« Nous sommes à un moment de vérité, qui consiste à savoir si l’Union européenne est un projet politique ou un projet de marché uniquement. Moi, je pense que c’est un projet politique », a affirmé Emmanuel Macron au Financial Times jeudi.
Dans cet entretien au quotidien britannique, le président français fait valoir que « quand c’est un projet politique, d’abord, l’humain est au premier chef, et il y a des notions de solidarité qui se jouent, et y compris ensuite l’économique en procède. N’oublions jamais que l’économie est une science morale. »
Selon le chef de l’État français, un défaut de solidarité favoriserait l’arrivée des populistes au pouvoir.
« C’est évident, parce que [les populistes] diront : “qu’est-ce que c’est que cette aventure [européenne] que vous me proposez ?” Ces gens-là ne vous protègent pas quand vous avez une crise, ils ne vous protègent pas le lendemain, ils n’ont aucune solidarité avec vous », fait-il valoir.
En poursuivant ce qu’il considère être une paraphrase de la pensée populiste : « Lorsque vous avez les migrants qui arrivent chez vous, ils vous proposent de les garder. Lorsque vous avez l’épidémie qui arrive chez vous, ils vous proposent de la gérer. Ils sont sympathiques, au fond. Ils sont pour l’Europe quand il s’agit d’exporter vers chez vous les biens qu’ils produisent, ils sont pour l’Europe quand il s’agit d’avoir votre main-d’œuvre bon marché et de produire des équipements de voitures qu’on fait plus dans nos pays, mais ils ne sont pas pour l’Europe quand il faut mutualiser ».
Le président français insiste encore sur le fait que l’abandon des libertés pour lutter contre la maladie constituerait une menace pour les démocraties occidentales.
« Ce n’est pas parce qu’il y a une crise sanitaire qu’on doit renoncer à ce qui est notre ADN profond », note-t-il, dans une référence transparente au Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui s’est arrogé les pleins pouvoirs dans son pays à la faveur de la crise.
Selon Emmanuel Macron, « la Chine n’a pas tout dit ». Selon Dominic Raab, Premier ministre britannique par intérim, « La Chine va devoir répondre à des questions ». Et selon Trump, la Chine a caché la vérité. La vérité, c’est peut-être celle qu’imagine le Professeur Luc Montagnier, Prix Nobel de Médecine pour la découverte du virus du Sida en 2008.
Professeur Montagnier, prix Nobel 2008.
Déjà, le Washington Post révélait qu’une mission américaine dans un laboratoire chinois, celui de Wuhan, spécialisé dans la recherche sur les coronavirus, situé à deux pas du fameux marché aux poissons d’où se serait échappé le virus, avait envoyé un rapport à l’administration américaine dénonçant le manque de sécurité du laboratoire. Un indice grave pesait sur les autorités chinoises, et sur le laboratoire.
Cette fois, Luc Montagnier va plus loin. Il affirme aujourd’hui que la structure de l’ADN du coronavirus, telle qu’elle a été transmise par les autorités chinoise, ne peut résulter d’une mutation naturelle, parce qu’elle contient des éléments issus du virus du sida, dont il est le découvreur. Il explique, dans un entretien au Dr Jean-François Lemoine, pour « Pourquoi docteur ? »[1], que ce résultat n’est possible qu’à la suite d’une manipulation. Selon toute vraisemblance, cette manipulation n’a pu avoir eu lieu que dans un laboratoire spécialisé en virologie, comme celui de Wuhan, à deux pas du marché aux poissons.
La communauté scientifique a souvent contesté les prises de position du Professeur Montagnié, notamment sur la mémoire de l’eau ou sur les vaccins. Cependant, personne ne lui conteste sa compétence en matière de virologie. Encore moins en ce qui concerne le VIH, le virus du sida, dont l’identification lui a valu le prix Nobel en 2008. Le Professeur Montagnié fait aussi état de chercheurs indiens qui ont fait le même constat mais qui n’auraient pas pu publier leurs études. La pression du gouvernement chinois les en ayant empêché.
