Les associations d’expatriés peuvent candidater avec un projet précis chaque année à un dispositif d’accompagnement mis en place par le gouvernement, le fameux STAFE. Cette possibilité vient remplacer depuis 2017 les fonds distribués par les parlementaires via une « enveloppe budgétaire » dont la finalité était laissée à leur discrétion.
Une sélection locale et nationale
Pour participer, les associations d’expatriés devaient remettre un dossier auprès de leur consulat. Une fois remis à l’administration, c’est un long parcours qui commence avec plusieurs filtres de sélection. Le premier, c’est le Conseil consulaire, réunissant les élus locaux, qui statue sur la pertinence du projet et sa recevabilité.
Une fois cet échelon passé, le dossier prend la direction de la direction de l’administration consulaire et des Français de l’étranger. A Paris, la conformité des éléments fournis sont vérifiés. Si c’est le cas, les projets retenus sont présentés à une commission nationale réunissant les représentants des élus consulaires, à travers les conseillers de l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE), et des cadres de l’administration. La commission peut être présidé par le Ministre en charge des Français établis hors de France, comme ce fut le cas cette année avec Jean-Baptiste Lemoyne.
Depuis 2018 et l’invention du STAFE, les commissions passaient et se ressemblaient. Le résultat, une forte proportion des fonds alloués par l’Etat (près de 2 millions d’euros/an) étaient attribués aux projets des agences et autres organes issus de l’administration. Lycées, Alliances françaises, Instituts français étaient les grands gagnants des commissions. Une situation que regrettait déjà en 2021, l’actuelle présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger.
Cette année, les nouveaux élus consulaires et de l’Assemblée des Français de l’étranger ont décidé de reprendre la main. Après une première commission, le 11 mars, qui a vu le schéma des autres années se reproduire, avec plus de 110 projets issus d’associations d’expatriés rejetés, et 60% de l’enveloppe attribués aux organismes proches des associations.
Profitant de la présence de Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’Etat aux Français établis hors de France, lors de la séance inaugurale de la 36ème session de l’Assemblée des Français de l’étranger, les élus sont montés au créneau. Fait peu courant, c’est le représentant de la majorité présidentielle, Thierry Masson, qui invectiva le ministre. Et ca a marché ! Peut-être que la proximité des élections nationales a favorisé un dénouement positif.
Des critères qui méritent plus de transparence
Revenant sur la commission du 11 mars, Jean-Baptiste Lemoyne a convoqué dès le 16 mars une nouvelle commission qui a permis d’équilibrer la répartition des fonds entre les projets et de s’assurer d’une diversité des acteurs financés. Pendant cette réunion, les élus ont aussi demandé à ce que des dispositions soient prises afin d’assurer une transparence et une meilleure compréhension du dispositif.
En effet, le résultat de la commission du 11 mars fut justifié par l’administration par l’application de critères, dont elle est la seule à connaitre les tenants et les aboutissants. Désormais, lors de la publication de l’appel à candidatures, sera jointe la liste exhaustive et détaillée des critères administratifs, financiers et statutaires.
Une transparence qui prend racine à l’AFE
La nouvelle présidente de l’Assemblée des Français de l’étranger, Hélène Degryse (élue aux Pays-Bas comme indépendante et élue à la tête de l’AFE avec les voix de LREM), a salué ces résultats dans un post du 02 avril sur Facebook. Et elle a inauguré cette nouvelle ère de la transparence en publiant le tableau détaillé des associations et des projets retenus dans le cadre du STAFE 2022 sur le site de l’AFE.
Et force est de constater que si les organismes parapublics sont encore nombreux parmi les lauréats, comme les Chambres de Commerce (pourtant des sociétés commerciales) ou les Alliances françaises, qu’un net effort a été fait pour porter assistance aux associations des Français de l’étranger pour la réalisation de leurs projets.
Et les associations d’expatriés ont plein d’idées, du festival de la pâtisserie en Argentine, une chasse aux trésors du savoir-faire à New-York ou encore des podcasts culturels au Mexique. Vous pouvez découvrir tous les projets retenus en consultant ou téléchargeant le fichier ci-dessous.
Le professeur Thomas Römer, titulaire de la chaire des Milieux bibliques au Collège de France, est aussi l’administrateur de l’institution. Avec TV5MONDEplus, vous pouvez désormais découvrir des leçons inaugurales des prestigieux professeurs de l’établissement. Mathématique, biologie, physique, histoire, il y en a pour tous les goûts ! Nous l’avons rencontré dans l’écrin du Collège de France au cœur de Paris.
Thomas Römer, un expatrié en France
Né en décembre 1955 à Mannheim (Allemagne), Thomas Römer a commencé sa carrière comme assistant de recherche en Ancien Testament à la faculté de théologie de l’Université de Genève, chargé de l’enseignement de l’hébreu biblique et de l’ougaritique (1984-1989). Il y a obtenu le titre de docteur en théologie, spécialisé en philologie biblique (1988). Thomas Römer a ensuite été nommé maître d’enseignement et de recherche (1989-1991,) puis professeur adjoint de philologie biblique et d’exégèse biblique à l’Université de Genève (1991-1993).
Thomas Römer devint en 1993 professeur ordinaire de Bible hébraïque à la faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Lausanne, dont il a été le doyen de 1999 à 2003. Il a été professeur invité dans les facultés de théologie de Montpellier, Neuchâtel, Paris, Zurich, Mexico ainsi qu’au centre d’études théologiques et sociales de Managua, et directeur d’études invité à l’École pratique des hautes études (Ve section) en 1999-2000. Depuis 2007, Thomas Römer est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Milieux bibliques. Il a prononcé sa leçon inaugurale « Les Cornes de Moïse. Faire entrer la Bible dans l’histoire » le 5 février 2009.
Les travaux de recherche de Thomas Römer portent sur la naissance de la Bible dans le contexte du monde antique. Dans une perspective d’histoire des religions, son approche se caractérise par une analyse philologique et littéraire des textes, en dialogue avec l’histoire et l’archéologie du Proche-Orient ancien. Cette approche permet de faire ressortir la fonction des textes dans leurs milieux d’origine, répondant tout à la fois à des problématiques qui sont identitaires, culturelles, sociales ou politiques. C’est ainsi qu’il a pu proposer de nouvelles synthèses historiques, notamment sur la formation du Pentateuque, de l’historiographie biblique, ou encore sur les origines du dieu et de ses cultes dans les anciens royaumes d’Israël et de Juda.
