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  • Vers une inflation fiscale en France ?

    Vers une inflation fiscale en France ?

    Si le marathon budgétaire se poursuivra cette semaine à l’Assemblée comme au Sénat, certaines dispositions ont, déjà, été votées. Cependant, il est important de noter que ces nouvelles dispositions ne s’appliqueront que si le budget, dans sa globalité, est adopté par la représentation nationale lors du vote solennel. Rien n’est donc moins sûr, on fait le point pour les Français de l’étranger sur cette inflation fiscale qui peut frapper la France !

    Le durcissement de l’ »exit tax »

    L’Assemblée a approuvé un amendement de Jean-Philippe Tanguy (RN) qui rétablit l’ »exit tax », ou taxe d’expatriation, dans sa version d’origine. Cet impôt avait été créé sous Nicolas Sarkozy pour freiner l’évasion fiscale des actionnaires, avant d’être très fortement raboté par Emmanuel Macron en 2018.

    Cet amendement a été soutenu par le RN et son allié de l’Union des droites pour la République (UDR), tandis que les macronistes, les centristes et la droite l’ont rejeté. La gauche s’est largement abstenue. La mesure doit rapporter 70 millions d’euros, selon la ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin.

    La hausse de la CSG sur les revenus du capital

    Si vous avez des revenus issus d’un capital (actions, placements, immobiliers) et que vous résidez hors de l’Union européenne, vous êtes concerné(e). C’était l’une des propositions des socialistes pour financer la suspension de la réforme des retraites : après de vives tensions à gauche, les députés ont approuvé un amendement de Jérôme Guedj qui prévoit une hausse de la Contribution sociale généralisée sur les revenus du capital. Il s’agit de relever le taux de la CSG de 9,2% à 10,6% sur certains revenus de l’immobilier, de l’épargne et de placements (produits de contrats d’assurance-vie, dividendes, épargne salariale, Plans épargne logement), ou des plus-values immobilières et mobilières, comme les ventes d’actions.

    Selon les socialistes, cela permettrait de rapporter 2,66 milliards d’euros supplémentaires aux caisses de la Sécurité sociale. Leur amendement a été soutenu par la gauche, une partie des macronistes et des centristes, tandis que LR et le RN s’y sont opposés.

    Image d’illustration ©Stockadobe
    Image d’illustration ©Stockadobe

    Durcissement du pacte Dutreil sur la transmission d’entreprise

    Créé en 2003, le pacte Dutreil allège la fiscalité lors des transmissions familiales d’entreprises. Les députés se sont écharpés sur son coût pour l’État et l’optimisation fiscale qu’il engendre, selon un rapport de la Cour des comptes à paraître.

    Ils ont finalement adopté un amendement du macroniste Jean-René Cazeneuve pour mieux l’encadrer, en excluant les biens non professionnels afin d’éviter qu’il soit détourné pour réduire les droits de succession. Cette mesure a été soutenue par la gauche, mais elle a divisé les macronistes et a été rejetée par la droite, tandis que le RN s’est abstenu.

    La taxe sur les holdings patrimoniales

    Le patron des députés Les Républicains, Laurent Wauquiez, a obtenu l’adoption d’une version édulcorée de la taxe sur les holdings patrimoniales, à l’initiative de son groupe. Le gouvernement proposait à l’origine une taxe de 2% sur les holdings détenant au moins cinq millions d’euros d’actifs, avec de nombreuses exceptions, notamment l’exclusion des biens professionnels. Elle était censée rapporter un milliard d’euros. L’amendement adopté réduit le nombre de holdings concernées, en relevant le seuil de détention par une personne physique de 33% à 50%, et limite l’assiette de la taxe en listant les types de biens concernés. « A la fin, cette taxe n’est plus un gruyère, c’est une chips : ça ne concerne plus personne« , a fustigé le socialiste Philippe Brun.

    L’alignement de l’abattement sur les successions pour les beaux-enfant

    « L’idée est de moderniser notre fiscalité sur les successions pour prendre en compte les familles recomposées et donner un signal important et attendu de modernité« , a assuré le macroniste David Amiel. Le ministre délégué chargé de la Fonction publique et de la Réforme de l’État a repris à son compte un amendement du député Jean-René Cazeneuve visant à aligner l’abattement sur les successions pour les beaux-enfants sur celui des frères et sœurs, en passant « de 1 594 euros à 15 932 euros« . L’Assemblée nationale l’a adopté.

    Participation minimale des étrangers non européens à leurs frais de santé

    La création d’une participation minimale pour les ressortissants étrangers non-européens bénéficiant de la protection universelle maladie a été votée. Cette cotisation sera obligatoire pour l’ouverture et le maintien de leur droit à cette protection s’ils sont titulaires d’un visa long séjour « visiteur ». Cette mesure vise ouvertement les retraités américains installés en France, mais elle pourrait aussi frapper les conjoint(e)s des Français qui ont décidé de (re)venir en France pour passer leur retraite dans l’hexagone.

    Au bout de trois mois de résidence en France, les Américains notamment peuvent bénéficier de la Sécurité sociale gratuite. © LAURENT COMBET/Sud ouest
    Au bout de trois mois de résidence en France, les Américains notamment peuvent bénéficier de la Sécurité sociale gratuite. © LAURENT COMBET/Sud ouest

    La hausse de la taxation du rachat d’actions

    A l’Assemblée, les parlementaires ont aussi voté un amendement du Rassemblement national qui modifie profondément le taux applicable lors du rachat d’actions, en le portant à 33% au lieu de 8%. Cet amendement doit rapporter 8 milliards d’euros, selon le député RN Kévin Mauvieux. De son côté, La France Insoumise a réussi à faire adopter, lors d’un vote très serré, un amendement instaurant une taxe exceptionnelle sur les superdividendes.

    La contribution sur les hauts revenus

    La contribution différentielle sur les hauts revenus, instaurée en 2025 dans le budget du gouvernement Bayrou, a été prolongée. Au premier jour de l’examen du budget, les députés ont largement approuvé (279 pour et 25 contre) le maintien de ce dispositif jusqu’au passage du déficit sous les 3% du produit intérieur brut (PIB), ce qui pourrait intervenir en 2029, selon les objectifs du gouvernement. Initialement, ce dernier défendait une prolongation pour la seule année 2026.

    Cette mesure fixe un taux minimal d’imposition de 20% pour les ménages dont les revenus dépassent 250 000 euros par an, soit 24 000 ménages, selon le gouvernement. Elle doit rapporter 1,5 milliard d’euros en 2026, d’après l’exécutif. C’est un alignement entre ceux restés en France, qui ne bénéficient donc plus des tranches basses du barème, sur l’impôt libératoire proposé aux non-résidents. Un appel du pied des députés au départ de France ?

    L’impôt sur la fortune improductive

    Une alliance de députés PS, RN et MoDem a approuvé une modification de l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui intègre dans l’assiette de l’impôt « les actifs improductifs » tels que les « biens immobiliers non productifs, biens meubles corporels (objets précieux, voitures, yachts, avions, meubles meublants, etc.), actifs numériques, assurance-vie pour les fonds non alloués à l’investissement productif« , en excluant la résidence unique ou principale, comme le souhaite de longue date le Rassemblement national.

    Si le PS s’est réjoui d’un rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), La France insoumise a au contraire jugé que l’impôt sur la fortune immobilière était « affaibli« . Le RN a salué le vote d’une mesure « inspirée » de son programme. Le décret d’application permettra d’affiner la portée du texte pour les expatriés. En l’état, selon les interprétations, la notion de résidence unique pour un foyer fiscal (là aussi, il sera pertinent de se pencher sur la définition de celui-ci, il semble ne pas exclure la possibilité d’être partiellement fiscalisé en France) pourrait répondre aux requêtes des Français de l’étranger. Ces derniers, à travers leur parlementaire, veulent voir la création d’une notion de résidence de repli (assimilable à une résidence principale). Avec cette interprétation, cela rétablirait une égalité entre les Français lors de la vente du bien principal et permettrait à ceux qui sont au seuil de l’ancien IFI de s’en éloigner.

    Image d’illustration ©Stockadobe
    Image d’illustration ©Stockadobe

    L’impôt sur les bénéfices des multinationales

    Les députés ont très largement approuvé un amendement de La France insoumise pour taxer les bénéfices des multinationales proportionnellement à leur activité réalisée en France et lutter contre l’évasion et l’optimisation fiscale. La mesure a recueilli les voix des différents groupes de gauche et celles du Rassemblement national, contre celles du camp gouvernemental (207 contre 89). Le gouvernement y était opposé. Cet « impôt universel » sur les multinationales, inspiré de l’association Attac et de l’économiste Gabriel Zucman, pourrait rapporter 26 milliards d’euros au budget de l’État, selon ses défenseurs. Pour le ministre de l’Économie, Roland Lescure, ce serait « 20 milliards d’ennuis » en plus pour la France, signataire de plus de 125 conventions fiscales avec 125 pays. En effet, il est garanti que ce texte est en contradiction avec le droit européen et/ou les conventions fiscales.

