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  • Comment la GSA a remis en orbite le système Galileo

    C’est un véritable tour de force qu’a réussi la GSA, l’agence de l’Union européenne, qui gère les constellations Galileo et Egnos, pour relancer aussi vite le système Galileo avec succès. C’est elle qui a pris la décision de rebrancher le système Galileo avec le plein soutien de la commissaire Elżbieta Bieńkowska. La cause a été identifiée après la réinitialisation du système et la panne a pu être réparée. Au cœur du problème, un changement de logiciels par l’autorité de développement, en l’occurrence l’Agence spatiale européenne (ESA), dans les deux centres de contrôle de la constellation Galileo basés en Italie et en Allemagne. Une initiative qui a grandement perturbé le système en exploitation, notamment la synchronisation du système, selon nos informations.

    Résultat, la GSA, Spaceopal, la co-entreprise italo-allemande détenue par l’agence spatiale allemande (DLR) et Telespazio, et Thales Alenia Space ont dû reconfigurer le plus vite possible les sites pour les refaire fonctionner. L’enquête a donc permis d’éliminer un dysfonctionnement des antennes de synchronisation, un temps suspectées par l’ESA. Surtout, elle a quasiment exclu une cyberattaque (malware….) ou un acte malveillant, qui aurait perturbé le système Galileo.

    Un comité d’enquête indépendant

    Dès que l’incident a été déclaré, une commission de révision des anomalies a été convoquée et des procédures de récupération urgentes ont été activées dans les infrastructures Galileo concernées. Des équipes opérationnelles ont travaille sur des actions de récupération 24h/24h et 7 jours sur 7 pour restaurer les services de navigation et de synchronisation Galileo dès que possible. Sur la base des résultats des activités de dépannage, plusieurs éléments de l’infrastructure au sol ont pu être  réinitialisés.

    « Nous allons créer un comité d’enquête indépendant chargé d’identifier les causes profondes de l’incident majeur, a précisé la GSA dans son communiqué. Cela permettra à la Commission, en tant que gestionnaire de programme, de tirer les leçons de la gestion d’un système opérationnel regroupant plusieurs millions d’utilisateurs dans le monde, en collaboration avec l’Agence européenne de la sûreté de l’UE ».

    Ce comité d’enquête indépendant devrait permettre de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé et donc éliminer les fausses informations. Car déjà l’ESA semble chercher à se dédouaner en trouvant des boucs émissaires, comme Thales Alenia Space, fabricant des antennes de synchronisation. Ce qui semble illégitime puisque l’enquête a éliminé cette cause.

    Michel Cabirol

     

  • L’école privée française de Lisbonne-Seixal n’ouvrira pas cette année

    L’enseignement français à l’étranger, un réseau tentaculaire de centaines d’établissements, est complexe et surtout très varié. Outre l’AEFE et la mission laïque française, de très nombreux établissements privés existent, comme par exemple le récent réseau Odyssey . Une privatisation de l’enseignement français à l’étranger qui inquiète certains élus comme la Sénatrice Claudine Lepage

    Au Portugal, nos partenaires de la French Radio avaient eu l’occasion, le 15 avril dernier, d’interviewer Anne Gasser, qui ambitionnait alors d’inaugurer une école française à  Lisbonne-Seixal . Comme ils l’indiquent dans un récent  podcast , cette école n’ouvrira pas en raison d’un manque d’élèves.

    Entretien de Mélanie Pinto avec Serge Faure, proviseur du Lycée français Charles Lepierre de Lisbonne et avec Medhi Benlahcen, conseiller consulaire.

    La French Radio : Monsieur le proviseur Faure, avez-vous été surpris de cette nouvelle de la non-ouverture de l’école française à Lisbonne-Seixal ?

    Le Lycée Lepierre à Lisbonne

    Serge Faure – Lycée Français de Lisbonne : Je n’ai pas été totalement surpris car un projet d’ouverture d’école nécessite un peu plus de temps et cela a été fait un peu dans la précipitation. Et situé de l’autre côté du Tage [face à la ville de Lisbonne NDLR], cela ne concerne que quelques familles mais pas toutes. En retravaillant le projet, cette école pourrait peut-être ouvrir l’année prochaine mais là c’était un peu juste en termes de délais.

    Pouvez-vous faire quelque chose pour ces enfants qui étaient donc inscrits dans une école qui n’ouvrira pas ?

    Les familles concernées avaient d’abord contacté le Lycée français Charles Lepierre et s’étaient dirigées vers cette école car nous n’avions pas de place dans les niveaux demandés au Lycée. Depuis que nous avons appris cette non-ouverture, nous avons été contactés par une famille avec deux enfants, nous devrions être en mesure de proposer une place pour l’un. Pour l’autre nous devrons attendre la rentrée et voir les élèves inscrits au Lycée qui ne se présenteraient pas.

    Avez-vous des conseils pour les familles qui ne seraient pas en mesure de scolariser leurs enfants ?

    Il y a différents cas de figures, certaines familles sont également lusophones et ont la possibilité de s’inscrire dans un établissement privé portugais. Ceux qui parlent anglais peuvent aussi essayer du côté des écoles internationales même si elles sont elles aussi prises d’assaut. Pour les autres familles nous conseillons de s’inscrire au CNED, établissement public par correspondance et de se présenter et s’identifier régulièrement au Lycée Lepierre et si une place se libère nous leur proposerons mais nous ne pouvons pas l’indiquer avant la rentrée.

    Quelles sont les procédures pour ces familles en attente de placement, les dossiers à déposer ?

    Serge Faure, proviseur du Lycée français de Lisbonne

    Ce sont souvent des familles qui sont déjà dans notre base de données. A celles qui seront physiquement sur place à Lisbonne au 1er septembre, nous leur demandons de nous contacter par courriel expliquant la situation afin que nous puissions prendre leur cas en grande considération.

     

    Par ailleurs, Mehdi Benlahcen, conseiller consulaire de la péninsule ibérique, est monté au créneau et à écrit à l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Etranger, l’AEFE, demandant un soutien. Nos partenaires de la French Radio ont également eu l’occasion de s’entretenir avec lui

     

    La French Radio : Bonjour M. Benlahcen, comment avez-vous appris la nouvelle de la non-ouverture de cette nouvelle école ?

