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  • Horizons et défense européenne : le débat

    Horizons et défense européenne : le débat

    Considérée comme le « Davos de la Défense », la 61eme édition de la « Munich Security Conference » se tiendra du 14 au 16 février prochains. Échanges stratégiques, rencontres diplomatiques, avancées technologiques sont, entre autres, au menu de ce rendez-vous international. En marge de la programmation officielle, l’occasion est aussi donnée d’organiser d’autres débats. C’est cette occasion qu’a saisie l’entité du parti politique Horizons en Allemagne pour parler des opportunités et défis de la Défense européenne. Expériences miliaires, industrielles et politiques seront représentées sur la scène. Nous avons d’ailleurs pu interroger en amont organisateur et orateurs.

    La Défense européenne, quel avenir ?

    Parler de la sécurité et de la défense le jour de la Saint-Valentin, c’est le pari pris par « Horizons Allemagne ». C’est en effet le 14 février prochain que les représentants du parti politique d’Edouard Philippe outre-Rhin ont choisi de programmer leur débat. En marge de la « Munich Security Conference », le thème proposé aux orateurs et au public sera le suivant : « construire une Défense européenne : défis et opportunités dans un monde incertain ».

    « Il nous a semblé important de réunir des acteurs politiques et industriels de premier plan pour nous donner en direct leur analyse de la situation ».

    Gilles Roux

    Cette discussion portera, entre autres, sur l’avenir de la souveraineté stratégique européenne face aux défis globaux. Seront notamment abordés le règlement européen EDIP (European Defence Industry Programme) dont le but est de renforcer la compétitivité de l’industrie de la défense. Mais également la coopération transatlantique et les perspectives d’autonomie stratégique.

    Militaires
    Militaires

    Pour l’un des organisateurs, Gilles Roux, l’objectif est, outre l’actualité, de mettre en lien les principaux acteurs pour qu’ils partagent leur point de vue sur le futur de la Défense européenne. « Après 1080 jours de conflit en Ukraine, la réélection de Donald Trump et les tiraillements entre la France et l’Allemagne quant à un fonds commun européen de la Défense, il nous a semblé important de réunir des acteurs politiques et industriels de premier plan pour nous donner en direct leur analyse de la situation. ». Et parmi le trio des intervenants, ce sont les expériences militaires, industrielles et politiques qui seront réunies.

    À la rencontre des intervenants

    C’est la députée européenne et membre d’Horizons, Nathalie Loiseau qui représentera le pilier politique de la discussion. Ancienne Ministre chargée des affaires européennes (2017-2019), secrétaire nationale à l’international du parti de l’ancien Premier ministre français, elle vient d’être nommée à la tête de la commission spéciale du Parlement européen chargé du bouclier démocratique. L’expérience militaire sera partagée par Bertrand Boyard, Général de brigade (2S). Actuellement conseiller spécial du Président d’Arquus. Il est aussi l’ancien commandant de la Brigade Franco-Allemande (2017-2019). Le point de vue de l’industriel sera porté par François Lombard, responsable de la stratégie chez Airbus Defence and Space. En amont de ce débat, Lesfrancais.press a pu interroger directement deux des orateurs.

    3 questions à Bertrand Boyard, Général de brigade (2S)*

    Lesfrançais.press : « Mon Général, alors que Clémenceau disait « La guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires » pensez-vous aujourd’hui que la question de la Défense européenne serait trop importante pour la confier seulement aux politiques, tant son développement n’avance pas ? »

    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S) : « L’aphorisme est séduisant, mais je crois qu’il ne rend pas compte de la réalité. Nous n’avons jamais eu, en Europe, un tel débat sur les questions de défense, et les responsables politiques s’en sont totalement saisis.

    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S)
    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S)

    « La défense européenne ne se règle pas en quelques réunions, et sûrement pas au rythme médiatique auquel nous sommes habitués. »

    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S)

    Mais l’élaboration de positions communes sur la défense européenne obéit, de fait, à des logiques éminemment diplomatiques, car il y va de la prise en compte d’équilibres entre les intérêts des différents acteurs, nationaux bien sûr, mais aussi communautaires ; cela ne se règle pas en quelques réunions, et sûrement pas au rythme médiatique auquel nous sommes habitués. Je pense donc qu’il faut laisser le temps aux négociations, avec une grande vigilance d’une part sur les tentations de donner des gages à des acteurs extra-européens, et d’autre part sur le respect des domaines de compétences de chacun, garantis par les traités. »

    Lesfrancais.press : « Lancée en octobre 2022, la European Sky Shield Initiative (ESSI) reste avant tout une initiative industrielle basée sur l’acquisition conjointe de systèmes sur étagère allemands, pour la très courte et moyenne portée (SR-30, IRIS-T SLM), américains (Patriot) et américano-israélien pour l’interception de missiles de longue et très longue portée. La position de France qui vise plus d’autonomie européenne ne semble pas être partagée par l’Allemagne. Pensez-vous que l’accord signé en janvier de cette année entre Rheinmetall et Thales pour la MGCS va nous aider à aligner nos points de vue et permettre à l’Europe d’affirmer son autonomie de Défense à moyen terme ? »

    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S): « Les deux projets correspondent à deux approches différentes : ESSI est une réponse dans l’urgence à une menace immédiate, en recourant à des systèmes de défense aérienne existants. MGCS est un programme d’armement pour développer le système de combat terrestre qui succédera au char actuel, et pour en équiper les armées européennes à horizon de la décennie 2040.

    « On peut regretter qu’au moins une solution extra-européenne ait été préférée à une solution française, mais cela nous rappelle que les achats et ventes d’armes correspondent à des choix de politique étrangère. »

    Général Boyard, Général de brigade (2S)

    Là où le MGCS rassemble donc un noyau moteur franco-allemand pour lancer un programme qui s’étalera dans le temps et permettra l’intégration d’autres partenaires européens, l’ESSI recourt à des acquisitions sur étagère auprès d’industriels allemands, américains et israéliens. On peut effectivement regretter qu’au moins une solution extra-européenne ait été préférée à une solution française sur étagère, mais cela nous rappelle que les achats et ventes d’armes correspondent à des choix de politique étrangère – en l’occurrence la réassurance stratégique américaine pour les pays d’Europe centrale et orientale -, et que cette activité de nature régalienne n’obéit pas aux lois classiques du marché libre libéral. Donc, oui, le MGCS est certainement un programme structurant pour l’autonomie de la base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE).

    Invitation débat défense européenne à Munich
    Invitation débat défense européenne à Munich

    J’ajouterai que dans les débats en cours sur le programme européen pour l’industrie de la défense (EDIP), dont l’objectif est bien de développer l’autonomie de la BITDE, il faut absolument veiller à ce que l’urgence ne soit plus un critère plus important que cette autonomie, au risque de reproduire les mêmes résultats que pour ESSI, éventuellement par le truchement de sociétés écrans qui importent les équipements de leurs propriétaires extra-européens. »

    Lesfrancais.press : « Vous intervenez dans le cadre d’un débat sur la Défense organisé par Horizons à Munich, quelles sont vos attentes pour cette rencontre ? »

    Bertrand Boyard, Général de brigade (2S) : « Mes attentes sont de deux ordres : écouter et témoigner. Écouter les analyses de la situation actuelle que feront des responsables très expérimentés dans des domaines connexes au mien. Et témoigner, premièrement sur la manière dont une ETI – une entreprise de taille intermédiaire – de l’industrie de défense terrestre s’adapte à l’environnement actuel, et éventuellement, en tant qu’ancien praticien, sur les caractéristiques inhérentes aux coopérations militaires en Europe. »

    3 questions à François Lombard, responsable de la stratégie chez Airbus Defence & Space

    François Lombard, Responsable de la stratégie Airbus Defence & Space
    François Lombard, Responsable de la stratégie Airbus Defence & Space
    Lesfrancais.press : « François Lombard, de nombreuses personnes souhaitent le développement d’une défense européenne, mais les définitions diffèrent en fonction des interlocuteurs, quelle est la vôtre ? »

    François Lombard : « L’incertitude géopolitique actuelle ne cesse de mettre à l’épreuve une Union Européenne (UE) menacée par divers conflits, et pour lesquels nous devons nous préparer à leur possible extension.

    « L’Union Européenne est collectivement le deuxième budget au monde en termes de dépenses militaires, mais cela ne se reflète pas dans la force de sa capacité industrielle de défense. »

    François Lombard, responsable de la stratégie chez Airbus Defence and Space

    Or, l’UE est collectivement le deuxième budget au monde en termes de dépenses militaires, mais cela ne se reflète pas dans la force de sa capacité industrielle de défense ».

