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  • Président de la République et les directeurs d’administrations : Divorce houleux

    Emmanuel Macron l’avait promis pendant sa campagne, deux ans après, le passage à l’acte est peut être pour ces prochains jours.

     

    Les administrations consulaires seront elles impactées ? Aucune information n’a pour l’intact filtre du coté du quai d’Orsay. Mais il apparait évident que les volontés du président de la République sont très peu suivies par les consuls et ambassadeurs.

    Aujourd’hui, le Président  affirme sa volonté de remplacer des dirigeants d’administration centrale pour faciliter l’application de certaines réformes. En conseil des ministres, il a demandé à ce que, dès le mois de juin, commencent à être remplacés certains dirigeants d’administration centrale en désaccord avec la politique du gouvernement. Lors du conseil des ministres, « le président de la République a souhaité  que les nominations à la tête des administrations centrales puisse refléter notre volonté » que les réformes soient « accélérées », avec « une traduction perceptible par nos concitoyens », a déclaré la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye. « Il y aura probablement des annonces et des mouvements à partir de la semaine prochaine et dans le courant du mois de juin », a-t-elle ajouté.

    Depuis le tout début de son quinquennat le chef de l’Etat avait annoncé  vouloir remplacer les hauts fonctionnaires réticents, à qui, selon son entourage, il reproche régulièrement de freiner ses réformes. Une forme de « spoil system » à la française, traduisez « système des dépouilles », une pratique américaine consistant à remplacer les responsables clés des administrations par des personnalités dont la loyauté est acquise au nouveau pouvoir. Mais il n’a pas jusqu’ici mené de remplacements de grande ampleur, se contentant de mettre les hauts fonctionnaires sous pression, en les faisant convoquer parfois à l’Elysée, ou en sondant les postulants avant leur nomination, selon la même source.

    « Il est évident que le déploiement des politiques publiques nécessite que les responsables des administrations centrales soient parfaitement en accord avec ces déploiements. On imagine pas que le directeur général des Finances publiques soit en désaccord avec le prélèvement à la source qu’il est supposé mettre en oeuvre. C’est une difficulté supplémentaire que l’on peut s’éviter »,  a-t-elle fait valoir.

  • L’ALDE (dont LREM est membre) s’isole du reste du Parlement sur les Spitzenkandidaten

    Le choix du prochain président de la Commission doit se faire selon le système de Spitzenkandidaten, insistent les présidents des groupes parlementaires, malgré l’opposition des libéraux.

    Dans une déclaration, les présidents de groupes du Parlement européen répètent leur « détermination en faveur du processus des candidats têtes de liste, qui permet au/à la prochain(e) Président(e) de la Commission de faire connaître son programme et sa personnalité avant les élections et de s’engager dans une campagne paneuropéenne ».

    Les libéraux de l’ALDE n’étaient cependant pas au point presse qui a suivi la réunion des présidents. Dans un communiqué, Guy Verhofstadt a estimé qu’il n’était « tout simplement pas sérieux d’avoir un Spitzenkandidat pour lequel toute l’Europe ne peut pas voter ». Pour lui, le processus aurait plus de raison d’être si les listes étaient paneuropéennes, et non nationales. Il juge en outre que le PPE, le groupe majoritaire, soutient là un système qu’il a lui-même rendu illégitime en écartant l’option des listes transnationales.

    Malgré son opposition, l’ALDE a pris part au processus de désignation de Spitzenkandidat, et sa tête de liste, la commissaire à la concurrence, Margrethe Vestager C’est finalement l’une des favorites pour le poste.

    « Pour nous, il est important que le prochain président de la Commission représente une large majorité pro-européenne et ait un programme clair pour le renouvellement de l’Europe », ajoute Guy Verhofstadt.

    Les libéraux font leur le discours d’Emmanuel Macron, dont la liste Renaissance a rejoint l’ALDE après les élections du 26 mai. L’ALDE sera donc le troisième groupe politique du prochain Parlement.

    Les dirigeants des États membres se sont réunis à Bruxelles le soir du 28 mai pour commencer leur discussion sur l’attribution des plus hauts postes de l’Union : les présidents de la Commission, du Conseil, du Parlement et de la Banque centrale européenne. Ils devront commencer par décider s’ils se soumettent ou non au système de Spitzenkandidaten inauguré lors des élections de 2014. Le président français s’est exprimé à plusieurs reprises contre le processus.

    Alors que les résultats des élections européennes sont maintenant fixés, les tractations commencent pour les plus hauts postes de l’UE.

    « Le Conseil doit nous montrer qu’il respecte non seulement le résultat des élections, mais aussi le rôle du Parlement », a jugé la candidate des Verts, Ska Keller, après la conférence des présidents de l’assemblée.

    Le président actuel du Parlement, Antonio Tajani, s’est dit certain que Parlement et Conseil trouveraient un accord. « Nous devons respecter le processus, nous devons respecter les traités », a-t-il souligné. Les traités se bornent cependant à dire que le Conseil doit « tenir compte » du résultat des élections.

    Interrogé sur la possibilité de voir Michel Barnier accéder au poste de président de la Commission, Ska Keller répète que seuls les candidats officiels, les Spitzenkandidaten, devraient être considérés, et pas « quiconque fait des discours à gauche, à droite ».

    Un programme pour l’avenir

    Les présidents parlementaires souhaitent aussi avoir leur mot à dire dans le programme du prochain mandat. « En se fondant sur les résultats des élections européennes, les groupes politiques du Parlement européen participeront à un débat stratégique, transparent et démocratique afin de préparer le mandat de la prochaine Commission européenne », indiquent-ils dans leur déclaration. Le résultat de ce débat servira de base pour les négociations avec le Conseil sur la nomination du prochain président de la Commission.

    Le PPE est toujours le groupe qui a remporté le plus de sièges, mais les lourdes pertes qu’il a subies limitent son influence. Son candidat, Manfred Weber, s’est dit « ouvert au compromis ». L’actuel président de l’assemblée, Antonio Tajani, également PPE, a déclaré que même si son groupe avait remporté l’élection, « en tant que président, je soutiendrai le candidat de la majorité du Parlement ».

    Udo Bullmann, qui dirige le groupe socialiste, a assuré que les membres du S&D défendraient leur candidat, Frans Timmermans, déjà membre de la Commission et qui pourrait récolter un large soutien. Il a confirmé que les socialistes étaient prêts à négocier avec « toutes les forces prodémocratiques et pro-européennes », n’excluant pas le PPE.

    Un article publié sur le site de notre partenaire

     

  • Les enfants Daesch de la République Française

    Des dizaines de françaises, anciennes épouses de djihadistes français ou non, et leurs enfants français nés de parents partis faire le djihad sont encore dans des camps en Syrie. Leurs familles, en métropole, se battent pour un rapatriement de tous les enfants, face à un gouvernement peu pressé de les accueillir.