    Mehdi Benlahcen : j’ai été contacté par une famille de parents d’élèves qui ont appris que l’école n’allait pas ouvrir et qui sont très inquiets à 1 mois et demi de la rentrée. Ils ont été informés directement par l’école, la raison étant l’insuffisance d’inscrits car seul 6 élèves ont été inscrits pour la rentrée 2019. Ce fut la douche froide pour les familles qui étaient encore à régler les frais de scolarité du 1er trimestre la semaine dernière.

    Que pouvez-vous faire pour eux, en tant qu’élu consulaire ?

    Mehdi Benlahcen, conseiller consulaire de la péninsule ibérique

    Dans leur malchance ils ont la chance de n’être qu’un petit groupe, 6 élèves, nous allons essayer de les faire inscrire au Lycée Lepierre et à la RedBridge School. J’ai entrepris des démarches en écrivant directement au directeur de l’AEFE pour essayer de voir ce qui pouvait être fait, je sais que la Sénatrice Claudine Lepage a également sollicité l’AEFE dans le même sens. Il y a une mobilisation de plusieurs élus.

    La décision est donc en attente, les familles auront-elles des nouvelles bientôt ? Comment les rassurer ?

    Il est difficile de les rassurer, certaines familles ont eu des réponses positives pour un de leurs enfants mais pas l’autre, il y a des familles qui n’ont pas de solution et il est étonnant que la décision de non-ouverture se fasse aussi tard.

     

    Cette question, locale, pose celle, plus globale, de l’enseignement français à l’étranger, notamment quand il est pratiqué par des acteurs privés. Les mauvaises surprises, à quelques semaines de la rentrée scolaire, pour les parents d’élèves seront, espérons le, isolées, pour que le maximum d’enfants puissent continuer à bénéficier du réseau français à l’étranger.

  • De Rugy – A t il démissionné pour rien ?

    François de Rugy a t il démissionné pour rien ?

    L’ex-ministre de la Transition écologique a quitté ses fonctions après des révélations sur des dîners fastueux à l’Hôtel de Lassay et les travaux dans son logement de fonction.

    l’Assemblée et le gouvernement ont exigé une enquête qui a été  rendues publiques ce mardi 23 juillet.

    La petite dizaine de dîners épinglés par Mediapart, lorsque l’ex-ministre de la Transition écologique présidait l’Assemblée en 2017-2018, étaient tous d’ordre « professionnel », avec journalistes et personnalités de la société civile, sait-on déjà de source proche de cette enquête demandée par l’intéressé lui-même. Le montant des travaux à l’Hôtel de Roquelaure – 63.000 euros dont 17.000 pour un dressing – était lui aussi justifié, dans un bâtiment du XVIIIe siècle nécessitant des prestataires spécialisés, d’après Le Parisien. Commandes, devis, factures : rien ne serait irrégulier au vu de cette inspection commandée par le Premier ministre.

    « Je m’exprimerai le moment venu », avait déclaré Rugy

    Ces révélations par Mediapart, ainsi que sur l’utilisation de frais de mandat pour payer des cotisations à son parti en 2013-2014, ont conduit le numéro deux du gouvernement à démissionner mardi dernier, tout en continuant de clamer son innocence. « La clarté sera faite dans les prochains jours », a promis Emmanuel Macron, interpellé samedi dans les rues de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées) sur le cas Rugy. « On doit être attaché à la présomption d’innocence », a aussi plaidé le chef de l’Etat, soucieux de contenir la polémique estivale sur homard et grands crus, un an après le déclenchement de l’affaire Benalla.

    « Retour aux faits. Je m’exprimerai le moment venu », a tweeté François de Rugy en fin de semaine, après les premiers résultats de ces contrôles menés durant une dizaine de jours. « Un jour, il reviendra sur tout cela, sur cette folie médiatique », a-t-on développé dans l’entourage de l’ex-ministre, qui va redevenir député en août et prépare « d’arrache-pied sa contre-offensive avec son avocat ».

    Enquête impartiale et Bayer Monsanto

    Pour sa part, le journaliste d’investigation de Mediapart Fabrice Arfi met en doute les vérifications menées par le secrétaire général de l’Assemblée, qui a procédé à des auditions, dont celle volontaire de François de Rugy, et à l’examen de factures et listes d’invités. « Des dîners « professionnels » dont Mme Rugy a confirmé dans un entretien enregistré le caractère « amical » des invités, que François de Rugy qualifie d’ »informels » et dont plusieurs convives ont réfuté l’aspect professionnel… La blague », a tweeté le journaliste.

    Reste que si rien d’illégal n’a été commis, des élus se placent sur le plan de la moralité, dont François de Rugy se faisait le chantre, au diapason de la macronie. « Le mélange des genres entre caisse privée et caisse publique n’est plus toléré », souligne l’ancienne magistrate et ex-élue EELV Eva Joly, selon qui « dans cette affaire, on ne parle pas de montants très importants » mais « c’est davantage une question de symbole ».

    De nouvelles « précautions » pour les politiques

    « On ne peut en rester là, il y a des précautions à prendre désormais », invite une source parlementaire LREM, alors que l’Assemblée a connu des avancées ces dernières années en matière de transparence, mais moins côté présidence. Côté gouvernement, Edouard Philippe pourrait préciser sa circulaire de mai 2017 qui demandait « l’exemplarité » aux ministres, leur préconisant un « comportement modeste ».

    « Les dépenses à caractère personnel ou familial ne peuvent évidemment être mises à la charge de l’Etat », était-il déjà inscrit. Le chef du gouvernement pourrait y ajouter des préconisations sur les travaux dans les logements de fonction. René Dosière, ex-député PS et actuel président de l’Observatoire de l’éthique publique, a préconisé dans Le Figaro « un poste de déontologue » au gouvernement. Pas d’« inquisition », mais « l’Etat accorde des avantages et en contrepartie, ceux-ci doivent être connus ».

