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Budget 2027 : Quelles conséquences pour les Français de l’étranger face au tour de vis du gouvernement Lecornu ?

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Budget 2027 : Quelles conséquences pour les Français de l’étranger

Alors que la rentrée politique bat son plein, les regards se tournent, en France, avec angoisse vers Bercy et Matignon. Le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu a dévoilé les grandes lignes de son projet de loi de finances pour 2027. L’objectif est clair, martelé par l’exécutif : réaliser 54 milliards d’euros d’économies pour tenter de ramener le déficit public de la France autour des 5 % du PIB. Si le gouvernement assure vouloir éviter une hausse généralisée des impôts (et nous n’évoquerons pas ici la surtaxe sur les grandes entreprises, qui a déjà fait couler beaucoup d’encre), l’effort budgétaire demandé s’annonce d’une ampleur inédite. Dans ce grand plan de rigueur, les quelque trois millions de Français établis hors de France ne seront pas épargnés. La solidarité nationale s’appliquera aussi au-delà de nos frontières. Qu’il s’agisse du gel de la rémunération des fonctionnaires détachés aux quatre coins du globe, de la fiscalité considérablement durcie pour les retraités de l’étranger, ou encore du débat très sensible sur le délai de carence des aides sociales, ce budget 2027 porte en lui des répercussions directes pour la diaspora. Voici le décryptage des mesures phares de ce projet et de leur impact sur le quotidien de nos compatriotes expatriés.

Un effort de 54 milliards : la diplomatie et l’éducation française à la diète ?

Pour atteindre le chiffre colossal de 54 milliards d’euros d’économies, le gouvernement Lecornu a décidé de mettre la fonction publique à contribution. La mesure phare, qui doit rapporter à elle seule près de 2 milliards d’euros, n’est autre que le nouveau gel du point d’indice des fonctionnaires pour l’année 2027. Après de récents épisodes d’inflation, cette décision marque un coup d’arrêt net pour le pouvoir d’achat des agents de l’État, prolongeant une politique salariale stricte qui inquiète déjà les syndicats, nombreux à dénoncer un appauvrissement de la profession.

Pour les Français de l’étranger, cette mesure est loin d’être anecdotique. Elle frappe de plein fouet les milliers de fonctionnaires titulaires de l’État qui sont expatriés, détachés ou résidents à l’étranger. Sont concernés en première ligne les agents du réseau diplomatique et consulaire (ministère de l’Europe et des Affaires étrangères), les personnels de l’action culturelle (au sein de l’Institut Français notamment), et, bien entendu, pour les enseignants et personnels de direction détachés au sein du tentaculaire réseau de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE).

Concrètement, le gel du point d’indice signifie que leur traitement de base ne sera pas revalorisé. Certes, les fonctionnaires expatriés perçoivent une indemnité de résidence à l’étranger (IRE), censée compenser le coût de la vie locale et les variations de change. Mais cette indemnité ne fait pas tout, le traitement indiciaire de base reste le socle de leur rémunération et de leurs cotisations pour l’avenir. Dans des pays où l’inflation locale est galopante ou dans lesquels l’euro perd de sa valeur face aux monnaies nationales, ce gel d’indice représente une véritable perte de pouvoir d’achat au quotidien.

Au-delà de la baisse du niveau de vie de ces agents, ce tour de vis budgétaire interroge sur l’attractivité des missions à l’international. Si la rémunération ne suit plus, comment encourager nos meilleurs enseignants et nos diplomates à s’expatrier ? Pour les familles expatriées non-fonctionnaires, le danger est par ailleurs collatéral. Le budget de l’AEFE étant contraint par les économies de l’État qui subventionne le réseau, le modèle économique des lycées français de l’étranger reposera, comme les acteurs syndicaux et les fédérations de parents d’élèves le dénoncent depuis plusieurs mois, encore un peu plus sur les frais de scolarité (les fameux « écolages »). La charge finale pèsera encore plus directement sur le portefeuille des parents d’élèves expatriés. La diplomatie d’influence, le rayonnement culturel et l’éducation française à l’étranger se retrouvent ainsi directement fragilisés par cette cure d’austérité à l’échelle de l’État.