    Au mois de décembre dernier, les paroles d’Aïcha* peinaient à se frayer un chemin à travers sa gorge serrée par l’angoisse. Sa fille, Léna, qui avait rejoint Daech en 2014, se trouvait dans l’est de la Syrie, dans le réduit du califat bombardé jour et nuit par la coalition internationale. Dans un message envoyé par Internet, Léna avait commencé à préparer sa mère au pire : « Il vaut mieux que tu penses que nous ne reviendrons pas, je ne sais pas si on va en réchapper. » Puis plus rien. Un long silence. Terrifiant. Deux mois plus tard, la vie irrigue à nouveau la voix d’Aïcha. Elle vient d’apprendre que Léna et ses enfants, de 4 et 2 ans, étaient sains et saufs. Début février, la jeune femme a fui Baghouz, le dernier village tenu par les djihadistes. Pendant des heures, elle a marché dans le désert avec Sofia et Mehdi, claquettes aux pieds. Après une nuit glaciale dans des couvertures mouillées, l’équipée a été arrêtée par les forces kurdes et transférée dans un camp. « Ils sont sortis de l’enfer, je n’arrive pas à réaliser », résume Aïcha. Sur son téléphone, ses yeux de grand-mère attendrie couvent la photo d’une fillette aux boucles rebelles et d’un garçon à l’air taquin. Ils sont nés en Syrie. Elle ne les a jamais vus. Le soulagement de les savoir à l’abri est venu s’ajouter à l’immense espoir de les accueillir en France. Mais il y a trois semaines, le président de la République a finalement déclaré que « contrairement » à ce qu’il avait « pu lire ou entendre, il n’y [avait] pas de programme de retour des djihadistes ». Et à l’heure actuelle, selon nos informations, il n’y a plus non plus de programme spécifique pour accueillir leurs enfants, même très petits, sur le territoire français. Les proches pourraient tout au plus espérer un traitement au cas par cas. Pourtant, fin janvier, le gouvernement avait annoncé que des combattants de Daech et leurs familles détenus dans les zones syriennes administrées par les Kurdes allaient être rapatriés en France. Officiellement, ce revirement des autorités françaises faisait suite à la décision inattendue du président Donald Trump de retirer ses troupes du terrain irako-syrien au printemps. La fin de la présence américaine faisant craindre une dispersion dans la nature d’individus potentiellement dangereux. En fait, le site d’actualité Mediapart a révélé que les ministères concernés planchaient dans le plus grand secret depuis l’automne sur un scénario de retour. Les administrations en charge de l’enfance étaient mobilisées. Le chiffre de 80 à 90 enfants, dont des orphelins, a été évoqué. Comme l’a précisé la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, les trois quarts « ont moins de 7 ans ».

    Gérard sait bien que son fils, Florent, et son épouse ne sont pas près de retrouver la liberté. Le jeune homme faisait partie de l’équipe de propagande de Daech. Il trouve normal qu’ils répondent de leurs actes devant la justice. Ce grand-père, qui vit dans un petit village du Sud-Ouest, se concentre sur le sort de ses petits-enfants de 6, 5, 4 et 2 ans : « Eux ne sont responsables de rien, ils sont innocents. » Ils se trouvent actuellement dans le camp kurde d’Al-Hol. Extrêmement affaiblis par des semaines de repas à base d’herbe bouillie dans la dernière poche de l’État islamique (EI), ils ont dû être pris en charge médicalement à leur arrivée, il y a un mois.

    Ces dernières années, la grande majorité des petits « revenants » est entrée en France avec un parent qui a agi par ses propres moyens. À leur arrivée, ces enfants suivent un parcours désormais standardisé. Leur mère ou leur père sont incarcérés dès leur arrivée sur le territoire national. Après un diagnostic de santé complet, les petits sont placés dans un foyer de l’Aide sociale à l’enfance ou dans une famille. Dans un second temps, si les conditions le permettent, leurs grands-parents ou des oncles et tantes peuvent les accueillir. Gérard a déjà tout planifié pour les siens. Balades en forêt, plage, montagne, psychologue… « Ils n’ont jamais vu de décapitation ou de mort, leur mère les en a toujours protégés, mais ils sont traumatisés par les bombardements. La plus grande répète qu’elle veut aller chez son papy et sa mamie », explique-t-il.

    Deux Français sur trois, s’opposent au retour de ces enfants. Ils concentrent, bien malgré eux, les peurs et les colères suscitées par les crimes des djihadistes.

    Chaque soir, après son travail, Julia s’abîme les yeux devant les vidéos de djihadistes et de civils qui sortent du dernier réduit de l’EI. Elle scrute le moindre indice qui lui permettrait de reconnaître sa  sœur Sarah et Melissa, sa nièce de 10 ans. « Évidemment, avec la burqa, ce n’est pas évident », rigole-t-elle. Mais la jeune femme a le cœur lourd : « À l’heure où je vous parle, sont-elles encore en vie ? » Les polémiques en France sur le sort des enfants la mettent en colère. « Arrêtons de jouer avec les peurs, tempête-t-elle. À en croire certains, les mères ont à peine accouché qu’elles mettent une kalachnikov dans les mains de leur bébé. » Deux Français sur trois, selon un sondage Odoxa-Dentsu Consulting, s’opposent au retour de ces enfants. Partis de France avec leurs parents ou nés sur place, ils concentrent, bien malgré eux, les peurs et les colères suscitées par les crimes des djihadistes. Les vidéos de propagande d’enfants soldats, les « lionceaux du califat », entraînés au combat ou commettant des exactions pour certains, ont également marqué les esprits.

    En janvier 2015, dix jours après l’attaque contre le journal « Charlie Hebdo », Sofiane, 17 ans, a laissé un mot d’adieu à sa famille. Au lieu de partir au lycée, il a fermé la porte de l’appartement pour rejoindre le « Shaam cette terre bénie par Allah » ainsi qu’il l’expliquait dans une orthographe chaotique : « J’ai rejoins l’État islamique, un état qui ne juge que par la charia, qui suit la voix des salafs […] ne croyer pas qu’on m’a lavé le cerveau, j’ai appris ma religion, j’ai vue les hadith pour le Shaam, je suis grand, j’ai réfléchi longtemps et le mieux pour moi est de faire la hijra. » Il aurait été fait prisonnier il y a un an, par une des parties belligérantes du côté de Deir ez-Zor, dans l’est de la Syrie. C’est là que Carmela Derrou, sa mère, a perdu sa trace. Dans dix jours, elle a rendez-vous à la Croix-Rouge. L’organisation humanitaire tente, dans la zone irako-syrienne, de repérer les personnes portées disparues. Livret de famille, photos… Elle doit apporter tout document qui pourrait aider à son identification. Pour la femme de Sofiane, partie alors qu’elle n’avait que 15 ans, et sa petite-fille née à Mossoul, ce n’est plus la peine. Carmela vient d’apprendre qu’elles avaient trouvé la mort dans un bombardement de la coalition le 5 décembre : « J’avais peur qu’elles souffrent, je me dis qu’elles n’en ont pas eu le temps. » De toute façon, elle ne s’attendait pas à un miracle : « Beaucoup d’enfants risquent de mourir de faim, de froid ou de maladie. Si la France se décide enfin à les rapatrier, il n’en restera plus beaucoup. » Le collectif Familles unies, qui rassemble des proches de djihadistes, remue ciel et terre pour sensibiliser les pouvoirs publics sur les conditions sanitaires catastrophiques dans lesquelles survivent ces tout-petits dans les camps. « Nous sommes les premiers concernés et n’avons aucune information, s’indigne la porte-parole du mouvement, Véronique Roy. Nous sommes traités comme la peste. » Le collectif a sollicité des audiences auprès des ministres et du président de la République. « Nous n’avons essuyé que des refus. Quel est le but ? Qu’ils meurent tous ? » s’insurge cette mère, dont le fils est mort en Irak en 2016 dans une opération kamikaze.

