À l’occasion des élections consulaires de 2026, Lesfrancais.press donne la parole aux candidats engagés auprès des Français établis hors de France. Direction Sydney pour retrouver Élise Léger, candidate en Australie pour représenter les Français d’Australie, de Fidji et de Papouasie‑Nouvelle‑Guinée avec la liste indépendante « Proximité, solidarité, actions ». Conseillère sortante des Français de l’étranger, elle revient sur son bilan, sa conception exigeante du mandat et ses priorités pour renforcer l’information, la présence de terrain et le lien au sein d’une circonscription particulièrement vaste. Entre proximité, transparence et utilité concrète, Élise Léger expose sa vision d’un mandat consulaire ancré dans le réel et tourné vers les besoins quotidiens des expatriés. Entretien.
À quoi servent les élections consulaires ?
Lesfrancais.press : « Que représentent pour vous les élections consulaires et qu’est-ce qui vous distingue des autres candidatures ? »
Élise Leger : « Les élections consulaires sont, à mes yeux, une élection de proximité et d’utilité concrète. Elles ne portent pas sur des débats abstraits : elles concernent la vie réelle des Françaises et des Français de l’étranger, leurs démarches, leurs difficultés, leur accès à l’information, aux aides, à la protection sociale, à la représentation institutionnelle. C’est une élection qui devrait être jugée d’abord sur une question simple : qui sera réellement utile ?
Ce qui me distingue, ce sont avant tout des faits, concrets et mesurables.
« Les élections consulaires sont, à mes yeux, une élection de proximité et d’utilité concrète »
Élise Leger, tête de liste Proximité, solidarité, actions pour la circonscription Australie, Fidji Papouasie-Nelle Guinée.
Pendant ce mandat, j’ai choisi de ne pas me contenter du strict minimum institutionnel. J’ai organisé, entre autres, 76 permanences en ligne et dans de nombreuses villes d’Australie, 14 webinaires, 9 groupes de parole organisés, fait 15 déplacements, écrits plus de 70 articles d’information publiés sur mon site, répondu personnellement à un très grand nombre de sollicitations, tout en assumant le travail institutionnel du mandat (assister aux conseils consulaires). Ce bilan, je l’ai construit tout en exerçant ce mandat bénévolement, porté dans la durée y compris pendant une grossesse puis la naissance de mon fils en plein mandat, sans famille proche sur laquelle m’appuyer.
Je crois que les électeurs ont intérêt à comparer les bilans, les actions réellement menées et la régularité de l’engagement dans la durée. Beaucoup peuvent parler de terrain, proximité, d’écoute ou d’efficacité. Pour ma part, je présente un bilan concret et mesurable et une équipe d’hommes et de femmes déjà engagés bénévolement dans la vie associative. »
Lesfrancais.press : « Certains critiquent l’utilité même des conseillers des Français de l’étranger, jugés peu visibles et peu influents. Que répondez-vous à ceux qui estiment que ce mandat est inefficace ? »
Élise Leger : « Je leur répondrais que ce mandat peut effectivement paraître inefficace… s’il est exercé au minimum. Si l’on se contente d’assister aux réunions obligatoires et d’apparaître ponctuellement dans des évènements réservés aux « happy few », sans lien réel avec les Français de la circonscription, alors oui, il peut sembler peu visible et peu utile. Mais ce n’est pas une fatalité ; c’est une manière d’exercer le mandat.

Pour moi, un conseiller des Français de l’étranger peut être très utile, à condition d’être un élu de terrain, un relais, un point d’appui et un producteur d’information utile. Il peut orienter, expliquer, faire remonter les difficultés, relier les personnes aux bons interlocuteurs, porter des sujets dans les instances, et créer des dispositifs concrets pour répondre à des besoins mal couverts. C’est précisément cette conception que j’ai défendue pendant cinq ans.
Autrement dit, le problème n’est pas le mandat. Le problème, c’est la manière dont certains choisissent de l’exercer. Un mandat peut être invisible si l’élu l’est. Il peut être utile si l’élu décide de l’être. »
Quelles propositions pour les expatriés ?
