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La Chine : un géant aux pieds encore fragiles

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La Chine : un géant aux pieds encore fragiles

Les dirigeants du Moyen-Orient sont les premières victimes de la guerre entre l’Iran et les Etats-Unis. Ne pouvant plus exporter une grande partie de leur pétrole et de leur gaz, ils en veulent à Donald Trump, qu’ils accusent de ne pas avoir de plan de sortie du conflit.  Ils en veulent aussi à leur principal client qu’est la Chine. Ils estiment que son Président, Xi Jinping, n’a pas exercé les pressions nécessaires pour imposer la paix, alors même que son pays dispose d’un levier économique sans équivalent sur chacune des parties au conflit. De nombreux Etats du Golfe sont dépendants des Etats-Unis et ne peuvent pas se mettre à dos leur président. Néanmoins, de grandes puissances régionales, comme l’Arabie saoudite, cherchent à se prémunir contre ce risque et renforcent leurs liens de sécurité avec d’autres partenaires, de la Turquie au Pakistan.

La Chine a une lecture cynique de la situation géopolitique

Les dirigeants du Parti communiste se réjouissent de voir les États-Unis s’enliser dans un bourbier moyen-oriental. Tant que les forces américaines restent immobilisées dans le Golfe et consomment des munitions difficiles à remplacer, le Pentagone dispose de moins de porte-avions, de navires de guerre et de systèmes de défense antiaérienne pour contrarier la Chine dans son voisinage. Pékin se réjouit également de constater que les sanctions de « pression maximale » de Donald Trump ne parviennent pas à renverser le régime iranien, même lorsqu’elles sont accompagnées de frappes aériennes. Depuis des mois, des interlocuteurs chinois disposant de contacts iraniens de haut niveau expliquent aux Occidentaux que l’Iran est une civilisation ancienne et fière, qui ne cédera jamais aux intimidations étrangères. Certains établissent un parallèle avec la Corée du Nord, autre régime brutal ayant résisté pendant des décennies à de lourdes sanctions. Les dirigeants du Parti communiste chinois détestant à la fois les sanctions et les changements de régime imposés de l’extérieur, ils sont soulagés de voir l’Iran continuer, pour l’instant, à résister.

La Chine s’impose comme un Etats responsable et digne de confiance au sein de la sphère international. Durant les premiers mois de conflit, la Chine a réduit ses importations de pétrole après la fermeture du détroit d’Ormuz, contribuant ainsi à stabiliser les marchés mondiaux de l’énergie. Elle est venue en aide à certains pays émergents ou en développement afin d’éviter des ruptures d’approvisionnement.

Certes, la Chine a intérêt à maintenir des prix pétroliers modérés, tant pour ses propres besoins que pour préserver ses débouchés extérieurs. Le ralentissement de son économie rend en effet sa croissance si dépendante des exportations qu’un effondrement de la demande étrangère lui serait préjudiciable. Elle a également bénéficié de la constitution de vastes réserves pétrolières, qui lui ont permis de satisfaire une grande partie de sa demande intérieure en puisant dans ses stocks. Enfin, en réduisant ses importations, elle pouvait rester fidèle à sa politique consistant à éviter une dépendance excessive envers un fournisseur unique, y compris un partenaire géopolitique proche comme la Russie. Donald Trump, de manière assez étonnante, n’a pas condamné les liens de la Chine avec l’Iran. Il a récemment relativisé les informations selon lesquelles des images satellitaires chinoises auraient aidé l’Iran à attaquer des bases aériennes américaines en Jordanie. 

Pékin a des raisons de se réjouir de la mésaventure de Donald Trump dans le Golfe

 Xi Jinping en a profité pour au sommet des BRICS pour valoriser la position chinoise. «  Cette guerre a infligé de lourdes pertes aux peuples de la région et ne sert pas les intérêts communs de la communauté internationale » a-t-il déclaré le 12 septembre à Dehli. Il a attiré l’attention des autres dirigeants sur une série d’« initiatives mondiales » lancées par la Chine ces dernières années et exprimant sa vision d’un nouvel ordre international. En résumé, le développement économique est souhaitable, l’ingérence dans les affaires intérieures des États est condamnable et la promotion de la démocratie occidentale l’est plus encore. Il a affirmé que « la Chine est prête à travailler avec les autres membres des BRICS pour jouer le rôle qui lui revient dans l’établissement de la paix et de la tranquillité au Moyen-Orient et dans le Golfe ». Cette offre n’avait malheureusement qu’une portée limitée. Les BRICS fonctionnent par consensus et leurs dix membres, parmi lesquels figurent la Chine, l’Iran et la Russie, mais aussi des partenaires proches des États-Unis comme les Émirats arabes unis, ne s’accordent pas sur la manière de ramener la paix dans le Golfe.

Les initiatives mondiales chinoises restent pour le moment sans effet réel. Depuis quelques semaines, la Chine a repris ses achats de pétrole, livrant une concurrence acharnée aux acheteurs asiatiques et européens sur les marchés mondiaux au comptant. Selon Platts, l’agence spécialisée dans le suivi des cours, le Dated Brent, référence pour les cargaisons de brut devant être chargées à brève échéance, a atteint 132 dollars le baril. Le blocage du détroit d’Ormuz et les escarmouches entre l’Iran et les Etats-Unis empêchent toute décrue du prix du pétrole et cela d’autant plus Les Houthis veulent bloquer le détroit de Bab el-Mandeb ainsi que l’accès aux ports de l’Arabie saoudite en mer Rouge. Le conflit freine les flux d’investissements et d’énergie, ainsi que les échanges et les projets dans les technologies vertes et les infrastructures d’intelligence artificielle entre la Chine et les pays du Golfe.

Le Premier ministre indien Narendra Modi (à gauche) et le président chinois Xi Jinping
Le Premier ministre indien Narendra Modi (à gauche) et le président chinois Xi Jinping (ici en 2025 à Tianjin) ont oeuvré depuis deux ans au réchauffement de leurs relations. © Indian Press Information Bureau / AFP

La guerre au Moyen Orient est arrivée trop tôt pour la Chine. Pour l’instant, son ascension repose sur un ordre commercial mondial garanti par la puissance américaine. Sa marine n’est pas en mesure de prendre le relais pour maintenir ouvertes les routes commerciales. Sa diplomatie demeure prudente et opportuniste, sans véritable capacité à façonner l’ordre mondial. Quand Pékin utilise son poids économique pour contraindre d’autres pays, il le fait pour défendre des intérêts nationaux précis, et non pour réorienter l’ensemble de leur politique étrangère. La Chine n’a pas les moyens de venir en aide aux alliés. Il ne peut pas aller contre les Etats-Unis par crainte de la perte de son principal marché d’exportation, marché indispensable à sa croissance.

Les dirigeants chinois sont convaincus d’entrevoir un avenir dans lequel leur domination technologique, financière et militaire leur permettra d’apposer leur vue. La politique américaine pourrait accélérer l’avènement de ce jour. D’ici là, il faut toutefois s’attendre à ce que la Chine demeure un géant prudent, qui parle de paix mais fait peu pour la garantir.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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