Grève du 19 mai 2022 dans le réseau AEFE - Espagne
Grève du 19 mai 2022 dans le réseau AEFE – Espagne ©FSU

Retraites : Une fiscalité durcie et des pensions gelées pour les expatriés

L’autre grand chantier de ce budget 2027 concerne les retraites, avec un effort global exigé de près de 6 milliards d’euros de la part des seniors. Le gouvernement a décidé de s’attaquer à leur pouvoir d’achat, arguant que le niveau de vie moyen des retraités est aujourd’hui supérieur à celui des actifs. Pour les Français de l’étranger, dont une part très significative est constituée de retraités ayant choisi de s’installer sous d’autres latitudes (Maroc, Espagne, Portugal, Sénégal, etc.), ou d’actifs expatriés qui ont des droits à faire valoir au titre des années travaillées dans l’Hexagone, le réveil s’annonce douloureux.

Deux mesures explosives sont sur la table. La première est le gel (ou la désindexation) des pensions de base pour les retraités percevant au moins 2 034 euros par mois. En clair, si votre pension française dépasse ce seuil, elle ne sera pas revalorisée en 2027 pour compenser l’inflation. Pour un retraité vivant à l’étranger, c’est une double peine redoutable. Non seulement son pouvoir d’achat s’érode mécaniquement, mais il est également exposé aux fluctuations des devises et à l’inflation de son pays de résidence. Ceux qui envisageaient de prendre leur retraite à l’étranger pour optimiser leur budget voient ainsi la valeur réelle de leur pension s’effriter. Quant aux futurs retraités aujourd’hui actifs à l’étranger, ils réalisent que les droits qu’ils ont accumulés en France seront vulnérables aux coupes budgétaires de demain.

La seconde mesure, plus redoutable encore sur le plan de la taxation, est la volonté du gouvernement de plafonner l’avantage fiscal des retraités. Actuellement, lors du calcul de l’impôt sur le revenu, les pensions de retraite bénéficient d’un abattement forfaitaire de 10 % (qui, historiquement, compensait les frais professionnels des anciens actifs). Le budget 2027 prévoit de plafonner fermement cet abattement à 3 000 euros.

Pour les Français de l’étranger retraités qui restent imposables en France, cette mesure aura un impact sonnant et trébuchant. Rappelons que de nombreux pensionnés expatriés, en vertu des conventions fiscales bilatérales ou par l’application de la retenue à la source spécifique, continuent de payer des impôts à l’administration française sur leurs revenus de source française. En limitant cet abattement à 3 000 euros, Bercy va augmenter l’assiette imposable d’une grande partie des retraités issus des classes moyennes supérieures. Ceux qui perçoivent des pensions confortables verront leur impôt augmenter, alors même que l’État ne leur offre aucun service public de proximité en contrepartie dans leur pays d’accueil. C’est le paradoxe souvent dénoncé : être considéré comme un contribuable à part entière par la solidarité nationale, tout en étant éloigné de la protection matérielle de l’État.

Calcul retraite travailleur expatrié, image d'illustration
Calcul retraite travailleur expatrié, image d’illustration

Droits sociaux et délai de carence

Enfin, le volet social du budget 2027 soulève une question éminemment politique : Sébastien Lecornu propose d’instaurer un délai de carence avant le versement de certaines allocations non contributives (comme les APL ou les allocations familiales) aux étrangers arrivant légalement en France. Cette mesure vise à générer des économies en restreignant l’accès immédiat au modèle social français pour les nouveaux arrivants.