Selon le Professeur, les autorités chinoises, qu’il connait bien puisqu’il a été appelé pour diriger un Institut de recherche à Shanghai en 2010, gagneraient à reconnaitre cette erreur, ce qui faciliterait les réponses. Selon lui, de telles recherches ont du être effectuées vraisemblablement pour découvrir un vaccin contre le Sida. Une erreur humaine aurait provoqué la dispersion du virus. Le patient zéro serait donc quelqu’un du laboratoire.
Pour lui, le virus est de toute façon vouée à disparaitre, car son génome, artificiel, recèle des incompatibilités. La dangerosité du virus devrait donc s’estomper au fur et à mesure de ses mutations.
En tout cas, l’accusation est lancée, les questions sont de plus en plus précises. L’hypothèse qu’il avance fera réagir, aussi bien d’autres virologues, que les autorités chinoises.
On comprend mieux les déclarations des dirigeants politiques s’ils sont en possession d’autres indices qui désignent le laboratoire de Wuhan comme le cœur de l’épidémie plutôt que le marché aux poissons.
[1] (L’intégralité de l’entretien, sur le site : « Pourquoi docteur ? »)
Le Coronavirus a aussi touché votre pays d’expatriation… Salariés ou indépendants travaillant dans le tourisme, le commerce, la restauration, le transport, etc… Vous être contraint de mettre fin à votre expatriation… Mais de retour en France, comment faire valoir ses droits auprès de Pôle emploi ? Comment obtenir le RSA ? La sécu ?
Vous ne savez pas par où commencer et comment procéder ? on attaque les démarches indispensables à effectuer avec Pôle emploi, afin de vérifier vos droits…
De retour d’un pays membre de l’Union Européenne, de la Suisse, de l’Islande ou du Liechtenstein (EEE)
Vous pouvez faire valoir en France vos années de cotisations chômage à l’étranger
Après avoir travaillé en Europe pendant 3 ans, vous voila de retour en France…
Pas d’inquiétude ! Une solution existe : le formulaire U1. Vous devez, en principe, le demander au service de l’emploi, ou à l’organisme de sécurité sociale qui gère vos droits au chômage dans votre pays d’expatriation, avant votre retour en France. Grâce à ce formulaire, vos années de cotisations dans un pays de l’EEE seront prises en compte, et vous pourrez ainsi bénéficier des allocations chômage en France, à votre retour.
Vous avez oublié de demander votre formulaire avant de quitter votre pays d’expatriation ? Signalez-le à votre agence Pôle emploi. Elle se mettra en contact avec les autorités compétentes, afin d’obtenir toutes les informations nécessaires.
Vous avez activé vos droits de chômage dans votre pays d’accueil et vous souhaitez transférer votre indemnisation chômage en France
Vous vous retrouvez au chômage depuis plusieurs semaines sans espoir de retrouver votre poste, et vous souhaitez retourner en France chercher un emploi. Sachez que vous pouvez parfaitement transférer vos indemnités chômage en France. Pour cela, demandez, impérativement avant de quitter votre pays d’expatriation, le formulaire U2, à l’autorité compétente. Il vous permettra de toucher en France votre indemnisation chômage, pendant une durée de 3 mois (prolongation possible jusqu’à 6 mois maximum). Attention, si vous avez déjà bénéficié de 2 mois d’indemnisation dans le pays d’accueil, vous ne pourrez prétendre qu’à un seul petit mois en France.
À noter qu’il est nécessaire de respecter certaines conditions pour pouvoir transférer votre indemnisation chômage en France :
Vous devez restez au moins 4 semaines dans votre pays d’expatriation, à compter du jour où vous bénéficiez de votre indemnisation. Sous certaines conditions, votre pays de résidence peut vous autoriser à partir plus tôt.
Vous devez vous inscrire à Pôle emploi dans les 7 jours qui suivent votre arrivée sur le territoire français, pour percevoir votre indemnisation sans interruption. Dans le cas contraire, vous ne serez indemnisé qu’au jour de votre inscription à Pôle emploi.
Faites bien attention, contrairement au document U1, ce formulaire U2 est indispensable pour faire valoir vos droits. Si vous oubliez de la demander avant de quitter votre pays d’expatriation, vous ne pourrez plus faire valoir vos droits en France. Soyez donc attentif !
De retour d’un autre pays, quelles démarches effectuer auprès de Pôle emploi ?
