’industrie d’armement russe, Vladimir Poutine n’entend pas commettre la même erreur que la direction de Mikhaïl Gorbatchev lors de la fin de la guerre en Afghanistan. Le retour des soldats traumatisés avait alors provoqué une grande instabilité à la fin des années 1980. Certains estiment qu’à défaut de pouvoir renverser Volodymyr Zelensky, le président russe pourrait relancer une nouvelle offensive en Ukraine. D’autres pensent qu’il chercherait plutôt à renforcer la présence de la Russie en Afrique.

    Donald Trump face à la complexité moyen-orientale

    Au Moyen-Orient, l’objectif de Donald Trump est de conclure une série d’accords mettant fin aux conflits régionaux. Les États-Unis pourraient ainsi réduire leur présence militaire au Moyen-Orient et la renforcer en Asie. Steve Witkoff, l’envoyé du président pour le Moyen-Orient, tente de convaincre Israël et le Hamas d’entamer des négociations sur la deuxième phase d’un accord qui mettrait définitivement fin à la guerre. Ces pourparlers sont cependant reportés de semaine en semaine. Les parties prenantes ont, pour l’instant, tout intérêt à poursuivre le conflit: le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, craint que le retour de la paix ne précipite son départ du pouvoir, tandis que le Hamas redoute la réaction d’une population qui, depuis plus d’un an, subit bombardements et déplacements forcés.

    Gaza, une terre de conquête pour le Président américain

    L’idée de Donald Trump d’expulser les Palestiniens de la bande de Gaza pour construire des complexes touristiques a eu pour conséquence d’inciter les États arabes à élaborer un plan alternatif. Adopté lors d’un sommet de la Ligue arabe, ce projet prévoit un effort de reconstruction sur cinq ans, dirigé par des entreprises égyptiennes et financé par les États du Golfe.

    © Envato

    D’un montant de 53 milliards de dollars, ce plan vise à permettre aux quelque deux millions de Palestiniens vivant à Gaza de rester sur leur territoire. Il prévoit la rénovation des terres agricoles, la création de zones industrielles et l’aménagement de vastes parcs. L’objectif est de transformer Gaza en une ville durable, avec des logements modernes, des infrastructures urbaines adaptées et un recours accru aux énergies renouvelables. Le projet inclut également l’ouverture d’un aéroport, d’un port de pêche et d’un port commercial. Il reprend plusieurs éléments des accords de paix d’Oslo des années 1990, abandonnés après l’effondrement du processus de paix.

    Le Hamas a salué cette initiative, estimant qu’elle marque le rejet, par les dirigeants arabes, de toute tentative de transfert forcé des Palestiniens hors de Gaza et de Cisjordanie occupée. En revanche, Israël a fermement rejeté le projet. Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a déclaré que ce plan « ne tient pas compte des réalités de la situation », notamment en raison de l’absence de condamnation du Hamas.

    Un accord de paix et de reconstruction à Gaza permettrait à Donald Trump de poursuivre des objectifs plus ambitieux. Il souhaite persuader l’Arabie saoudite de normaliser ses relations avec Israël, en élargissant les accords d’Abraham négociés lors de son premier mandat. Il envisage également de négocier un nouvel accord nucléaire avec l’Iran en échange d’un allègement des sanctions. De plus, il pourrait tenter à nouveau de résoudre le conflit israélo-palestinien, après l’échec de son « accord du siècle », rejeté par les Palestiniens durant son premier mandat.

    Toutefois, Donald Trump risque de comprendre rapidement que le Moyen-Orient est une région particulièrement complexe et que l’influence des États-Unis n’y est pas sans limite. Benyamin Netanyahou suit ses propres objectifs et son propre calendrier. Il veut rester au pouvoir et échapper aux nombreux procès qui le menacent. Il dépend, par ailleurs, des partis d’extrême droite qui souhaitent la reprise de la guerre à Gaza et la poursuite de la colonisation en Cisjordanie. Le Premier ministre israélien s’est toujours efforcé de maintenir les Palestiniens faibles et divisés, une politique qu’il applique depuis son arrivée au pouvoir. Il exige également la « démilitarisation complète » du sud de la Syrie et reste favorable à une attaque préventive contre l’Iran pour empêcher ce pays d’acquérir l’arme nucléaire, idéalement avec le soutien des États-Unis. Ces projets vont à l’encontre de la stratégie de Donald Trump. L’annexion des territoires palestiniens compromettrait un accord de normalisation avec l’Arabie saoudite, tout comme une nouvelle guerre à Gaza. Une frappe contre l’Iran mettrait fin à tout espoir d’accord nucléaire.

    Le président américain conserve néanmoins une influence importante sur Israël. 70 % des importations d’armes israéliennes proviennent des États-Unis, qui ont envoyé 18 milliards de dollars d’aide militaire à Israël depuis le 7 octobre 2023, soit l’équivalent de 10 % des dépenses du gouvernement israélien. Néanmoins, Donald Trump ne peut pas exercer les mêmes pressions sur Benyamin Netanyahou que celles qu’il applique à Volodymyr Zelensky. Enfin, la question du désarmement du Hamas demeure un sujet épineux. Les responsables arabes restent vagues sur ce point, bien conscients que le Hamas ne semble pas, à l’heure actuelle, prêt à accepter un accord de paix durable avec Israël.

    L’Iran : un équilibre fragile entre sanctions et négociations

    Concernant l’Iran, les positions du Premier ministre israélien ne permettent pas réellement d’engager des négociations. Pourtant, la République islamique semble désireuse de conclure un accord avec les États-Unis. Deux de ses mandataires, le Hamas et le Hezbollah, ont été marginalisés. Les frappes de missiles balistiques contre Israël menées par l’Iran l’année dernière ont causé peu de dégâts, tandis que les représailles israéliennes ont mis hors service certaines des défenses aériennes les plus sophistiquées du pays. Par ailleurs, l’économie iranienne souffre des sanctions occidentales.

    Cette situation de faiblesse ne signifie pas que l’Iran soit disposé à accepter toutes les revendications américaines. Certains conseillers de Donald Trump espèrent limiter le programme nucléaire iranien, restreindre le développement des missiles balistiques et mettre fin au soutien de Téhéran aux milices mandataires. En l’état, il est peu probable que l’Iran accepte de telles conditions. Le risque pour le président américain est de devoir se contenter d’un accord plus restreint, proche de celui qu’il avait abrogé en 2018 (à la demande de M. Netanyahou).

    Pour accentuer la pression sur les autorités iraniennes, le 24 février dernier, le département du Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions contre plus de 30 courtiers pétroliers et entreprises impliqués dans la contrebande de pétrole iranien vers la Chine. Pour peser davantage sur l’économie iranienne, les États-Unis devraient imposer des sanctions secondaires aux ports chinois ou menacer de sanctions les Émirats arabes unis, qui abritent de nombreux intermédiaires. Or, de telles mesures entraîneraient des conséquences diplomatiques importantes et pourraient nuire aux intérêts américains.

    Une escalade des sanctions pourrait également inciter l’Iran à s’en prendre à ses voisins, comme en 2019, lorsque des drones et des missiles avaient temporairement paralysé la moitié de la production pétrolière de l’Arabie saoudite.

    L’Arabie saoudite cherche avant tout à stabiliser la région en limitant les tensions avec l’Iran, ce qui pourrait la placer en porte-à-faux avec les États-Unis. Les risques d’instabilité sont en effet nombreux. La Syrie post-Assad pourrait retomber dans le chaos, tandis que la mort du guide suprême iranien vieillissant, Ali Khamenei, pourrait déclencher une lutte de pouvoir.

    La Chine, principal enjeu pour Donald Trump

    La Chine reste l’enjeu numéro un pour Donald Trump. Il rêve de conclure un accord général avec l’Empire du Milieu. Afin de prouver sa détermination à rebattre les cartes, il a décidé d’augmenter les droits de douane sur les produits chinois. Il avait déjà eu recours à cette arme lors de son premier mandat, et Joe Biden, son successeur, avait poursuivi cette politique. En plus de cette hausse de 10 points des droits de douane, le président des États-Unis prévoit d’augmenter les taxes portuaires sur les navires fabriqués ou détenus par des Chinois, ainsi qu’un durcissement des règles encadrant les investissements entrants et sortants en Chine. D’autres taxes douanières sont probablement à venir après une révision de la politique commerciale prévue d’ici le 1 er avril. Les États-Unis risquent toutefois de subir des représailles.