    Lesfrancais.press : « Comment expliquez-vous cette situation ? »

    François Lombard : « L’industrie européenne de la défense est en effet beaucoup trop fragmentée, ce qui entrave sa capacité à produire à grande échelle et souffre d’un manque de normalisation et d’interopérabilité des équipements, affaiblissant ainsi la capacité de l’Europe à agir comme une puissance cohésive. Deux exemples emblématiques de cette fragmentation sont d’une part, les chars de combat avec douze types différents de chars lourds utilisés en Europe, alors que les États-Unis n’en produisent qu’un seul type, et d’autre part, les avions de combats, pour lesquels il y a 15 modèles d’avions en opération au sein de l’UE contre 7 aux Etats-Unis. »

    Lesfrançais.press : « Que proposez-vous pour passer de cette fragmentation à une action européenne commune ? »

    François Lombard : « Face aux défis géopolitiques actuels, une stratégie commune de développement de l’industrie européenne de défense, fondée sur le partage de compétences entre différents industriels et nations, apparaît de plus en plus nécessaire, ainsi qu’une ambition partagée et cohérente d’acquisition d’équipements militaires par les Etats membres.

    Militaires
    Militaires

    Chez Airbus Defence and Space, nous croyons aux modèles industriels pan-européens comme le nôtre pour combiner les forces et les compétences à travers de grands programmes de coopérations (ex. Eurofighter, ravitailleurs en vols MRTT, A400M) et afin d’accompagner les projets d’armement du futur (ex du Système de combat aérien du futur – SCAF, Eurodrone). Pour réussir, cette ambition collaborative devra être soutenue par des initiatives politiques et budgétaires telles que le programme européen pour l’industrie de la défense (EDIP) adopté le 5 mars 2024.

    « Chez Airbus Defence and Space, nous croyons aux modèles industriels pan-européens comme le nôtre pour combiner les forces et les compétences à travers de grands programmes de coopérations »

    François Lombard, responsable de la stratégie chez Airbus Defence and Space

    Depuis 2022, les contours d’une politique industrielle de défense européenne commencent en effet à prendre forme dans l’UE et de nouvelles mesures et budgets ont été mis en place, destinés à soutenir la compétitivité et le développement de l’industrie de la défense européenne. C’est une bonne nouvelle, même s’il va falloir accélérer, simplifier et amplifier ces initiatives avec des budgets plus significatifs.

    Au-delà de l’aspect budgétaire, les industriels européens de la défense devront aussi jouer un rôle actif et constructif pour accompagner cette ambition vers plus de coopération industrielle, d’innovation et d’efficacité au sein de l’UE. »

    • Informations et inscriptions à cette conférence : https://horizons-allemagne.notion.site/msc
    • Rappel de la date et du lieu : 14 février 2025 de 18h30 à 21h00, EineWeltHaus, Schwanthalerstr. 80, 80336 München, avec une possibilité de suivre le débat en ligne, à distance.

    *Général 2S : Indication pour un officier généralqui a quitté le service actif (1re section des officiers généraux) et a été placé à sa demande ou par limite d’âge dans la 2e section des officiers généraux.

  • « Façonner la paix dans le monde au lycée Français Victor Hugo de Marrakech »

    « Façonner la paix dans le monde au lycée Français Victor Hugo de Marrakech »

    Faire entendre sa voix pour la promotion de la paix dans le monde, c’est la volonté et la motivation du lycée Français Victor Hugo de Marrakech. Direction, corps professoral et élèves de l’établissement scolaire affinent, ajustent, les derniers détails du vaste programme d’activités du 14 au 16 février 2025. Lesfrançais.press a interviewé les initiateurs de cette rencontre. Tour d’horizon de la 1ère édition du MISMUN 2025 avec Sophie Villaumé, Professeure Sciences Economiques et Sociales au Lycée Français Victor Hugo et coordinatrice de l’événement, ainsi que Chantal Levy, Proviseure du Lycée Français Victor Hugo de Marrakech.

    Sophie Villaumé, Professeure Sciences Economiques et Sociales au Lycée Français Victor Hugo et coordinatrice du MISMUN
    Sophie Villaumé, Professeure Sciences Economiques et Sociales au Lycée Français Victor Hugo et coordinatrice du MISMUN
    Lesfrancais.press : « Sophie Villaumé, comment se présente l’événement que vous allez organiser sur le thème « Façonner la culture de la paix » ? »

    Sophie Villaumé : « C ’est un événement qui s’intitule le MISMUN – Marrakech International Summit Model of United Nations. Nous sommes dans la finalisation de ce dernier et c’est peut- être la phase la plus importante car il faut penser à tout. »

    Lesfrancais.press : « Comment comptez-vous modéliser l’organisation des Nations Unies en ateliers ? »

    Sophie Villaumé : « Notre MISMUN s’articulera autour de 10 comités : Conseil de sécurité, la Cour Internationale de Justice, Comité économique et social, le PNUD, la Ligue Arabe, l’UNICEF, l’UNHCR (Agence des Nations-Unies pour les réfugiés), le Conseil scientifique et éthique, SPECPOL (Special Political and Decolonization Comittee) et ONU Femmes. Les participants seront répartis en groupes représentant des pays membres ou des blocs régionaux. Ils doivent discuter et négocier autour de résolutions ou de crises internationales. »

    Logo MISMUN

    Logo MISMUN
    Lesfrancais.press : « Qu’en est-il d’un point de vue organisationnel ? Comment sont mobilisés la direction du lycée ? Le corps professoral ? Les élèves ?»

    Sophie Villaumé : « Le MISMUN a un comité de pilotage composé des membres de la direction, d’enseignants en charge de la pédagogie et une coordinatrice. Ce comité de pilotage a pour objectif de s’occuper de l’organisation du MISMUN (salles, nourriture, goodies, badges, …).

    « Les élèves vont devoir apprendre à écouter l’autre, apprendre à négocier, apprendre le consensus, la ponctualité »

    Sophie Villaumé, organisatrice du MISMUN

    La coordinatrice s’occupe de la sélection des présidents et vice-présidents des comités, d’envoyer les invitations aux différents lycées intéressés par le MISMUN, de constituer les comités avec les délégués des différentes établissements participants, … »

    Lesfrancais.press : « Quels sont les thèmes principaux qui seront à l’ordre du jour ?

    Sophie Villaumé : « Nous allons échanger sur les problématiques de la gestion de l’eau dans la région de la Syrie, de la gestion durable des ressources en RDC ou du conflit entre la Chine et Taiwan, …Cet exercice est fait pour les obliger à suivre l’actualité et à être capable de développer un esprit critique et d’avoir un véritable jugement de fait sur l’actualité comme sur le conflit entre le Hamas et l’état d’Israël

    Lesfrancais.press : « Qu’en est-il de ou des particularités de cet événement ? »

    Sophie Villaumé : « Pour une première édition, nous avons la chance d’accueillir des étudiants de l’Institut Catholique de Paris et d’autres élèves venant du Maroc (écoles françaises ou partenaires au Maroc et des écoles privées issues du système marocain). »

    Lesfrancais.press : « Et sur le plan purement pédagogique… ? »

    Sophie Villaumé : « L’objectif de cette modélisation des Nations-Unies s’est d’apprendre des savoir-être comme avec une tenue adéquate pour « les diplomates » qu’ils seront le temps de cette modélisation. Les élèves vont devoir apprendre à écouter l’autre, apprendre à négocier, apprendre le consensus, la ponctualité.

    Lycée Français Victor Hugo de Marrakech

    Lycée Français Victor Hugo de Marrakech

    Et sur le fond, cet événement leur permettra d’enrichir leur culture générale, de partager avec les élèves qui ne sont pas issus du lycée international français Victor Hugo de Marrakech (LIFVH). Là où nous sommes fiers, le MISMUN va représenter notre lycée dans sa diversité. En effet, nous avons intégré dans la délégation du LIFVH des collégiens, des lycéens venant des classes de seconde, des premières et terminales venant de la filière générale mais également de la filière technologie. Nous y avons aussi intégré les principales langues enseignées dans notre lycée, à savoir : l’arabe, l’anglais, l’espagnol et le français. Il était important pour la coordinatrice du MISMUN d’avoir cette représentativité. »

    Lesfrancais.press : « Faire la promotion de la paix dans un monde bousculé sans cesse par des conflits, n’est-ce pas un exercice quelque peu « complexe » pour des jeunes étudiants ? »

    Sophie Villaumé : « Je suis professeur de Sciences Economiques et Sociales (SES) et à ce titre, je commence mon cours par une revue de presse. Cela aurait pu les effrayer, au contraire, ils sont d’ores et déjà pressé de pouvoir échanger avec les différents délégués de certains conflits, comme l’éducation des jeunes filles à la suite de ce qui s’est passé en Iran ou en Afghanistan.

