Sur le papier, le budget consacré aux Français de l’étranger progresserait dans la loi de finances 2027. Dans les faits, toute la hausse serait en réalité absorbée par l’organisation des élections de 2027. Réseau diplomatique, aides sociales, soutien aux associations, Caisse des Français de l’étranger, French Tech : les parlementaires des Français de l’étranger interrogés par Lesfrancais.press détaillent ce que le projet de loi de finances 2027 changerait concrètement, et ce qu’il laisse de côté.
Une hausse du budget en trompe-l’œil ?
« Une phrase suffit à résumer leur budget » pour Jean-Luc Ruelle, sénateur ASFE rattaché au groupe LR, la lecture du programme 151, consacré aux Français de l’étranger et aux affaires consulaires, ne laisse guère de place au doute. Le budget « augmente de 9 % en affichage, mais le document du gouvernement reconnaît lui-même que toute la hausse part dans l’organisation des élections de 2027 ». Hors scrutins, poursuit-il, « il recule de 1,6 million d’euros avant de retomber de près de 12 % en 2028 » !
Le constat est partagé au-delà des clivages. Nathalie Coggia, députée Renaissance de la 5e circonscription des Français établis hors de France, chiffre la progression du programme 151 : d’environ 152,5 à 166,7 millions d’euros. « Cette hausse s’explique surtout par l’organisation des élections de 2027, et non par de nouveaux moyens pour les services aux Français de l’étranger », indique-t-elle.
Karim Ben Cheïkh, député Génération.s de la 9e circonscription, va plus loin. Cette hausse « masque une baisse des moyens consacrés aux démarches quotidiennes et à l’accompagnement des Français en difficulté ». Il redoute que l’administration doive faire « des choix problématiques, notamment concernant le handicap, le minimum vieillesse, les AESH et les bourses scolaires ».
« le document du gouvernement reconnaît lui-même que toute la hausse part dans l’organisation des élections de 2027.»
Jean-Luc Ruelle, sénateur ASFE des Français de l’étranger rattaché au groupe LR
Yan Chantrel, sénateur socialiste, élargit la focale à l’ensemble des crédits de l’action extérieure. Il parle d’une hausse « en trompe-l’œil » : « seulement 0,29 %, alors que l’inflation est à 1,7 % ». Après les coupes des dernières années, « ce budget diminue en réalité au regard de l’inflation ». Il relève aussi un schéma d’emplois prévoyant la perte de 38 équivalents temps plein.
Aides sociales et associations : la solidarité sous tension
Sur le volet social, les élus de gauche sont les plus sévères. Karim Ben Cheïkh rappelle qu’en 2025, « les taux de base des minima sociaux ont été uniformément abaissés pour des raisons budgétaires ». « Je suis choqué qu’un gouvernement se permette, pour les Français de l’étranger, de réduire aussi drastiquement les dépenses sociales sans tenir compte des besoins réels », déclare-t-il. En commission des finances de l’Assemblée nationale, il a obtenu 840 000 euros pour rétablir les aides sociales à leur niveau de 2024, « un minimum, qui devra encore être confirmé en séance publique ».

Les crédits des organismes locaux d’entraide et de solidarité (OLES) stagnent à 1,4 million d’euros. Le dispositif de soutien au tissu associatif des Français de l’étranger (STAFE) passe de 1,6 à 1,44 million d’euros, soit une baisse de 10 %. L’amendement de Karim Ben Cheïkh visant à le rétablir à 2 millions d’euros, son niveau de 2024, a été rejeté. De son côté, Yan Chantrel nuance la lecture de cette baisse de 160 000 euros : elle s’est réalisée au bénéfice des aides sociales, « à coût constant ». Une pratique qui n’est pas nouvelle, selon lui, puisque les reliquats du STAFE étaient en général déjà reversés à l’aide sociale. Mais pour le sénateur, le fond du problème demeure : les aides sociales « n’augmentent pas ».
La Caisse des Français de l’étranger, chantier en suspens
Jean-Luc Ruelle fait de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) l’un de ses deux chantiers prioritaires, avec l’AEFE. Une réforme qu’il défend « depuis longtemps » et qui devient, selon lui, « urgente ». Un rapport des inspections générales a documenté dès juin 2025 la dégradation de la situation financière de la Caisse, « et rien n’a suivi ».
« Je refuse que nos compatriotes les plus fragiles servent de variable d’ajustement budgétaire.»
Karim Ben Cheïkh, député Generation.s des Français de l’étranger
Le budget 2027 reconduit à l’identique le concours de l’État à la catégorie aidée : 380 000 euros pour 3 557 bénéficiaires, soit « une fraction du coût réel que la Caisse porte sur ses fonds propres ». « On ne peut pas demander à une caisse de sécurité sociale d’assurer seule une mission de solidarité nationale », tranche le sénateur. À suivre…
Réseau diplomatique : une baisse réelle ou comptable ?
Sur le réseau diplomatique, les chiffres font débat. Karim Ben Cheïkh relève que ses crédits baissent de 7,7 % en crédits de paiement, de 783,9 à 723,5 millions d’euros, « à l’encontre des recommandations parlementaires ». « Nos ambassades et consulats sont pourtant en première ligne pour protéger nos compatriotes. Dans un monde moins sûr, renforcer notre outil diplomatique est indispensable. C’est un enjeu de souveraineté. »