  • Les Brexiters du Royaume-Uni veulent rejoindre les Etats-Unis

    Le roi Georges II, celui de la guerre d’Indépendance américaine, qui souffrait de maladies mentales, pourrait se satisfaire, post mortem, d’une réunification de fait entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

    Le ministre du commerce extérieur, Liam Fox, discute avec la fille du Président américain, Ivanka, un futur traité de libre-échange entre les Etats-Unis et le Royaume. Le père d’Ivana a promis qu’en cas de Brexit sans accord, les Etats-Unis signeraient avec le Royaume le meilleur accord jamais conclu. On imagine mal les Américains modifier leurs législations internes, sur les produits agricoles, les normes industrielles, les services financiers, juridiques, informatiques pour faire plaisir au Royaume-Uni. Les Britanniques, qui rechignaient à être sous la dépendance des directives européennes, même s’ils participaient à leur élaboration, seront ravis de placre leur économie sous les lois du Congrès des Etats-Unis. Plus qu’une tutelle, un tel accord serait une OPA.  Une réunification d’avant le roi Georges et sa folie.

    Mais tout n’est pas si simple. Il se pourrait que Londres n’obtienne même pas ce statut préférentiel auquel les Brexiters semblent aspirer. Car le Royaume-Uni, comme les Etats-Unis, restent régis par les règles de l’OMC. Surtout, il n’est pas certain que les propositions du père d’Ivana Trump se réalisent.

    Quand l’Ambassadeur britannique à Washington, Kim Darroch explique : « Nous ne pensons pas que cette administration va devenir plus normale, moins dysfonctionnelle, moins imprévisible, moins divisée, moins maladroite, moins inepte diplomatiquement », dans un télégramme dont le secret s’est envolé, c’est aussi un avertissement sur la fiabilité des espoirs d’un accord privilégié avec els Etats-Unis. Soit, Donald Trump a réagi en traitant l’Ambassadeur d’ « idiot prétentieux » et de « dingue ». Mais cette réaction ne dit pas qu’il a tort.

    Trois ans après le référendum, on s’oriente de plus en plus vers un Brexit sans accord. C’est ce que promet Boris Johnson à ses partisans, si l’UE ne veut pas changer l’accord négocié. Il est donc fort possible que cela se produise. Et l’excitation des Brexiters est de rejoindre la grande Amérique, économiquement, politiquement. Churchill, pense Boris, n’aurait pas été contre.

    Washington créerait-elle un marché unique avec le Royaume-Uni ? Le nouveau traité pourrait au mieux s’inspirer de celui de l’Alena, modifié par Trump, avec le Canada et le Mexique. Ce serait évidemment la révolution pour l’économie du Royaume, dont l’essentiel des exportations est tourné vers l’Union Européenne. Selon le gouverneur de la Banque d’Angleterre, l’économie serait dans la tourmente. Les Ecossais et les Irlandais aussi.

    Chacun s’attend pourtant à ce que Boris Johnson soit nommé Premier ministre. Puis qu’il nomme Nigel Farrage Ambassadeur aux Etats-Unis comme cela se dit. Trump a dit que ce serait formidable.  Cela scellerait, outre l’alliance entre les Conservateurs et le Brexit Party pour les élections, celle de Donald et de Boris, celle du Royaume et de la République. Au grand contentement du roi Georges, le fou bien aimé, qui aurait pris Trump pour un parvenu et Johnson pour un dingue, lui qui serrait la main à un arbre en pensant qu’il s’agissait du roi de Prusse. « Les fous sont sages, les sages sont fous », écrivait Shakespeare.

     

  • Von der Leyen se range à la vision française sur la taxe carbone aux frontières

    Ursula von der Leyen a de grandes ambitions en ce qui concerne la protection de l’environnement. Certaines de ses idées sont depuis longtemps défendues par la France, mais snobées par l’Allemagne. Un article d’Euractiv Allemagne.

    La présidente élue à la tête de la Commission, Ursula von der Leyen, a fait de grandes promesses aux eurodéputés durant son discours à Strasbourg. Elle a souligné que la protection de l’environnement était sa «tâche la plus urgente».

    Pour cela, elle propose de mettre en place un « green deal » pour l’Europe qui débouchera sur la neutralité carbone d’ici à 2050.

    Pour financer la transition verte, elle propose de transformer une partie de la Banque européenne d’investissement (BEI) en une banque pour le climat afin de débloquer 1 000 milliards d’euros d’investissement pour la prochaine décennie.

    Elle veut aussi introduire un prix du carbone aux frontières pour s’assurer que les entreprises puissent se faire concurrence à armes égales, « sans qu’elles aient à déménager dans d’autres pays européens pour échapper aux prix du carbone ».

    Depuis 10 ans environ, les députés français flirtent avec l’idée d’une taxe carbone aux frontières sur les produits venant de pays tiers dont la fabrication a nécessité beaucoup d’émissions de CO2. L’idée derrière une telle taxe est de lier la protection du climat aux intérêts économiques et de maintenir la compétitivité de l’économie nationale face à des normes environnementales toujours plus élevées.

    Concessions à Macron ?

    En France, la taxe carbone aux frontières est soutenue par la plupart des partis politiques.

    « C’était une demande clé de notre parti. Nous sommes ravis que la présidente allemande de la Commission européenne s’attèle à ce dossier. Surtout pour l’Allemagne qui est un grand pays exportateur, ce ne sera pas une mesure facile », a déclaré François-Xavier Bellamy, eurodéputé français des Républicains (LR).

    Berlin n’a pas encore eu le temps de se faire à l’idée et les rumeurs indiquent que les annonces d’Ursula von der Leyen sont une concession faite à Emmanuel Macron, qui l’aurait fait rentrer dans la course à la présidence.

    « Sa vision n’est pas purement inspirée de la France. Elle se dirige vers ce que les Verts réclament en Allemagne et est influencée par le débat national », assure Nicolas Berghmans, chercheur en politique climatique pour le groupe de réflexion français, l’IDDRI.

    Une taxe difficile à mettre en place

    L’Allemagne débat depuis des mois de la mise en place d’un prix national du carbone, quelque chose que la Suède, le Royaume-Uni et la France ont déjà mis en place. Les chrétiens démocrates allemands (CDU) s’y opposent encore.

