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  • UE-Mercosur : tensions entre Berlin et Paris, des voix s’élèvent pour réclamer une scission de l’accord commercial

    UE-Mercosur : tensions entre Berlin et Paris, des voix s’élèvent pour réclamer une scission de l’accord commercial

    L’Allemagne fait monter la pression pour conclure l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le bloc latino-américain Mercosur d’ici décembre, tandis que des responsables politiques clés appellent à scinder l’accord pour contourner l’opposition de la France, blâmant le « patriotisme erroné » de Paris.

    Plusieurs responsables politiques allemands pressent pour la conclusion rapide d’une partie de l’accord de libre-échange concernant uniquement l’UE, tandis que la France réaffirme son opposition, préoccupée par son secteur agricole et la protection de l’environnement. La Commission européenne laisse entendre de son côté qu’un accord politique pourrait être conclu avant la fin de l’année.

    « La Commission européenne doit diviser l’accord en une partie commerciale réservée à l’UE et une partie politique », a déclaré à Euractiv Markus Töns, député et responsable de la politique commerciale pour le SPD (S&D), le principal parti du gouvernement.

    En « divisant » l’accord, la partie commerciale, qui comprend les droits de douane, les quotas d’importation et un « chapitre sur la durabilité », pourrait être adoptée à la majorité qualifiée par le Conseil, sans attendre la ratification par les parlements nationaux de chacun des États membres.

    Bien que Markus Töns ait avoué qu’il n’était pas favorable à l’idée de « contourner la France », le fait de scinder l’accord en deux éléments permettrait aux pays pro-Mercosur de contourner l’opposition farouche de la France — exacerbant ainsi le conflit de longue date entre Berlin et Paris au sujet du plan d’accord commercial conclu il y a 25 ans avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay.

    La conclusion de l’accord avec le Mercosur et l’accent mis sur les dispositions « réservées à l’UE » constituent une demande de longue date du chancelier allemand Olaf Scholz, qui pourrait vouloir faire aboutir l’accord avant de se lancer dans la campagne électorale en vue des élections anticipées de février.

    Le reste de l’accord, comme les références aux dialogues culturels et politiques et les « éléments essentiels », serait mis en suspens jusqu’à ce que les parlements nationaux soient parvenus à un consensus.

    Signaux contradictoires

    Paris a depuis longtemps fait savoir qu’elle ne pouvait pas signer l’accord en tant que tel, au motif qu’il mettrait en péril l’Accord de Paris — accord sur le climat — et ne garantirait pas le niveau de réciprocité nécessaire en matière de normes de production sociales et environnementales, en particulier dans les secteurs agricoles.

    « En l’état actuel des choses, j’ai dit [à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen] que l’accord n’est pas et ne sera pas acceptable », a déclaré le Premier ministre Michel Barnier mercredi 13 novembre à l’issue d’un voyage express à Bruxelles.

    L’équipe de presse de Michel Barnier a confié à Euractiv qu’elle ne s’attendait pas à un accord politique d’ici décembre, avertissant que l’UE ne devrait « pas aller à l’encontre d’un pays comme la France ».

    Pendant ce temps, l’Élysée s’est empressé de noter que d’autres États membres, comme la Pologne, la Belgique, les Pays-Bas, mais aussi Chypre et la Grèce ont également fait part de leurs inquiétudes.

    Markus Töns a cependant critiqué le gouvernement français pour avoir suivi un « sens patriotique erroné » en « s’attachant au secteur agricole, petit, mais identitaire ».

    « La France doit, à mon avis, reconsidérer d’urgence sa position et, espérons-le, parvenir à un accord », a-t-il ajouté.

    Contrairement à Michel Barnier, « la Commission européenne et les partenaires du Mercosur sont convaincus que nous pourrons finaliser l’accord cette année », a poursuivi l’homme politique allemand.

    Le chancelier allemand Olaf Scholz (à gauche) et le président français Emmanuel Macron (à droite) en réunion à la Chancellerie le 2 octobre 2024 à Berlin, en Allemagne. ©Tobias Schwarz - Pool/Getty Images
    Le chancelier allemand Olaf Scholz (à gauche) et le président français Emmanuel Macron (à droite) en réunion à la Chancellerie le 2 octobre 2024 à Berlin, en Allemagne. ©Tobias Schwarz – Pool/Getty Images

    Il a en outre fait part de son « optimisme » quant à la possibilité de conclure les négociations d’ici les 5 et 6 décembre, date d’un sommet des États du Mercosur.

    L’Élysée a refusé de commenter les détails, mais a confirmé que l’ajout d’un régime de compensation pour les agriculteurs, comme l’a rapporté Politico le mois dernier, n’avait pas suffi à infléchir la position du pays.

    Ne divisez pas l’Europe

    L’appel urgent du SPD à diviser l’accord en deux ne fait cependant pas l’unanimité à Berlin.

    Alors que l’ancien partenaire de coalition du SPD, le député pro-marché Carl-Julius Cronenberg (FDP), a indiqué à Euractiv que la division de l’accord ne devait pas être un sujet tabou, Bettina Rudloff, experte en commerce et en agriculture à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité (SWP), a affirmé qu’un soutien suffisant pour une telle décision n’était pas garanti.

    « Onze pays ont signé une lettre exprimant explicitement leur soutien à l’accord », a-t-elle rappelé, citant un document envoyé par le chancelier Olaf Scholz, le Premier ministre espagnol Pédro Sanchez et neuf autres homologues à Ursula von der Leyen en septembre.

    « Mais 11 ne sont pas 15 », a-t-elle noté, car 15 est le nombre d’États membres requis pour une « majorité qualifiée » au Conseil.

    Alors que de nombreux accords commerciaux de l’UE se heurtent à une opposition sur des éléments inclus dans la partie « politique », telles que les clauses de protection des investissements, Bettina Rudloff a noté que « dans le Mercosur, les questions les plus litigieuses se trouvent dans la partie commerciale traditionnelle », citant les quotas d’importation pour le bœuf et le chapitre sur le développement durable.

    Par ailleurs, l’accord entre l’UE et le Mercosur ne comporte pas de clause de protection des investissements, non seulement à cause de l’UE, mais aussi parce que « le Brésil est traditionnellement critique sur les règles respectives », a-t-elle fait remarquer.

    De son côté, le député vert Maik Außendorf a mis en garde contre le contournement de la France, affirmant que « l’Europe ne doit pas se laisser diviser ».

    Le ministère de l’Économie dirigé par les Verts a réitéré le rôle de la Commission en tant qu’unique négociateur. La Commission « décide des prochaines étapes, en particulier de l’architecture de l’accord », a déclaré un porte-parole du ministère à Euractiv.

    Le porte-parole a néanmoins indiqué que l’accord était « d’une grande importance pour l’Allemagne et l’UE en termes de commerce et de géopolitique », ajoutant que l’Allemagne « est fermement en faveur de la conclusion des négociations avec les États du Mercosur avant la fin de l’année ».

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.11.2024

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 18.11.2024

    Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le flash quotidien des expatriés du lundi 18 novembre. Dans les titres de cette édition : François Hollande contre l’imposition au passeport – Emmanuel Macron en tournée en Amérique du Sud – Grève illimitée à la SNCF pour les fêtes ?

    L’imposition au passeport ?

    L’ancien Président de la République, François Hollande, était à Londres pour partager sa vision du monde, et décrypter l’actualité internationale. À l’invitation de Sciences Po Alumni UK, celui qui est redevenu député de la Corrèze en juillet dernier, a pu échanger avec des étudiants lors de cet événement intitulé « In conversation with François Hollande ». Et il a également profité de cette tribune pour glisser quelques idées en vue de la prochaine élection présidentielle en France. Lesfrancais.press a pu l’interviewer, interrogée sur l’idée à la mode au sein du Nouveau front populaire d’instaurer l’imposition au passeport, le ténor de gauche répond cash :, « cela n’a pas de sens ».

