Le Cambodge, un Eldorado en constuction

Le Cambodge, un Eldorado en constuction

Le Cambodge vit depuis une dizaine d’années une transformation à plusieurs échelles. Un mouvement que la communauté française sur place semble suivre. 

Une histoire commune

Le Cambodge et la France ont longtemps été liés. Durant près d’un siècle (1863-1953), le pays asiatique a successivement été sous protectorat français, inscrit dans l’Indochine française puis défini comme État associé de l’Union française, avant de prendre son indépendance en 1953. Seulement, ce n’est pas cette période de l’Histoire qui a le plus marqué l’opinion publique. Le régime totalitaire du sanguinaire Pol Pot (1975-1979) superposé au Conflit cambodgien (1978-1999) ont particulièrement entaché l’image du Royaume et participé à sa décroissance. Mais aujourd’hui, les habitants tentent de se défaire de ce passé et souhaitent ardemment se tourner vers l’avenir. 

De son côté, la communauté française installée sur place est longtemps restée assez homogène dans sa composition. Mais au même titre que la population locale, elle évolue, semble-t-il, dans le même sens. 

Un rajeunissement des populations

Le Cambodge compte actuellement plus de 16 millions d’habitants, dont 65% a moins de 30 ans. Cette démographie particulièrement jeune s’explique par plusieurs facteurs, tous liés aux heures sombres du pays. 

Dans les années du règne de Pol Pot, environ 1,7 millions de personnes ont perdu la vie, soit 20% de la population de l’époque. Entre ces tueries de masse, les flux migratoires vers les États frontaliers et la chute du taux de natalité, le taux de croissance du pays est passé d’environ 2% en 1976 à près de -4% en 1978. S’il y a eu un boom des naissances dans les années 1980, le taux de mortalité demeurait, lui, toujours haut. 

Aujourd’hui, le pays a bien entamé sa transition démographique, ainsi les femmes font moins d’enfants (2,5 en 2020 contre 6,5 en 1985), mais l’affaissement du taux de mortalité a provoqué un accroissement et un rajeunissement démographique.

Selon Florian Bohème, élu consulaire, membre de Français du monde-ADFE et de la Chambre de commerce du franco-cambodgienne, “cette jeunesse a soif de réussite, d’avenir et croque la vie ! Elle ne veut pas se retourner sur ses démons, bien qu’elle ne les oublie pas”. Ainsi, les villes se développent et les jeunes prennent leurs responsabilités à pleines mains afin de faire évoluer leur nation. Les nouvelles entreprises se multiplient à Phnom Penh, la capitale, et les start-up ont le vent en poupe. 

Un mouvement suivi par la communauté française 

Au sein de la population française, nous observons également un abaissement de l’âge. Selon les élus consulaires Florian Bohème et Jean Lestienne, et la co-présidente de Phnom Penh Accueil Estelle Bouat, la communauté française comptait essentiellement des retraités seuls il y a encore une dizaine d’années. Mais aujourd’hui, ils recensent de plus en plus de familles avec des enfants. L’attractivité du pays impulsée par son dynamisme et les nouveaux-nés d’une union franco-cambodgienne sont d’autant de raisons qui expliquent ce rajeunissement. 

Face à ce phénomène, l’association Phnom Penh Accueil (PPA) a sensiblement élargi son catalogue d’activités. A son arrivée au Cambodge, l’association était déjà en pleine mutation, explique Estelle Bouat. Mais depuis l’an dernier, elle a pris un virage encore plus marqué. Si avant les semaines étaient animées par les parties de mahjong et d’aquagym pour les personnes âgées, aujourd’hui les loisirs proposés sont divers et prolifèrent. Cours d’aquagym dynamiques, visites guidées de la ville pour petits et grands, ateliers café-bricole, il y en a pour tous les goûts et tous les âges ! Aussi, afin d’accompagner au mieux les expatriés dans leur quotidien, l’association a créé un guide pratique (disponible à la fin de l’article). 

Phnom Penh Accueil, Cambodge
Des membres de Phnom Penh Accueil lors d’une sortie culturelle – © Facebook PPA

De son côté, Capucine Thuilliez, Française de 25 ans actuellement en Volontariat international en administration (VIA) à l’ambassade française, raconte qu’elle fait partie d’un important réseau de Français de la même génération. “Notre réseau de VIA et VIE (Volontariat international en entreprise) est assez large. Le fait qu’il y ait de plus en plus de jeunes m’a beaucoup aidé lors de mon emménagement dans le pays”. Effectivement, grâce à ce réseau d’une cinquantaine de personnes, la Française a pu se faire plusieurs amis avec qui elle a découvert le Royaume et se construire une vie sociale, ce qui est particulièrement important lorsque nous arrivons dans un endroit que nous ne connaissons pas. 

Le Cambodge, un pays chantier

“Phnom Penh est une ville chantier, les immeubles poussent comme des champignons” assure Capucine. Depuis son installation il y a trois mois, elle a vu le paysage se modifier ostensiblement. Une observation largement approuvée par les élus consulaires et la co-présidente de PPA, résidents du Royaume depuis de nombreuses années.