    L’adoption de ce texte est, peut-être, la démonstration, la caricature, du problème français. Élus, comme nos compatriotes dans l’hexagone, n’ont pas intégré les nouvelles règles du jeu européen comme mondial. En 2025, sans sa zone d’influence héritée de la colonisation, sans présence militaire structurée hors de France (à quelques exceptions), intégré à l’espace commun européen, et exsangue de ses dettes, notre pays ne dispose plus des outils nécessaires à cette souveraineté mondiale à laquelle aspirent les députés ! Comme pour l’impôt universel, voulu par les extrêmes de l’Assemblée nationale, une telle mesure est inapplicable et ne répond pas aux urgences du moment.

  • Les vaches ne paient pas d’impôts. Les riches non plus

    Les vaches ne paient pas d’impôts. Les riches non plus

    Il y avait un impôt sur les fenêtres. Plus il y avait de fenêtres, plus le foyer, supposé vivre à l’aise, payait. Grandes baies ou meurtrières, les fenêtres ne paient pas l’impôt. De même, s’il y a un impôt sur les vaches, les vaches ne paient pas d’impôts. Les impôts sur les vaches, la terre, le foncier, les chevaux, voitures, marchandises, usines, sociétés, bénéfices, licences ne sont pas payés par les vaches, la terre ou les sociétés. Ils sont payés par des personnes, pauvres et riches.

    Encore que. Les riches ne paient pas d’impôt. Pas plus que les pauvres. Ou plutôt, riches et pauvres sont comme les vaches et les fenêtres : une catégorie visible, saisissable, fiscalement identifiable, mais, économiquement incertaine. Comme toute catégorie, car l’économie est mouvement, échange, transformation.

    Quand l’impôt frappe la vache. Le paysan paie. Croit-on. Il ne paie pas seul. Quand l’impôt frappe le riche, le riche paie. Pas seul

    Zucman et ses amis sont des théoriciens du sport, non des sportifs. Ils confondent classes, catégories, marketing, statistiques, stocks et flux.

    Quand l’impôt frappe la vache. Le paysan paie. Croit-on. Il ne paie pas seul. Quand l’impôt frappe le riche, le riche paie. Pas seul. Comme le paysan, il fait payer les autres. L’ouvrier agricole, le vétérinaire, le consommateur, le fournisseur, le propriétaire, le locataire… C’est le circuit monétaire qui est taxé. La fiscalité d’un autre siècle ne renforce pas l’économie du nouveau.  

    Zucman et ses amis ont pourtant flairé quelque chose qui cloche. Les ultrariches, horresco referens, paient moins d’impôts, par rapport à leur fortune, que les autres riches. Parce que leur fortune s’accroît plus vite que leurs revenus. Compte tenu de l’augmentation de leur capital, alors que l’impôt frappe les revenus, les riches, trop malins, ne se distribuent pas tous les revenus, (preuve qu’ils en ont trop). Ainsi, à l’extrémité de la courbe des prélèvements, le taux d’imposition passerait de 40%, en moyenne, à 25% pour les plus riches des riches, en tenant compte non plus de ce qu’ils se distribuent mais de ce qu’ils seraient en mesure de se distribuer. Pour éviter ce biais, il suffirait de taxer directement le capital. Simple. Simplement destructeur, de capital. Forcément.

    Si on diminue le capital, on diminue les revenus futurs. Simple. « Tu veux ta vache, camarade ? Tu auras ta vache » disait Staline

    Le nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, a sorti l’apologue de la vache et du lait, appelant un chat un chat et une vache une vache. La vache, c’est l’outil de production, en gros le capital. Le lait, le revenu. On peut toucher au lait, mais pas à la vache. Si on diminue le capital, on diminue les revenus futurs. Simple. « Tu veux ta vache, camarade ? Tu auras ta vache » disait Staline pour justifier la « NEP », la nouvelle politique économique en 1922, comprenant que la collectivisation de terres avait dissuadé les paysans de se crever l’échine à cultiver la terre et à traire le lait pour le kolkhoze. Il autorisa les paysans à devenir propriétaire. La production remonta. Vachard,  il exécuta ces sales koulaks enrichis. Pour les anticapitalistes, la richesse, c’est la vache, plus que le lait.

    ©INRA
    ©INRA

    La vache permet d’être riche. Très riche. Non par les revenus de la vache, que l’on peut taxer et redistribuer, mais parce que la vache grossit, fait des petits, devient troupeau. Les riches deviennent ultra riches par l’augmentation du nombre de vaches. Le capital grossit. Quand la richesse était fondée sur la terre, la terre ne se multipliait pas. Seule la misère se multipliait. Le capital peut enfler, se multiplier, le peut, à condition qu’il passe par la dématérialisation, l’emprunt, les effets de leviers, etc… La finance en somme. Le patrimoine peut garantir un emprunt, qui peut générer des revenus bien supérieurs aux taux d’intérêt. Voilà pourquoi on ne prête qu’aux riches, aux vaches.

    Taxer les vaches diminue le troupeau au lieu de le faire grandir. Preuve qu’il s’agit d’idéologie plus que d’économie. Progressivement, l’État prendrait des parts de vaches via les impôts, du Staline light. Aussi vache qu’inefficace : les paysans, les ultrariches, et les moins riches, et les pauvres, iront voir ailleurs si l’herbe est plus verte.

    La richesse ne vient plus du salaire. Si le capital augmente beaucoup plus vite que les revenus, c’est parce que la valeur du capital augmente. Plus personne ne sera « riche » parce qu’il aura un bon job dans une belle boite. Il pourra, peut-être, le devenir s’il sort de sa boite pour créer la sienne, et la revendre un jour. Ou bien, puisque tout le monde n’est pas un créateur d’entreprise, en participant au management de l’entreprise, qui le paiera en actions, ce que font beaucoup de sociétés. Le travailleur actionnaire pourra aussi l’être sans le savoir par des mécanismes d’intéressement ou de participation, voire de fonds de pension.

    C’est idiot de taxer les vaches et de diminuer le troupeau parce que le capitalisme est un tel succès qu’il devient hypercapitaliste. C’est ce qui gêne

    C’est idiot de taxer les vaches et de diminuer le troupeau parce que le capitalisme est un tel succès, – ce système (et non les impôts) qui a réussi à vaincre la maladie, la misère et la faim pour 7,5 milliards d’êtres humains- qu’il devient hypercapitaliste. C’est ce qui gêne, idéologiquement, contre la logique.

    ©Elucide Media
    ©Elucide Media

    L’hypercapitalisme, ce n’est pas la concentration du capital, c’est la multiplication des effets de leviers du capital, partout dans le monde, et de sa vitesse. La rentabilité se mesure autant à vingt ans qu’au jour le jour, à Hong Kong ou au Bénin, dans la santé comme dans l’aéronautique. Les risques ne sont plus ceux d’un marchand de Venise avec sa nef au long cours mais ceux, dispersés,  réduits, d’une mutualisation mondiale.

    Dans une économie hypercapitaliste, le bien-être peut se partager, à deux conditions. La première, de ne pas s’opposer aux mouvements. La seconde, que le maximum de personnes – travailleurs, consommateurs, actionnaires, pauvres, – en profitent. Plus le monde économique inclut d’acteurs, plus il tourne, et plus l’argent, c’est-à-dire la finance, l’horrible finance- tourne. Les sociétés les plus inclusives, économiquement et politiquement, sont les plus développés, inventives et riches. Et le seront de plus en plus. Ce ne sont pas les « inégalités » qu’il faut combattre, mais les « exclusions ».

    Les sociétés les plus inclusives, économiquement et politiquement, sont les plus développées, inventives et riches

    La justification des impôts, outre le paiement des services publics, est la redistribution. L’intérêt de la distribution est l’inclusivité, ce que l’on appelle la cohésion sociale. Une société qui laisse les uns au bord de la route quand les happy few volent en jet set se durcit. Aux États-Unis, la partie la plus défavorisée de la population consomme moins, tandis que celle qui participe au capitalisme populaire bénéficie d’un effet richesse. Les Etats-Unis sont plusieurs, en conflit. Or l’effet de richesse portée par la bourse et la croissance américaine est tirée par les investissements dans l’économie numérique, notamment l’IA. Que la bulle s’effondre, les conflits s’accentueront,  se propageront au reste du monde. Et l’on verra que les riches ne paient pas d’impôts, encore moins lorsque le capital fond, et que tout le monde paie l’érosion du capital.