    Imposition à la nationalité française, possible ou chimère ? - @adobestock
    Imposition à la nationalité française, possible ou chimère ? – @adobestock

    Mercosur et G20 au programme d’Emmanuel Macron

    Au cours de cette tournée en Amérique latine qui le mène en Argentine mais aussi au Chili avant de rejoindre le Brésil pour le G20. Il a dû notamment expliquer aux pays du Mercosur, qui inclut les 3 États qu’il visite, pourquoi il s’oppose à la signature d’un accord de libre-échange entre ce bloc régional et l’Union européenne. Pourtant malgré la pression des agriculteurs français qui prévoient de se mobiliser dans les prochains jours, la Commission européenne, soutenue par plusieurs pays comme l’Allemagne et l’Espagne, espère signer ce traité d’ici la fin de l’année.

    Pourrez-vous prendre le train pendant les vacances de Noël en France ?

    Car, vous le savez, les syndicats cheminots appellent à une grève illimitée dès le 11 décembre pour protester contre le démantèlement de Fret SNCF. Jean-Pierre Farandou, président de la SNCF, a appelé auprès de la Tribune Dimanche « au sens des responsabilités » des cheminots. Le PDG du groupe ferroviaire a précisé que la transformation de Fret SNCF, imposée par un accord européen, est nécessaire pour la survie de l’activité fret. «Le paradoxe, c’est que celle-ci sera en bien meilleure forme économique qu’avant», grâce à une aide d’État de 30 millions d’euros par an. Il a insisté sur le fait qu’aucun licenciement n’était prévu et que les cheminots transférés trouveraient des solutions dans d’autres activités comme le TER.

    C’est ainsi que se termine ce flash quotidien des expatriés. Beau lundi à toutes et à tous !

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

  • Mille jours de guerre ; deux mille de révolutions

    Mille jours de guerre ; deux mille de révolutions

    Mille jours de guerre en Ukraine. Zelenski annonce la « paix dans la victoire » pour cette année. À son désespoir, Scholz tâte Poutine, pour plaire à Trump. L’Europe et le monde sont déjà, comme le dit Sébastien Lecornu, ministre des Armées, « Ni tout à fait en paix, ni tout à fait en guerre ». Comment « faire un Scholz » : soutenir Zelenski et draguer Poutine ? En renonçant et au droit et à la force, il ne s’agit que de démontrer sa faiblesse. Abandonner l’Ukraine n’est pas un message de paix aux yeux du monde. Pourquoi Scholz appelle-t-il Poutine ? Il a eu Trump en ligne.

    Comment « faire un Scholz » : soutenir Zelenski et draguer Poutine ?

    Avec Trump, deux mille jours de révolutions s’annoncent, au moins jusqu’aux élections de mi-mandat. Le changement sera radical. Ils étaient les gendarmes du monde. Du passé, hélas. L’Amérique go home. Ils étaient les leaders du monde libre. Trump préfère jouer avec Kim. Ils étaient les hérauts du libre-échange. Avec l’isolationnisme, le protectionnisme. Leur mine d’or reste le dollar. Trump veut mettre au pas la Reserve fédérale et faire des États-Unis la capitale des cryptomonnaies. Depuis les années 60, les droits civiques rayonnaient. Wokisme et contre wokisme ont tourné la page, Trump la brûle. Le Rêve américain a peuplé l’Amérique, tous des immigrés. 14% de la, population est née à l’étranger (dont Musk). Trump parle de « déportations ». Depuis Roosevelt, l’Etat fédéral se renforçait. Avec la tornade Musk, une autre formule pourrait s’imposer à « l’administration ». C’est peut-être le plus important : les États-Unis veulent inventer l’Etat moderne du XXIème siècle, celui de la révolution digitale, de la robotisation et de l’IA, pour le meilleur et pour le pire.

    Les États-Unis veulent inventer l’Etat moderne du XXIème siècle, pour le meilleur et pour le pire.

    Les Européens se sont aussitôt réunis pour forger leur cohésion, envisager des investissements, réaffirmer leur engagement avec l’Ukraine. Une semaine plus tard, Scholz fayote avec Poutine et Trump.

    Avec l’effacement progressif de la France, l’Allemagne pilote l’Union Européenne. Cheminement erratique quand l’Union Européenne croit exister sans les Etats qui la composent. L’UE a pris deux décisions, l’une malgré l’Allemagne (sur la Chine), l’autre contre la France (sur l’Amérique latine). Elle se ment à elle-même si elle croit pouvoir exister contre l’une ou l’autre, quelles que soient les raisons.

    L’Allemagne n’a plus de gouvernement, l’Europe n’a pas de Commission. Ursula règne, mais en lévitation. La coalition du Parlement européen (Conservateurs, Libéraux et Sociaux-démocrates) s’effrite sur la nomination des Commissaires.  Depuis six mois, rien ne bouge.

    La raison ? La coalition de Scholz a éclaté. L’extrême droite allemande renaît. L’AFD perce en Allemagne sur les mêmes thèmes qu’une extrême gauche, le « Bundes Sahra Wagenknecht », elle aussi convertie au rejet de l’immigration, de la guerre et de l’Europe.

    Si l’Union Européenne croit exister sans les Etats qui la composent, elle se ment à elle-même.

    Sensible à la pression des extrêmes, Olaf Scholz, pour sa campagne,  veut apparaître comme le « Chancelier de la paix ». Il refuse les missiles Taurus à l’Ukraine. Pourquoi retenir l’Ukraine, est-elle si forte ? Au coup de fil de Scholz, Poutine a répondu dans les 24 heures par un bombardement massif sur Kiev et les centrales électriques.

    L’Allemagne est le principal soutien de l’Ukraine, juste derrière les Etats-Unis.  Les 27, pourtant, ont réitéré leur soutien à l’Ukraine juste après l’élection de Trump. La Commission a même réussi à faire avaliser un fond d’achat commun pour du matériel militaire. L’Union Européenne peut-elle soutenir l’Ukraine sans l’Allemagne ? Évidemment non.

    Toute la politique allemande est dans une impasse.  

    Scholz hésite, se contredit, s’inquiète parce que toute la politique allemande est dans une impasse. Son industrie était soutenue par l’énergie à bon marché du gaz russe. Fini. Elle exportait en Chine, le marché se ferme. Sa sécurité était assurée par les États-Unis. Voilà la guerre à ses portes. Et revoilà Trump. Hélas, la France est faible. Voilà le couple franco-allemand en déshérence.

    La Commission taxe les voitures chinoises, malgré l’Allemagne, avec le soutien de la France. La Commission promeut le Mercosur, avec l’Allemagne, contre la France. Chacun se cherche une clientèle. Le pacte fondateur européen qui reposait sur l’accord de l’Allemagne et de la France, est rompu. Et la Commission joue l’un contre l’autre. Erreur. Impossible de mener une politique européenne sans accord franco-allemand. Toute divergence s’accentuera.

    Comment tracer sa voie si l’on change de politique selon le vœu des autres ?  

    Le rapport Draghi évalue à 800 milliards par an le besoin de financement pour rester dans la course technologique. Pour l’instant, l’épargne européenne finance les Etats-Unis. Les pays de l’Union européenne dépensent 270 milliards de moins que les États-Unis en matière de recherche et d’innovation.  Rien n’est irrémédiable. Le Covid avait conduit à un emprunt européen. Un Fonds européen pour la défense est né. Pour la première fois, l’UE a financé sur son budget un achat conjoint d’armes pour l’Ukraine, à hauteur de 300 millions. C’est bien tard. L’Europe avait promis un million d’obus pour mars 2024, elle n’y est pas parvenue. Les pays européens additionnent le deuxième budget militaire du monde, mais c’est la Corée du Nord qui, après mille jours, abreuve la Russie de munitions et maintenant de soldats.

    Combien de fois faut-il être averti pour que les Européens deviennent européens ? Comment tracer sa voie si l’on change de politique selon le vœu des autres ?

    L’Europe a abandonné le Moyen-Orient. Elle ignore la Méditerranée. Elle a perdu l’Afrique. Emmanuel Macron fait une tournée en Amérique latine, une tournée qui aurait dû être historique, soixante ans après celle du général de Gaulle. Qui s’y intéresse, en pleine division européenne, en plein rejet français du Mercosur? Personne, hormis les Européens, ne souhaite une Europe unie. Tous préfèrent des pays dépendants, tributaires, qui paieront leur sujétion d’une façon ou d’une autre.

    On peut appeler Poutine, mais une fois bien armé

    Les responsables ne sont pas à Bruxelles, plutôt à Paris et Berlin. La France par faiblesse économique. L’Allemagne par étroitesse d’esprit. Sa richesse n’est rien sans le marché unique, sans la solidarité politique de l’UE.

