L’élection américaine n’aura pas lieu

L’élection américaine n’aura pas lieu

Ou comment Donald Trump pose les bases d’un déraillement constitutionnel !

Pendant la totalité de son mandat, le président des Etats-Unis n’a cessé de provoquer la classe politique et les institutions afin de dominer l’actualité et servir ses intérêts électoraux. Sa rhétorique élémentaire aurait pu porter fruit si ce n’était pour un imprévu de taille : la pandémie Covid-19. Profondément dérouté par cet événement, Donald Trump n’a cessé de contrarier ses propres agences et contredire publiquement les sommités médicales et scientifiques du pays. Vacillant entre provocation et déni, fortement influencé par sa gloutonnerie télévisuelle et son amateurisme à toute épreuve, il est passé de la promotion de l’hydroxychloroquine à l’idée d’une injection d’eau de Javel dans le corps puis l’irradiation par des ultra-violets avant de nier l’efficacité du masque et l’arrivée imminente d’un vaccin. 

Trump et ses jokers électoraux

Après avoir été copieusement ridiculisé, Trump ne s’est pas laissé dérouter après sa sortie sur l’hypochlorite de soude intraveineuse, reprenant à son compte deux nouveaux discours forgés en fonction de l’actualité. Le premier fut axé sur la répression des manifestations contre les violences policières et les tensions raciales au pays, arguant que les villes « démocrates » sont la cause du problème. Évidemment, tout étudiant de l’histoire de l’Amérique sait que les minorités raciales se retrouvent principalement, à l’exception d’anciens états sudistes, dans les centres urbains américains et que cet électorat est largement acquis au parti démocrate : des droits civiques de Lyndon Baines Johnson, il reste le parti de Barack Obama, John Lewis, Elijah Cummings pour ne citer qu’eux. Évitant de traiter le problème des violences policières à sa racine, Trump s’en sert comme joker électoral. Résultat, un nombre croissant de milices se constituent et les ventes d’armes augmentent sensiblement. 

Une élection perdue d'avance ?

Dans le même temps, Trump, conscient de son insurmontable retard dans les sondages, pose les jalons d’une contestation électorale qu’il imputerait à une fraude massive fantasmée. Avec une épidémie mal contrôlée, le nombre d’électeurs ayant souhaité voter par correspondance a explosé. C’est pour cette raison l’administration Trump a tenté dans un premier temps de s’attaquer au service postal avant de jeter le discrédit sur le processus électoral lui-même. Qu’importe si les agences fédérales, dont le FBI, expliquent qu’il est quasi impossible d’organiser une fraude électorale d’envergure ou coordonnée, Trump martèle les mêmes antiennes afin qu’il en reste quelque chose dans le bruit de fond que constitue l’opinion. 

Sachant que le processus électoral américain est une élection indirecte, les juristes de l’équipe Trump ont effectué un certain nombre de démarches auprès d’états où le résultat pourrait être suffisamment serré, qu’une contestation du scrutin pourrait aboutir à son rejet et la nomination de grands électeurs favorables au candidat sortant. Ainsi, après avoir été élu par la mécanique du collège électoral en 2016, Trump pourrait remporter l’élection de 2020 par le sabotage ciblé du processus électoral et la connivence d’états comme la Pennsylvanie. 

Souvenez-vous de la défaite électorale d’Al Gore en 2000 ? C’est la Cour suprême des Etats-Unis qui mit un terme au décompte des voix de cet état clef et permit l’élection de George W. Bush. Al Gore avait reconnu sa défaite, souhaitant éviter de plonger le pays dans une crise constitutionnelle suite à décision Bush v. Gore. Vous comprenez donc l’urgence des Républicains à nommer un nouveau juge à la Cour suprême des Etats-Unis. 

Une campagne basée sur la provocation

Vingt ans plus tard, Trump s’est amusé à provoquer les médias et la classe politique en refusant de reconnaître un résultat éventuellement défavorable et une transition présidentielle pacifiée. C’est peut-être la provocation de trop car depuis cette sortie, nombre de sénateurs et députés républicains ont enfin osé lever un petit doigt pour minorer cette saillie, conscients qu’ils sont devenus les passagers complices d’un déraillement constitutionnel annoncé. 

Qu’importe ce que prévoient les sondages, qu’importe ceux qui claironnent que Joe Biden à plus de 70 % de chances de remporter le scrutin de novembre prochain, il est possible et même probable que cette élection n’ait pas lieu comme prévu, du moins pas sans heurt, sans violence et sans une pluie de recours. 

Pendant ce temps, des agences étrangères s’en donnent à cœur joie en alimentant les réseaux sociaux avec des accusations outrancières à l’égard du candidat démocrate avec pour objectif de réduire l’écart entre les deux candidats dans quelques états clefs. 

Découvrir le site de Marc-Albert Cormier

Marc Albert Cormier est élu des Français de Toronto.


Sources.

The Atlantic : The Election That Could Break America - If the vote is close, Donald Trump could easily throw the election into chaos and subvert the result. Who will stop him?  https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2020/11/what-if-trump-refuses-concede/616424/

Axios : The apocalypse scenario. https://www.axios.com/apocalypse-scenario-trump-transfer-power-aaf43d64-45d3-4c48-b076-c15a5396a0cc.html

Politico : ‘Everyone sees the train wreck coming’: Trump reveals his November endgame 

https://www.politico.com/news/2020/09/25/everyone-sees-the-train-wreck-coming-democrats-brace-for-trump-challenging-results-421468

Vox : Yes, Russia is interfering in the 2020 election 

https://www.vox.com/2020/9/21/21401149/russia-2020-election-meddling-trump-biden

Laisser un commentaire

1 Comment

Laisser un commentaire