    Dans un rapport publié par des experts économiques la semaine dernière, les conseillers du gouvernement envisagent pour la première fois une taxe carbone aux frontières. « En théorie c’est une idée attrayante, mais difficile à mettre en place », écrivent-ils.

    Le ministère de l’Économie allemand est quant à lui un peu plus prudent. Contacté par le quotidien TAZ, il affirme qu’il n’est pas encore possible d’évaluer une taxe européenne.

    La Commission européenne a aussi répété à l’envi qu’introduire une taxe carbone sur les produits importés dans l’UE serait difficile à mettre en œuvre.

    Par ailleurs, la politique fiscale est une compétence nationale, ce qui signifie qu’un accord nécessiterait l’unanimité parmi les États membres.

    Tous les accords commerciaux de l’UE, ainsi que le système d’échange de quotas d’émissions (ETS), devraient aussi être adaptés.

    Dans le même temps, les autorités et entreprises devront s’atteler à la tâche difficile et précise de mesurer l’empreinte carbone de chaque produit ou groupe de produit pour les taxer à leur importation.

    Crainte de tensions commerciales

    L’industrie est prête à agir pour atteindre les objectifs climatiques, mais les entreprises auront d’autant plus besoin de mesures protectrices.

    « Les partenaires de l’industrie s’accordent à dire que nous ne pouvons pas être des leaders économiques sans protéger notre économie », soutient Joaquim Lang, directeur de la Fédération des industries allemandes (BDI).

    Cette dernière craint toutefois que les règles de l’OMC soient violées. Elles établissent que les produits similaires, quelle que soit leur fabrication, doivent être taxés de la même façon. Ainsi, l’UE ne pourrait pas taxe des micro-ondes produits en Chine différemment que ceux produits en République tchèque.

    « L’UE peut, bien sûr, se fixer des objectifs climatiques ambitieux, mais des taxes aux frontières seraient probablement perçues comme des mesures protectionnistes par les pays tiers », craint Joaquim Lang. L’industrie craint donc que cela ne plonge l’UE dans de nouveaux conflits commerciaux.

    Changement dans le débat

    Le débat a toutefois pris un nouveau tournant. Dernièrement, le lobby du patronat européen, BusinessEurope, auquel appartient le BDI, a pour la première fois soutenu l’idée d’une taxe carbone aux frontières.

    Un document de stratégie datant d’avril indiquait que les règles de l’OMC permettaient la mise en place d’une telle taxe. L’UE doit cependant se pencher de manière minutieuse sur le côté pratique de la mise en œuvre avant d’adopter cette mesure.

    Les règles de l’OMC fournissent en effet plusieurs exceptions pour des taxes spéciales. L’une d’elles s’applique aux mesures qui permettent de protéger « les ressources naturelles épuisables ». La taxe carbone serait donc juridiquement possible, selon un rapport du groupe de réflexion CEPS, en 2010.

    Aubaine pour la croissance

    Quid de la proposition d’Ursula von der Leyen pour une banque européenne pour le climat ?

    « D’une certaine manière nous avons déjà ça avec la Banque européenne d’investissement (BEI). Il serait donc logique d’accroître les investissements sur la protection environnementale plutôt que de créer une nouvelle institution. Ce serait une solution plus pragmatique », assure Nicolas Berghmans.

    Au moins 25 % du financement de la BEI est déjà investi dans la lutte contre le changement climatique, et la Banque prévoit de prêter environ 100 milliards de dollars à des projets liés au climat d’ici à 2020.

    Selon Bloomberg, Ursula von der Leyen a déclaré à Renew Europe, le groupe des libéraux au Parlement européen, que la neutralité climatique s’accompagnait d’immenses opportunités de croissance.

    Si l’UE était la première à investir dans des investissements verts, des obligations vertes et la recherche et la technologie », elle pourrait devenir un modèle mondial, a-t-elle ajouté.

    Reste à savoir si les promesses d’Ursula von der Leyen sur le climat vont convaincre les autres chefs d’État et de gouvernement. Un accord sur une taxe carbone aux frontières ne semble pas encore à portée de main.

    Aline Robert et Florence Schulz

  • Canicule en France

    Il fait de nouveau très chaud sur la France, l’hexagone est pris dans un flux d’air chaud remontant de la péninsule ibérique. Cette masse d’air caniculaire s’étendra à l’ensemble du territoire.

    Ce lundi, les températures maximales ont, ainsi, gagné une dizaine de degrés par rapport à la veille sur le Sud-Ouest. La masse d’air chaude et sèche à l’origine de cette hausse spectaculaire du mercure a gagné peu à peu le nord.

    Ainsi Météo France a placé 38 nouveaux départements en vigilance orange canicule, soit un total de 59 départements, les températures continuent de grimper les prochains jours en France avec des pics possibles à 41 degrés localement. Les départements concernés sont : Ain (01), Allier (03), Ardèche (07), Ariège (09), Aveyron (12), Aube (10), Cantal (15), Charente (16), Charente-Maritime (17), Cher (18), Corrèze (19), Côte-d’Or (21), Creuse (23), Dordogne (24), Doubs (25), Drôme (26), Eure-et-Loir (28), Haute-Garonne (31), Gers (32), Gironde (33), Indre (36), Indre-et-Loire (37), Isère (38), Jura (39), Landes (40), Loir-et-Cher (41), Loire (42), Haute-Loire (43), Loiret (45), Lot (46), Lot-et-Garonne (47), Maine-et-Loire (49), Haute-Marne (52), Mayenne (53), Nièvre (58), Puy-de-Dôme (63), Pyrénées-Atlantiques (64), Hautes-Pyrénées (65), Rhône (69), Haute-Saône (70), Saône-et-Loire (71), Sarthe (72), Savoie (73), Haute-Savoie (74), Paris et petite couronne (75-92-93-94), Seine-et-Marne (77), Yvelines (78), Deux-Sèvres (79), Tarn (81), Tarn-et-Garonne (82), Vienne (86), Haute-Vienne (87), Yonne (89), Territoire-de-Belfort (90), Essonne (91) et Val-d’Oise (95).