    Le sursaut commande de reconstruire l’union dans les esprits, à commencer par feu le couple franco-allemand. À repenser l’Etat, au moment de la révolution digitale. Un Etat plus démocratique, et moins bureaucratique, cela devrait aller de pair. La démocratie n’est pas l’ennemi de l’efficacité, de la souplesse, ni de la résilience. Les démocraties sont plus fortes que les régimes autoritaires : la preuve par la petite Ukraine face à l’ogre russe. Encore faut-il que les démocraties soient solidaires.  

    Le monde est dangereux. « Nous ne sommes pas en guerre mais nous ne sommes plus en paix », écrit Sébastien Lecornu dans « Vers la guerre ? » ? Un ministre des Armées, d’une jeune génération, explique ce qu’il voit, ce qu’il sait, ce qu’il craint. Un livre lucide, utile, et rassurant. Parce qu’il dit que l’on peut appeler Poutine, mais une fois bien armé. Pour dîner avec le diable il faut une longue cuillère.

    Repenser l’Etat du XXIème siècle dans un monde où la seule certitude est l’incertitude. Un Etat agile.

    Penser aux guerres à venir oblige à penser le monde, les alliances, à recenser les attentes, les besoins, les efforts. En un mot, à repenser l’Etat du XXIème siècle dans un monde où la seule certitude est l’incertitude. Un Etat agile, réactif.  Les deux mille jours qui viennent seront encore des jours de combat. Avec et contre qui ?

    Laurent Dominati
    Laurent Dominati

    Laurent Dominati

    a. Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Président de la société éditrice du site Lesfrancais.press et France Pay

  • Elle Jauffret, la plus américaine des autrices françaises.

    Elle Jauffret, la plus américaine des autrices françaises.

    Écouter le podcast d’Elle Jauffret

    Elle s’appelle Elle. Elle Jauffret.

    Et c’est la plus américaine des autrices françaises. Son premier roman, publié en anglais, « threads of déception », vient de paraitre aux éditions Level Best Books, une maison qui  remporte régulièrement des prix pour des polars et livres à suspens.

    Elle y raconte l’histoire d’une avocate américaine intrépide qui va enquêter sur la mort violente d’une de ses amies alors qu’elle se retrouve  elle-même frappée du syndrome d’accent étranger français suite à un trauma.  Voilà pour le pitch du livre. Mais le pitch de la vie de l’écrivain est également détonnant :

    Elle Jauffret s’est construite sur les deux rives de l’Atlantique avec beaucoup de volonté et un zeste d’intrépidité. Une enfance dans le sud de la France et des études à l’université de Nice – Sophia – Antipolis lui offrent un début de vie professionnelle classique avant que l’amour ne frappe à la porte sous le visage d’un officier de la Navy. Ce sera le prélude d’un épisode américain qui dure encore après plusieurs décennies de vie professionnelle ascensionnelle : Elle parfait d’abord son cursus juridique à Washington DC avant de réussir l’examen du barreau en Californie. Un vrai tour de force pour la française acculturée totalement aux States. Suivie d’une seconde prouesse quand elle se fait embaucher dans le bureau de la procureure de Californie appelée…Kamala Harris.

    Elle Jauffret consacre désormais une partie de sa vie à l’écriture, à ses deux enfants ainsi qu’à son métier d’avocat avec une spécialisation en droit des contrats. Une avocate engagée et passionnée par l’aide d’autrui, une écrivain qui débute dans le métier des lettres avec une énergie communicative , et une femme au confluent de deux cultures française et américaine. Voilà les multiples facette d’Elle, invitée du troisième numéro de Vagabondage,  à qui nous souhaitons le plus vif succès pour son roman.

    Couverture du livre d'Elle Jauffret "Threads of Deception"
    Couverture du livre d’Elle Jauffret « Threads of Deception »


    Découvrez le roman d’Elle Jauffret

    Elle Jauffret : une Française au cœur de l’Amérique

    Lesfrancais.press : Bonjour Elle, quand on regarde votre parcours de juriste et avocate, d’auteur de fiction ou de mère de famille, on a la sensation que vos journées durent plus de 24 heures. Comment fait on pour gérer toutes ces activités ainsi que la double appartenance aux cultures française et américaine ?

    Elle Jauffret : J’ai énormément d’énergie et je ne fais pas tout en même temps. Je limite mes heures de travail (depuis la pandémie), mes enfants sont autonomes, et l’écriture prend le reste de mon temps. Mon iPhone me permet d’écrire partout : dans ma voiture (en attendant la sortie de l’école), dans les salles d’attente, et même à l’hôpital (aux urgences ou avant une operation). Un roman (en anglais) contient environ 85 000 mots. Écrire un roman entier nécessite seulement de rédiger 233 mots par jour pendant un an. C’est très faisable avec de la détermination et de la concentration. Mon biculturalisme n’affecte pas ma vie quotidienne — j’apprécie autant la cuisine maison que les plats surgelés ou prêts à manger que j’ai adoptés récemment. Ne pas cuisiner et reporter le ménage libère énormément de temps.

    Lesfrancais.press : Pour reprendre l’histoire à son début comment devient on une française de Californie et quand et comment êtes vous devenue auteur de fiction ? »

    Elle Jauffret : Mon mari (Américain) travaillait pour la US Navy (Marine américaine). Nous déménagions souvent à travers les États-Unis (côte Est, côte Ouest, et Midwest), là où se trouvaient ses stations d’affectation. La Californie était son dernier poste — une belle région où nous avons décidé de nous installer. J’ai toujours aimé lire et écrire. Ma première histoire remonte à la sixième, lorsque j’ai découvert le travail de Ray Bradbury. J’ai toujours su que je voulais être avocate ou écrivaine, et je suis allée après les deux. Ce qui a commencé comme un passe-temps est devenu une ambition professionnelle. J’ai participé à des conférences d’écrivains, soumis mes nouvelles à des anthologies, et j’ai signé avec un agent littéraire pour me représenter auprès des éditeurs. Level Best Books (qui publie mon premier roman) m’a offert un contrat de trois livres que j’ai accepté avec joie. Version courte : installez-vous en Californie, écrivez un roman policier grand public, envoyez le aux éditeurs, et croisez les doigts.

    Elle Jauffret
    Elle Jauffret
    Lesfrancais.press : Sur la promotion de la culture française, votre dernier roman est construit autour d’une héroïne « so chic » affranchie et intrépide. Est-ce votre contribution personnelle à la promotion de femmes de fiction « à la française » par leurs valeurs ?

    Elle Jauffret : Mon héroïne est une avocate américaine spécialisée dans la défense criminelle, qui change de carrière après qu’une explosion a détruit son cabinet juridique et l’a laissée avec un syndrome d’accent étranger français. Elle est une combinaison de nombreuses amies et avocates que j’admire, elle est aussi très « urbaine ». Je vise aussi à représenter des femmes avec profondeur, individualité, et peut-être des valeurs en accord avec les traditions culturelles ou littéraires françaises.

    Entre deux cultures, entre deux passions

    Lesfrancais.press : Pourquoi avoir écrit en anglais seulement ?

    Elle Jauffret : Pour trois raisons : Une audience large. La demande du marché (le marché anglophone est l’un des plus grands marchés du livre à l’échelle mondiale). L’échange culturel (je peux partager ma perspective unique et mon expérience culturelle).

    Lesfrancais.press : Et si je vous demande de « pitcher » votre livre en quelques lignes pour votre futur lectorat ?

    Elle Jauffret : C’est l’histoire de Claire, une ancienne avocate américaine devenue chef privé, qui souffre du syndrome d’accent étranger français et enquête sur la mort de son amie. Elle fait equipe avec son amie d’enfance et se retrouve en conflit avec le détective chargé de l’affaire, qui se trouve être son nouveau colocataire. Le roman explore la profondeur de l’amitié féminine et d’enfance, ainsi que ce que signifie naviguer dans la vie aux États-Unis avec un accent étranger, remettant en question les perceptions de l’américanité.