    « Ces enfants sont français, ils n’ont pas demandé à naître dans le califat. Ce sont des victimes. Leur place est en France. »

    Deux grands-mères tentent de « récupérer la chair de leur chair », une petite fille de 4 ans et un garçonnet de 2 ans et demi, orphelins de père et de mère. Le Comité international de la Croix-Rouge les a localisés dans le camp de Roj en zone kurde il y a plus d’un an et a certifié leur identité. Pour Samia Maktouf, l’avocate des familles, la situation de ces petits Français est limpide. « Obligation incombe à un État d’aller chercher ses ressortissants, d’autant plus s’il s’agit de mineurs. En ne le faisant pas, la France porte une atteinte grave à leurs libertés fondamentales. » Selon la Convention relative aux droits de l’enfant, ratifiée par la France en 1990, « les États parties s’engagent à assurer à l’enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être […] et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées ». En février 2018, le Quai d’Orsay avait assuré aux deux familles une exfiltration rapide, assure l’avocate. Mais le permis de libre circulation, indispensable en l’absence d’état civil et qui lance le processus, n’a toujours pas été délivré. Elle a donc déposé un référé, en janvier. Le tribunal administratif de Paris l’a rejeté, au motif que la demande ne présentait pas un caractère d’urgence. « Leur dégradation physique se voit à l’œil nu sur les photos. C’est triste à dire, mais ils sont en moins bonne santé que lorsqu’ils étaient dans l’État islamique, décrit-elle. Ils sont français, ils n’ont pas demandé à naître dans le califat. Ce sont des victimes. Leur place est en France. Ces deux enfants sont récupérables, nous pouvons les imprégner des valeurs de la République. » Un espoir que ne partagent pas tous les experts. Ayant peu de recul, les psychologues eux-mêmes peinent à se prononcer sur l’évolution de ces petits. Une chose est certaine, plus le temps passe, plus les séquelles seront importantes. Sans parler des risques inhérents à la vie des camps. S’il leur arrivait malheur, « l’État serait fautif », estime Me Maktouf. Pour tenter d’obtenir leur exfiltration, elle s’apprête donc à déposer un recours contre l’État devant le tribunal administratif pour « non-assistance ».

    La volte-face de l’État sur le rapatriement généralisé des enfants, tel qu’il avait été annoncé en début d’année, a plongé les familles dans un désarroi immense. « Sur quel terrain débat-on ? Sur celui du droit ou de la politique ? Notre pays passe son temps à faire la leçon au monde entier, mais il n’est pas capable d’appliquer ses propres principes. Non seulement la France perd sa crédibilité mais elle fait le jeu des terroristes », se désespère Amine Elbahi. Cet étudiant en droit vient juste d’apprendre que sa soeur était sortie vivante avec ses deux enfants de Baghouz, pris sous un déluge de feu de la coalition internationale. La jeune femme avait rallié l’État islamique en 2014. En novembre, à Lyon, elle a été condamnée par contumace à trente ans de prison, dans le procès de la filière djihadiste Bekhaled. Depuis des mois, Lydia cherchait à fuir, raconte son frère. « Ça va être un bras de fer mais je me battrai jusqu’au bout pour que les enfants soient rapatriés. » Ce Roubaisien fait partie d’un ensemble de familles au nom desquelles les avocats William Bourdon, Martin Pradel et Marie Dosé ont porté plainte contre la France devant le Comité des droits de l’enfant de l’Onu, fin février. Ils attaquent l’État pour « inaction » concernant les enfants français dans les camps sous contrôle kurde en Syrie. L’assaut final contre Baghouz, dernier lambeau du califat, a provoqué des milliers d’arrivées dans les camps ces derniers jours. Rendant la situation sanitaire de plus en plus précaire.

    Chez Gérard, la vie s’était arrêtée en 2014 avec le départ de son fils. Avec l’espoir d’un rapatriement, elle s’était remise à battre doucement. Comme toutes les grands-mères, son épouse s’est mise à acheter des vêtements pour ses petits-enfants. Ils ont besoin de tout, « n’ont même pas de chaussures ». Des poupées de chiffon et des petites voitures en bois patientent dans des tiroirs. À la retraite, Gérard est prêt à replonger dans les couches, les purées de légumes, les cartables et les devoirs : « Je n’attends que ça. » Ses deux derniers fils s’apprêtent à quitter le nid familial, cela tombe à pic. Deux chambres se libèrent. Il tremble désormais qu’elles ne restent vides.

    * Lorsque le prénom n’est pas suivi du nom de famille, il a été modifié.

    Combien sont-ils ?

    Officiellement, 84 enfants français sont revenus des territoires tenus par l’État islamique depuis 2014. Combien se trouvent encore sur place ? L’évaluation n’est pas aisée. Il y a un an, selon les données de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), 700 adultes étaient présents dans la zone syro-irakienne. De 500 à 600 enfants de djihadistes français étaient recensés. Mais ces estimations doivent être revues à la baisse. Beaucoup sont certainement morts, les bombardements de l’opération Roundup, lancée en mai dernier par la coalition internationale dans l’est de la Syrie pour venir à bout des dernières positions de Daech, ont causé des pertes très élevées parmi les civils. D’autres, pris en charge par des familles syriennes ou d’une autre nationalité, ne sont pas identifiés et ne le seront peut-être jamais. Plusieurs dizaines d’enfants sont actuellement retenus, parfois depuis des mois, dans les camps sous administration kurde dans le nord et l’est de la Syrie.

  • Pas de déduction fiscale sur les revenus français pour les dons « Notre Dame » des FdE

    Jacky Deromedi avait déposé un amendement, cosigné par de ses 41 collègues, relatif à la déduction fiscale sur un éventuel don pour le Projet de Rénovation de Notre Dame de Paris. Il fut rejeté ce mardi 28 Mai 2019 par ses collègues.

    Il visait à étendre le dispositif de réduction d’impôts sur le revenu pour les dons réalisés au profit de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris aux compatriotes domiciliés à l’étranger ayant des revenus de source française imposables en France.

    Ce ne sont pas des exilés fiscaux comme on veut le faire croire trop souvent ! – Jacky Deromedi (Sénateur LR les Français de l’Etranger)

    En effet, les Français de l’Etranger ne peuvent bénéficier d’aucune déduction lorsqu’ils font des dons parce qu’ils auraient une obligation fiscale limitée. Pour faire simple, le fait que l’imposition soit limitée par les dispositions européennes ou les conventions fiscales avec le pays de résidence, exclue le citoyen concerné de la quasi-totalité des déductions fiscales en France. 

    Le plus grand nombre d’entre eux s’acquittent donc d’impôts avec une retenue à la source entre 27 et 47%. La notion de « fiscalité aux obligations limitées »  est donc à géométrie variable du côté de Bercy.

    Ces impôts font participer, les Français de l’Etranger au financement du budget français et à la protection sociale française alors qu’ils n’en bénéficient pas. Comme le souligne Jacky Deromedi dans un post sur les réseaux sociaux suite au rejet de son amendement « Ce ne sont pas des exilés fiscaux comme on veut le faire croire trop souvent ! ».

    Il est dommage que ces collègues n’aient pas retenu le dispositif dérogatoire prévu par cet amendement qui voulait simplement faciliter la participation de tous les Français à cet engagement national. Ils ont peut-être eu peur de faire un précédent conduisant, éventuellement,  petit à petit aux Français de l’Etranger à demander l’élargissement des possibilités de déduction. De là, à dire, qu’ils voient le mal partout ! ?

    On retiendra que la discussion de cet amendement a permis d’attirer l’attention sur la discrimination constante entre Français résidant en France et Français résidant à l’Etranger.

  • 5G -Pré 5G ! Etat des lieux du déploiement mondial

    83 pays sont en train de déployer ou ont déjà commercialisé la « pré-5G ». L’Europe est à la traine et La France, elle, vient encore de repousser de six mois l’attribution des fréquences.

    Si la standardisation de la 5G ne sera pas achevée avant 2020, opérateurs et constructeurs de smartphones ont déjà commencé à attaquer ce marché. Le GSA (Global Mobile Suppliers Association) a identifié dans son dernier rapport 201 opérateurs dans 83 pays expérimentant, déployant ou commercialisant de la pré-5G contre 154 opérateurs recensés au mois d’août dernier.

    Les pays où des opérateurs vont lancer de la FWA, de la 5G avec un usage d'Internet fixe.
    GSA/January report – Les pays où des opérateurs vont lancer de la FWA, de la 5G avec un usage d’Internet fixe.

