God save what ?

God save what ?

Plus de quatre milliards de téléspectateurs pour les funérailles de la Reine, huit heures de retransmission, de quoi attraper des escarres. Les Saxe-Cobourg, dits Windsor, ont ridiculisé la Famille Kardashian, non mais. Malgré ce pauvre Charles, coincé pour l’éternité des tabloïds entre Lady Di et The Queen, roi d’un empire qui n’en finit pas de mourir. 

Il commence son règne avec une nouvelle Première ministre, admiratrice de Thatcher, qui n’a cure de la parité dans son gouvernement. Quatre des principaux ministres sont issus de ce qu’en France on appellerait la « diversité », avec ce snobisme de ne pas avoir été choisis pour cela, mais parce qu’ils sortaient des bonnes écoles. De quoi agacer les « wokistes » de Cambridge. D’autant que, Boris exit, les difficultés du Brexit restent. Le Royaume souffre. Dignement, amidonné comme le Pont de la rivière Kwaï, mais il souffre.

L’empire britannique n’en finit plus de finir

Une étude du Financial Times estime que si les revenus d’un ménage moyen au Royaume-Uni étaient inférieurs en 2007 de 8% de celui d’un ménage français ou allemand, l’écart aujourd’hui serait de 20%. Si la tendance se poursuivait les ménages britanniques gagneraient moins que les ménages slovènes. Ou polonais. Bientôt une vague, juste retour, de plombiers britanniques en Pologne ? Il leur faudra un permis de travail.

Selon l’Office britannique des statistiques, le salaire réel a déjà diminué de 3% en rythme annuel et la baisse pourrait atteindre 10% selon le think tank Resolution Foundation, qui craint que trois millions de Britanniques ne passent sous le seuil de pauvreté. Les prévisions restent sombres : la croissance devrait rester atone l’an prochain.

L’inflation dépasse les 10%, Citi Bank prévoit 18% en 2023, Goldman Sachs (et non Saxe, comme la famille royale), 20%.  Les Américains ne respectent rien, plus même la City.

14% des ménages ont refusé de payer leurs factures d’électricité 

14% des ménages ont refusé de payer leurs factures d’électricité. Face à la menace, Liz Truss a annoncé un plan peu thatchérien d’aide pour limiter les prix de l’énergie : 150 milliards de livres ! Et dire que certains chipotent sur le coût des funérailles. En prime, une baisse de la fiscalité sur les entreprises. Pour ne pas dégrader les finances publiques, alors que les taux d’intérêt montent en flèche, les dépenses publiques devraient diminuer, ce qui n’irait pas sans conséquences sociales.

Heureusement, il y a le grand large. Le Royaume-Uni s’est mis en pointe dans le combat contre les Russes. Poutine n’a pas été invité aux funérailles. Charles n’ira donc pas à celles de Poutine, Georges n’était pas à celles de Lénine : « Des ouvriers ont été occupés nuit et jour à préparer la tombe et ont refusé de la quitter ; ils ont passé deux jours et deux nuits à l’achever ». 

Les brillants seconds de l’empire américain 

Le Royaume tance Moscou, mais n’est-il pas, plutôt, réduit à jouer les brillants seconds de l’empire américain ? La « relation spéciale » a ceci de spécial que les Américains oublient parfois de prévenir les Anglais de leurs décisions, comme sur l’Iran par exemple. 

Malgré tout, Charles III reste le souverain de 14 royaumes membres du Commonwealth, qui compte 56 Etats héritiers anciens membres de l’Empire. Outre le Royaume-Uni, l’Australie, les Bahamas, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Jamaïque, Antigua-et-Barbuda, le Belize, Grenade, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les îles Salomon et Tuvalu ont reconnu Charles comme Chef d’Etat. Même si le Premier ministre d’Antigua et Barbuda a annoncé un référendum sur la monarchie, que celui de la Jamaïque en souhaite la fin et que celui d’Australie ne cache pas ses sentiments républicains.

Qu’est-ce que représente le Commonwealth pour les anciennes colonies ? Une langue commune ? Une culture ? Inde, Nigeria, Afrique du sud, Australie, partagent-t-ils des « valeurs communes » ? Nulle solidarité, ni dans le domaine économique, ni dans le domaine politique. La langue, devenue plus américaine qu’anglaise, n’est pas, comme pour le français, un attachement sentimental et culturel. 

Le Royaume-Uni ne gouverne plus grand-chose. Son principal problème de politique étrangère est un problème de politique intérieure : comment régler la question de l’Irlande du nord, comment se comporter avec l’Union européenne, comment calmer l’Ecosse ? 

En fait, le Royaume-Uni a renoncé, peu à peu, à mener une politique étrangère autonome. Pour le membre permanent au Conseil de sécurité qu’il est toujours, c’est de plus en plus voyant. Le Brexit a tué son originalité, éliminé son influence en Europe et dévalué son poids aux États-Unis. L’échec des négociations commerciales, bilatérales, la grande affaire de Boris, en est la preuve.

Tout affaiblissement du Royaume-Uni est une mauvaise nouvelle pour la France 

Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la France. D’une part parce que le Royaume-Uni est un de nos principaux clients. Ensuite parce que c’est un allié fiable, avec lequel, depuis les accords de Lancaster House, nous avons une coopération militaire qui ne demande qu’à s’approfondir. Enfin parce que si nous ne sommes pas frères, pas même ennemis, nous sommes cent fois cousins. 

Tout affaiblissement du Royaume-Uni est une mauvaise nouvelle pour la France. Ce fut une erreur de se placer en interlocuteur parmi les plus intransigeants du Royaume pendant le douloureux divorce d’avec l’UE. Que l’ancienne ambassadrice à Londres soit désormais ministre des Affaires étrangères est une excellente nouvelle et sonne, vis-à-vis de Londres, comme un changement de cap bienvenu.

Créer une alliance « particulière »  

Il est temps d’imaginer avec lui, une « relation spéciale » qui lui serait d’autant plus profitable qu’elle ne serait pas déséquilibrée comme avec les Etats-Unis. Certes, le Royaume ne reviendra jamais dans l’UE ; cela n’offre que plus d’intérêt pour créer une alliance « particulière » avec lui. Certes, ce n’est plus un empire, mais il reste notre allié, un centre financier, un centre intellectuel et universitaire, et il a, lui aussi, bien des choses à dire sur le monde, bien des atouts que l’on devrait copier. 

A l’heure où un nouveau roi et une nouvelle première ministre prennent leurs charges, il faut envoyer plus qu’un message d’amitié, un message d’amour : « Honni soit qui mal y pense ». 

Et commencer par nommer un nouvel ambassadeur…

Auteur

  • Alain Stéphane a posé ses valises en Allemagne à la suite d'un coup de foudre. Aujourd'hui, il travaille comme rédacteur dans un journal local en Saxe et est correspond du site Lesfrancais.press

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