    Dès mardi 23 juillet, la circulation différenciée sera mise en place en région parisienne, mais aussi à Lyon. A Paris et sa petite couronne, «Seuls les véhicules munis d’une vignette Crit’Air de classe 0, 1 et 2 seront autorisés à circuler» entre 05h30 et minuit à l’intérieur d’un périmètre bien précis annonce la Préfecture de police dans un communiqué.

    En effet, les minimales seront le plus souvent comprises entre 20 et 25 °C, tandis que les maximales seront comprises entre 36 et 42 °C.

    L’air très chaud venu du sud-ouest gagnera jusqu’à l’extrême nord du pays entre mercredi et jeudi. Les températures pourraient atteindre mardi les 40 °C dans la vallée de la Loire, voire les dépasser mercredi et surtout jeudi (on prévoit 41 °C à Paris jeudi 25, alors qu’au plus chaud de l’épisode de fin juin on n’avait atteint que 36,5 °C le samedi 29/06). Les valeurs maximales atteindront les 41/42 °C, même si une pointe très locale à 43 °C n’est pas complètement à exclure.

    Ces températures devraient commencer à baisser significativement vendredi par l’ouest du pays.

    Si vous passez vos vacances en France, il faut donc prendre des mesures pour vous protéger:

    Les personnes fragiles – enfants, personnes âgées, femmes enceintes, travailleurs à l’extérieur – sont particulièrement vulnérables. Ainsi, les pouvoirs publics sont en alerte. La mairie de Paris va déclencher le niveau 3 sur 4 du plan canicule dès lundi 24 juin, indique RTL.

    Au niveau national, le ministère des Solidarités et de la Santé indique qu’une plateforme téléphonique d’information du public « Canicule Info Service » sera également ouverte à partir de lundi matin.

    Ce numéro vert, accessible au 0 800 06 66 66 (appel gratuit depuis un poste fixe en France, du lundi au samedi de 9h à 19h) permet d’obtenir des recommandations sur la conduite à tenir en cas de fortes chaleurs.

    L’été dernier, la canicule avait provoqué environ 1 500 morts de plus qu’une année normale.

    Il existe quelques attitudes à adopter pour mieux se protéger des effets de la chaleur, comme le rappellent les autorités sanitaires, notamment via le site de Santé Publique France.

    Personnes âgées : ne pas les laisser isolées

    Le ministère de la Santé invite toute personne ayant des personnes âgées dans son entourage à les inciter à s’inscrire sur la liste mise à leur disposition par chaque mairie afin de recevoir le soutien de bénévoles.

    Prenez de leurs nouvelles très régulièrement. Soyez solidaires des plus démunis, notamment des personnes sans domicile et incitez-les à accéder à des lieux réfrigérés.

    Enfants : attention au soleil et à la noyade

    Il faut absolument veiller à protéger en permanence les enfants et nourrissons de la chaleur. Ainsi, évitez les sorties aux heures les plus chaudes, faites-les boire régulièrement, couvrez-les de chapeau et lunettes de soleil et n’oubliez pas la crème solaire).

    Ne les laissez jamais dans une pièce mal ventilée ou un véhicule, même pendant une très courte durée.

    Les pouvoirs publics mettent aussi en garde contre les risques de noyades, alors que celles-ci sont en nette augmentation et notamment chez les moins de 13 ans. Gare au choc thermique en cas de forte différence de température entre l’eau et l’air.

    Travailleurs : buvez beaucoup (mais pas d’alcool)

    Il est conseillé aux travailleurs, en particulier dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, de boire beaucoup d’eau et plusieurs fois par jour. Mais il faut proscrire l’alcool !

    Les autorités rappellent aussi aux aux employeurs « d’évaluer les risques et de prendre les décisions qui s’imposent, notamment l’aménagement des horaires afin de limiter l’exposition des salariés aux températures les plus fortes de la journée et le report des tâches pénibles ».

    Rafraîchir son intérieur et rester au frais

    Pour conserver un environnement frais à l’intérieur de votre logement, pensez à maintenir les volets et fenêtres fermés durant la journée, au plus fort de la chaleur, et de bien aérer le soir et la nuit quand le mercure redescend.

    Vous pouvez aussi disposer un linge mouillé devant le ventilateur ou la fenêtre, il aidera à diffuser de la fraîcheur dans la pièce. Pensez à éteindre si possible vos appareils électriques et à débrancher ceux qui sont en veille : ils génèrent également de la chaleur.

    Santé Publique France incite en outre à ne pas sortir aux heures les plus chaudes de la journée, à éviter l’exercice physique et de se mouiller le corps, ou au moins le visage, plusieurs fois par jour.

    Pour suivre en temps réel l’évolution des prévisions météo, consultez la carte de vigilance de Météo France mise à jour aux moins deux fois quotidiennement.

  • Maroc : M6, vingt ans déjà.

    Mohamed VI avait 36 ans lorsqu’il est devenu Roi le 23 juillet 1999, après la mort de son père Hassan II. Beaucoup doutait de sa capacité à éviter coup d’Etat ou révolution, dans un pays tenu alors par une main de fer.

    Une de ses premières décisions, risquée, fut de se débarrasser du (presque) tout puissant ministre de l’intérieur de son père, Driss Basri. Ce fut le début d’une ouverture politique et démocratique qui a donné au Maroc une stabilité remarquable par rapport aux autres pays et permis au Roi de conserver une autorité incontestée : pour garder le pouvoir, il l’a partagé, notamment avec son opposition, puis avec les partis islamistes qui avaient remporté les élections.

    Le Palais royal conserve la main mise sur la diplomatie, l’armée, l’intérieur, la justice mais laisse la politique économique et sociale au gouvernement issu des élections. Le résultat a été un succès. Le Maroc n’a connu ni printemps arabe, ni coup d’Etat, ni guerre civile, ni vague terroriste, même s’il n’en a pas été exempté. Des attentats ont eu lieu, des révoltes (dans le Rif) et des émeutes ont éclaté. Mais la transformation économique et sociale est spectaculaire, même si le développement économique est contrebalancé par une forte croissance de la population, qui laisse une grande partie des jeunes et des familles dans une situation de grande pauvreté (25 % des jeunes sont au chômage), contraste éclatant avec les réussites économiques. Dans une étude Arab Barometer, citée par la BBC, on retient que 70% des Marocains de moins de trente ans souhaiteraient émigrer et que 49% des Marocains souhaitent un changement politique rapide.