    « Là où nous sommes fiers, le MISMUN va représenter notre lycée dans sa diversité. »

    Sophie Villaumé, organisatrice du MISMUN

    Cet événement sera le lieu qui leur permettra de prendre de la hauteur par rapport aux événements qui touchent le monde actuel. En effet, les délégués auront peut-être un autre point de vue qu’eux sur tel ou tel sujet. Ils modifieront peut-être leur a priori. »

    Lesfrancais.press : Un dernier mot dans cette ligne droite ?

    Sophie Villaumé : « Je citerai Oscar Arias, ancien président du Costa Rica et prix Nobel de la paix : « la paix n’est pas seulement l’absence de guerre, mais la création d’une culture qui l’empêche. » La paix nécessite un travail actif et continu pour construire des bases solides qui favoriseront la paix à long terme. Nous espérons que « les délégués » présents au MISMUN du 14 au 16 février 2025, ébaucheront des bases qui stimuleront la paix à long terme. »

    Chantal Levy, Proviseure du Lycée Français Victor Hugo à Marrakech

    Chantal Levy, Proviseure du Lycée Français Victor Hugo à Marrakech
    Lesfrancais.press : « Chantal Levy, que représente la 1ère modélisation des Nations Unies pour votre établissement scolaire ? »

    Chantal Levy : « Tout d’abord cela représente pour notre établissement une chance de rentrer dans la famille des Modèles des Nations Unies, qui se déroulent dans plusieurs établissements et pays actuellement. Deuxièmement et plus localement cela permet aux élèves de de se challenger, d’avoir l’habitude de prendre la parole, d’argumenter et de confronter leurs idées dans des débats. »

    Lesfrancais.press : « Avez-vous des attentes spécifiques ? »

    Chantal Levy : « Nos attentes vont être assez humbles pour une première organisation. Il s’agit surtout que ce soit une réussite et que les élèves prennent beaucoup de plaisir.

    « Que peut-on souhaiter de plus pour nos élèves que de véhiculer des valeurs de paix, de respect et de partage ? »

    Chantal Levy, Proviseure du Lycée Français Victor Hugo de Marrakech

    Enfin que cette réussite soit connue de l’ensemble des autres MUN et puisse attirer l’année prochaine encore plus d’élèves. »

    Lesfrancais.press : « Façonner la culture pour faire la paix », est-ce un choix de thème qui se veut des valeurs pacifiques aux étudiants ?

    Chantal Levy : « Que peut-on souhaiter de plus pour nos élèves que de véhiculer des valeurs de paix, de respect et de partage ? Cela s’apprend. Et pour cela, les grands débats d’idée sur le sujet seront de formidables terrains d’entraînement. »

    Lesfrancais.press : « Doit-on considérer qu’un Appel à la paix sera lancé à partir du lycée Français Victor Hugo de Marrakech du 14 au 16 février prochain ? »

    Chantal Levy : « Oui, je l’espère ! Pour commencer à notre petite échelle, celle de la classe, celle de l’école et ensuite les élèves sauront comment véhiculer dans leur avenir professionnel et personnel, la paix. »

  • Téléphoner à la maison en France : les conseils des expatriés

    Téléphoner à la maison en France : les conseils des expatriés

    Français de l’étranger, mais Français avant tout de cœur, nos familles, nos amis, sont restés au pays. Régulièrement, on ressent le besoin de communiquer avec eux. Nous sommes nombreux à maitriser Whatsapp ou les appels Facetime. Mais pour nos ainés ou les nouveaux expatriés, on partage avec vous les conseils des experts.

    Éviter les tarifs standard onéreux des opérateurs

    De nombreux fournisseurs de services de télécommunication facturent des tarifs très élevés pour les appels à l’étranger – cela s’applique aussi bien aux tarifs réseau fixe qu’aux tarifs pour abonnement de téléphonie mobile. Selon le pays et le fournisseur, le tarif standard peut se monter à plusieurs euros par minute. Les appels mobiles ont tendance à être encore plus chers que les appels fixes.

    Éviter les tarifs standard onéreux des opérateurs
    Éviter les tarifs standard onéreux des opérateurs

    En raison des prix élevés, vous ne devriez pas téléphoner à l’étranger au hasard. Mieux vaut se renseigner à l’avance des offres actuelles pour les appels internationaux bon marché. De nombreux opérateurs télécoms locaux proposent des alternatives moins chères que le tarif standard. Dans les pays qui ont une diaspora importante en France, il sera d’autant plus facile de trouver des packages de minutes à faible coût si vous désirez absolument utiliser la téléphonie classique.

    Appeler via WhatsApp, Facetime, Skype, etc.

    Car de nos jours, il existe d’autres solutions. Comme les applications avec lesquelles vous pouvez appeler gratuitement à l’étranger ou localement. Les plus populaires sont Skype et WhatsApp. FaceTime d’Apple vous permet également de passer gratuitement des appels vidéo et audio. Pour cela, il faut cependant disposer d’une bonne connexion de données. De plus, il est indispensable que les deux parties aient installé les mêmes applications sur leur smartphone. Cela vaut pour toutes les applications.

    De nombreuses autres applications permettent également de passer des appels sur le réseau fixe et mobile, ce qui permet de téléphoner même si l’interlocuteur n’a pas installé l’application. En règle générale, des frais par minute sont facturés pour cela. Comparez les prix, de nombreux fournisseurs proposent des tarifs avantageux. Skype et Peoplefone en sont des exemples.

    Utiliser les tarifs forfaitaires

    Si vous préférez rester dans vos habitudes, ce qui se comprend, vous pouvez aussi regarder les offres de téléphonie mobile disponibles en France avec lesquelles les consommateurs peuvent passer des appels internationaux illimités à un tarif forfaitaire. Certains petits opérateurs européens de télécommunications se sont spécialisés dans les appels à bas prix dans certains pays à l’étranger. 

    Utiliser les tarifs forfaitaires
    Utiliser les tarifs forfaitaires

    Il s’agit notamment de fournisseurs tels que Lebara, Yallo, Lycamobile et Mucho. Les appels internationaux sont souvent proposés avec un tarif à la minute de 1 centime ou plus, ou même gratuitement. En général, il n’est pas nécessaire d’être résident dans le pays de l’opérateur et il est possible de récupérer une E-Sim ou de se faire livrer une sim chez un tiers en France par exemple.

  • Bitcoins, l’ère des dupes.

    Bitcoins, l’ère des dupes.

    Depuis l’élection de Donald Trump, le bitcoin a gagné près de 50 %. Les résistants aux crypto-actifs apparaissent de plus en plus comme des dinosaures d’une époque révolue. Dans une période marquée par les incertitudes économiques et politiques, le bitcoin s’est mué en valeur refuge et surtout en moyen de faire fortune sans travailler. Ne pas avoir de bitcoins dans son patrimoine devient un contresens. Pourquoi se priver d’un actif bien plus performant que le Livret A, les fonds en euros de l’assurance vie ou les actions ? L’engouement des milliardaires, comme Elon Musk, et du président Donald Trump, qui a affirmé vouloir faire des États-Unis la plateforme mondiale des cryptoactifs, lève les dernières hypothèques.

    Lors de son investiture, ce dernier a lancé un crypto-actif à son effigie, son gendre lançant une plateforme en ligne pour en assurer la commercialisation. Au point que la question n’est plus de savoir s’il faut posséder ou non des bitcoins, mais combien en détenir même si, dans les faits, cet engouement reste encore limité à une partie de la population.

    En France, 10 % des épargnants détiendraient des crypto-actifs. 20 % aux États-Unis.  

    En France, 10 % des épargnants détiendraient des crypto-actifs. Ce taux serait de 20 % aux États-Unis. Les jeunes de moins de 35 sont de plus en plus nombreux à plébisciter ce type d’actifs.

