Les Etats-Unis : la fin d’un cycle ?

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Les Etats-Unis : la fin d’un cycle ?

Depuis une vingtaine d’années, grâce à d’importants gains de productivité et l’augmentation de leur population active, les Etats-Unis bénéficient d’une croissance élevée, deux fois supérieure à celle de la zone euro. L’économie américaine bénéficie pleinement des retombées de l’essor du secteur des technologies de l’information et de la communication. Par ailleurs, en raison de la forte rentabilité des entreprises américaines, le pays capte une part non négligeable de l’épargne mondiale. Cependant, les atouts des Etats-Unis pourraient s’éroder dans les prochaines années en raison des choix économiques réalisés et du vieillissement démographique.

2 fois plus de croissance en 15 ans

Entre 2010 et 2026, l’économie américaine a progressé en moyenne de 2,4 % par an, contre seulement 1,2 % pour la zone euro. Depuis 2021, l’écart demeure important, avec une croissance annuelle moyenne de 2,5 % aux États-Unis, contre 1,5 % dans la zone euro. Néanmoins, la croissance américaine tend à s’étioler depuis le milieu de l’année dernière.

Cette attrition de la croissance s’explique par le recul du pouvoir d’achat des salaires, en lien avec la hausse des prix provoquée notamment par l’augmentation des droits de douane. Cette perte de pouvoir d’achat affaiblit la consommation et l’investissement des ménages en logement. Ce dernier est en recul, en rythme annuel de près de 5 % au cours du premier semestre 2026. La contribution de la croissance des ménages à la croissance qui se situait, en moyenne, autour de 1,5 point entre 2022 et 2025, n’est plus que de 0,3 point au premier semestre.

Croissance des salaires et inflation convergent à nouveau aux USA
Croissance des salaires et inflation convergent à nouveau aux USA

L’IA au cœur de la croissance

La croissance aux Etats-Unis est de plus en plus portée par le développement de l’intelligence artificielle qui a provoqué une forte progression de l’investissement, en particulier en équipements et en produits de propriété intellectuelle, facilitée par le niveau élevé de la profitabilité des entreprises. L’investissement privé dans les produits de propriété intellectuelle représentait 7 points de PIB en 2025, contre 3,5 % en 2010. Le développement de l’intelligence artificielle fait apparaître des gains de productivité importants dans les secteurs où celle-ci peut être substituée à l’emploi (industrie, commerce, transport et logistique., services financiers). La productivité par travailleurs dans le secteur privé a augmenté aux Etats-Unis de 25 % entre 2010 et 2025. Cette progression tend néanmoins à se ralentir, les créations d’emplois intervenant de plus en plus dans les services (éducation, santé, logistique). Ces derniers génèrent peu de gains de productivité.

La forte rentabilité du capital contribue également à la croissance américaine en attirant les capitaux du monde entier. Les profits après intérêts et impôts des sociétés non financières sont en effet en forte hausse. Ils sont passés de 13 à 16 % du PIB de 2010 à 2025.

La politique de Trump, un frein ?

Mais la politique de Donald Trump pourrait à terme ralentir le flux des capitaux souhaitant s’investir aux Etats-Unis. En outre, le souverainisme économique gagne du terrain ce qui limitera les flux de capitaux.

La réduction de l’immigration devrait également peser sur la croissance en réduisant la progression de la population active. Elle favorise les tensions inflationnistes. Par ailleurs, moins d’immigrés signifient également moins de consommation. La politique migratoire du Président américain accentue le vieillissement démographique des Etats-Unis les rapprochant ainsi de l’Europe.

Le cycle de croissance élevée des Etats-Unis pourrait s’achever dans les prochaines années en raison de la politique économique du Président de Donald Trump et de l’érosion de l’avantage technologique.

Auteur/Autrice

  • Philippe Crevel est un spécialiste des questions macroéconomiques. Fondateur de la société d’études et de stratégies économiques, Lorello Ecodata, il dirige, par ailleurs, le Cercle de l’Epargne qui est un centre d’études et d’information consacré à l’épargne et à la retraite en plus d'être notre spécialiste économie.

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