    Se diversifier : oser l’élevage de chevaux, ou de lapins, agiles et rapides. Elever des poissons, chats de préférence

    Si une crise survient, -et elle surviendra car nous sommes dans un système de crises- résisteront non les plus riches, mais les plus agiles, ce, des Etats, des sociétés ou des entreprises. Donc ne pas s’attaquer aux vaches, isolées ou en troupeau. Se diversifier au contraire, oser l’élevage de chevaux, ou de lapins, agiles et rapides. Ou dans d’autres espaces :  maritimes, spatiaux. Elever des poissons, chats de préférence. Même s’il y aura toujours des cerveaux pour taxer la mer. Au niveau zéro. Rien n’interdit d’explorer les profondeurs, les espaces infinis promettent des richesses infinis. Les anciens voyaient des vaches sacrées dans les nuages. Les taxer ou les suivre ? Elles donnent la pluie. Elles résoudront le changement climatique.

    Laurent Dominati 

    a.Ambassadeur de France

    a. Député de Paris

    Laurent Dominati

  • Jean-Lin Lacapelle RN : « Non à l’impôt universel, mais non aussi à l’évasion fiscale »

    Jean-Lin Lacapelle RN : « Non à l’impôt universel, mais non aussi à l’évasion fiscale »

    Alors que le Rassemblement national continue de progresser dans les urnes, le vote des expatriés en leur faveur reste, lui, en retrait. Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux Français de l’étranger du RN, explique cette situation et détaille la stratégie du parti pour nos compatriotes établis hors de France. Entre fiscalité et impôt universel, services des consulats, et préparation des élections consulaires de 2026, il entend « structurer et renforcer » la présence du mouvement à l’international.

    Écouter le podcast avec Jean-Lin Lacapelle

    Le RN en quête de mobilisation à l’étranger

    Pour Jean-Lin Lacapelle, l’écart entre les résultats en France et ceux à l’étranger s’explique d’abord par une participation faible : « Il y a une faible mobilisation et une faible participation, malheureusement, de la part de nos compatriotes de l’étranger, dû très souvent à des problématiques de déplacement ou de pratiques pour aller se rendre aux consulats ou pour obtenir les codes dans le cadre du vote à l’étranger. »

    « Nous progressons auprès des Français étrangers. Je crois que pendant quelques années, nous n’avons pas su très bien leur parler »

    Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux Français de l’étranger du RN

    Mais le délégué national en charge des expatriés au sein du parti de Jordan Bardella se veut optimiste : « Nous progressons auprès des Français étrangers. Je crois que pendant quelques années, nous n’avons pas su très bien leur parler. Mais aujourd’hui, on s’adresse à eux et nous sommes en train de développer. » Il cite notamment les résultats de la partielle dans la 5ᵉ circonscription (Espagne, Portugal, Andorre, Monaco), où la candidate RN, Johana Maurel, a atteint 14 % des suffrages : « Elle est arrivée troisième sur 15 candidats, ce qui est donc une bonne performance. »

    Fiscalité : clarification du RN sur l’impôt universel

    Le vote des députés RN à l’Assemblée nationale sur un amendement concernant l’imposition au passeport, aussi appelé « impôt universel »,  a suscité la confusion. Jean-Lin Lacapelle dément tout revirement : « Nous sommes opposés à l’impôt universel. Nous sommes donc totalement opposés à ce principe-là. »

    Impôt universel et Français de l'étranger @stockadobe
    Impôt universel et Français de l’étranger @stockadobe

    Notre invité précise ainsi que l’amendement voté visait uniquement « à lutter contre l’évasion fiscale », et concernait « les personnes dont le revenu est supérieur à 230 000 euros par an », uniquement dans « les pays qui n’ont pas signé de convention fiscale avec la France ».
    Et de résumer : « Non à l’impôt universel, mais non également à l’évasion fiscale. »

    Budget : priorité aux bourses et aux consulats

    Interrogé sur les priorités budgétaires pour les expatriés, le délégué national évoque des axes clairs : « Il faut renforcer notamment les bourses scolaires. On sait tous que les frais de scolarité pour nos lycées français sont très élevés à l’étranger. » Le RN plaide aussi pour « plus de moyens dans les consulats et les ambassades », afin qu’ils retrouvent « toute leur vocation, qui est le relais et la défense de nos compatriotes de l’étranger. »

    « Pour les élections consulaires,
    nous aurons au moins une quarantaine de listes »

    Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux Français de l’étranger du RN

    Jean-Lin Lacapelle rappelle aussi l’importance de la Caisse des Français de l’étranger (CFE) et du soutien aux entreprises françaises installées hors du territoire. Mais il relie ces questions à une vision plus large : « N’oubliez pas vos compatriotes qui sont toujours en France. […] Il faut retrouver des mesures phares autour de la lutte contre l’immigration, un véritable levier de dépense publique. »

    Une fédération en expansion et des élections en ligne de mire

    Depuis 2023, Jean-Lin Lacapelle anime la fédération des Français de l’étranger du RN. « Plusieurs milliers d’adhérents » la composent désormais, avec « onze responsables de circonscriptions qui habitent localement ». Le mouvement se prépare activement à d’éventuelles élections anticipées : « Nous sommes prêts à une dissolution […] et nous avons investi onze candidats si demain il y avait une dissolution prononcée par le chef de l’État. »

    Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux Français de l’étranger du RN
    Jean-Lin Lacapelle, délégué national aux Français de l’étranger du RN

    En attendant, les regards se tournent vers les élections consulaires de mai 2026. Le RN, qui ne compte aujourd’hui qu’une poignée d’élus, vise une percée : « Nous aurons au moins une quarantaine de listes. […] Ce sera une campagne stratégique, pour que nous ayons des relais à l’étranger et que nous puissions continuer à nous développer et à rayonner. »

    Valoriser les expatriés, mais combattre « l’exil fiscal »

    Au cours de ce podcast, Jean-Lin Lacapelle nous livre sa vision sur l’expatriation : « Je ne fais pas partie de gens qui pensent que nos compatriotes de l’étranger sont des privilégiés. Il y a ceux qui ont choisi de partir vivre leur retraite, et ceux qui partent pour des raisons professionnelles. »  Mais il distingue clairement les départs motivés par la fiscalité : « Ceux qui partent pour des raisons fiscales, c’est ceux-là que j’ai envie de faire revenir. La France est un véritable enfer fiscal. »  Pour y remédier, il promet que le RN « propose la baisse de l’impôt de production », afin de « limiter les délocalisations et permettre aux Français de continuer à vivre dans le pays qui est le leur. »

    Avec plus de 3 millions de Français établis hors de France et 1,7 million d’électeurs, le RN veut donc désormais peser auprès des expatriés. Pour Jean-Lin Lacapelle, l’objectif est clair : « Nous ne les méprisons pas et nous serons là pour les défendre. »

  • 11 novembre : à ceux morts pour la France !

    11 novembre : à ceux morts pour la France !

    Le 11 Novembre est la journée nationale de commémoration de la Victoire et de la Paix, et d’hommage à tous les Morts pour la France. C’est la date anniversaire de l’Armistice qui, en 1918 (le 11 novembre, à 11 heures), a mis fin aux hostilités de la Première Guerre mondiale. On revient sur l’histoire de cette date qui devait mettre fin aux guerres sur le continent européen.

    L’Armistice de la première guerre mondiale

    C’est en effet le 11 novembre 1918, exactement à 5h15, que l’Armistice est signé par les représentants des Alliés (France, Russie, Royaume-Uni, États-Unis) ainsi que ceux de l’armée allemande. Étaient notamment présents le maréchal Foch, commandant suprême des forces alliées, l’amiral Wemyss, représentant britannique, et Matthias Erzberger, représentant du Gouvernement allemand. L’armistice est signé dans un wagon-restaurant situé en pleine forêt de Compiègne, dans l’Oise.

    Pour annoncer la victoire des Alliés et donc la fin de la Première Guerre mondiale de 1914-1918, les cloches se mettent alors à sonner à 11h. Quant à la signature du Traité de Versailles, qui marque définitivement la fin de la guerre, elle se déroule le 28 juin 1919. On rappelle que la Première Guerre mondiale a fait près de 18 millions de morts, dont 9 millions de civils.

    Férie en France et chez les vainqueurs

    En France le 11 novembre ou Jour du Souvenir est une journée fériée qui commémore l’Armistice de 1918. C’est en 1922, après quatre années de débats, que la loi du 24 octobre est adoptée : «la République française célèbre annuellement la commémoration de la victoire et de la paix » !