Malheureusement, il n’y aura pas de possibilité de transférer vos droits sauf si vous avez travaillé comme travailleur détaché d’une société européenne qui vous aura inscrit à la caisse des expatriés de son pays. Pour les autres, si vous avez travaillé en France précédemment, vous pourriez ainsi bénéficier d’un reliquat vous permettant d’être indemnisé. Néanmoins, sachez que vos droits sont déchus au bout de 3 ans, auxquels s’ajoute la durée du reliquat. En fonction de la durée de votre expatriation, vous pourriez donc ne plus pouvoir bénéficier des allocations chômage, pour lesquelles vous avez cotisé avant votre départ.
Dans tous les cas inscrivez-vous malgré tout à Pôle emploi, qui vous accompagnera dans vos démarches et vos recherches d’emploi. De plus, vous pourrez, sous certaines conditions, effectuer une demande d’allocation temporaire d’attente.
Pas de droit au Chômage et le RSA ?
La RSA n’est ouvert qu’aux personnes qui résident en France de manière stable et effective. Pour quelqu’un qui revient en France après plusieurs mois passés à l’étranger, il n’est pas possible de demander le RSA qu’à partir du 1er jour du 4e mois de présence en France.
La demande de RSA se fait auprès de votre Caisse d’Allocations Familiales (CAF). Au préalable, vous devez cependant être inscrit à Pôle Emploi. La somme versée pour votre RSA est fixée en fonction des revenus touchés pendant les trois premiers mois précédant votre demande de RSA. Les revenus gagnés à l’étranger peuvent être pris en compte dans le calcul.
La Sécurité Sociale ouverte à tous sans carence !
C’est un acte de solidarité nationale pour tous les Français touchés par le Covid-19 et ses conséquences. En ayant rejoint la France avant le 30 mai, vous bénéficiez automatique de la couverture santé sans discontinuité. Sinon, vous devrez soin bénéficier de votre assurance issue de votre pays de départ, soit être couvert par les droits au chômage transcrit, soit attendre d’être présent sur le territoire depuis 3 mois pour avoir le droit à la couverture universelle comme aux autres aides sociales.
L’Europe ne propose pas une solution et des mesures uniques face à la pandémie. C’est dû naturellement au fait que la situation n’est pas la même partout, mais aussi que les mesures sanitaires restent une compétence nationale, voire régionale.
Le lycée français de Berlin est fermé, et le restera encore un certain temps
Régionale en Allemagne par exemple ou les Länders n’adoptent pas tous la même stratégie. La Bavière, plus durement touchée que le reste du pays même si, comme dans les autres régions, le taux de mortalité reste extrêmement faible, est depuis le début adepte de mesures très strictes alors que la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, région la plus peuplée, a toujours maintenu ses frontières avec la Belgique et les Pays-Bas ouverte.
Si le déconfinement prendra corps réellement à partir du 3 mai, comme en Belgique, la chancellerie fédérale et les régions se sont cependant mis d’accord sur la réouverture progressive des commerces de moins de 800 m² à partir de lundi 20 avril, avec de stricts conditions. Les écoles, lycées français compris, ne pourrons pas rouvrir avant cette date.
Déconfinement par étapes au Danemark
Le Danemark aussi évolue et affine sa stratégie. Le confinement, déclaré le 13 mars, ne fut jamais total, il fut toujours possible de sortir et, dans un premier temps, les restaurants restèrent ouverts mais fermèrent très rapidement. De nos jours seul les commerces d’alimentation sont ouverts.
Le mythique quartier de Christiania, comme le reste de Copenhague et du Danemark, a été soumis au confinement
Dans le Royaume, dont la population a l’habitude de respecter les règles et qui utilise déjà largement le télétravail, cela s’est fait sans trop de difficultés. Même le quartier mythique de Christiana, commune autogérée jusque 2013, et controversée ou existent toutes sortes de trafics, n’a pas particulièrement fait parlé de lui.
Au Danemark Un groupe fonctionne en consensus grâce à l’implication des 3 conseillers consulaires et des membres actifs de la communauté française: Covid19 Information, entraide et solidarité. Il compte désormais 573 membres.