    Les Américains et la Corée en tête

    11 opérateurs ont lancé la 5G en service limité, qu’il s’agisse d’un usage mobile ou fixe. Il s’agit de : AT&T (Etats-Unis), Elisa (Finlande et Estonie), Etisalat (Emirats arabes unis), Fastweb et TIM (Italie sur les sites de Matera et Bari mais pour des partenaires uniquement), LG Uplus (Corée du Sud), KT (Corée du Sud), Ooredoo (Qatar), SK Telecom (Corée du Sud), Verizon (EU) et Vodacom (Lesotho). Globalement, on note une prédominance des Américains et des Coréens.

    Le calendrier commercial des pays qui vont lancer un service 5G.
    GSA/January Report – Le calendrier commercial des pays qui vont lancer un service 5G.

    Les attributions de fréquences en 2020

    Ces services sont toutefois limités géographiquement, touchent très peu de clients et n’offrent pas la possibilité de se connecter directement avec un smartphone du commerce. Il s’agit soit d’un accès public à un réseau Wi-Fi pour un usage mobile, soit de FWA (Fixed Wireless Access) permettant de se connecter chez soi au réseau mobile pour sa connexion fixe afin de pallier l’absence de fibre optique. Le GSA souligne également que certains acteurs n’ont pas adop;té les standards déjà définis par le 3GPP. C’est le cas de Verizon qui a développé sa propre solution. Elle pourra être mise à jour dans le futur. Sept autres opérateurs mobiles ont déclaré avoir activé des stations de base 5G, sans avoir l’intention d’ouvrir immédiatement des services commerciaux.

    En France, il n’est pas question de lancer la 5G avant 2020. Dans la torpeur d’un grand débat national poussif, les Français, eux, ont été classés en deux catégories par le gouvernement : dans les zones denses la 5G, ailleurs la 4G (SIC) Mais le calendrier a pris six mois de retard. La secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Economie et des finances Agnès Pannier-Runacher a déclaré en janvier lors des vœux de l’Arcep que les attributions des fréquences se feraient début 2020 pour un déploiement dans la foulée afin d’assurer, au plus vite, le confort des métropoles et de leurs populations hyperconnectées, hyperéduquées et tournée vers les services, clientèle captive d’un monde inventé par d’autres –  par les GAFAM, les BATX et les prochaines licornes américaines ou asiatiques pour les objets connectés mais aussi par le chinois Huawei pour la fourniture du déploiement de la 5G. Acteur majeur du nouveau marché de la 5G, Huawei est accusé par Donald Trump d’espionnage au profit des chinois.

    Les déboires américains auront t ils un impact sur la 5G dans le monde ?

    Le timing de cette décision interpelle. La semaine dernière, les États-Unis ont décidé de bloquer l’accès de Huawei aux technologies américaines. Ce très rude coup porté au géant chinois des équipements télécoms et des smartphones est intervenu à un moment clé. Malgré un très fort lobbying de Washington pour forcer l’Europe à chasser, comme lui, Huawei des réseaux 5G, plusieurs pays – dont la France, l’Allemagne, et surtout le Royaume-Uni, allié traditionnel du pays de l’Oncle Sam – ont décidé de ne pas s’aligner sur les États-Unis. Leurs opérateurs télécoms devraient donc, sous certaines conditions, pouvoir recourir aux équipements de Huawei pour déployer la prochaine génération de communication mobile.

    Mais, dans le contexte actuel, vont-ils toquer à la porte du groupe chinois ? Même si Huawei est un incontestable leader dans la 5G, les opérateurs peuvent craindre que ses déboires avec les États-Unis mettent en péril son activité. Dans ce cas, les opérateurs européens pourraient massivement privilégier ses concurrents, en particulier Ericsson et Nokia. Cette perspective, bien sombre pour le groupe chinois, n’est pas à écarter. Selon plusieurs experts, c’est la survie même de Huawei qui est désormais en jeu. Le cabinet Eurasia Group juge qu’« en cas de coupure totale de l’accès à la technologie américaine », le dragon chinois « ne survivrait probablement pas sous sa forme actuelle ».

    Huawei honorera-t-il ses contrats ?

    Outre ses problèmes dans les smartphones (Google a coupé les ponts avec Huawei en le privant d’Android, son système d’exploitation, ce qui pourrait plomber ses ventes de terminaux à l’international), le groupe chinois est aussi en danger dans les équipements télécoms. Les fabricants américains de semi-conducteurs, comme Qualcomm, ont annoncé l’arrêt des livraisons au géant de l’Empire du Milieu. Un problème pour Huawei, qui va devoir trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. L’année dernière, ZTE, un autre équipementier télécoms chinois, a lui aussi été confronté à une interdiction d’acheter des composants électroniques américains. Il en avait payé le prix fort : il a été contraint d’interrompre un temps ses activités, et a aussi perdu des clients. En décembre dernier, ZTE a vu son plus important contrat en Allemagne, avec Telefonica Deutschland, s’envoler.

    Pour éviter un même effet domino dévastateur, Huawei a indiqué qu’il avait pris des mesures pour ne pas manquer de semi-conducteurs. Le groupe affirme disposer d’un an de stock. Conscient que certains opérateurs s’interrogent sur sa capacité à faire face à leurs commandes, le groupe s’est voulu rassurant. Ce mardi, Abraham Liu, le représentant de l’équipementier à l’Union européenne, a joué les pompiers. A l’en croire, Huawei dispose « de toutes les capacités nécessaires pour honorer ses contrats en cours, tout comme ceux à venir ». « Il n’y aura aucun retard sur la 5G », a-t-il renchéri. Avant de bomber le torse : « Nous sommes à pleine charge. »

    L’Europe redoute un retard dans la 5G

    Reste que si les opérateurs européens devaient massivement tourner le dos à Huawei pour des raisons économiques ou de sécurité nationale, ce n’est pas seulement ce dernier qui en pâtirait. Mais aussi, plus globalement, le Vieux Continent, qui pourrait prendre du retard dans la 5G. Dans une note confidentielle citée il y a quelques mois par l’agence américaine Bloomberg, Deutsche Telekom, l’opérateur historique allemand et numéro un européen des télécoms, a tiré la sonnette d’alarme. Selon ses dirigeants, sans Huawei, l’Europe pourrait perdre un à deux ans dans le déploiement de la 5G.

    En outre, un Huawei en grande difficulté ne ferait pas, c’est peu dire, les affaires de la Chine. Si son champion des équipements télécoms était trop affaibli, le pays pourrait lui-aussi prendre du retard dans la 5G. Ce serait un véritable camouflet pour la Chine, engagée dans une féroce bataille avec les États-Unis pour être le premier pays à disposer de la prochaine génération de communication mobile. Laquelle est perçue comme un catalyseur économique essentiel dans les années à venir.

     

  • Comment Macron tente de remodeler la mécanique européenne

    Un programme puis des candidats pour l’appliquer, plutôt que l’inverse. Le président français veut changer la méthode européenne pour forger un exécutif le plus solide possible.

    A Bruxelles, mardi 28 mai, alors que les 28 chefs d’Etat et de gouvernement se réunissaient pour faire le point après les élections, le président français a continué sa stratégie de coup de pied dans la fourmilière.

    «  Ces élections marquent une nouvelle étape pour l’Europe, on ne va pas faire comme si rien n’avait changé !» a indiqué le chef d’Etat, insistant sur la hausse de la participation, l’espoir des jeunes et le besoin d’agir rapidement sur plusieurs sujets : changement climatique, questions sociales et innovation, et Europe de la défense.

    Réuni à la demande de la France, ce Conseil extraordinaire avait été minutieusement préparé à Paris.

    Pour la première fois, plusieurs chefs d’Etat sont arrivés au Conseil en débitant les mêmes éléments de langage, visiblement briefés par Emmanuel Macron : « l’important n’est pas de trouver un candidat , mais un programme » ont ainsi assuré Charles Michel, Mark Rutte, Pedro Sanchez, Antonio Costa mais aussi Emmanuel Macron et aussi dans une moindre mesure le luxembourgeois Xavier Bettel et Antonio Tsipras, qui ont pris plus de liberté avec le script initial.

