Les Français face à la cybercriminalité

Les Français face à la cybercriminalité

Si le nombre de braquages en pleine rue diminue, la cybercriminalité se développe en lien avec la montée en puissance de l’usage du numérique dans la vie quotidienne. Des entreprises, des hôpitaux, des collectivités locales font l’objet de « cyber rackets ». Les ménages doivent faire face à des escroqueries en ligne à la nature multiple. Le recensement de tous les délits est un exercice délicat d’autant que les ménages ne portent pas fréquemment plainte.

1, 2 million de victimes en France en 2018

D’après l’enquête « Cadre de vie et sécurité (CVS)» du Credoc, 1,2 million de personnes âgées de 14 ans ou plus et résidant en France métropolitaine déclarent, en 2018, avoir subi, une « arnaque », dont 864 000 victimes d’escroquerie en ligne ou par téléphone. En rapportant ce nombre à la population métropolitaine, plus d’un habitant métropolitain sur cent a été victime de ce type d’escroqueries en 2018.

257 400 personnes ont perdu de l’argent à la suite de débits frauduleux, soit 0.5 % de la population. Dans 51 % des cas, la victime a été trompée sur Internet, via un site en ligne ou à la suite de la réception d’un mail frauduleux. Dans 21 % des cas, l’auteur de l’escroquerie est entré en contact avec sa victime par téléphone ou SMS. Sur Internet, les escroqueries (hors débit frauduleux) couronnées de succès portent trois fois sur quatre sur l’achat d’un bien ou d’un service qui peut être non conforme, plus cher qu’initialement prévu ou tout simplement non délivré. Dans 53 % des cas, le préjudice est inférieur à 100 euros, mais il peut atteindre (dans 11 % des cas) un montant supérieur à 1 000 euros.

Seulement 7 % des victimes d’escroquerie sur Internet ont porté plainte

Selon l’enquête CVS du ministère de l’Intérieur en 2010, 500 000 ménages déclaraient avoir été victimes d’un débit frauduleux (sur et en dehors d’Internet) ; en 2018 ce nombre a atteint 1,3 million. L’augmentation n’est pas seulement visible en volume mais également en proportion de ménages puisque c’est 4,4 % des ménages qui ont été victimes de débits frauduleux en 2019 contre 1,8 % en 2010.

En 2018, seulement 7 % des victimes d’escroquerie sur Internet ont porté plainte et 2 % ont déposé une main courante. Ce taux de dépôt de plainte est très bas. À titre de comparaison, en moyenne entre 2011 et 2018, 92 % des personnes victimes d’un vol de voiture ont porté plainte. Pour les délits sur Internet, plus la somme d’argent dérobée est importante, plus la propension à porter plainte augmente. 22 % des victimes de chantage ou de piège sur Internet déposent plainte, soit 15 points de plus que la moyenne.

Toute banque en France est tenue de rembourser son client si ses données bancaires sont utilisées à son insu par un tiers

Le montant moyen des préjudices subis pour ces délits s’élève à 500 euros ou plus dans 26 % des cas. Depuis 2009, les titulaires de carte bancaire dont les données ont été frauduleusement utilisées ne sont plus contraints de porter plainte afin d’être remboursés par leur banque du montant détourné. Il en est de même, depuis 2011, pour les personnes atteintes par le biais de l’hameçonnage.

Toute banque en France est tenue de rembourser son client si ses données bancaires sont utilisées à son insu par un tiers. Les banques sont rares pourtant à pratiquer le remboursement des sommes dérobées. Elles continuent à exiger des dépôts de plainte ce qui leur permet de trier les clients les plus déterminés à se faire rembourser. En 2017 et en 2018, 94 % des victimes d’escroquerie sur Internet n’ont jamais rencontré physiquement l’auteur, 20 % ne savent pas dans quel pays il se situe et 38 % pensent qu’il provient d’un pays étranger. 82 % des Français métropolitains âgés de 15 ans ou plus n’étaient pas informés de l’existence dans leur pays, d’un site Internet, d’une adresse électronique, d’une plateforme en ligne ou d’un numéro de téléphone auquel ils pouvaient rapporter l’existence d’un cybercrime.

47 % des Français ont reçu au moins une fois un e-mail ou un appel frauduleux entre 2016 et 2019 leur demandant des informations personnelles (mot de passe de l’ordinateur, identifiants, informations bancaires, etc.). La même proportion déclare avoir découvert un logiciel malveillant sur son appareil et 20 % affirment s’être fait pirater son réseau social ou son adresse électronique. Les Français se déclarent plus souvent victimes d’escroquerie en ligne ou à la téléphonie que la moyenne des Européens. L’écart est particulièrement sensible s’agissant des emails ou appels frauduleux destinés à accéder aux données personnelles des victimes (47 % en France, soit 11 points de plus que la moyenne européenne) ou à la découverte d’un logiciel malveillant sur un appareil (47 %, +19 points). Le piratage d’une boite mail ou d’un compte de réseau social serait deux fois plus souvent fréquent en France (20 %) que dans l’Europe en moyenne (11 %).

Les craintes n’empêchent pas une augmentation du commerce en ligne

L’usurpation de l’identité en ligne constitue la principale source d’inquiétude des Français (77 %, +11 points par rapport à la moyenne européenne). Suit la fraude bancaire qui est également plus signalée en France et qui a pour conséquence un moindre recours au e-commerce.

La France se caractérise par un haut niveau de défiance en matière de protection et d’utilisation des données personnelles. Trois quarts des Français n’ont pas confiance dans la capacité des sites Internet à protéger leurs données. 49 % d’entre eux craignent qu’un tiers récupère ses données et les utilise à de mauvaises fins. 43 % sont inquiets à l’idée de réaliser un paiement en ligne sur un site non-sécurisé. 80 % sont convaincus que des logiciels installés sur leur téléphone mobile peuvent transmettre leurs informations personnelles sans les avertir. Cette défiance s’exprime en particulier dans la faible utilisation de l’appli Anti-Covid par crainte d’une utilisation des données par l’État. 29 % des Français renoncent à réaliser des achats en ligne par crainte d’un problème de sécurité des moyens de paiement.

Le taux d’escroquerie au paiement à distance est dix-neuf fois plus élevé en volume que le taux de fraude des paiements de proximité et sur automate. En 2019, 82 % des Français pensent que le risque d’être victime d’un cybercrime, dont l’escroquerie en ligne et à la téléphonie, augmente, contre 79 % des Européens.

La crise sanitaire a obligé un nombre important de Français à surmonter leurs peurs. Les achats en ligne ont progressé de 11 % en 2020. Les paiements à distance ont progressé de 13,5 % en valeur par rapport à 2019. Dans le même temps les escroqueries au paiement à distance (opéré par téléphone, courrier ou sur Internet) ont augmenté de 16,4 % par rapport à 2019. Son taux est néanmoins resté stable passant de 0,0170 % à 0,0174 %.

En revanche, la fraude au virement a progressé de manière significative en 2020 (+65 % en valeur et +125 % en volume par rapport à 2019). La fraude au virement a toutefois davantage touché les administrations publiques et les entreprises privées que les ménages même si des escrocs ont profité des circonstances pour demander des paiements rapides par téléphone. Durant la crise sanitaire, les attaques au phishing et aux logiciels malveillants se sont multipliées pour récupérer les données bancaires des victimes.

Auteur

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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