Marie-José Caron, conseillère consulaire et conseillère AFE, qui pour sa part avait opté pour le confinement total nous a décrit les rapports entre les élus, les Français du Danemark, et le Consulat :
« Le consulat a été très engagé et actif à informer et assister les français, de même que le député Alexandre Holroyd qui a organisé une visioconférence pour entendre nos remarques et besoins. »
La population française au Danemark, 6 000 inscrits au Consulat, a donc plutôt sereinement vécu cette période. Les petites classes et les crèches, quant à elles, vont rouvrir lundi 20 avril.
Les pays les moins touchés relâchent la pression
République tchèque, Autriche, pays relativement épargnés par le Coronavirus sont aussi dans une stratégie de déconfinement et de réouverture des commerces. Là aussi, cependant les mesures de sécurité restent strictes et le confinement peut être rétabli. Il n’est pas question de prendre le moindre risque.
La Bulgarie est le pays le plus proche de l’adhésion à l’euro. Mais en février, le Premier ministre Borissov avait hésité à aller de l’avant, déclarant que la Bulgarie reporterait à juillet ses projets d’adhésion au mécanisme de change MCE II, également connu sous le nom de « d’antichambre » de la zone euro, où les pays candidats doivent demeurer pendant deux ans. Boïko Borissov affirme désormais que c’était une erreur.
Il a déclaré qu’en février, il pensait que « l’opinion publique n’était pas prête ».
Mais après avoir vu à quel point les paquets de mesures pour faire face au Covid-19 sont généreux pour les pays de la zone euro, ses hésitations ont disparu.
Alors qu’en France, les plaintes contre le gouvernement s’accumulent, que les questions sont multiples, vu de l’étranger, la France est citée en exemple. C’est le New York Times qui souligne, dès le 26 mars, la capacité de réaction du système de santé français, jugé comme « l’un des meilleurs systèmes de soins de santé du monde ». Une quinzaine de jours plus tard, l’excellence des hôpitaux français est saluée par la presse internationale.
Les italiens impressionnés par la réactivité de la France !
L’augmentation du nombre de places en réanimation, la mutation se services entiers, sont reconnues comme des prouesses d’adaptabilité à mettre au crédit de l’administration et du corps médical qui ont travaillé de concert
Au début de l’épidémie, la Repubblica, le quotidien italien, constatait que « la France et l’Italie avaient à peu près le même nombre de lits en réanimation, environ 5.000 ». Mais contrairement à l’Italie (il est vrai, pris de court par la catastrophe) « la France a su rapidement multiplier ce nombre ». Autre élément souligné par le journal : l’organisation des services de réanimation : « en Italie, ce sont des salles ‘ouvertes’ de plusieurs lits, tandis qu’en France, les patients sont seuls dans leur chambre. » . Cette organisation aurait eu pour conséquence de réduire les cas de contaminations à l’intérieur même des hôpitaux.
Le transfert des patients : le génie de l’organisation française
Le monde a aussi applaudit lors du déploiement du système de transfert des patients mis au point par la France.
Pour la Repubblica, ce sont ces transferts qui ont permis d’éviter la saturation des services de réanimation.
la directrice médicale du Samu du Val d’Oise raconte : « j’ai été interrogée par des journalistes américains, ils sont bluffés par ce qu’on fait : transporter des gens sous respirateur ».
Pour l’Allemagne, la politique de transfert fût également l’occasion de souligner la solidarité qui existe entre les hôpitaux européens.Comme le souligne Die Welt, de nombreux hôpitaux allemands ont en effet accepté d’accueillir des patients en soins intensifs en provenance d’Alsace.
La France Jacobine, gage d’efficacité ?
Souvent décriée dans les démocraties pour son « centralisme » qui étoufferait les régions et nuirait à l’efficience des gestions publiques, la France est cette fois louée pour sa gestion centralisée de la santé. Pour tous, elle a permis à notre pays d’assurer une meilleure organisation des soins (en Italie et en Espagne, cette compétence relève en effet des régions). En Italie, pour la Repubblica, le transfert des patients mais aussi la réquisition de médecins vers les régions les plus sinistrées n’auraient pas été possibles sans la centralisation des décisions.
Un savoir-faire et un manque de moyens !
