La guerre semble de plus en plus une tentation pour un nombre croissant d’Etats. Deux grandes puissances militaires, la Russie et les Etats-Unis, sont embourbés dans des conflits. La Chine pourrait prochainement se lancer dans l’aventure taïwanaise. Ce changement de cap après des décennies de paix du moins en Europe traduit une rupture sur fond d’évolution des comportements et du contexte. L’affaiblissement de la croissance, la maîtrise des matières premières et de l’énergie, la fracture idéologique sont autant de facteurs qui expliquent cet engouement pour la montée aux extrêmes.
Le retour des ambitions impériales
Plusieurs pays ont la nostalgie d’une puissance impériale bien souvent idéalisée. C’est le cas de la Russie, de la Chine, des Etats-Unis et de la Turquie. La Russie entend reconstituer son empire et menace plus ou moins directement, outre l’Ukraine, les Pays Baltes, la Pologne, la Géorgie. Les Etats-Unis rêvent d’annexer le Canada et le Groenland. Donald Trump considère que l’Amérique centrale et l’Amérique latine sont ses chasses gardées. La Chine veut reprendre le contrôle de Taïwan, de la mer de Chine ainsi que des îles qui s’y trouvent. La Turquie se verrait bien maître de la Grèce et de Chypre ainsi que des régions proches de sa frontières moyen-orientales.
Les fractures idéologiques se sont fortement accrues, ces dernières années. Les pays émergents et en développement récusent de plus en plus l’ingérence des pays occidentaux et leur prétention à vouloir imposer leur modèle démocratique. Ces derniers sont accusés de pratiquer des politiques économiques inégalitaires sur fond de lutte contre le réchauffement climatique. Les divisions des pays émergents empêchent pour le moment une remise en cause de l’ordre international qui est encore issu de la fin de la Seconde Guerre mondiale. En termes de puissance économique, ces pays sont plus puissants que ceux du G7. Les pays de l’OCDE représentaient, en 2025, 42 % du PIB mondiale, contre 62 % en 1995. Sur le terrain militaire, les Etats-Unis n’ont pas de concurrents. Malgré tout, l’Iran prouve au monde entier qu’un pays sous sanctions peut résister à la première puissance militaire mondiale. La fragmentation du font occidental traduit un début de déliquescence pour les pays émergents. La Chine espère pouvoir instituer un nouveau système international, en particulier en matière économique et financière. La fracture n’est pas seulement idéologique, elle est aussi religieuse ; des groupes extrémistes refusent la vision laïque de la société que promeut l’Occident.
La course aux ressources
La transition énergétique et le développement des industries numériques s’accompagnent d’un besoin accru de métaux, comme le cuivre, le nickel, le cobalt, le graphite, le lithium, et de terres rares, suscitant une volonté de contrôle de ces ressources critiques comme dans les années 1930 avec le pétrole. A ce titre, les Etats-Unis, sous l’administration Trump, ont toujours comme objectif de dominer le marché des combustibles fossiles, ce qui d’une part les fait rentrer en conflit avec les pays qui désirent accélérer la transition énergétique et, d’autre part, les rend agressifs vis-à-vis des pays producteurs de pétrole comme le Venezuela, la Russie
La production des terres rares et plus encore le raffinage sont concentrées sur un nombre réduit de pays.
Les grandes puissances économiques et militaires (Etats-Unis, Chine, Russie) essaient de contrôler la production les métaux rares et ceux essentiels pour la production de microprocesseurs ou les équipements permettant la production d’énergie. Des politiques de préemption sont mises en œuvre par les Etats-Unis, la Russie ou la Chine.
Malgré la fin programmée des énergies fossiles, les Etats-Unis se sont engagés dans le contrôle complet du marché pétrolier en destituant le Président du Venezuela et en s’engageant dans un conflit armé en Iran. Donald Trump qui a sorti, une nouvelle fois, son pays des Accords de Paris, n’entend pas participer au processus de décarbonation et reste convaincu du caractère irremplaçable du pétrole. Les Etats-Unis ont ainsi fortement augmenté leur production de pétrole et de gaz naturel depuis le début du siècle. La production de pétrole américaine est passée de 6 à 14 millions de barils jour de 2002 à 2025 et celle de gaz naturel de 50 à 105 de milliards de pieds cubes par jour. Les relations entre les Etats-Unis et les pays souhaitant réaliser la transition énergétique ne peuvent que se dégrader. La volonté de contrôle du marché des hydrocarbures peut être également une source de conflits.
Bruits de bottes aux 4 coins du monde
Les risques de guerre augmentent car de nombreux pays la préparent. La Russie a accru ses dépenses militaires qui sont passés de 4 à 8 % du PIB de 2021 à 2026. Les dépenses militaires américaines devraient dépasser cette année 1000 milliards de dollars. Donald Trump propose pour 2027 un budget militaire de plus de 1500 milliards de dollars. L’économie américaine dépend de plus en plus des commandes militaires tout comme celle de la Russie ou de la Chine. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Etats-Unis avaient connu une profonde récession, avec une baisse de 11,6 % du PIB en 1946, et il avait fallu attendre 1950 pour que la croissance redevienne positive. Tout retour en arrière est donc difficile.
La perte d’influence des institutions assurant le maintien de la paix est propice au recours à la force. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, des institutions réduisaient le risque de conflit : l’ONU, pour les conflits armés et l’Organisation mondiale du commerce, pour les conflits commerciaux. La perte d’influence de ces institutions est majeure, de plus en plus d’Etats refusent de se soumettre à leurs décisions dont les Etats-Unis, première puissance économique mondiale.
Dans « La guerre du Péloponnèse », Thucydide, à la fin du Ve siècle avant Jésus-Christ, décrit comment la guerre entre Sparte et Athènes s’est déclenchée, en raison de la crainte des Spartiates devant la montée en puissance d’Athènes. Les Etats-Unis pourraient être tentés par la montée aux extrêmes pour répondre à la montée en puissance militaire, économique et technologique de la Chine. Le point de départ serait une guerre commerciale (avec des droits de douane, des restrictions aux exportations ou aux importations) susceptible de dégénérer en conflit armé, les Etats-Unis n’acceptant pas de perdre leur statut de seule puissance dominante.
Les risques de guerre augmentent depuis plusieurs années sur fond de réchauffement climatique, de migrations et de ralentissement de la croissance. Le rejet des élites s’accompagne d’un goût croissant en faveur de la violence et du rapport de force. Le retour aux tentations impérialistes existe dans de nombreux pays avec en filigrane la fragmentation culturelle et religieuse. L’Europe peut-elle demeurer un havre de stabilité et de paix face à la Chine et aux Etats-Unis ? Ces derniers peuvent-ils renouer avec le multilatéralisme après le départ de Donald Trump ? la Chine peut-elle s’imposer pacifiquement ou recourra -t-elle à la force pour faire prévaloir son rang. La Russie sera-t-elle contrainte de poursuivre une fuite en avant. L’issu du monde repose sur la réponse à ces questions ?







Laisser un commentaire