    Créé en 2008 par une personne ou un groupe de personnes sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, le bitcoin visait à instituer un système alternatif, décentralisé et pair à pair afin d’échanger de la valeur monétaire en s’affranchissant de tout organisme tiers tel que les institutions financières. Entendant concurrencer les monnaies traditionnelles jugées corrompues par les pratiques des gouvernements, le bitcoin a, dès ses premiers jours, fait le bonheur des spéculateurs et des milliardaires en goguette. Son caractère digital lui offre une once de modernité. Cependant, il est complètement déconnecté des réalités économiques. Tout comme pouvait l’être l’or, et s’apparente ainsi aux vieilles reliques du passé.

    En France, 10 % des épargnants détiendraient des crypto-actifs. 20 % aux États-Unis.
    En France, 10 % des épargnants détiendraient des crypto-actifs. 20 % aux États-Unis.

    La création des bitcoins ne dépend pas de la croissance, mais d’un algorithme dont l’exploitation nécessite une quantité astronomique d’énergie. Les mineurs de bitcoins se trouvent ainsi bien souvent dans des pays où le coût de l’énergie est faible, notamment en Russie ou en Corée du Nord. La vertu des premiers jours semble bien loin. Les acheteurs de bitcoins connaissent-ils ceux et celles qu’ils enrichissent ? Certainement pas ! Le bitcoin prouve que l’appréciation du risque et de la morale est une notion à géométrie variable. En France, les marchés financiers sont souvent conspués. Les actions jugées comme des actifs à risque font l’objet d’une défiance largement partagée. En revanche, le bitcoin, qui ne génère aucun intérêt ni dividende, dont le cours est erratique et qui ne repose sur aucun cycle productif, est encensé sur les réseaux sociaux. Voire même, désormais, par les canaux de communication plus traditionnels.

    Le bitcoin ne répond pas aux conditions pour être une monnaie.  

    Le bitcoin a-t-il vocation à se substituer aux monnaies traditionnelles ? Par son entremise, certains rêvent d’un retour aux monnaies privées. Avec comme objectif, dans un jeu de destruction globale, de mettre un terme aux banques centrales, un des piliers des nations, aux côtés de l’armée et de l’impôt. Le bitcoin ne répond pas aux conditions pour être une monnaie. Sa volatilité le rend impropre à jouer un rôle d’étalon monétaire et de réserve. De même, son utilisation est malaisée pour les échanges. Avec le plafonnement des émissions, le cours du bitcoin ne peut qu’augmenter. Comment gérer au quotidien une masse monétaire qui serait bornée ? En tant que monnaie, le bitcoin accroît la fortune des puissants tout en condamnant l’économie à la décroissance.

    Non régulé, le bitcoin s’ouvre à toutes les manipulations de cours. Les simples achats ou ventes de quelques milliardaires suffisent à provoquer des variations à deux chiffres.

    La récente conversion de Donald Trump aux crypto-actifs ne serait pas sans lien avec les relations tumultueuses qu’il entretient avec la Réserve fédérale. S’il est devenu un adepte inconditionnel des crypto-actifs, il reste opposé au projet de monnaies digitales de banques centrales accusées de donner à ces dernières un pouvoir de contrôle sur tous les acteurs économiques.

    Le bitcoin a prouvé sa capacité à traverser les cycles économiques

    Avec quinze années d’existence, le bitcoin a prouvé sa capacité à traverser les cycles économiques mieux que les bulbes de tulipe. Ces dernières qui, en 1637, avaient également donné lieu à une spéculation aux Pays-Bas, au point de créer une grande crise financière.

    La volonté de Donald Trump d’institutionnaliser les crypto-actifs en les intégrant comme valeurs de réserve de la banque centrale soulève de nombreuses interrogations. S’agit-il du caprice d’un président milliardaire ? Ou de la volonté de renverser les bases de la création monétaire en gageant le dollar sur la valeur du bitcoin ?

    L’Union européenne ne peut pas rester inerte face à ce risque qui pourrait donner lieu à l’application de la loi de Gresham : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». Lorsque deux monnaies sont en concurrence, c’est toujours la moins vertueuse qui l’emporte. La victoire du bitcoin signifierait la perte de toute indépendance monétaire et la mise sous tutelle du système financier par des acteurs extérieurs à la zone euro. La monnaie est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des milliardaires du numérique !

  • Inondations en Europe : un danger sous estimé ?

    Inondations en Europe : un danger sous estimé ?

    Six États membres n’ont pas encore présenté leurs plans de gestion des risques d’inondation imposés par l’Union européenne (UE), tandis que ceux qui l’ont fait ont encore du chemin à faire, selon un nouveau rapport de la Commission.

    Les inondations, considérées comme la catastrophe naturelle « la plus courante et la plus coûteuse » en Europe, deviennent plus fréquentes et plus intenses en raison du changement climatique, et la tendance n’est pas près de s’inverser.

    Rien que cette année, l’Espagne, la Hongrie, l’Autriche, la République tchèque, la Pologne et la Roumanie ont subi des inondations catastrophiques, qui ont fait des centaines de morts. Pourtant, les États membres de l’UE ne semblent pas trop inquiets — pour l’instant.

    Selon le rapport publié aujourd’hui, la Bulgarie, Chypre, la Grèce, Malte, le Portugal et la Slovaquie n’ont pas encore soumis leurs plans obligatoires de gestion des risques d’inondation, qui étaient censés être présentés en mars 2022.

    Ils ne sont pas les seuls — de « nombreux » autres pays ont adopté leurs plans en retard, ce qui a contraint la Commission à engager des procédures judiciaires.

    Plus de mesures de prévention ?

    Conformément à la directive « Inondations », les États membres doivent cartographier les zones exposées aux risques d’inondation et élaborer des plans visant à réduire et à gérer ces risques. Le rapport évalue les plans nationaux pour la période 2022-2027.

    Rien que cette année, l’Espagne, la Hongrie, l’Autriche, la République tchèque, la Pologne et la Roumanie ont subi des inondations catastrophiques, qui ont fait des centaines de morts. Pourtant, les États membres de l’UE ne semblent pas trop inquiets — pour l’instant. ©EPA-EFE/KAI FOERSTERLING
    Rien que cette année, l’Espagne, la Hongrie, l’Autriche, la République tchèque, la Pologne et la Roumanie ont subi des inondations catastrophiques, qui ont fait des centaines de morts. Pourtant, les États membres de l’UE ne semblent pas trop inquiets — pour l’instant. ©EPA-EFE/KAI FOERSTERLING

    Même parmi ceux qui ont soumis des plans, la plupart « n’ont pas inclus d’objectifs quantitatifs, ce qui rend difficile de tirer des conclusions quant à l’efficacité de la gestion des risques d’inondation ».

    La majorité des États membres continuent de donner la priorité à des mesures de protection plus réactives, telles que la construction de digues.

    La Commission souhaite au contraire que davantage d’investissements soient consacrés à des mesures de prévention et de préparation plus proactives. Comme le fait d’éviter de construire dans des zones inondables et de redoubler d’efforts pour mieux prévoir les inondations.

    La restauration des écosystèmes, les solutions fondées sur la nature et les systèmes d’alerte précoce sont d’autres mesures que les autorités devraient prendre, selon la Commission.

    Les conclusions du rapport alimenteront la future stratégie de résilience de l’eau, attendue pour la mi 2025.

  • Flash quotidien des expatriés – Édition du 06.02.2025

    Flash quotidien des expatriés – Édition du 06.02.2025

    Bonjour à toutes et à tous, vous écoutez le flash quotidien des expatriés. Dans les titres de l’édition du jeudi 06 février 2025 : + 50 000 expatriés en 2024 – Les motions de censure – Charlie Dalin a remporté la 10e édition du Vendée Globe

    1.741.942 Français de l’étranger inscrits sur la liste électorale

    Cette année fut encore marquée par l’augmentation de la communauté française à l’étranger. Après la pause liée à la Covid-19, les chiffres de l’expatriation ont repris le chemin de la croissance. Une croissance qui manque en France et qui pousse chaque année de nombreux compatriotes à eux aussi quitter l’hexagone. C’est en Amérique du Nord, que nous sommes les plus nombreux avec 277 950 inscrits, suivie du Bénélux avec 182 465 résidents, confirmant depuis le Brexit sa seconde place alors que la troisième circonscription, dont Londres fait partie, ne regroupe désormais que 179 111 Français. Ces chiffres sont ceux des personnes qui ont fait la démarche pour voter depuis l’étranger. Cela ne prend pas en compte, ceux qui ont décidé de rester électeurs dans leur dernière commune de résidence en France ni les enfants. Selon les estimations, les Français de l’étranger seraient donc plus de 3 millions.

