Le Pape devrait tout de même faire attention quand il parle de théologie, sermonne le vice-président américain, Vance, catholique récent. Saint Vance donne des leçons au Pape. Il est inspiré : Trump se prend pour Jésus. Guérit-il un malade ou réveille-t-il un mort ? Il y en a des morts ! À Beyrouth, en Iran, en Ukraine, au Soudan, ailleurs, discrètement. Trump a fait savoir urbi et orbi que « Le pape Léon est faible sur le crime et terrible pour la politique étrangère. (…) Si je n’étais pas à la Maison Blanche, Léon ne serait pas au Vatican. » Trump se prend pour le Très Haut. S’il était Dieu, il n’aurait pas fait ainsi.
« Assez avec l'idolâtrie de soi-même et de l'argent ! »
Qu’avait dit le Pape ? « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! » Trump se serait-il senti visé ? Le reste confirme son intuition : « Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! (…) Asseyez-vous aux tables du dialogue, pas aux tables où l’on planifie le réarmement et où l’on délibère des actes de mort.» Léon XIV aurait été choqué des menaces de Trump de détruire une civilisation de 3000 ans. Celle des Chiites ? Non, celle des Perses, devenus chiites, à coups de cimeterres, neuf siècles après la mort d’Ali.
Dans les ruines de cette civilisation, les ayatollahs se succèdent de père en fils, célébrant leur avènement en pendant des jeunes gens dans les rues. La guerre y est chez elle, civile, externe, internationale. Le Hezbollah, solidaire, bombarde Israël, qui bombarde en retour, plus fortement encore. Israel qui se croit, destin messianique, le droit de tout faire quand il fait la guerre. Israël qui se moque du droit, qui se renie, qui renoue avec la peine de mort, inappliquée depuis 1962, depuis Eichmann.
« Gott mit uns », « in God we trust »
Les soldats de la Wehrmacht portaient « Gott mit uns » sur leurs ceinturons, sceau qui ne fut abandonné par la police allemande que dans les années 70. Les États-Unis ont bien comme devise « in God we trust », depuis les années 50, et l’impriment sur leurs dollars. Et le monde croit au dollar. Si j’avais été dieu, je n’aurais pas fait comme ça, se disent les uns les autres à coups de bombes et de déclarations d’amour.
Comment serait le monde selon le Pape ? « Dieu n’écoute pas les prières de ceux qui font la guerre. Malheur à ceux qui manipulent la religion et le nom même de Dieu pour leur propre gain militaire, économique et politique, entraînant ce qui est sacré dans l’obscurité et la souillure. » Voilà une évidence qui a déplu. Car il est facile de répondre, outre le passé, parfois brûlant et sanglant de l’église, qu’il y a des guerres qu’il faut mener. Il n’y a pas de monde en paix possible tant qu’il y aura des méchants. Fait-on la guerre contre les méchants ?
Pour une guerre juste, il faudrait, croit-on, une juste cause. Il faut surtout une juste finalité.
De Gaulle : « Est-ce qu’il y a un seul État qui fasse la guerre pour le plaisir ? Est-ce qu’il y a un seul État qui fasse la guerre pour autre chose qu’une politique ? » Faire la guerre contre les méchants ne suffit pas. Il y a des méchants partout. Des voisins. Pour une guerre juste, il faudrait, croit-on, une juste cause. Il faut surtout une juste finalité. Que veut Trump ? La fin du régime ? 460 kilos d’uranium enrichi ? La libre circulation dans le détroit d’Ormuz, ce qui était déjà la règle ?
Que penser de la démocratie quand elle met Trump et Vance au sommet ? La faute au Pape.
Si j’étais dieu, je ne laisserais pas Trump diriger le monde. C’est là une sacrée pierre dans le jardin du seigneur. Car on peut penser que les Poutine, Loukachenko, Khamenei sont les fruits mauvais de ces mauvais régimes que sont les dictatures où l’obéissance y est servile, mais que penser de la démocratie quand elle met Trump et Vance au sommet ? La faute au Pape. Le catéchisme, qu’ignore saint Vance, édicte comme principe l’obéissance aux évêques, et au Pape. « Qui les écoute, écoute le Christ, qui les méprise, méprise le Christ et celui qui a envoyé le Christ ». Pan sur le Trump.
N’en reste pas moins cette habitude : obéir, selon une structure pyramidale, qui concentre en quelques mains sales le feu de l’enfer. Heureusement l’Église, la plus subtile des organisations politiques, a-t-elle ajouté à son catéchisme, depuis 1983, cette nouveauté : « Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. » L’état de droit est entré dans le droit canon. Ou presque. On ne fait pas de politique avec de la morale. Mais on ne fait pas non plus de politique sans.
On ne fait pas de politique avec de la morale. Mais on ne fait pas non plus de politique sans. Et on fait encore moins de politique sans droit.
Et on fait encore moins de politique sans droit. Ignorer le droit international, le droit de la guerre, est une faute politique et morale que paieront cher, que paient déjà ceux qui le font. Les Iraniens paient la soumission à un régime de sang, comme les Russes. Mais les Américains aussi paient déjà les errements de Trump. Comme Israël paie ceux de Netanyahou. La concentration du pouvoir, surtout quand ce pouvoir est un pouvoir de vie et de mort, est un risque – et souvent une catastrophe – politique en cela qu’elle est aussi une catastrophe morale. Parce qu’elle est un abandon de sa liberté.
Voilà une des raisons pour lesquelles, dans un monde idéal, il ne convient pas de s’abandonner au pouvoir d’un Trump ou même d’un pape. Bref, à la place de dieu, je n’aurais pas fait le monde comme ça.
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Député de Paris de 1993 à 2002, Ambassadeur au Honduras de 2007 à 2010, puis au Conseil de l'Europe de 2010 à 2013, il a fondé le média lesfrancais.press dont il fut le Président jusqu'en septembre 2025.
