    © Envato

    La Chine est leur troisième marché d’exportation et les autorités chinoises ont déjà restreint l’exportation de plusieurs minéraux stratégiques vers les États-Unis. Pékin a également lancé une enquête antitrust contre Google. Pour l’instant, la Chine fait la sourde oreille aux exigences de Donald Trump. Xi Jinping n’a pas assisté à son investiture et les autorités chinoises poursuivent leurs efforts pour réduire leur dépendance économique vis-à-vis des États-Unis.

    Donald Trump pourrait déplacer le débat sur Taïwan. Il accuse l’île de « voler » l’industrie américaine des microprocesseurs et a déclaré : « Ils veulent une protection. Ils ne nous paient pas d’argent pour la protection, vous savez ? La mafia vous fait payer de l’argent, n’est-ce pas ? » Cette attaque pourrait réjouir les autorités chinoises, mais elle inquiète les alliés traditionnels des États-Unis dans la région, notamment la Corée du Sud et le Japon. Ceux-ci pourraient être tentés de développer leur propre dissuasion nucléaire, craignant un désengagement américain.

    Le dangereux bluff de Donald Trump ?

    Les paris risqués de Donald Trump pourraient finir par se retourner contre lui, tant les relations internationales sont complexes. Les motivations de ses adversaires sont loin d’être univoques. L’objectif principal de Xi Jinping est d’assurer la survie du Parti communiste chinois et d’affirmer la Chine comme une grande puissance, d’abord en Asie, puis au niveau international. La croissance économique est un moyen d’y parvenir, mais elle ne constitue pas la seule arme dont dispose Pékin. De même, aucune incitation ne pourra convaincre les Gazaouis de quitter massivement leur territoire ni l’Ukraine de renoncer à son indépendance. Les autres acteurs jouent leur propre partition qui ne dépend pas exclusivement des décisions américaines. Les décisions prises dans un conflit peuvent entraîner des répercussions sur un autre. Si Donald Trump décide d’imposer des droits de douane sur les puces électroniques afin de renforcer la production nationale, il affaiblit Taïwan qui produit environ 90 % des microprocesseurs les plus avancés au monde. De la même manière, la réhabilitation de Vladimir Poutine pourrait bénéficier indirectement à la Chine. Le recours systématique au bluff risque de nuire à la crédibilité de la diplomatie américaine.

    À force de multiplier les coups de poker, le monde pourrait finir par comprendre qu’il peut se passer des États-Unis. L’isolationnisme de Donald Trump finirait alors par se retourner contre lui.

  • Face à la menace des droits de douane américains, l’Italie élabore sa stratégie

    Face à la menace des droits de douane américains, l’Italie élabore sa stratégie

    ROME – L’Italie a mis en place un plan pour préserver ses entreprises au cas où les États-Unis imposeraient des droits de douane, et a envoyé lundi une délégation à Washington pour discuter de l’épineux dossier.

    « Aujourd’hui, une délégation que j’ai envoyée à Washington rencontre des responsables américains pour aborder la situation des droits de douane. Ils travaillent en coordination avec la Commission européenne, qui détient la compétence exclusive en matière d’accords commerciaux », a déclaré lundi le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani.

    Prudent, il a également ajouté : « nous devons attendre de voir si les droits de douane sont effectivement imposés ».

    L’Italie en position de faiblesse

    Selon les propos d’Antonio Tajani, le gouvernement italien mène un projet « pour s’assurer que les exportations italiennes puissent continuer à prospérer ».

    En plus de rechercher le dialogue avec les États-Unis — qui pourrait « impliquer une augmentation des importations et des investissements italiens aux États-Unis » — Antonio Tajani a souligné la nécessité de renforcer « la présence de l’Italie sur d’autres marchés tels que le Mexique, les pays du Golfe, l’Indonésie, le Japon et la Turquie ».

    L’Italie est l’un des pays européens qui enregistre le plus grand excédent commercial avec les États-Unis, ce qui pourrait la rendre plus vulnérable que d’autres en cas d’imposition de droits de douane.

    Le vice-président et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, tient une conférence de presse au Palazzo Chigi à l'issue du Conseil des ministres, le 2 octobre 2024 à Rome. [(Simona Granati - Corbis/Corbis via Getty Images)]
    Le vice-président et ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Antonio Tajani, tient une conférence de presse au Palazzo Chigi à l’issue du Conseil des ministres, le 2 octobre 2024 à Rome. [(Simona Granati – Corbis/Corbis via Getty Images)]

    Selon les dernières données disponibles de l’Institut national italien de statistique (Istat), les exportations italiennes vers les États-Unis ont totalisé 67,3 milliards d’euros en 2023, tandis que les importations se sont élevées à 25,2 milliards d’euros, soit un excédent commercial de 42 milliards d’euros.

    Une analyse réalisée par le centre de recherche de la Confindustria a identifié les secteurs clés les plus exposés au marché américain : les boissons (39 %), les véhicules automobiles et autres équipements de transport (respectivement 30,7 % et 34 %) et les produits pharmaceutiques (30,7 %).

    « Des moyens de protéger le pays »

    Malgré les inquiétudes, plusieurs personnalités de la coalition au pouvoir en Italie restent rassurées par les liens étroits que le pays entretient avec Washington. « Je pense que l’Italie est bien placée pour engager le dialogue avec les États-Unis », a réagi la semaine dernière le vice-premier ministre Matteo Salvini. Selon lui, « tout différend impliquera les Allemands, pas nous. Nous ne sommes pas la cible de Trump ».

    Mais, en tant qu’État membre de l’UE, l’Italie ne peut pas négocier des accords commerciaux de manière indépendante. Les discussions tarifaires ont lieu entre les États-Unis et l’Union européenne, et selon les principes du marché unique, aucun pays de l’UE ne peut être exempté des droits de douane imposés à l’ensemble du bloc.

    Un diplomate de haut rang a confié à Euractiv que si l’Italie ne pouvait pas être exemptée de droits de douane, il pouvait y avoir des moyens de protéger le pays en ciblant les secteurs auxquels l’Italie est moins exposée, minimisant ainsi l’impact. Cela pourrait potentiellement favoriser l’Italie par rapport à d’autres pays de l’UE.

  • Le passeport français sans comparution étendue à d’autres pays dès juin 2025 ?

    Le passeport français sans comparution étendue à d’autres pays dès juin 2025 ?

    Depuis le 1ᵉʳ mars 2024, une expérimentation d’une durée d’un an a permis aux Français majeurs résidants au Canada de renouveler leur passeport à distance, sans se déplacer au Consulat. Cette initiative visait à simplifier les démarches administratives pour les expatriés, et à améliorer l’accessibilité aux services publics. La question aujourd’hui est de savoir si cette possibilité de passeport sans comparution sera étendue à d’autres pays ? Et quand ? On parlerait de rendre cela effectif dès le mois de juin 2025 pour dix nouveaux pays, en attendant les autres.

    L’expérimentation au Portugal et au Canada concluante ?

    Comme nous l’indiquait la directrice des Français de l’étranger et de l’administration consulaire, Pauline Carmona dans une interview pour Lesfrancais.press, l’expérience de renouvellement de passeports sans comparution mise en place pour nos ressortissants vivant au Canada et au Portugal fait l’objet d’une évaluation. Celle-ci vise à mesurer l’opportunité d’étendre le dispositif dans d’autres pays. Les conditions techniques mises en place, le travail du personnel consulaire et la fiabilité du système sont notamment scrutés. Le tout afin de tirer bénéfice de ce test grandeur nature.

    L’expérimentation au Portugal et au Canada concluante ?
    L’expérimentation au Portugal et au Canada concluante ?

    Du côté du Ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin , celui-ci, dans nos colonnes avait indiqué comme une de ses priorités sa volonté de « faciliter la vie de nos concitoyens, en simplifiant leurs démarches administratives tout en améliorant la qualité du service proposé par notre réseau consulaire. »

    « Renouvellement des passeports sans comparution, je m’y engage : nous allons prolonger cette expérimentation et étendre son champ d’application géographique. »

    Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger

    Ce dispositif de passeport sans comparution va en ce sens. Dans un message envoyé aux élus consulaires, le membre du gouvernement en charge des expatriés s’est engagé à ce que cette « expérimentation soit prolongée » pour nos ressortissants au Portugal et au Canada. Et il a également déclaré vouloir « étendre son champ d’application géographique ».

    Une extension prévue pour juin 2025 ?