    Au Canada et dans d’autres pays du Commonwealth, c’est également le Jour du Souvenir. Aux Etats-Unis, le 11 novembre, on célèbre le Veterans Day tandis qu’en Pologne et en Angola, ce jour est synonyme de Fête Nationale. C’est aussi le cas au Royaume-Uni et en Irlande. Il en est de même pour la Belgique qui célèbre la fin de la Première Guerre Mondiale.

    Le maréchal Foch (en gris), entourés des dignitaires alliés et allemands devant le wagon où vient d'être signée l'armistice de la Première guerre mondiale. ©STR / AFP
    Le maréchal Foch (en gris), entourés des dignitaires alliés et allemands devant le wagon où vient d’être signée l’armistice de la Première guerre mondiale. ©STR / AFP

    Et en Allemagne, le 11.11 à 11h11, marque le lancement du fameux carnaval ! Et oui, les Allemands, comme les Autrichiens, ont préféré oublier la Grande Guerre. Et donc, dès 1920, comme chaque année à Cologne, Düsseldorf et Mayence, le carnaval a repris ses droits comme c’était le cas depuis le XIXème siècle. Seule concession à l’histoire, il commence à 11 heures 11 exactement, pour se terminer le mercredi des cendres ! En réalité, cette date, la plus précoce de tous les carnavals allemands, marque seulement le démarrage des préparatifs, mais cela se traduit par des festivités débridées dans les rues de plusieurs villes allemandes.

    Ceux qui meurent encore aujourd’hui pour la France

    Cette journée ne commémore pas que les « poilus », on l’oublie souvent, mais des Français meurent encore aujourd’hui pour notre Nation. Depuis les années Soixante et la décolonisation, il est d’usage de parler de « théâtres d’opérations extérieures » (OPEX). Il peut s’agir d’OPEX de circonstance, hyper-réactives, lorsque les vies de ressortissants français (soit nous, les Français de l’étranger) sont menacées par exemple !

    Le monument aux morts pour la France en opérations extérieures est un mémorial inauguré en 2019 dans le jardin Eugénie-Djendi, parc André Citroën dans le XVe ©SIRPA

    Près de 800 soldats ont été tués au cours des différentes OPEX effectuées par l’armée française depuis la fin de la guerre d’Algérie. Envie de les soutenir ? Sachez qu’en France comme à l’étranger, vous pouvez rejoindre les associations du souvenir français ou acheter un Bleuet.

  • « Le rayonnement de la diplomatie française du livre »

    « Le rayonnement de la diplomatie française du livre »

    Loin des débats sur son endettement public, du déclin de la 5ème République et du questionnement sur son identité multiculturelle, il est une France qui continue de rayonner sans heurt à l’international. C’est la France nation chérie des écrivains et vaisseau amiral d’une culture de l’écrit et de la fiction alternative à l’omnipotent modèle anglo-saxon.

    Il est vrai que la diplomatie française sait chouchouter ses auteurs. Investir dans les résidences d’artiste. S’impliquer dans les foires du livre à l’international. Ouvrir des portes aux éditeurs par une politique d’aide à la traduction. Et veiller au renouvellement des collections des médiathèques d’institut ou d’alliance pour la diffusion du livre en français. À l’heure de la remise des prix littéraires, c’est à la rayonnante diplomatie du livre française et ses vecteurs de propagation que nous nous intéressons.

    La diplomatie du livre, vecteur de transmission de valeurs

    La mauricienne Nathacha Appanah, récente récipiendaire du Prix Fémina, est une habituée de l’institut français de Maurice. Ce lieu autrefois baptisé du nom prestigieux de centre « Charles Baudelaire », s’est toujours voulu un écrin pour les écrivains locaux, des plus modestes aux plus prestigieux. Dans une société mauricienne très éloignée de la carte postale ensoleillée des prospectus touristiques, l’autrice montre l’envers du décor et traite de la violence faite aux femmes.

    « Si écrire est une activité solitaire,diffuser l’écrit en français
    est assurément un travail où l’aide du collectif compte »

    Elle qui a quitté l’île depuis 1998 n’a cessé depuis de s’atteler à ce thème sensible, de revenir sur ses origines indo-mauricienne et de dénoncer avec finesse le carcan de la condition féminine face au poids des religions ou des préjugés raciaux. De « Blue Bay Palace » (2004, Gallimard) jusqu’à « la Nuit au coeur » (2025, Gallimard) récompensé par le Fémina, c’est donc une écriture forte et égalitaire qui est célébrée, des valeurs portées par le réseau des instituts français qui n’hésite pas à favoriser l’accouchement des jeunes talents à travers conférences et ateliers d’écritures. Un réseau au service d’une évidente diversité culturelle, d’une promotion de la langue française comme appartenant à tous, un réseau qui n’a pas abdiqué son ambition universelle malgré ces temps de sur-endettement public et de repli sur soi accentué.

    Nathacha Appanah
    Nathacha Appanah

    Si les écrivains n’ont pas besoin du réseau institutionnel français pour se mettre à la tâche, écrire en faisant preuve de créativité, nul doute que le réseau et sa puissance de diffusion planétaire offre des ponts et des passerelles pour des rencontres qui fertiliseront de nouveaux projets. Si écrire est une activité solitaire, diffuser l’écrit en français est assurément un travail où l’aide du collectif compte.

    Les résidences d’auteurs, donner du temps et de la liberté

    Les résidences d’auteurs ont toujours eu cette vocation de creuset pour l’imagination, en offrant du temps et du confort de travail à des auteurs souvent soumis à la pression de la précarité des lettres. Tout le monde n’est pas Marc Lévy et ses ventes faramineuses. Le salaire moyen d’un auteur en France serait ainsi de moins d’un millier d’euros par mois. Et cela explique une sociologie de l’auteur tournée vers la double activité de journaliste ou d’enseignant le plus souvent.

    Le modèle emblématique de la résidence d’artiste est celui de la Villa Médicis à Rome. L’académie de France est la propriété du ministère de la Culture qui accueille des pensionnaires dans 10 disciplines artistiques, de la littérature à la photographie en passant par la Chorégraphie.

    Villa Albertine
    Villa Albertine

    Pour faire évoluer ce modèle un peu vieillissant créé à l’origine en 1666, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères s’est associé au ministère de la culture pour créer en 2021 la Villa Albertine. Villa « nomade et multiple » elle s’appuie sur un réseau de résidences dans une quinzaine de villes des États-Unis pour des séjours créatifs de 1 à 3 mois. Le projet pour être retenu se doit avoir une dimension immersive dans la société américaine. C’est ainsi que Maylis de Kerangal a pu écrire sur les paysages et la mobilité, Marie Ndiaye ou Leïla Slimani ont pu participer à des projets interdisciplinaires en liaison avec la photographie.

    Leila Slimani
    Leila Slimani

    Chaque institut français dans le monde possède aussi sa propre politique de résidence d’écriture. Signe que la littérature continue à être la figure de proue de nombre de ces établissements dédiés à l’influence culturelle française. Et pour ne citer que quelques exemples dans des zones éloignées, l’institut français du Japon ou l’institut de Prague accueillent régulièrement autrices et auteurs venus se ressourcer et découvrir de nouveaux territoires imaginaires pour irriguer leurs œuvres.

    Résidence de création de Prague
    Résidence de création de Prague

    La traduction pour faire rayonner le français partout dans le monde

    La France possède également d’autres outils pour aider les éditeurs étrangers à traduire en français ou les encourager à publier nos auteurs français et francophones. Ainsi le programme d’aide à la publication (PAP) de l’institut français de Paris vient s’ajouter aux bureaux des livres gérés localement par les Ambassades de France et leurs services culturels. Il y aurait 26000 titres publiés grâce à ces crédits dans plus de 80 pays et ce depuis 1990.

    « L’influence d’un pays se mesure aussi au nombre de ses auteurs traduits. »

    Jules Verne reste l’auteur français le plus traduit dans le monde et Guillaume Musso serait traduit dans plus de 34 langues différentes. Si ces auteurs n’ont pas réellement besoin de soutien institutionnel, de par leur notoriété patrimoniale ou commerciale, on peut mettre en avant l’œuvre de Leila Slimani aujourd’hui diffusée dans une vingtaine de langues comme un exemple de réussite de notre politique d’appui à la traduction. L’influence d’un pays se mesure aussi au nombre de ses auteurs traduits.

    La petite armée des attachés pour le livre et des médiathécaires d’instituts

    Ce sont les attachés pour le livre, des coopérants recrutés par le ministère des affaires étrangères, qui sont les valeureux hussards de la république des lettres à l’étranger et qui mettent leur connaissance des marchés du livre local ou des ficelles de l’édition pour promouvoir le livre français hors de nos frontières.