Thomas Römer est l’auteur de plus de trois cent cinquante publications scientifiques : articles, ouvrages savants, éditions… parmi lesquels on peut distinguer La première histoire d’Israël : L’École deutéronomiste à l’œuvre (Labor et Fides, 2007), L’invention de Dieu (Seuil, 2014) ou encore Aux origines de la Torah : nouvelles rencontres, nouvelles perspectives (Bayard, 2019) en collaboration pour ce dernier ouvrage avec Israël Finkelstein. Il a également contribué à la diffusion de ses recherches auprès du grand public, par la publication de livres comme La Bible, quelles histoires ! (Bayard, 2014) ou Les 100 mots de la Bible (Que sais-je, PUF, 2016).
En 2019, il est élu par ses pairs comme administrateur du Collège de France à Paris.
Disponible gratuitement dans 194 pays à travers le monde sur internet et via une application pour téléphones mobiles et tablettes, TV5MONDEplus a vocation à promouvoir la richesse des contenus audiovisuels francophone : films, séries, documentaires… produits par les chaînes partenaires de TV5 (France Télévisions, Radio-Canada, Télé-Québec, TV5 Québec Canada, Radiotélévision suisse romande, Radiotélévision belge francophone). On y trouve également des coproductions africaines et des programmes produits par de grands partenaires culturels et scientifiques.
Institution unique, le Collège de France dispense des cours accessibles à tous, gratuitement à Paris ou sur internet. Il enseigne « le savoir en train de se constituer dans tous les domaines des lettres, des sciences ou des arts ». Naturellement, le Collège de France est, ainsi, devenu le premier partenaire hors média de TV5MONDEplus, la plateforme francophone mondiale de vidéos à la demande, 100% gratuite. L’institution met donc à disposition certaines de ses leçons inaugurales. Disponibles en 5 langues de sous-titrage (français, anglais, espagnol, arabe et, pour certaines, allemand), c’est plus de 60 leçons inaugurales qui sont offertes au public.
En une heure, un prestigieux universitaire vous fait découvrir sa matière. Ainsi les plus brillants des chercheurs français et étrangers partagent avec les élèves et les téléspectateurs l’essence de leurs recherches. Merci TV5MONDEPlus !
Le roman de Cédric Gras, « Anthracite », a été publié en 2016. Il y a 6 ans, la guerre ravageait déjà le Donbas mais se limitait aux marges orientales de l’Ukraine, dans une région où les tendances séparatistes des uns se heurtaient à la fougue souverainiste des autres. Il est toujours possible de le commander en ligne.
L’oeuvre de Cédric Gras entre récits de voyage et regard cultivé sur l’Est et la Russie.
Ce roman, six ans après sa première parution, est hélas encore d’actualité. C’est le témoignage de fiction d’un homme qui, en géographe et amoureux de la langue française, a œuvré in situ, en Ukraine, à Donetsk puis à Odessa pour diffuser notre culture et aller à la rencontre de ces russophones du Donbas qui sont aujourd’hui présentés comme la source et le prétexte du conflit déclenché par Vladimir Poutine. Cédric Gras nommé directeur d’Alliance française par le Quai d’Orsay pour fonder l’Alliance française de Donetsk reviendra de ces quatre ans sur place parfaitement russophone : un atout maître pour mieux comprendre le pays et la région où la diplomatie française l’a affecté et où la guerre l’obligera à cesser ses activités de coopérant.
Gras a une attirance charnelle et spirituelle pour tout ce qui se passe à l’est du Dniepr, lui qui compose depuis une bonne dizaine d’années l’oeuvre d’un témoin immergé dans cette réalité de l’Est des plaines et grands espaces. De ses récits de voyage orientaux on peut citer « Le Nord, c’est l’Est : aux confins de la fédération de Russie » (2013), « L’hiver aux trousses » (2016) ou « Kaliningrad : la petite Russie d’Europe » (2020). Ce regard d’amoureux des steppes lui a valu d’être rangé dans la catégorie un peu fourre-tout, des « écrivains voyageurs ». Certes il écrit et parcourt la Russie des villes et des plaines mais il n’hésite pas non plus à se lancer à l’assaut de ses sommets vertigineux, en amateur d’alpinisme. Le livre « Alpinistes de Staline » (2020) témoigne de cette aptitude à naviguer sous toutes les altitudes. Certes, Gras est aussi le compagnon de route d’un autre fou de liberté et d’exploration, le cabossé et médiatique Sylvain Tesson. Avec lui il a parcouru la route des soldats de Napoléon dans « Bérézina », leur commune épopée en side-car, mais on devine une personnalité moins exubérante et plus taiseuse du géographe de formation qui est mieux qu’un simple second de cordée.
Cédric Gras vaut d’ailleurs beaucoup mieux que cette image d’aventurier beau gosse à la plume alerte ou de routard à l’élégante barbe de trois jours. On sent chez le bonhomme, à travers les mots qu’il nous livre dans cet interview, un homme direct qui n’hésite pas à prendre le contrepied de la doxa du jour s’il estime que la vérité est en jeu. Un homme fonctionnant au temps long, à la réflexion fertile qui germe lentement après une journée de marche, un gars courageux que l’alpinisme a rendu droit comme un piton d’acier.
Anthracite, un roman qui plonge ses racines au coeur du conflit dans le Donbas.
Dans Anthracite, Gras explore tout simplement l’Histoire et la Géographie, matières fondamentales de l’écrivain. Il part fureter dans les racines du conflit qui date de 2014 mais puise sa source dans des données géologiques antérieures : il explique la richesse immense du sous-sol de cette région de l’est de l’Ukraine qui fut pendant longtemps le principal gisement de carbone du pays sous l’union soviétique. La gloire du Donbas signera aussi sa perte quand, après l’écroulement de l’Union Soviétique et le rachat de la région par des oligarques peu scrupuleux, les mineurs licenciés ou réduits à la sous-activité seront renvoyés aux rebuts de l’Histoire qui avancera dès lors sans eux après les avoir célébrés. Ce roman est le road-movie de deux Ukrainiens pris sous les bombes que leurs positions politiques opposent mais qui n’entameront jamais leur amitié à cause de ce qu’ils perçoivent de folie pure et de ridicule dans ce conflit.