Jean-Luc Ruelle, co-rapporteur pour avis du programme 105, action de la France en Europe et dans le monde, au Sénat (avec Édouard Courtial), apporte une lecture technique. Le programme est stable à 2,68 milliards d’euros, « mais cela ne veut pas dire qu’il est adapté ». Surtout, le budget est devenu selon lui « difficile à contrôler » : « Plus de 100 millions d’euros de masse salariale changent de ligne sans qu’un agent ait changé de poste et sans explication, au point qu’on constate une baisse de 8 % du réseau diplomatique là où ses moyens réels augmentent. » Il rappelle que la commission des Finances a mis en évidence en juillet un écart de 158 millions d’euros entre le chiffrage du ministère et celui de Bercy sur le coût du réseau.
« Notre réseau consulaire a démontré ces dernières années qu’il pouvait être un véritable laboratoire de modernisation de l’action publique. »
Amélia Lakrafi, députée des Français de l’étranger
Le sénateur s’inquiète aussi des effectifs. Sur les 700 créations de postes annoncées en mars 2023, « nous sommes à moins de la moitié du chemin et le schéma d’emplois devient négatif », après la perte de près de 2 900 postes depuis 2006. La coupe porte entièrement sur l’administration centrale, « c’est-à-dire sur l’endroit où se conçoit la stratégie et d’où se pilotent les crises ».
La diplomatie d’influence épargnée
Le programme 185, consacré à la diplomatie culturelle et d’influence et qui porte la subvention de l’AEFE, reste stable à un peu plus de 600 millions d’euros, selon Nathalie Coggia. Frédéric Petit, député MoDem de la 7ème circonscription des Français de l’étranger, y voit une forme de réussite. Près de dix ans après sa première nomination comme rapporteur pour avis de ce programme, il constate que, « dans un contexte budgétaire toujours contraint, les montants alloués sont stabilisés, y compris avec des augmentations de postes ».
« Ce serait la fin du soutien de l’État aux communautés French Tech, en France comme à l’étranger.»
Nathalie Coggia, députée Renaissance des Français de l’étranger
Il appelle ainsi à concentrer les moyens « sur les actions les plus efficaces » : enseignement français à l’étranger, coopération universitaire et scientifique, coopération culturelle et économique des sociétés civiles. Le tout « sous la bonne coordination de nos ambassadeurs, qui doivent être les chefs d’orchestre de la présence française à l’étranger ».
Amélia Lakrafi, députée apparentée Ensemble Pour la République » de la 10ème circonscription, reconnaît que les efforts demandés au Quai d’Orsay « suscitent des inquiétudes légitimes ». Mais elle croit « dans la capacité de cette administration à faire preuve d’agilité et d’innovation pour gagner en efficacité ». « Notre réseau consulaire a démontré ces dernières années qu’il pouvait être un véritable laboratoire de modernisation de l’action publique », estime-t-elle.
French Tech : vers la fin du soutien de l’État ?
Dernier point d’alerte, soulevé par Nathalie Coggia : les crédits de la Mission French Tech passeraient de 6,8 à 1,8 million d’euros. « Ce serait la fin du soutien de l’État aux communautés French Tech, en France comme à l’étranger. »
« Nos ambassadeurs doivent être les chefs d’orchestre de la présence française à l’étranger »
Frédéric Petit, député MoDem des Français de l’étranger
Elle a cosigné l’amendement de Vincent Caure pour rétablir ces crédits. En Espagne et au Portugal, ces communautés « reposent sur des entrepreneurs bénévoles qui ouvrent des portes à nos start-up ». « Avec très peu de moyens, ils obtiennent des résultats concrets, et des projets sont déjà fragilisés faute de visibilité sur les financements » explique-t-elle.
Les chiffres clés du PLF 2027 pour les Français de l’étranger
| Poste | Évolution | Source citée |
| Programme 151 (Français de l’étranger, consulaire) | 152,5 → 166,7 M€ (+9 %), hausse liée aux élections | Coggia, Ruelle, Ben Cheïkh |
| Programme 151 hors scrutins | −1,6 M€ ; près de −12 % prévu en 2028 | Ruelle |
| Programme 105 (action de la France en Europe et dans le monde) | Stable à 2,68 Md€ | Ruelle |
| Réseau diplomatique (crédits de paiement) | 783,9 → 723,5 M€ (−7,7 %) | Ben Cheïkh |
| Programme 185 (diplomatie culturelle et d’influence) | Stable, un peu plus de 600 M€ | Coggia, Petit |
| STAFE | 1,6 → 1,44 M€ (−10 %) | Ben Cheïkh, Chantrel |
| OLES | Stable à 1,4 M€ | Ben Cheïkh |
| CFE, catégorie aidée | 380 000 € pour 3 557 bénéficiaires, reconduit | Ruelle |
| Mission French Tech | 6,8 → 1,8 M€ | Coggia |
| Schéma d’emplois | −38 ETP | Chantrel |
Un budget qui protège l’essentiel, sans préparer l’avenir ?
Pour Jean-Luc Ruelle, le texte « protège l’essentiel, la sécurité de nos emprises, la gestion de crise, la riposte informationnelle ». « Mais il ne prépare pas l’avenir à l’heure où notre influence est contestée partout. Le minimum ne suffit plus. » Il anticipe la critique : « On me répondra peut-être que c’est un discours décliniste. Chaque chiffre que je viens de citer est réel. Ce n’est pas un récit, c’est une addition. »
Karim Ben Cheïkh conclut sur un choix politique : « Faire des économies sur les aides aux Français de l’étranger n’est pas une fatalité. Je refuse que nos compatriotes les plus fragiles servent de variable d’ajustement budgétaire. »







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