Lesfrancais.press : « Quelles sont alors vos deux ou trois priorités principales pour les Françaises et Français de votre circonscription ? »
Élise Leger : « Mes priorités se focalisent sur trois points : informer, être présente, créer du lien. D’abord, informer utilement. Trop de Français de l’étranger se retrouvent seuls face à des démarches complexes, à des règles mal comprises ou à des changements administratifs mal expliqués. Une information claire, fiable, régulière et accessible est déjà une forme de service très concret. C’est le sens des informations que je publie sur mon site, dans mes lettres d’information et sur mes réseaux sociaux.
« Le problème n’est pas le mandat. Le problème, c’est la manière dont certains choisissent de l’exercer. »
Élise Leger, tête de liste Proximité, solidarité, actions pour la circonscription Australie, Fidji Papouasie-Nelle Guinée.
Ensuite, être présente. Dans une circonscription immense comme la nôtre (Australie, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée) un élu ne peut pas être seulement institutionnel. Il doit être joignable, capable d’écouter, d’apprendre, de répondre, d’orienter, d’organiser des permanences, d’utiliser des outils accessibles à tous, notamment en ligne, puis de se déplacer sur le terrain. La proximité réelle ne se limite pas à quelques grandes villes, elle consiste à être utile à toute la circonscription.
Enfin, créer du lien. Une communauté ne se résume pas à des démarches administratives. Il faut aussi rompre l’isolement, faire circuler l’information, connecter les personnes, ouvrir des espaces d’échange et de soutien, notamment dans les moments de fragilité (difficultés sociales, séparation, violences, isolement, retour en France, questions de protection sociale ou de retraite…). C’est ce que j’ai déjà initié avec les webinaires, les groupes de parole et le Collectif Femmes & Expatriation et souhaite développer davantage si je suis réélue, et j’espère avec d’autres candidats de ma liste, avec de nouveaux espaces d’échange. »
Lesfrancais.press : « La France, ses institutions et son administration vous semblent-elles bien appréhender la réalité vécue aujourd’hui par les Français de l’étranger ? »
Élise Leger : « Je crois qu’il y a encore un décalage réel. Les institutions françaises prennent mieux en compte qu’avant l’existence des Français de l’étranger, mais elles appréhendent encore imparfaitement la complexité de leurs parcours, en particulier dans des zones comme par exemple l’Australie, où les questions de distance, de protection sociale, de visas, de coût de la vie, de scolarité ou de retour en France ont des implications très concrètes.

Trop souvent, les dispositifs sont pensés depuis la France, avec une connaissance incomplète de la vie quotidienne à l’étranger. Les démarches restent parfois trop complexes, trop rigides, ou trop éloignées de la réalité des familles, des actifs, des personnes vulnérables ou des parcours mixtes entre plusieurs pays.
C’est justement pour cela que les élus de terrain ont un rôle important à jouer : faire remonter la réalité vécue, corriger les angles morts, alerter sur les incohérences, et rappeler que derrière les procédures, il y a des vies, des familles et des situations concrètes. Le mandat de conseiller n’a de sens que s’il sert aussi à cela.
Comment éviter une forte abstention ?
Lesfrancais.press : « Malgré la possibilité de voter par internet pour les élections consulaires, l’abstention reste très élevée. Est-ce selon vous un problème d’information, de confiance… Ou un désintérêt pour ces élections ? Quelles actions concrètes envisagez-vous pour changer cette situation dans votre circonscription ? »
Élise Leger : « Je pense que c’est un mélange de plusieurs facteurs : un déficit d’information, une mauvaise compréhension du rôle des élus consulaires, et parfois un manque de confiance dans l’utilité concrète du mandat. Beaucoup de Français ignorent encore ce que fait réellement un conseiller des Français de l’étranger, ou pensent que cette élection n’a pas d’impact sur leur vie.
On ne peut pas demander aux électeurs de se mobiliser pour un mandat dont certains titulaires ont eux-mêmes contribué à brouiller la lisibilité, faute de présence ou de résultats visibles. La participation augmente quand les citoyens savent à quoi sert l’élection, qui agit réellement, et en quoi leur vote peut faire une différence.