    Elle Jauffret
    Elle Jauffret
    Elle Jauffret : Vous pratiquez le cross over, me semble-t-il avec un mélange de culture classique à la française et de pop culture américaine. l’univers des comics Marvel vous est familier et j’ai même découvert grâce à vous qu’il existe une super héroïne française dans la galerie des héros de la franchise. Comment mobilisez vous cette culture au service de vos écrits de fiction ? »

    Elle Jauffret : La culture classique française et la pop culture américaine sont plus similaires qu’on ne le pense—elles reposent sur la narration et le développement des personnages. Jean Valjean (Les Misérables) et Peter Parker (Spider-Man) sont tous deux guidés par un fort sens moral et un désir de justice. Jean Valjean cherche la rédemption et aide les autres malgré son passé trouble, tandis que Spider-Man utilise ses pouvoirs pour protéger les autres et défendre la justice, souvent au prix de sacrifices personnels. Étienne Lantier (Germinal) et Steve Rogers (Captain America) défendent aussi leurs principes et luttent contre l’oppression (l’un pour les droits des travailleurs et la justice sociale, l’autre pour la liberté et l’égalité). Les histoires sont simplement présentées différemment selon le public visé. Dans mon roman policier, j’utilise un style plus percutant et rythmé, tout en questionnant la définition de l’américanité.

  • Vers la guerre ?

    Vers la guerre ?

    Le ministre des Armées analyse en profondeur les bouleversements géopolitiques émaillés de conflits ouverts ou larvés qui ébranlent le monde pour mieux situer les enjeux stratégiques – mêlant des perspectives matérielles, morales et politiques – de la France.

    Une âme gaullienne se confond avec la foi en une France moderne. Sébastien Lecornu aurait pu emprunter à Victor Hugo pour son épigraphe. « Quand il s’agit d’éclairer et d’être éclairé, il faut regarder où est le devoir et non où est le péril ».

    Le retour de Donald Trump à la Maison blanche renvoie l’Europe à la nécessité de reconsidérer sa Défense (page 17). Sébastien Lecornu a 38 ans, la guerre et la paix hantent désormais sa réflexion, il confie au lecteur (p 24) : « C’est l’élément le plus singulier du statut militaire que d’être prêt à donner sa vie pour son pays, mais aussi d’être en situation de tuer sur ordre pour son pays. Ce qui confère à la fonction de ministre des Armées une charge morale et politique particulière, qui m’aura transformé pour la vie ». Conversation.

    Lesfrancais.press : Quand vous êtes devenus ministre des Armées, des officiers généraux vous ont regardé avec circonspection. Depuis, certains de nos confrères spécialisés disent qu’ils vous ont adopté. Ils vous auraient même défendu lors du changement de gouvernement. Aujourd’hui, vous publiez ce livre « Vers la guerre ? » Est-ce que vous êtes le porte-parole de l’armée, la voix de la Grande muette ?

    Sébastien Lecornu : J’en serais fier. J’ai écrit ce livre pour rendre compte non seulement de mon travail, de mes réflexions, mais aussi de tout ce que j’ai vu s’accomplir dans l’armée ou avec l’armée. Je l’ai écrit pour expliquer à nos compatriotes quels étaient les enjeux du monde actuel, et comment la France s’y préparait, de l’intérieur. Le débat est trop souvent franco-français, ou réservé aux spécialistes. Nous sommes dépendants du monde. Si nous ne préservons pas notre place, nos alliances, notre technologie, notre défense, notre économie, alors notre destin sera décidé ailleurs. Il y a un besoin d’explication, et de réflexion qui doit être commune. Moi j’apporte ma part. J’espère que cela aidera au renforcement d’un lien fondamental pour notre pays, celui entre l’armée et la nation.

    Lesfrancais.press : Vous dites dans votre livre, « nous ne sommes pas tout à fait en guerre mais plus tout à fait en paix ». Sommes-nous dans une nouvelle guerre froide, bloc contre bloc ?

    Sébastien Lecornu : Il y a cette vision très américaine, qui n’est d’ailleurs pas tout à fait fausse, d’un antagonisme profond entre les démocraties et les régimes autoritaires. On voit bien les connexions, les alliances commerciales, voire militaires, entre des pays aussi différents que la Chine, la Russie, l’Iran, le Venezuela, la Corée du Nord, avec pour seul point commun la contestation de ce qu’on appelait auparavant l’Occident, ou les démocraties libérales. Est-ce que cela constitue un bloc ? Je n’en suis pas du tout sûr. Nos relations sont d’ailleurs très différentes avec tel ou tel pays et nous maintenons des dialogues différents, forcément, avec les uns ou les autres. Nous pouvons le regretter mais le monde n’est pas constitué que de démocraties paisibles qui respectent les droits de l’homme, et le droit international. Mais est- ce que cela a déjà été le cas ? Est-ce à ce point étonnant ? Et nouveau ? Ce qui l’est, c’est que tout va plus vite, beaucoup plus vite. Et que tout change plus vite. À la limite, ce qui nous étonne, c’est que l’on fasse encore la guerre comme il y a 70 ans.

    @adobestock
    @adobestock

    Je ne suis donc pas certain que l’on soit revenu à une sorte de guerre froide. Je ne vois pas les blocs. Je vois les déchirements, les multipolarités, c’est bien plus compliqué que le « bloc contre bloc ».

    Lesfrancais.press : Mais nous ne sommes plus tout à fait en paix. Et vous dites, avec un point d’interrogation heureusement : « Vers la guerre ? » Avec qui sommes-nous déjà en « presque guerre » ?

    Sébastien Lecornu : Nous devons déjà faire face à des attaques que l’on peut qualifier de criminelles, menées par des criminels, des pirates, mais qui sont désormais téléguidés par des États. Vous constatez les cyberattaques, vous connaissez l’impact de la technologie sur notre vie quotidienne, sur tous les circuits d’information, évidemment le domaine spatial, les armements. Nous sommes donc dans une zone grise, nous subissons des attaques. Y compris dans ce cadre que l’on appelle la guerre de l’information. La défense, et donc le format des armées, doivent évoluer parce que la guerre change de nature. Et comme tout va très vite, change très vite, nous devons sans cesse anticiper. Nous avons créé un commandement de l’espace et augmenté les capacités du renseignement. Aujourd’hui, tous les jours, on voit les bombes, on s’interroge sur la production de munitions, on compte les missiles et les menaces de drones. Mais le terrorisme est une menace qui, elle, n’a pas disparu. Pas plus que les menaces sur les réseaux de communication. Pas plus que l’espionnage technologique et industriel, et s’y ajoute la guerre des réseaux d’influence. La guerre telle qu’on la faisait hier est toujours là, celle de demain est déjà là, et il faut imaginer celles d’après demain. C’est difficile, passionnant, vital, car toute erreur se paie, toute faille peut être un drame.

    Lesfrancais.press : Et votre réponse, la bonne réponse ?

    Sébastien Lecornu : La réponse est multiple et ce n’est pas que la mienne. Dans le domaine de la sécurité, la France a une longue tradition, une continuité remarquable. En premier lieu, ne jamais oublier que la France a une spécificité, en Europe et dans le monde, la dissuasion nucléaire. Elle est la base de notre indépendance. En second lieu, nos alliances ; j’entends certains les remettre en cause avec beaucoup de légèreté. Encore que les pires sont ceux qui ne disent pas le remettre en cause mais les sapent de l’intérieur. Dans ce monde compliqué, il serait suicidaire d’être seul. Et toute alliance se nourrit. C’est pourquoi il faut insister sur le socle le plus important, c’est une forme de consensus national, d’accord sur l’essentiel, ce que l’on appelait l’esprit de défense ; mais il ne peut se développer qu’en pleine transparence, en pleine confiance, en pleine conscience des dangers, des enjeux, des réalités. C’est pourquoi j’ai écrit ce livre. J’y explique pourquoi la loi de programmation militaire, que j’ai portée, essaie d’apporter non pas une réponse, ni la bonne réponse, mais les éléments qui, à chaque fois, permettront de répondre aux défis, en ne sacrifiant rien dans notre système de défense. D’ailleurs, si par le passé nous avons réduit la voilure en matière de défense, personne n’a jamais « sacrifié » tel ou tel pan de nos forces armées. Mes prédécesseurs n’ont jamais insulté l’avenir en faisant le pari de l’inutilité. Moi non plus. Rester en veille, rester aux aguets, être toujours prêts à répondre aux nouveaux défis, donc fournir de nouvelles réponses.

