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À Londres, la Côte d’Azur révélée par les grands peintres français

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À Londres, la Côte d’Azur révélée par les grands peintres français

De Monet à Matisse, de Bonnard à Picasso et jusqu’à Yves Klein, la Royal Academy de Londres retrace l’histoire de la Côte d’Azur à travers le talent des grands artistes qui y ont travaillé. Plus de 120 œuvres racontent comment la lumière, les paysages et les couleurs du Midi ont profondément transformé la peinture moderne et contribué à façonner le mythe de la Riviera. À Londres, « Painting the French Riviera » montre aussi comment cet imaginaire artistique français s’est diffusé bien au-delà des frontières et continue, aujourd’hui encore, de nourrir la fascination britannique pour le Sud de la France. Lesfrançais.press était présent à l’avant-première et a rencontré les deux commissaires de l’exposition.

Pourquoi la Côte d’Azur a-t-elle bouleversé les artistes ?

À quelques mètres de Piccadilly, Londres bascule dans le bleu méditerranéen. Antibes, Nice, Saint-Tropez, Le Cannet ou L’Estaque s’invitent dans les grandes salles de Burlington House. En cette rentrée culturelle 2026, sur les murs, les œuvres de Cézanne, Monet, Signac, Matisse, Bonnard, Picasso ou encore Yves Klein racontent près d’un siècle de fascination pour le littoral français.

Présentée du 2 octobre 2026 au 31 janvier 2027, l’exposition réunit plus de 120 peintures, sculptures et dessins, mais aussi des affiches, des livres et des films. Elle retrace le développement de l’art moderne sur la côte méditerranéenne française, des années 1870 aux années 1960. La Royal Academy décrit elle-même cette région comme une source d’inspiration devenue, pour les avant-gardes, un lieu de renouvellement artistique et presque un état d’esprit.

« Ce qui relie ces artistes, c’est l’effet transformateur de l’extraordinaire lumière de la Côte d’Azur sur leur travail. »

Ann Dumas, commissaire à la Royal Academy of Arts et co-commissaire de « Painting the French Riviera »

« Il fait si beau ici, si lumineux. On nage dans l’air bleu », écrivait Claude Monet. Cette lumière est le véritable point de départ de l’exposition. Cézanne travaille à L’Estaque dès les années 1860. Renoir le rejoint dans le Midi. Berthe Morisot séjourne à Nice. Monet, que l’on associe davantage à la Normandie et à Giverny, découvre à son tour une Méditerranée dont l’intensité lumineuse le déroute autant qu’elle le fascine.

En 1884, Monet passe plusieurs semaines sur la Riviera, notamment à Bordighera et à Menton, avant de revenir en 1888 à Antibes. Ses lettres témoignent de la difficulté à traduire cette lumière et cette végétation. Quelques années plus tard, les néo-impressionnistes Paul Signac et Henri-Edmond Cross trouvent dans le Sud un terrain particulièrement propice à leurs recherches sur la couleur.

Claude Monet, « The Mediterranean (Cap d’Antibes) »
Claude Monet, « The Mediterranean (Cap d’Antibes) », 1888, présenté dans l’exposition « Painting the French Riviera » à la Royal Academy of Arts. © Alexander Seale / Lesfrançais.press.

Parmi les œuvres qu’Ann Dumas, commissaire à la Royal Academy of Arts et co-commissaire de « Painting the French Riviera », recommande particulièrement, figure un Monet d’Antibes présenté dans la première partie du parcours, l’un de ses tableaux préférés de l’exposition. Puis viennent les Fauves. Matisse séjourne à Saint-Tropez en 1904, avant de travailler à Collioure avec André Derain l’année suivante. La couleur n’a plus seulement pour fonction de reproduire ce que l’œil voit : elle devient un moyen d’exprimer une sensation. Bonnard, installé au Cannet à partir de 1926, et Picasso, qui revient pendant des décennies sur le littoral méditerranéen, prolongent à leur manière cette relation au Sud.

Comment les artistes ont-ils contribué à fabriquer le « mythe » de la Riviera ?

La Côte d’Azur présentée à Londres n’est pas seulement un paysage. Au fil des décennies, elle devient aussi une représentation de la France qui circule à l’étranger : soleil, mer, couleurs, liberté, élégance et modernité. Les peintres participent directement à la construction de cet imaginaire.

