En Algérie, les militaires jouent les oies blanches

Ils ne manquent pas de culot mais ça peut marcher. Ahmed Gaïd Salah, le général qui a unifié l’armée autour de lui, procède à la purge des amis et des proches de Bouteflika, qu’il avait pourtant juré de « servir jusqu’à la mort ». Il avait même placé son gendre, Abdelghani Zaalane auprès de Bouteflika pour être son directeur de campagne. Il est d’ailleurs probable que celui-ci puisse à nouveau servir.

Le frère de Bouteflika, Saïd, ses anciens Premiers ministres, un cinquantaine de responsables et d’hommes d’affaires ont été arrêtés ou convoqués par un juge. Le général voudrait les donner en pâtures à l’opinion et prouver son intégrité dans la lutte contre la corruption.

La lutte pour le pouvoir avait commencé, comme annoncé, par l’élimination de services de renseignements – la police politique- qui faisaient historiquement contrepoids à l’armée. Saïd, qui avait tranché contre le général Toufik (renseignements), au profit de Gaïd Salah (armée), doit le regretter.  Saïd Bouteflika, les généraux Toufik et Tartag ont été accusés, comme la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, de « complot contre l’armée ». Original. On ne peut mieux dire « opposition à Salah ». Ainsi l’Armée et son chef utilisent la contestation populaire pour faire le ménage, éliminer quelques rivaux, effrayer le courtisan, et conforter leur emprise. Au nom de la lutte contre la corruption et des revendications populaires. Du classique.

Est-ce que cela marche ? C’est possible. Même si la foule qui manifeste n’est pas dupe et demande le départ de Gaïd Salah comme elle demandait celui du malheureux Bouteflika. Y arrivera-telle ? La force et l’argent sont du coté des généraux. Pour la première fois, dans une ville du centre du pays, il y a eu des blessés lors d’une manifestation.

Le scrutin présidentiel est toujours prévu pour le 4 juillet. Sur les 71 candidats, aucun ne semble crédible. Quant à la conférence nationale, organisée par le Président par intérim actuel, Abdelkader Bensalah, boudée par tous, elle a été un échec.

« Non à l’Armée-Etat » crient les manifestants. De fait, l’Armée représente 25% du budget de l’Etat. Deux fois celui de l’Education. Les généraux et officiers supérieurs contrôlent directement et indirectement une grande partie de l’économie du pays. En éliminant les hommes d’affaire proches de Bouteflika, ils éliminent aussi la concurrence. Les fils du général Salah, Karim et Adel, par exemple, sont des hommes d’affaires prospères, diversifiés dans la presse, les hôtels et l’import export.

Pour l’instant, l’armée reste unie. Elle n’a pas eu à faire usage de la force. Que se passerait-il si ce devait être le cas ? Renforcerait-elle son emprise, beaucoup d’Algériens redoutant le pire, une guerre civile ? Ou perdrait-elle sa cohésion ? Car la plupart des militaires algériens ne font pas partie du cercle doré des profiteurs.

En attendant, la Russie tente de renforcer les liens, déjà très étroits, avec le nouveau régime, si semblable à l’ancien. Mais que peut-elle offrir, sinon en asile en cas de coup dur ? La Chine, premier partenaire commercial, s’inquiète. La France essaie de ne surtout rien faire, puisqu’elle est de toute façon mise en accusation. Elle a fait tout ce qu’il était possible de faire comme actes de contrition et de repentance, qui n’ont d’ailleurs servi à rien. Le pouvoir accuse toujours la France d’on ne sait quoi, mais cela ne prend plus chez les nouvelles générations.

Le Général Salah a mis en garde ceux qui recherchent « le vide institutionnel »  et a confirmé la tenue des élections le 4 juillet. Le dépôt de candidatures est clos. Difficile de croire qu’il a pu trouver quelqu’un à son goût : il n’a pas encore dit qui il fallait soutenir. Il est possible qu’il cède à la pression des manifestations et que l’élection soit reportée. En quoi, finalement, cela le dérangerait-il ?

 

 

 

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