    Lesfrancais.press : Vous êtes à la fois le plus jeune ministre d’Emmanuel Macron et le plus ancien, puisque vous êtes devenu ministre à 31 ans et que vous êtes l’un des rares avoir été maintenu dans le gouvernement de Michel Barnier. Parmi plus d’une centaine de ministres, vous êtes le seul à avoir travaillé avec tous les Premiers ministres, d’Édouard Philippe à Michel Barnier, en passant par Jean Castex, Elisabeth Borne et Gabriel Attal. Comment expliquer ce parcours ? Est-ce du génie, de la chance ou de l’habileté ?

    Sébastien Lecornu : Du génie, certainement pas. En politique, il n’y a pas de génie. Les grands politiques ne sont pas des génies, mais des modèles de travail, de caractère, et de chance. Pour ma part, je suis bien trop jeune pour me comparer à eux. Je ne peux dire qu’une seule chose : j’aime ce que je fais, j’aime la politique, sous toutes ses formes, aussi bien les comices agricoles que les rendez-vous internationaux. La politique, c’est ce qui détermine à la fois la vie personnelle, celle de tout un chacun, et ce qui façonne l’avenir d’un pays, avec des rêves, des idéaux, des projets. C’est l’alliance d’un idéal et du pragmatisme. Quelle que soit la mission qui m’est confiée, je la trouve passionnante, dévorante, j’apprends, je m’y consacre tout entier, sans calcul ni a priori. Je ne cherche pas la lumière et ne suis pas doué pour les petites phrases. 

    Sébastien Lecornu aux côtés d'Emmanuel Macron, le 30 juin 2022, lors du sommet de l'Otan à Madrid. ©PIERRE-PHILIPPE MARCOU/AFP
    Sébastien Lecornu aux côtés d’Emmanuel Macron, le 30 juin 2022, lors du sommet de l’Otan à Madrid. ©PIERRE-PHILIPPE MARCOU/AFP

    On dit que je fais de la politique à l’ancienne, c’est une forme d’originalité qui a dû jouer en ma faveur. Je ne l’ai pas fait exprès. En vérité, ma vraie chance, c’est le ministère des Armées, un ministère à part, qui exige justement discrétion et loyauté. Là se joue avec plus d’enjeux qu’ailleurs ce grand écart entre le quotidien et la vision à long terme, le réalisme et la recherche de l’excellence. Aujourd’hui la guerre est à nos portes, il faut veiller à celles-ci et penser à celles de demain, pour les éviter. Aujourd’hui, il y a les crimes de la guerre et toujours, obstinément, la recherche de la paix. Hélas ! il n’y a pas de génie en politique, surtout pas de génie du bien ; en revanche, je crois fermement que le lien le plus fort, dans la politique comme dans l’armée, avec l’ami comme avec l’adversaire, c’est la confiance. C’est d’ailleurs le principe même de toute dissuasion. L’adversaire comme l’allié doivent être certains que l’on fera ce que l’on dit. Frapper si nécessaire. Voilà pourquoi j’aime ce que je fais, je fais confiance et on me fait confiance. 

    Lesfrancais.press : Vous avez constamment affiché votre loyauté à Emmanuel Macron alors que votre ancienne famille politique revient au pouvoir, un peu par hasard, par l’intermédiaire de Michel Barnier. Vous avez dit très clairement que le Président de la République était le chef des armées et qu’en la matière c’était lui qui était le responsable de la défense nationale. Est-ce que vous choisissez plutôt Macron que Barnier ?

    Sébastien Lecornu : L’esprit de défense repose sur une certaine forme de consensus, aussi bien chez les Français que chez les dirigeants. Il n’y a donc pas de matière à polémique. Pour le reste, je ne fais que rappeler la constitution. Je l’avais fait avant les élections. Le Président de la République est le Chef des Armées. Le gouvernement dirige la politique de la Nation. Au gouvernement de mettre en place les moyens qui permettent aux armées de remplir leurs missions sous l’autorité du Chef des armées, Chef de l’État. C’est la conception même de la Ve République qui donne au chef de l’État, la responsabilité sur l’essentiel entre guillemets, c’est-à-dire l’indépendance de la France et la sécurité des Français. Aucune divergence à ce propos avec le Premier ministre, que j’ai la chance de connaître depuis longtemps – nous nous réclamons du gaullisme tous les deux – et avec lequel je travaille aussi en toute confiance. Il n’y a pas de place dans les armées pour la querelle.

    Carte des soutiens à la Russie ©BFMTV
    Carte des soutiens à la Russie ©BFMTV
    Lesfrancais.press : Beaucoup de nos concitoyens vivent à l’étranger près de deux millions et demi, parmi eux, beaucoup de militaires. La France est un des rares pays à déployer ses soldats sur tous les continents. Ministre des Armées, vous êtes très impliqué dans les relations internationales, que ce soit au Moyen Orient ou dans le Pacifique. Les militaires en poste à l’étranger sont-ils des expatriés comme les autres ?

    Sébastien Lecornu : Les expatriés sont des Français comme les autres. C’est cela qui compte, mais les militaires ne sont à l’étranger que parce qu’ils sont en mission sur ordre, pour un temps précis. En France ou à l’étranger, le métier de soldat n’est pas un métier comme les autres. Les militaires en poste à l’étranger ont des contraintes particulières, ils ont aussi, comme les autres expatriés, cette particularité de vivre à l’étranger, d’en subir les contraintes ou d’en bénéficier des avantages. Ils ont, comme tous les Français de l’étranger, une vision plus large que celles et ceux qui n’ont pas cette expérience de vivre dans un autre pays. C’est un enrichissement pour eux à titre personnel, c’est important pour l’ensemble de nos forces armées.

    Lesfrancais.press : Quels sont, au-delà de la guerre d’Ukraine et de celle d’Israël, les points chauds de la planète sur lesquels vous jetez un regard attentif ?

    Sébastien Lecornu : Le basculement du monde vers le Pacifique avec l’émergence de la puissance chinoise en fait le point de friction naturel entre les deux premières puissances mondiales. La Chine est devenue en nombre de bateaux la plus importante Marine du monde. Des Français peuvent se dire : « c’est loin le Pacifique ». Pourtant ce ne sont pas les produits chinois qui manquent en Europe. 90 % d’entre eux viennent par la mer. Pour la France, c’est un enjeu plus important encore, Il y a une France du Pacifique, la Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna,  la Polynésie ; il y a une France de l’Océan Indien avec Mayotte, avec la Réunion. Nous sommes directement concernés, parfois potentiellement visés. Car nous sommes un des rares pays présents sur tous les continents de la planète. Mais ce n’est pas parce qu’il y a un nouveau pôle que les anciens disparaissent. La France est la première puissance économique et militaire de Méditerranée. 30 % du commerce mondial y passe. Les lignes de fracture sont nombreuses et peuvent l’être plus encore : Turquie, Chypre, Liban, Israël, Libye, Tunisie, Algérie, Maroc, au-delà le Sahel et ses guerres. Sur la carte du monde, les pays en conflit sont autour de nous, particulièrement en Méditerranée. Que ce soit vers l’océan lointain ou la mer toute proche. Les points chauds du globe touchent partout nos rivages.

    Fantassin en tenue de combat Félin, le nouveau standard high-tech de l'armée de terre française. © Armée de Terre
    Fantassin en tenue de combat Félin, le nouveau standard high-tech de l’armée de terre française. © Armée de Terre
    Lesfrancais.press : Vous décrivez la fin d’un monde. Le retour au pouvoir de Donald Trump vous donne raison, et inquiète les Européens. Ajouteriez-vous un chapitre à votre livre avec cette nouvelle donne ?

    Sébastien Lecornu : Comme vous le remarquez,  ce virage vers le Pacifique des États-Unis, ni ce nouvel isolationnisme, ne sont nouveaux. Deux remarques : la première est que l’alliance entre la France et les Etats-Unis est la plus ancienne du monde ; elle a résisté à toutes les tensions. Elle est profonde, utile, nécessaire, elle fonctionne bien dans de très nombreux domaines, même si parfois, il y a des accrocs sévères. Nous savons gérer tout cela.  La force de la France, c’est que, dans cette alliance, elle est indépendante. Nous ne dépendons pas des Américains pour notre sécurité.  Deuxième remarque : il était temps que les Européens se rendent compte qu’ils devaient assurer leur sécurité eux-mêmes. C’est ce que dit le Président de la république depuis longtemps, quand il parle d’ ”autonomie stratégique ». Là , le pire serait d’agir en ordre dispersé , et le Premier ministre et le Président l’ont dit ensemble à Bruxelles et à nos amis européens, d’une seule voix.