Il faut aussi rappeler une réalité dont on parle trop peu : ces élections, bien que locales dans leur objet, ont aussi un prolongement national, notamment à travers les élections sénatoriales. Elles ne sont donc pas dépourvues d’enjeu politique. C’est pourquoi je crois indispensable d’être clair avec les électeurs : se présenter comme “indépendant” tout en étant dépendant d’un parti, de sénateurs, ou d’une stratégie nationale entretient un flou qui n’est pas sain. Cette opacité brouille encore davantage le sens de ce scrutin. Là aussi, la transparence est une condition de la confiance.
Pour faire évoluer cela, je crois à des actions très concrètes : mieux expliquer le rôle du mandat, diffuser une information simple sur les échéances et les modalités de vote, aller au contact des Français dans toute la circonscription, utiliser des formats accessibles, ce que j’ai déjà commencé à faire.
Et surtout montrer, par le bilan, qu’un élu consulaire peut être réellement utile. À mes yeux, la meilleure manière de lutter contre l’abstention, c’est encore de redonner du sens et de la crédibilité à cette fonction.
Je pense que c’est un mélange des trois, mais avec une racine commune : beaucoup de Français ne voient pas clairement à quoi sert cette élection. Il y a un problème d’information, bien sûr. Il y a aussi un problème de confiance. Et parfois, il y a du désintérêt, mais ce désintérêt est souvent la conséquence d’un mandat mal connu, mal expliqué, ou insuffisamment incarné.
« À mes yeux, la meilleure manière de lutter contre l’abstention, c’est encore de redonner du sens et de la crédibilité à cette fonction. »
Élise Leger, tête de liste Proximité, solidarité, actions pour la circonscription Australie, Fidji Papouasie-Nelle Guinée.
On ne peut pas demander aux électeurs de se mobiliser pour une fonction dont l’utilité ne leur apparaît pas clairement. La participation monte quand les gens comprennent le rôle de l’élu, voient ce qu’il fait réellement, et sentent que leur vote peut avoir un effet concret dans leur vie quotidienne.
Pour changer cela, il faut d’abord mieux expliquer : le rôle, les échéances, les modalités de vote. Mais il faut surtout redonner de la crédibilité au mandat lui-même. À mes yeux, la meilleure lutte contre l’abstention reste encore un élu visible, utile, constant, qui travaille toute l’année et pas seulement au moment des élections. C’est parce que j’ai cette conception exigeante du mandat que je pense pouvoir contribuer à recréer de la confiance. » * Liste “Proximité, solidarité, actions” – Liste indépendante.
Pour les élections consulaires concernant les Français de la circonscription Australie, Fidji, Papouasie-Nouvelle-Guinée, 5 Conseillers des Français de l’étranger et 1 délégué consulaire sont à élire. Le scrutin se tiendra du 22 au 27 mai (12h heure de Paris) par Internet et le 31 mai à l’urne.
6 listes ont été déposées : (par ordre du tirage au sort, cliquez ici )
- Proximité, solidarité, actions – Liste indépendante / Élise Léger
- ASFE – Défendre et accompagner les Français d’Australie, PNG et Fidji / Valérie Villière
- Élan citoyen – Solidaire. Indépendants / Serge Thomann
- Ensemble, Citoyens et Solidaires ! Liste soutenue par Français du Monde et les Écologistes – Europe Écologie Les verts / Jean-Philippe Grange
- Agir ensemble pour les Français d’Australie, des Fidji et de Papouasie -Nouvelle-Guinée / Charly Strasbach
- Team Français d’Australie – Fidji – PNG / Sébastien Vallerie
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Catya Martin a eu plusieurs vies. Après une carrière dans le groupe Dassault, elle s'envole avec sa famille pour Hong-Kong où elle se pique pour le journalisme et l'expatriation. Elle y crée Trait d'Union et est élue Conseillère consulaire en 2014 et 2021. Elle a créé aussi La French Radio Hong-Kong, partenaire du site Lesfrancais.press






