« Anthracite » est à conseiller à tous ceux qui veulent comprendre l’Ukraine sans juger hâtivement les uns ou les autres, à tous ceux qui voudront lire les mots d’un parfait conteur de l’Est pourtant natif de la région parisienne.
Cédric Gras, écrivain-éveilleur qui vous emmène en voyage malgré la guerre. Rencontre !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Cédric Gras, vous êtes considéré comme un écrivain voyageur reconnu. Vos récits sont situés en Eurasie dont vous êtes devenu, par les voyages et l’étude – vous êtes géographe de formation – un spécialiste. Aujourd’hui ce sont vos souvenirs de dirigeant d’Alliance française que je souhaite mobiliser : vous avez fondé l’Alliance française de Donetsk dans le Donbass en 2010 et passé au total 5 ans en Ukraine. Quelle était alors la perception de la langue française et de la France dans cette région russophone qui allait bientôt connaître la guerre déclenchée en 2014 ?
Cédric Gras :La langue française a toujours été très mise en avant dans les pays ex-soviétiques. Depuis la chute de l’Urss, elle revient à la place réelle qu’elle occupe dans le monde d’aujourd’hui, secondaire. Au-delà de la langue, la France bénéficie d’un a priori sympathique fondé en partie sur des clichés plus ou moins datés. La guerre ne remet pas vraiment en question ces perceptions je pense !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Vous évoquez dans votre roman « Anthracite », sortie en 2016 et qui est consacré au premier conflit en Ukraine, la ligne de partage entre russophiles et ukrainophiles, entre les nostalgiques de l’URSS qui se situent à l’est et les pro-occidentaux fascinés par l’Ouest, qui divise l’Ukraine post Maidan.
L’affrontement était-il programmé par une logique géopolitique faisant de ce pays né en 1991 une zone aux influences contraires coincée entre deux grandes entités – la Russie et l’Europe ?
Cédric Gras : C’était quand même difficile à prédire… Des dissensions au sein d’un pays, c’est une chose. De là à voir une guerre de cette ampleur… Par ailleurs la césure n’est pas si simple. Le Sud est aussi très russophone ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui de se sentir en majorité ukrainien. Les identités ont connu une grande dynamique depuis 2014. La question ne se posait pas forcément avant, l’Ukraine était l’héritière de la république socialiste soviétique d’Ukraine et ça ne changeait pas grand-chose dans l’immédiat. Maïdan et la sécession du Donbass ont rebattu les cartes, chacun s’est mis à réfléchir, changer d’avis peut-être.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Les deux personnages du roman, un chef d’orchestre et un mineur, incarnent à la fois des options politiques différentes – l’un est plutôt russophile l’autre partisan de l’Ukraine indépendante. Mais tous deux sont sans fanatisme, capables d’ailleurs de masquer leurs convictions ou d’en changer au hasard des rencontres. Ils portent un regard ironique et moqueur sur le conflit qu’ils essaient de fuir. Ces personnages sont-ils vos doubles de fiction ? Avec un regard distancié sur un conflit parfois grotesque – le portrait que vous faites de certains groupes armés cosaques ou séparatistes est cocasse…
Cédric Gras : Ces deux héros sont faits chacun de plusieurs personnes que j’ai pu rencontrer. Je me suis amusé aussi à travers eux à confronter les idées que j’entendais et qui évidemment m’influençaient dans un sens puis l’autre. Je suis un observateur de ce monde, j’écris, je tente de raconter. J’avais à cœur de donner la parole à tous les acteurs dans ce roman et je voulais aussi pointer l’absurde de cette situation.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Anthracite est un roman d’hommes. Les femmes sont le prétexte du road trip opéré par les personnages qui, pour l’un, recherche son épouse en même temps que son amante, mais les personnages féminins sont en arrière plan. Ce choix narratif est-il lié au contexte de guerre que vous décrivez ou est-il le reflet de la camaraderie virile et sportive que vous avez vous même expérimentée à travers l’épopée de 4000 km en side-car aux côtés de Sylvain Tesson (racontée dans « Berezina ») ou dans votre expérience de l’alpinisme ?
Cédric Gras : J’ai écrit un recueil de nouvelles intitulé Le cœur et les confins. Il s’agit d’histoires d’amour et de voyage. Tous les protagonistes ou presque y sont masculins et quelques lectrices m’en ont fait le reproche. Je proteste vivement ! Je ne suis pas capable de me mettre à la place d’une femme, d’imaginer ce qui lui traverse l’esprit. J’étais plus à l’aise avec ces deux-là !
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Quelle est la vocation dans votre esprit d’un roman comme Anthracite ? Il a une dimension historique et géopolitique éducative pour un lecteur français alors peu habitué à entendre parler du Donbass. Croyez-vous que la littérature ait une fonction de transmission et ce roman a-t-il une dimension engagée en posant comme un possible brûlot contre la guerre et ses absurdités ?
Cédric Gras : Ce livre se retrouve aujourd’hui d’une certaine actualité parce que la littérature, c’est le temps long, contrairement au journalisme. La France semble découvrir le Donbass alors qu’on en a parlé déjà beaucoup en 2014. A la sortie d’Anthracite, je me souviens qu’on m’avait reproché un contexte complexe. Aujourd’hui j’imagine que le lecteur a malheureusement plus de repères… Moi je l’avais écrit comme une catharsis. Ce conflit entre deux pays dans lesquels j’ai résidé m’a, comme beaucoup, désespéré. Et voilà que ça recommence.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Vous êtes plus familier du récit et de l’essai que de la fiction. Votre dernière publication – Les alpinistes de Staline – a d’ailleurs été saluée par le prix Albert Londres. Pourquoi cet attrait moindre, en tout cas en apparence, pour la fiction ?
Cédric Gras : Je m’essaie progressivement à tous les genres et styles. Le dernier est une enquête qui m’a passionné. J’ai refusé d’en faire un roman pour rester au plus près de la vérité car l’histoire se suffit à elle-même. Elle est incroyable ! Je considère la fiction comme le genre suprême (juste après la poésie). Mais c’est aussi l’occasion de formidables ratages. J’y vais prudemment. Chaque chose en son temps.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Avoir sillonné une partie de la Russie et être un voyageur qui parle russe et connaît le peuple russe amène-t-il face au conflit actuel à une forme de compréhension et d’empathie vis à vis des choix faits par Poutine et soutenus par une partie du peuple russe ?