Tout en soulignant l’excellence de l’organisation « à la française », la presse étrangère s’étonne du manque de moyens auquel font face les professionnels de santé. Cette crise sanitaire est intervenue en plein mouvement de grogne des hôpitaux dont les arguments sont repris par les différents médias internationaux. Comme dans de nombreux pays, le manque de masques est le symbole d’une certaine impréparation face à la crise. Ainsi, pour le quotidien suisse, Le Temps, « le coronavirus est le révélateur le plus flagrant qui soit du ‘mal-être’ médical français ».
La chanson nous réserve quelquefois d’étonnants parallélismes. En 1993 sortait le single « Rhythm of the Night » porté par l’inimitable chanteuse italo-brésilienne Corona. Ah… l’été, l’éveil des sens, l’ivresse des boîtes de nuit, les tresses, l’odeur du sable mouillé, les prises du vue obliques du vidéo-clip qui passait sur MTV, le son à la « dance machine » du clavier Bontempi, en sachant que Corona avait été lancée sur les ondes par le producteur-dj-chanteur-dénicheur de talents transalpin, Francesco… Bontempi. Littéralement, et à double titre, c’était le bon vieux temps !
Chansons de circonstance
Vingt-sept ans plus tard, le coronavirus Covid-19 impose à nos existences une cadence bien nocturne. Le jour se comporte comme la nuit, rhythm of the night pour tous : silence dans les rues à toute heure, devantures closes et clause libératoire pour la promenade de Médor, silhouettes spectrales aux carrefours et visages fantomatiques au dernier Franprix de ravitaillement, supérettes transformées en dépanneurs nord-américains où il ne reste parfois que des chips cheap et du mauvais mousseux, masques aux allures carnavalesques pour une bonne frange des très rares passants rencontrés. Ça sent la gueule de bois globale. Alors on chante pour se donner du courage…
En podcast, Killian Costa vous offre un mix de sa sélection.
Ci-dessous quelques clips à consommer sans modération
La Mission laïque française (MLF) est une association à but non lucratif française, créée par Pierre Deschamps en 1902 et reconnue d’utilité publique en 1907, qui a pour objet la diffusion de la langue et de la culture françaises dans le monde, par un enseignement laïque, plurilingue et interculturel. Elle anime un réseau de 109 établissements d’enseignement français à l’étranger scolarisant plus de 60 000 élèves dans 38 pays. Jean-Christophe Deberre est un ancien élève de l’École Normale Supérieure de Saint-Cloud, agrégé de Lettres modernes et inspecteur d’académie, Il a été professeur en France et à l’étranger, chargé de la coopération éducative au ministère de la Coopération, puis conseiller culturel en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Depuis le 1 septembre 2009, il est le directeur général de la Mission laïque française depuis et de l’Office scolaire et universitaire international.
M. Deberre a accepté de répondre aux questions des francais.press concernant la situation au sein de la Mission laique française.
Le lycée français de Rabat. La Mlf est très présente au Maroc
Lesfrancais.press : Quel est l’état du réseau ? Pouvez-vous nous indiquer le nombre de fermetures ? Le nombre d’élèves concernés?
Jean-Christophe Deberre : La Mlf, association d’intérêt public dédiée à la diffusion de la langue et la culture françaises par l’éducation, compte 112 établissements dans son réseau, lequel est partie intégrante du grand réseau d’enseignement français dans le monde. Parmi ces 112 sites scolaires accueillant plus de 60 000 élèves, 33 sont gérés directement par la Mlf, 60 sont des partenaires, qui s’appuient sur l’association pour la qualité pédagogique de leur offre; la Mlf gère des écoles d’entreprise pour le compte de grands groupes français.
Tous, à part un établissement au Turkmenistan qui est encore lycée français, sont aujourd’hui fermés, les premiers ayant été les écoles d’entreprise en Chine (Renault, PSA, Areva…). Tous ont immédiatement mis en œuvre la continuité pédagogique attendue des parents. La Mlf ne s’était pas plus préparée à ce type de situation qu’une autre organisation; simplement, l’investissement qu’elle fait depuis des années sur le numérique pédagogique aura permis une réactivité réelle pour réaménager l’offre scolaire, du présentiel au virtuel; l’ensemble des enseignants s’est lancé avec courage et efficacité dans cette aventure, car c’en est une : toute la tradition scolaire est profondément interrogée par une situation qui oblige à réinventer le métier de l’enseignant et c’est là-dessus que nous avons mis l’accent. L’enseignant à distance doit tout réinventer pour que son enseignement derrière un écran reste mobilisateur, interactif, efficace, et ce n’est pas une mince affaire.
