Sylvie, un amour contrasté pour New-York

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Sylvie, un amour contrasté pour New-York

Cet été, on partage à nouveau avec vous des lettres d’amour de Français de l’étranger à la France. Je vous emmène pour ce second chapitre estival à la rencontre de Sylvie Poulain, installée depuis une dizaine d’années à New-York.  Cadre du secteur financier elle nous livre son amour contrasté pour « Big Apple » et sa nostalgie de la vie à la française.

De Paris à New-York : Une cadre bancaire expatriée 

C’est un de ces parcours que permet le monde bancaire internationalisé. Une française expérimentée au plan professionnel qui s’installe à la faveur d’une mobilité aux Etats-Unis. Son fils a alors 20 ans et c’est le bon moment pour elle de quitter la France. C’est elle qui coupe le cordon et atterrit dans cette immense ville-monde qui a son identité propre : New-York. Elle y découvre voilà onze ans une ville électrique dans un secteur exigeant.

France, je t’écris depuis New-York

Lesfrancais.press : « Sylvie, je découvre ta lettre à la France puisque c’est le principe de ces échanges de débuter par une adresse à notre pays. Tu y es très nostalgique, non ? »

Sylvie Poulain : « J’ai énormément de nostalgie, c’est vrai. Plus je suis là plus j’ai de la nostalgie. Pour une certaine douceur de vivre. New-York c’est dur, c’est violent, c’est fatigant. J’ai la nostalgie de tout ce qui est apaisé, plus doux. Chaque fois que je vais en France je ressens de l’apaisement. La France, mon pays, mon identité, ma culture, ma patrie, mon amour. Ma France, je te porte dans ma tête, dans mon sang, dans mon corps, dans mon cœur. Je vis loin de ma France. Et ma France vit en moi où que je sois.

« Au fil des années le dynamisme new-yorkais s’est transformé en risque. Je me suis fait virer au bout de 35 ans, comme ça »

Sylvie Poulain, Française de New-York

Je suis arrivé ici dans de très bonnes conditions il y a onze ans suite à une mobilité professionnelle. Je connaissais bien les USA et la ville et pourtant j’ai ressenti une énorme différence culturelle que je ne ressentais pas comme touriste. Au début j’ai ressenti une attraction incroyable pour la jeunesse et le dynamisme dans le travail. Je me sentais plus jeune du fait de ce dynamisme dans le travail. Par contre au fil des années le dynamisme new-yorkais s’est transformé en risque. Je me suis fait virer au bout de 35 ans dans ma boîte, « comme ça ». C’est une violence dans la façon dont tout peut s’arrêter. Quand tu perds ton travail tu perds aussi ton assurance maladie. Tu vis après dans cette hantise d’être renversée quand tu traverses la rue ».

Lesfrancais.press : « Quand on est Français-e, s’installer à New-York c’est arriver avec un lot de représentations culturelles et de clichés issus de films et de séries de fiction. Quel New-York as-tu retrouvé sur place ? »

Sylvie Poulain : « J’arrivais dans ma tête comme dans Sex and the City et Friends… et cela n’a pas été ça du tout ! C’est difficile de se faire des amis américains quand tu vis à New-York. Il n’y a pas la culture du barbecue en banlieue. Les New-Yorkais restent chez eux et ne font pas garder leurs enfants pour ressortir diner après le travail. On a l’impression qu’on vit de la même façon mais en fait on n’est pas pareils. Je me suis fait surtout des amis français et européens.

Sylvie Poulain, Française de New-York
Sylvie Poulain, Française de New-York

C’est paradoxal car je suis arrivée en ne voulant surtout pas rencontrer de Français. Car je travaillais dans une entreprise française où il y a déjà 25 pour-cent de compatriotes. Mon objectif était de rencontrer des Américains; Mais on n’a pas la même façon de discuter ou de sortir le soir.

Avec les Français on refait le monde autour d’un diner. On peut s’engueuler. Mais c’est normal et on reste amis après ça. Avec les Américains si on s’engueule c’est qu’on est plus amis. Il y a ici la culture du compromis à tout prix. Résumée dans cette expression « Let’s agree to disagree ». Il faut même arriver à se mettre d’accord sur le fait de ne pas être d’accord !