    Pour autant, l’expérimentation au Canada et au Portugal ne devait durer qu’un an. Avant qu’elle ne reprenne, une pause devra être respectée pour des raisons de procédures légales. En effet, un nouveau décret en Conseil d’État est nécessaire, ainsi qu’une consultation de la CNIL. Toutefois, un objectif calendaire a été fixé par le ministre pour une reprise de l’expérimentation. Et de voir celle-ci s’étendre à d’autres pays, à savoir juin 2025 ! Ainsi, nos ressortissants vivant dans 10 autres pays que le Portugal et le Canada pourraient donc bénéficier dès juin 2025 de cette possibilité. La liste des pays n’est pas encore connue. L’objectif étant d’étendre ce dispositif à tous les pays, en 2027 ou 2028. 

    Une extension prévue pour juin 2025 ?
    Une extension prévue pour juin 2025 ?

    Rappelons que pour les Français vivant au pays du fado ou de la feuille d’érable, les conditions suivantes devaient être remplies : être Français, majeur et résidant au Canada ou au Portugal. Être inscrit au registre des Français de l’étranger. Dépendre d’un des postes consulaires concernés : Montréal, Québec, Toronto, Vancouver ou Lisbonne. Renouveler un passeport établi après la majorité et enfin présenter son ancien passeport.

    Cette expérience n’incluait pas le renouvellement de passeport en cas de vol ou perte de l’ancien passeport, de changement de prénom ou nom. Mais également de demande d’un second passeport, de passeports expirés depuis plus de 5 ans ou de demande conjointe de renouvellement de carte nationale d’identité et de passeport.

    « Outre de faciliter les démarches en ligne, nos compatriotes éloignés des consulats ou ayant des difficultés à se déplacer réduiront de fait les contraintes liées aux transports. »

    Des modalités à respecter

    En plus de ces conditions d’éligibilité, des modalités devaient aussi être respectées. Comme la connexion sur Service-Public.fr. Le paiement en ligne du timbre fiscal. La fourniture de divers documents, notamment une copie de la double page du passeport actuel, ainsi qu’un justificatif de domicile de moins d’un mois et d’une photo d’identité aux normes françaises datant de moins de 6 mois. Un rendez-vous en visioconférence avec un agent consulaire était aussi prévu. Sans oublier pour vérification du dossier et présentation du passeport actuel. Ainsi que le renvoi de l’ancien passeport au consulat dans un délai maximum de 40 jours après réception du nouveau titre sous pli sécurisé.

    Ces dispositifs, conditions et modalités seront-ils reconduits à l’identique dans le cadre de l’extension géographique du renouvellement des passeports sans comparution ? Lesfrancais.press vous apportera toutes les informations prochainement.

    Les avantages d’un tel système : de nombreux expatriés perçoivent déjà les bénéfices d’un tel service de renouvellement en ligne du passeport. Outre de faciliter les démarches en ligne, nos compatriotes éloignés des consulats ou ayant des difficultés à se déplacer réduiront de fait les contraintes liées aux transports. Parmi les inconvénients possibles, il se pourrait qu’un allongement des délais puisse être occasionné.

    Les possibles inconvénients : L’accès aux différentes plateformes digitales peut être un obstacle pour des personnes qui seraient moins à l’aise que d’autres avec les outils numériques. Enfin la question de la sécurité est aussi posée.

    Cette mise en place du renouvellement des passeports à distance ne deviendra pas une obligation pour les usagés. En effet, chaque Français de l’étranger devrait toujours pouvoir se rendre physiquement au consulat ou à son ambassade pour effectuer ses démarches.

  • Les élus AFE répondent au ministre Laurent Saint-Martin

    Les élus AFE répondent au ministre Laurent Saint-Martin

    Après le discours ministériel, il est de tradition au sein de l’Assemblée des Français de l’étranger de donner la parole aux différents représentants des groupes politiques qui forment cette instance. Ce fut le cas en ce jour d’ouverture de cette session. Aussi, comment les élus de l’AFE ont-ils réagi aux propos du ministre délégué Laurent Saint-Martin ? Que lui ont-ils répondu, et quels ont été leurs demandes ? Lesfrancais.press résume les différentes positions exprimées.

    Un ministre d’actions ?
    Un ministre d’actions ?

    À l’ouverture de cette 42eme session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger, le ministre délégué en charge des expatriés, a donc pris la parole. S’exprimant devant les élus de l’AFE, Laurent Saint-Martin a notamment présenté une série de mesures. Celles-ci portent à la fois sur la sécurité de nos compatriotes hors de France, mais aussi sur l’administration consulaire et la protection sociale. Il a même annoncé la rédaction d’un futur projet de loi pour les Français de l’étranger pour le second semestre 2025. Lesfrancais.press a pu vous détailler l’ensemble de ces dispositions dans un article précédent.

    Quelles sont les positions exprimées par les groupes politiques de l’AFE

    Cependant, ce grand oral du ministre devant les élus de l’AFE et toujours suivi d’une prise de parole des différents groupes politiques qui composent cette assemblée. Ceux-ci, par la voix de leurs représentants, ont pu réagir directement à l’allocution du membre du gouvernement. Ils ont également apporté leurs contributions et leurs idées, alliant inquiétudes et espoirs.

    « Je souhaite que gouvernement dégage un budget en fonction des besoins de nos compatriotes »

    Gaëlle Lecomte, élue du groupe Écologie & Solidarité à l’AFE

    C’est ainsi que Gaëlle Lecomte (élue de la Péninsule ibérique) au nom du groupe « Écologie & Solidarité », a répondu à Laurent Saint-Martin en l’alertant sur l’«affaiblissement de notre réseau diplomatique d’influence », notamment en raison de la « régression du budget du Quai d’Orsay

    Gaëlle Lecomte du groupe Écologie - Solidarité
    Gaëlle Lecomte du groupe Écologie – Solidarité

    Poursuivant, l’élue de gauche s’est aussi étonnée de « l’argent magique » trouvé pour la Défense, quand celui-ci « était absent pour la cause climatique ». Aussi, demande-t-elle, que le « gouvernement dégage un budget en fonction des besoins de nos compatriotes », notamment dans le futur débat qui s’ouvre sur la protection sociale.

    Pour le groupe « Solidaire et Indépendants », proche de l’ASFE (Alliance solidaire des Français de l’étranger), Annie Rea (élue pour l’Europe du sud) a parlé d’ « une double peine » que connaissent actuellement les expatriés. Tout d’abord celle du « tourment lié au contexte international » et des répercussions dans les pays dans lesquels résident nos ressortissants. Puis celle d’une « France fragilisée » en raison de l’impact des débats nationaux, et des aléas qui en découlent.

    « Nous devons nous préparer et renforcer la sécurité de nos compatriotes partout dans le monde. »

    Thierry Masson, président du groupe IDP à l’AFE

    Proche des positions du Président de la République, Thierry Masson (élu du Benelux) a pris la parole au nom du groupe « Indépendants, démocrates et progressistes (IDP). » S’inquiétant de la situation internationale, il a mis en avant les possibles répercussions de celle-ci sur les Français de l’étranger.  Aussi, « nous devons nous préparer et renforcer la sécurité de nos compatriotes partout dans le monde » a-t-il dit.

    Annie Réa pour le groupe Solidaires et Indépendants
    Annie Réa pour le groupe Solidaires et Indépendants

    C’est dans cette optique qu’une motion d’urgence sera présentée lors de cette session afin de renforcer les dispositifs de sécurité pour les Français établis hors de France, compte tenu de l’évolution du contexte géopolitique. Abordant également le thème de l’intelligence artificielle, l’élu consulaire de Belgique a questionné le ministre délégué sur l’utilisation de celle-ci au sein de l’administration dans l’objectif d’une amélioration des services pour les Français de l’étranger.

    Venant de Washington, Oliver Piton a présenté à Laurent Saint-Martin la position du groupe « Union des Républicains, des Centres et des Indépendants ». S’adressant à l’ancien ministre du budget, l’élu des Etats-Unis membre des LR se « demande comment vont être ventilés » les différents crédits et coupes prévues. En effet, la loi de Finances 2025 a été adoptée, mais les membres de l’AFE restent encore dans le questionnement quant aux opérations qui seront touchées par les ajustements budgétaires.

    Dans sa réponse à Olivier Piton, le ministre Laurent Saint-Martin a souhaité souligner les différences qui existent entre les autorisations budgétaires (les crédits votés) et les exécutions (crédits dépensés). Parfois il y a une différence. Et un budget se construit sur ce qui a pu être dépensé précédemment, et non pas uniquement sur un souhait politique. Il se propose même d’organiser un atelier explicatif sur ce sujet. Quand il y a un écart entre ce qui est disponible et ce qui est dépensé, c’est que le problème ne vient pas du budget. Et qu’il s’agirait alors d’explorer les raisons, pour proposer des adaptations, comme par exemple concernant les critères d’attributions des bourses scolaires.  