Cédric Gras : Aucune empathie pour la guerre, non. Et elle balaie toutes les nuances qui pouvaient effectivement exister. C’était la pire des décisions. En revanche j’ai de l’empathie pour le peuple russe qui va souffrir dans la durée des sanctions, des privations de liberté, d’une réputation exécrable, etc. Il est très difficile d’apprécier la part de la population soutenant ce conflit.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Les femmes et les hommes de culture, dont vous êtes, ont-ils une responsabilité politique pour s’exprimer sur un conflit qui puise justement ses racines dans l’histoire, dans la géographie et la géologie d’un territoire ? Les medias sont parfois adeptes du raccourci.
Cédric Gras : C’est pour cela qu’on écrit des livres… que personne ne lit ou presque ! Il n’y a pas que les médias à blâmer. Les gens sont eux-mêmes coupables. Cela dit, tout un chacun ne peut pas consacrer à chaque problème du monde des journées entières. Voilà pourquoi il faut synthétiser au mieux parfois. Et puis il y a les livres pour approfondir. Quant à la responsabilité, je suis partagé. Je n’aime pas trop cette injonction à prendre position publiquement. Il n’y a de toute manière pas assez de place pour tout le monde dans les tribunes des journaux.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Envisagez-vous, malgré la guerre, de retourner en Asie Centrale ?
Cédric Gras : Bien sûr ! Elle ne fait pas la guerre que je sache ! Plusieurs pays d’Asie centrale ont pris des distances avec ce conflit dont leurs économies vont souffrir par le biais des sanctions occidentales.
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Que pensez-vous des sanctions qui touchent certains sportifs ou certains hommes de culture juges proches de Poutine ?
Cédric Gras : Les sanctions individuelles ne font que renforcer la fidélité à un régime duquel on dépend d’autant plus…
Boris Faure pour Lesfrancais.press : Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui comme nouveau livre ?
Cédric Gras : Je travaille aujourd’hui sur la Chine… Je sais, c’est vaste ! Mais vous en saurez plus prochainement !
Le président tunisien Kaïs Saïed a annoncé mercredi la dissolution du Parlement huit mois après l’avoir suspendu pour s’arroger les pleins pouvoirs en juillet 2021, faisant vaciller l’expérience démocratique dans le pays berceau du Printemps arabe.
Kaïs Saied a fait cette annonce lors d’une réunion du « Conseil de sécurité nationale » qu’il a présidée, quelques heures après que des députés ont bravé la suspension du Parlement en organisant une séance virtuelle, au cours de laquelle ils ont voté pour annuler les mesures exceptionnelles décidées depuis par le président.
« J’annonce aujourd’hui en ce moment historique la dissolution de l’Assemblée des représentants du peuple pour préserver l’Etat et ses institutions et pour préserver le peuple tunisien« , a déclaré le président dans une vidéo diffusée par la présidence.
Séance virtuelle de l’assemblée nationale tunisienne
Après des mois de blocage politique, Kaïs Saïed, élu fin 2019, s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet en limogeant le Premier ministre et en suspendant le Parlement dominé par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, sa bête noire.
120 députés tunisiens ont bravé mercredi 30 mars la suspension du Parlement en organisant une séance virtuelle au cours de laquelle ils ont voté pour annuler ces mesures exceptionnelles.
A l’appel du Bureau de l’Assemblée des représentants du peuple, une instance qui regroupe la présidence du Parlement et des représentants des partis y siégeant, 120 députés (sur un total de 217) ont participé à cette plénière en ligne, présidée par Tarek Fertiti, vice-président du Parlement, un indépendant.
116 députés ont voté en faveur d’un projet de loi visant à annuler les mesures exceptionnelles prises par Kaïs Saied, qui bloquent, selon eux, le processus démocratique et instaurent le pouvoir d’un seul homme dans le pays berceau du Printemps arabe.
Appel à de nouvelles élections
Les députés, dont des élus d’Ennahdha et des indépendants, ont appelé en outre à l’organisation d’élections législatives et présidentielle anticipées pour sortir de la crise politique et socio-économique.
Dans son allocution annonçant la dissolution du Parlement, le président tunisien a qualifié la réunion des députés de « tentative de coup d’Etat, qui a échoué« . Il a accusé les participants de « comploter contre la sécurité de l’Etat » et demandé à la ministre d’engager des poursuites à leur encontre. « Nos forces de sécurité militaires et civiles feront face selon la loi à tout recours à la violence« , a-t-il averti.
Après avoir suspendu le Parlement et limogé le gouvernement, Kaïs Saïed a dissous en février le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), une mesure qualifiée de nouvelle dérive autoritaire par ses détracteurs et qui a suscité des inquiétudes pour l’indépendance de la justice.
Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF (regroupement des dirigeants et actionnaires français),était à Tunis le 29 mars pour signer un accord avec 23 organisations patronales issues de pays francophones, créant L’Alliance des patronats francophones. La cérémonie s’est tenue en Tunisie à l’invitation de l’UTICA, le pendant tunisien du syndicat des patrons français.
Un environnement économique qui a de l’avenir
Le monde francophone peut être estimé à 524 millions d’individus au 1er janvier 2021, «soit une hausse de près de 2,3 % sur un an (512,3 millions début 2020), et une population désormais supérieure à celle de l’ensemble constitué par l’Union européenne et le Royaume-Uni (515,8 millions)», note le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF). Cette estimation ne tient compte «que des pays et territoires réellement francophones», insiste le CERMF. Soit l’espace géographique dans lequel la population est en contact quotidien avec la langue française, et où l’on peut donc « vivre en français ».
Tandis que selon l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF) de Laval (Canada), en 2050, plus de 70 % des Francophones seront africains et l’Afrique comptera plus de 90 % des jeunes francophones de 15-29 ans. C’est donc un immense marché qui est en train de se créer en français.
Cependant, force est de constater un certain manque d’intérêt de la France pour l’Afrique francophone, qui n’a représenté que 3,6 % de son commerce extérieur en 2019 (dont 1 % pour la partie subsaharienne). Cette situation, qui résulte notamment de la faiblesse des investissements productifs réalisés dans ce vaste ensemble (à l’exception de la Tunisie et du Maroc), se manifeste particulièrement en République démocratique du Congo, pays stratégique qui n’est autre que le plus grand et le plus peuplé des pays francophones du monde, et où l’Hexagone brille par sa quasi-absence.