Lesfrancais.press : L’impact sur le suivi pédagogique ? La Mlf a-t-elle mis en place un système de « classe à la maison », des solutions variables selon les établissements et vos liens avec eux (pleine responsabilité, établissements partenaires…) ?
Jean-Christophe Deberre : Le service de la pédagogie de la Mission laïque française publie régulièrement, des documents de ressources en plusieurs langues et pour tous les niveaux pour assurer la continuité pédagogique. Ces ressources sont disponibles sur les sites mlfmonde.org et mlfnumerique.org. Sur Twitter, un fil de veille pédagogique est en place, à suivre avec #Mlfveille.
Le schéma ci-dessous présente les premières phases d’accompagnement pédagogique mis en place via notre plateforme de formation en ligne, le Forum pédagogique.
Ce programme consiste à aider les enseignants à concevoir, à scénariser l’enseignement à distance ; c’est aborder en quelque sorte le « comment » qui fait souvent défaut aux seuls documents ressources envoyés. Cette approche s’envisage dès la maternelle jusqu’au lycée. La question de la méthode est centrale, elle est loin d’être appréhendée par tous.
L’importance pour s’inscrire dans la durée est de bien organiser le cadre (semaine, journée, séquence…), de bien structurer le suivi des élèves dans le temps pour ne pas perdre leur motivation et leur engagement, de réfléchir aux interactions entre tous les membres de la communauté, en temps synchrone et en temps asynchrone.
Tous les établissements du réseau mlfmonde bénéficient de ces temps de formation, d’interactions entre pairs, avec des experts, avec les conseillers pédagogiques du réseau sur le Forum pédagogique entièrement dédié à la formation des professeurs à l’enseignement à distance. Aujourd’hui, on totalise plus de 9000 inscrits depuis le début de l’année, mais plus de 7000 inscrits depuis fin février quand les premiers établissements en plus grand nombre ont été impactés par la crise du COVID19.
Lesfrancais.press : Le contrôle continu et l’assiduité : comment mettez-vous cela en place ? Avez-vous reçu des consignes du ministère ?
Jean-Christophe Deberre : Vu du siège de la Mlf, et en cohérence avec le message que nous tenons en direction des parents et des élèves sur la continuité pédagogique, il faut assortir ce message de son complément naturel : la production des élèves est essentielle, elle doit continuer d’être évaluée. C’est une des clés d’apprentissages bien assimilés. Les classes à examens (DNB, cycle terminal du lycée) ont fait l’objet d’une communication du ministre sur les modalités de passage à ces examens en prenant appui sur le contrôle continu, adapté à ces circonstances exceptionnelles. C’est donc bien sur la progression des élèves au regard du programme que l’évaluation est calée et le maximum doit être fait pour que le programme soit traité. On objectera que la diversité des situations rompt le principe d’équité; certainement, mais ce n’est ni un temps perdu, ni un handicap bien au contraire, que nos élèves aient
accompli le maximum de ce que l’on peut faire du programme de l’année. Pour les autres niveaux, le même raisonnement se tient : une progression sur le programme, des évaluations régulières attestant d’un suivi attentif et
sérieux de l’élève, au moment où des conseils de classe décideraient des passages; et quelles que soient les modalités de décision, les élèves non seulement n’auraient pas perdu leur temps, mais ils en auront gagné pour aborder avec aisance l’année suivante. On fera simplement remarquer que cette période exceptionnelle autorise à réfléchir sur les modalités de l’évaluation; elle invite à sortir de la sacro-sainte note, là où elle n’est que la seule modalité officielle car cela existe, pour approfondir la pratique d’une évaluation formative qui implique l’élève, l’engage, lui donne confiance et de fait garantit son assiduité. Dans cette mesure, le livret de compétences gardera toute sa pertinence, parents et élèves en ont l’habitude.