    Dès le lendemain de la victoire de Donald Trump, j’ai rencontré mon homologue allemand. Nous travaillons conjointement pour faire émerger une Europe de la défense au sein de l’OTAN. Pas contre, ce serait absurde ; à l’intérieur, ce qui est un moyen de la renforcer. Il faut cette impulsion politique, franco-allemande, pour l’imposer, y compris aux industriels. Il n’y a pas de chapitre à ajouter, il y a à accélérer la mutation nécessaire. L’Allemagne a annoncé il y a déjà quelque temps un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour la défense. Nous, nous avions fait adopter cette loi de programmation militaire qui est un effort conséquent. C’est-à-dire que nous avions vu juste. Ce n’est pas le moment de s’interroger , c’est le moment d’agir, vite et bien, unis.

    Couverture du livre de Sébastien Lecornu "Vers La Guerre ?" - @éditions Plon
    Couverture du livre de Sébastien Lecornu « Vers La Guerre ? » – @éditions Plon


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  • Frédéric Petit : sa position sur le budget 2025 pour les expatriés

    Frédéric Petit : sa position sur le budget 2025 pour les expatriés

    La loi de Finances décide des prochaines recettes et des futures dépenses de la France. C’est elle qui détermine donc, d’un côté les taxes et recettes, et de l’autre les actions et dépenses qui seront soutenues par le budget de l’Etat. Ce texte a été en discussion à l’Assemblée nationale. Ensuite, il sera soumis à l’examen du Sénat. Les expatriés sont directement concernés par ce qui sera adopté. Même en cas de 49.3. Alors quid de l’Impôt universel ? Quel soutien pour nos écoles françaises à l’étranger et les bourses scolaires ? Quel avenir pour notre réseau consulaire ? Et bien d’autres choses encore. Aussi, Lesfrançais.press a donc interrogé Frédéric Petit, député MoDem des Français d’Allemagne, d’Europe centrale et des Balkans pour qu’il nous partage sa position sur le budget 2025, et décrypte les amendements en cours.  Nous avons aussi posé ces mêmes questions à un sénateur du Parti Socialiste, interview que vous trouverez également dans notre édition du jour.

    Fiscalité et budget 2025 : vers des hausses pour les expatriés malgré l’opposition de Frédéric Petit

    Lesfrancais.press : « La situation financière de la France est connue, la rigueur semble de retour, pour autant, à la lecture des propositions budgétaire actuelles, estimez-vous que les Français de l’étranger sont avant tout, considérés comme une variable d’ajustement avec les baisses proposées ? »

    Frédéric Petit : « Tout d’abord, je crois que parler de rigueur pour ce budget est quelque peu excessif car la construction d’un budget est un exercice complexe et exigeant. Ensuite, je veux préciser qu’en tant que député, je n’oppose jamais les catégories de citoyens entre elles ; c’est particulièrement vrai dans la discussion budgétaire tendue que nous vivons. Une chose est sûre en revanche : si nous ne redressons pas nos finances publiques et ne restaurons pas la crédibilité de la France au niveau international, nous en souffrirons tous, à commencer par les populations les plus fragilisées.  

    « En ce qui concerne la fiscalité, le projet du gouvernement ne proposait pas de changement pour les Français de l’étranger. C’est un amendement un peu surréaliste voté en hémicycle, malgré mon opposition, qui alourdit cette fiscalité » Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Trois éléments du budget concernent directement les Français de l’étranger : d’une part, les recettes, c’est-à-dire la fiscalité qui serait appliquée aux 200 à 300 000 concitoyens qui paient leurs impôts en France ; d’autre part, deux programmes de dépenses budgétaires, le 151 (aide aux Français de l’étranger), et le 185 (diplomatie culturelle et d’influence, francophonie).

    Combien rapporterait une augmentation de certains impôts ?
    @AdobeStock

    En ce qui concerne la fiscalité, le projet du gouvernement ne proposait pas de changement pour les Français de l’étranger. C’est un amendement un peu surréaliste voté en hémicycle, malgré mon opposition, qui alourdit cette fiscalité. Fort heureusement, cette idée ne devrait pas prospérer au Sénat.

    Le budget du programme 185 dont je suis le rapporteur au sein de la commission des affaires étrangères, et qui concerne les lycées français, est certes en baisse par rapport aux fortes hausses budgétées en 2024 – nous n’avons pas encore le « réalisé 2024 définitif », mais nous continuons notre hausse par rapport aux années précédentes : 441 millions d’euros en 2025, pour 439 millions en 2023, et, rappelons-le, 354 millions en 2017 !

    Mis à part les modifications mécaniques, le budget du programme 151 qui concerne l’aide aux Français de l’étranger, avec les bourses scolaires, quant à lui, reste stable. »

    Lesfrancais.press : « Alors que le montant alloué par le projet de budget pour les bourses scolaires est en baisse, que pensez-vous de la proposition du député NPF des Français de l’étranger Karim Ben Cheïkh qui vise à garantir « aux parents boursiers de ne pas consacrer plus de 25 % de leur revenu aux frais de scolarité de leurs enfants au sein du réseau de l’AEFE » ? »

    Frédéric Petit : « Il faut savoir que le montant à budgéter pour les bourses est défini quasiment mécaniquement à partir des bourses utilisées l’année précédente. Le montant initial du budget est donc assez peu déterminant, et il lui est arrivé d’être corrigé en cours d’exécution. En revanche, dans ce domaine, nous devons tous militer, non pas pour augmenter un budget initial très cadré, mais plutôt pour lever les freins à l’utilisation de cette aide. Le montant des bourses augmentera mécaniquement si davantage de personnes y recourent. C’est mon combat depuis sept ans : faire en sorte qu’un maximum de nos concitoyens accède à cette aide.

    « Ma position depuis de nombreuses années, est la même ; elle est claire : nous avons un vrai défi de mixité sociale à relever rapidement dans les lycées français à l’étranger. »

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Bourses et mixité sociale : rendre l’éducation accessible à tous dans les lycées français

    De ce point de vue, ma position depuis de nombreuses années, est la même ; elle est claire : nous avons un vrai défi de mixité sociale à relever rapidement dans les lycées français à l’étranger. Outre l’aide à apporter à nos concitoyens vivant à l’étranger, c’est l’image de la France dans le monde qui est en cause ici : l’éducation « à la française » est une éducation inclusive, pas une éducation « pour les riches », et cela constitue un message diplomatique fondamental.

    Londres, présidentielle
    Lycée français de Londres au Royaume-Uni

    Je plaide ainsi pour plusieurs évolutions, dont certaines sont en cours : premièrement,  je considère que l’organisation de ce dispositif doit revenir à la direction des Français à l’étranger (DFAE), bien plus expérimentée que l’AEFE, et connaissant mieux le fonctionnement des conseils consulaires locaux, et la distribution des aides aux Français de l’étranger (STAFE, aide d’urgence, circuit de communication avec les élus…) ; ensuite,  je reste favorable au maintien d’une procédure solide, voire rigide, afin d’éviter les abus – seule, la prise en compte du patrimoine me paraît injuste en l’état –, mais je considère qu’une petite fraction, 10 % de ce budget, pourrait être mis à disposition directement des élus consulaires afin « d’aller chercher » les quelques cas, toujours existants, où la procédure génère de l’injustice ; enfin, je me bats pour que, sur les budgets de rémunération de tous les employés locaux engagés dans les projets français (ambassades, Expertise France, Agence française de développement, agents des ONG, enseignants…), l’État ou les opérateurs employeurs locaux intègrent systématiquement une aide pour que les familles puissent fréquenter le lycée français quand celui-ci existe. J’ai commencé à approfondir cette question avec l’Agence française de développement (AFD), qui est très intéressée.