    Cette alliance inédite est bien sûre destinée à mettre au pouvoir non pas Manfred Weber, le candidat de droite PPE qu’aucun de ces chefs d’Etat ne souhaite voir prendre la Commission. Selon Macron, le candidat idéal aura de expérience et crédibilité, et incarnera le renouvellement et les changements dans la politique européenne.

    Cette stratégie s’est heurtée aux tenants de la droite classique, mais aussi à Angela Merkel, qui a dit qu’elle continuait à soutenir le système des Spitzenkandidaten. Elle est de plus en plus seule à le faire : le Parlement européen réuni dans la matinée avait échoué à se prononcer pour le mécanisme, rappelant simplement son souhait de voir un candidat qui a affiché un programme et fait campagne.

    Les autres Spitzenkandidaten ne se sont pas exprimé pour le gagnant théorique, soit Mandfred Weber, qui a obtenu le plus de sièges. En 2014, Martin Schulz avait au contraire apporté son soutien à Juncker dès le dimanche soir.

    A Paris, le mécanisme est pourtant mort et enterré, les arguments de Macron ayant fini par porter.

    « Le système des Spitzenkandidaten est une farce : c’est de la particratie plutôt que de la démocratie. Ca favorise forcément l’un des deux plus grands partis du Parlement européen, qui sont dominés par des Allemands » souligne le géopoliticien et professeur de sciences politiques Zaki Laïdi.

    « Nous avons acté qu’il n’y avait pas d’automaticité des Spitzenkandidaten » s’est simplement réjoui le président français, donnant le coup final au processus.

    Paris veut une Commission forte, contrairement à l’Allemagne

    En filigrane, le président a aussi dénoncé « ceux qui ne veulent pas de candidats à la président de la Commission qui puissent leur faire de l’ombre », visant clairement Angela Merkel dont le pays a toujours soutenu des candidats moyens pour éviter que l’exécutif européen ne prenne trop de place.

    Une erreur de traduction en français a entraîné de vives réactions sur l’état des relations entre la France et l’Allemagne. Les deux chefs d’Etat s’opposent notamment sur la tête de la future Commission européenne. (voir notre article FRITURE SUR LIGNE )

    « C’est le plus gros exécutif européen, il faut qu’il prenne toute sa part, il faut un pouvoir fort » a au contraire affirmé Emmanuel Macron en appelant de ses voeux un/e président de a Commission européenne « qui porte une Europe qui soit la plus forte possible ». Selon lui, la clé serait un ou une candidate le plus charismatique et compétent possible.

    Il a surtout rappelé que le principal atout du candidat sera de rassembler la majorité autour d’elle ou lui. Un argument subtil : à l’exception de Michel Barnier, qui n’a certes pas officiellement fait campagne mais vient de passer les deux dernières années à voyager dans toutes les capitales européennes pour associer les 27 à son projet d’accord pour le Brexit, aucun candidat ne fait consensus.

    Et si faire l’unanimité au Conseil européen peut sembler compliqué, ce n’est rien par rapport au Parlement européen où les 751 eurodéputés obéissent tous à des logiques très différentes.

    Pour Pierre Vimont, ancien ambassadeur de France auprès de l’UE, qui participait mardi à une discussion au think-tank ECFR, « le nouveau Parlement risque d’être compliqué à gérer, voire bloqué » en raison de la fragmentation des forces politiques, et du manque de majorité, qui nécessitera d’imaginer un programme de coalition pour trouver des bases communes.

    « Le programme de coalition est en train de devenir une réalité de la politique européenne ; notamment pour résister à la poussée de l’extreme-droite, trouver des accords sur un programme, va devenir essentiel » assure le diplomate. Les semaines qui s’ouvrent s’annoncent mouvementées.

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  • Renault-Fiat Chrysler – Fusion en vue ! Quid de Nissan ?

    Après un premier semestre de rumeurs, de négociations, les groupes Renault et Fiat Chrysler Automobile (FCA) s’apprête à annoncer leur fusion! Un tel scénario serait un véritable séisme dans le paysage automobile mondial.

    La nouvelle entité, si on intègre Nissan et Mitsubishi qui sont alliés à Renault par le truchement de participations, pèserait pas moins de 15 millions de voitures, soit moitié plus que son deuxième concurrent (groupe Volkswagen). La nouvelle entité compterait également pas moins de 15 marques de voitures réparties dans le monde entier.

    Pour FCA, cette fusion est l’aboutissement du rêve du PDG historique du groupe italien, Sergio Marchionne, décédé il y a tout juste un an. L’Italien avait tout fait pour adosser le constructeur italien à un grand groupe automobile.

    Un effet de taille considérable

    Pour Renault, c’est l’opportunité d’accéder à un effet de taille considérable, au point de supplanter Nissan qui se targuait jusqu’ici d’être plus gros que son actionnaire principal et d’exiger un rééquilibrage de l’Alliance. Pour le groupe automobile français, c’est aussi un accès au marché américain réputé extrêmement verrouillé, puisque FCA y possède Chrysler, Dodge ou encore RAM.

    Mais les enjeux d’une telle fusion sont immenses, et les risques qu’elle échoue ne le sont pas moins. D’abord, la fusion Renault et FCA devra s’affranchir de considérations politiques majeures. En France, l’État devra accepter de ne plus être l’actionnaire majoritaire de ce fleuron industriel pour lequel il n’a jamais voulu lâcher la bride. Côté italien, le gouvernement pourrait voir ce projet d’un bon œil puisque, d’après les informations divulguées par la presse, la famille Agnelli pourrait devenir le premier actionnaire de l’ensemble, mais il freinera des quatre fers dès qu’il s’agira de restructurations. Le gouvernement italien n’a d’ailleurs pas exclu d’entrer dans le capital du nouvel ensemble.

    Car le groupe Fiat est en grandes difficultés industrielles et souffre d’une incroyable et très handicapante panne stratégique. Dans un contexte de ralentissement économique, le groupe est très mal placé avec ses gammes vieillissantes et son manque d’investissement chronique en technologies.

    Jeep, le joyau de FCA

    Le seul joyau que pourrait trouver Renault chez Fiat s’appelle Jeep. Le spécialiste des 4X4 est la seule marque à disposer d’une gamme bien positionnée sur les segments les plus dynamiques. Toutes les autres, de Fiat à Alfa Romeo, en passant par Chrysler et même Maserati souffrent d’une absence de plan produit, et d’un déficit de positionnement de marque. Il faudrait investir des dizaines de milliards d’euros pour les relancer. Sauf que FCA pourrait bien manquer de cash s’il doit s’acquitter des très lourdes sanctions pécuniaires qui l’attendent en vertu des objectifs de CO2 de 2020. Cette directive européenne sonne comme un véritable compte à rebours pour ce groupe qui ne dispose d’aucune gamme électrifiée (celles-ci doivent arriver en fin d’année au mieux, courant 2020 au pire). Enfin, FCA court un risque de compétitivité majeur avec le développement fulgurant de la Digital Factory ou Industrie 4.0. Là encore, les investissements nécessaires sont conséquents.

    Autrement dit, FCA est connu pour être l’enfant malade de l’industrie automobile mondiale, et certains constructeurs se délectaient même à l’idée de se partager les morceaux en cas de démantèlement, pour les plus belles pépites. Aucun doute par exemple que Carlos Tavares (groupe PSA) lorgnait sur une des marques américaines qui lui aurait permis de s’installer sur le deuxième marché automobile du monde.