“Le Cambodge est très stratégique géopolitiquement”

Florian Bohême, élu consulaire au Cambodge

Depuis 2012, le Cambodge vit une croissance économique forte à hauteur de 7% de son PIB chaque année. Si elle s’est stoppée nette durant la crise de Covid-19, elle est repartie à la hausse en 2022 avec des chiffres tablant à 5,7% de son PIB. La forte présence des promoteurs chinois, le développement de secteurs comme celui de la construction et sa place géographique et géopolitique ont favorisé son déploiement. Effectivement, depuis 1999, le Cambodge est membre de l’Association des nations de l’Asie du Sud Est (ASEAN). Cette organisation politique, économique et culturelle a permis au pays d’ouvrir une zone d’échanges commerciaux avec les États voisins et de libéraliser son économie. Aussi, la présidence de l’organisation cette année, l’a placée sous le feu des projecteurs de la scène internationale, incitant ainsi les investisseurs étrangers à s’y implanter. 

Aussi, comme l’explique Florian Bohème, “le Cambodge est à la croisée des chemins dans la région”. Ses frontières avec le Vietnam, la Thaïlande, le Laos et le Golfe de Thaïlande, lui confèrent une position stratégique de carrefour, selon l’élu consulaire. Avant d’ajouter que “certes c’est un petit pays, mais très stratégique géopolitiquement. Le Cambodge est une zone tampon entre la Chine et le reste du monde”. 

Une communauté d’affaires toujours plus importante 

Dans ce contexte économique, le Cambodge séduit donc une communauté d’affaires certaine. A Phnom Penh, les start-up et les petites sociétés sont toujours plus nombreuses, avec à la tête des chefs d’entreprises cambodgiens ou étrangers. La capitale prend donc peu à peu le visage d’un vivier industriel qui attire les Français. Nous pensons notamment aux firmes Legrand, spécialiste des infrastructures électriques, à Alldreams Cambodia, un service de voyages engagé dans l’écotourisme ; ou encore à l’implantation de la French Tech en 2015

Sur le plan administratif, Florian Bohème, lui-même président d’un cabinet de conseil dans l’hôtellerie, certifie de la simplicité de création des sociétés. 

Cambodge, Siem Reap, élu consulaire
Jean Lestienne, élu consulaire au Cambodge

Effectivement, la loi locale n’impose pas la présence de Khmers parmi les dirigeants ou actionnaires, contrairement aux pays voisins, facilitant ainsi les démarches. Cependant, il déconseille aux Français ayant des envies d’expatriation, de venir s’y installer sans un projet de vie défini en amont. Un point repris par son collègue Jean Lestienne, établi dans la ville touristique de Siem Reap. 

“Je dirais que le rêve des expatriés de partir avec 5000€ en poche et l’envie d’ouvrir une guest house, est terminé”. Non seulement, parce que le marché de l’hôtellerie est toujours plus concurrentiel, mais aussi parce que la pandémie mondiale a fortement ralenti le secteur. Jean Lestienne affirme que depuis trois ans les visiteurs chinois se font rares dans la ville qui donne accès aux ruines d’Angkor. Étant donné qu’ils comptaient parmi les flux de touristes les plus importants, l’activité n’a donc pu reprendre. pleinement. 

La French Tech Cambodge aux côtés de la French Tech Bangkok lors de l’évènement Bonjour Futur – © Facebook La French Tech Cambodge

Des difficultés encore importantes

Si le Royaume du Cambodge est en pleine mutation, des difficultés restent apparentes, surtout pour les habitants étrangers. Nous ne le savons que trop bien, retrouver son mode de vie occidentale peut être impossible dans certains pays du monde, et surtout non voulu. Cependant, il y a des situations que nous aimerions bien pouvoir éviter. La VIA pense notamment à l’impossibilité de se trouver certains produits hygiéniques comme les tampons, un “détail”qui change radicalement le quotidien. 

Pour leur part, Estelle Bouat, mère de trois enfants, et Florian Bohème citent le manque de places disponibles au sein du lycée français de Phnom Penh. S’ils s’accordent à dire que l’établissement n’est pas responsable de ce problème, ils aimeraient voir les moyens lui étant alloués être étendus, afin d’éviter une fuite des élèves vers les écoles anglophones de la capitale. 

PPA
Estelle Bouat, co-présidente de PPA

Enfin, Jean Lestienne rappelle les soucis rencontrés par les Français dont le salaire est inférieur à 1500€. Bien que la vie sur place ne soit pas particulièrement onéreuse, les loyers représentent un certain coût estimé aux alentours de 600€ par mois. Cependant, il est d’autant plus facile qu’en France d’en trouver un, étant donné que les frais d’agence sont à la charge du propriétaire et non du locataire. 

Par ailleurs, avec la chute de l’euro depuis plusieurs semaines, le pouvoir d’achat des retraités et des personnes percevant leurs revenus en euros a drastiquement baissé. Les deux représentants des Français évaluent la baisse à 20%. 

Malgré les obstacles réels, toutes les personnes interrogées se rejoignent sur la simplicité de la vie au Cambodge. “C’est un pays simple dans son rapport au quotidien” relate Florian Bohème ; “la vie est plus facile et douce qu’en France” abonde Capucine, avant qu’Estelle Bouat répète que “les gens sont d’une gentillesse infinie” et que Jean Lestienne ne renchérit en disant “qu’ils ont toujours été très accueillants avec les étrangers”. 

Le guide pratique 2022 de Phnom Penh Accueil

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