« La région a une dimension presque mythique. »

Heather Lemonedes Brown, commissaire de l’art moderne européen au Cleveland Museum of Art

Cette transformation accompagne celle de la région elle-même. À la fin du XIXe siècle, le chemin de fer rapproche le littoral de Paris et du nord de l’Europe. Après la Première Guerre mondiale, l’ancien refuge hivernal d’une clientèle aristocratique devient progressivement un terrain de jeu estival cosmopolite. Artistes, écrivains, voyageurs et riches visiteurs s’y croisent.

Henri Matisse, scène méditerranéenne aux baigneuses, présentée dans l’exposition « Painting the French Riviera »
Henri Matisse, scène méditerranéenne aux baigneuses, présentée dans l’exposition « Painting the French Riviera » à la Royal Academy of Arts. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

Le Train Bleu, les affiches touristiques et les palaces diffusent cette image bien au-delà des frontières françaises. La littérature et le cinéma prennent le relais : F. Scott Fitzgerald situe « Tendre est la nuit » sur la Riviera ; plus tard, Alfred Hitchcock y tourne « La Main au collet ». L’exposition consacre une salle entière à cette fabrication culturelle d’une Côte d’Azur devenue immédiatement reconnaissable à l’étranger.

Pourquoi cet imaginaire parle-t-il particulièrement aux Britanniques ?

C’est ici que l’exposition prend une résonance particulière à Londres. Les liens britanniques avec la Riviera ne se limitent pas aux vacances contemporaines : ils s’inscrivent dans une longue histoire de voyages, de villégiature et de représentations culturelles. La proximité géographique avec la France entretient aujourd’hui encore cette familiarité.

Comme lors de la récente « Bayeux mania » racontée par Lesfrançais.press, l’exposition permet aussi d’observer depuis Londres la manière dont un imaginaire culturel français est reçu et réinterprété par le public britannique. Cette histoire est ancienne. Dès le XIXe siècle, les Britanniques comptent parmi ceux qui contribuent à faire de la Riviera une destination internationale. À Cannes, Lord Brougham, ancien Lord Chancellor britannique, découvre la ville en 1834 et contribue ensuite à la faire connaître auprès de ses compatriotes, qui viennent de plus en plus nombreux y passer l’hiver. La présence britannique a laissé, jusqu’à aujourd’hui, son empreinte dans l’imaginaire de la Côte d’Azur.

Raoul Dufy, « Golfe Juan », 1927, présenté dans l’exposition « Painting the French Riviera »
Raoul Dufy, « Golfe Juan », 1927, présenté dans l’exposition « Painting the French Riviera » à la Royal Academy of Arts. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

Lesfrançais.press a interrogé Heather Lemonedes Brown, commissaire de l’art moderne européen au Cleveland Museum of Art et co-commissaire de l’exposition, sur cette fascination britannique. « Je pense qu’elle existe, oui. Depuis Londres, on a l’avantage d’être relativement proche : ce n’est pas un voyage immense pour rejoindre la Riviera. Beaucoup de gens y sont déjà allés, aimeraient y aller ou en ont entendu parler. La région a une dimension presque mythique. Elle exerce un pouvoir d’attraction qui vient non seulement de la peinture, mais aussi de la littérature, du cinéma et de la photographie. »

C’est précisément ce que montre le parcours de la Royal Academy : la peinture française n’a pas seulement représenté la Riviera, elle a participé à la rendre désirable et identifiable dans l’imaginaire international. Les œuvres dialoguent avec des affiches de voyage, des livres et des images de cinéma, tandis que les archives présentent le littoral sous des regards français, britanniques et américains.

« Il faut aller voir les gens et les persuader de vous prêter les œuvres. »

Ann Dumas, commissaire à la Royal Academy of Arts et co-commissaire de « Painting the French Riviera »

Cette dimension internationale repose aussi sur les prêts consentis par les institutions françaises. Plusieurs œuvres majeures ont été prêtées par des musées français. Ann Dumas raconte à Lesfrançais.press les longues négociations nécessaires pour réunir une sélection de cette ampleur, dans un contexte où les mêmes chefs-d’œuvre sont demandés par des expositions dans le monde entier.

Cinq années pour faire venir la Côte d’Azur à Londres ?