    Si le recrutement est exigeant il offre des opportunités de carrière passionnante pour des diplômés en Lettres qui veulent sortir de l’enseignement scolaire et se retrouver au service des auteurs dans les coulisses des ambassades. Les médiathèques des instituts et des alliances, sont aussi le lieu d’épanouissement naturel de ces passionnés de l’écrit que sont les médiathécaires d’instituts ou d’alliances françaises.

    Médiathèque institut de Rabat
    Médiathèque institut de Rabat

    Leur mission est de concilier les valeurs universelles de la France avec la sensibilité locale et d’avoir une politique d’acquisition de livres qui soit inclusive, pour tous publics. Les médiathèques œuvrent pour une gestion vivante de leurs fonds qui sont renouvelés en moyenne autour de 10 pour cent chaque année. L’activité de « désherbage » (retraits des livres tombés en désuétude) faisant partie intégrante du métier. Si les fonds d’acquisition sont de quelques milliers d’euros pour la médiathèque d’une petite alliance de province ils peuvent monter jusqu’à plus de 10 000 euros pour un grand institut comme celui de Madrid ou de Rabat. Ces bibliothèques multimédias ne sont pas seulement des bases documentaires pour celles et ceux qui apprennent le français en Institut. Ce sont aussi souvent les seuls points d’accès à la littérature francophone pour les communautés d’expatriés amatrices de lecture.

    Les foires et salons du livre, des fenêtres d’opportunité prioritaires

    Ce panorama autour de la diplomatie du livre ne serait pas complet sans l’évocation des foires du livre, qui relèvent du trésor précieux pour les passionnés qui viendront échanger avec leurs auteurs favoris en leur sollicitant une précieuse dédicace au passage. Pour la diplomatie du livre ce sont des fenêtres d’attention et d’opportunité à exploiter en priorité. Pour mettre en avant des auteurs emblématiques, pousser de nouvelles figures des lettres sous le feu des projecteurs, réaliser des projets croisés entre maisons d’édition ou tout simplement prendre « le pouls du monde » à l’occasion des conférences et débats d’idées qui jalonnent ces trois jours de liesse livresque.

    « Il faut que nos livres aillent partout où l’on parle la langue des hommes »

    Voltaire, Lettre à d’Alembert

    À tout seigneur, tout honneur, la foire internationale du livre de Francfort organisée traditionnellement en octobre est la plus rayonnante en terme professionnel puisque sur ses 230 000 visiteurs, plus de la moitié serait des professionnels du livre. Les ficelles pour mettre en avant les auteurs francophones dans ce grand Barnum de la littérature sont multiples. La France invitée d’honneur en 2017 eut ainsi les honneurs naturels des gazettes et une exposition multipliée pour ses auteurs.  Ce fut le fruit d’une discrète diplomatie de coulisse d’inscrire cette édition hexagonale dans un agenda sur chargé. À Londres, c’est la taille du pavillon français qui est remarquée parmi les 1000 exposants de ce moment culturel de printemps. Une question de budget avant tout pour une location d’espace de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

    Une politique de têtes d’affiche

    Mais l’ambition se retrouve aussi dans la programmation d’auteurs et la composition de « plateaux » d’invités alléchants, « bons clients » médiatiques ou même faiseurs de polémiques.

    Michel Houellebecq, écrivain
    Michel Houellebecq, écrivain

    Le plus gros vendeur français, l’écrivain Michel Houellebecq, apparaissait justement à l’édition française de la foire du livre de Francfort en 2017.  Un auteur qui fait traditionnellement recette outre-Rhin où tous ses ouvrages sont traduits et où ses ventes dépassent généralement les 100 000 exemplaires vendus. Il s’est illustré récemment en Mai 2025 au Musée d’art de Tel-Aviv pour une soirée littéraire organisée par l’institut français d’Israel.  L’écrivain polémiste a cependant réduit ses apparitions publiques dans un réseau culturel qui désormais le boude un peu, l’odeur du soufre étant parfois trop forte à supporter par certains programmateurs.

    Sylvain Tesson, «l’écrivain voyageur»
    Sylvain Tesson, «l’écrivain voyageur»

    Il n’en est rien d’un autre esprit polémiste, « l’écrivain voyageur » Sylvain Tesson qui de Boston à Columbia a écumé le réseau français aux USA ces deux dernières années et qui est programmé par l’institut français du Danemark au Bogforum de Copenhague du 7 au 9 novembre 2025 au côté d’un auteur qui ne lui ressemble pas au plan politique, le sociologue Didier Eribon. Choc des contraires ou hasard des choix de maisons d’édition qui cherchent de nouveaux publics à l’étranger.

    Les prix littéraires inspirent habituellement la diplomatie du livre

    La saison des prix qui bat son plein devrait consacrer de nouvelles têtes d’affiche ou récompenser des auteurs déjà confirmés. Le Goncourt attribué à Laurent Mauvignier pour « la maison vide » (édition de Minuit) assurera des ventes dopées à son récipiendaire. Mais lui vaudra aussi les bonnes grâces d’un réseau culturel qui ne mégote pas devant la programmation du « Goncourt » le prix le plus populaire à l’étranger. Laurent Mauvignier est d’ailleurs une valeur sûre qui a déjà « voyagé » dans le réseau depuis plusieurs années.

    Laurent Mauvignier et Kamel Daoud
    Laurent Mauvignier et Kamel Daoud

    Kamel Daoud, vainqueur 2024, avait pu se produire à l’institut français des Pays-bas en décembre 2024 pour une conférence autour de la figure de Voltaire. Un symbole fort pour cet auteur dont le dernier opus, « Houris », est toujours interdit en Algérie car traitant de la « décennie noire », un thème jugé tabou par le régime et les médias.

    Notre diplomatie du livre n’est donc pas seulement inspirée par la promotion de beaux écrits dans une belle langue. Loin de sa seule dimension esthétique elle résonne bel et bien de l’ambition universelle de Voltaire : « Il faut que nos livres aillent partout où l’on parle la langue des hommes » Lettre à d’Alembert (1760). Une ambition démocratique au service de la liberté.

  • France Pay, une app, un IBAN FR pour tous les Français de l’étranger !

    France Pay, une app, un IBAN FR pour tous les Français de l’étranger !

    Les Français de l’étranger sont confrontés depuis 5 ans, et l’application progressive des de l’échange automatique des données fiscales, à une réelle problématique bancaire. Que ce soit à la Société générale, au Crédit agricole, toutes les banques traditionnelles ferment massivement les comptes bancaires des non-résidents. Quelques offres survivent pour ceux qui sont détachés ou qui partent pour un délai précis ! Mais la grande majorité se retrouve sans solution pour payer sans frais bancaire lors de leur voyage en France ou pour tout simplement payer les charges liées à des biens présents sur le territoire national. C’est pour répondre à ce besoin qu’on parle aujourd’hui de l’app de paiement France Pay.

    Il existe bien le droit au compte ! Mais celui-ci, malgré la simplification et citant expressément les non-résidents, est rarement appliqué ou dans des conditions tarifaires exorbitantes et avec de multiples restrictions. Pas question d’avoir une carte Premier par exemple. C’est face à ce constat que Laurent Dominati (ancien ambassadeur de France, ancien député de Paris, fondateur du site Lesfrancais.press) et Daniel Derderian (Crédipro) ont fondé, avec le concours du groupe BPCE via sa filiale Xpollens, l’app de paiement France Pay, dédiée exclusivement aux Français de l’étranger.

    Aujourd’hui, on rencontre Daniel Derderian pour parler de l’évolution de l’app de paiement France Pay.

    Écouter le podcast avec Daniel Derderian

    Comment est née FP et quelle était votre ambition de départ ?

    Daniel Derderian : « France Pay est née d’un constat simple : les Français vivant à l’étranger rencontrent de plus en plus de difficultés à conserver un compte bancaire en France. Depuis 2020, 400 000 comptes ont été fermés par les banques traditionnelles.
    Celles-ci exigent souvent une résidence fiscale en France, ce qui exclut de nombreux expatriés, retraités ou travailleurs internationaux. Les banques en ligne exigent-elles, désormais, une résidence a minima dans l’Union européenne et dans ce cas sans la possibilité d’accéder à un IBAN FR.
    Notre ambition, c’était donc de créer une solution de paiement française, accessible quel que soit le pays de résidence (à l’exclusion d’une poignée). Avec nos offres, les Français de l’étranger peuvent ainsi récupérer un compte en France, sans contrainte d’adresse ni de résidence.
    En clair, France Pay offre la continuité que beaucoup recherchaient :

      • Conserver un compte en euro
      • Accéder à tous les services français sans restriction
      • Ne pas payer de frais bancaires lors de leur voyage en France
      • Gérer le quotidien en France
      • Appliquer le droit au compte

    En résumé, l’offre France Pay c’est l’égalité de traitement entre tous les Français ! »

    Quels sont les problématiques que rencontrent les Français de l’étranger ?