    L’islamisation de la société est perceptible, comme dans tous les pays musulmans, mais elle relève de tendances sociales plutôt que de contraintes politiques. Il ne semble pas que les dirigeants s’inscrivent dans une radicalisation et le Conseil des oulémas a plutôt perdu que gagné en influence avec l’évènement du parti religieux au pouvoir.

    Grace à la relative libéralisation, économique et politique, décidée par M6, le Maroc a renforcé la classe moyenne qui constitue aujourd’hui le socle fort du pays. Le Maroc est aussi devenu un centre industriel et financier. Le TGV a accueilli récemment son millionième passager. Il est le premier constructeur automobile africain, le port de Tanger devient un des principaux ports d’Afrique et de Méditerranée, alors que le Roi a inauguré une nouvelle politique africaine notamment vis-à-vis du Sénégal et de la Cote d’Ivoire.

    Le Roi utilise la holding familiale, Siger, qui contrôle l’ancienne Société nationale d’investissement (SNI) devenu Al Mada pour investir à titre personnel dans de nombreux pays africains et donner un relief personnel aux accords et investissements. Le magazine Forbes évalue la fortune du Roi à près de 6 milliards, et  ses revenus à 6% du Pib marocain. Sans compter les 250 millions d’allocations annuelles versées par le gouvernement pour l’entretien des palais et du train de vie royal. Mais le respect du au Roi et à la monarchie semble autoriser cet écart abyssal de richesse.

    Ce qui inquiète, c’est plutôt la maladie du Roi. Tout le monde en sait quelque chose, et, à force d’en parler depuis des années, cela finira par arriver. Tout comme on parle d’explosion sociale ou politique. Parce que les deux seraient liés : tant que le Roi est là, il ne se passera rie, dit-on. Bel hommage. Les craintes qui sont agitées témoignent donc de l’attachement populaire personnel à Mohamed VI considéré comme un protecteur et une garantie. C’est l’inconvénient des régimes personnels que d’être lié à la personne du Prince. C’est pourquoi Mohammed VI a eu l’intelligence de démocratiser peu à peu, partiellement, son pays. Aussi, tout le monde souhaitera, à l’occasion de cet anniversaire des vingt ans de règne, une longue vie à M6, pour qu’il lègue à son fils une monarchie constitutionnelle.

    Laurent Dominati 

    A. Ambassadeur de France

    A. Député de Paris

  • La nomination de von der Leyen provoque une nouvelle crise en Italie

    Les deux partis au pouvoir en Italie sont entrés en conflit à propos d’ Ursula von der Leyen. Leurs dissensions met en péril les espoirs de Rome d’obtenir un poste haut placé dans le nouvel exécutif.

    Les partis au pouvoir italiens, la Ligue de Matteo Salvini et le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Luigi du Maio, devaient tous deux soutenir la nomination d’Ursula von der Leyen lors du vote au Parlement européen. La Ligue a toutefois voté contre elle.

    L’Italie a encore le temps de dissoudre son parlement et d’organiser des élections après les vacances d’été, a déclaré Matteo Salvini, au Corriere della Sera, un quotidien italien.

    Dans une interview publiée le 18 juillet, ce dernier a souligné que la survie du gouvernement populiste de Rome dépendait du Mouvement 5 étoiles, et de sa volonté de poursuivre leur coopération sur la stratégie d’amélioration de l’autonomie régionale, le budget de l’année prochaine et la réforme du système judiciaire.

    Emanuele Bonini, un blogueur qui suit de près les affaires européennes liées à l’Italie, a écrit que la coalition aurait du mal à survivre à la divergence d’opinion sur la présidente de la Commission européenne. « Le vote de la Ligue contre la présidente élue de la Commission européenne est en train de provoquer un séisme politique en Italie. »

    Lors du sommet européen sur les postes clés de l’UE, le Premier ministre italien, Giuseppe Conte avait officiellement soutenu Ursula von der Leyen, rappelle Emanuele Bonini. Giuseppe Conte a donc pris un engagement politique par rapport aux autres dirigeants européens, « mais la Ligue l’a trahi ».

    Le Premier ministre a immédiatement accusé « le manque de respect institutionnel » des eurodéputés du parti de Salvini et reproché à la Ligue d’avoir voté « contre les intérêts nationaux. »

    L’Italie risque par ailleurs de subir les conséquences du comportement de la Ligue, en recevant un portefeuille moins important à la Commission européenne.

    Le commissaire italien pourrait avoir des difficultés à réussir son audition devant un Parlement hostile, a déclaré Fabio Massimo Castaldo, vice-président du Parlement européen et membre du M5S.

    Georgi Gotev

    Un article publié sur le site de notre partenaire

  • Rencontre avec Claudine Lepage, Sénatrice des Français de l’étranger

    Lesfrancais.press ont eu l’occasion d’échanger avec Claudine Lepage, Sénatrice PS des Français établis hors de France. Secrétaire de la Commission culture, éducation et communication, membre de plusieurs groupes attachés au rayonnement français à l’étranger et Présidente du groupe d’amitié France-Canada, Claudine Lepage nous apporte son regard sur les sujets qui concernent les Français de l’étranger. 


    LFP : Mme la Sénatrice, voyez-vous la culture et l’éducation, francophone naturellement, comme un élément de « soft power » à la française?

    Claudine Lepage : Bien évidemment. L’enseignement du français et en français, la culture francophone sont des vecteurs d’influence pour notre pays à travers le monde. Ce serait d’ailleurs mentir de prétendre l’inverse.