L’exposition est le fruit d’un long travail. Ann Dumas explique à Lesfrançais.press avoir eu l’idée du projet il y a une dizaine d’années. Cinq années ont ensuite été nécessaires pour lui donner corps avec Heather Lemonedes Brown. Elle détaille le long travail nécessaire pour transformer cette intuition en exposition : « On commence par l’idée, puis on crée la structure de l’exposition. On considère les salles comme une série de chapitres, si vous voulez. Chacune doit avoir un thème, une idée. Ici Monet, là le néo-impressionnisme, plus loin le fauvisme. Ensuite, on construit la liste idéale. »

Henri Matisse, femme devant la Méditerranée
Henri Matisse, femme devant la Méditerranée, présentée dans l’exposition « Painting the French Riviera » à la Royal Academy of Arts. © Alexander Seale / Lesfrançais.press

Une fois cette liste établie, commence le travail des prêts : convaincre les musées et les collectionneurs, tenir compte de la fragilité des tableaux et des engagements pris auprès d’autres expositions. Ann Dumas précise : « Il faut aller voir les gens et les persuader de vous prêter les œuvres. Puis, s’ils sont en principe d’accord, on écrit, on explique le projet et, normalement, il faut au moins un an avant d’avoir une réponse. » L’exposition est organisée conjointement avec le Cleveland Museum of Art, où elle sera présentée du 14 mars au 11 juillet 2027. Après Londres, cette histoire française traversera donc l’Atlantique, témoignant à son tour de la portée internationale de la Riviera et des artistes qui l’ont représentée.

Du bleu de Monet au bleu d’Yves Klein ?

La scénographie résume à elle seule cette histoire. Conçue avec la designer française Cécile de Gaulle, elle commence par un bleu profond puis s’éclaircit de salle en salle, jusqu’au bleu pâle et au blanc. Heather Lemonedes Brown compare cette progression au passage du temps au cours d’une journée.

« La première galerie, celle des impressionnistes, est d’un bleu très profond. Puis, à mesure que l’on progresse, chaque salle devient légèrement plus claire, jusqu’au bleu très pâle puis au blanc. C’est un peu comme le passage du temps au cours d’une journée. » Le parcours s’achève avec Nicolas de Staël et Yves Klein. Né à Nice, Klein transforme le bleu méditerranéen en langage artistique à part entière. Le cercle se referme : chez Monet, le peintre cherche encore comment saisir l’air bleu du Sud ; chez Klein, le bleu est devenu l’œuvre.

Et pour les Français installés au Royaume-Uni ?

Pour les Français de Londres et du Royaume-Uni, cette exposition raconte enfin quelque chose de plus intime. Derrière l’histoire de l’art et le regard britannique se trouvent des villes, des paysages et une lumière qui appartiennent à une mémoire française du Sud.

« J’espère qu’elle leur rappellera un endroit qui leur est peut-être cher. »

Heather Lemonedes Brown, commissaire de l’art moderne européen au Cleveland Museum of Art

Lesfrançais.press a demandé à Heather Lemonedes Brown si elle espérait voir les Français expatriés venir découvrir l’exposition. Sa réponse est immédiate : « Oh, je l’espère. Oui, je l’espère. Et j’espère qu’elle leur rappellera un endroit qui leur est peut-être cher. »

À Piccadilly, la Royal Academy ne présente donc pas seulement une succession de chefs-d’œuvre peints sous le soleil. Elle raconte comment un territoire français est devenu une idée universelle : une Riviera façonnée par les artistes, popularisée par les trains, les livres et le cinéma, puis inscrite durablement dans l’imaginaire britannique. Plus d’un siècle plus tard, le Sud de la France continue ainsi de rayonner bien au-delà de ses frontières.

Informations pratiques :

« Painting the French Riviera »
Royal Academy of Arts, Main Galleries, Burlington House, Piccadilly, Londres.
Du 2 octobre 2026 au 31 janvier 2027.
Billets à partir de 24 livres ; gratuit pour les moins de 16 ans et demi-tarif pour les 16-25 ans, selon conditions.

Auteur/Autrice

  • Alexander Seale

    Alexander Seale est franco-britannique. Né et habitant au Royaume-Uni, il est correspondant pour lesfrancais.press, LCI (France) et LN24 (Belgique) à Londres.

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