Ici les gens ne se reçoivent pas chez eux mais au restaurant. Je me suis finalement fait des amis américains. Mais une, travaille dans une compagnie qui aide les étrangers a s’installer et a vécu en Europe. Et l’autre est d’origine polonaise et vit avec un néo-zélandais. En réalité j’ai trouvé mon équilibre grâce au milieu associatif et politique francophone et français ».

Une hédoniste à la française    

Lesfrancais.press : « Tu me parles d’organisation d’un dîner. C’est ton côté hédoniste. On sent que tu aimes recevoir à la française malgré les contraintes locales. Et si ce soir tu devais organiser un dîner pour tes amis, tu servirais quoi ? »

Sylvie Poulain : « Chez moi y a toujours du fromage, mon ami est français et fromager, ça aide. J’aime bien aussi le principe de l’apéro dînatoire. Du vin, de la charcuterie, du fromage. Du caviar d’aubergine maison. Et une tarte à la tomate que je prépare. C’est ce que je préfère en termes d’organisation. Sinon quand c’est plus formel ce sera le gigot d’agneau à Pâques par exemple. Sortir la belle vaisselle et faire une belle table.

« Ici trouver du lapin est impossible »

Sylvie Poulain, Française de New-York

J’habite à Greenwich village. J’ai habité aussi à Chelsea. Et dans le sud du Bronx qui est un quartier portoricain, on y trouvait tout pour cuisiner latino. Ici trouver du lapin est impossible. Trouver du veau est difficile. Les fruits et les légumes c’est aussi un vrai problème. Il y a un marché près de chez moi. Avec des fruits de saison. Je ne suis pas intéressée par les fraises sans goût qu’on trouve partout. Par contre on trouve du homard, des fruits de mer et même des moules. New-York est une ville maritime. Mais je n’ai jamais mangé ici un melon qui soit bon. Ce n’est pas possible. J’ai des habitudes françaises. Quand le printemps arrive j’ai l’habitude de manger du melon et des fraises. Mon fils habite dans le Sud de la France à Marseille et c’est un vrai plaisir ».

Le maire Zohran Mamdani et la Coupe du monde

Lesfrancais.press: « On va parler rapidement du contexte politique et sportif. Comment as-tu vécu l’élection de Zohran Mamdani à la tête de la mairie et suis-tu l’actualité sportive de la Coupe du monde de foot ? »

Sylvie Poulain : « Je ne commente pas la politique américaine. Je ne me suis pas intéressée particulièrement au vote à la mairie de New York. Je considère que c’est aux Américains de faire leur choix. Mais maintenant que Mamdani est maire je vois quand même ce qu’il fait. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser pour quelqu’un de relativement nouveau, cela se passe bien. C’est un maire qui s’exprime très bien. Il est très agréable de l’écouter. Il a su gérer son premier hiver rigoureux et c’est toujours un test ici.

New York
New York

Pour la coupe du monde le maire a par exemple donné 500 places gratuites autour de lui. Je n’en ai pas bénéficié (rires). Ici y a des « watch parties » partout. Y compris pour la communauté française. C’est une ambiance incroyable. Chaque communauté soutient son équipe. C’est quelque chose d’important aux USA. Tu soutiens toujours une équipe en particulier. Soit celle de la région d’où tu viens. Soit celle de ton université ou de ta communauté d’origine ».

Lesfrancais.press: « Et tu supportes qui du coup ? »

Sylvie Poulain : « J’adore le basket. J’ai toujours soutenu les Knicks. Et j’ai pu aller les soutenir au Madison Square Garden. Tout le monde achète un tee-shirt des Knicks maintenant. Il y a une joie sincère de cette victoire après 53 ans d’attente. Ça c’est super sympa.