    Bayrou surmonte les motions de censure

    Les deux motions de censure de La France insoumise ont été étudiées ce mercredi 05 février après les deux 49.3 utilisés par le Premier ministre sur le budget de l’État et de la Sécurité sociale. Sans les voix du Rassemblement national et du Parti socialiste, il était d’ailleurs peu probable que François Bayrou et son gouvernement soient censurés. Mais de son côté, le Parti socialiste compte déposer une motion de censure, suite aux propos de François Bayrou qui a évoqué un « sentiment de submersion » migratoire. Le parcours est encore semé d’embûches pour le Premier ministre français.

    Francois Bayrou et Emmanuel Macron
    François Bayrou et Emmanuel Macron

    Le Vendée Globe

    Est l’épreuve mythique des navigateurs. C’est un tour du monde à la voile en solitaire, sans escale et sans assistance, qui a lieu tous les quatre ans. Il se dispute sur des IMOCA, des monocoques de 18 mètres de long. Les skippers partent des Sables-d’Olonne en Vendée, parcourent environ 45 000 kilomètres autour du globe en contournant les trois caps mythiques (Bonne Espérance, Leeuwin et enfin le cap Horn) pour revenir aux Sables d’Olonne. Pour cette édition (une tous les 4 ans), c’est Charlie Dalin qui a remporté la 10e édition du Vendée Globe, avec un temps record, devant Yoann Richomme et Sébastien Simon. Vingt-deux skippers sont déjà arrivés aux Sables-d’Olonne, alors que sept ont abandonné.

    Charlie Dalin a remporté la 10e édition du Vendée Globe
    Charlie Dalin a remporté la 10e édition du Vendée Globe

    C’est tout pour ce flash quotidien des expatriés. Toute la rédaction se joint à moi pour vous souhaiter un merveilleux jeudi où que vous soyez !

    Écouter le bulletin quotidien des Français de l’étranger

  • Karim Ben Cheïkh : “Le budget 2025 a été construit dans une incohérence totale »

    Karim Ben Cheïkh : “Le budget 2025 a été construit dans une incohérence totale »

    Les sénateurs socialistes et écologiques comme le député NFP Karim Ben Cheïkh, ont écrit au premier ministre ce 04 février pour l’alerter sur les coupes prévues dans le budget du ministère des Affaires étrangères. Ils alertent François Bayrou sur les conséquences des réductions sur le programme 185. Soit essentiellement la subvention de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), et sur le programme 151 qui vient en aide aux Français établis hors de France. Alors que les aides sociales et celles à la scolarité avaient déjà été amputées dans le projet de loi de finances initial. Pour en parler nous recevons le député des Français de la IXème circonscription, Karim Ben Cheïkh, membre de la commission finances de l’Assemblée nationale.

    Après bien des tumultes, la France a enfin un budget pour 2025. Selon-vous, celui-ci reflète-t-il la situation financière complexe à laquelle notre pays doit aujourd’hui faire face ?

    Karim Ben Cheïkh : Nous n’étions pas sans  budget, puisque la loi spéciale a permis de reconduire le budget de 2024. Maintenant, parlons du nouveau budget qui a été imposé par le 49.3. Ce budget 2025, est avant tout le reflet  de l’échec des politiques macronistes, responsables d’un  déficit public record hors période de crise (-6 % du PIB). Selon le Haut conseil des finances publiques, cette dégradation découle surtout de la baisse des recettes fiscales. 

    Karim Ben Cheïkh
    Karim Ben Cheïkh

    Pourtant, les gouvernements qui se succèdent de Barnier puis Bayrou, continuent de tailler dans les dépenses sociales, écologiques mais aussi, dans notre diplomatie et notre coopération. Ces coupes ne font qu’affaiblir la croissance et accentuer les difficultés sociales. En période de ralentissement et de remontée du chômage, cette politique est non seulement injuste, mais aussi coûteuse socialement.

    Que ce soit à droite ou à gauche, personne ne semble satisfait du budget comme il a été présenté, pensez-vous que les forces de gauche auraient dû faire bloc quitte à faire chuter le gouvernement ?

    Karim Ben Cheïkh : La droite a largement façonné ce budget, du projet initial de Michel Barnier à la Commission mixte paritaire, en passant par les amendements du Sénat. La gauche et les écologistes ont défendu une fiscalité plus juste, en vain. Face à cet échec collectif, chacun a pris ses responsabilités. J’ai voté avec les écologistes, les communistes et les insoumis. Je suis convaincu qu’une autre politique est possible et nécessaire, et que nous devons infléchir cette trajectoire rejetée par une majorité de Français.

    Dans une lettre que vous avez adressée au Premier Ministre, François Bayrou, vous regrettez que des amendements rejetés en session parlementaire aient été reproposés en commission mixte paritaire, estimez-vous que ce genre de pratique nuit directement aux travaux des députés et sénateurs ?

    Karim Ben Cheïkh : Ce budget 2025 a été construit dans une incohérence totale, sous la pression du calendrier et du contexte politique. Comment expliquer qu’un amendement de coupe budgétaire, rejeté par le Sénat et jamais été examiné par l’Assemblée, se retrouve finalement dans la loi de finances ? L’ensemble du processus a été indigne d’une vraie démocratie parlementaire. Personne n’assume ce budget, pas même M. Barnier ou M. Bayrou, qui n’ont cessé de prétendre manquer de temps pour le préparer correctement. Pourtant, les enjeux étaient cruciaux, notamment en raison du déficit et du poids de la dette.

    Au-delà de cette pratique, c’est le budget consacré aux Français de l’étranger qui notamment visé par ces amendements, avec des réductions de près de 170 millions pour la mission « Action extérieure de l’Etat » quelles vont être les conséquences directes de cette diminution de crédits ?

    Karim Ben Cheïkh : Le budget de l’Action extérieure, essentiel pour nos postes diplomatiques, lycées français et aides sociales aux expatriés, subit une coupe de 170 millions d’euros, alors qu’il ne représente que 0,6 % des dépenses de l’État. Son périmètre a déjà fondu de 50% en trente ans. Les engagements des “États généraux de la diplomatie” de 2023 sont balayés : au lieu de créer 700 postes d’ici 2027, le gouvernement sabre dans les effectifs. Sur les 155 millions d’euros d’aides sociales (bourses scolaires, AESH, aide au handicap, secours occasionnel), le gouvernement affiche 10 millions d’euros d’économie, en dépit des besoins déjà non couverts. L’aide publique au développement est, elle aussi, massivement amputée de 2,1 milliards d’euros, près de 40% de son budget. Ces coupes mettent à mal notre influence et nos engagements de coopération internationale.

    Nos compatriotes expatriés attendaient la mise en place du Pass culturel, d’une solution pour la Journée de Défense, que leur dites-vous ?

    Karim Ben Cheïkh : Depuis la dissolution, aucun gouvernement n’a souhaité reprendre la discussion pour étendre le bénéfice du pass culture aux jeunes Français à l’étranger. L’enseignement à l’étranger et la culture sont les premières victimes des coupes budgétaires, avec près de 70 millions d’euros de coupe (-10%) sur le programme 185 « Diplomatie culturelle et d’influence ». Ce sont ici les élèves et les parents d’élèves qui subiront le poids de ces décisions extrêmement dures. Mettre en péril un réseau de presque 600 établissements scolaires ainsi que tout le travail porté par nos instituts Français et nos alliances me paraît être une politique inconséquente d’un point de vue diplomatique et insultante pour les Français de l’étranger.

    Autre sujet, la protection sociale, vous aviez proposé un amendement pour rétablir un équilibre financier à la Caisse des Français de l’étranger ? Cette caisse indépendante et autonome financièrement, ne risque-t-elle pas d’emporter par la dérive budgétaire ?

    Karim Ben Cheïkh : À mon initiative, la commission des Finances de l’Assemblée avait voté une subvention de 25 millions d’euros pour la Caisse des Français de l’étranger (CFE) en 2025. L’État impose à la CFE de couvrir tous les Français, y compris les plus vulnérables, sans compensation suffisante. Cette mission de service public coûte à la CFE près de 25 millions d’euros par an (catégorie aidée, ALD, assurés à risques élevés), d’où le chiffre. 

