Chaque année, le 10 octobre marque un moment crucial de mobilisation internationale : la Journée mondiale contre la peine de mort. Alors que la majorité des nations ont aboli ce châtiment, des États continuent de l’appliquer. Cette journée est l’occasion de dresser un état des lieux de la peine capitale dans le monde, mais aussi de se pencher sur le sort des ressortissants français confrontés à ce châtiment ultime à l’étranger. Entre les avancées diplomatiques, le rôle des autorités consulaires et les tragédies récentes, le combat pour l’abolition universelle reste d’une actualité brûlante.
Les origines d’une mobilisation mondiale et l’état des lieux de la peine de mort
Instituée en 2003 par la Coalition mondiale contre la peine de mort, la Journée mondiale contre la peine de mort se tient chaque année le 10 octobre. Soutenue officiellement par le Conseil de l’Europe (qui en a fait la Journée européenne contre la peine de mort en 2007) et l’Union européenne, cette initiative s’adresse tant au grand public qu’aux décideurs politiques.
L’objectif est clair : encourager la dimension internationale du combat pour l’abolition, faire pression sur les États rétentionnistes pour qu’ils cessent les exécutions, et renforcer la représentativité du mouvement abolitionniste. Chaque année, un thème spécifique est mis en lumière. Pour les éditions de 2026 et 2027, la Coalition a choisi de se concentrer sur l’humanisation des personnes touchées par la peine de mort, en donnant la parole à ceux dont les voix sont trop souvent passées sous silence.
Quels pays appliquent encore la peine de mort en 2026 ?
Malgré un mouvement mondial vers l’abolition, de nombreux pays maintiennent et appliquent la peine capitale. En 2024, Amnesty International a recensé 1 518 exécutions, marquant une hausse préoccupante de près de 32 % par rapport à l’année précédente. À la fin de l’année 2023, au moins 27 687 personnes attendaient leur exécution dans les couloirs de la mort à travers le monde.
La situation varie considérablement selon les continents :
- Asie : C’est le continent où la peine de mort est la plus largement appliquée. La Chine procède à des exécutions massives, bien que les chiffres officiels soient classés secret d’État. L’Iran est également un pays où les exécutions sont très nombreuses, représentant près de 80 % des exécutions enregistrées par Amnesty International en 2025. D’autres pays comme l’Arabie saoudite, l’Irak (où le nombre d’exécutions a quadruplé en 2024), l’Indonésie, ou encore le Japon et les Émirats arabes unis maintiennent cette pratique.
- Afrique : Des pays comme l’Égypte, la Somalie, le Soudan du Sud et la République démocratique du Congo continuent de procéder à des exécutions. Toutefois, une dynamique abolitionniste est en cours : la Guinée équatoriale, la Zambie et la République centrafricaine l’ont abolie en 2022, suivis par le Zimbabwe fin 2024.
- Amériques : Aux États-Unis, la peine de mort reste en vigueur au niveau fédéral et dans 26 États, bien que la tendance soit à la baisse. Des incidents récents, comme l’exécution ratée de Christa Pike dans le Tennessee en octobre 2026, qui l’a laissée dans un état critique, ravivent régulièrement le débat sur la cruauté des méthodes d’exécution employées. Ailleurs sur le continent, la peine capitale est largement abolie, sauf dans certains pays des Caraïbes.
- Europe : Le continent est presque entièrement abolitionniste, à l’exception de la Biélorussie. La Russie, quant à elle, observe un moratoire depuis plus de 20 ans.
Les Français face à la peine capitale à l’étranger
La question de la peine de mort prend une dimension particulièrement concrète lorsqu’elle touche des ressortissants français à l’étranger. Malgré la position fermement abolitionniste de la France, l’État ne peut pas toujours empêcher l’exécution de ses citoyens soumis aux lois d’autres pays.
L’exécution de Chan Thao Phoumy en Chine : un rappel tragique
Le 4 avril 2026, l’exécution de Chan Thao Phoumy à Canton, en Chine, a suscité la consternation du gouvernement français. Ce Français de 62 ans avait été condamné à mort en 2010 pour son implication présumée dans un réseau de trafic de drogue ayant produit des tonnes de drogue synthétique entre 1999 et 2003. Cette exécution rappelle tragiquement l’intransigeance de certains pays face au trafic de stupéfiants, et la difficulté pour la France de faire fléchir la justice de grandes puissances comme la Chine.