    Thierry Masson du groupe Indépendants, démocrates et progressistes
    Thierry Masson du groupe Indépendants, démocrates et progressistes

    Toutefois la mise en œuvre du budget 2025 aura des conséquences. Ainsi la position financière de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) est aujourd’hui questionnée. Pour Olivier Piton, « la CFE doit rester un service public ». Enfin, rappelant également qu’en un an il y avait eu trois différents ministres en charge des Français de l’étranger, l’élu des États-Unis a indiqué à Laurent Saint-Martin « espérer (vous) revoir dans six mois », date de la 43eme et prochaine session plénière prévue en octobre 2025. 

    « Je demande la création d’un guichet unique pour le retour en France. »

    Nadia Chaaya, Présidente du groupe les indépendants à l’AFE

    Présidente du groupe « Les indépendants », Nadia Chaaya (élue pour l’Asie centrale et Moyen-Orient) a renouvelé son souhait de renforcer la protection des Français de l’étranger. Depuis plusieurs sessions plénières, l’élue consulaire demande une harmonisation des dispositifs de sécurité dans les pays, en y incluant les élus.

    Nadia Chaaya du groupe Les indépendants
    Nadia Chaaya du groupe Les indépendants

    Se basant également sur les expériences qui lui ont été partagées, Nadia Chaaya « demande la création d’un guichet unique pour le retour en France » afin de faciliter les démarches de nos compatriotes se trouvant dans cette situation. Réagissant à cette proposition, le ministre délégué a accepté tout de suite cette idée. Il a cependant indiqué que celle-ci, pour être efficace, devait se construire sur une base interministérielle.

    Olivier Piton du groupe Union des Républicains des Centres et des Indépendants
    Olivier Piton du groupe Union des Républicains des Centres et des Indépendants
    Samy Ahmar du groupe Écologie - Solidarité
    Samy Ahmar du groupe Écologie – Solidarité
    Richard Ortoli du groupe Les Indépendants
    Richard Ortoli du groupe Les Indépendants

    Une fois ce premier tour des groupes politiques terminés, certains autres représentants ont également pu également s’exprimer. L’attribution du temps de parole s’effectuant en fonction de l’importance en nombre d’élus des différentes formations au sein de l’AFE.

    Ainsi Denis Glock (Costa Rica)) pour le groupe « Écologie & Solidarité » s’est-il inquiété de « gérer la pénurie » en raison des budgets amoindris. Samy Ahmar, élu de Londres, pour ce même groupe, a également partagé sa crainte quant à l’ « absence de la mixité sociale au sein des établissements du réseau scolaire de l’AEFE ». Cécile Lavergne, élue d’Amérique du Sud, également membre d’ « Écologie & Solidarité » a demandé à ce que le reliquat du STAFE (dispositif de soutien au tissu associatif des Français de l’étranger) soit reversé aux aides sociales. Richard Ortoli, venant de New York pour le groupe Les indépendants, a aussi questionné le ministre sur le STAFE et la possibilité de décentraliser aux élus locaux la prise de décision quant aux montants alloués aux projets présentés par les associations.

    Nadine Fouques-Weiss du groupe Solidaires et Indépendants
    Nadine Fouques-Weiss du groupe Solidaires et Indépendants
    Jean-Hervé Fraslin du groupe Indépendants_ démocrates et progressistes
    Jean-Hervé Fraslin du groupe Indépendants_ démocrates et progressistes

    Enfin, Jean-Hervé Fraslin de Madagascar, et du groupe IDP, a souhaité qu’une analyse comparative soit réalisée entre les différents postes consulaires afin de mieux réfléchir aux dotations. Pour le groupe « Solidaire et Indépendants », Nadine Fouques-Weiss (Allemagne) a, quant à elle, apporté son soutien à une inscription au registre des Français de l’étranger plus incitative, et a insisté pour que sa mise à jour soit le plus rapidement effectué au cours de l’année.

    Après ces échanges avec le ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin, débute le travail dans les commissions thématiques. Elles sont au nombre de six. De ces auditions, débats, discussions, sortiront des avis ou autres textes qui seront soumis au vote en plénière ce jeudi et vendredi prochains. Le ministre a aussi promis de revenir pour clore cette session. Le travail continue donc et Lesfrançais.press continuera de vous informer sur les évolutions qui seront décidées pour le quotidien des expatriés.

  • À l’AFE : Laurent Saint-Martin annonce un projet de loi pour les Français de l’étranger

    À l’AFE : Laurent Saint-Martin annonce un projet de loi pour les Français de l’étranger

    Un ministre d’actions ?

    Par tradition, la session plénière de l’AFE s’ouvre par le discours du Ministre en charge des expatriés. Titulaire du poste depuis décembre 2024, c’est donc la première fois que Laurent Saint-Martin s’exprimait devant les 90 élus de cette assemblée. Et, à la tribune, après avoir rappelé les priorités de son ministère, il a fait une annonce surprise. La préparation d’un projet de loi pour les Français de l’étranger. Mesures pour 2025, ambitions de ce futur texte législatif, et nouvelles communications sur notre diaspora hors de France. On vous résume cela.

    Ancien ministre du budget dans le gouvernement de Michel Barnier, Laurent Saint-Martin a la charge du commerce extérieur et des Français de l’étranger au sein de l’équipe gouvernementale de François Bayrou. En homme politique expérimenté, son discours était attendu par les élus de l’AFE, réunis en session plénière cette semaine à Paris.

    « Je cherche toujours de l’impact dans les actions »

    Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger

    À la tribune, l’ancien député du Val-de-Marne a d’abord partagé sa méthode : « je suis un élu de terrain. Je cherche toujours de l’impact dans les actions, sans (me) contenter de la parole ». Il a également rappelé les priorités de son ministère. Parmi celles-ci, trois ont notamment été mises en avant. La sécurité de nos compatriotes hors de France, la modernisation des services consulaires et la protection sociale des Français de l’étranger.

    Un ministre d’actions ?
    Un ministre d’actions ?

    Concernant la sécurité, le ministre délégué a réitéré la ligne directrice du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères : « nous sommes en permanence mobilisés pour assurer la sécurité des Français de l’étranger, où qu’ils soient dans le monde. ». Cette position avait d’ailleurs été partagée avec nos ressortissants vivant hors de France dans un courrier co-signé avec son collègue, ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, diffusé en janvier dernier.

    Les mesures annoncées concernant votre administration consulaire

    Autre volet des priorités gouvernementales, celle de l’administration consulaire à l’heure du digital. Avec un objectif, celui d’ « assurer un service le plus efficient possible pour faciliter la vie des Français de l’étranger ». Ainsi, Laurent Saint-Martin a-t-il présenté les mesures suivantes qui vont être mises en place :

    • Renouvellement des passeports sans comparution: après l’expérimentation au Portugal et au Canada, ce dispositif sera étendu en juin 2025 à dix nouveaux pays. La liste sera prochainement connue. Ce test devrait durer deux ans, avant une extension générale en 2027 ou 2028.
    • Le Service France Consulaire (SFC) couvrira l’ensemble du monde d’ici la fin de l’année 2025. Aujourd’hui, 62 % des expatriés peuvent en bénéficier.
    • Certification de l’identité numérique: en France, il est possible de faire certifier son identité dans certaines mairies. Un projet pilote va être déployé hors des frontières nationales afin de pouvoir effectuer cette certification dans un consulat. Six d’entre eux ont été retenus pour le moment : les consulats de France situés à Barcelone, Bucarest, Madrid, New York, San Francisco et Singapour.
    • Timbre fiscal : trois lieux vont faire l’objet d’une expérimentation du paiement des droits de chancellerie (timbre fiscal) par voie électronique : Allemagne, Dubaï et Londres. L’idée étant par la suite de généraliser cela à tous les autres pays.
    • Le registre des Français de l’étranger : aujourd’hui, un(e) Français(e) qui vit à l’étranger n’est pas obligé(e) de s’inscrire au Registre des Français établis hors de France. Or, c’est ce nombre officiel qui ouvre notamment la voie à la dotation des consulats et ambassades. Au 31 décembre 2024, le nombre de nos ressortissants inscrits au Registre des Français établis hors de France s’élevait à 1 741 942, or le nombre réel est estimé à près de 3.000.000. Il s’agira donc, dans les prochains jours, de rendre plus incitatif cette inscription.
    • Étendre le vote par internet, à la plupart des élections. Aujourd’hui, ce vote électronique est ouvert pour les élections consulaires et législatives ; il s’agira de pouvoir, dans la mesure, du possible, l’étendre aux autres scrutins.