    Avec ce budget 2025, la CFE recevra au mieux 700 000 euros de subvention. Son déficit structurel l’obligera encore à augmenter ses tarifs ou à dégrader ses services. L’autonomie financière de la CFE était une condition pour sa création, afin de lui permettre d’exister à côté et en lien avec la Sécurité sociale française. Je crains que cette autonomie ne soit utilisée aujourd’hui comme un argument par l’Etat pour abandonner une caisse qui couvre près de 200 000 assurés à travers le monde.

    Avec quelles autres mesures les Français de l’étranger auraient-ils pu participer à l’effort budgétaire demandé par la France ? Par la création d’un impôt sur la nationalité par exemple comme la France insoumise ?

    Karim Ben Cheïkh : Il faut sortir de la caricature du “coût” des Français de l’étranger. Ils contribuent aux finances publiques à hauteur de plus de 1,4 milliard d’euros par an via l’impôt sur le revenu et la fiscalité immobilière, auxquels s’ajoutent plusieurs centaines de millions en CSG-CRDS. Pourtant, les services publics dont ils disposent sont réduits à peau de chagrin. Une piste serait de réaffecter les contributions de CSG-CRDS vers la Caisse des Français de l’étranger, qui manque cruellement de moyens. Quant à l’impôt sur la nationalité que vous mentionnez, je n’y suis pas favorable et si certains prétendent le contraire, c’est pour mieux masquer leur manque d’idées et d’ambition pour les FDE.

    Ce budget est une étape importante, mais qu’allez-vous entreprendre comme actions ces prochaines semaines pour nos ressortissants vivant hors de France afin de compenser ces coupes dans les crédits ?

    Karim Ben Cheïkh : Trois combats me semblent prioritaires pour les Français de l’étranger. D’abord, la reconnaissance des difficultés pratiques, matérielles et sociales de beaucoup de nos compatriotes. J’ai lu le courrier de nos ministres pour dire aux Français de l’étranger, “nous pouvons faire mieux avec autant de moyens”. Je rappelle que la réalité c’est que les moyens baissent ! Les budgets alloués aux  Français de l’étranger pèsent une plume dans le budget du pays. Ce sera mon message prioritaire lors des “Assises de la protection sociale des Français de l’étranger”.

    Le deuxième combat, c’est la préservation de notre outil diplomatique efficace et au service des intérêts de la France et des Français. Au-delà des clivages, il y a une prise de conscience des dangers du démantèlement de notre action extérieure. Je reconnais au ministre Barrot un certain volontarisme, mais je constate qu’il est peu entendu dans son propre gouvernement.

    Notre troisième priorité doit être l’affirmation des valeurs de la France dans un contexte international troublé. La France est respectée lorsqu’elle défend le droit international, la justice internationale, la solidarité, et nos engagements pour le climat. Face à la menace de l’extrême-droite en France, en Europe et dans le monde, c’est un engagement sur lequel je n’entends rien céder. Car sous couvert de réalisme, cette extrême-droite appelle de ses vœux un monde de rapports de force et de brutalisation des rapports internationaux.

    Télécharger le courrier envoyé au Premier ministre

    Lettre à François Bayrou

  • Intelligence artificielle : entre droits et innovations, ça bouillonne !

    Intelligence artificielle : entre droits et innovations, ça bouillonne !

    Alors qu’un sommet pour l’action sur l’IA va se tenir à Paris les 10 et 11 février, l’intelligence artificielle est désormais au centre de toutes les attentions. Et si le droit et l’innovation sont parfois présentés comme opposés, entre les deux ça bouillonne pour permettre à l’un de se rapprocher de l’autre ! Divers rapports sont publiés pour étudier cette question. Sénateur des Français établis hors de France, Christophe Frassa vient d’ailleurs de publier ses travaux. Sa réflexion porte, entre autres, sur le lien entre « l’intelligence artificielle générative et les métiers du droit ». Lesfrançais.press a interrogé le parlementaire pour qu’il partage son constat et ses propositions dans ce domaine.

    Semaine de l'IA en France

    L’IA : un facteur d’amélioration ?

    C’est plutôt classique, quand une nouvelle technologie émerge : les questionnements sont nombreux. Libertés fondamentales, peur d’être remplacé, peur sur l’emploi, les craintes ne manquent pas. Fort heureusement, l’intelligence artificielle génère également de nombreux espoirs : celle de nous prêter main-forte, pour nous concentrer sur ce qu’il y aurait de plus “humain” en nous. Ou autrement dit, un outil pour s’économiser, face aux tâches les moins plaisantes, ou les plus répétitives. Ce qui est sûr, c’est qu’il est impossible de définir un pronostic certain.

    « L’intelligence artificielle générative devrait constituer un facteur d’amélioration des conditions d’exercice des métiers du droit. »

    Christophe-André Frassa, sénateur LR

    Entre technophiles et technophobes, de nombreux rapports et études tentent de mesurer les progrès apportés par l’IA, de celle des risques et problèmes nouveaux à régler. Rapport de la commission de l’intelligence artificielle remis en mars par une commission de l’intelligence artificielle, rapport de la Cour des comptes sur le recours à l’IA par le ministère de l’économie et des finances, rapport auprès de du conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique. Mais aussi, un rapport sénatorial intitulé « l’intelligence artificielle générative et les métiers du droit : agir plutôt que subir », remis en décembre. (Lire le rapport ici)

    Christophe Frassa, sénateur des Français de l’étranger

    Christophe-André Frassa, sénateur Les Républicains (LR) représentant les Français établis hors de France, a copiloté la publication de ce document avec Marie-Pierre de la Gontrie, sénatrice socialiste (PS). Le sénateur en tire l’enseignement que « contrairement à ce que l’on entend ça et là, l’intelligence artificielle générative devrait constituer un facteur d’amélioration des conditions d’exercice des métiers du droit ». Pour lui, « ces algorithmes accomplissent avec une célérité incomparable des tâches aussi chronophages qu’essentielles à la pratique du droit – qu’il s’agisse des recherches documentaires, de la rédaction de documents standardisés ou de la synthèse de corpus volumineux ». L’idée est donc de permettre aux professionnels « de la productivité, et, partant, de se concentrer sur l’essence de leur profession ».

    Risques et opportunités du numérique dans la justice ?

    Néanmoins, prévient le parlementaire, « l’intelligence artificielle générative entraînera des effets vertueux uniquement si les professionnels du droit s’y adaptent », et c’est là où le bât blesse.

    « Il convient donc d’agir pour écarter le risque qu’une rupture technologique duale s’instaure au sein de chaque métier du droit et entre les différentes professions juridiques »

    Christophe-André Frassa, sénateur LR

    En effet, constate-t-il, « les éditeurs juridiques et les entreprises du secteur de la legaltech ont développé des outils performants, mais ces derniers n’ont pas encore été largement adoptés. Au-delà, l’adaptation des différents métiers du droit à cette technologie apparaît inégale ». Ainsi, Christophe-André Frassa fait le constat de « difficultés de la justice dans le domaine du numérique, désormais bien documentées », qui « engendrent un retard préoccupant en matière d’intelligence artificielle générative ».

    Pour le sénateur, « il convient donc d’agir pour écarter qu’une rupture technologique duale s’instaure au sein de chaque métier du droit et entre les différentes professions juridiques ». Aussi, les propositions de son rapport “visent à assurer le bon usage et la diffusion homogène de cette technologie”.

    « Si le train de l’innovation s’achemine dans la bonne direction, nous souhaiterions toutefois qu’il prenne un peu de vitesse. »

    Christophe-André Frassa, sénateur LR

    À ce titre, il salue le fait que les « différentes écoles de formation adaptent progressivement leurs enseignements à l’affirmation de la technologie, et que le barreau de Paris offre aux cabinets d’un à deux avocats un accès gratuit à un outil d’intelligence artificielle générative ». Mais aussi que « le gouvernement investisse les différents volets de cette politique publique », ce dont témoigne, selon lui, l’organisation du sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle qui se tient les 10 et 11 février à Paris.

    Les enjeux de souveraineté liés aux données d’entraînement

    Pour le sénateur, le « train » de l’innovation va dans le bon sens, mais doit « prendre un peu de vitesse », face à “une véritable rupture technologique”. Enfin, il évoque les « enjeux de souveraineté, directement liés aux jeux de données sur lesquels cette technologie repose ». Ainsi, « l’hégémonie actuelle des solutions étatsuniennes affermira la place de la langue anglaise et de la common law dans le monde, au détriment de la francophonie et du droit continental. Il est donc primordial de favoriser l’émergence d’entreprises françaises dans ce secteur », explique-t-il.