    Daniel Derderian : « Ce qui m’a le plus étonné, c’est le manque de flexibilité des banques traditionnelles entrainant une frustration majeure pour nos compatriotes. Beaucoup d’expatriés se sentent “oubliés du système” : ils n’ont pas d’adresse française, leurs revenus sont à l’étranger, et pourtant ils veulent rester connectés à la France, pour leur famille, leurs impôts, leurs retraites.
    Ils recherchent avant tout de la simplicité, de la rapidité et de la confiance. France Pay est née pour répondre à ces attentes concrètes.
     »


    France Pay Black Friday
    France Pay Black Friday

    Pourquoi FP est une solution de paiement spécifique au Français de l’étranger ?

    Daniel Derderian : Parce que tout a été pensé pour eux. Nos processus d’ouverture de compte, nos vérifications, nos outils et même notre support client sont conçus pour s’adapter à la réalité d’une vie à l’étranger.
    Là où une banque classique peut refuser une ouverture sans justificatif « à la française », nous avons simplifié ces démarches tout en respectant les normes européennes et internationales.
    France Pay, c’est un établissement français, créé en partenariat avec le groupe des Banques populaires et des Caisses d’Epargne, mais avec une mentalité internationale, qui comprend les besoins d’un client qui bouge, travaille, et vit entre plusieurs pays. »

    Quels sont les services de France Pay ?

    Daniel Derderian : « France Pay propose tous les services essentiels : un compte français avec un IBAN français, une carte Visa internationale mais émise en France comme pour un résident, la gestion des virements et paiements en euros, et une application mobile complète.
    Nous accompagnons aussi nos clients avec des partenariats exclusifs, notamment avec :

    • La CFE (Caisse des Français de l’Étranger), pour simplifier la gestion de la couverture santé depuis l’étranger. Les 200 000 affiliés peuvent bénéficier d’une remise de 20% sur leurs frais de tenue de compte
    • SkipTax, qui facilite le remboursement de la détaxe lors des séjours en France. D’autant plus que nos clients disposent d’un coup de pouce avec un meilleur remboursement !
    • Et Carte Financement, qui accompagne les Français de l’étranger dans leurs projets immobiliers en France (achat, investissement ou résidence secondaire). Chaque année, c’est plus de 100 millions de crédits qui sont délivrés.

    Ces collaborations renforcent notre mission : simplifier la vie bancaire et administrative des Français à l’étranger, bien au-delà du simple compte. Très prochainement, il sera possible aussi de téléphoner avec un numéro français ou de contacter un service de télémédecine français depuis l’app. »


    SKIPTAX juillet 2025


    CFE

    Quelle est la valeur ajoutée que France Pay apporte concrètement à ses clients ?

    Daniel Derderian : « Notre valeur ajoutée, c’est la proximité dans la distance. Nous sommes une banque digitale, mais profondément humaine.
    France Pay combine l’expérience d’une application intuitive avec un service client disponible, réactif et francophone.
    En d’autres termes, nos clients ont la technologie d’une néobanque et la confiance d’une relation à taille humaine. »

    Quel est le profil type de vos clients aujourd’hui ?

    Daniel Derderian : « Nos clients sont des Français de l’étranger souvent partis depuis de nombreuses années qui au fils du temps retissent un lien avec la France, soit parce qu’ils préparent leurs retraites, touchent un héritage, doivent payer des impôts locatifs en France, ou sont bénéficiaires d’une pension ou d’une allocation.
    Certains sont donc partis depuis des années, mais aussi nous accompagnons les candidats à l’expatriation. Ils ont un point commun : le besoin de rester connectés à la France tout en ayant une solution moderne et pratique au quotidien.
    D’ailleurs je pense à un client installé en Bolivie qui nous a écrit récemment,  expatrié depuis plusieurs années, il n’arrivait pas à ouvrir un compte en France pour recevoir sa retraite, et sa banque locale lui imposait des frais exorbitants.
    En quelques minutes sur France Pay, il a pu ouvrir son compte, obtenir son RIB français et installer dans son téléphone sa carte Visa virtuelle immédiatement dès le paiement des frais de tenue de compte. Ce qu’il nous a dit ensuite résume bien notre mission : “Vous m’avez simplifié la vie sans me faire sentir loin de la France.” »

    La sécurité est une préoccupation majeure à l’étranger : comment France Pay protège-t-elle les données et les comptes de ses clients ?

    Daniel Derderian : « La sécurité est au cœur de notre modèle. France Pay respecte les normes internationales les plus strictes et toutes les transactions sont cryptées et authentifiées comme l’exige l’article L. 314-12 du Code monétaire et financier.
    Nos systèmes de surveillance détectent les comportements inhabituels et bloquent immédiatement les opérations suspectes. Notre taux de fraude est désormais de moins de 1% de nos clients.
    De plus, chaque détenteur d’un compte France Pay garde le contrôle total, dans la limite des autorisations, sur ses cartes et ses plafonds depuis l’application mobile
    . » 

    L’aspect humain reste-t-il central dans une banque 100 % digitale ? Si oui, comment le maintenez-vous ?

    Daniel Derderian : « Absolument. C’est même ce qui fait notre force.
    Nos clients peuvent échanger directement avec des conseillers francophones, formés aux problématiques de l’expatriation. Nous privilégions une écoute personnalisée, que ce soit par chat, mail ou téléphone. L’humain ne disparaît pas dans le digital, justement il se réinvente. Chez France Pay, la technologie nous aide à être plus proches, plus réactifs et plus efficaces.
    Notre objectif : apporter une solution de paiements complète pour tous les Français à l’étranger, tout en maintenant notre exigence de qualité et de proximité. »

    Banque Humaine
    © Stockadobe

    Où en est aujourd’hui France Pay dans son développement ?

    Daniel Derderian : « France Pay connaît une croissance très encourageante. Nous avons déjà conquis plusieurs centaines clients répartis dans plus de 70 pays.
    L’application est disponible sur
    Android et App Store, et nous continuons d’enrichir nos services avec de nouveaux partenariats et des fonctionnalités innovantes. »

    Quelles sont les premières étapes pour devenir client France Pay ?

    Daniel Derderian : « C’est très simple ! Il suffit de télécharger l’application France Pay, disponible sur tous les marchés, puis de suivre 4 étapes rapides. (Scanner votre passeport, faire un selfie, remplir le formulaire et payer les frais au mois ou à l’année) »

    En moins de 10 minutes chrono, vous pouvez ouvrir votre compte, obtenir votre IBAN français et activer votre carte virtuelle Visa internationale en attendant si vous avez choisi l’option de recevoir une seconde carte « physique ».

    Tout se fait en ligne, sans paperasse, et vous pouvez commencer à utiliser votre compte immédiatement. »

  • Accord commercial UE-États-Unis ?

    Accord commercial UE-États-Unis ?

    Après la conclusion de l’accord entre Ursula von der Leyen et Donald Trump en Écosse cet été, la Commission a soumis le texte aux co-législateurs — le Parlement européen et le Conseil de l’UE, où se réunissent les États membres — qui doivent tous deux l’approuver.

    La proposition prévoit la suppression des droits de douane sur des centaines de produits industriels et agricoles importés des États-Unis, tandis que les produits de l’UE seraient soumis à un droit de douane général de 15 %.

    Le projet de rapport de Bernd Lange, dévoilé à Strasbourg le mois dernier, a été examiné mardi 4 novembre par la commission du Commerce international du Parlement. L’eurodéputé social-démocrate allemand résume ses propositions de modifications en cinq mots : acier, sauvegarde, statu quo, suspension et clause de caducité.

    L’eurodéputée écologiste allemande Anna Cavazzini a déclaré que les propositions allaient dans la bonne direction, mais que l’accord restait « problématique et asymétrique ». « Je vais présenter des amendements qui vont plus loin que votre approche», a-t-elle indiqué, évoquant notamment l’activation du « bazooka commercial » de l’Union — l’instrument anti-coercition — dans l’accord.

    Son compatriote Martin Schirdewan (La Gauche) a elle aussi salué les changements proposés, mais a déclaré qu’ils « n’amélioreraient en rien l’accord ».

    Bras de fer sur l’acier

    Dans son texte, Bernd Lange propose de ne pas lever les droits de douane de l’UE sur les produits sidérurgiques américains à moins que Washington ne revienne sur ses propres droits de douane de 50 % sur les dérivés de l’acier et de l’aluminium de l’UE.