Et pourtant, les Francophones « pèsent et pèseront de plus en plus » dans l’économie mondiale comme nous le rappelle l’Organisation internationale de la Francophonie avec ces quelques chiffres :
16% de la population mondiale
16,5% du Revenu brut mondial
20% des échanges commerciaux se font entre pays francophones
Les atouts de la francophonie
Doté d’un droit des affaires ayant une base commune, d’une démographie dynamique, jeune et très bien formée, et des entreprises évoluant dans tous les secteurs d’activités économiques innovantes, compétitives et comptant de nombreux leaders mondiaux, l’espace économique francophone est très bien « armé » pour relever les défis du XXIème siècle.
“La richesse de la Francophonie viendra de la croissance des flux entre nos entreprises, plus d’échanges commerciaux, plus d’investissements croisés et plus de partenariats”
Samir Majoul, Président de l »UTICA
Le continent africain en particulier représente une opportunité, car c’est la zone géographique la plus dynamique de la francophonie en termes de démographie et de croissance. C’est incontestablement l’un des pivots avec la République du Congo et l’Algérie, qui sont, après la France, les deux pays qui comptent le plus de francophones et qui disposent tous deux d’énormes réserves minières ou d’hydrocarbures. Sans oublier pour autant les pays du sud-est asiatique, le Vietnam, le Cambodge et le Laos, qui s’éloignent aujourd’hui de la francophonie.
Plus récemment, on a vu l’émergence d’une monnaie virtuelle francophone, la paypite. Le rapport 2019 sur la langue française publié par l’OIF soulignait que « le commerce entre francophones dans le monde est freiné par de nombreuses barrières : coût élevé des transactions financières internationales (jusqu’à 20 % du montant envoyé), sous-bancarisation, fluctuation des monnaies… «
Le projet Paypite vise à lever ces barrières au commerce entre francophones pour simplifier et développer les échanges économiques, en promouvant l’usage d’une monnaie commune, la paypite, constituant un pas vers une Union économique francophone.
Une alliance des patrons pour favoriser la croissance
Le projet mené par les dirigeants des entreprises des pays francophones est donc une nouvelle brique pour construire une prospérité commune. Cette démarche s’inscrit dans la volonté du Président de la République, Emmanuel Macron, de créer une nouvelle relation avec l’Afrique qu’il a promue les 17 et 18 février à Bruxelles derniers lors d’un somment entre l’Union européenne et l’Union africaine.
Depuis la parution du rapport Attali sur La francophonie et la francophilie, moteurs de croissance durable, le concept de « francophonie économique » désigne à la fois la capacité à développer des affaires en français mais aussi à promouvoir une économie plus équitable, durable et inclusive afin de servir les populations et de contribuer au mieux-être commun. C’est le moteur des chefs des patrons qui étaient réunis à Tunis le 29 mars 2022.
Ensemble, ils ont crée 7 groupes de travail aux thèmes bien définis :
les infrastructures et grands projets,
la libre circulation des biens, des services
la libre circulation des personnes,
la transition écologique et la RSE,
le financement,
l’éco-investissement
la formation
Cette alliance regroupera au total 31 patronats francophones, traduisant la résolution de bâtir une francophonie économique concrète autour des entreprises.
L’alliance, dont la prochaine réunion est prévue à Abidjan en octobre prochain, en marge d’un sommet de l’Organisation international de la Francophonie, sera dotée d’une organisation permanente. Elle aura pour mission d’accélérer les flux d’affaires entre entreprises francophones, de coordonner l’action francophone des organisations professionnelles les plus représentatives de chacun des pays membres, d’établir des diagnostics partagés et d’être une force de proposition. Son secrétariat général a déjà été choisi, c’est le Maroc qui sera en charge de la gestion quotidienne et de préparer la prochaine rencontre sur son sol.
Si en France, certaines grandes figures du parti de droite gouvernementale, Les Républicains, n’ont pas joué le jeu de la candidature de Valérie Pécresse, hors de France, la fédération des Français de l’étranger, rassemblée autour de son président, le sénateur Ronan Le Gleut, s’est mobilisée. Ces dernières semaines, aux quatre coins du monde, les LR étaient en campagne.
Bruxelles, Lisbonne, Jérusalem, Londres, Lausanne, etc.
Si la Covid-19 a limité les actions lors de la première phase de la campagne électorale, du côté du parti Les Républicains on a rapidement intégré les levées de restrictions aux frontières françaises et dans les autres pays.
Les sections LR, sous l’impulsion du sénateur Ronan Le Gleut, ont donc organisé des réunions publiques dans différentes villes du monde et à défaut des conférences en ligne ont fleuri sur le web.
A Lisbonne, Madrid comme à Bruxelles, Lausanne ou à Londres, les militants ont répondu présent. Un peu plus de cent cinquante Français et Françaises de l’étranger se sont ainsi retrouvés dans chacune des ces villes autour du Président de la fédération et du responsable local, souvent le futur candidat soutenu par le parti pour les législatives. Sur le vieux continent, Michel Barnier s’est régulièrement joint à la délégation envoyée par la candidate Valérie Pécresse.
Réunion publique à Bruxelles le 12 mars 2021
A Jérusalem, aussi, on s’est mobilisé. Le soutien du seul député non affilié à la majorité présidentielle, Meyer Habib, a contribué au succès de ce déplacement. Il recevra sûrement la réciproque en juin 2022 alors que l’UDI, parti d’origine de M. Habib, a totalement disparu du paysage politique des expatriés. Eric Ciotti, l’adversaire à la primaire de la candidate à l’élection présidentielle, était aussi du voyage.
Une réunion en ligne avec Valérie Pécresse
Mais l’évènement qui a marqué la campagne du côte du parti Les Républicains, c’est la réunion en ligne, menée le 16 février depuis le siège de campagne parisien. Selon l’organisation, ils étaient plus de 1000 à s’être connectés pour échanger avec Valérie Pécresse. Depuis, la vidéo a été vue par plus de 7200 personnes sur YouTube. Vous pouvez la retrouver ci-dessous.