    Un projet de loi « Français de l’étranger » en 2025 ?

    Cette 42eme session plénière de l’AFE marque aussi le lancement officiel des Assises de la protection sociale. Pendant six mois, élus, citoyens, experts, gouvernement, … vont débattre de trois grands thèmes : les aides sociales, la caisse des Français de l’étranger et les bourses scolaires. Lesfrancais.press suivra pour vous les débats et vous demandera aussi vos avis prochainement. Toutefois, le ministre Laurent Saint-Martin a d’ores et déjà voulu mettre un cadre budgétaire, tout en soulignant, qu’en les comparant avec ceux que font les autres pays du globe pour leurs expatriés, « les dispositifs d’accompagnement de la France n’ont pas d’égal dans le monde ».

    42eme session plénière de l'AFE ouverture des travaux avec Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l'étranger
    42eme session plénière de l’AFE ouverture des travaux avec Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger

    Mais surtout, le ministre délégué a, lors de son allocution devant les élus de l’AFE, a annoncé qu’il proposera au Premier Ministre, un projet de loi concernant directement les Français de l’étranger. Celui-ci pourrait émerger au cours du second semestre 2025. Même si le contenu n’est pas encore connu, il pourrait, en outre, intégrer les avancées qui seront proposées lors des assises de la protection sociale. Ce texte servirait aussi de « véhicule législatif » comme l’a indiqué Laurent Saint-Martin. C’est-à-dire qu’il intégrerait, par exemple, les mesures concernant les Entrepreneurs français à l’étranger. Ou bien encore celles sur le fond d’urgence des Français de l’étranger en cas de catastrophe. Toutefois, tout cela reste encore à déterminer. Mais il y aura bien un projet de loi du gouvernement sur les expatriés après l’été. 

    « Rompre la barrière du stéréotype du Français de l’étranger.»

    Laurent Saint-Martin, ministre délégué aux Français de l’étranger

    Enfin, conscient que le travail est aussi affaire de communication, le ministre délégué a fait savoir qu’une lettre mensuelle d’information sur les actions menées en faveur des Français de l’étranger sera envoyée à tous les expatriés. Et, afin de « rompre la barrière du stéréotype du Français de l’étranger », Laurent Saint-Martin a également annoncé qu’une série de portraits « Fier d’être Français de l’étranger » sera prochainement publiée. « Il faut que nos Français soient fiers de nos Français de l’étranger, et il s’agira aussi d’inciter les Français à tenter l’aventure à l’international » a-t-il également déclaré.

    Ce discours ministériel devant les élus de l’AFE s’est conclu par un vibrant « je suis au travail » ! Un échange avec les membres de l’Assemblée des Français de l’étranger a suivi cette intervention gouvernementale. Quelles ont été les réactions et les demandes sur les différents bancs ? Lesfrancais.press vous en fait l’écho dans un autre article. À suivre…

  • Menaces et chances

    Menaces et chances

    « Make America Great Again » se transformera-t-il en « Make America Smaller » ou en « Make America Greatly Abandoned » ? Affirmant que ses prédécesseurs, de ces cinquante dernières années, ont plongé le pays aux fonds des abîmes, Donald Trump a décidé de tirer un trait sur quatre-vingt ans de libéralisation du commerce international en appliquant, de manière unilatérale, des droits de douane de 10 à 25 %.

    Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux.

    La politique économique du nouveau Président est surréaliste pour la première puissance économique mondiale qui connaît, depuis plusieurs années, un taux de croissance jalousée de près de 3 % et un quasi plein emploi. L’augmentation de manière substantielle du coût des importations risque de se traduire par une attrition de l’économie américaine. Par démagogie, par populisme, le Président américain risque de plonger son pays en récession, un comble ! Que les États-Unis soient confrontés à un déficit commercial important, 920 milliards de dollars en 2024, est une évidence. Que ce déficit soit la conséquence de pratiques commerciales douteuse, sans nul doute. Mais le recours au protectionnisme est une réelle absurdité pour un pays qui domine tous les grands secteurs de pointe et qui pèse plus du quart du PIB mondial.

    « Make America Great Again » se transformera-t-il en « Make America Smaller » ou en « Make America Greatly Abandoned » ? Affirmant que ses prédécesseurs, de ces cinquante dernières années, ont plongé le pays aux fonds des abîmes, Donald Trump a décidé de tirer un trait sur quatre-vingt ans de libéralisation du commerce international en appliquant, de manière unilatérale, des droits de douane de 10 à 25 %.
Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux.
La politique économique du nouveau Président est surréaliste pour la première puissance économique mondiale qui connaît, depuis plusieurs années, un taux de croissance jalousée de près de 3 % et un quasi plein emploi. L’augmentation de manière substantielle du coût des importations risque de se traduire par une attrition de l’économie américaine. Par démagogie, par populisme, le Président américain risque de plonger son pays en récession, un comble ! Que les États-Unis soient confrontés à un déficit commercial important, 920 milliards de dollars en 2024, est une évidence. Que ce déficit soit la conséquence de pratiques commerciales douteuse, sans nul doute. Mais le recours au protectionnisme est une réelle absurdité pour un pays qui domine tous les grands secteurs de pointe et qui pèse plus du quart du PIB mondial. 
METTRE PHOTO IDEE ETATS-UNIS ET COMMERCE
Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux. Depuis 1945, neuf cycles de négociations ont été engagés dans le cadre du GATT ou de l’Organisation Mondiale du Commerce, mais aucun accord n’a pu être conclu depuis 2001. Or, au cours de ces vingt-cinq dernières années, les échanges internationaux ont connu une mutation de grande ampleur avec l’avènement de la Chine comme premier exportateur mondial. 
Dans le cadre de telles négociations, les États-Unis auraient pu compter sur l’Europe pour dénoncer le dumping supposé des entreprises chinoises et imposer des relations plus équilibrées avec les pays émergents. 
METTRE PHOTO D’ARMEE
En effectuant un virage à 180 degrés face à l’Ukraine, Donald Trump, isole son pays. Ses volte-face permanentes désarçonnent ses alliés les plus anciens. Depuis 1945, les États-Unis et leurs alliés se concertaient toujours lors des grandes crises internationales. Les désaccords, dont plusieurs avec la France, n’ont jamais remis en cause les relations d’amitié. En jouant de manière brutale avec l’Ukraine, le Président américain pousse les Européens à s’unir et à se réarmer. Cependant, l’accroissement de l’effort de défense européen, pourtant souhaité par Donald Trump, ne s’effectue pas en coordination avec les États-Unis mais contre eux ce qui est, au regard de l’histoire, une réelle rupture.
L’isolement des Etats-Unis dépasse le cadre du Vieux continent.
L’isolement des Etats-Unis dépasse le cadre du Vieux continent. L’abandon de l’Ukraine en pleine guerre interroge en Asie. La protection dont bénéficie Taïwan est-elle immuable ? La Corée du Sud peut-elle compter sur les États-Unis pour dissuader son ennemi du Nord de reprendre la guerre ? Le Japon dont la défense est essentiellement assurée par les États-Unis s’interroge également sur les moyens à mettre en œuvre pour garantir sa sécurité. 
Étrange histoire ! Donald Trump choisit de rétrécir son pays au moment même où les États-Unis, face à une Chine et une Europe déclinante, sont en position de force sur la scène économique et géopolitique. À défaut de rechercher les facteurs internes de la dégradation du moral des Américains, il accuse l’étranger d’en être l’unique responsable. Sa quête des terres rares, sa volonté de prendre le contrôle du Groënland ou du Canal de Panama peuvent s’assimiler à un néo-impérialisme. 
Depuis la survenue de l’épidémie de Covid de 2020, l’histoire semble bégayer en mettant ses pieds dans les sombres empreintes laissées par l’Entre-deux-Guerres mondiales. Au « Make America Great Again » doit résonner « Make a New European Union ». 
Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux.
    Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux.

    Les États-Unis auraient tout à gagner à lancer un nouveau cycle de négociations sur les échanges internationaux. Depuis 1945, neuf cycles de négociations ont été engagés dans le cadre du GATT ou de l’Organisation Mondiale du Commerce. Mais aucun accord n’a pu être conclu depuis 2001. Or, au cours de ces vingt-cinq dernières années, les échanges internationaux ont connu une mutation de grande ampleur avec l’avènement de la Chine comme premier exportateur mondial.