    Pour formuler simplement mon idée, je dis que si les enfants du chauffeur de l’ambassadeur, ou des enseignants de français langue étrangère (FLE) de l’Alliance française, fréquentent le lycée français, ce n’est pas uniquement une aide pour eux, mais également un message diplomatique et éducatif fort. Et ce n’est pas une très grosse question budgétaire.

    « Je porte depuis des années la revendication qui n’est ni budgétaire, ni législative, que les bourses soient accordées par ‘cycle scolaire’, et ne soient pas remises en cause chaque année. »

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Concernant l’amendement de mon collègue du Nouveau Front Populaire (NFP), que je n’ai pas encore eu à débattre et que je découvre, je pense qu’il part d’une bonne intention, mais ne répond pas au besoin. D’une part, la bourse doit être définie par rapport à l’écolage du lycée concerné qui va de gratuit à plus de dix-mille euros ; d’autre part, il est inopérant de tout baser sur les seuls revenus de la famille, au risque de recréer des injustices ou des incohérences : 25 % du revenu des familles, c’est déjà trop dans certains cas, et peu significatif dans d’autres (e.g. famille très à l’aise avec une grande fratrie).

    Frederic Petit
    Frederic Petit en session à l’APFA (Bonn)

    De mon côté, je porte depuis des années la revendication qui n’est ni budgétaire, ni législative, que les bourses soient accordées par ‘cycle scolaire’, et ne soient pas remises en cause chaque année, avec les procédures et le stress qui s’en suit : une famille s’engage en général sur une scolarité entière, et, s’il n’y a pas de changement majeur dans ses moyens, on peut difficilement lui demander de prendre cet engagement en sachant que l’aide sera remise en cause chaque année, jusqu’au bac. »

    « J’ai repris mon travail sur la résidence de repli qui n’est pas une question budgétaire (…) il s’agit principalement d’inscrire cette disposition dans le droit français »

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Pour moi, il s’agit principalement d’inscrire cette disposition dans le droit français, dans le code des collectivités territoriales par exemple, et permettre ainsi la reconnaissance pour les expatriés, de leur attachement à notre pays et leur garantir un droit au retour, sans être pénalisés financièrement, en cas de force majeure, de conflit dans le pays où ils vivent ou encore de pandémie mondiale comme celle que nous avons connue en 2020.

    Je suis également très satisfait du grand pas réalisé sur la question du certificat de nationalité française. Les démarches administratives devraient bientôt être simplifiées pour nos compatriotes vivant à l’étranger. »

    Un droit au retour pour les expatriés : la proposition de « résidence de repli »

    Lesfrancais.press : « L’impôt lié à la nationalité française, plus communément appelé impôt universel, a refait surface dans le débat parlementaire, quelle est votre position sur ce sujet ? »

    Frédéric Petit : « Je l’ai déjà dit, notamment dans vos colonnes, cet impôt est anticonstitutionnel et impossible à mettre en œuvre.

    « L’impôt universel est anticonstitutionnel et impossible à mettre en œuvre ».

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Il ne verra jamais le jour. Le président insoumis de la commission des finances l’a reconnu lui-même.

    Lesfrancais.press : Et plus généralement, d’autres amendements visant les Français de l’étranger ont émergé dans la discussion parlementaire. La plupart du temps, ils sont contraignants pour nos expatriés (comme la modification des certificats de vie pour les retraités) où quasiment en dehors du cadre légal (la CSG), comment expliquez-vous cela ? Est-ce parce que notre parlement méconnaît le quotidien des Français de l’étranger ou bien existe-t-il une volonté politique de faire payer davantage nos ressortissants vivant hors de France ?

    Frédéric Petit : « Les Français de l’étranger sont très peu nombreux à être significativement imposés en France 200 à 300 000, comme je l’ai dit plus haut. À mon sens, il s’agit plutôt d’une course à l’échalote sur des symboles (d’un côté, les « tricheurs de l’étranger », les « méchants riches exilés », de l’autre), dont certains collègues pensent pouvoir tirer profit électoralement en allant ferrailler sur le terrain des extrêmes.

    « Il s’agit d’une course à l’échalote sur des symboles (d’un côté, les « tricheurs de l’étranger », les « méchants riches exilés », de l’autre), dont certains collègues pensent pouvoir tirer profit électoralement. »

    Frédéric Petit, député des Français établis hors de France (7eme circonscription)

    Depuis 2017, l’administration a évolué, lentement, certes, mais dans le bon sens ; les questions sont posées en termes de « services », d’efficacité, de bon sens, et non uniquement en termes de coût, ou de procédures. Je rappelle également que nous continuons dans ce budget le « réarmement » de notre réseau à l’étranger avec 75 équivalents temps plein (ETP) supplémentaires votés.« 

  • Yan Chantrel et le budget 2025 : ses propositions pour les Français de l’étranger  

    Yan Chantrel et le budget 2025 : ses propositions pour les Français de l’étranger  

    À quoi ressemblera notre prochaine déclaration d’impôt ? Quelles actions seront soutenues par l’Etat français, et pour quelles dépenses ? C’est la loi de Finances pour 2025 qui va répondre à ces questions. Les Français de l’étranger sont aussi directement concernés. Par exemple, y aura-t-il des nouvelles taxes pour les expatriés ? Les parents bénéficiant de bourses scolaires verront-ils les montants diminués ? Quels seront les crédits alloués au réseau consulaire ? Et bien d’autres choses encore. Ces discussions financières ont d’abord eu lieu à l’Assemblée nationale, et c’est maintenant au Sénat que revient l’examen du projet budgétaire du gouvernement de Michel Barnier. Pour analyser les orientations mises sur la table, Lesfrancais.press a interrogé Yan Chantrel, sénateur des Français établis hors de France, et membre du Parti Socialiste. Il partage également ses propositions pour les Français de l’étranger.

    Lesfrancais.press : « La situation financière de la France est connue, la rigueur semble de retour, pour autant, à la lecture des propositions budgétaires actuelles, estimez-vous que les Français de l’étranger sont, avant tout, considérés comme une variable d’ajustement avec les baisses proposées ? »

    Yan Chantrel : « La présence de députés macronistes des Français de l’étranger au gouvernement n’a servi à rien puisqu’ils n’ont pas été capables de nous défendre dans les arbitrages budgétaires rendus par le Premier Ministre. Les députés macronistes ne se battent pas pour nos compatriotes établis hors de France.

    « Les Françaises et les Français de l’étranger vont payer le prix de la mauvaise gestion macroniste depuis 2017 »

    Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France

    Entre le budget du programme 151, amputé de près de 4 millions d’euros, et le budget du programme 185 qui s’effondre de 45 millions d’euros, les Françaises et les Français de l’étranger vont payer le prix de la mauvaise gestion macroniste depuis 2017, qui nous amène à 6,1% de déficit cette année. C’est le choix de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises (60 milliards d’euros par an depuis 2017) que la majorité macrono-wauquieziste a décidé de faire payer aux classes populaires et aux classes moyennes. »

    Impôts et taxes - @adobestock
    Impôts et taxes – @adobestock
    Lesfrancais.press : « Alors que le montant alloué par le projet de budget pour les bourses scolaires est en baisse, que pensez-vous de la proposition du député NPF des Français de l’étranger Karim Ben Cheïkh qui vise à garantir « aux parents boursiers de ne pas consacrer plus de 25% de leur revenu aux frais de scolarité de leurs enfants au sein du réseau de l’AEFE » ? »

    Yan Chantrel : « Plusieurs solutions peuvent être envisagées, et celle de Karim Ben Cheïkh vaut la peine d’être examinée. Dans tous les cas, il faut une réforme en profondeur du système d’allocation des bourses, pour permettre un élargissement des critères qui rende ces bourses accessibles aux classes moyennes, et une réelle prise en charge à 100% pour les familles les plus démunies.