Une interview sur Lesfrancais.press
Autre évènement médiatique, l’interview exclusive que nous avons menée pour les Français établis hors de France. Nourrie des remontées du terrain grâce à la grande implantation de son parti à l’étranger, Valérie Pécresse nous avait dévoilé un programme bien ficelé et équilibré. Sera-t-il suffisant pour faire adhérer les Français de l’étranger à son projet ? Réponse le 10 avril au soir.
Dernier évènement en ligne avant le premier tour e
Pour ceux qui s’intéressent au programme du parti Les Républicains et aux valeurs et idées portées par Valérie Pécressse, une réunion zoom sera organisée ce lundi 04 avril. Pour y participer, il suffit de cliquer sur le lien ci-dessous.
La crise de 2008/2009 a été un tournant, les opinions publiques occidentales devenant de plus en plus sceptiques à l’égard des gains de la mondialisation. À compter de cette crise, le commerce international n’a jamais retrouvé le rythme de croissance qui était le sien dans les années 1990/2000.
Les sanctions unilatérales décidées à l’encontre de la Chine ont symbolisé le changement d’état d’esprit de la première puissance économique mondiale vis-à-vis du commerce international et du libre-échange. La crise sanitaire a également mis à mal la mondialisation en soulignant les risques de la dépendance économique et en démontrant la fragilité des chaînes de valeurs éclatées tout autour de la planète. Le conflit ukrainien accentue la prise de conscience face à ces risques.
Avant les ports assiégés de la mer Noire, les champs privés de semis et les sanctions contre la Russie, un choc d’approvisionnement a frappé de plein fouet l’économie mondiale. Les prix du blé ont augmenté de 40 %, ceux de certaines matières premières dont le nickel, utilisé dans les batteries atteignent des sommets. Des constructeurs automobiles sont à nouveau contraints de mettre certaines de leurs usines à l’arrêt faute de matières premières ou de biens intermédiaires.
Est-il prudent pour les sociétés démocratiques ouvertes d’entretenir des relations économiques avec des sociétés autocratiques, telles que la Russie et la Chine ? User de l’arme commerciale pour faire pression sur un État n’est pas nouveau : de la Sparte antique à la Russie de 2022, les exemples ne manquent pas. Fréquemment utilisées dans le cadre de conflits militaires par les belligérants, les sanctions commerciales sont plus rarement décidées dans le cadre d’un droit d’ingérence.
Dans le passé, le cas le plus célèbre est celui l’Afrique du Sud dans les années 1980 et 1990 où de telles mesures avaient été prises afin de sanctionner l’apartheid. Pour la Corée du Nord et l’Iran, les embargos ont été décidés afin d’infléchir autant que possible la position des dirigeants au sujet du développement d’armes nucléaires. La menace que font peser ces États sur leurs voisins voire sur la communauté internationale justifie les sanctions.
Que ce soit avec les pays du Moyen-Orient, les pays africains ou la Chine, le respect des droits de l’Homme était peu mis en avant jusqu’à maintenant en ce qui concerne les échanges commerciaux. La Chine depuis son ouverture au monde en 1978 n’a pas changé de régime politique. Si des périodes de tensions ont existé notamment après la répression des manifestations de la Place Tien An Men en 1989, cela n’a pas nui aux relations commerciales.
Les démocraties sont censées maximiser leur commerce extérieur sans compromettre leur sécurité nationale.
La guerre en Ukraine, en mettant en jeu deux États européens fortement intégrés dans les circuits économiques et diplomatiques, est d’une autre nature. La crainte que ce conflit débouche sur une remise en cause des équilibres géopolitiques internationaux a justifié l’adoption de sanctions commerciales. Ce n’est pas tant la nature intrinsèque du régime russe qui est en question que le risque de contagion de la guerre à d’autres États européens membres de l’Union et de l’OTAN. La dépendance à l’encontre de la Russie est jugée comme une faiblesse.
Les démocraties sont censées maximiser leur commerce extérieur sans compromettre leur sécurité nationale. Les moyens d’y parvenir sont complexes comme le prouve la difficulté de mettre en œuvre un embargo sur l’énergie russe. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, même durant les périodes de tensions internationales, les échanges commerciaux ont été maintenus entre l’Occident et le bloc soviétique. Des échanges d’énergie et de céréales ont été réalisés mais les économies étaient faiblement connectées. Après la chute du mur de Berlin, l’interdépendance est devenue la règle.
Au nom de la « fin de l’Histoire », les démocraties avaient gagné la grande bataille des libertés. Au fur et à mesure de la montée en puissance des échanges, les valeurs démocratiques devaient infuser tous les pays. La baisse des tarifs douaniers, l’essor des flux d’investissement direct, l’éclatement des chaînes de production ont rythmé l’économie des années 1990. En quelques mois, après la fin de l’URSS, Mc Donald’s et les grandes enseignes occidentales se sont installées à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Eltsine était alors conseillé par de jeunes économistes américains. En 2000, Bill Clinton affirmait que l’entrée de la Chine dans l’Organisation Mondiale du Commerce inaugurait une nouvelle ère et la victoire des droits de l’Homme et la liberté politique.
La part des personnes vivant dans des démocraties tombant en dessous de 50 %.
Depuis une dizaine d’années, les valeurs démocratiques sont battues en brèche. La part des personnes vivant dans des démocraties tombant en dessous de 50 %. En Chine et au Moyen-Orient, la marche vers la libéralisation des régimes est peu probable. Au sein même des pays classés comme démocratiques, des reculs sont constatés, en Pologne, en Bulgarie, en Hongrie, etc. Aux États-Unis comme dans de nombreux autres pays dits avancés, des partis se font les avocats d’un populisme assumé.
Les autocraties représentent un tiers du PIB mondial.
Au niveau mondial, les autocraties jouissent d’un réel poids en représentant un tiers du PIB mondial. Les pays occidentaux réalisent désormais moins de la moitié du PIB mondial, contre plus de 70% en 1973. Contrairement à la période de la guerre froide, pays autoritaires et pays démocrates sont interdépendants sur le plan économique. Un tiers des importations de biens de ces derniers proviennent des premiers. Un tiers des investissements multinationaux dans les autocraties ont comme origine des investisseurs basés au sein des États démocratiques. Les États démocratiques échangent pour plus de 15 milliards de dollars par jour avec les États autoritaires.