    Dans le cadre de telles négociations, les États-Unis auraient pu compter sur l’Europe pour dénoncer le dumping supposé des entreprises chinoises et imposer des relations plus équilibrées avec les pays émergents.

    @Adobestock
    @Adobestock

    En effectuant un virage à 180 degrés face à l’Ukraine, Donald Trump, isole son pays. Ses volte-face permanentes désarçonnent ses alliés les plus anciens. Depuis 1945, les États-Unis et leurs alliés se concertaient toujours lors des grandes crises internationales. Les désaccords, dont plusieurs avec la France, n’ont jamais remis en cause les relations d’amitié. En jouant de manière brutale avec l’Ukraine, le Président américain pousse les Européens à s’unir et à se réarmer. Cependant, l’accroissement de l’effort de défense européen, pourtant souhaité par Donald Trump, ne s’effectue pas en coordination avec les États-Unis mais contre eux. Chose qui constitue, au regard de l’histoire, une réelle rupture.

    L’isolement des Etats-Unis dépasse le cadre du Vieux continent.

    L’isolement des Etats-Unis dépasse le cadre du Vieux continent. L’abandon de l’Ukraine en pleine guerre interroge en Asie. La protection dont bénéficie Taïwan est-elle immuable ? La Corée du Sud peut-elle compter sur les États-Unis pour dissuader son ennemi du Nord de reprendre la guerre ? Le Japon dont la défense est essentiellement assurée par les États-Unis s’interroge également sur les moyens à mettre en œuvre pour garantir sa sécurité.

    Étrange histoire ! Donald Trump choisit de rétrécir son pays au moment même où les États-Unis, face à une Chine et une Europe déclinante, sont en position de force sur la scène économique et géopolitique. À défaut de rechercher les facteurs internes de la dégradation du moral des Américains, il accuse l’étranger d’en être l’unique responsable. Sa quête des terres rares, sa volonté de prendre le contrôle du Groënland ou du Canal de Panama peuvent s’assimiler à un néo-impérialisme.

    Depuis la survenue de l’épidémie de Covid de 2020, l’histoire semble bégayer en mettant ses pieds dans les sombres empreintes laissées par l’Entre-deux-Guerres mondiales. Au « Make America Great Again » doit résonner « Make a New European Union ».

    Face au nouveau défi américain, l’Europe n’a plus d’autre choix que de grandir. S’étant longtemps reposée sous le parapluie stratégique des États-Unis, elle se trouve aujourd’hui contrainte d’affirmer sa souveraineté économique et militaire afin de faire prévaloir ses valeurs démocratiques. Loin d’être une menace, ce challenge, est une opportunité historique.

  • Le diable a ses raisons

    Le diable a ses raisons

    « Le diable, c’est celui qui accompagne un ami et l’abandonne à la moitié du chemin ». Bernanos, en diable, s’y connaissait. Ainsi Trump abandonne l’Ukraine, l’Europe, le Canada, le Mexique et passe à l’Est. C’est la première défection d’un Président américain. Le Kremlin, sauvé, s’extasie. L’Ukraine résiste, au prix de dommages humains, militaires et économiques terribles, surtout pour les Russes. Le diable est parfois bête : les mères des soldats tués reçoivent en cadeau un hachoir à viande.

    Trump veut la paix dont rêve Poutine. Selon lui, Poutine voudrait la paix plus que Zelenski. Si c’était vrai cela en dirait long sur le rapport de force. Poutine pourrait faire la paix immédiatement, ne plus bombarder les civils serait un bon début. Trump a ajouté une phrase étrange « Il veut la paix pour de multiples raisons dont une que je suis le seul à connaître ». Quelle est cette raison ? Un deal caché ? Ou une raison plus trumpienne que poutinesque ?

    Trump a déjà accepté toutes les demandes de Poutine, sanglantes concessions. Furieux contre Zelenski, furieux contre l’Europe, furieux contre le Canada et le Mexique, il les punit, les insulte, les menace. Mais lève les défenses cyber contre les Russes, coupe les crédits, suspend le partage des informations aux Ukrainiens.

    Ce que Trump en tête, c’est un « big deal ». L’Ukraine est petit problème ridicule.   

    Est-ce stupidité ? Le diable a ses raisons que la raison ne connait pas. Ce que Trump en tête, c’est un « big deal ». Zelenski et les Européens ne comptent pas. L’Ukraine est petit problème ridicule qui ne doit pas contrarier la grande œuvre. Quel est l’objectif ? La Chine. Comment détacher l’ami Vladimir des Chinois ? Tout d’abord en leur donnant ce qu’ils ont déjà, le Donbass et la Crimée (18% du territoire ukrainien). Un bout d’Europe en plus, si les Européens ne font pas ce qu’on leur demande. S’ils obéissent, on dira à Poutine d’être sage. L’enjeu est ailleurs.

    Dans la phase deux, après la paix : un grand deal sur le pétrole. États-Unis, Arabie et Russie sont les principaux producteurs de pétrole. Les États-Unis produisent 20 millions de barils par jour ; 20% de l’offre mondiale. Suivent l’Arabie saoudite (12%) et la Russie (11,5%).

    @Adobestock
    @Adobestock

    Les Saoudiens sont les leaders de l’OPEP, les Russes ceux des 10 pays de l’OPEP +. Arabie saoudite et Russie ont même passé un accord pour limiter la production et maintenir le prix du pétrole. Accord boiteux, parce que les Américains produisent plus. Et les pays de l’OPEP ne respectent pas les quotas fixés. Alors les Saoudiens ont menacé d’augmenter eux aussi leur production, et les Russes écoulent leur pétrole par leur flotte de contrebande vers l’Inde et la Chine.

    On arrête les guerres, on fait du business. On se met d’accord sur le pétrole.  

    La proposition Trump est la suivante : on arrête les guerres (Ukraine, Gaza), on fait du business. Comment ? Et on se met d’accord sur le pétrole. Etats-Unis, Russie et Arabie sont les maîtres de l’offre. D’où l’interdiction à Chevron d’exploiter le pétrole vénézuélien, les pressions pour réduire la production iranienne ; et la fin des aides aux énergies renouvelables. Une telle entente revient à organiser un cartel de l’énergie, à faire monter le prix.

    L’inconvénient, c’est que Trump veut au contraire une énergie à bas coût. Il l’a promis. Alors Trump a une idée géniale : on va faire un cartel pour faire baisser les prix. Russie et Arabie saoudite vont augmenter leur production, les prix vont baisser, mais leurs revenus ne baisseront pas puisqu’ils produiront plus ! Tant pis pour les autres. Chacun augmentera sa part de marché. En prime, Saoudiens, Russes et Américains investiront chacun chez l’autre. Les Saoudiens peuvent investir en Amérique. Les oligarques aussi, passeport en prime. Et les Américains en Russie. Exit la Chine.

    Le loup russe maintiendra les moutons européens dans l’obéissance.  

    Bien sûr, Russes et Saoudiens ont de doutes. Rassurer les premiers en mettant au pas Zelenski, les seconds en muselant l’Iran. Trump, au contraire, fait confiance à Poutine. Il connaît l’homme ! «  Il fait ce que tout le monde aurait fait ». Violer le mémorandum de Budapest de 1994, les accords de Minsk en 2014, le traité INF de 1987 bannissant les missiles nucléaires intermédiaires (violation dénoncée par Trump en 2018). Ces chiffons de papier méritent un autre chiffon. Aucune importance , au contraire :  le loup russe maintiendra les moutons européens dans l’obéissance. La Russie n’inquiète plus, elle représente juste un enjeu contre la Chine.

    @Adobestock
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    L’Europe ? Donald Tusk, remarque : « 500 millions d’Européens demandent à 300M d’Américains de les défendre contre 140M de Russes ». Le PIB européen est dix fois celui de la Russie, supérieur à celui de la Chine. L’épargne européenne alimente le déficit budgétaire américain. Elle pourrait l’utiliser pour financer son industrie et sa défense.

    Les Américains se vantent – se plaignent – de supporter l’essentiel des dépenses de l’Otan. Un leurre. 20% seulement des troupes américaines sont stationnées en dehors des États-Unis. 7% seulement en Europe. Si les Européens achètent moins d’armes américaines, ce qui, grâce à Trump,  finira par se produire, l’industrie américaine de la défense aura les mêmes problèmes que Boeing.

