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Endettement : qui tient qui ?

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Endettement : qui tient qui ?

Selon des propos émanant de John Mayard Keynes, « Si vous devez mille livres à votre banque, vous êtes à la merci de votre banque. Si vous lui devez un million, c’est la banque qui est à votre merci. » Avec l’emballement des dettes publiques et extérieures, la question se pose avec acuité. La dette extérieure nette des Etats-Unis et de l’Inde croît quand les actifs extérieurs nets du Japon, de la Chine, de la zone euro et des pays producteurs de pétrole augmentent. Les pays emprunteurs peuvent menacer de faire défaut, ce qui ne les priverait que temporairement de l’accès aux marchés financiers. Les pays prêteurs peuvent menacer de cesser de prêter aux pays emprunteurs mais s’ils arrêtent effectivement de prêter, ils seront confrontés au défaut des pays emprunteurs et à une contraction de leurs exportations vers ces pays.

Le défaut de paiement, une vraie menace ?

La menace dont disposent les pays emprunteurs est le défaut, l’annulation totale ou partielle de la dette. Cette menace ne serait pas crédible si un défaut entraînait un arrêt durable de l’accès aux marchés financiers. Mais un défaut n’exclut pas durablement de l’accès aux marchés financiers. Ce défaut permettrait de réaliser un ajustement et de demander des conditions financières plus avantageuses comme ce fut le cas entre 2010 et 2012 pour la Grèce. Un accord avait été alors trouvé qui prévoyait l’abandon par les banques privées de 53 % de la dette publique grecque. Dès 2014, la Grèce put réemprunter sur les marchés financiers, et aujourd’hui, il ne reste aucune trace de défiance des prêteurs vis-à-vis de la Grèce. Ce pays emprunte même à un taux inférieur à celui de la France.

Taux OAT 10 ans et taux monétaire euro (%)
Taux OAT 10 ans et taux monétaire euro (%)

De 2020 à 2025, la dette publique grecque est passé de 200 % du PIB à 145 %. Les taux qui dépassaient 40 % en 2011 tournent autour de 4 % en 2025 (taux à 10 ans sur emprunts d’État). En réalité, la menace d’arrêter de prêter est peu crédible, si les emprunteurs sont de grande taille.

La menace dont disposent les pays prêteurs est d’arrêter de prêter. Mais dans ce cas ils courent le risque :

  • de subir un défaut du pays emprunteur ;
  • de subir une contraction de leurs exportations, avec l’affaiblissement de la demande dans les pays emprunteurs.

Les pays qui ont du cash

Parmi les pays dégageant un important excédent figurent les pays du Golfe en raison des exportations du pétrole. En 2026, cet excédent risque d’être plus faible en raison de la guerre au Moyen Orient. Les avoirs extérieurs de l’Arabie saoudite représentent ainsi plus de 60 % du PIB.

En 2025, la balance courante a été fortement excédentaire pour le Japon, +6 % du PIB, pour la Chine, 4 % ou pour la zone euro, 2 %. En revanche, les Etats-Unis et l’Inde ont enregistré des déficits de 2 % et 1 % du PIB.

La Chine a arrêté d’acheter des titres du Trésor des Etats-Unis. Elle est même devenue vendeuse de ces titres mais a remplacé les achats de titres du Trésor par des prêts. Les données AidData (Université William and Mary) montrent que de 2002 à 2023, la Chine prête 2002 milliards de dollars aux Etats-Unis, pour financer 2500 projets, essentiellement dans les infrastructures, la technologie, les ports, l’énergie et l’électricité. Entre 2010 et 2026 la détention de Treasury securities par la Chine est passée de 900 à 750 milliards de dollars après avoir atteint un maximum de 1200 milliards de dollars en 2016.

La Chine se débarrasse des bons du Trésor américain pour accumuler les prêts
La Chine se débarrasse des bons du Trésor américain pour accumuler les prêts

Les prêteurs ne peuvent pas arrêter de prêter en raison du risque de défaut des emprunteurs et de recul des exportations que cela leur ferait courir. De plus, arrêter de prêter conduit à un moindre investissement dans l’économie de pays qui peuvent être attrayants en matière de niveau technologique, de perspectives de croissance.

L’expérience du passé montre que, lorsque les emprunteurs font défaut, assez rapidement ils retrouvent un accès sur les marchés financiers internationaux. Cela montre que la menace de défaut est crédible alors que celle de l’arrêt des prêts ne l’est pas. Dans les prochaines années, les emprunteurs pourraient avoir la main même s’ils doivent supporter des taux plus élevés mais dans la limite de la soutenabilité de leur dette.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d’être notre spécialiste économie.

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