D’autres Français toujours dans le couloir de la mort
Selon l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM), en février 2025, au moins cinq Français (dont une femme) étaient condamnés à mort et détenus dans quatre États : la Chine, l’Indonésie, l’Algérie et le Maroc. Les motifs de condamnation sont variés (terrorisme, trafic de drogue…) et certains de ces ressortissants croupissent dans les couloirs de la mort depuis près de 30 ans. La complexité de ces dossiers réside notamment dans le manque de transparence de certains pays, qui criminalisent parfois la divulgation d’informations sur la peine de mort.
L’histoire a d’ailleurs montré que les appels à la clémence de Paris ne sont pas toujours entendus, comme en témoigne l’exécution de deux Français au Zimbabwe en 1983 pour meurtre, malgré les interventions des autorités françaises.
Droit international, diplomatie et action consulaire : un pouvoir limité mais essentiel
Face à ces situations dramatiques, la France et les familles des condamnés déploient d’importants efforts. Cependant, le cadre juridique international et la souveraineté des États restreignent considérablement la marge de manœuvre.
Le rôle et les limites de la protection consulaire
En vertu de la Convention de Vienne sur les relations consulaires de 1963, ratifiée par de nombreux pays rétentionnistes (comme la Chine, l’Indonésie, l’Algérie et le Maroc), les ressortissants français détenus à l’étranger ont droit à la protection consulaire. Concrètement, cela permet aux autorités françaises de s’assurer des conditions de détention de leurs ressortissants, de leur fournir une assistance juridique et médicale, et de maintenir le lien avec leurs familles.
Néanmoins, la souveraineté judiciaire de l’État dans lequel a été commis le crime prime. L‘action consulaire ne permet pas de s’ingérer dans le processus judiciaire ni de contester le verdict. La France, par l’intermédiaire de son réseau diplomatique, exerce une pression constante pour obtenir la clémence, la révision du procès ou la commutation de la peine, mais ces efforts se heurtent souvent à la rigidité des systèmes juridiques locaux et aux relations bilatérales complexes.
Des victoires diplomatiques et des fins heureuses
Malgré les tragédies et les limites de l’action diplomatique, l’espoir subsiste, comme le prouvent plusieurs cas récents où l’intervention de l’État français, combinée à la mobilisation des familles, a permis de sauver des vies.
Le cas de Serge Atlaoui : Condamné à mort en Indonésie en 2007 pour trafic de drogue, ce Français a passé de longues années dans le couloir de la mort, frôlant l’exécution. Après des années de bataille diplomatique intense, un accord a finalement été trouvé. En février 2025, Serge Atlaoui a été transféré en France, marquant une victoire diplomatique majeure après près de 20 ans d’incarcération.
L’acquittement de Tom Félix : Le cas de Tom Félix illustre également le succès que peut avoir une mobilisation au plus haut niveau de l’État. Ce jeune Français de 33 ans risquait la peine de mort en Malaisie pour trafic de drogue. Sa famille a lancé un appel désespéré au président de la République, Emmanuel Macron, qui a reçu ses parents en mai. Le président s’était engagé à intervenir, et en février 2026, après 900 jours de détention, Tom Félix a finalement été acquitté, échappant ainsi à la peine capitale.

Les transfèrements : une lueur d’espoir pour les condamnés
Les accords de transfèrement constituent un outil juridique précieux pour ramener les ressortissants français dans leur pays. Ils permettent à un condamné d’exécuter sa peine en France, ce qui la transforme de facto en peine de prison, la France ayant aboli la peine de mort. Ces accords nécessitent cependant le consentement des deux États et du condamné, ce qui complique souvent leur mise en œuvre, en particulier avec les pays qui considèrent l’extradition de condamnés à mort comme une ingérence dans leur souveraineté nationale.
La Journée mondiale contre la peine de mort nous rappelle que l’abolition universelle n’est pas encore une réalité. Si les chiffres des exécutions connaissent parfois des hausses inquiétantes, comme le montrent les statistiques de 2024, le mouvement abolitionniste progresse en Afrique et se maintient en Europe. Pour la France, la lutte continue sur deux fronts : promouvoir l’abolition dans les instances internationales et protéger ses ressortissants confrontés à l’arbitraire de systèmes judiciaires qui pratiquent encore l’exécution. Les dossiers de Chan Thao Phoumy, Serge Atlaoui et Tom Félix démontrent l’importance vitale du travail diplomatique et consulaire, tout en soulignant ses limites tragiques face à la souveraineté des États. Le 10 octobre reste plus que jamais une date clé pour donner une voix à ceux qui risquent de perdre la leur.







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