    En une semaine, l’Europe a changé. Le Plan « Rearm europa », prévoit800 milliards, sur quatre ans, pour la défense européenne. L’Europe passe du vert, le Green deal, au Kaki. Temps de guerre. Pour cela, elle assouplit les normes environnementales d’hier ( tout en confirmant un financement de 100 milliards ), et les critères budgétaires pour 1.5% du PIB (650 milliards) si les dépenses vont à la défense. Elle crée un fonds d’emprunts pour la défense de 150 milliards, réoriente les fonds européens de « cohésion ». En vue, former l’union de capitaux et mobiliser la Banque européenne d’investissement. Toutes mesures que propose la France depuis longtemps.

    @Adobestock
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    Friedrich Merz, le futur chancelier allemand renonce aux règles budgétaires strictes et engage un plan de relance pour les infrastructures et la défense.  Lui, le pro atlantiste, constate que l’Otan n’est plus une sécurité. Trump, en disant publiquement qu’il ne viendrait pas défendre ceux qui ne paient pas, a saboté l’article 5 du traité de l’OTAN. Avant-hier en mort cérébrale, réveillé par l’agression russe, l’Otan est à nouveau plongée par Trump dans un coma éthylique.

    Elle pourrait accoucher d’une « OTAN européen » avec un conseil de sécurité ad hoc, avec les Français et les Britanniques. Depuis De Gaulle en 1964, la dissuasion nucléaire française protège les intérêts vitaux au-delà des frontières nationales. Jusqu’ici, les Allemands n’en voulaient rien savoir. Cette fois, ils aimeraient en discuter. Parmi les atouts de l’Europe, il y a la France et son armée, le changement radical assumé par l’Allemagne, le retour britannique dans la « famille » européenne. Il y a aussi tous ceux qui préfèrent le multilatéral au rapports de force bilatéraux.

    Pourquoi entrer dans une alliance contre la Chine ?  

    A commencer par la Chine. Les États-Unis souhaitent entrainer l’Europe avec eux dans le conflit avec la Chine. Quand Trump dit : « Croyez-vous que les français iraient nous défendre si nous avions des problèmes ? », il faudrait lui donner raison : pourquoi entrer dans une alliance contre la Chine ?

    Si l’Europe n’a pas une vision mondiale, alors elle n’aura pas de politique mondiale, et donc pas d’unité. La Chine, en difficulté économique, peut s’entendre avec l’Europe, son premier client.  N’y a-t-il pas là un moyen, pour les Européens, de refaire leur retard dans la révolution digitale ? Libre-échange, droit international, technologie, monnaie, n’y a-t-il pas des intérêts communs ?

    « Il y a plus de 190 pays dans le monde. Si chacun se concentre sur sa primauté nationale et son pouvoir, le monde va revenir aux règles de la jungle » dit tranquillement le ministre des Affaires étrangères chinois, peu inquiet d’un revirement de l’amitié Trump-Poutine. On ne joue pas au plus malin avec le Diable.

    Bêtise de demi habile d’opposer le réalisme à la naïveté. Les Principes sont aussi des armes.

    Malgré les carottes et le bâton, les Pays arabes ne sont pas non plus convaincus par Trump. Malgré lui, la Ligue arabe a adopté le plan Égyptien pour Gaza, l’Organisation des Etats Islamiques l’a confirmé. France, Allemagne, Italie, Royaume Uni l’ont approuvé. Trump déroute. Dangereux, il oblige à tout remettre en question. Des espaces s’ouvrent. Commencer par la défense, sans se focaliser sur le présence de troupes ou le nucléaire. La surveillance de la Baltique et de la Méditerranée sont plus essentiels encore. La flotte russe doit quitter définitivement la Méditerranée. Plusieurs incidents, qui ne sont pas le fruit du hasard, ont endommagées les bateaux russes. La Caspienne est neutralisée. Elle doit le rester.

    @Adobestock
    @Adobestock

    C’est une bêtise de demis habile d’opposer le réalisme à la naïveté. Aucun peuple ne choisit d’être soumis. Personne ne veut vivre sous la menace des plus forts. Chacun veut un minimum de sécurité établi par des règles et des comportements fiables. Les Principes sont aussi des armes. Si les dirigeants sont cyniques, les peuples ne le sont pas. Un régime policier est toujours menacé d’un effondrement. Ni l’Iran, ni la Russie. Poutine était à deux doigts de se faire renverser par plus fou que lui, Prigogine. Le mur de Berlin est tombé par l’attraction d’un autre modèle plus efficace, plus libre.

    L’Europe ralliera bien plus de pays qu’elle ne le croit, si elle croit en elle. C’est la conception française, depuis 1958, de « l’Europe européenne »

    Un jour ou l’autre, le diable abandonnera Poutine au bord du chemin

    La Russie ne tournera pas le dos à la Chine pour un partenariat illusoire avec les États-Unis. L’Arabie ne sacrifiera jamais une légitimité si fragile dans le monde arabe. Les pays d’Asie doutent des États-Unis après l’abandon de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de l’Ukraine, de l’Otan. La Chine attirera plus facilement les dirigeants autocrates du monde. L’Europe ne doit pas que se défendre mais tisser et retisser des liens partout dans le monde. C’est le moment.  

    La vague Trump va refluer parce que sa « grande stratégie » est une impasse simplette. Un jour, on retrouvera l’Amérique. Et un jour ou l’autre, le diable abandonnera Poutine au bord du chemin.

  • 42eme session de l’AFE : le quotidien des expatriés en débat 

    42eme session de l’AFE : le quotidien des expatriés en débat 

    C’est aujourd’hui que s’ouvre la 42eme session plénière de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE). Du 10 au 14 mars, les 90 élus de cette institution politique vont débattre des sujets du quotidien des expatriés. L’objectif est d’apporter des améliorations, que ce soit dans les domaines de la santé, la sécurité, et bien d’autres encore comme également la vie consulaire et la fiscalité.  Faisons ensemble un rappel de l’ordre du jour, et des points forts de l’agenda.

    Quel futur pour la protection sociale des expatriés ?

    Élus pour 6 ans, les membres de l’AFE représentent les Français de l’étranger. Cette assemblée est consultative. Cependant elle peut prendre des initiatives, comme réaliser des études et adopter des avis, des résolutions et des motions. Cette semaine marque d’ailleurs le début officiel des Assises de la protection sociale pour les Français établis hors de France. Un projet défendu et porté par vos représentants et sur lequel le gouvernement a accepté de débattre. 

    Grand oral de Laurent Saint-Martin devant les élus de l’AFE

    Ce lundi 10 mars, c’est d’ailleurs le ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin qui prendra la parole devant les élus dès le début de cette session plénière. Depuis les dernières élections consulaires, c’est le 5eme ministre en charge des expatriés que les membres de l’AFE accueillent. Son discours succédera à celui d’Hélène Degryse, la présidente de l’AFE, élue du Benelux qui ouvrira les travaux dès 9 heures.

    Le ministre Laurent Saint-Martin à Bruxelles ce 09 janvier 2025
    Le ministre Laurent Saint-Martin à Bruxelles ce 09 janvier 2025

    Ce même lundi 10 mars à 10h30, l’AFE lance donc officiellement le débat sur les « Assises de la protection sociale des Français de l’étranger ». Elles s’achèveront par la remise du rapport en octobre 2025. D’ici là, trois thématiques seront abordées : les aides sociales et le soutien aux Organismes Locaux d’Entraide et de Solidarité (OLES), l’avenir de la Caisse des Français de l’Étranger (CFE), et les bourses scolaires (AEFE et AESH). Notre media, Lesfrancais.press, aura l’occasion de revenir prochainement sur ces différents points, et vous proposera de participer directement à la réflexion.

    À l’agenda de ce premier jour, le secrétaire général de l’AFE, Olivier-Antoine Reynes, prendra également la parole, et la présentation des nouveautés de l’AFE, comme le site internet, est également incluse aux discussions de la matinée du 10 mars. Celle-ci sera d’ailleurs accessible au public, notamment via la chaîne youtube de l’AFE : lien ici

    Le travail des commissions de l’AFE : du huis clos aux votes des textes

    Du lundi 10 mars après-midi au jeudi 13 mars fin de matinée, l’ensemble des activités s’effectuera dans les commissions thématiques. Au nombre de 6, chaque élu de l’AFE est membre titulaire de l’une d’entre elles. Dans un article précédent, Lesfrancais.press vous avez détaillé les dossiers qui seront abordés. Pour le consulter, vous pouvez cliquer ici. Les débats se font à huis clos.

    Lutte contre la violence faites aux femmes

    Cependant, la session ouverte au public (et donc sur youtube aussi) redémarre le jeudi 13 mars et se poursuit le vendredi 14. La synthèse des travaux dans chaque commission sera alors présentée en session plénière, ainsi que les textes mis aux voix. Les votes auront lieu dans la continuité.