    Bernd Lange a qualifié les droits de douane américains sur l’acier de « violation de l’esprit de l’accord de Turnberry [la ville écossaise où l’accord a été signé, NDLR] », avertissant que l’industrie européenne, en particulier les petites et moyennes entreprises, en supporte le coût.

    Bernd Lange, eurodéputé allemand S&D et président de la commission INTA du Parlement européen
    Bernd Lange, eurodéputé allemand S&D et président de la commission INTA du Parlement européen. © European Union 2025 – Source : EP]

    Cependant, la députée européenne de centre-droit Celine Imart (Parti populaire européen, PPE) n’était pas d’accord et a appelé à la poursuite du dialogue. Retirer ces produits de la liste des produits à droit nul « pourrait nuire à la confiance mutuelle », a-t-elle déclaré, appelant les deux parties à trouver une solution commune.

    Impact sur les produits laitiers et le budget

    Bernd Lange a également proposé un mécanisme de sauvegarde — similaire à celui prévu dans l’accord UE-Mercosur — afin de protéger le secteur agricole en cas de forte augmentation des importations alimentaires américaines dans le cadre des droits de douane nuls.

    Mais Karin Karlsbro, du groupe libéral Renew, s’est montrée « sceptique ». « Nous nous demandons s’il existe réellement un besoin pour ces mesures […] Nous craignons qu’elles ne compromettent en fait l’accord », a-t-elle expliqué.

    Bernd Lange a fait remarquer qu’aucune analyse d’impact n’avait été réalisée avant la publication du texte de la Commission, avertissant que le secteur laitier, en particulier les producteurs de lait infantile, pourrait en souffrir, car les droits de douane actuels sur les importations américaines restent élevés.

    Les inquiétudes concernant l’impact de l’accord sur l’agriculture européenne ont refait surface tout au long du débat, même si le commerce agricole est beaucoup moins important en valeur que celui des produits industriels.

    « Encore un autre accord commercial
    dans lequel nous sacrifions l’agriculture européenne »

    Anna Bryłka, du groupe d’extrême droite des Patriotes pour l’Europe.

    Au-delà des asymétries, les réductions tarifaires proposées réduiraient également les recettes budgétaires de l’UE d’environ 4 milliards d’euros par an, a déclaré Bernd Lange.

    « La paix commerciale est importante, mais elle ne doit pas se faire au détriment de la stabilité financière de l’Europe »

    La députée européenne de centre-droit Danuše Nerudová

    Bernd Lange a invité les membres à déposer des amendements avant le 11 novembre, le vote en commission étant prévu en janvier ou février 2026 et un accord avec le Conseil au printemps.

    « Nous ne ralentirons pas le processus, mais nous devons utiliser nos obligations parlementaires […] pour protéger les citoyens, les consommateurs et les producteurs »

    Bernd Lange

  • Réforme de l’AEFE : Brice Bultot (FAPEE) réclame de la visibilité et de la transparence

    Réforme de l’AEFE : Brice Bultot (FAPEE) réclame de la visibilité et de la transparence

    Alors que la question de l’avenir de nos écoles françaises à l’étranger se pose, nous donnons aujourd’hui la parole aux parents d’élèves. Brice Bultot, président de la FAPEE, la Fédération des associations de parents d’élèves des établissements français à l’étranger, est notre invité.
    Dans un contexte de réforme de l’AEFE et d’inquiétudes croissantes dans le réseau, il a adressé, le 29 octobre 2025, une lettre au Président de la République. Il nous parle de cette action et de la position de sa fédération, notamment en termes de visibilité et de transparence dans les établissements, tout en « gardant espoir ».

    Ecoutez le podcast avec Brice Bultot

    La FAPEE interpelle Emmanuel Macron

    Depuis plusieurs semaines, l’AEFE (agence pour l’enseignement français à l’étranger) et son réseau d’écoles françaises hors du territoire national font l’objet de nombreux débats. Doutes et inquiétudes croissent derrière la question de l’avenir de nos établissements scolaires hors de France. Brice Bultot, le président de la FAPEE, « la plus grande fédération de parents représentant les élèves scolarisés à l’étranger », participe à la réflexion actuelle pour mener à bien les réformes nécessaires, et dresse à ce jour un constat clair : « le réseau est en crise ».

    « On veut absolument que les parents continuent à avoir confiance
    dans un réseau et dans des écoles qu’ils ont choisies pour leurs enfants »

    Brice Bultot, président de la FAPEE

    Pour autant, il veut se projeter dans l’avenir, mettre sur la table des propositions et interpeller l’ensemble des décideurs, y compris le Président de la République, Emmanuel Macron. Notre invité s’en explique : « si on ne saisit pas tous les moyens pour se faire entendre et faire valoir nos actions (…) j’aurais le sentiment d’avoir failli ». La FAPEE y évoque notamment la hausse des frais de scolarité, avec des moyens qui restent dans le meilleur des cas constants, et des conditions matérielles parfois dégradées dans certains établissements. « Est-ce qu’on s’est vraiment posé la question d’où sont placés les moyens en termes de mise en œuvre de la mission d’éducation à l’étranger ? » s’interroge-t-il lors de notre échange.

    La confiance des familles : la clé du système AEFE

    Au cours de ce podcast, Brice Bultot insiste également sur l’importance de la relation entre les parents d’élèves et les établissements scolaires. Celle-ci s’effrite mais, dit-il, « la perte de confiance, on ne veut absolument pas qu’elle arrive (…) on veut absolument que les parents continuent à avoir confiance dans un réseau et dans des écoles qu’ils ont choisies pour leurs enfants ». Toutefois, le manque de visibilité alimente les interrogations, notamment sur les coûts réels, la répartition des moyens et le manque de prévisibilité des coûts pour les familles.

    La FAPEE lors d'une rencontre organisée au Sénat
    La FAPEE lors d’une rencontre organisée au Sénat

    Pour améliorer la situation, notre invité s’appuie sur deux mots : la visibilité et la transparence, et notamment sur les coûts : « pourquoi les parents paient ? » doit être explicite pour notre invité.: « On ne dit pas que tout est trop cher, on dit juste que parfois, ça manque un peu de logique », ajoute-t-il. Brice Bultot souhaite aussi une transparence sur les efforts que l’AEFE entreprend au sein du réseau en termes d’économies. La cohabitation entre les différents statuts des professeurs au sein d’une même école est aussi en débat. Tout comme la mutualisation entre les établissements. Or, pour le président de la FAPEE, « les parents sont prêts à entendre que l’agence doit aider (…) une région du monde à un moment donné plus qu’un autre. Mais cette politique n’est absolument pas connue. » 

    Les parents d’élèves : quelle place dans la gouvernance de l’AEFE ?

    Au cours de cette entrevue, notre invité le rappelle : quand vous scolarisez votre progéniture dans une école française à l’étranger, « C’est vraiment un choix que font les familles et les parents au début de la scolarité de leurs enfants (…) Vous investissez (…) dans un système éducatif dans lequel vous croyez ». Aussi la place des parents dans la gouvernance de l’AEFE devrait être stratégique, d’autant plus qu’ils sont les premiers ambassadeurs des établissements scolaires français à l’étranger.

    « On n’a pas envie d’avoir des écoles qui soient façonnées
    par ceux qui ont le plus d’argent »

    Brice Bultot, président de la FAPEE

    Et aussi parce qu’ils sont les premiers financeurs via les frais de scolarité payés, les parents doivent peser davantage dans les décisions, mais sans dérives indique notre invité. Brice Bultot prévient : « On n’a pas envie d’avoir des écoles qui soient façonnées par ceux qui ont le plus d’argent (…) On veut vraiment protéger les valeurs de ce système éducatif. »

    Enfin, le calendrier de la réforme de l’AEFE est évoqué. « J’ai quand même relativement d’espoir et je suis assez positif » sur les avancées possibles, déclare Brice Bultot. En guise de conclusion, il rappelle l’objectif de son organisation : « Notre mission, c’est que les familles se sentent bien dans leurs écoles, dans le réseau (…) il faut continuer à y croire et surtout ne pas perdre espoir. »

    Lesfrancais.press continuera de vous informer sur les évolutions de l’AEFE et les positions des acteurs sur l’avenir du réseau de nos écoles françaises à l’étranger.

  • Le décès de Claude Bébéar ferme un chapitre du capitalisme français

    Le décès de Claude Bébéar ferme un chapitre du capitalisme français

    Fondateur d’Axa en 1985, Claude Bébéar a transformé son entreprise en la « première compagnie française d’assurances », comme l’a rappelé ce 04 novembre, l’Élysée. La présidence de la République met par ailleurs en lumière ses « engagements sociaux », notamment la « Fondation du mécénat humanitaire » qu’il avait créée il y a près de quarante ans. Mais l’homme d’affaire s’était taillé une réputation qui lui a valu le surnom de « Crocodile Claude ». On revient pour les Français de l’étranger sur le parcours de cette figure du patronat français qui régna sur la place de Paris pendant 40 ans.