« Tout le monde achète un tee-shirt des Knicks maintenant. »

Sylvie Poulain, Française de New-York

J’ai vu aussi les Rangers au hockey sur glace. Je ne m’intéresse pas au football américain en revanche. Ma seule exception new-yorkaise est le baseball car je ne soutiens pas les Yankees de New-York mais les Red Sox car j’allais passer des étés à Boston ou en Nouvelle Angleterre et j’ai gardé cet attachement ».

Lesfrancais.press: « Et si on parlait de la question de la retraite. Ce sera la France ou New-York ? »

Sylvie Poulain : « Il y a aucun doute je rentrerai au pays. Je n’ai pas les moyens de vivre ma retraite ici, mais ce n’est pas la première raison. J’ai mon fils en France et je pense qu’il va construire une belle vie en France en tant que médecin. Donc j’ai envie d’être près de lui. Je reviendrai tout le temps. J’aurais sans doute une base ici. Mais je ne sais pas où j’aimerais vivre si je devais rester ici totalement. J’atterrirais sûrement à Paris où j’ai un appartement.

Je rêvais avant d’aller m’installer à Barcelone. Je suis très urbaine. En vieillissant j’apprécie de plus en plus le sud et la chaleur. J’ai vraiment apprécié vivre en Normandie d’où je viens. C’est d’ailleurs une question que l’on me pose souvent à New-York « d’où viens tu ? » Quand je dis de Paris on me demande « oui, mais d’où en vrai ? » (rires). Mon compagnon vient de la région toulousaine. Donc s’installer quelque part entre Marseille et Toulouse ce serait pas mal.

New York
New York

Mais on n’en est pas là encore. New York C’est globalement trop cher et c’est trop dur. Pour bien vivre ici il faut avoir beaucoup d’argent. Et en même temps ça reste fascinant. C’est une ville que j’adore. Une ville cosmopolite. Il y a toujours des choses à faire, des choses qui changent. Je fais beaucoup de choses parce que je sais que c’est pour un temps limité.

A New York tu as de très belles plages à une heure de route ou de train. Tu as aussi la montagne à même pas deux heures de route. Tu peux t’échapper de la ville très facilement. Déjà quand tu sors de Manhattan tu as des parcs magnifiques dans le Bronx. Il y a même 4 golfs publics dans la ville et qui sont accessibles. C’est une ville qu’on ne se lasse pas de découvrir. De façon paradoxale c’est donc une ville dure et facile à vivre ».

Lesfrancais.press : « Tu peux nous donner des exemples précis ? »

Sylvie Poulain : « Si tu veux une chambre en colocation c’est 1600 dollars, pour un petit appartement familial avec une chambre c’est 3000 dollars. Sinon il faut s’éloigner. Loin dans le Queens ou à Brooklyn. C’est déjà à une heure du centre. Depuis le COVID tout a augmenté et la ville n’a pas totalement retrouvé son dynamisme. Il y a encore beaucoup de homeless. Tu perds ton travail tu perds ton logement tout de suite. Un propriétaire peut te doubler ton loyer comme il veut.

« De façon paradoxale, c’est donc une ville dure et facile à vivre »

Sylvie Poulain, Française de New-York

J’ai des amis qui déménagent chaque année à cause de ces augmentations. Et ce sont pourtant des gens qui travaillent. Le poids du logement est quand même un poids permanent sur la tête des gens ; ici c’est le royaume du propriétaire. Il y a encore beaucoup de gens qui rêvent au rêve américain pourtant. Qui ont des petits boulots et arrivent à s’en sortir. Mais il y a une violence sociale qui est là. Ce n’est pas reposant mais c’est fascinant ».

Auteur/Autrice

  • Boris Faure

    Boris Faure est l'ex 1er Secrétaire de la fédération des expatriés du Parti socialiste, mais c'est surtout un expert de la culture française à l'étranger. Il travaille depuis 20 ans dans le réseau des Instituts Français, et a été secrétaire général de celui de l'île Maurice, avant de travailler auprès des Instituts de Pologne et d'Ukraine. Il a été la plume d'une ministre de la Francophonie. Aujourd'hui, il collabore avec Sud Radio et Lesfrancais.press, tout en étant auteur et représentant syndical dans le réseau des Lycées français à l'étranger.

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