    « Pour éviter l’hégémonie de la langue anglaise et de la common low (…) Il est donc primordial de favoriser l’émergence d’entreprises françaises dans ce secteur. »

    Christophe-André Frassa, sénateur LR

    Il pointe ici la question des données d’entraînement. Le rapport préconise donc de « promouvoir au niveau international notre modèle et notre culture juridique continentale, avec des LLM (large language models) entraînés sur nos données de droit civi », tout en évoquant les risques  d’ « hallucinations ou de biais algorithmiques » propres à l’intelligence artificielle générative. Autrement dit, des risques d’erreurs propres à la machine.

    Un contexte international bouillonnant

    Ces dernières années, l’irruption de l’IA chinoise DeepSeek, décrite comme un moment “Spoutnik” pour les États-Unis, a relancé la compétition internationale sur le sujet. Donald Trump a annoncé, deux jours après son investiture, le lancement d’un plan dédié à l’IA nommé “Stargate”. 100 milliards investis immédiatement, et jusqu’à 500 pendant quatre ans, destinés à financer des data center géants.

    Alors que Trump a abrogé un décret que Biden avait promulgué pour mettre des garde-fous éthiques au développement de l’intelligence artificielle, la réglementation européenne sur ce sujet vint de rentrer en vigueur.  En effet, en matière de réglementation, l’Europe a œuvré, notamment à travers l’AI Act (règlement sur l’intelligence artificielle). Hasard du calendrier, les premières mesures issues de l’AI Act ou Règlement sur l’intelligence artificielle, viennent d’entrer en vigueur le 2 février. Celui-ci exige, parmi de nombreuses autres obligations, que chaque État membre de l’UE désigne une autorité veillant au respect en matière de protection des droits fondamentaux et de non-discrimination, en ce qui concerne l’usage de systèmes d’IA dit à haut risque. Par exemple, des applications concernant la biométrie, l’emploi, la répression, ou encore l’éducation et la formation professionnelle.

    Si un adage bien connu dit qu’aux États-Unis on innove tandis qu’en Europe on réglemente, un autre dit que si le service est gratuit, c’est peut-être que c’est vous le produit… Si les deux formules ont sans doute leur part de vérité, il restera à savoir si le sommet de l’IA organisé par la France (après deux précédents sommets en Royaume-Uni et en Corée) permettra vraiment de discuter de ces enjeux, au-delà des effets d’annonce. Et si l’on veut élargir le spectre de la réflexion, on pourra aussi s’intéresser au contre-sommet proposé par le philosophe Eric Sadin, et qui se tiendra également le 10 février, à la Bourse du travail de Paris. Entre ces deux visions, ça bouillonne aussi !

     

  • Solenn Thircuir : regards croisés sur les soins de santé en Europe et aux USA

    Solenn Thircuir : regards croisés sur les soins de santé en Europe et aux USA

    Franco-américaine, Solenn Thircuir est une experte reconnue en santé. C’est depuis Los Angeles, où elle réside actuellement, qu’elle nous a accordé une interview. Avec elle, nous évoquons notamment la parution de son dernier livre sur la Qualité et la Gestion des risques dans les soins de santé, à l’hôpital. Au cours de cet entretien, elle nous partage, entre autres, son expérience et apporte de véritables regards croisés sur les systèmes de santé en Europe et aux USA. Plus que jamais, son ouvrage ouvre la voie à de réelles opportunités d’échanges sur les meilleures pratiques des deux côtés de l’Atlantique.

    L’avenir de la qualité et de la gestion des risques dans les soins de santé : perspectives pour les leaders de demain

    Lesfrancais.press a pu interviewer Solenn Thircuir en marge de la présentation de son nouveau livre, Managing Quality and Risks in Hospitals, Legacy and New Horizons, à l’Université de Californie à Berkeley. Elle a co-écrit cet ouvrage avec le docteur Pierre Anhoury, conseiller du ministre de la Santé du Liban, et anciennement directeur des relations internationales de l’institut Curie. Cette discussion a eu lieu dans le cadre d’une présentation auprès de futurs leaders et dirigeants du secteur de la santé.

    Lesfrancais.press : « Bonjour Solenn, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours en tant qu’experte en santé ? »

    Solenn Thircuir : « Bonjour. Merci de cette interview. Je suis sociologue spécialisée en santé, Analyste en stratégie et partenariats, et ancienne lauréate du prestigieux France Berkeley Fund. En tant que chercheuse invitée à UC Berkeley et Stanford, j’ai acquis une expertise approfondie dans l’analyse des comportements sociaux, des systèmes de santé et des structures médicales, des connaissances essentielles pour aborder les enjeux complexes dans les domaines de la santé, des sciences de la vie et des affaires. Après mon doctorat à l’EHESS, j’ai développé mon parcours entre la France et les États-Unis, menant des recherches collaboratives dans des centres de cancérologie à travers l’Europe, tout en contribuant à la formation médicale à la faculté de médecine de Lyon et en proposant des améliorations des cursus médicaux aux États-Unis.

    « L’hôpital apparaît non seulement comme un lieu de soins, mais aussi comme une organisation complexe soumise à des dynamiques variées et à des défis multiples. »

    Solenn Thircuir

    Depuis près de deux ans, je m’investis activement dans des collaborations de recherche franco-américaines en Californie, alliant mes compétences en sociologie, stratégie de santé et expertise en formation médicale pour aider les organisations à améliorer la qualité des soins, renforcer la dynamique des équipes de santé et concevoir des interventions efficaces. Mon engagement vise à favoriser l’innovation, à stimuler les partenariats stratégiques et à améliorer les résultats dans le domaine de la santé. »

    Un système de soins et des attentes patients en constante (r)-évolution

    Lesfrancais.press : « Comment percevez-vous l’évolution des hôpitaux dans le paysage actuel des soins de santé ? »

    Solenn Thircuir « L’hôpital apparaît non seulement comme un lieu de soins, mais aussi comme une organisation complexe soumise à des dynamiques variées et à des défis multiples, notamment en matière de qualité des soins, dans laquelle s’implémentent les législations et représentations des différents acteurs qui s’y rencontrent.

    Entrée des urgences de l'hôpital Baylor à Dallas. © Brandon Wade / Reuters/REUTERS
    Entrée des urgences de l’hôpital Baylor à Dallas. © Brandon Wade / Reuters/REUTERS

    S’intéresser aux soins, c’est appréhender la complexité de cet écosystème, où la gestion des risques, bien loin d’être un simple détail, s’impose comme sa pierre angulaire. Gérer la qualité et les risques dans les hôpitaux englobe un éventail de stratégies et de pratiques visant à garantir la sécurité des patients, améliorer la qualité des soins et réduire les risques encourus par les patients et les professionnels de cet écosystème. Cela implique des activités portant sur des enjeux tant organisationnels, cliniques qu’administratifs. Mais que réserve l’avenir de la qualité et de la gestion des risques dans le cadre des soins de santé alors que nous naviguons dans un paysage en évolution rapide ? Quelles leçons pouvons-nous tirer des pratiques et réalisations passées pour façonner la voie à suivre ? Répondre à ces questions nécessite de prendre en considération l’articulation d’un contexte d’innovation technologique et celui d’un changement fondamental de philosophie de la pratique médicale, où la relation entre les patients et les prestataires se transforme en une collaboration fondée sur la transparence et la responsabilité. »

    Lesfrancais.press : « Les soins centrés sur le patient prennent de plus en plus d’importance. Comment cela influence-t-il la gestion de la qualité et des risques dans les hôpitaux ? »

    Solenn Thircuir : « Historiquement, les soins de santé étaient ancrés dans un modèle paternaliste où les professionnels de santé avaient le pouvoir de prendre des décisions au nom de patients ayant une posture passive. Aujourd’hui, ce paradigme a évolué, mettant l’accent sur les droits des patients, leur autonomie et la prise de décision partagée. Ce changement a été crucial pour façonner la manière dont la qualité et les risques sont maintenant gérés dans les hôpitaux, où la sécurité, les soins centrés sur le patient et les décisions éclairées, notamment en donnant leur consentement, sont au premier plan. Les hôpitaux jouent désormais un double rôle, non seulement comme lieux de traitement, de prise en charge, mais aussi comme espaces où interagissent divers acteurs de la santé, naviguant dans la complexité de la gestion des soins et répondant aux besoins d’une population de patients de plus en plus informée et active. »

    Risques et opportunités liés aux nouvelles technologies et aux évolutions sociétales

    Lesfrancais.press : « Quels sont, selon vous, les impacts des avancées technologiques et des changements sociétaux sur la gestion de la qualité et des risques dans les hôpitaux ? »

    Solenn Thircuir : « Avec le temps, des réformes en Europe et aux États-Unis ont façonné les hôpitaux pour qu’ils traitent non seulement des conditions aiguës, mais s’impliquent aussi dans la gestion à long terme des maladies chroniques, favorisant des partenariats entre les prestataires de soins et les patients. L’augmentation des maladies chroniques et l’intégration croissante de technologies comme les dossiers de santé électroniques (DSE), la télémédecine et les dispositifs connectés ajoutent des niveaux de complexité à la gestion de la qualité et des risques dans les soins de santé. Ces technologies ont le potentiel d’améliorer les soins, mais elles introduisent aussi de nouveaux défis, notamment en matière de confidentialité des données et du risque de soins déshumanisés.