    Le volume, vestige de la stratégie de Ghosn

    Pour Renault, la fusion avec FCA pourrait ne répondre qu’à une seule et même logique, celle qui a toujours prévalu sous l’ère Ghosn: l’effet de taille. Le constructeur automobile français est obsédé par les synergies et, manifestement, celles engrangées (près de 5 milliards d’euros par an) avec Nissan ne lui suffisent plus.

    En réalité, cette stratégie pourrait bien être celle de la fuite en avant d’un groupe incapable de fonder sa rentabilité sur d’autres leviers comme le pricing power (soit la capacité à défendre des prix). En dix ans, les segments supérieurs de Renault ont perdu du terrain au profit de l’entrée de gamme. Ainsi, la part des ventes de la marque Renault dans le total du groupe est passé de 87% en 2008 à 64% en 2018. Le reste de la dynamique de croissance a surtout été le fait des marques Dacia et Lada, réputées plutôt low-cost. D’ailleurs, les ventes de la seule marque au losange n’ont que très peu progressé sur cette période, passant de 2,4 millions d’immatriculations à 2,5 millions. En outre, les Espace et Talisman, qui fournissaient jadis l’essentiel des profits du français, ont été des fiasco commerciaux. Quant au Kadjar, le SUV compact de la marque, il s’est bien vendu mais deux fois moins que son concurrent direct, le Peugeot 3008. Les synergies industrielles sont donc la dernière solution pour le groupe automobile de dégager des profits.

    Mais cette stratégie d’effets d’échelle n’est pas la plus efficace. A titre de comparaison, le groupe PSA, du haut de son « petit » 4 millions d’immatriculations, a dégagé en 2018 une marge opérationnelle deux points au-dessus de celle de Renault. Chez Toyota, cela fait dix ans que l’on a abandonné la taille comme point d’horizon stratégique. Après un défaut qualité qui lui a valu un coûteux scandale aux États-Unis, Akio Toyoda, PDG du groupe, avait estimé que cette course à la taille les avait détournés de certaines exigences en termes de qualité. Chez Volkswagen, les dirigeants ont abouti à la même conclusion après l’affaire des moteurs truqués où les ingénieurs étaient prêts à faire n’importe quoi pour vendre des voitures. Et, d’ailleurs, Nissan fait exactement la même analyse. Lors de la publication de ses résultats annuels, Hiroto Saikawa, entre deux salves à l’endroit de son prédécesseur Carlos Ghosn, a fustigé cette politique dite du volume qui aurait conduit à négliger une stratégie de gamme plus dynamique, tout en privilégiant des canaux de distribution peu rentables.

    Nissan, le grand oublié ?

    En parlant de Nissan, le constructeur japonais pourrait bien être le grand oublié de l’affaire. La nouvelle entité rétablirait le rapport de force côté Renault, mais également le point de gravité de l’Alliance qui s’était déplacée au Japon après le rachat de Mitsubishi par Nissan en 2017. En outre, Renault-FCA hériterait de la même participation de 43% dans Nissan, tandis que la participation inverse de 15% serait diluée à 7,5% du nouvel ensemble.

    D’ailleurs, l’ensemble des observateurs était plutôt d’accord, lundi matin, pour affirmer que le projet de fusion de Renault et FCA est la conséquence du refus de Nissan de s’engager sur une telle voie. Mais, pour certains, en cas de fusion avec Fiat, l’Alliance sera nécessairement impactée voire même menacée.

    « Seront-ils capables de consacrer autant d’énergie et d’hommes à cette fusion, qu’à la poursuite de l’Alliance avec Nissan? », s’interroge Bernard Jullien, maître de conférence à l’université de Bordeaux et spécialiste de l’industrie automobile. Il rappelle que « Chrysler est un actif très difficile à digérer comme l’a montré le rapprochement avec Daimler au début des années 2000, mais également aujourd’hui avec des relations compliquées entre Turin et Détroit ».

    Pour Bernard Jullien, Renault prend le risque de « se disperser au profit d’un projet de fusion qui prendra au moins dix ans, sans être assuré du résultat, alors que la priorité devrait être le rapprochement avec Nissan ». Et de conclure: « Renault a moins à gagner avec FCA dont les fondamentaux sont très fragiles, qu’avec Nissan ». Autrement dit, le risque est une rupture de l’Alliance avec Nissan qui, vingt après, fonctionnait à peu près bien malgré ses défauts et ses foyers d’amélioration.

    Critique sur les termes du deal

    Cette rupture stratégique, Renault la doit à Jean-Dominique Senard qui aura réussi l’exploit de monter un tel projet moins de trois mois après son arrivée à la présidence du groupe. Pour beaucoup, l’ancien patron de Michelin a été mandaté par l’Etat français pour donner à Renault une nouvelle envergure industrielle à Renault, à travers une fusion. « Précipité », persifle un analyste du secteur qui fustige le choix de FCA, un groupe qui cherche désespérément à s’allier depuis très longtemps.

    Mais les critiques surgissent déjà sur les termes du deal, notamment sur l’aspect 50/50. Si FCA est mieux valorisé en Bourse (19 milliards contre 17 milliards pour le français), il reste néanmoins lesté de problèmes structurels très importants, là où Renault reste une entreprise rentable, restructurée, avec une stratégie de gamme bien plus avancée.

    Les marchés, eux, ont d’ores et déjà applaudi le projet de fusion

    La famille Agnelli recevrait un dividende exceptionnel pour pallier l’écart de valeur, mais il reviendra à Renault d’apporter des réponses technologiques à FCA (Renault est leader en Europe des voitures électriques et bien placé au niveau mondial), et ses efforts de productivité et de rentabilité seront dilués dans une structure qui devra immanquablement se restructurer et investir des fortunes… Autrement dit, l’entreprise italienne et ses actionnaires hériteraient à peu de frais d’un groupe en bonne santé, tandis que le groupe français va se retrouver avec des problèmes structurels qui ne sont pas les siens.

    Les marchés, eux, ont d’ores et déjà applaudi le projet de fusion. Le titre Renault a flambé de plus de 12% tandis que l’action Fiat a grimpé de 8% environ. le conseil d’administration de Renault, réuni lundi 27 mai au matin, n’a pas donné son accord au projet de fusion et s’est contenté de répondre qu’il allait « étudier » la proposition de FCA, et promis une réponse la semaine prochaine.

  • Le gros dossier de la mandature européenne : Ecologie et Agriculture

    À peine élus, les eurodéputés ont déjà quelques dossiers sur le feu en matière d’environnement. Au menu, qualité de l’eau, qualité de l’air et politique agricole commune.

    Le 26 mai 2019, les nouveaux eurodéputés ont été élus pour un mandat de 5 ans. Les partis verts se sont démarqués lors de ce scrutin (9% du Parlement européen). La mandature qui débute s’annonce plus ouverte que la précédente.

    «Sachant que libéraux et verts sont plus présents, peut-être que la Commissions européenne sera plus orientée vers l’écologie», estime un bon observateur du Parlement européen.

    Qualité de l’eau

    Si la plupart des dossiers environnementaux ont été traités par la précédente administration, celui de la qualité de l’eau potable est toujours dans les tuyaux. «Il s’agit de limiter les déchets plastiques en réduisant la consommation d’eau en bouteille. Pour ce faire, les parlementaires travaillaient à resserrer les vis sur la question de la concentration des polluants dans l’eau du robinet», indique une source au sein du Parlement européen. Plomb, bactéries, perturbateurs endocriniens et autres joyeusetés.

    La question de la réutilisation des eaux usées est aussi toujours en discussion. Un potentiel évalué par Bruxelles à 6,6 milliards de mètres cubes en 2025. Le 12 février dernier, en session plénière, un projet de règlement pour l’utilisation des eaux usées dans l’irrigation a été adopté.