    « le français est en recul, notamment en Afrique, et il faudra développer à l’avenir un effort important pour former des enseignants ou nouer des partenariats avec des universités, si l’on souhaite que le français puisse notamment faire face à la concurrence d’autres langues »

    Plus il y a de locuteurs en français, plus il y a d’amateurs de culture française ou francophone, plus l’influence de la France dans le monde est forte. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le Président de la République a mis l’accent sur la Francophonie et a lancé le projet de doubler les effectifs dans les établissements scolaires du réseau d’enseignement français à l’étranger d’ici 2030. Cependant il ne faut pas se leurrer, le français est en recul, notamment en Afrique, et il faudra développer à l’avenir un effort important pour former des enseignants ou nouer des partenariats avec des universités, si l’on souhaite que le français puisse notamment faire face à la concurrence d’autres langues. En effet, la France n’est pas le seul pays à mener une diplomatie culturelle : les Chinois, les Turcs pour ne citer qu’eux ont une politique très ambitieuse dans ce domaine.

    La France bénéficie toujours d’un attrait particulier mais les situations sont désormais très différentes selon les pays.

    LFP : Les épreuves du Baccalauréat et du brevet ont parfois été mouvementées dans l’Hexagone, avez-vous eu des retours de ce type chez les Français hors de France?

    Claudine Lepage :  Fort heureusement, les élèves des lycées à l’étranger ont pu passer l’examen du baccalauréat dans de bonnes conditions et aucune difficulté n’a été relevée par l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) dans les établissements du réseau. Je regrette que, dans l’Hexagone, les examens aient été parfois mouvementés et regrette que le ministre Jean-Michel Blanquer n’ait pas eu un geste d’apaisement pour le corps enseignant.

    LFP : Certains, notamment au sein de la majorité, pensent que l’avenir de l’enseignement français à l’étranger devrait plus s’appuyer sur des fondations et des financements privés. Le récent projet Odyssey à Casablanca, Bucarest et Bruxelles, va dans ce sens. Quelle est votre opinion sur le sujet?

    Claudine Lepage : Je regrette bien entendu la baisse du budget consacré à l’enseignement français à l’étranger. Le rebasage de quelques 30 millions d’euros annoncé par le gouvernement n’est en fait que l’équivalent de la coupe budgétaire de 33 millions d’euros effectué à l’été 2017. Ce n’est malheureusement pas une augmentation de budget.

    « La marchandisation poussée à l’extrême de l’école représente un danger qui inquiète l’ensemble de la communauté éducative et particulièrement les parents qui craignent des frais de scolarité encore plus élevés pour une qualité d’enseignement moindre »

    Claudine Lepage, Sénatrice des Français hors de France

    Je suis sceptique également sur le choix du gouvernement de s’appuyer davantage sur des fondations et des financements privés car qui dit investisseur, dit nécessairement retour sur investissement… La marchandisation poussée à l’extrême de l’école représente un danger qui inquiète l’ensemble de la communauté éducative et particulièrement les parents qui craignent des frais de scolarité encore plus élevés pour une qualité d’enseignement moindre. La crainte principale qui est également partagée par les enseignants est que les établissements, faute d’un budget suffisant, ne puissent plus à l’avenir recruter des enseignants titulaires. Cela serait une perte non négligeable pour les établissements du réseau.

    J’estime aussi que l’homologation délivrée par le ministère de l’Éducation nationale, qui est un gage certain de qualité, devrait aller au-delà des seuls critères pédagogiques. Elle devrait également être un gage de bonne gouvernance. De plus, un suivi plus rigoureux de l’homologation devrait permettre de contrôler la qualité de l’enseignement dispensé.

    LFP : Vous êtes par ailleurs Présidente du groupe France-Canada. Les relations semblent au beau fixe malgré les remous passés du CETA. Est-ce également votre opinion? Pensez-vous que le CETA est une opportunité ou une menace pour la France et l’Union européenne?

    Claudine Lepage : Notre relation avec le Canada est très bonne et je le constate à chaque réunion du groupe interparlementaire d’amitié France-Canada comme à chaque rencontre avec l’ambassadrice du Canada en France. Je me félicite également que de plus en plus de jeunes Français se rendent au Canada pour leurs études ou entamer une vie professionnelle. Ces échanges vont consolider la relation d’amitié qui unit nos deux pays historiquement.

    Bien entendu le CETA divise car notre logiciel a changé et que nous sommes désormais tous préoccupés par l’écologie et la préservation de la planète. Si économiquement le bilan de la première année du CETA est plutôt positif pour l’Union européenne, en particulier pour la France en matière agricole, des doutes importants subsistent sur le côté environnemental.

    Comment aujourd’hui justifier que ces traités contribuent directement ou indirectement à plus d’insécurité sanitaire et à l’augmentation inéluctable des émissions de gaz à effet de serre ?

    De plus n’est-ce pas paradoxal de faire traverser l’Atlantique à des marchandises que nous produisons également ? Depuis deux ans et l’entrée pour partie en vigueur du traité, je crois que la donne a clairement changé !

    LFP : Enfin en tant que Sénatrice des Français établis hors de France, vous avez forcément un regard particulier sur nos compatriotes expatriés. Outre les points déjà évoqués, quels seraient les sujets prioritaires pour vous ?

    Claudine Lepage : De nombreux sujets sont prioritaires sur lesquels le gouvernement ne répond pas aux attentes des Français de l’étranger.

    Je pense en ce moment à l’imposition des non-résidents qui touchent une retraite ou un salaire de source française. Il semblerait, je suis encore en attente d’une confirmation de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) sur ce sujet, que les non-résidents qui sont soumis sur leur revenus de 2018 au prélèvement à la source ne seront pas remboursés des impôts qu’ils ont déjà versés sur leurs revenus de 2018. Ces personnes ne bénéficieraient donc pas de l’année blanche comme les contribuables résidant en France.

    Je pense également aux Français de l’étranger pensionnés d’un régime français de sécurité sociale qui ont de nombreuses difficultés à transmettre à la CNAV et aux caisses de retraite leurs certificats de vie. Je pense à la protection sociale qui a certes connu des avancées mais qui reste une problématique et un coût important pour les familles.

    Je pense aux enseignants qui ont des difficultés à obtenir un renouvellement de détachement pour enseigner dans le réseau AEFE et qui se retrouvent dans des situations difficiles sur le plan professionnel et familial.

