Le rêve américain face aux réalités juridiques ou les leçons du Cas Marie-Thérèse !

Le rêve américain face aux réalités juridiques ou les leçons du Cas Marie-Thérèse !

Partir vivre aux États-Unis est une ambition partagée par des milliers de Français chaque année. Pourtant, derrière l’image d’Épinal de l’expatriation réussie se cache une machine administrative et policière implacable : l’ICE (Immigration and Customs Enforcement). L’actualité récente nous rappelle que personne n’est à l’abri d’une application stricte de la loi, pas même les profils les plus fragiles. La « folle aventure » de Marie-Thérèse, octogénaire, qui était partie vivre son rêve américain en se mariant avec son amour de jeunesse, est l’occasion de faire un point sur les réalités juridiques !

L’affaire Marie-Thérèse

En avril 2026, l’opinion publique a été secouée par l’histoire de Marie-Thérèse, une ressortissante française de 86 ans résidant en Alabama. Après le décès de son mari américain, un ancien colonel de l’Air Force, cette octogénaire s’est retrouvée plongée dans un cauchemar administratif. Faute d’avoir finalisé l’obtention de sa Green Card (carte de résident permanent), elle a été interpellée à son domicile par les agents de l’ICE.

Le récit de son arrestation est glaçant. Menottée aux mains et aux pieds, elle a été placée en centre de détention en Louisiane, dans des conditions dénoncées par sa famille et les ONG comme inhumaines pour une personne de son âge souffrant de problèmes cardiaques. Son cas n’est malheureusement pas isolé.

Marie-Thérèse Ross-Mahé ne possédait pas de carte verte, lui permettant de rester durablement sur le territoire américain au moment de son arrestation par l'ICE.
Marie-Thérèse Ross-Mahé ne possédait pas de carte verte, lui permettant de rester durablement sur le territoire américain au moment de son arrestation par l'ICE. © Facebook

Surtout qu’on estime qu’environ 10 000 à 15 000 Français se trouvent chaque année en situation d’infraction au droit du séjour aux USA (principalement pour dépassement de durée de visa, ou « overstay »). Bien que les citoyens français ne soient pas la cible prioritaire de l’ICE par rapport à d’autres nationalités, les fins malheureuses ne sont pas si rares.

Chaque année, en moyenne, 50 à 100 Français font l’objet d’une procédure de rétention administrative par l’ICE pour des motifs purement migratoires. La majorité des cas concerne des jeunes en « job d’été » prolongé illégalement ou, comme Marie-Thérèse, des conjoints de fait n’ayant pas régularisé leur situation après un changement de statut civil.

S'installer aux USA en 2026 ?

Pour éviter de basculer dans l’illégalité, il est crucial de comprendre que le droit américain ne tolère aucune zone grise.

Pour les courts séjours, tout le monde connait, c’est un programme d’exemption de visa (ESTA) permet de rester jusqu’à 90 jours pour le tourisme ou les affaires. Mais attention, il est strictement impossible de prolonger un ESTA sur place ou de changer de statut sans quitter le territoire. Un dépassement de seulement 24 heures peut entraîner un bannissement de plusieurs années.

Pour s’installer durablement, depuis l’arrivée de Donald Trump, les modalités pour les Français ont particulièrement été durcies. Cependant, les visas existent toujours… et ont chacun des exigences strictes :

  • Visas de travail (H-1B, L-1, O-1) : Nécessitent un employeur sponsor et souvent un haut niveau de qualification.
  • Visa Investisseur (E-2) : Pour ceux qui créent ou rachètent une entreprise avec un investissement « substantiel » (souvent > 100 000 $).
  • La Green Card (Résidence permanente) : S’obtient par le mariage avec un citoyen américain, par le travail (EB visas) ou via la loterie annuelle.

France vs États-Unis

La principale différence entre le traitement de l’immigration en France et aux Etats-Unis, peut être résumée ainsi, là où Le système américain est fondé sur la sanction automatique, le système français, comme celui européen, privilégie souvent une approche plus graduelle. Bien que, depuis quelques années, les autorités judiciaires soient de plus en plus fermes.

Ainsi un Français aux USA, en cas d’infraction au droit du séjour (Overstay), risquent ces sanctions (graduées selon la durée de l’illégalité) :

  • Plus de 180 jours : Interdiction de territoire de 3 ans.
  • Plus d’un an : Interdiction de territoire de 10 ans.

La conséquence immédiate est la perte définitive de l’éligibilité à l’ESTA.  Évidemment, toute future visite nécessitera un visa de touriste (B1/B2) difficile à obtenir après une fraude tandis que les autres types de visa seront, surement, refusés.

À l’inverse, un citoyen américain peut séjourner en France (Espace Schengen) sans visa pour 90 jours par période de 180 jours. En cas d’infraction en France : Un Américain qui dépasse son séjour s’expose à une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) et à une amende administrative.

Retours forcé à la frontière et OQTF : le bilan chiffré © Fondation IFRAP

Mais notre ami américain, en infraction, peut dormir sereinement, le taux d’exécution de ces « obligations » est de 10% dans l’hexagone ! D’ailleurs, c’est la différence notable entre les deux pays, en effet la France utilise moins systématiquement la rétention administrative pour les ressortissants de pays « amis » sans passé criminel, contrairement à la politique de l’ICE qui peut incarcérer indépendamment de la nationalité ou de l’âge, comme l’a prouvé l’affaire Marie-Thérèse.

Cependant désormais, la sanction est complétée par un enregistrement de l’infraction dans le Système d’Information Schengen. Le porteur d’un passeport bleu se verra donc refuser l’entrée dans les 27 autres pays membres.

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