    «Les nouvelles règles visent à promouvoir l’utilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation agricole, qui représente près de la moitié de l’eau utilisée chaque année dans l’Union européenne. Une plus grande réutilisation de l’eau dans l’agriculture pourrait aider à réduire le stress hydrique de 5% par an», explique le Parlement. De nouvelles normes de qualité de l’eau, des contrôles plus fréquents ont notamment été préconisés. Si les eurodéputés ont bien avancé sur ce dossier, les négociations n’ont toujours pas abouti entre le Conseil européen et le Parlement. Elles portent par exemple sur l’utilisation de ces eaux usées dans d’autres secteurs (l’industrie), le nettoyage de la voirie, par exemple.

    Ambitions climatiques

    En 2015, dans le cadre de la COP 21, l’UE s’était engagée, d’ici 2030, à réduire d’au moins 40% les émissions des gaz à effet de serre (CO2, méthane, protoxyde d’azote, etc.) par rapport à 1990, et ce dans l’ensemble des secteurs. Plusieurs instituts préconisaient plutôt une diminution de 70% d’ici 2030 pour respecter l’accord de Paris.

    Le Parlement sortant a coupé la poire en deux. Lors d’une session plénière à Strasbourg, les députés ont soutenu une résolution non contraignante du projet de plan Climat de la Commission européenne pour 2050. L’objectif y était rehaussé à 55% d’ici 2030 et à 100% pour 2050. «Cela va être le gros sujet environnemental. Les stratégies dépendront des différents partis. Les propositions iront de la taxe carbone aux frontières, la taxe sur le kérosène des avions à une norme sur les émissions CO2 du secteur agricole…»

    Politique agricole commune

    Autre enjeu sur lequel se prononceront les élus: la réforme de la PAC. Là encore, celle-ci sera-t-elle plus orientée vers la transition écologique? «Quand je vois l’évolution du modèle agricole, après 50 ans de PAC pendant lesquels l’industrie et la chimie ont largement contribué à donner l’impulsion, j’estime qu’il faut en sortir», rappelait au JDLE, l’eurodéputé (PS) Eric Andrieu.

    L’an passé, le projet de réforme de la PAC de la Commission n’avait pas convaincu la Cour des comptes européenne (CCE) qui, dans un avis publié le 7 novembre 2018, expliquait que la PAC post-2020 n’était pas «à la hauteur des ambitions affichées par l’Union concernant l’adoption d’une approche plus écologique et plus solide fondée sur la performance». Le vote (ou non) du budget de la PAC pour la période 2021-2027 est prévu pour cet automne. Affaire à suivre.

    En attendant, les parlementaires, qui prendront leurs fonctions le 1er juillet, devront constituer les groupes politiques, auditionner chaque commissaire proposé par les Etats de l’Union. Et enfin, élire formellement le président de la Commission européenne et valider son budget. Rendez-vous en septembre.

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  • Fin de cycle pour la Chine ?

    La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a pris un nouveau tournant avec le risque pour Huawei de ne plus pouvoir utiliser les solutions informatiques d’Alphabet (Google). L’expansion de ces quarante dernières années reposant sur les exportations et sur l’éclatement des chaines de production semble arriver à son terme. Les contraintes environnementales, le retour du nationalisme économique dans un grand nombre de pays ainsi que l’augmentation des coûts de production obligent les autorités chinoises à revoir leur modèle de croissance. Le changement de cap est à l’ordre du jour depuis le début des années 2010.

    Le développement du marché intérieur et des services constitue la réponse à ce défi qui se double d’un problème structurel de grande ampleur : le vieillissement de la population.

    La Chine est un pays émergent avec un PIB par habitant de 8 827 dollars contre 59 928 dollars aux États-Unis 38 484 pour la France. Le rattrapage a été impressionnant même s’il demeure partiel car le PIB par habitant chinois n’était que de 318 dollars en 1990, quand celui des États-Unis était alors de 23 954.

    Vieillissement démographique

    En matière démographique, en revanche, la Chine est en train de s’aligner sur le modèle occidental. Ainsi, le taux de fécondité chinois est de 1,6 enfant par femme (2016) quand il est de 1,8 aux États-Unis ou en France. Le vieillissement démographique qui se traduit par la stagnation de la population active aura des incidences importantes sur le plan économique. La Chine devra faire face à une augmentation forte de ses dépenses sociales et à une pénurie de main d’œuvre dans les prochaines années. Pour assurer la poursuite de son expansion, elle sera contrainte de favoriser un développement à l’Allemande en jouant sur les exportations haut de gamme et d’accroître les revenus de ses placements financiers.

    La Chine investit à l’étranger

    Tant par souci de diversification de leurs sources de revenus que pour maîtriser leurs chaînes de valeur, les entreprises chinoises prennent de plus en plus de participations à l’étranger. La réalisation de la Nouvelle Route de la Soie nécessite des investissements importants au niveau des infrastructures dans des pays étrangers. Les entreprises chinoises prêtent de l’argent à des opérateurs nationaux ou acquièrent des entreprises, des ports, des aéroports, des mines, des domaines agricoles, etc., pour sécuriser leurs importations et pour garantir leurs exportations. Les investissements directs à l’étranger qui étaient quasi nuls en 1998 dépassent désormais les 100 milliards de dollars par an. En 2017, le stock d’investissements chinois était de 87 milliards de dollars en Amérique du Nord, de 387 milliards en Amérique Latine, de 111 milliards en Europe et de 1 139 en Asie. Les participations en Afrique représentaient 43 milliards de dollars. Au total, l’ensemble des stocks d’investissements directs s’élevait à 1 810 milliards de dollars.

    Les réserves de change baissent

    Ces investissements sont rendus possibles par le montant des excédents courants de la Chine et par le fort taux d’épargne. Le solde de la balance courante est positif de 3 à 4 % du PIB et le taux d’épargne dépasse 45 % du PIB. Jusqu’en 2013, la Chine a augmenté ses réserves de change. Elles étaient passées de 200 à 4 000 milliards de dollars de 1998 à 2013. Depuis, elles sont en baisse. Elles ne s’élevaient plus qu’à 3 200 milliards de dollars en 2018. Cette baisse est imputable aux sorties de capitaux opérées par les agents économiques. Elle est la contrepartie des investissements directs effectués à l’étranger.

    Le vieillissement démographique devrait entraîner la disparition de l’excès d’épargne de la Chine. La population de plus de 60 ans devrait doubler de 2018 à 2040 pour représenter 30 % de la population et 60 % de la population de 20 à 59 ans. À défaut de recourir à une importation de main d’œuvre étrangère, ce vieillissement devrait provoquer une diminution du taux d’épargne. Le montant des pensions à délivrer augmentera quand, dans le même temps, la proportion d’actifs sera moindre. Les coûts salariaux augmenteront, diminuant d’autant la compétitivité de la Chine. Le taux d’épargne de la nation chinoise a commencé à diminuer. Il est passé de 52 à 45 % du PIB de 2007 à 2018.

    Diminution du taux d’épargne

    Pour poursuivre son développement, la Chine sera contrainte de monter en gamme assez rapidement et de compter davantage sur son marché intérieur. La montée du protectionnisme et l’augmentation des coûts salariaux remettent en cause le développement par des exportations à faible prix.

    La période qui s’est ouverte en 1978 avec l’aide des États-Unis semble se refermer. En effet, ce sont les Américains qui ont insisté pour faire bénéficier à la Chine de règles favorables en matière d’exportation. Si la Chine est incapable de repositionner son appareil productif, ses excédents extérieurs et son épargne pourraient se tarir. Cela conduirait à une diminution de ses investissements directs à l’étranger en entreprises ou en infrastructures. Les pouvoirs publics américains, après avoir longtemps parrainer le développement chinois, veulent le contrarier, l’affaiblir afin de conserver leurs positions dominantes.

  • Elections en Belgique: deux démocraties face à face

    Dimanche 26 mai, c’était évidemment la date des élections européennes en Belgique mais aussi celles générales.

    En effet, le peuple Belge devait renouveler les parlements des entités régionales et fédérales dans cette monarchie parlementaire.