    « Plus nous gérons les risques, plus nous semblons en découvrir. »

    Solenn Thircuir

    Ces changements ne sont pas seulement une réponse aux avancées technologiques, mais ils sont également liés à l’évolution des politiques de santé publique et aux mutations des attentes sociales, avec un accent croissant sur la transparence et la collaboration. Cela reflète un « paradoxe du risque » émergent, où plus nous gérons les risques, plus nous semblons en découvrir. Les dirigeants du secteur de la santé doivent mener avec transparence, en équilibrant les progrès technologiques avec des soins empathiques tout en favorisant la collaboration au sein de leurs organisations. »

    Réinventer la gestion de la performance via une approche d’ensemble basée sur la transparence et la prise en compte fine des besoins et de l’expérience du patient

    Lesfrancais.press : « Vous évoquez l’importance de dépasser la « culture du blâme ». Comment les hôpitaux peuvent-ils favoriser une culture d’apprentissage ? »

    Solenn Thircuir : « L’un des défis les plus significatifs de ces dernières années est de tenter d’éradiquer la « culture du blâme » au profit d’une culture d’apprentissage et d’amélioration constants. L’approche traditionnelle face aux erreurs, qui consistait souvent à attribuer une faute individuelle, a progressivement cédé la place à une approche plus ouverte et collaborative, où les erreurs sont perçues comme des opportunités de croissance. Ce changement est essentiel pour créer un environnement de soins plus sûr, où la confiance et la communication priment sur les pratiques défensives qui peuvent entraver la qualité des soins.

    « Les enjeux financiers et réputationnels n’ont jamais été aussi élevés, rendant la gestion des erreurs et des événements indésirables cruciale pour le succès d’un hôpital. »

    Solenn Thircuir

    La quête de transparence, portée par des organisations comme Leapfrog aux États-Unis et amplifiée par les réseaux sociaux, a transformé davantage le paysage des soins de santé. Les hôpitaux sont désormais tenus publiquement responsables de leurs scores de qualité et de sécurité, ce qui a un impact sur leur réputation, leur stabilité financière et leur accréditation. La visibilité croissante des performances des hôpitaux a fait de la gestion de la qualité et des risques un élément central de leur stratégie. Par ailleurs, le lien entre la qualité des soins de santé et les remboursements, comme ceux de Medicare basés sur des indicateurs de qualité, souligne l’importance de maintenir des normes élevées de soins. Les enjeux financiers et réputationnels n’ont jamais été aussi élevés, rendant la gestion des erreurs et des événements indésirables cruciale pour le succès d’un hôpital

    Solenn Thircuir
    Solenn Thircuir

    Ce changement sociétal remet en question les hiérarchies traditionnelles et pousse les institutions de santé à adopter une approche davantage centrée sur le patient, équilibrant le besoin d’innovation avec l’importance de maintenir la confiance et l’empathie dans les interactions avec les patients. »

    Nouvel eldorado à l’hôpital pour la médecine de qualité et les soins personnalisés : les données de santé patient

    Lesfrancais.press : « L’utilisation des données des patients transforme le secteur de la santé. Quelles opportunités et quels défis cela présente-t-il pour la qualité des soins ? »

    Solenn Thircuir : « Alors que le secteur de la santé continue d’évoluer, la prise de décision fondée sur les données est devenue une pierre angulaire de l’amélioration de la qualité. Cependant, cette dépendance à la technologie et aux données exige également des dirigeants qu’ils équilibrent les avantages de l’automatisation et de l’analyse avec le besoin de jugement humain et d’empathie. L’avenir des soins de santé dépendra de la capacité des leaders à intégrer efficacement les technologies émergentes tout en plaçant le bien-être et l’empathie des patients et de leurs équipes au cœur de la prestation des soins. »

    Lesfrancais.press : « Dans votre livre, vous abordez le rôle de l’éthique dans l’intégration des technologies. Pouvez-vous développer ce point ? »

    Solenn Thircuir : « Dans cette perspective, comme indiqué dans mon livre, une telle approche de la pratique médicale impose de réfléchir et d’adapter le code de déontologie médicale. L’avenir des soins de santé repose sur une intégration harmonieuse de la technologie et des valeurs humaines. Les innovations doivent être employées pour renforcer, et non remplacer, les interactions humaines. Les professionnels de santé doivent être formés en continu pour s’adapter aux nouvelles technologies tout en maintenant une approche empathique et centrée sur le patient. Avec l’avènement des technologies avancées, un nouveau code de déontologie médicale pourrait s’imposer. Ce code intégrerait les IA et autres technologies comme des acteurs à part entière du système de soins, avec des droits et des devoirs, définissant également les responsabilités des médecins dans l’utilisation éthique et sécurisée de ces outils. »

    Perspectives pour les dirigeants de l’hôpital de demain

    Lesfrancais.press : « Quels conseils donneriez-vous aux futurs leaders du secteur de la santé ? »

    Solenn Thircuir : « Seule une approche équilibrée, alliant avancées technologiques et respect des valeurs éthiques fondamentales, permettra de construire un système de santé résilient, équitable et profondément humanisé pour les décennies à venir. Les futurs dirigeants du secteur de la santé doivent comprendre que les rouages communicationnels au cœur de la prestation de soin ne sont pas de simples erreurs logistiques ; ce sont des défaillances humaines qui ont un impact sur les résultats des patients.

    Bien que les avancées scientifiques et technologiques aient considérablement amélioré les diagnostics et les traitements en pratique clinique, la médecine reste à la fois une science et un art : pratiquée par des humains, pour des humains, et enracinée dans une approche compréhensive de la santé et de son maintien. Les efforts visant à humaniser les soins de santé et à favoriser la coopération et une communication ouverte sont essentiels pour créer un environnement de soutien où les erreurs sont minimisées et, lorsqu’elles surviennent, servent de sources d’apprentissage plutôt que de blâme. »

    Lesfrancais.press : « Avez-vous un dernier mot pour les dirigeants qui doivent naviguer dans les complexités de la médecine moderne ? »

    Solenn Thircuir : « Le chemin vers l’amélioration de la qualité et de la sécurité des soins de santé est un processus continu. Comme l’a si bien formulé Ronni Solomon, avocate et leader en matière de sécurité des patients, la sécurité est « un voyage continu », et non une destination. Pour les leaders de demain, ce voyage exigera un engagement envers un jugement éthique, la transparence et une amélioration constante. En cultivant la responsabilité et la collaboration et en intégrant les progrès technologiques, les leaders du secteur de la santé ont l’opportunité de construire un système non seulement efficace mais aussi profondément humain, où les patients se sentent valorisés, soutenus et véritablement pris en charge.

    « Seule une approche équilibrée, alliant avancées technologiques et respect des valeurs éthiques fondamentales, permettra de construire un système de santé résilient. »

    Solenn Thircuir

    Dans cette ère de transformation rapide, la responsabilité de guider les hôpitaux vers un avenir plus transparent, empathique et innovant repose sur la prochaine génération de leaders. Avec un engagement indéfectible envers les soins centrés sur le patient, ils peuvent envisager naviguer dans les complexités des soins de santé modernes et créer un système à la fois hautement performant et profondément respectueux des personnes qu’il sert. »

    Lesfrancais.press : « Merci beaucoup à vous, Solenn, de nous avoir accordé cette interview exclusive ! Nous en profions pour signaler ci-dessous les informations pratiques concernant votre ouvrage, pour les lecteurs désireux d’en apprendre davantage sur votre travail et sur votre livre.

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