  • L’Allemagne face au changement systémique de l’économie

    Les Français estiment que le cycle économique qui s’achève était par nature favorable aux Allemands car reposant sur la fourniture de biens d’équipement et de voitures. La remise en cause du modèle de croissance qui s’appuie sur industrie est donc censée mettre en difficulté notre partenaire d’Outre-Rhin.

    L’Allemagne est confrontée à plusieurs défis : la contraction des industries du passé mais aussi à la nécessité de sortir de la production électrique par le charbon. Par ailleurs, la moindre croissance du commerce international est une source de danger pour un pays dont la croissance repose avant tout sur les exportations. Le chantier de l’énergie L’Allemagne doit relever le défi de la transition énergétique. Du fait de ses choix énergétiques, son électricité est déjà plus chère de plus de 20 % de celle produite en France. Or, le Gouvernement a pris l’engagement de fermer les centrales au charbon d’ici 2038. Ces fermetures suivront celles des centrales nucléaires qui doivent intervenir d’ici 2022.

    En 2016, la production électrique via le charbon représente 43 % du total de la production. La part du nucléaire est de 13 % en 2016 contre 30 % en 1998. Les énergies renouvelables sont passées de 1 à 18,4 % durant la même période. L’éolien avec 12,4 % de la production est la première énergie renouvelable pour la production d’électricité. La part du gaz naturel dans la production électrique était de 13 % en 2016 contre 10 % en 1998. Cette transformation énergétique exige des investissements importants qui peuvent générer des surcoûts non négligeables et éroder un temps la compétitivité économique de l’industrie.

    Un affaiblissement de la compétitivité allemande

    Le modèle allemand reposait sur une intégration de biens intermédiaires à faibles coûts et sur des exportations haut de gamme dégageant des marges importantes. Une monnaie forte permettait de réduire le coût des importations et de valoriser les exportations. Pour maîtriser les coûts, les entreprises ont, ces dernières années, opté pour la rigueur salariale. Ce modèle a vécu. Les importations sont de plus en plus coûteuses, d’autant plus que l’euro a eu tendance à se déprécier en raison de la politique monétaire de la Banque centrale européenne. Depuis trois ans, les salaires progressent plus rapidement en Allemagne que chez ses principaux partenaires du fait du plein emploi et de l’instauration d’un salaire minimum national.

    La régionalisation du commerce international

    Les exportations dans des pays éloignées progressent moins vite que celles à destination des pays proches, ce qui n’était pas le cas au début du XXIe siècle. Plus un pays est développé, plus il a tendance à commercer avec ses voisins. Les pays d’Asie du Sud Est obéissent à cette loi. Les contraintes environnementales amplifient cette tendance. Ces dernières années, L’Allemagne a amplement profité de la croissance de la demande en provenance des pays émergents. Aujourd’hui, elle doit compter davantage sur les États de la zone euro mais dont la demande interne révolue faiblement.

    Des atouts pour réussir cette transition

    Les entreprises industrielles allemandes doivent tout à la fois revoir leur offre, faire face à la transition énergétique et se repositionner à l’international. Pour le moment, elles encaissent les chocs extérieurs sans pour autant réduire leurs effectifs, ce qui conduit à une baisse de la productivité. Pour s’adapter à la nouvelle donne économique, l’Allemagne dispose d’indéniables atouts. Les capacités financières des entreprises, des ménages, des administrations publiques sont importantes.

    Le taux d’épargne des ménages dépasse 18 % de leur revenu disponible brut. Le solde budgétaire est positif d’environ un point de PIB et la dette est en passe de revenir en-dessous de 60 % du PIB. Par ailleurs, le pays dégage d’importants excédents au niveau de sa balance des paiements courants, plus de 7 % du PIB. Le taux d’autofinancement des entreprises dépasse 110 %, ce qui leur permettrait d’investir plus fortement. Cet excédent d’épargne pourrait servir à l’Allemagne à préparer le futur avec notamment une augmentation des investissements dans les énergies renouvelables, dans l’intelligence artificielle ou dans les technologies de l’information.

    Pour le moment, l’Allemagne est peu présente dans le secteur d’Internet et dans les industries des énergies renouvelables à l’exception de l’éolien. Dans ce dernier secteur, les parts de marché de l’Allemagne dépassent 10% pour la production des biens d’équipement. La capacité de production en batteries électriques est de 726 MWh contre 217 GWhs pour la Chine, 49,6 GWH pour les États-Unis et 1,1 GWh pour la France. Elle arrive en onzième position à l’échelle mondiale et cinquième position au sein de l’Union européenne (source : Bloomberg Energy). Face à cette évolution de la donne industrielle, les entreprises allemandes répondent pour le moment avec lenteur. L’investissement productif outre-Rhin qui se tasse depuis deux ans est désormais inférieur à celui des autres pays de la zone euro. L’investissement public reste faible même s’il est en légère progression depuis 2016. Il est de 0,5 point de PIB inférieur à celui des autres pays de la zone euro (respectivement 2,5 % en Allemagne contre 3 % du PIB en moyenne au sein de l’eurozone – source Datastream). L’épargne de l’Allemagne est affectée à des placements sûrs avant tout des obligations d’État. Depuis la crise des dettes souveraines, l’Allemagne a réduit ses placements au sein de la zone euro et privilégie les acquisitions d’obligations aux États-Unis. Grâce essentiellement aux excédents d’épargne de l’Allemagne, la zone euro remplace la Chine comme créancier des États-Unis, permettant à ses derniers de conserver leurs déficits extérieur et budgétaire.

    Le ralentissement économique en cours contraint les entreprises allemandes à revoir leur modèle. Comme en 2008 ou en 2011, elles ont décidé de placer en temps partiel une partie de leurs salariés et d’engager des processus de formation afin de faciliter la réorientation de leurs activités. Ainsi, des entreprises dans le secteur des machines-outils se spécialisent dans la fabrication de matériels lourds pour les salles d’opération qui intègrent de plus en plus des équipements à forte intensité technologique dont le laser.

     

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