Vue de l’étranger, cette proposition fait écho à une réalité bien connue de notre diaspora : la brutalité administrative du retour au pays. Pendant des années, l’une des grandes injustices dénoncées par les élus des Français de l’étranger concernait l’alignement de fait des droits sociaux des nouveaux arrivants en France avec ceux des Français de retour d’expatriation. En effet, un expatrié français rentrant au bercail, souvent après plusieurs années de carrière à l’international, se voyait imposer des délais de carence considérables, par exemple trois mois d’attente incompressibles pour bénéficier de la Protection Universelle Maladie (PUMA) ou un long délai de résidence préalable pour accéder au RSA. Avec la nouvelle mesure du budget 2027, le gouvernement semble acter que tout le monde, étranger primo-arrivant comme Français de retour du bout du monde, devra faire preuve de résilience face à la bureaucratie et à l’attente pour obtenir la solidarité nationale.

Cependant, il convient de faire un zoom essentiel sur la situation très différente des Français résidant au sein de l’Union Européenne. Les quelque 1,2 million de nos compatriotes établis dans un autre État membre de l’UE bénéficient d’un statut hautement protecteur qui échappe à ces logiques de restriction nationale. Le droit européen repose sur le principe fondamental de la coordination des systèmes de sécurité sociale et sur la liberté absolue de circulation.

Si un Français réside en Allemagne, en Espagne ou en Italie, ses droits sociaux voyagent avec lui. S’il décide de rentrer en France, les règlements européens l’exemptent des délais de carence applicables aux personnes venant de pays tiers. Grâce aux formulaires européens (comme le U1 ou le S1) qui actent la portabilité des droits et la prise en compte des périodes de cotisation dans l’autre État membre, un Français de retour de l’UE bénéficie d’une continuité presque parfaite de ses droits sociaux. De la même manière, si la France met en place un délai de carence pour les « étrangers » comme le suggère le gouvernement, elle ne pourra légalement pas l’appliquer aux citoyens de l’Union Européenne s’installant dans l’Hexagone.

Ce débat budgétaire met ainsi en exergue une fracture au sein même de la diaspora : d’un côté, les expatriés résidant dans l’espace européen, protégés par les traités de l’UE garantissant l’égalité de traitement et la fluidité des droits sociaux ; de l’autre, les « grands expatriés » (Amérique, Asie, Afrique, Océanie) qui, au moment de leur retour en France, se retrouvent traités par l’administration sociale avec la même distance et la même sévérité que des migrants extracommunautaires.

Une épreuve de force

Le projet de budget 2027 du gouvernement Lecornu s’annonce comme une véritable épreuve de force, avec des répercussions bien réelles qui traversent nos frontières. Entre des fonctionnaires de la diplomatie et de l’enseignement au pouvoir d’achat raboté, des retraités sanctionnés par le plafonnement de leurs avantages fiscaux et le gel de leurs pensions, et des conditions de retour toujours entachées par la rudesse des délais de carence pour les expatriés hors UE, les Français de l’étranger sont sommés de participer massivement à l’effort national.

Si ce budget est justifié par Matignon comme une nécessité impérieuse pour maîtriser une dette publique dangereuse, il ravive un sentiment lancinant au sein de notre communauté : celui d’être financièrement et fiscalement sollicité par une métropole qui, en retour, réduit les budgets de l’action extérieure et complique les démarches de réinsertion. Reste à voir quelles modifications le Parlement, à l’issue de probables débats houleux, apportera à ce texte, et si le gouvernement devra dégainer l’article 49.3 pour le faire adopter. La rédaction de Lesfrancais.press continuera de suivre de près ces arbitrages qui engagent l’avenir et le pouvoir d’achat de millions de nos compatriotes à travers le monde.

Auteur/Autrice

  • L'AFP est, avec l'Associated Press et Reuters, une des trois agences de presse qui se partagent un quasi-monopole de l'information dans le monde. Elles ont en commun, à la différence de son prédécesseur Havas, de ne pas avoir d'actionnaire mais un conseil d'administration composé majoritairement d'éditeurs de presse.

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