Lesfrancais.press :Vous êtes présents dans de nombreux pays où les expatriés sont souvent liés aux activités touristiques, quelle solution avez-vous proposée ou envisagez-vous pour les parents en difficultés ?
Jean-Christophe Deberre : Des échelonnements plus souples ont été proposés. Les situations des familles sont étudiées avec attention au cas par cas. Nous étudions la possibilité de mise en place d’une caisse de solidarité en Espagne de manière à accompagner plus de cas difficiles, le pays étant très touché du fait des nombreuses professions liées au tourisme.
Lesfrancais.press : Comme l’ensemble des structures, vos lycées doivent subir une tension financière, le réseau a-t’il les moyens de surmonter seul le choc ?
Jean-Christophe Deberre : Cette crise ne sera pas sans conséquence sur la capacité financière du réseau. Tout dépendra de l’ampleur de la crise économique qui suivra la crise sanitaire.
Lesfrancais.press : Qu’attendez-vous des mesures qui seront bientôt prises par le gouvernement pour accompagner les établissements dans le monde ?
Jean-Christophe Deberre : Qu’elles soient réparties en tenant compte du respect des critères d’homologation, du respect de la réglementation locale, du maintien des droits de scolarité lié à une continuité pédagogique et donc, du maintien des salaires.
Lesfrancais.press : Vous dirigez ce réseau très important et ancien. La situation est inédite à l’échelle internationale. Comment le ressentez-vous ? Comment la Mlf a-t-elle vue la situation évoluer ?
Jean-Christophe Deberre : Inédite par sa soudaineté, son ampleur, son imprévisibilité, la crise sanitaire actuelle le sera bien davantage quand on aura évalué l’ensemble des conséquences économiques et sociales qu’elle engendre, et dont on découvre chaque jour la complexité. Comme elle est générale, cette crise économique est déjà mondiale, avec des effets d’appauvrissement, de déstabilisation sociale, et donc de modification des comportements qui ne seront pas restaurés à l’identique et pas avant longtemps certainement.
Le Grand Lycée Franco-Libanais de Beyrouth fait partie du réseau de la Mlf
Le réseau d’enseignement français à l’étranger est un réseau payant, quoiqu’en partie subventionné par l’Etat. A n’en pas douter, et avec des effets variables selon les pays, selon les classes sociales fréquentant les établissements, selon aussi les établissements eux-mêmes et la capacité financière dont ils disposaient, ce réseau connaîtra des pertes d’effectif et une crise de financement. Pour les jeunes français dont les familles seront en difficulté, le système des bourses devrait aider; pour les élèves nationaux, de telles aides n’existent pas. Ce sont donc les accompagnements proposés par les pouvoirs publics locaux ou français qu’il faudra observer, et nous savons que la réflexion est à l’œuvre; de manière générale, l’analyse que l’on peut faire est que ce sont des facilités ponctuelles de trésorerie dont les établissements auront besoin. On ne peut en effet mettre en place la continuité pédagogique sans sécuriser la masse salariale car ce sont les enseignants qui assurent l’école de cette continuité; et on ne peut atténuer la charge des familles sans assurance que l’équilibre financier soit assuré par une aide externe, même ponctuelle, en relais de rentrées financières en diminution. L’Etat tient à ce réseau scolaire, nous attendons avec confiance les mécanismes auxquels il réfléchit.
Et puis, quand viendra le jour d’après, c’est une école certainement différente que l’on rouvrira. Elle aura été modifiée par une très longue interruption de son activité habituelle, les élèves devront parler de cette longue vacance de la socialisation qu’ils connaissaient, réinvestir leur vie d’élèves; et l’école, qui aura vécu en virtuel pendant des semaines, des mois, aura sans le vouloir assumer une transformation profonde de sa propre culture: sans instructions, sans obligation scolaire, sans contact direct avec les élèves, elle se sera appropriée ce que ses pesanteurs institutionnelles lui font difficilement réévaluer: une immense marge d’initiative et de liberté pour à tout prix garder le contact avec des élèves qui n’étaient pas là sinon derrière l’écran, et avec des parents, qui sont pour la première fois devenus des acteurs quotidiens des apprentissages de leurs enfants. C’est de cette nouvelle société scolaire qu’il faudra parler, et notre association s’y prépare déjà.