    De la Normandie à Paris

    A partir d’une petite mutuelle normande, 25e assureur français en 1975 lorsqu’il en prend les commandes à 40 ans, ce bâtisseur d’empire a créé une entreprise multinationale, AXA, cotée, un temps, à New York. Le champion français est devenu l’un des tout premiers assureurs mondiaux.

    Davantage encore qu’un visionnaire de l’assurance, Claude Bébéar s’est affirmé comme l’un des rénovateurs du capitalisme français. C’est en 1958 qu’il est recruté par André Sahut d’Izarn, le patron de l’Ancienne Mutuelle de Belbeuf, près de Rouen, dont le fils était l’un de ses camarades de promo. Depuis cette base normande, il construit son groupe à coups de rapprochements et d’OPA.

    Drouot, Présence, Midi, Equitable, UAP : autant de batailles mémorables, qui lui permettent de bousculer l’establishment financier avant d’en devenir l’un des piliers les plus puissants. Malgré son tempérament, ce fonceur a su faire preuve de patience.

    Le capitalisme à la française

    Au tournant des années 2000, face à la montée en puissance de l’assureur allemand Allianz, qui a acheté les AGF en France, il a voulu jouer un rôle de premier plan dans la recomposition de l’échiquier bancaire français. D’abord en tentant de marier BNP et Paribas, deux banques dont il est actionnaire, pour partir à l’assaut du Crédit Lyonnais. Ensuite en étant mêlé à l’intense bataille boursière, médiatique et politique entre BNP, Société Générale et Paribas. Il fut aussi actionnaire de Vivendi où il mena la vie dure à Jean-Marie Messier et à son projet finalement avorté.

    Décès de Claude Bébéar, fondateur d'AXA, à l'âge de 90 ans
    Décès de Claude Bébéar, fondateur d’Axa, à l’âge de 90 ans | © ricochet64 / Shutterstock.com

    Cependant, avant de s’affirmer comme un chasseur redoutable – cela lui vaut d’être appelé « Crocodile Claude » par le magazine américain « Fortune », un surnom qui le faisait plutôt sourire -, Claude Bébéar acquiert une réputation de patron social, doté d’une bonne vision des évolutions lourdes de la société. A la suite d’une grève, il prend la tête de l’Ancienne Mutuelle, au début de 1975. Il a 39 ans. Il se lance alors dans une démarche d’innovations sociales : horaires mobiles mis en œuvre tout de suite et semaine de 37 heures en 1983.

    Le patron d’AXA s’est risqué à la transparence quand la société française cultivait encore les vertus du secret. Son catholicisme affiché suscitait parfois des grincements de dents, car il n’a jamais cherché à se faire passer pour un saint. Il sera l’un des premiers patrons français à dévoiler son salaire et ses stock-options. Le public saura même qu’il a subi un pontage coronarien, à la fin de 1989, en pleine OPA sur Farmer’s. Dès 1995, Il se vantera de pratiquer la semaine de quatre jours. Le père de famille ne mettra cependant pas sa vie privée sur la place publique.

    Un patron de gauche ?

    Parallèlement, Claude Bébéar a développé sa conception du patron engagé. Son expérience de la guerre d’Algérie l’avait fortement marqué. Un temps, il hésite à se lancer en politique, à Rouen, comme successeur de Jean Lecanuet. Finalement, il milite en faveur de la participation de l’entreprise à la vie de la cité. Il fonda d’ailleurs l’Institut Montaigne, un think tank de gauche bien connu. Sans complexe, car l’entreprise « citoyenne » agit dans son intérêt bien compris. Il est à l’origine de la création d’IMH (Institut du mécénat humanitaire) en 1986. Il soutient la Fondation Agir contre l’exclusion de Martine Aubry. Sa dernière prise de position publique remonte à 2017, lorsqu’il annonce son soutien à Emmanuel Macron à quelques jours de l’élection présidentielle, dans « Les Echos ».

    Favorable à des syndicats forts, et au traité de Maastricht, Claude Bébéar a régulièrement défrayé la chronique avec ses propositions de réforme de la protection sociale, jugées par ses détracteurs bien trop favorables aux assureurs privés. Lui se disait partisan d’un rêve européen, qui serait le rêve américain moins la brutalité de la société américaine.

  • La CFE et ALEA : une alliance pour une couverture santé optimale à l’étranger

    La CFE et ALEA : une alliance pour une couverture santé optimale à l’étranger

    En Asie, mais pas seulement, Alea et la Caisse des Français de l’Etranger (CFE) s’allient pour faciliter la protection sociale des Français de l’étranger.

    Écouter le podcast avec Rachida Kaci et Julien Mathieu

    La CFE : la sécurité sociale des Français expatriés

    Une mission méconnue mais indispensable

    La CFE est souvent perçue comme une inconnue pour les expatriés, alors qu’elle joue un rôle clé : transposer le système de protection sociale français à l’étranger.

    « La CFE, c’est la sécurité sociale des Français qui résident à l’étranger.
    Nous proposons les mêmes garanties qu’en France :
    santé, prévoyance et retraite. »

    Rachida Kaci, responsable communication de la Caisse des Français de l’étranger

    Les évolutions en 2025

    Pour mieux répondre aux besoins des expatriés, la CFE a modernisé ses services :

    • Un extranet enrichi pour accéder à plus d’informations et de services en ligne, 24h/24.
    • Une réponse plus rapide aux demandes, avec une simplification des procédures de remboursement.
    • Une couverture universelle : pas de questionnaire médical, pas de limite d’âge, pas d’exclusion pour pathologies préexistantes.

    « Nous voulons être au plus près de nos assurés, surtout dans des pays éloignés comme la Chine, où les horaires de contact avec la France peuvent être compliqués »

    Rachida Kaci, responsable communication de la Caisse des Français de l’étranger

    Les limites de la CFE et l’importance des complémentaires

    La CFE rembourse selon les tarifs de la Sécurité sociale française, ce qui peut laisser une partie importante des frais à la charge de l’assuré, surtout dans des pays où les coûts médicaux sont élevés, comme Hong Kong ou la Chine. « Plus les coûts de santé sont élevés, moins le remboursement de la CFE est important, précise Rachida Kaci. C’est pourquoi il est essentiel de compléter cette couverture. »

    Le rôle clé d’ALEA

    ALEA, en tant que représentant officiel de la CFE, propose des solutions complémentaires pour couvrir les frais restants. 

    « Nous travaillons avec des assureurs français pour offrir des complémentaires expatriés, équivalentes aux mutuelles en France.
    Cela permet aux expatriés d’avoir une couverture à 100 %. »

    Julien Mathieu d’ALEA

    Alea, votre partenaire santé
    Alea, votre partenaire santé

    Comment bien se couvrir en tant qu’expatrié ?

    Trois étapes clés selon Julien Mathieu :

    • S’enregistrer au consulat : Pour bénéficier des informations et protections disponibles.
    • S’informer : Contacter des experts comme ALEA pour comprendre ses options.
    • Agir : Souscrire une couverture adaptée, en combinant CFE et complémentaire.

    « Beaucoup d’expatriés nous contactent trop tard, une fois qu’ils sont malades ou hospitalisés, regrette Julien Mathieu. Il est crucial de se renseigner dès son arrivée. »

    Julien Mathieu d’ALEA

    Un exemple concret : la couverture santé à Hong Kong

    À Hong Kong, où les frais médicaux sont parmi les plus élevés au monde, un expatrié a plusieurs options :

    • Une assurance locale : Souvent peu chère, mais avec une couverture limitée.
    • Une assurance internationale non française : Coûteuse et parfois complexe.
    • Une assurance française complémentaire à la CFE : « La solution que nous recommandons, car elle permet un remboursement fluide et complet », précise Julien Mathieu.

    Une collaboration gagnante pour les expatriés

    La CFE et ALEA combinent leurs forces pour offrir :

    • La solidité d’un organisme public (CFE) avec l’expertise locale et personnalisée (ALEA).
    • Un accompagnement sur mesure pour les familles, les jeunes actifs et les entreprises.

    « Nous apportons une proximité humaine et des conseils adaptés, ce qu’un extranet ne peut pas remplacer », souligne Julien Mathieu.

    Pour en savoir plus

    CFE

    Site de la CFE : www.cfe.fr

    logo Alea

    Site d’ALEA : https://alea.care/fr

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