Chaque jour, les premiers achètent des ordinateurs, de l’électroménager, du pétrole et vendent des produits de luxe et des avions. L’Europe et les États-Unis prennent conscience que l’achat de pétrole à la Russie a facilité la modernisation de l’armée de cette dernière. De nombreuses industries sont devenues dépendantes des intrants, notamment les engrais et les métaux. Une telle dépendance peut renforcer les autocraties, affaiblir la détermination des démocraties et les exposer à des représailles dans une guerre.
Le libre-échange a été une source de croissance et d’augmentation du pouvoir d’achat. Au moment où les populations occidentales éprouvent une lassitude face à la crise sanitaire, face à l’austérité, l’idée que le conflit ukrainien nécessite de leur part de nouveaux efforts est difficile à partager.
Construire un modèle alternatif à l’Occident
Le principe du découplage se diffuse tant dans les démocraties qu’au sein des régimes autoritaires. Vladimir Poutine souhaite limiter l’influence occidentale au sein de son pays quand les autorités chinoises entendent réduire la dépendance de leur pays aux exportations en renforçant la demande intérieure. Elles sont conscientes qu’en l’état actuel, elles pourraient subir de fortes pressions en cas d’entrée en guerre contre Taïwan. Même si des divergences existent entre les deux pays, le rapprochement de la Russie et de la Chine obéit à une volonté commune de construire un modèle alternatif à l’Occident.
La Chine imagine un monde recomposé autour de plusieurs pôles. Elle a l’ambition de dominer l’Asie, quand la Russie aurait un droit de veto sur la sécurité européenne et les États-Unis sur leur continent. L’objectif serait de mettre un terme à la domination américaine issue de la Seconde Guerre mondiale. Pour Xi Jinping et Vladimir Poutine, la période actuelle de réajustement des forces est par nature instable en étant marquée par le déclin du système occidental et libéral. Le gouvernement chinois espère que le conflit ukrainien lui permettra de vendre son modèle alternatif avec à la clef un affaiblissement du dollar. Si les sanctions commerciales et financières échouent, il en tirera des conclusions positives pour le cas échéant mener des opérations militaires au sein de sa sphère d’influence. Si elles réussissent, les autorités chinoises pourront toujours considérer que leur prise de position prudente aura été salutaire.
Le soutien chinois à la Russie a comme limite la faible taille du marché russe. Les banques et les entreprises chinoises ne veulent pas perdre des affaires en bafouant les sanctions à l’encontre d’un pays dont le poids économique est comparable à celui de l’Espagne. Une Russie affaiblie convient également à la Chine, car ses prétentions à l’est seront diminuées. Le rapport de force économique sera bien meilleur pour les Chinois qui pourront augmenter le prix de leurs exportations. Vladimir Poutine sera également contraint d’accorder aux Chinois l’accès aux ports du nord de la Russie, pour répondre aux intérêts croissants de leur pays.
La Chine entend sortir gagnante de ce conflit
La Chine entend sortir gagnante de ce conflit qui concerne deux États européens anciennement membres de l’URSS. Pour les responsables chinois, ce conflit est subalterne. Il est aux marges des deux empires russe et américain. Ils restent convaincus que le grand combat du XXIe siècle se déroulera entre la Chine et l’Amérique. L’affaiblissement de l’Occident provoqué par la crise ukrainienne n’est pas une mauvaise nouvelle pour les Chinois sous réserve que le flux d’exportations ne soit pas touché, par ricochet, par la potentielle baisse du pouvoir d’achat des ménages européens et américains.
La réponse unanime des Occidentaux a a contrario a surpris les autorités chinoises qui s’attendaient à une fragmentation du continent européen. La résolution des États de l’Union européenne à faire bloc et à augmenter leur effort de défense traduit un changement d’état d’esprit qui ne peut pas laisser indifférent les autorités chinoises surtout dans la perspective de la prise de contrôle de Taïwan.
Pour le moment, les autocraties du monde n’arrivent pas à former un bloc économique cohérent du fait de leur histoire et de leurs relations diplomatiques. Elles convergent néanmoins dans leur désir de réduire l’influence de l’Occident dans des domaines allant de la technologie aux réserves de change.
Si l’Arabie Saoudite demeure proche des États-Unis, ses dirigeants ont pris soin de ne pas s’opposer frontalement avec le Kremlin. De son côté, l’Occident est tenté de se tourner vers un type de commerce plus limité avec des alliés fiables partageant les mêmes valeurs. Joe Biden, lors de son dernier discours de l’Union a souhaité que « tout, du pont d’un porte-avions à l’acier des glissières de sécurité des autoroutes, puisse être désormais fabriqué en Amérique du début à la fin. Tout ». Ce changement de cap serait une mutation profonde du monde avec des effets en chaîne nombreux.
La mondialisation a permis la sortie de la pauvreté de plus d’un milliard d’habitants au sein des pays en développement.
La mondialisation a permis, ces vingt dernières années, la sortie de la pauvreté de plus d’un milliard d’habitants au sein des pays émergents et en développement. Elle a permis à trois milliards de personnes de participer à la société de consommation en tant que membres de la classe moyenne. Une guerre commerciale frontale entre l’Occident et les dictatures aboutirait à exclure du développement près des deux tiers de la population mondiale. Le retour à l’autosuffisance serait une régression. Le protectionnisme a toujours été porteur de guerres et de crises. Si une reconfiguration de la mondialisation peut apparaître souhaitable, celle-ci doit avant tout prendre la forme d’une réduction des dépendances grâce à une diversification des fournisseurs et des sources d’énergie.
Par facilité, les pays occidentaux ont opté pour le gaz et le pétrole russes depuis le milieu des années 1980 sans intégrer le risque géopolitique. Les goulets d’étranglement au niveau du commerce mondial, subis depuis le milieu de l’année 2021, sont avant tout la conséquence d’un sous-investissement et d’une politique de réduction au maximum des stocks. En matière de commerce, dès qu’un fournisseur possède plus de 10 % d’un marché, il y a un risque pour les acheteurs. Le monde issu des années 1990, marqué par la victoire sans bataille des démocraties s’est fissuré. Le libre-échange cède le pas au protectionnisme comme dans les années 1930. Déjà à l’époque la crise se nourrissait du surendettement et de l’inflation. Si les entreprises doivent être plus regardantes en matière de dépendance économique, elles ont tout à gagner à participer au commerce international, cet avantage valant autant pour leurs salariés que pour les consommateurs.