    La division du pays, que tous soupçonnaient, est apparue au grand jour.

    La Wallonie a confirmé son ancrage à gauche avec une montée de l’extrême gauche.

    La vague verte annoncée est donc plus limitée que prévu. Cependant, Ecolo gagne du terrain. Avec cette nouvelle législature, les écologistes comptent 12 sièges au Parlement wallon, contre 4 lors de la législature passée.

    En sus, en comptabilisant l’ensemble de la gauche (Ecolo inclus), on constate que désormais  la gauche « non socialiste », donc la gauche communiste et celle écologiste, est plus importante que la gauche socialiste. C’est inédit dans l’histoire politique du sud du pays.

    la capitale accouche d’une coalition de centre gauche. 

    Le PS comptera 17 sièges au sein de l’hémicycle du Parlement bruxellois, soit 4 élus en moins par rapport à la dernière législature. Ecolo (15 élus contre 8 en 2014) signe la plus grosse progression. Ils devancent le MR  – les LR locaux – (13 sièges contre 18 en 2014 ). Ils devancent DéFI (10 contre 12 en 2014) et le PTB (10 contre 4 en 2014). Le CDH perd 3 sièges (6 sièges contre 9 en 2014). Groen (écolo flamand) gagne 1 sièges et en comptera donc 4. La N-VA (extrême-droite flamande) conserve ses trois sièges.

    Cependant au niveau fédéral c’est le blocage. Pourquoi ? Et là c’est toute la particularité de ces résultats.

    L’origine réside dans  le fait qu’un électeur flamand sur deux a voté en faveur d’un parti nationaliste (N-VA) ou pour un parti ultranationaliste et xénophobe (Vlaams Belang), constate La Libre Belgique.   » Il faudra essayer de comprendre pourquoi, dans une des régions les plus prospères d’Europe, les électeurs ont propulsé le Belang, extrémiste et raciste, au rang de deuxième formation politique », selon la Libre.

    L’Echo appelle aussi à « ouvrir les yeux » et « effectuer un travail de longue haleine pour comprendre les motivations du vote extrémiste ». « Il faut assécher ces idées extrémistes, en particulier auprès de la jeunesse, en démontrant leur inanité. » Pour le quotidien économique, le cordon sanitaire doit absolument tenir autour du Vlaams Belang: « On entend, au Nord du pays, certaines voix s’élever pour le remettre en cause. Ce serait une tragique erreur. ‘Mouiller’ un parti au pouvoir ne le fait pas forcément reculer. Et ce serait surtout au prix de la légitimation et de l’application d’une partie de son programme ».

    Attention à ne pas stigmatiser les électeurs, il faut plutôt les entendre, souligne Le Soir. « Mais écouter l’électeur des partis extrémistes ne justifie jamais de trouver fréquentables ceux qui exploitent leurs émotions et leurs colères. Briser le cordon sanitaire? Gouverner avec le Belang? Ce serait pactiser avec le racisme véhiculé par ce parti et les dérives haineuses de ceux qui prennent la parole en son nom. »

    La Dernière Heure est plus craintive: « Le béton armé qui semblait entourer le cordon sanitaire semble s’effriter », dit-elle dans son éditorial, mettant l’accent sur « Une Belgique, deux pays ». Une tonalité qu’adoptent également les titres de Sudpresse, qui évoquent « deux démocraties ». Après avoir obtenu plusieurs réformes de l’Etat, gagné une « vaste autonomie », monopolisé les leviers économiques et politiques du pays, « que veulent encore nos compatriotes flamands? « , se demande le groupe de quotidiens. Au bout du compte, « comment sera-t-il possible de constituer un gouvernement fédéral, en tenant compte du fossé grandissant qui sépare les Flamands et les francophones? », interpelle L’Avenir.

    « Comment les dirigeants de ce pays vont-ils faire pour amener à cohabiter, dans un même espace institutionnel, deux peuples à ce point différents, opposés? » « Face à ce grand écart, resserrer les liens entre les deux communautés deviendra plus que jamais indispensable dans les prochaines semaines », souligne L’Echo. « Prudence, pas de précipitation », dit La Libre. Installer des majorités dissemblables dans les Régions sans penser à la constitution de l’exécutif fédéral pourrait provoquer une longue crise politique. « L’idéal serait de faire l’inverse: former d’abord le gouvernement fédéral et ensuite les équipes régionales » selon sudinfo.

    Le cordon sanitaire sur toutes les lèvres en Flandre

    « Le Vlaams Belang est de retour, et avec lui, la question autour du cordon sanitaire », lit-on dans les grandes lignes dans la presse néerlandophone. Les journaux de Flandre sont d’accord pour dire que les extrêmes ont remporté les élections et qu’il s’agit d’une première défaite pour le président de la N-VA Bart De Wever. Le défi sera particulièrement important au niveau fédéral, étant donné les disparités entre nord et sud du pays. Et en filigrane, cette grande question: que va-t-il advenir du cordon sanitaire?

    « Une Flandre qui tolère la droite radicale dans son gouvernement, est une Flandre qui s’isole sur le plan national et international », met en garde De Morgen. « Qu’on adopte une position de principe ou pragmatique, le constat est qu’il n’y a pour les partis démocratiques pas de terrain d’entente possible avec le Vlaams Belang – que ce soit sur la politique migratoire inhumaine, la séparation insensée du pays ou la folie budgétaire qui composent le programme du Belang. »

    Gazet van Antwerpen estime en revanche que les partis traditionnels vont devoir prendre position quant à l’isolement du Vlaams Belang. Tom Van Grieken, président du parti, veut participer au pouvoir. Bart De Wever ne l’a pas exclu. Belang et N-VA n’ont certes pas une majorité, mais ils ont suffisamment de poids pour faire suer les autres partis, écrit le Gazet.

    « Il est temps de parler », estime aussi Het Laatste Nieuws. La condamnation du parti pour racisme, sous son ancienne appellation Vlaams Block, a 15 ans, ose le quotidien. « Jusqu’à preuve du contraire, le Vlaams Belang de 2019 est sans nul doute un parti de droite radicale, mais pas raciste ou antidémocratique. » Le moment est venu de questionner l’efficacité et l’opportunité du cordon, poursuit Het Laatste Nieuws. Un constat qui vaudrait tout autant pour le PTB, avec qui il s’agirait de discuter plutôt que de le bannir comme un ennemi « à moitié nord-coréen ».

    « La Flandre est plus prospère que jamais, mais le Flamand est en colère et a peur », relève De Standaard, décrivant ce qu’il appelle le « paradoxe du 26 mai ». La succession de débats interminables lors desquels s’affrontent toujours les mêmes figures a détourné les Flamands du théâtre politique, dit l’éditorialiste du journal, pour qui les partis traditionnels, jadis tout-puissants, sont à terre. Comment la colère des électeurs pourra-t-elle désormais être transformée en politique?, demande De Tijd. Ce fardeau repose principalement sur les épaules de la N-VA, pour le quotidien.

    Pour Het Nieuwsblad, les partis n’ont pas réussi à dégager un intérêt collectif au-dessus des intérêts particuliers. Des partis qui ont aussi échoué sur une série de dossiers, comme celui des pensions, c’est pourquoi ils ont été sanctionnés par l’électeur. Une position que rejoint le Belang van Limburg: « L’écart entre le citoyen et la politique est encore plus profond qu’on ne le pensait ».

    Les Français, qui sont souvent très implantés dans ce pays que nous connaissons bien, sont désorientés face à ce résultat. Mais le système politique belge permet de tempérer les inquiétudes, la complexité de la répartition des pouvoirs ne permettra pas un changement radical rapide. Cependant, la situation économique risque d’être fortement impactée par l’instabilité au niveau fédéral. Le surréalisme belge a encore de beaux jours.

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