    « Il faut une réforme en profondeur du système d’allocation des bourses, pour permettre un élargissement des critères »

    Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France

    La mixité sociale est constitutive du modèle français de l’école républicaine. Or, l’objectif de doublement à marche forcée du nombre d’élèves inscrits dans les établissements de l’AEFE d’ici 2030 et la baisse du budget (6,5 millions d’euros en moins pour 2025) mettent à mal cet objectif de mixité sociale qui ne fait que diminuer. Elle doit redevenir une priorité dans le développement du réseau. »

    Yan Chantrel
    Yan Chantrel
    Lesfrancais.press : « Au-delà du débat sur les bourses scolaires, quels sont les principaux sujets budgétaires en faveur des expatriés sur lesquels vous souhaitez agir et être soutenu par le gouvernement de Michel Barnier ? »

    Yan Chantrel : « Ce budget 2025 est une attaque en règle contre les aides sociales qui sont toutes à la baisse : les aides sociales directes qui sont amputées d’1 million d’euros, les subventions aux organismes locaux d’entraide et de solidarité (OLES) qui baissent de 14%, la Caisse des Français de l’étranger (CFE) qui n’est pas financée adéquatement pour assurer sa mission de service public, notamment auprès des plus fragiles (la catégorie dite « aidée »), les centres médico-sociaux (-12%), le soutien au tissu associatif des Français de l’étranger (STAFE) qui perd un cinquième de son budget. Le filet de sécurité censé protéger nos compatriotes est troué de toutes parts.

    « Ce budget 2025 est une attaque en règle contre les aides sociales (…) Le filet de sécurité censé protéger nos compatriotes est troué de toutes parts. » Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France

    Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France

    Je suis très inquiet de voir la subvention de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) en baisse de 14 millions d’euros, alors que le réseau est déjà à l’os et que les besoins financiers pour rénover nos établissements, les adapter au changement climatique et leur permettre d’accueillir nos élèves dans de bonnes conditions d’apprentissage se font grandement ressentir sur les 5 continents.

    Lycée français Anne de Kiev en Ukraine, crédit AEFE

    Enfin, le Président Macron doit tenir son engagement de créer 700 postes dans le réseau. Il devait y en avoir 150 l’année prochaine, ce sera finalement moitié moins. In fine, ce sont les citoyens qui paient ce manque de moyens humains. »

    Lesfrancais.press : « L’impôt lié à la nationalité française, plus communément appelé impôt universel, a refait surface dans le débat parlementaire, quelle est votre position sur ce sujet ? »

    Yan Chantrel : « Il y a eu beaucoup d’intox sur ce sujet. Nous sommes évidemment contre tout impôt sur la nationalité et pour le principe de territorialité de l’impôt. Chaque fois que des personnalités politiques mal informées s’attachent à stigmatiser les Français établis hors de France comme des évadés fiscaux, nous sommes là pour rappeler la réalité du quotidien de nos millions de compatriotes de l’étranger parce que nous la connaissons nous-mêmes pour l’avoir vécue.

    « Nous sommes évidemment contre tout impôt sur la nationalité et pour le principe de territorialité de l’impôt. »

    Yan Chantrel, Sénateur des Français établis hors de France

    Je m’inquiète, en revanche, de l’amendement Cordier adopté à l’Assemblée nationale avec le soutien de la droite et de la macronie qui souhaitent soumettre les retraités hors de France à la CSG-CRDS. C’est une nouvelle forme d’impôt sur la nationalité introduit par le gouvernement Barnier et ses soutiens, qui pourrait gravement nuire à nos compatriotes retraités les plus fragiles. Nous ferons tout pour supprimer cette disposition au Sénat. »

    Lesfrancais.press : « Et plus généralement, d’autres amendements visant les Français de l’étranger ont émergé dans la discussion parlementaire. La plupart du temps, ils sont contraignants pour nos expatriés (comme la modification des certificats de vie pour les retraités) où quasiment en dehors du cadre légal (la CSG), comment expliquez-vous cela ? Est-ce parce que notre parlement méconnaît le quotidien des Français de l’étranger ou bien existe-t-il une volonté politique de faire payer davantage nos ressortissants vivant hors de France ? »

    Yan Chantrel : « Il y a évidemment une part de méconnaissance de notre quotidien, on le voit déjà depuis 7 ans chez les députés macronistes qui sont pour le moins déconnectés du quotidien des Français. Il y a sans doute aussi une façon de vouloir jeter la suspicion sur les binationaux dans une dérive extrémiste incontrôlable à droite qui veut faire de l’étranger le responsable de ses propres échecs. »

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.11.2024

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 15.11.2024

    Bonjour à toutes et à tous, nous sommes le vendredi 15 novembre et vous écouter le dernier flash quotidien des expatriés de la semaine. Dans les titres de cette édition : La Cour des Comptes analyse les services consulaires – David Lisnard se penche sur les Français de l’étranger – Cop 29 en Azerbaïdjan : le cas de Théo Clerc

    7 recommandations pour les services consulaires

    La Cour des Comptes a rendu publiques, le 10 octobre 2024, ses observations définitives sur les services consulaires rendus aux Français à l’étranger. Dans cette publication, la Cour effectue un bilan des moyens et de l’efficacité de ces services et propose des pistes d’amélioration. Après une décennie d’application et la réalisation de deux cycles électoraux (2014 et 2021) pour désigner les conseillers des Français de l’étranger et les représentants à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), ce rapport évalue la performance de ces mesures législatives, notamment leur efficacité à instaurer une démocratie de proximité et à accroître la participation politique des Français vivant hors des frontières nationales. Pour autant, les sages ont émis 7 recommandations dont certaines démontrent que les a priori sur les expatriés sont toujours ancrés dans l’esprit de nos responsables. Ainsi, la Cour des Comptes veut aussi que soit renforcé le nombre de visites à domicile effectuées pour l’instruction des demandes d’aides sociales et d’aides à la scolarité

    @Stockadobe - Cour des Comptes - Paris - 2024
    @Stockadobe – Cour des Comptes – Paris – 2024

    David Lisnard : en route pour la présidentielle

    Le saviez-vous ?  Sophie PRIMAS, notre ministre actuel, a été élue sénatrice et s’est affiliée aux LR mais elle est aussi adhérente de Nouvelle Énergie. Ce micro-parti a été fondé par Davis Lisnard, le maire de Cannes et le président de l’Association des maires. Cette semaine, son parti a écrit aux élus consulaires pour les appeler à rejoindre ce mouvement. La section Français de l’étranger est dirigée par l’ancienne députée de Menton Alexandra Ardisson. Jointe par la réfaction, elle confirme la volonté de Nouvelle énergie de présenter des candidats aux élections consulaires et au-delà des élus actuels, elle espère que le profil de Davis Lisnard poussera des citoyens dans l’aventure. Ainsi, brique par brique, le premier magistrat de la capitale du cinéma prépare son plateau pour 2027 et l’élection présidentielle. Plus d’informations sur le site unenouvelleenergie.fr. Nous le recevrons d’ailleurs dans quelques jours.

    David Lisnard - Maire de Cannes
    David Lisnard – Maire de Cannes

    À la COP29, ça chauffe entre la France et l’Azerbaïdjan

    Le président Ilham Aliev a lancé de nouveau ce mercredi des attaques contre notre pays, dénonçant l’histoire coloniale de la France et les « crimes » du « régime du président Macron » dans ses territoires d’outre-mer, dont la Nouvelle-Calédonie, lors d’un discours à la COP29 qui se tient à Bakou depuis lundi. En rétorsion, la ministre française de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher a annulé sa participation à la conférence. Mais derrière, il y a aussi deux compatriotes qui croupissent dans les geôles de l’Azerbaïdjan. Martin Ryan y est emprisonné pour espionnage depuis bientôt un an et Théo Clerc qui a été condamné le 10 septembre à trois ans de détention pour un graffiti dans le métro alors que ses deux coaccusés ont écopé, pour les mêmes faits, d’une simple amende. Sa famille lance des appels à l’aide alors que le jeune Français de 38 ans est marqué par de tics nerveux impressionnants, des trous de mémoire, et une maigreur inquiétante selon son frère qui le visite régulièrement afin de lui amener nourriture ou cash afin d’assurer sa survie. Les tensions diplomatiques font craindre le pire.

    C’est ainsi que se conclut cette semaine de flashs quotidien des expatriés. Avant de vous souhaiter un bon week-end, nous voulions vous alerter une nouvelle fois sur la situation de nos compatriotes et de leurs amis espagnols de la région de Valence. Dans un podcast à découvrir sur Lesfrancais.press, le président de l’association de Bienfaisance française rappelle que les « besoins sont inimaginables et vont durer des semaines, voire des mois. » Merci à vous et profitez bien de votre fin de semaine. On se retrouve lundi.

    Écouter le bulletin des Français de l’étranger

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