Il y a 75 ans, le 29 mars 1947, des insurgés malgaches attaquaient la caserne militaire française pour chasser les colonisateurs. Une insurrection durement réprimée. Marie-Clémence Andriamonta-Paes en a fait un documentaire : « Fahavalo, Madagascar 1947. »
La grande révolte de 1947
Les 29 et 30 mars 1947, une insurrection éclate sur l’île de Madagascar, alors colonie française. Des centaines de Malgaches attaquent villes, camps militaires et concessions coloniales.
Les causes de l’insurrection sont d’abord à rechercher dans les tares structurelles du système colonial instauré à la fin du XIXe siècle : le travail forcé, le code de l’indigénat, la justice indigène (confiée aux administrateurs qui cumulent et confondent les pouvoirs) et enfin le racisme de contact colonial au quotidien. La promesse, faite pendant la Seconde guerre mondiale d’une indépendance rapide si les Malgaches combattaient pour la France libre, n’a pas été tenue par ceux qui succèdent au Général De Gaulle.
Un pouvoir colonial qui s’accroche
A partir d’octobre 1946, le pouvoir colonial se raidit dans une politique de répression, qui se traduit notamment par l’arrestation de nombreux cadres du parti nationaliste du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM).
3.500 rebelles appartenant au Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (M.D.R.M.) revendiquant l’indépendance de l’Ile de Madagascar se rendent le 25 septembre 1947 dans la région de Tamatave (30 kms).
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Parallèlement, au sein du MDRM, grandit un courant radical qui rejette l’idée d’une indépendance « dans le cadre de l’Union française », comme définie dans la nouvelle Constitution de la IVe République. Une société secrète, la Jina (Jeunesse nationaliste), est à l’origine de l’insurrection du 29 mars 1947.
Du sang des deux côtés
Les 29 et 30 mars, des centaines d’hommes hâtivement rassemblés, armés de sagaies et d’antsy (coupecoupe malgache), sont lancés contre Moramanga et son camp militaire, contre les villes côtières de Manakara et de Vohipeno, et contre les concessions coloniales de ces districts qui ont le plus souffert de la colonisation. Outre les Européens, les insurgés attaquent tous ceux qui sont plus ou moins réputés pro-Français, par exemple des membres du Padesm (Parti des déshérités de Madagascar).
Les forces coloniales françaises entament alors une longue répression militaire et judiciaire faisant environ 40 000 morts. S’il n’y a pas eu de volonté exterminatrice de la part des Français, des crimes de guerre ont bien été commis : fusillades, prisonniers jetés d’avion, massacres.
Devoir de mémoire
Alors que 75 ans nous séparent de ces évènements, la chaine francophone mondiale reçoit Marie-Clémence Andriamonta-Paes, une productrice et réalisatrice de cinéma franco-malgache, qui défend sa double culture.
Regardez l’entretien avec Marie-Clémence Andriamonta-Paes sur TV5MONDE
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Alors que les enjeux climatiques font partie intégrante du programme des candidats à l’élection présidentielle française, tous appellent à ce que les entreprises du numérique participent pleinement à la transition environnementale.
Numérique et obsolescence programmée
La part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre en France était de 2 % en 2019, et pourrait bien atteindre 6,7 % d’ici à 2040, selon un rapport du Sénat paru en 2020.
C’est fort de ce constat — parfois nuancé tant il est complexe parfois de chiffrer les externalités positives que la tech peut produire dans la lutte contre le réchauffement climatique — que les candidats à l’élection présidentielle entendent bien agir.
« L’économie numérique n’est pas une économie en plus, c’est une économie qui est en train de structurer nos sociétés », a déclaré le candidat écologiste, Yannick Jadot, appelant à « penser les technologies en fonction de leur impact ».
Dans son programme, l’eurodéputé indique notamment vouloir instaurer un « budget carbone pour le numérique » et mieux informer les consommateurs pour qu’ils puissent faire les bons choix au moment d’acheter un nouvel équipement.
« On ne croit pas à l’écologie des petits gestes », défend pour sa part Jill-Maud Royer, responsable du volet numérique de la campagne de Jean-Luc Mélenchon. « Il y a des usages qui posent un problème, ce sont ces usages qu’il faut réguler et pas culpabiliser les gens sur la quantité de streaming qu’ils regardent », explique-t-elle à EURACTIV.
M. Jadot et M. Mélenchon appellent tous les deux à faire de la lutte contre l’obsolescence programmée une priorité, alors que la fabrication des terminaux est responsable à hauteur de 70 % du bilan carbone du numérique, toujours selon les sénateurs.
Les deux hommes veulent également mieux encadrer les data centres, avec des normes plus restrictives sur leur production électrique ou en les incitant à réutiliser la chaleur qu’ils produisent.
« On peut probablement trouver une bonne entente avec les industriels » car leurs dépenses énergétiques représentent leurs principaux coûts, estime Mme Royer.
L’impact des data centres est-il si dramatique ? Pas si sûr selon une récente étude de l’Agence internationale de l’énergie qui estime certes qu’ils sont responsables de 1 % de la demande mondiale en électricité, mais que cette proportion est restée stable ces dernières années, alors que le trafic a lui explosé.
Les programmes des candidates Anne Hidalgo et Valérie Pécresse, quant à eux, font la part belle au réemploi et au reconditionnement.
L’actuelle maire socialiste de Paris proposera d’accélérer la filière française, contribuant au passage au mouvement de réindustrialisation du pays qu’elle appelle de ses vœux, en lui faisant bénéficier d’un taux réduit de TVA.
Valérie Pécresse souhaite, elle, créer un « chèque récupération » (10 € pour les téléphones, 50 € pour les ordinateurs) pour inciter les particuliers à ramener les équipements qu’ils n’utilisent plus et alimenter le marché.
« Il y a un potentiel de filière industrielle dans le reconditionnement du matériel informatique », explique à EURACTIV Nelly Garnier, conseillère régionale et porte-parole de la campagne de Valérie Pécresse pour les questions numériques. « L’idée du chèque récupération est de créer un effet d’appel pour lancer du volume », précise-t-elle, soulignant qu’il existait déjà des usines en France prêtes à répondre à l’appel.
« Nous imposerons l’ouverture du marché des pièces détachées et des manuels techniques aux constructeurs (comme pour l’automobile) », peut-on également lire dans le programme de la candidate les Républicains.