    Lutte contre la violence faites aux femmes
    Lutte contre la violence faites aux femmes

    Enfin, trois temps forts seront à suivre le vendredi 14 mars après midi. Tout d’abord, la signature de l’accord de partenariat entre le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et la plateforme « Save You / The Sorority » qui sera représentée par Priscilla Routier, directrice générale de The Sorority Foundation. Le ministre délégué aux Français de l’étranger, Laurent Saint-Martin sera présent, ainsi que sa collègue au gouvernement, Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations.

    Puis, c’est la directrice des Français à l’étranger et de l’administration consulaire, Pauline Carmona, qui viendra échanger avec les élus de l’AFE. Et, Laurent Saint-Martin viendra clore les travaux par un temps d’échange avec les conseillers. Toute cette semaine, Lesfrancais.press suivra les débats, discours, avis et autres résolutions de cette 42eme session plénière et vous relayera les points forts, ceux qui impactent votre quotidien en tant qu’expatrié.

  • Pourquoi l’industrie européenne est-elle à la peine ?

    Pourquoi l’industrie européenne est-elle à la peine ?

    La production manufacturière de la zone euro n’a pas progressé depuis 2007, et les indicateurs avancés prédisent un nouveau recul. Les plans pris par les gouvernements européens pour favoriser la réindustrialisation tardent à donner des résultats. La guerre en Ukraine a provoqué une forte augmentation des coûts de production contraignant les entreprises à réduire cette dernière. La transition écologique pèse tout particulièrement sur l’industrie automobile qui était un fleuron de l’économie européenne.

    De 2002 à 2007, la production manufacturière de la zone euro avait augmenté de 20 %. La crise de 2008 a constitué un choc important se traduisant par un recul de la production de près de 15 %. En 2020, l’industrie de la zone euro subit de plein fouet l’épidémie de covid et la guerre en Ukraine. Le tout au moment où cette dernière retrouvait son niveau d’avant crise des subprimes. Cela s’est traduit par une augmentation des coûts de l’énergie et de nombreux biens intermédiaires (semi-conducteurs par exemple). La production chute entre 2019 et 2024 de 8 %.

    Aux États-Unis, également, le niveau de production de 2007 n’a pas été retrouvé. Cependant, la baisse y a été moins brutale et est essentiellement intervenue entre 2007 et 2017. Les pays de l’OCDE se sont désindustrialisés ces vingt dernières années au profit de la Chine, de l’Inde, de la Malaisie, des Philippines, de la Thaïlande, du Mexique, du Vietnam et de l’Indonésie. De 2010 à 2024, la production industrielle de l’Inde a progressé de 50 % e celle de la Malaisie de 75 %. Les indicateurs avancés (PMI) indiquent que le processus d’attrition de l’industrie européenne devrait se poursuivre.

    La désindustrialisation a comme conséquences un recul du nombre d’emplois qualifiés. Mais aussi de la productivité, la désertification de certains territoires, l’augmentation du déficit commercial.

    Comment expliquer que, malgré des plans de soutien mis en œuvre par les pouvoirs publics, l’industrie européenne soit toujours en recul. Quatre causes peuvent expliquer la faiblesse de l’industrie manufacturière de la zone euro :

    • faiblesse de la demande intérieure pour les produits manufacturés ;
    • pertes de parts de marché dans le commerce mondial de l’industrie européenne par rapport à l’industrie chinoise, américaine ;
    • déficit de recherche-développement et d’investissements en nouvelles technologies, à un retard dans la robotisation de l’industrie européenne ;
    • problème de compétitivité-coût lié au niveau des salaires, au prix de l’énergie.

    Faiblesse de la production manufacturière dans la zone euro

    Depuis 2016, la demande en biens manufacturiers est faible. Cette situation s’explique par le vieillissement de la population européenne. Les ménages étant déjà équipés, le marché de biens industriels est essentiellement un marché de renouvellement. Une population senior consomme plus de services que de biens industriels. Les comportements des ménages évoluent. La préférence est accordée aux loisirs, aux services par abonnement au détriment des biens industriels. En outre les campagnes pour éviter la surconsommation inciteraient les ménages à une certaine prodigalité.

    Faiblesse de la production manufacturière dans la zone euro
    Faiblesse de la production manufacturière dans la zone euro

    De 2002 à 2024, la demande en biens manufacturiers de la part des ménages n’a progressé que de 15 %. La faiblesse des gains de pouvoir d’achat, surtout durant la période inflationniste, a pesé sur la demande interne de biens.

    Dégradation des termes de l’échange

    L’industrie européenne n’a pas réussi à compenser la faiblesse de la demande intérieure par une augmentation de ses exportations. Elle a perdu des parts de marché au profit des pays asiatiques. Les importations de biens industriels ont également progressé en Europe traduisant une dégradation des termes de l’échange. Les importations en biens industriels en provenance de la Chine ont augmenté de 2002 à 2024 de 30 % et celles des pays émergents hors Chine de 120 %. L’excès des capacités de production disponibles dans l’industrie en Chine en particulier provoque une forte hausse des importations de la zone euro depuis la Chine depuis 2015.

    Faiblesse de la recherche

    L’industrie européenne souffre d’un déficit en matière de Recherche-Développement (R&D) par rapport aux États-Unis. Les dépenses totales de R&D s’élevaient à 3,5 % du PIB en 2023 aux États-Unis, à 2,8 % en Chine et de 2,2 en zone euro. Le poids des dépenses chinoises ont doublé en vingt ans quand celui de la zone euro est stable. Le déficit est encore plus marqué en ce qui concerne les investissements en nouvelles technologies (Telecom, informatique, IA…). Ces derniers représentent 3,8 % du PIB aux États-Unis, contre 2,4 % en zone euro. Depuis vingt ans, elles sont étales chez cette dernière quand elles progressent chez les premiers.

    Un des signes du retard de l’Europe est la faiblesse de la robotisation de l’industrie. En 2023, le nombre de robots industriels pour 100 emplois manufacturiers est de 2 en France, en Espagne et en Italie. Il est de 3 aux États-Unis et de 3,8 en Allemagne. Il atteint 5 en Chine et 8,5 en Corée du Sud.

    Une compétitivité-coût insuffisante

    En raison de la faiblesse de l’investissement, la productivité dans l’industrie manufacturière de la zone euro stagne depuis 2018. En vingt ans, elle a progressé deux fois moins vite qu’aux États-Unis. Compte tenu de l’absence de gains de productivité, le coût élevé du travail est pénalisant.

    Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avec la substitution du GNL américain ou norvégien au gaz naturel russe, le prix du gaz naturel et de l’énergie est devenu nettement plus élevé dans la zone euro qu’aux États-Unis, le rapport étant du simple au double. L’industrie européenne est confrontée à une série de handicaps. Demande faible, compétitivité dégradée, présence limitée dans les secteurs de pointe, etc.

    Par ailleurs, le niveau de compétences de la population active est insuffisant, tout particulièrement en France, en Espagne et en Italie. La faible efficacité du système éducatif dans les matières scientifiques et en mathématiques peut être également pointée du doigt, tout comme l’excès de réglementation qui pèse sur l’investissement industriel.

    L’industrie manufacturière européenne traverse une crise structurelle qui dépasse les seuls effets conjoncturels des crises récentes. La stagnation de la production depuis 2007, couplée à une perte de compétitivité et à une demande intérieure atone, soulignent les limites des politiques publiques de réindustrialisation mises en place ces dernières années. Face à des concurrents asiatiques et américains qui investissent massivement dans les nouvelles technologies et la robotisation, l’Europe peine à combler son retard, faute d’une stratégie industrielle cohérente et ambitieuse.

    Les défis sont multiples : redynamisation de la demande intérieure, rééquilibrage des termes de l’échange, montée en gamme des productions, et amélioration des conditions de compétitivité-coût.

    L’enjeu est d’autant plus crucial que la transition écologique impose une profonde mutation des modèles industriels, notamment dans l’automobile et l’énergie. Sans une réorientation forte de la politique industrielle, associée à un effort conséquent en matière de recherche et d’innovation, l’industrie européenne risque de s’enfoncer dans un déclin irréversible. Accentuant ainsi sa dépendance aux importations et sa fragilité économique. Un sursaut industriel ne pourra se faire qu’au prix d’une refonte des stratégies d’investissement et d’innovation, d’une politique énergétique plus compétitive et d’une montée en puissance des compétences.

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